‹ Traité de thérapeutique chirurgicale et de technique opératoire. Tome quatrièmeChapitre 127 sur 221 · Congrès International de Madrid, igo · texte numérisé non relu

Congrès International de Madrid, igo

mort des malades dans l’âge moyen de la vie, sans que l’autopsie m ait permis de découvrir aucune trace d ulcère ni de cancer.

L’étude clinique d’un certain nombre de cas d ulcères de 1 estomac et de dyspepsies rebelles, accompagnés d’amaigrissement et de cachexie véritable, me démontra bientôt :

i° Que la détermination de ce qu’on appelle le chimisme gastrique ne donnait aucune indication capable de permettre l’institution d’un traitement rationnel et réellement efficace.

2° Que la plupart, sinon la totalité des phénomènes pénibles éprouvés par les dyspeptiques étaient dus à peu près exclusivement à la stagnation des aliments dans l’estomac.

Mes premières opérations confirmèrent ces observations cliniques, et elles me permirent de déterminer que :

i° Le pylore des malades atteints d’ulcère ou de dyspepsie grave se trouve dans un état de contracture spasmodique presque permanente.

2° La contracture spasmodique habituelle du pylore se complique petit à petit d’une induration fibreuse du sphincter gastro-duodénal, qui arrive à former un anneau rigide de 6 à 8 millimètres de diamètre seulement.

3° La dilatation dite atonique ou essentielle de l’estomac n’existe pas, et elle n’est qu’une simple conception théorique, basée sur une observation clinique insuffisante. L’estomac ne se dilate que par suite de la contracture spasmodique habituelle d’un pylore irritable, contracture très souvent réflexe d’une gastropathie douloureuse : ulcère rond, hyperchlorhydrie, etc.

A côté des malades atteints d’ulcère rond de l’estomac ou d’hyperchlorhydrie typique avec hypersécrétion et crises paroxystiques, il existe donc toute une categorie de malades qui ne souffrent que de pesanteur gastrique, et dont l’évacuation du ventricule, quoique très lente, se termine chaque nuit vers cinq ou six heures du matin. Dans ces cas, le lavage de l’estomac, fait à jeun, à huit ou neuf heures du matin, ne ramène pas de débris alimentaires ; cependant ces malades maigrissent, ils perdent leurs forces, et peuvent devenir cachectiques. La plupart d’entre eux ne peuvent digérer des aliments quelconques que par très petite quantité ; d’autres paraissent absorber une quantité totale de substances nutritives suffisante pour être bien portants.

L’état de ces malades est grave, parce que les aliments ingérés subissent dans l’estomac des fermentations capables d’empêcher leur assimilation normale. La quantité d’aliments ternaires et azotés ingérés

chaque jour est cependant suffisante. La nutrition demeure défectueuse parce que les aliments ingérés sont altérés pendant leur séjour dans 1 estomac, au point de devenir impropres à l’assimilation, sinon toxiques. L erreur des théoriciens qui ont inventé la dilatation atonique et essentielle de 1 estomac doit être attribuée à ce qu’ils ne connaissaient ni la situation exacte, ni les rapports normaux de l’estomac vide ou dilaté.

4° J’ai dû, pour défendre la contracture spasmodique du pylore contre les partisans de la dilatation atonique et essentielle de l’estomac, instituer une longue série de recherches anatomiques et expérimentales. J’avais observé cette lésion sur le vivant pendant mes laparotomies. Il m’a été facile de démontrer que, dans l’état de vacuité de l’estomac, le pylore en occupe le point le plus déclive. L’estomac ne peut donc se dilater que lorsque le pylore se contracte et lorsqu’il retient dans le ventricule les aliments ingérés.

Ces recherches sur l’anatomie normale de l’estomac, qui ont été confirmées par toutes les observations ultérieures, ont été publiées en i8q5, dans mon livre sur le Traitement chirurgical des affections de l'estomac et du duodénum. Ces constatations ont été vérifiées non seulement sur de nombreux sujets d’amphithéâtre, mais aussi dans des centaines d’opérations.

La dilatation atonique de l’estomac n’existe pas plus que l’entéroptose essentielle. 11 suffit de pratiquer journellement des laparotomies pour savoir que l’estomac vide, tel qu’il se présente dans les cas de sténose de l’œsophage, est presque inaccessible, et qu’il demeure sous le rebord costal. La grande courbure entraîne dans son ascension le côlon transverse, qui se trouve situé notablement au-dessus de l’ombilic. L’estomac est-il au contraire non pas dilaté, mais dans l’état de réplétion physiologique, le côlon transverse descend avec la grande courbure et il tombe, en formant un Y plus ou moins accentué à concavité supérieure, bien au-dessous de la cicatrice ombilicale.

Les premiers succès opératoires que j’ai obtenus de 1892 à 1896 ont confirmé mes observations cliniques et anatomiques.

J’ai démontré que la gastro-entérostomie , lorsqu’elle est faite convenablement et que l'orifice fonctionne bien , amène chez les malades atteints de gastropathie chronique et non encore cancéreuse une disparition immédiate de tous les symptômes pénibles.

Les douleurs, les vomissements alimentaires et les hémorragies de l’ulcère rond disparaissent, les phénomènes pénibles des dyspepsies graves s’amendent, et la guérison est complète, qu’il s’agisse d’un

ulcère rond de la grande ou de la petite courbure éloigné du pylore, d une dyspepsie invétérée à forme hyperchlorhydrique ou d’une vieille gastrite alcoolique avec altération des glandes à pepsine.

On souffre de l’estomac lorsque le pylore se contracte à l’excès. Que cette contracture du pylore soit passagère ou durable, simple ou spasmodique, qu’elle soit réflexe de la douleur de l’ulcère rond ou de toute autre cause d’irritabilité de la muqueuse gastrique, il suffit de la faire disparaître pour voir disparaître également les symptômes gastriques pénibles et douloureux, et pour voir se rétablir l’appétit et la nutrition dans des conditions normales.

J’ai formulé en ces termes, en 1895, l’ensemble des indications opératoires dans les gastropathies chroniques non cancéreuses :

Toute affection chronique de l’estomac, rebelle à la thérapeutique médicale et entraînant un dépérissement grave de l’économie, est désormais du ressort de la chirurgie.

Cette formule a été adoptée par tous les partisans du traitement chirurgical des affections non cancéreuses de l’estomac.

La médecine est généralement réduite, dans les gastropathies graves, à bien peu de chose, et le diagnostic précis n’est fait qu’à l’autopsie. Il faut donc habituer malades et médecins à accepter l’opération dès que l’inefficacité du traitement médical est évidente.

La médecine, lorsqu’elle est impuissante, doit céder le pas à la chirurgie et le chirurgien a le droit de réclamer le malade avant qu’il soit trop affaibli pour pouvoir subir l’opération sans danger.

L indication opératoire est formelle et immédiate lorsqu’il y existe une sténose fibreuse du pylore, car l’intervention procure une guérison définitive. Il en est de même dans les cas d’ulcère rond de l’estomac et dans les cas de contracture spasmodique invétérée du pylore.

Actuellement, sept ans apres la publication de mon volume sur la chirurgie de 1 estomac, je n ai rien modifié ni au point de vue de mes descriptions anatomiques, ni pour ce qui concerne les indications opératoires dans les gastropathies non cancéreuses, où la gastro-duodénostomie et la gastro-jéjunostomie, c’est-à-dire la création d’un pylore large et fonctionnant bien, sont le seul remède véritable.

TECHNIQUE GÉNÉRALE DE LA RÉSECTION INTESTINALE ET DE L’ ENTÉRO-AN ASTOMOSE

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