PARIS
LIBRAIRIE J.-B. BAILLIÈRE et FILS
19, rue Hautefeuille, près du boulevard Sainl-Germaln.
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PRÉFACE
Les traités didactiques sur les maladies nerveuses et mentales sont nombreux et d'importance variable ; la plupart sont des œuvres remarquables qui nous renseignent bien sur les diverses modalités des désordres des facultés intellectuelles, morales et affectives, déterminent judicieusement leur étiologie, précisent leur évolution, exposent avec méthode et clarté leurs symptômes, ainsi que les éléments du diagnostic.
Mais, comme si tout cet ensemble d'études, par le développement considérable qu'il exige, limitait obligatoirement la partie terminale, c'est-à-dire le champ des considérations thérapeutiques et l'énoncé des formules de la pharmacologie, on ne trouve guère, au chapitre du traitement, que des indications généralement trop sommaires.
Cette lacune était depuis longtemps apparente aux yeux de beaucoup de médecins et, pour notre part, nous avons entendu fréquemment exprimer le regret que le praticien n'ait pas à sa disposition, sous une forme commode, un guide spécial lui permettant de s'orienter promptement, alors qu'il se trouve aux prises avec l'une quelconque de ces difficultés en face desquelles pourront, à tout instant, le placer les situations si diversifiées, et délicates entre toutes, qu'engendre la folie sous ses multiples aspects.
Nous avions, il faut le reconnaître d'ailleurs, des raisons particulières pour être assez bien informés à ce sujet. En effet, s'il est un poste où l'on peut aisément apercevoir les conséquences des hésitations, des incertitudes du médecin, en ces matières, c'est bien, soit à l'Intirmerie spéciale de la Préfecture de police, soit au Bureau d'admission de
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l'asile Sainle-Anne. Que nous ayons trouvé, dans ces deux services, des documents nombreux, c'est ce que pourront comprendre tous ceux qui savent combien le champ d'observation y est vaste et fécond.
Quand les faits se sont ainsi offerts tant de fois à l'examen, quand ils ont été commentés, discutés au milieu des élèves et des confrères, quand ils sont devenus des points saillants sur lesquels l'attention se fixe, ils finissent par exercer une sorte de suggestion sur l'esprit. Plus fortement que ce conseil, donné ici et là : « Vous devriez faire ce livre! » conseil qu'on n'écoute que distraitement, parce qu'on le juge entaché d'une bienveillance excessive, ils agissent sur vous, et, après un temps de gestation plus ou moins long, veulent la mise au jour de l'idée dont ils ont été le germe.
Telle est donc la raison première qui a suscité la pensée de ce travail. Peut-être, aussi, y avait-il dans 1 "état actuel de nos connaissances en psychiatrie, dans la tendance qui s'est manifestée, dans ces dernières années, en faveur de l'extension de telle ou telle méthode thérapeutique, une opportunité de moment ? Il semble, en effet, que nous soyons à l'heure où des données relativement récentes, — comme celles, par exemple, qui sont empruntées à la connaissance plus exacte du rôle des auto-intoxications dans le développement des perturbations cérébrales et des névroses ; à la pratique de plus en plus large de l'alitement et de Vopen-door ; aux perfectionnements de l'hygiène hospitalière, d'une importance si grande, sans parler de certaines indications pharmaceutiques, mieux précisées, — il semble bien, disons-nous, que nous soyons à l'heure où toutes ces acquisitions ont décidément droit à une place dans un livre de thérapeutique.
La question de Tafitemenl, hier encore à l'ordre du jour des travaux du XII P Congrès international de médecine, devait être l'objet d'une attention particulière. Il est digne
University of Leeds.
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de remarque, à ce propos, que l'alicné, après avoir clé élevé à la dignilé de malade, par Pinel,est aujourd'hui, de plus en plus, Irailé au lit el par le lit. Celte clinothérapie apparaît bien comme la consécration définitive de la grande réforme accomplie par l'illustre philanthrope ; à un siècle d'intervalle, elle parachève vraiment la démonstration.
Quelques mots nous suffiront pour indiquer le plan général du livre.
Après un historique détaillé dont l'utihlé était au moins de pouvoir, sur bien des points, rendre justice à la clairvoyance des anciens observateurs el de payer un légitime tribut d'admiration aux maîtres éminents qui ont mis leur haute intelligence et tout leur cœur au service de cette grande cause, l'amélioration du sort de l'aliéné, nous nous sommes attachés à montrer l'organisation d'un asile modèle, avec application libérale et logique du non-restreint, de l'alitement et de Vopen-door.
Tout ce qui a rapport à celte trilogie hospitalière, Vasile clinique, pour les aliénés ordinaires, Vasile de sûreté, pour les aliénés dits criminels, Vasile-prison, destiné aux condamnés devenus aliénés en cours de peine, est examiné attentivement.
Dans cette partie du champ de la thérapeutique où nous avions à nous mouvoir, certains médicaments sont plus étroitement adaptés aux conditions mômes des perturbations du système nerveux ; les sédatifs, les hypnotiques, les stupéfiants, les médicaments nervins, toutes substances constituant l'arsenal spécial du neuropathologiste, devaient être et ont été, en elfet, l'objet d'une étude particulière ; les agents physiques, l'hydrothérapie, le massage, Y électricité jouent égalementun rôle important; agents chimiques et agents physiques ont leurs indications el contre-indications qu'il était nécessaire de bien préciser.
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Nous disions plus haut pourquoi, sans doute, tel ou tel grand traité des maladies mentales, fort savant et amplement documenté sur les causes, la marche, la symptomatologie etle diagnostic des formes d'aliénation, se montrait moins complet sur la question du traitement. Prenant, ici, pour objectif, la thérapeutique, nous devions évidemment renverser les proportions et accorder, sans hésitation, la plus large place à tout cet ensemble de considérations qui, soit qu'elles relèvent de l'hygiène, soit qu'elles aient trait au traitement moral ou à la pharmacologie, ont pour but final l'amélioration ou la guérison des psychoses et des psycho-névroses. Il n'était pas possible de parler traitement sans, au préalable, décrire, au moins sommairement, chaque entité nosologique, ainsi que ses variétés principales. N'était-il pas indispensable, en effet, d'identifier, tout d'abord, les types cliniques, à l'aide d'un signalement précis? C'était la seule manière d'être clairement compris dans l'exposé d'un traitement rationnel.
Ce n'est donc point une sorte de formulaire sec et aride que nous livrons au public médical. Le praticien qui, si souvent, est contraint d'aller au plus cou/^/, pourra trouver dans ce guide, des notions cliniques essentielles, sur la symptomatologie des maladies cérébrales, ou se remettre en mémoire les phénomènes caillants qui les caractérisent.
Il nous a paru que nous ne pouvions pas nous occuper du traitement des psychoses, sans admettre, dans le cadre de notre étude, Vépilepsie, Vhystérie et la neurasthénie. Ce sont des névroses, ou mieux des psycho-névroses, qui entretiennent des rapports trop étroits avec les maladies mentales proprement dites et sont marquées, trop fréquemment, par la compromission, paroxystique ou durable, des facultés intellectuelles, pour qu'il n'y ait pas eu indication formelle de les comprendre dans nos commentaires thérapeutiques.
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D'autres affections, comme la chorée, la maladie de Basedow et la paralysie agitanle, y ont été adjointes, non pas parce que ce sont de vraies névroses, mais parce que l'usage est de les associer à elles.
Nous avons pensé que, dans un travail de cet ordre, il convenait de ne pas multiplier les observations... Nous nous sommes bornés à intercaler entre chaque forme clinique, l'exemple thérapéutique résultant de la production d'un fait ou, tout au plus, de deux cas : l'observation du malade est la réalité concrète qui tend à confirmer le bien fondé de telle ou telle application du traitement préconisé.
S'il venait à la joensée du lecteur que cet ouvrage est surtout un livre d'hygiène, nous estimerions qu'une telle appréciation ne serait pas pour nous déplaire. Elle nous apparaîtrait, au contraire, comme la justification du soustitre qui figure sur la couverture de ce volume. Dans toutes les questions traitées dans ce livre, l'hygiène a presque toujours été au premier rang, et, à chaque article, nous nous sommes préoccupés de spécifier les mesures hygiéniques nécessaires. Ce ne sont pas, en effet, les développements pris par l'infinité des formules magistrales ou des préparations du codex qui occupent le plus de pages dans notre étude. S'il convient de ne pas méconnaître l'opportunité d'une intervention pharmaceutique dans des cas bien déterminés, il est aussi permis de penser, avec les maîtres qui ont illustré cette branche de la médecine, qu'il est prudent, souvent, de s'abstenir de tout médicament et de confier à une hygiène parfaite le soin de faciliter la tendance naturelle de l'organisme vers le retour ad inlegriim.
Beaucoup de réserves étaient à faire relativement à l'emploi de tel ou tel médicament prescrit souvent d'une manière trop banale. Les illusions thérapeutiques sont non moins dangereuses que ce scepticisme décourageant qui, en médisant Iropduprésentctde ses incertitudes, tend à stériliser l'avenir.
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Si la part de bien que peut réaliser le médecin est trop restreinte encore pour que tout enthousiasme ne lui soit pas interdit, elle est pourtant déjà assez importante pour l'encourager et lui inspirer une foi profonde en l'utilité de sa mission.
Chaque époque apporte avec elle ses modes et ses engouements plus ou moins durables. Que ce soit l'esprit ou le corps qu'il s'agisse de soigner, il y a toujours à compter avec le goût du jour et les méthodes régnantes.
Il faut reconnaître, pourtant, qu'à l'heure présente on est moins asservi qu'autrefois aux exigences de l'esprit de système. Les grandes discussions scolastiques qui ont tant passionné nos pères, rangés, les uns, sous la bannière de l'école psychologique, les autres, sous celle de l'école somatique, se sont enfin éteintes.
L'exclusivisme des doctrinaires a vécu et il ne faut pas demander qu'il revive.
On ne sera donc pas surpris de ne trouver dans ce livre aucune page consacrée à l'exposé de ces grandes .doctrines où des talents de premier ordre se sont dépensés à peu près çn pure perte. Il nous a suffi, au chapitre de l'historique, de mentionner la place considérable qui leur était autrefois dévolue dans un traité de thérapeutique des maladies de l'esprit.
L'hérédité morbide et l'alcoohsme étant reconnus comme les deux causes les plus puissantes de la fréquence des maladies cérébrales, un impérieux devoir commande de tout tenter pour les combattre, à l'aide d'une saine hygiène sociale et d'une prophylaxie bien comprise. Ces questions si importantes font l'objet de la dernière partie de l'ouvrage.
Si le regard se reporte un siècle en arrière et mesure l'étendue des bienfaits qu'a su accomplir l'humaine dou-
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ceur substituée à la barbare contrainte et à la brutale inlimidalion, il se pose, alors, avec moins de tristesse sur la plus grande infortune qui puisse atteindre l'homme. L'aliéné est le plus à plaindre de tous les malades : frappé dans la partie la plus noble de son être, il présente ce spectacle toujours saisissant, — qu'il soit transitoire ou durable, — d'une personnalité physique survivant à sa personnalité pensante. La sollicitude Ja plus active ne saurait jamais paraître excessive à l'endroit d'une situation aussi digne de commisération.
Au cours de cette étude, nous nous sommes efïorcés de montrer que les exigences de l'hygiène, aussi bien morale que physique, veulent, dans tout asile, une organisation qui soit, par elle-même, le meilleur instrument de la cure de l'aliéné. Quand on considère ce que l'hygiéniste a apporté d'améliorations savantes dans Vhabilal de nos prisonniers, est-il téméraire de penser qu'une philanthropie non moins bien inspirée lui donnera aussi le champ libre pour faire bénéficier nos malades de tous les perfectionnements réalisés par la science moderne ?
Si, comme on peut l'espérer, la période centennale qui s'ouvre voit la généralisation de cette réforme, il y aura là, déjà, matière à une belle page pour l'historien qui, dans l'avenir, dressera le bilan du xx^ siècle.
Paris, janvier 1901.
Paul Garnikr.
Paul COLOLIAN.