B. — DYSPEPSIE PRÉMONITOIRE OÙ ALIMENTAIRE PAR EXCÈS DE PEPTONES
Dans cette variété, la digestion commence normalement; mais quand les peptones formées dépassent un certain taux, elles agissent comme agent inhibiteur de la fonction peptonique.
La symplomatologqie en est fortsimple. D'abord, l'examen du contenu stomacal après repas d’épreuve ne montre rien d’anormal. La digestion commence normalement, mais une où deux heures après son début, le sujet éprouve un malaise qui n’est passansanalogie avec l’indigestion commencante (somnolence, pesanteur épigastrique, malaise, quelquefois vomissement;. Le liquide vomi contient un excès de peptones et de l’albumine coagulable par la chaleur. Certaines observations me portent à admettre deux sous-variétés dans cette dyspepsie :
1° La première due à l'inhibition de la fonction pepsinique;
2° La seconde par inhibition des fonctions chlorhydrique et pepsinique.
Le /raitement est une simple question d'alimentation. Il faut modérer la quantité desalbuminoïdeset surveiller les fonctions de l'intestin qui recueille la succession de l'estomac et parfait la besogne.
Comme ces individus sont ordinairement constipés, on régularisera le cours des garde-robes, en insistant plus sur l'alimentation que sur les médicaments. On conseillera d'augmenter l'alimentation herbacée, les légumes en purée, les fruits cuits, le pain de son, etc.
Cette dyspepsie par excès de peptones est, avons-nous dit, l'apanage des gros mangeurs. Mais il est bien difficile de fixer les limites au delà desquelles on devient un gros mangeur. Beaucoup de personnes qui ont normalement de médiocres capacités digestives sont rapidement surchargées par une quantité d'aliments qui peut, au point de vue absolu, ne pas sembler considérable. Ces petits mangeurs seront saturés beaucoup plus vite que d’autres et l’on verra survenir alors chez eux les accidents dévolus aux gens qui absorbent visiblement trop de nourriture. Le rationnement devra donc être pratiqué toutes les fois que les troubles ci-dessus apparaitront, même chez des individus qui poraissent manger modérément. On se guidera, pour cela, sur ces régurgitationsde liquides neutres et peu acides qui sont l’une des caractéristiques de l'arrêt de la digestion par excès de peptones, étant bien entendu que l'excès, pris comme valeur, dépend absolument du coefficient individuel.
Traitement des hypersthénies gastriques aigués.
Les hypersthénies gastriques sont aiguës ou permanentes. Elles correspondent à ce que beaucoup appellent encore la dyspepsie hyperchlorhydrique, comme si un excès d'acide chlorhydrique dans le contenu stomacal pouvait individualiser une espèce morbide. J'ai démontré ailleurs que cette dyspepsie dite hyperchlorhydrique, telle qu'elle a été décrite, n'avait pas de caractéristique étiologique, chimique, clinique ou thérapeutique’, L'hyperchlorhydrie est un symptôme qui ne peut pas plus servir à désigner une maladie que le symptôme toux ou le symptôme fièvre.
Comme nous l'avons vu plus haut, le groupe des hypersthénies aiguës comprend trois variétés dont nous allons décrire le traitement.
1. Agent RoBix. — Lecons sur le traitement des dyspepsies. Bullelin qénéral de thérapeulique, 1896-1897.
À. — DE LA DYSPEPSIE HYPERSTHÉNIQUE AIGUE PAROXYSTIQUE D ORIGINE NÉVROSIQUE
1° Considérations générales.
Ce type est bien connu. Il répond à la gastroxynsis de Rossbach, à une partie de ce que Bouveret décrit sous le nom d'hypersécrétion nerveuse deutéropathique, au vomitus hyperacidus de Rosenthal.
IL est caractérisé essentiellement par l'association paroxystique de deux phénomènes douloureux, l’un du côté de la tète (accès d'apparence migraineuse), l’autre, du côté de l'estomac (violente crise gastralgique avec sécrétion subite et surabondante d'acide chlorhydrique en excès), débutant isolément ou simultanément, atteignant ensemble leur paroxysme, et se terminant par des vomissements hyperacides et indépendants de toute alimentation. À la suite du dernier vomissement, survient une rapide détente; le malade s'endort, et à son réveil, toutest terminé. Les accès paroxystiques reviennent à de variables intervalles, et sont presque toujours précédés par une cause nerveuse provocatrice.
Les travaux intellectuels exagérés, le surmenage nerveux, les émotions morales persistantes ou fréquemment renouvelées, les veilles, les fatigues génitales, etc. constituent les éléments principaux de l’éfiologie.
2° Traitement.
On n'arrête pas unecrise d'hypersthénie aiguë paroxystique auand elle est commencée, mais on peut en atténuer la violence quand les douleurs sont insupportables. C'est le cas d'employer la médication sédative, l’eau chloroformée à l'intérieur, les applications de ckloroforme au niveau du creux épigastrique, l'injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine,
ou encore V à X gouttes de la solution suivante dans une cuillerée d’eau chloroformée :
%. Chiorhydrate de morphine. . . , , . 0 gr. 10 Eau distillée de laurier-cerise , . , . 5 grammes.
Dissolvez et filtrez.
En thèse générale, il ne fautemployer cesmédicaments que s’il n’y a pas moyen de faire autrement. Et dans la majorité des cas, on se contentera d’administrer des boissons chaudes (infusions légères de thé, camomille, tilleul, feuilles d'oranger, menthe), qui diluent l'acidité gastrique et provoquent souvent des vomissements libérateurs. Quand la sensation de brûlure gastrique ou œsophagienne est trop douloureuse, on donnera deux grammes de magnésie hydratée dans du pain azyme, ou un mélange de deux grammes de bicarbonate de soude et de un gramme de craie préparée, dans un peu d’eau tiède.
Le traitement prophylactique de l'accès et vraiment curateur est purement hygiénique. Onordonnera le repos intellectuel absolu, le séjour à lacampagne, l'exercice en plein air. Ces prescriptions hygiéniques qui varieront bien évidemment suivant lanature de la cause provocatrice, auront plus de succès que tous les médicamments et même que tous les régimes qui, dans le plus grand nombre des circonstances, ne font qu'aggraver le mal et provoquent trop souvent des troubles gastriques directs qui viennent compliquer une situation déjà pleine de difficultés.
B. — DE L’HYPERSTHÉNIE AIGUE PAROXYSTIQUE OU PÉRIODIQUE D'ORIGINE NERVEUSE CENTRALE
1° Considérations générales.
Cette variété est toujours symptomatique d'une maladie lésionale ou fonctionnelle des centres nerveux. Elle survient comme épiphénomène dans le tabes dorsal, la paralysie générale, la sclérose en plaques, l'hystérie et la neurasthénie,
dont elle constitue les crises dites gastriques. Elle est plutôt périodique que paroxystique, en ce sens qu'elle procède ordinairement par accès de variable durée.
La crise apparaît à jeun; sa provocation n’est pas alimentaire, mais nerveuse centrale; la céphalalgie est nulle ou minime, Le pyrosis est au maximum, la douleur épigastrique très vive, Îe malaise général considérable. L'intolérance gastrique, presque constante, se traduit par des vomissements répétés, hyperacides. La crise, qui s’exaspère à toute tentative d'alimentation, dure de vingt-quatre à trente-six heures et peut se prolonger plusieurs jours.
L'examen du contenu stomacal révèle une hyperchlorhydrie intense, au moins dans la majorité des cas. Pour ma part, je l'ai notée, au moment des crises, dix fois sur treize cas d’'hypersthénie aiguë chez des tabétiques.
est le tabes dorsal qui est la cause la plus fréquente de cette variété d'hypersthénie; mais je l’ai rencontrée aussi au début et comme symptôme prémonitoire de la paralysie générale.
Une étude approfondie des échanges m'a démontré que la crise gastrique n’élait qu'un accident qui, lorsqu'il n’est pas trop fréquent, ne retentit nullement sur la nutrition générale et ne trouble en rien le mécanisme de la digestion ou des
échanges élémentaires".
2° Traitement.
I n'y a pas, à proprement parler, de traitement de ces crises d'hypersthénie, car il faudrait exercer une action bien plutôt sur la maladie causale que sur l'estomac, et cette mala= die causale échappe encore à la thérapeutique. D'ailleurs, toutes les fois que, par un procédé quelconque, on obtient un amoindrissement de l'affection génératrice, on exerce, du même coup, une influence prophylactique sur la crise gastrique.
Pour combattre ces crises, on a essayé successivement le
1. Azserr Rogn.— Traitement des maladies de l'estomac. En préparation.
bicarbonate de soude à haute dose, les pointes de feu sur la colonne vertébrale (Rendu), la pulvérisation de chlorure de méthyle (Gaucher), la cautérisation épigastrique, la suspension, la cocaïne, le chloroforme, l'extrait de cannabis indica, les opiacés, l'injection sous-cutanée locale de chlorhydrate de morphine, ete., ete. Cette multiplicité même des moyens mis en œuvre est bien la preuve de leur incertitude.
Mais ceci ne veut pas dire qu'il faille rester les bras croisés et s'abstenir de toute intervention ? Certainement non, et voici comment je conseille d'opérer. D'abord, dans les intervalles des crises, on praliquera chaque jour une injection souscutanée de un à deux centimètres cubes d'une solution au quart de glycérophosphate de soude, au niveau des points qui sont le siège des douleurs fulgurantes, et cela pendant vingt jours environ. Dès le début de la crise, on recommencera les injections, en portant la dose à deux ou trois centimètres cubes. En même temps, on donnera deux à quatre fois par jour, de préférence quand le malade voudra s’alimenter, de IV à V gouttes de la mixture ci-dessous, dans un peu d'eau
chloroformée.
% Picrotoxine. . . . RTE CE 05",05 M de morphine . . . . . O08r,05 Ergotine Bonjean . . . . . . : . . À gramme.
Eau chloroformée . . . . 12 — Alcool pour dissoudre lapie OLA OS
Enfin, quand le pyrosis et les vomissements hyperacid. dominent la situation, on administrera un des paquets ei-dessous, dits paquets composés à la magnésie :
% Magnésie hydratée. . . . . . . . . . 15",50 Sous-nitrale de bismuth , . . . . . . 0$",40 Craie préparée. . . A Co . OSEO) Chlorhydrate NEC NC SE OP.
Bicarbonate de soude, , . , . . . . . À gramme.
Mêlez très exactement en un paquet que l’on prendra après l'avoir délayé dans un peu d’eau.
L'injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine interviendra comme suprême ressource, en cas d'échec des moyens précédents.
. Dans des cas rebelles qui ont déjoué toute intervention thérapeutique, on réussira parfois, en appliquant des pointes de feu très fines, très nombreuses et très superficielles tout le long des nerfs des membres inférieurs, en commençant par les ramifications dorsales des pieds. Ce moyen réalise une application souvent utile des doctrines de Brown-Séquard sur l’inhibition.
Il n’y a pas de régime fixe à instituer pour les malades de cette catégorie; on tiendra surtout compte des possibilités du
sujet.