CHAPITRE PREMIER
NOTIONS PATHOLOGIQUES ET INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES GÉNÉRALES SUR LES MALADIES DE L'APPAREIL DIGESTIF PAR P. SPILLMANN
Professeur à la Faculté de Nancy, Correspondant de l'Académie de médecine.
Considérations générales.
Nous n'en sommes plus au temps où l’on pouvait dire que le régime seul suffit à guérir la plupart des maladies du tube digestif, et où le médecin se contentait de conseiller aux malades, qui ont un mauvais estomac, de manger ce qui leur réussit le mieux, et à ceux qui en ont un bon de manger ce qui leur convient. |
Fe XII. il
L'étude du chimisme stomacal, les travaux récents sur les processus chimiques de la digestion normale et pathologique, ont permis de jeter un peu de lumière sur la question des dyspepsies, et ont modifié profondément le traitement purement empirique des affections gastro-intestinales.
D'autre part, les progrès incessants de la chirurgie ont ouvert, pour le traitement de lésions réputées jusqu'alors incurables, des horizons absolument nouveaux.
Le clinicien envisage les différentes transformations subies par les aliments dans le tube digestif à un autre point de vue que le physiologiste ou le chimiste. Ces derniers étudient chez l’homme sain l’action de la salive, celle du suc gastrique, celles des sécrétions intestinales. Le clinicien s'occupe plus spécialement des altérations pathologiques des différentes sécrétions glandulaires de l'appareil digestif et cherche à appliquer toutes les découvertes de la physiologie au lit du malade.
Le travail de la digestion commence par la mastication; elle a pour but de réduire les aliments en fines parcelles et surtout de les mélanger à la salive; l'action de la salive se poursuit dans l'estomac.
Une mauvaise dentition, des phénomènes de putréfaction développés dans la cavité buccale, des lésions des glandes salivaires, troublent plus ou moins profondément la digestion ; les recherches de Miller ne laissent aucun doute à ce sujet.
On sait que, sous l'influence de la diastase salivaire, l'amidon se transforme en maltose et en sucre de raisin. De plus l'insalivation des aliments semble activer la digestion.
La physiologie et l'observation clinique ont complètement transformé nos connaissances relatives au rôle joué par l’estomac dans les fonctions de la digestion; il parait en effet résulter des recherches les plus récentes que le travail de la digestion et de l'absorption est surtout dévolu à l'intestin; la digestion gastrique n’est qu'un acte préparatoire.
La sécrétion chlorhydro-peptique de l'estomac a pour but de détruire les bactéries et de dissoudre l’albumine; la puis-
sance bactéricide du suc gastrique débarrasse l'estomac des germes pathogènes venus de l'extérieur.
L'action du suc gastrique sur l’albumine (transformation en syntonine, albuminoses, peptones) est bien dépassée par celle du suc pancréatique.
Quant aux autres fonctions du suc gastrique, elles ne sont pas encore suffisamment connues.
La muqueuse gastrique est chargée d’absorber les substances liquides telles que l’eau, les solutions salines, sucrées, etc.; mais cette absorption se fait surtout dans l'intestin.
L'estomac possède, en outre, des parois musculaires destinées à triturer mécaniquement les aliments introduits et à les transporter dans l'intestin à l’état de dissolution: il peut jouer également un rôle de protection, en débarrassant l'organisme, par le vomissement, de substances anormales introduites; mais on sait que les parois ne jouent qu'un rôle fort accessoire dans l'acte du vomissement.
Parvenus dans l'intestin, les aliments subissent l’action du suc intestinal, de la bile et du suc pancréatique.
L'albumine se trouve ainsi transformée en peptone, l’amidon en sucre; les substances grasses sont émulsionnées et transformées en acides gras et en glycérine.
Dans le gros intestin se trouvent des bactéries qui agissent sur les matières albuminoïdes et les matières hydro-carbonées : il se forme ainsi des phénols, de Findol, de l’ammoniaque, de l'acide sulfhydrique, des acides gras, de l'acide carbonique, etc.
L'absorption des substances alimentaires se fait dans l'intestin grèle et dans le gros intestin, soit par diffusion, soit par l'action de l'épithélium et des cellules Iymphatiques.
Le contenu de l'intestin, poussé par la péristaltique intestinale, arrive au bout de trois heures jusqu'à la valvulede Bauhin : il met ensuite dix à vingt heures à parcourir le gros intestin.
Quant à l'expulsion des matières non digérées (bol fécal), elle se fait grâce aux contractions de la portion terminale du gros Intestin, aidées de celles des parois abdominales.
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Notions d’étiologie générale.
Leur application à la thérapeutique.
Les différentes fonctions du tube digestif peuvent être troublées à l'infini; ces modifications des fonctions physiologiques jouent dans l’étiologie générale des maladies de l'estomac et de l'intestin un rôle prépondérant.
La propulsion mécanique du bol alimentaire peut être entravée par des rétrécissements du conduit (néoplasmes, cicatrices, invagination, hernie, etc.), par des altérations de la paroi musculaire (paralysie, dilatation, atrophie, ete.).
Les altérations anatomiques de la muqueuse peuvent augmenter ou diminuer les sécrétions, activer les fermentations, troubler ou même entraver l'absorption (affections ‘atarrhales de l'estomac, de l'intestin grêle, du gros intestin), provoquer même la mort (perforation par ulcération).
Les altérations du contenu peuvent léser directement la muqueuse (caustiques), troubler l’action des muscles par influence nerveuse (purgatifs, agents toxiques), favoriser les fermentations (écarts de régime). Des agents pathogènes peuvent pénétrer dans le tube digestifet provoquer non seulement des symptômes locaux, mais encore des accidents généaux.
Il est des cas, enfin, où l'examen chimique ou histologique ne permet pas de déceler les conditions étiologiques qui donnent naissance à des troubles profonds des fonctions de nutrition. On invoque alors l'influence, souvent réelle, du système nerveux.
A lire tous les travaux récents accumulés sur le chimisme stomacal, on pourrait croire, qu'en connaissant mieux les causes des maladies de l'estomac, une thérapeutique nouvelle
a dù s’édifier sur îes débris de l’ancienne, et qu'aux troubles si bien étudiés des fonctions mécaniques de sécrétion, de fermentation et d'absorption, on doit pouvoir opposer une médication spéciale.
Il n’en est malheureusement rien.
Aussi conserverons-nous l’ancienne division en thérapeutique prophylactique et thérapeutique curative, comprenant les moyens chimiques (régime, médicaments) et physiques (médication thermique, mécanique, électrique, etc.)
ITT
Thérapeutique prophylactique.
Les différentes parties du tube digestif peuvent être atteintes directement par un traumatisme; des agents nuisibles peuvent pénétrer dans ses cavités.