PRÉFACE
La Ihérapeufiquc subit, à l'heure actuelle, uue transformation complète. La bactériologie et la chimie pathologique ont bouleversé les vieux cadres dans lesquels on était habitué à se mouvoir, et sont en train d'édifier, h côté de leurs débris, toute une science nouvelle dont l'avenir est illimité, mais dont l'étendue présente ne répond pas à tous les besoins de la pratique médicale.
Si nombreuses que soient les découvertes, si précises que soient les investigations, l'i^volution de celte science nouvelle marche avec une relative lenteur et les résultats définitifs se laissent encore compter. Pour chaque pas en avant, que de médicaments et de médications apparaissent sur la scène, brillant d'un éclat passager, puis s'enilzeal dans l'oubli!
Au moins la voie à suivre est-elle maintenant éclairée d'un grand jet de lumière. Le terrain est déblayé; on voit et on sait où l'on va. La thérapeutique des symptômes a fait son temps; l'expectation armée n'est plus qu'une formule; l'empirisme nous réserve peut-être encore des surprises, mais la pathogénie et l'étiologie demeurent
les seules bases solides sur lesquelles on puisse fonder les indications du traitement dans les maladies, comme la physiologie et rexpérimentation sont les guides les plus sûrs pour connaître les actions des agents médicamenteux.
Cette révolution n'est qu'à son aurore. Aujourd'hui, nous traversons un tournant de la thérapeutique où la route que doit suivre le praticien est semée d'incertitudes, puisque la science de demain se prépare et que les doctrines d'hier sont ébranlées ou s'écroulent.
Aussi les auteurs de ce Traité ont-ils pensé qu'il y avait intérêt à faire un ouvrage essentiellement pratique, où l'expérience du passé fî)t associée aux acquisitions qui ouvrent sur demain de si larges horizons. En un mot, nous avons tenté de fixer l'état présent de la thérapeutique courante.
Pour cela, il y avait deux méthodes à suivre :
Ou bien il fallait rédiger un volumineux compendium, souligné d'innombrables indications bibliographiques, où chaque traitement proposé eût été exposé, discuté, avec ses résultats statistiques, ses avantages et ses inconvénients : c'eflt été faire là une œuvre d'érudition et de critique qui nous aurait entraînés bien loin de notre but, et se fût adressée aux savants bien plus qu'aux praticiens.
Ce que ceux-ci demandent quand ils sont en présence > d'un malade, ce ne sont ni des variations brillantes sur telle médication, ni des exposés théoriques, ni des aperçus ten- j dancieux : c'est tout simplement une exposition claire du mode de traitement qui parait donner les résultats les plus J satisfaisants; en un mot, c'est une ligne de conduite.
La meilleure manière d'atteindre ce but, c'était de provoquer de véritables consultations de la part de médecins '
l'MÉPACE. Ml
ayant sur le sujet une compétence particulière, en les priant de donner, non pas une fastidieuse énumération des diverses médications en usage, mais bien un avis personnel résultant de leur expérience clinique. C'est dire que la place faite à la bibliographie sera aussi restreinte que possible, que nous ne ferons de la théorie que d'une façon accessoire, et que, si nous avons comme but la thérapeutique palhogénique et éliologique, nous ne la mettrons en œuvre que dans les limites où elle a conquis droit à l'application pratique.
Nous avons voulu nous placer en debors de toutes les doctrines et de toutes les écoles, ce qui nuira peut-être à l'unité du Traité de thérapeutique appliquée. Mais une unité fondée sur des considérations doctrinales est tout aussi virtuelle que celles-ci ; elle suit leurs oscillations et doit sombrer comme sombrent toutes les doctrines. Et ce que l'ouvrage perdra du côté de cette décevante unité, il le gagnera du côté de la précision, puisque chaque auteur exposera ce qu'il a vu, fait et obtenu, au lieu de se livrer à des considérations théoriques où la portée du fait s'efface devant l'éclat de la doctrine à la mode.
Dans la préparation de ce Traité, nous avons été aidés avec le plus grand dévouement et la plusgrande compétence par M. le ])' Paul lilocq, que nous tenons à remercier tout particulièrement pour le concours éclairé qu'il nous a donné.
ALEiËKT ItOBlN.