I. — DYSPEPSIE
La dyspepsie stomacale est la mieux caractérisée comme aussi la mieux étudiée : le plus souvent d’ailleurs les troubles digestifs intestinaux lui sont secondaires et se montrent justiciables de la même thérapeutique : la lientérie, ou évacuation alvine des matières alimentaires incomplètement digérées, a en effet disparu après une de nos opérations sur le pylore, bien qu’on considère en général ce symptôme comme un des signes les plus précis de dyspepsie intestinale.
L’étude des dyspepsies n’est entrée dans une voie réellement scientifique qu’avec la pratique de l’examen du contenu stomacal, imaginé par Leube dès 1879. 11 n’est pas sans intérêt de rappeler que cette même année est précisément l’époque du premier cas connu de résection du pylore, dû à l’initiative de Péan.
Cette date de 1879 marquera donc désormais aussi bien en médecine qu’en chirurgie le premier stade de la période moderne et vraiment rationnelle où vient d’entrer la thérapeutique des affections de l’estomac.
Le mot dyspepsie veut dire : digestion pénible. Il comporte également la notion d’une affection durable et chronique, et personne ne songerait à donner le nom de dyspepsie aux troubles digestifs momentanés qui peuvent se produire à la suite d’un repas copieux ou de l’ingestion accidentelle d’aliments irritants.
Ces excès alimentaires passagers constituent l’indigestion : les mêmes excès fréquemment répétés aboutissent à la dyspepsie.
Les phénomènes dyspeptiques sont si communs, les sensations subjectives de la dyspepsie sont si variées, que l’on a multiplié tout artificiellement, et sans profit pour la thérapeutique, les formes cliniques de cette affection. Les uns ont basé leur classification sur la prédominance des phénomènes riervo-moteurs ; les autres, sur la viciation du chimisme gastrique.
On a tenté sans grand succès, par l’analyse du contenu de l’estomac, le matin à jeun, et par l’administration de « repas d’épreuve »,
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extraits au bout d'une heure, de déterminer les indications thérapeutiques spéciales à chaque cas.
Exploration de l’estomac.
L’exploration de l’estomac est basée sur la pratique du cathétérisme stomacal. Kussmaul, le premier, en 1867, fit entrer le lavage méthodique de l’estomac dans la thérapeutique courante de la dilatation gastrique 1 il fut suivi dans cette voie par Leven. Ce dermei introduisit en France la pompe de. Kussmaul, qui fut bientôt remplacée par un simple tube de caoutchouc rouge.
Ewald, à son tour, assistant loin de tout secours aux premiers accidents d’un empoisonnement, eut l’idée d’employer pour le lavage de l’estomac un simple tuyau à gaz en caoutchouc souple. On construisit dès lors des sondes œsophagiennes souples, que l’on guidait à l’aide d’un mandrin.
La sonde molle la plus connue en France est le tube de Faucher, que le malade devait déglutir. Faucher démontra un des premiers les avantages de cette méthode pour le lavage de l’estomac, et vulgarisa l’emploi du gavage dans l’ anorexie rebelle et dans les états cachectiques (1881). Les travaux de Faucher eurent en France un grand retentissement. Le tube de Faucher est assez ferme pour que le canal n’en soit pas affaissé par suite des inflexions qu’il subit. Sa surface est lisse. Un trait circulaire, fait à 5o centimètres de l’extrémité, indique l’endroit du tube qui doit correspondre à l’orifice buccal, lorsque l’extrémité a franchi le cardia.
DILATATION DE l’eSTOMAC
J ai démontré en 1895 que la dilatation de l’estomac, survenant sans rétrécissement fibreux ni cancéreux du pylore, était la conséquence d’une contracture spasmodique du sphincter pylorique. La dilatation survient aussi bien chez les anachlorhydriques que chez les malades atteints d’hyperacidité gastrique.
L ’ fiyp erchlorhy drie est généralement rebelle. Les malades, nerveux et irritables, sont tourmentés par l’insomnie et ils se fatiguent aisément.
Les crises se rapprochent et ces malheureux, épuisés par suite des douleurs gastralgiques et de l’inanition, tombent dans un état de cachexie des plus graves. Les hyperchlorhydriques guérissent difficilement. A la longue, la digestion intestinale s’altère à son tour; lassi-
OPÉRATIONS SUR L’ESTOMAC ET SUR L’INTESTIN. a45
milation devient insuffisante et l'affaiblissement devient tel que la maladie peut en imposer pour un cancer de l’estomac.
C’est avec l’hyperchlorhydrie que l’on voit le plus souvent coïncider la dilatation de l’estomac. La plupart des soi-disant dilatés par suite d’une « insuffisance de tonicité des fibres musculaires lisses » sont au contraire des hyperchlorhydriques, et c’est par une erreur d’interprétation qu’on a décrit ces dilatations comme étant d’origine paralytique. Ces estomacs, si distendus qu’ils soient, se contractent en effet avec la plus grande énergie dès qu’ils peuvent évacuer leur contenu, soit sous l’influence d’une excitation électrique, soit sous la simple pression de la main.
La cause primitive de ces dilatations est purement mécanique : l’estomac se dilate parce qu’il y a un obstacle à l’écoulement du chyme et cet obstacle, c’est la contracture du pylore, contracture qu’exagère encore, par voie réflexe, l’hyperacidité gastrique. 11 n’y a donc pas alors à proprement parler « dilatation essentielle de l’estomac », terme dont on a trop abusé sans en bien comprendre la valeur, mais simple distension gastrique, entretenue par la contracture permanente du pylore.
L’ hyperchlorhydrie n’est grave par elle-même que parce qu’elle est un des signes précurseurs du cancer de l’estomac. On l’observe aussi dans les cas de cancers gastriques très anciens compliqués de dilatation habituelle; or, on sait que les vieux ulcères de l’estomac sont fréquemment le point de départ de la dégénérescence cancéreuse. Le microbe du cancer, auquel les cellules saines et intactes ne sont guère accessibles, pénètre au contraire très facilement dans les cellules altérées par une inflammation chronique ; ces cellules vivent désormais en symbiose avec le microbe pathogène, et elles se multiplient, constituant désormais des cellules cancéreuses.