OPÉRATIONS POUR LÉSIONS NON CANCÉREUSES DE L’ESTOMAC
Les premières opérations de pylorectomie, de gastro-entérostomie, de pyloroplastie et de gastroplastie qui ont été faites chez des malades non cancéreux étaient toutes destinées à remédier à des accidents de sténose cicatricielle du pylore.
Lorsque j’ai publié, en 1895, mon volume sur le « Traitement chirurgical des affections de l’estomac et du duodénum », les opérations pratiquées pour des affections de l’estomac autres que la sténose pylorique étaient encore exceptionnelles.
Bircher et Weir avaient tenté de rétrécir l’estomac dilaté par une gastrorraphie à étages. Et encore Weir ne pratiqua-t-il la gastroi rapine à étages qu’après un insuccès de la gastro-entérostomie, dans un cas de sténose cicatricielle du pylore, « parce que la malade souffrait comme par le passé ». Ces opérations isolées sont sans intérêt, de même que la divulsion du pylore sténosé (Hahn-Loreta) et le curettage de l’estomac cancéreux (Bernays).
Czerny (n juillet 1887) fit une laparotomie pour ulcère de l’estomac. L’opération demeura exploratrice. Mikulicz, ayant a donner ses soins un an et demi plus tard au même malade, reconnut par la gastroscopie une petite plaque blanchâtre au voisinage du cardia. Il ouvrit 1 estomac, cautérisa le point supposé malade, et referma le viscère. Il y aurait eu une légère amélioration.
Roux pratiqua avec succès la résection d’un ulcère de la petite courbure.
Jeannel (a4 septembre 1892) tenta de remédier par la gastroentérostomie à une « dilatation de l’estomac par atonie simple ». La malade succomba avec distention de l’anse duodéno-jéjunale par un liquide bilieux et fétide; le pylore était sain. On n’a pas noté l’état du duodénum.
Ces observations isolées démontrent que l’on n’avait apprécié dans aucun de ces cas la véritable cause des douleurs gastralgiques, de la non cicatrisation de l’ulcère et de la dilatation stomacale,
La disparition des douleurs aussitôt après ma première opération de pyloroplastie (9 mai 1892) m’a engagé à traiter par le même procédé une autre malade atteinte d’hyperchlorhydrie avec hématémèses et signes probables d’ulcère rond. Cette malade succomba. Ayant peu après l’occasion de pratiquer une laparotomie pour ulcère du pylore et du duodénum compliqué d’hématémèses profuses (9 juin 1892), j’ai fait une gastro-entérostomie simple, persuadé que le malade cesserait de souffrir dès que l’estomac pourrait s’évacuer librement dans l’intestin grêle.
La pylorectomie eût été possible. J’ai résisté au désir bien légitime d’examiner une pièce aussi curieuse : ulcère du pylore et de la première portion du duodénum avec hypertrophie considérable des tuniques celluleuse et musculeuse. J’ai préféré démontrer cliniquement que la création d’un orifice gastro-jéjunal serait capable de faire cesser les gastrorragies, et de déterminer en même temps la cicatrisation d’un ulcère datant de 22 ans. Les suites de l’opération confirmèrent mes prévisions.
OPÉRATIONS SUR L’ESTOMAC ET SUR L’INTESTIN. ao3
Les douleurs disparurent le jour même de l'opération. Au bout de 2 semaines, le malade, qui depuis près de 20 ans ne vivait que de laitage et d eau de Vichy, mangeait avec appétit et digérait des aliments variés. Jamais les hématémèses ni le mélæna n’ont reparu. Cette observation était concluante. J’ai communiqué ces résultats au 7e Congrès français de Chirurgie (avril 1893).
Mes premiers succès dans les cas de gastropathie non cancéreuse me donnèrent la conviction que la contracture spasmodique du pylore était la clef de presque toute la pathologie gastrique.
Je poursuivis l’étude de la physiologie pathologique des maladies de l’estomac de 1892 à 1895. Après avoir vérifié d’une manière irréfutable, à la suite de mes succès opératoires dans les gastropathies non cancéreuses, l’exactitude de mes premières observations, j’écrivis en 1895 :
Le spasme pylorique domine presque toute la pathologie de l’estomac. Le pylore est l’ennemi. Sa susceptibilité inopportune est la cause des malaises gastriques les plus divers et de la persistance des lésions anatomiques qui les accompagnent.
Parmi les premières opérations pour spasme du pylore, sans sténose fibreuse, je dois citer les interventions de Novaro, de Bologne, et de Carie, de Turin, qui ont pratiqué avant l’année 1896, le premier i3 opérations, et, le second, i4 opérations pour diverses affections non cancéreuses de l’estomac (section de brides inflammatoires ou pyloroplastie).
Dans cinq de ces cas, écrivit Carie, il s’agissait d’individus chez lesquels aucun symptôme ne faisant supposer ni sténose ni ulcère, les médecins avaient diagnostiqué « dyspepsie nerveuse avec dilatation ». La laparotomie fut entreprise après de longs et inutiles traitements. Il existait une gastrectasie de la grande courbure. L’anneau pylorique ne présentait aucune cicatrice et il admettait le petit doigt. Cet orifice paraissant insuffisant pour le libre passage des aliments, Carie élargit le pylore par la pyloroplastie. « Ces opérés, dit-il, se nourrissent de toutes sortes d’aliments. L’excellence du résultat obtenu démontre qu’il s’agissait aussi, dans ces cas, d’un obstacle mécanique, et que les souffrances des malades dépendaient de la stagnation des aliments dans l’estomac. »
On verra plus loin que je ne diffère que sur un point : le mode d’intervention, car je préfère à la pyloroplastie la gastro-duodénostomie ou la gastro-entérostomie.
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