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D. — RESTRICTION DES FERMENTATIONS

C’est un fait avéré qu'un estomac en état de dilatation, se vidant mal de son contenu, devient par là même très apte à devenir le siège de décompositions et de fermentations alimentaires incessantes et plus ou moins actives. Bouchard a beaucoup insisté sur ce point, et considérantces fermentations anormales comme une source d'intoxication, il a édifié toute une théorie qui entrainait comme sanction l'usage systématique de l’antisepsie gastro-intestinale.

Il y a certainement une forte part d'exagération dans l’interprétation qu'il a cru devoir donner d’un fait vrai en lui-même et dans les conclusions qu'il en a tirées. Néanmoins, on doit tenir compte de la possibililé du fait et s'attacher autant que possible à diminuer ces fermentations, ce qui s’obtiendra en évitant l'ingestion d'aliments déjà en voie d’altération ou de putréfaction et par conséquent chargés de microbes et de toxines. La suppression des viandes faisandées, du poisson douteux, de la charcuterie, du gibier, est très conforme à cettte indication. Mathieu, Debove et Rémond conseillent pourtant l'usage des viandes fumées, mais précisément parce que ces viandes imprégnées de produits empyreumatiques sont dans un état d’asepsie relative qui les rend facilement inoffensives.

Quand, malgré ces précautions, les fermentations se font avec intensité, ce qui indique généralement une stase prolongée du bol alimentaire, il est indiqué d’avoir recours aux agents de l’antisepsie intestinale. Bouchard avait préconisé dans ce

but les antiseptiques insolubles dont ses travaux ont beaucoup favorisé la vulgarisation. La liste de ces médicaments est déjà longue, mais ceux que l’on emploie couramment sont le salicylate de bismuth, le salol, le naphtol, la naphtaline, le charbon. On peut associer ces médicaments suivant des proportions diverses, chacun s'inspirant ici de son expérience personnelle dans le choix des formules qu'il met en usage. En voici quelques-unes parmi les plus usitées :

% 1° Naphtol f£. Se “pre + 4{tas Sn Salicylate de DU Re ras € gr.

Pour un cachet.

% 2° Naphtol « , . . oo . . . . -. AONCeNtIOr. Salicylate de Poune RAR Me Tran) — Pour un cachet.

% 3° Salicylate de bismuth. . . . . . . . . . 40 centigr. Charbon végétal porphyrisé. . . . . . . 60 —

Pour un cachet.

% 4° Benzo-naphtol. . . . . . . . . . . . . . 50 centigr. CRATDON EL D NA —

Pour un cachet.

% 5° Résorcine. .

Charbon pulvérisé.

Magnésie calcinée. . . . . . .

20 centigr.

Pour un cachet à prendre, comme les précédents, à la fin du repas.

Voilà des formules d'un usage courant dans la série des antiseptiques insolubles. Il est bon de rappeler cependant que ces médicaments ne sont pas inoffensifs, que plusieurs d’entre eux exercent une action irritante sur la muqueuse du tube digestif et qu'il est nécessaire d’en surveiller les effets vis-à-vis d'un estomac déjà soumis à de nombreuses causes d’intolérance et d’inflammation. Déjà beaucoup de médecins y ont renoncé à cause de cette action irritante, et d'autres ont pris le même parti en constatant que leur efficacité restait souvent douteuse. L'antisepsie gastro-intestinale, d’après ceux-là, s'obtiendrait mieux avec les purgatifs

qui activent l'expulsion des masses résiduelles, et avee le lavage de l'estomac dont nous avons à parler.

Hi

Lavage de l'estomac.

C'est une méthode qui est devenue d’un usage courant depuis que Kussmaul à imaginé un instrument et que Faucher en a simplifié le mode opératoire. On en a certainement abusé, et une réaction s’est faite qui en restreint singulièrement les applications.

Sa véritable indication réside dans l’intolérance gastrique d’une part, et, de l’autre, dans la production nettement reconnue de fermentations intra-stomacales, deux faits qui sont d’ailleurs connexes et presque toujours associés. L'intolérance, gastrique est presque toujours le résultat d’une coarctation pylorique, mais elle n’est pas nécessairement toujours proportionnée au degré de celle-ci. Dans certains cas, la révolte de l'estomac est telle que les aliments sont rejetés aussitôt après leur ingestion. En général, les vomissements surviennent à une distance plus ou moins éloignée du repas : vomissements alimentaires, puis muqueux, bilieux, parfois hémorragiques, souvent d’une odeur franchement acide, d’autres fois nettement fétides. On y retrouve quelquefois des débris d'aliments ingérés plusieurs jours auparavant.

Il y a dans ce cas une indication précise à laquelle on pourvoit très bien au moyen du lavage, qui, dans aucune circonstance, ne peut rendre de services plus réels, et constitue véritablement ici une opérationde nécessité.

Inutile d’insister sur la technique de cette opération, devenue familière à tous les médecins depuis la vulgarisation de l'appareil de Faucher, qui a sur la pompe de Kussmaul l’avantage d’être inoffensif.

Le nombre des lavages doit être subordonné aux indications de chacun des cas particuliers; tout ce qu'on peut dire d’une

manière générale, c'est que leur rôle est surtout mécanique, et que leur utilité est proportionnelleau degré de l'intolérance gastrique, c'est-à-dire au degré de l'obstacle pyloriqueetà celui de la dilatation. Aussi le choix des solutions destinées à cette opération importe-t-il assez médiocrement, car la faible durée de leur contact avec la muqueuse gastrique ne permet guère de compter sur une action thérapeutique spéciale de leur part. L'eau simplement bouillie peut parfaitement suffire dans la plupart des cas; cependant l’eau de Vichy est spécialement indiquée lorsqu'il y a des indices de formation d'acides gras ou d’hyperchlorhydrie et les liquides antiseptiques (acide borique, résorcine, naphtol) quand il existe des signes de putridité alimentaire. Mathieu recommande les solutions de salicylate de soude, probablement au même titre que les dernières.

Quant à la question du moment à choisir pour le lavage, les avis sont partagés. En général, il est préférable de choisir le temps le plus éloigné du principal repas, pour enlever le maximum de résidus. Dans les cas graves, c’est-àdire quand il y a des signes d’intolérance excessive, caractérisée par des vomissements fréquents et copieux, plusieurs lavages par jour, deux au moins, deviennent nécessaires. La cessation des signes d’intolérance et la diminution des phénomènes de putridité sont les deux faits sur lesquels le médecin doit se guider pour restreindre le nombre des lavages et finalement les supprimer.

Chez certains malades, le résultat de cette intervention est très appréciable: il se traduit sous forme d’une sensation de bien-être réelle qui tient à la disparition des douleurs, des vomissements, des éructations et des aigreurs, tous effets qui indiquent une atténuation marquée de l'irritation de la muqueuse gastrique. Les cas où le lavage n’amène aucune modification sont en général d’une gravité particulière; il s’agit vraisemblablement alors de dilatation par sténose infranchissable, et ce n’est plus le traitement médical qui suffit, c’est l'intervention chirurgicale qui s'impose.

Nous donnons ici quelques formules de solutions usuelles pour lavages de l'estomac chez les dilatés :

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