HUILE DE CROTON TIGLIUM
La famille naturelle des euphorbiacées renferme un très-grand nombre de plantes douées de propriétés fort énergiques. Quelques-unes sont employées en médecine : ce sont le Croton
Tiglium , l’épurge , le ricin commun , le ricin d’Amérique et la mercuriale.
Le Croton Tiglium est un petit arbuste de la famille des euphorbiacées qui croît dans les Indes orientales, à Ceylan, à la Chine et aux Moluques. Il a un fruit de la grosseur d’une aveline, qui contient trois graines allongées, qui ont reçu dans le commerce le nom de graines de Tilly ou des Moluques.
En soumettant à la presse les semences de Croton préalablement moulues , on obtient une huile épaisse d’un brun rougeâtre , d’une odeur forte et désagréable et d’une saveur excessivement âcre. Cette huile est connue sous le nom d’huile de Tilly ou de Croton Tiglium.
Action -physiologique et thérapeutique de l’huile de Croton Tiglium. — Quand on met celte huile en contact avec la peau privée de son épiderme , on produit une cuisson trèsénergique et bientôt se développent au point de contact des symptômes d’inflammation très-vive; et même quand on fait sur la peau revêtue de son épiderme des frictions avec cette huile, il se développe une inflammation vésiculeuse , et le médecin qui veut irriter le tégument externe dans un but thérapeutique obtient rapidement ce résultat , avec moins de douleurs et moins d’inconvénients que s’il avait fait usage des cantharides.
Toutefois, quoique l’action irritante de l’huile de Croton Tiglium soit maintenant assez souvent mise en usage pour enflammer la peau , c’est surtout comme irritant de la membrane muqueuse du canal intestinal qu’elle est employée.
Le passage de l’huile dans la bouche et dans le pharynx , bien qu’il ne dure qu’un instant , j laisse sur la langue , surtout dans la gorge , un : sentiment d’ardeur et d’âcreté que rien ne peut calmer. Il est assez remarquable que, dans l’estomac , le médicament ne produise guère qu’un peu de chaleur.
Après un temps qui varie en raison de la dose t et surtout en raison des idiosyncrasies , il se manifeste de vives coliques suivies d’une diarrhée plus ou moins abondante, et de fortes ! cuissons à la marge de l’anus.
La dose nécessaire pour produire une purgation énergique est de un demi-grain pour les adolescents, un à trois grains pour les adultes. | La dose, en général , doit être plus forte pour b les femmes que pour les hommes.
L’intervalle qui sépare le moment de l’admi- >
IIU1IÆ DE CROTON TIGLIUM.
nistration du médicament et celui où l’effet purgatif se fait sentir est extrêmement variable. Cet intervalle n’est quelquefois que d’une demiheure, quelquefois aussi il est de douze et même de vingt-quatre heures. L’inégalité que nous venons de signaler s’observe aussi pour d’autres effets. Ainsi les mêmes doses , chez des personnes du même sexe et en apparence de la même constitution , produisent tantôt des superpurgations, tantôt à peine une garde-robe.
Aussi ferons-nous une règle de n’administrer l’huile de Croton Tiglium que par doses fractionnées, un grain par exemple toutes les heures, jusqu’à ce que des coliques fassent juger que l’action purgative va se produire. Sans cette précaution , on risque de donner lieu à de graves accidents ou de ne pas obtenir l’effet désiré.
Quelque infidèle que soit ce purgatif, il n’en est pas moins extrêmement énergique, et, à ce titre , il est précieux toules les fois qu’il faut , à tout prix , obtenir des évacuations alvines.
L’action purgative de l’huile de Croton Tiglium se faisait sentir, disait-on, lors même que le médicament était appliqué sur la peau. Amiral entreprit à l’hôpital de la Pitié une série d’expériences dont Joreta rendu compte. ( Recherches thérapeutiques sur l’emploi de l’huile de Croton Tiglium ( thèses de Paris, 1855) et drch. qèn. de méd., 2e série, tome 11, 1855.) Sur six cas dans lesquels des frictions avaient été faites sur le ventre avec de l’huile de Croton Tiglium mêlée à l’huile d’amandes douces, il n’y eut aucun effet purgatif. Sur neuf malades qui furent frictionnés avec de l’huile de Croton pure, un seul fut purgé , quoique plusieurs fois vingt gouttes eussent été employées pour la friction. De ces faits, Andral dut conclure que très-probablement la purgation observée chez un seul des malades soumis à l’expérience était survenue sous l’influence d’une cause inappréciable. Rayer dit avoir obtenu de nombreuses évacuations en versant une ou deux gouttes de celte huile sur une surface dénudée par un vésicatoire. Il serait essentiel que cette expérience fût répétée , et que le résultat devint assez constant pour qu’on pût compter dans l’occasion sur ce moyen purgatif.
Mode d’administration et doses. — Nous avons dit plus haut à quelle dose l’huile de Croton Tiglium devait être employée. Nous avons indiqué la dose en grains et non pas en gouttes, contrairement à l’usage , attendu que le poids d’une goutte d’huile peut changer, suivant la
forme du vase d’où elle tombe , et suivant la température qui lui donne plus ou moins de fluidité.
Jamais l’huile de Croton Tiglium ne doit être donnée pure; et la raison en est bien simple, c'est que le médicament donné à si faibles doses resterait dans la bouche ou dans l’œsophage et n’atteindrait certainement ni l’estomac ni les intestins.
Mêlée à l’eau sucrée, à la tisane, elle cause encore une ardeur très-désagréable à la gorge et elle excite souvent le vomissement.
Le mieux est de la donner sous forme pilulaire. Les pilules enveloppées de confitures , de miel ou de pain azyme s’avalent facilement et parviennent dans l’estomac sans que leur goût ait été perçu. Il y a de l’inconvénient à argenter les pilules. Par là l’effet purgatif est ordinairement retardé.
Le savon crotonique de Caventou est un excellent moyen d’administrer l’huile de Croton Tiglium. Il se compose de: huile de Croton, deux parties; lessive de savonnier, une partie. Quand le mélange commence à s’épaissir, on le coule dans un moule de faïence et on l’abandonne à lui-même jusqu’à ce qu’il ait pris de la consistance. On emploie ce savon , à la dose de 2 à 6 grains en pilules.
Hufeland avait imaginé une espèce d'huile de ricin artificielle , qu’il employait en mélangeant une goutte d’huile de Croton avec une once d’huile d’amandes douces. II donnait une ou deux onces de ce mélange.
Mais le mode d’administration de l’huile de Croton Tiglium le moins désagréable et surtout le plus facile, c’est de la donner sous forme d'oleo-saccharum ou d’émulsion.
L 'olêo-saccharum se prépare en mêlant ensemble un grain d’huile de Croton Tiglium et d’huile de cannelle et un gros de sucre.
L’émulsion se fait avec un ou deux grains d’huile de Croton, un demi-jaune d’œuf, une once de sirop de sucre et deux onces d’eau de menthe.
Pour l’usage extérieur, quand il s’agit de déterminer sur la peau une inflammation vésiculeuse, l’huile de Croton Tiglium s’emploie en frictions à une dose qui varie nécessairement suivant l’étendue de la surface que l’on veut irriter. On l’emploie ou pure ou mêlée à 4, 10, 20 fois son poids d’huile d’amandes douces. Cette friction doit être faite avec un gant , autrement on risque de causer une inflammation de la peau qui revêt la face dorsale des doigts.
ÉVACUANTS
HUILE D’EPURGE.
L’Ëpurge, ou grande foule ( Esula major, Euphàrbia lathyris , Catapulta minor) , est une plante du genre euphorbe de la famille des euphorbiacées.
Comme la plupart des plantes de cette famille, l’Ëpurge jouit de propriétés irritantes dont le principe réside dans toutes les parties de la plante. Le suc, l’infusion à froid des racines, des tiges, des feuilles , s’emploient quelquefois dans les campagnes soit comme purgatif drastique , soit comme épithème irritant. Mais c’est surtout dans les graines que réside le principe purgatif, et aujourd’hui on en exlrailunehuile analogue à celle du ricin et du croton tiglium qui, depuis quelques années, est souvent employée en thérapeutique.
Les propriétés purgatives des graines de l’Épurge sont connues depuis des siècles; mais elles n’étaient guère utilisées que par les habitants des campagnes. Ce n’est pasqueDioscoride lui-même n’eût conseillé ces graines comme purgatives (lib.iv, c. 167); il en donnait 7 ou 8; et Rufus {de Purgantibus, p. 18) allait jusqu’à 10. Plus récemment, Alston, dans sa Matière médicale ( vol. i, p. 444 ), parle d’un médecin anglais qui se servait lui-même de ce moyen pour solliciter des garde-robes. Mais d’autres auteurs en assez grand nombre ( Voyez Murray, Jpp. medicam . , t. iv, p. LOI), regardaient les semences d’Épurge comme un poison fort dangereux. Il en résulta que ce purgatif ne fut plus employé par les médecins et resta dans le domaine des médicaslres et des empiriques.
A la fin de l’année 1825, Barbier d’Amiens, désirant connaître les qualilésde l’huile que contiennent les amandes du fruit de l’Ëpurge,en fit extraire une certaine quantité , qu’il administra à des malades à la dose de quinze à vingt grains, et il constata qu’à celte dose elle jouit d’une action purgative analogue à celle que produisent un ou deux grains d’huile de croton tiglium, une once ou une once et demie d’huile de ricin.
Depuis celte époque, un grand nombre de médecins ont administré ce purgatif indigène, et ils ont constaté par leur expérience personnelle ce qu’avait annoncé Barbier.
Mode d’ administration et doses. — Les doses d’huile d’Épurge sont, pour les enfants, de 4 à 5 grains; pour les hommes adultes , de 15 à 24 grains; pour les vieillards et pour les femmes adultes , de 24 à 30 grains.
On en fait ordinairement une émulsion, comme avec l’huile de croton tiglium. On peut aussi la mélanger avec trente ou quarante fois son poids d’huile d’amandes douces.
IIUILE DE RICIN.
L’Huile de Ricin s’extrait des semences du Ricin commun {Ricinus communis, Calaputia major, Palma cliristi ). Plante du genre ricin, de la famille des euphorbiacées.
Bien que l’action purgative des graines du Ricin fût connue depuis des siècles , cependant on les croyait vénéneuses , et les médecins ne les administraient jamais. Ce n’est guère que vers 17G7 que l’on songea à extraire l’huile de ses semences et que celte huile fut employée comme purgatif. ( Cauvane’s dissertation on the oleum palmœ cliristi, seu oleam Ricini, or {as it is comnionly called ) Castor oil; its uses, etc., 2e édit. 1769. )
Toutefois, elle ne fut bien connue en Europe que par la traduction française que Hamart de la Chapelle fit de l’ouvrage de Cauvane en 1777, et par les travaux d’Odier de Genève publiés dans le tome xlix de l’ancien Journal de médecine.
C’est surtout en Angleterre et dans l’Amérique du Nord que l’Huile de Ricin est employée comme purgatif; en France et dans le reste de l’Europe elle est d’un usage moins fréquent, mais pourtant il est peu de praticiens qui ne la prescrivent souvent.
L’Huile de Ricin , comme toutes les huiles retirées des semences des euphorbiacées, a une âcreté désagréable, de quelque façon qu’elle ait été préparée. Son action purgative est fort iné- i gale. Tantôt elle provoque des selles abondantes, ! tantôt elle sollicite à peine quelques évacuations; aux uns elle cause de violentes coliques et des vomissements ; aux autres elle passe sans donner lieu à d’autres troubles que des supersécrétions intestinales.
Les effets de l’Huile de Ricin se font assez rapidement sentir, ordinairement les évacuations alvines commencent trois ou quatre heures après l'ingestion du médicament , et elles continuent pendant cinq ou six heures.
Mode de préparation et doses. — Aujourd’hui on fabrique l’Huile de Ricin à froid, en pilant les amandes fraîches et en les soumettant à la presse. On laisse reposer l’huile pour en séparer un mucilage qui se précipite au fond du