SUPÉRIEURES DU COU
On sait que des lésions très graves, analogues à celles des tumeurs blanches du genou et de la hanche, s'observent entre l'occipital, l'atlas et l'axis. La paralysie générale, et quelquefois la mort instantanée, sont la suite des luxations spontanées de ces vertèbres. L'anatomie pathologique et le diagnostic de ce genre de tumeurs blanches sont très avancés; il n'en est pas de même de leur thérapeutique; celle-ci mérite encore un grand nombre de recherches.
En ce qui regarde le traitement général et les applications locales, nous n'avons rien à dire de spécial, et nous devons nous borner ici au traitement mécanique : 1e avant que tout symptôme de paralysie se soit montré; 2° lorsque la paralysie des membres et la gêne de la respiration démontrent que la moelle est comprimée.
Même avant l'apparition de tout symptôme nerveux, il est de la plus haute importance de maintenir la tête immobile et d'en prévenir la flexion, surtout en avant, où elle est entraînée par son poids. L'immobilité est nécessaire d'une part, pour calmer les douleurs qui existent fréquemment; de l'autre, parce que la flexion, en un sens quelconque, peut être suivie, eu égard au ramollissement et à l'ulcération des liens fibreux, d'une compression de la moelle plus funeste a sa partie supérieure qu'en aucune autre région,
TUMEURS 15LANCHE3 ET LUXATIONS SrONTANÉKS. 633
L'importance du traitement mécanique qui est propre il remplir ces indications a été signalée par llichter, Rust, Bêrard, Ollivier d'Angers, et surtout par M. Teissier. Ces auteurs ont proposé de faire porter un collier solide qui embrasse le cou.
Je ne me contenterai point de faire remarquer, avec M. Teissier, qu'il est à regretter que ce conseil ne soit jamais suivi dans les hôpitaux ; je dirai qu'un simple collier est insuffisant pour atteindre le but qu'on se propose. Il pourrait obliger la tête à conserver des rapports fixes avec le tronc, si le malade se tenait toujours debout; mais il n'a pas assez d'action quand celui-ci se penche en avant ou qu'il se couche: les mouvements de la tête peuvent être alors indépendants de ceux du tronc. Pour établir une complète solidarité entre ces deux parties, il fout un appareil qui les embrasse l'une et lautre.
Pourvu que Ion agisse ainsi simultanément sur le torse, la tête et le cou, on peut adopter les formes les plus variées. Dans un cas qui, à la longue, s'est terminé par la guérison, je me suis servi d'un collier solide placé sur les deux plaques recouvrant les épaules et qui font partie de l'appareil représenté figure 86, page 623. Je me servirais aujourd'hui d'un grillage en fil de fer mou embrassant la tête (à l'exception de la face), le cou et la moitié supérieure de la poitrine. Ce grillage, que j'ai fait exécuter récemment avec une charnière postérieure qui permet d'en écarter les deux moitiés, n'a pas reçu d'application aussi. Quoiqu'il me paraisse digne d'être adopté, eu égard à la facilité de son exécution, je lui préférerais encore l'appareil de MM. Blanc et Drutel représenté page 62/i, figures 87 et 88 , soit parce que, ayant prise sur toute l'étendue du tronc, il assure mieux l'immobilité, que le malade se couche ou se tienne debout, soit parce qu'il permet un redressement graduel.
Ce redressement est toujours indiqué par la direction vicieuse de la tête, qui penche toujours en avant, en même temps qu'elle s'incline un peu de côté et tourne comme dans le torticolis chronique. Or cette direction doit être corrigée non seulement parce qu'elle constitue une difformité en cas de guérison, mais parce qu'elle est une prédisposition incessante à
la luxation de l'atlas en avant de Taxis. Cette luxation n'est, en effet, que le degré extrême de la flexion directe ou de la flexion latérale combinée avec la rotation ; semblable à celles du genou et de la hanche, elle ne s'opère qu'après avoir été préparée par de mauvaises positions.
Les moyens mécaniques qui permettent de rendre au cou sa rectitude sont ceux que nous avons décrits en parlant du torticolis par rétraction musculaire; je recommanderai surtout à ce sujet l'appareil de MM. Drutel et Blanc.
Lorsque les symptômes de paralysie commencent à se manifester, peut-on tenter encore le redressement et chercher à réduire la luxation commencée? Je ne puis mieux faire, pour traiter cette question, que de citer la thèse de mon ami Teissier, actuellement médecin de 1 Hôtel-Dieu de Lyon :
« Schupke et Bérard jeune, dit cet honorable praticien, qui a si bien justifié les espérances que faisaient concevoir ses premiers travaux, proscrivent toute espèce de moyens mécaniques propres à tenter la réduction des vertèbres luxées. Suivant eux, de pareilles manœuvres sont imprudentes, blâmables, et peuvent amener instantanément la mort ; les ligaments étant ramollis et détruits en partie, les moindres tractions peuvent les déchirer complètement et par suite produire un chevauchement de l'atlas ou de l'axis qui anéantisse brusquement les fonctions de la moelle épinière.
» Sans doute si l'on agissait sans aucune connaissance de la variété des déplacements à laquelle on a affaire, et si l'on tirait sur la tête avec peu de ménagement, on pourrait déterminer d'aussi graves désordres ; mais si, d'une part, le redressement ne se fait qu'avec une extrême douceur et par degrés, et si, d'une autre part, après avoir reconnu la variété du déplacement, on n'imprime aux vertèbres luxées que des mouvements qui tendent à les ramener dans le sens de l'axe qu'elles ont abandonné, il devient alors difficile, je crois, de courir des dangers aussi grands que ceux qui ont été signalés par Schupke et A. Bérard. »
M. Teissier, après avoir dit qu'on peut ainsi prévenir les blessures de la moelle, arrive à cette conclusion, que dans les cas où l'atlas est luxé en avant et où la tête est fléchie, on
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doit tenter le redressement, parce qu'alors le canal rachidien ne peut que regagner sa capacité ordinaire pur le rétablissement des (apports normaux; à l'appui de son opinion, il eite une observation remarquable de luxation spontanée de l'atlas guérie par un traitement mécanique qu'a dirigé M. Millict (de Lyon). Je vais reproduire cette observation.
XLVe Olsehvation. — Luxation spontanée de l'axis sur l'atlas, guérie par un traitement mécanique.
M. Emile de Saint-G..., d'un tempérament lymphatique, fut atteint d'un torticolis à l 'âge de treize ans et demi, dans l'établissement où il faisait ses études. Cette affection fut occasionnée par des courants d'air froid, et, six mois après le début des accidents qui s'étaient aggravés à travers les intermittences habituelles de bien et de mal, on observait l'état suivant : La tête était fléchie, portée plus fortement sur l'épaule droite ; le menton était dirigé à gauche. On s'aperçut que les mouvements du bras gauche étaient moins libres, et bientôt ceux du membre abdominal correspondant devinrent aussi plus difficiles. La vessie et le rectum se paralysèrent; alors les évacuations alvincs et l'émission de l'urine cessèrent de s'accomplir sons l'influence de la volonté. Des douleurs violentes se firent sentir sur le sommet de la tête, et l'on ne parvint à les calmer qu'au moven de linges très chauds. L'enfant fut amené à Lyon le, i 2 décembre. M. Viricel reconnut qu'il existait une luxation de la première sur la deuxième vertèbre cervicale, laquelle produisait, par la diminution du canal vertébral, la compression de la moelle et la paralysie secondaire. Cette luxation était caractérisée par un enfoncement sensible au-dessus de l'apophyse épineuse de l'axis, et par une saillie très prononcée de celle-ci en arrière. Le cas étant de la plus haute gravité, M. Gensoul fut appelé en consultation; et les médecins réunis décidèrent qu'un traitement mécanique sagement dirigé était seul capable de faire cesser les accidents.
Traitement mécanique. — • Emile de Saint-G... entra dans l'établissement orthopédique de M. ^lilliet le 17 décembre. Le 18 commença l'application des moyens mécaniques tendant à ramener les parties dans leur état normal.
Les moyens employés furent les suivants : Un collier matelassé avec soin dont l'action avait lieu sur l'extrémité du menton, à l'aide d'un coussin épais, tendant à faire basculer la tête d'avant en arrière; un appareil à glissant dont l'extrémité, en forme de croissant, s'appuyait sur la partie supérieure du cou ; deux courroies embrassant le front, de manière à le porter en arrière et à le fixer dans cette position. Ces divers appareils prenaient leur point d'appui sur un fauteuil, où le malade était placé et soutenu au moyen de supports pour les bras et de coussins pour le corps. Le collier recevait son action extensive d'un ressort à doubles lames cintrées et articulées par leur extrémité ; ces lames étaient traversées en outre par une tige métallique graduée, assujettie du côté supérieur par un écrou, et terminée en bas par un treuil avecsapoulie,sur laquelle s'enroulait la corde destinée à produire l'extension.
Cet appareil était arrêté sur une traverse placée à G5 centimètres au-dessus de la tète.
L'appareil à glissant, destiné à la pression, se composait d'une tige en Lois terminée par un croissant de même stiLstance, matelassé; cette tige traversait la mortaise d'un support fixé sur le montant du fauteuil, et était arrêtée par une clavette; les courroies venaient prendre leur insertion sur ce support. Plus tard on ajouta deux petits points d'appui pour la partie supéiieure de la tète, afin d'en empêcher le Lalancement.
L'action de ces divers appareils a été, comme on le voit, de rontrc-Lalancer l'action des fléchisseurs en soulevant la tête, de produire une extension graduée et une légère pression sur la saillie formée en arrière par l'axis.
Le premier jour, 18 décemLre, les appareils furent appliqués pendant quelques minutes seulement, à divers intervalles; en augmentant successivement la durée chaque jour, on parvint, au Lout de huit jours, à pouvoir le laisser en place une demi-heure. Un mieux très remarquable se fit sentir à cette époque, et le malade put imprimer quelques mouvements aux doigts du bras paralysé. Après deux mois de l'usage des moyens mécaniques, ceux-ci pouvaient être gardés deux ou trois heures sans trop fatiguer l'enfant.
Au bout de six mois leur emploi ne produisit plus aucune douleur. Les phénomènes les plus remarquables qui ont eu lieu pendant les différentes périodes de traitement sont les suivants : la main commença d'ahord à reprendre quelques mouvements, ceux de l'avant bras ne furent possibles qu'au bout de six semaines; il a fallu trois mois pour que tout le membre thoracique reprit sa liberté. A la même époque, la sensibilité revint dans le membre abdominal. Quant aux accidents de la vts-ie, ils disparurent au bout d'un mois; la paralysie du rectum ne cessa complètement qu'au mois d'avril. La saillie formée en arrière par l'apophyse épineuse de l'axis avait diminue sen-iblement au bout d'un mois de traitement, et après huit mois elle a presque complètement disparu. Enfin, peu à ppu les fonctions digestives se sont rétablies, les forces corroborées, la nutrition est devenue plus active. Ces changements ont été lents, mais réguliers dans leurs progrès. Le jeune Emile n'éprouve plus aujourd'hui aucun des accidents qui ont existe; sa santé est très bonne ; la roideur seule du cou persiste.
Il y a près de quatre ans que le traitement est terminé, la guérison a'c-t parfaitement maintenue.
On pourrait recourir à d'autres mécanismes que ceux dont on a l'ait usa^e dans le cas précédent; se servir, par exemple, de l'appareil de MM. Drutel et Blanc, qui peut satisfaire à toutes les indications; mais la méthode qu'a suivie M. Milliet et qu'il a mise en pratique avec le concours éclairé de notre vénérable maître, M. le docteur Viricel, mérite sûrement d'être imitée.
ENTORSES. Gj7