‹ Traité de thérapeutique et de matière médciale [sic]Chapitre 190 sur 242 · ALOÈS · texte numérisé non relu

ALOÈS

plus anciennement employés. Son action sur le gros intestin a d'abord été seule constatée; mais, à une époque beaucoup plus rapprochée de nous, on a signalé des effets spéciaux de ce médicament qui ont mis sur la voie d’applications nouvelles.

Action physiologique de l’Aloès. — Administré à petites doses de 1 à G grains, une ou deux fois par jour, l’Aloès provoque de légères coliques , suivies de l’expulsion d’une ou de plusieur selles diarrhéiques. On remarque que l’action de ce purgatif est fort lente : il est rare qu’il y ait des garde-robes avant cinq ou six heures ; il arrive souvent que les malades n’aillent à la selle que vingt-quatre heures après l’administration du médicament. Le premier effet est donc d’augmenter le nombre des garde-robes ou seulement de les faciliter, et il active aussi les fonctions de l’estomac, mais dans les cas seulement où la lenteur de la digestion ne s’accompagne pas de signes de gastrite chronique. Si l’usage de l’Aloès est longtemps continué, on ne tarde pas à voir survenir des symptômes de fluxion sanguine vers les organes situés dans le bassin ; il y a chaleur, cuisson, sentiment de pesanteur vers l’extrémité de l’intestin ; excitation des organes génitaux et augmentation des appétits vénériens, besoin plus fréquent d’uriner. Chez les femmes, douleur et pesanteur dans la matrice , dans les aines , dans les réins , augmentation du flux leucorrhéique , coliques utérines plus douloureuses au moment des règles , augmentation du flux menstruel. A haute dose l’Aloès agit comme tous les purgatifs drastiques.

Emploi thérapeutique de l’Aloès. — Les effets secondaires de l’Aloès, que nous venons d’indiquer rapidement, ont mis les praticiens sur la voie des applications thérapeutiques qu’ils pouvaient faire de cette substance , et ils ont dû l’employer d’abord pour rappeler les hémorroïdes, lorsque leur suppression donnaiL lieu à des accidents graves, et ils y sont en effet facilement parvenus. Pour arriver à ce but, il faut administrer l’Aloès à petites doses , renouvelées chaque jour et pendant un espace de temps assez long (un mois et davantage). C’est ordinairement en pilules que se donne ce médicament; un, deux et même quatre et six grains , pris au commencement du repas du soir, et quelquefois aussi à celui du matin, suffisent pour provoquer une ou deux selles copieuses et par amener promptement une irritation légère du rectum, qui rappelle efficacement la fluxion hémorroïdale.

Chez les personnes qui supportent difficilement ces pilules, on les remplace avec avantage par des suppositoires de beurre de cacao, dans lesquels on incorpore de six à douze grains d’Aloès, et que l’on introduit chaque jour dans le rectum. Par celte médication, non-seulement on rappelle la congestion hémorroïdale , comme nous l’avons dit plus haut , mais on peut encore la faire naître. Toutefois il n’est pas toujours facile d’obtenir ce dernier résultat. Nous avouons que nous avons bien souvent cherché à l’obtenir, et que nos efforts ont toujours été inutiles. Nous avons pu , il est vrai , dans le plus grand nombre de cas , causer une vive irritation de l’extrémité de l’intestin , une pesanteur incommode dans le bas-ventre , quelquefois même un écoulement de sang assez abondant par les vaisseaux hémorroïdaux; mais nous ne pouvions développer de véritables tumeurs hémorroïdales , à moins pourtant que les malades n’en eussent eu auparavant. Nous ne contestons pourtant pas les faits nombreux rapportés par les auteurs les plus graves , seulement nous inclinons à penser qu’ils n’ont pas toujours assez soigneusement distingué une fluxion passagère des vaisseaux du rectum d’une fluxion hémorroïdale proprement dite; et, d’un autre côté, nous reconnaissons que des irritations même passagères de l’extrémité de l’intestin amènent à la longue et presque nécessairement les hémorroïdes , comme on le voit chez les cavaliers , chez les calculeux, chez les gens habituellement constipés, etc. Les suppositoires stibiés dont nous avons déjà parlé (iro partie, pag. 297), sont beaucoup plus sûrs dans leurs effets , et rappellent presque constamment les hémorroïdes.

Nous avons dit plus haut qu’on ne pouvait continuer longtemps chez les femmes l’usage de l’Aloès , sans qu’il ne survînt des douleurs de reins et un sentiment de pesanteur incommode dans la matrice. Celle observation , qu’il est si facile de constater, a conduit les médecins à prescrire ce médicament dans le cas où les règles tardent à paraître, ou quand elles ne coulent pas avec assez d’abondance. Chez les filles chlorotiques on tire un grand parti de l’association d’une très-faible dose d’Aloès avec une proportion considérable d’oxyde ou de sous-carbonate de fer; mais si, dans l’àge où l’écoulement des règles est une condition de bonne santé , il est convenable d’appeler vers l’utérus une fluxion sanguine, ce n’est jamais sans un grand péril, dit l’olhergill ( Med. observ. and in-

ÉVACUANTS

quiriea, t. v, p. 175), que l’on donne 1’A1oè9 dans le même but aux femmes parvenues à l’ûge où les fonctions de la matrice viennent de cesser. L’usage de ce médicament donne lieu chez elles ù des mélrorrhagies et ù diverses affections graves du rectum ou des organes génito-urinaires.

Ce que nous venons de dire fait aisément concevoir les inconvénients que l’usage continu de l’Aloès pourrait avoir chez les femmes enceintes, chez les calculeux, chez les gens tourmentés ou de rétention d’urine ou de catarrhe de la vessie.

Du reste , la facilité que trouve le thérapeutiste ù provoquer ainsi vers les organes contenus dans le petit bassin une irritation vive et passagère , rend chaque jour des services bien précieux lorsque l’on veut combattre des maladies de l’encéphale et de la poitrine, qui, bien que graves, ne s’accompagnent pas de profondes lésions de tissu. Nous avons vu, à Charenton, Esquirol modifier avantageusement, par ce moyen , d’anciennes dispositions aux congestions cérébrales : le docteur Ollivier (d’Angers) en a obtenu aussi de très-bons effets dans le traitement de certaines paraplégies. Nous avons pu de même guérir des céphalées que les traitements généraux et locaux les plus énergiques n’avaient pas diminuées. La même médication nous a été encore d’un grand secours pour combattre chez les jeunes gens, et surtout chez les femmes, ces congestions pulmonaires qui sont si souvent l’occasion du développement des tubercules.

L’Aloès n’est pas non plus sans action contre les diverses maladies de l’appareil digestif. Tous les observateurs sont d’accord en cela qu’il active les fondions digestives lorsqu’il est pris pendant le repas et à petite dose, pourvu toutefois qu’il n’existe pas de phlegmasie de l’estomac. Est-ce en stimulant directement la surface de l’intestin? est-ce en débarrassant mécaniquement le canal alimentaire des matières excrémenlitielles avec lesquelles il est en contact ? ou plutôt serait-ce en provoquant une sécrétion plus abondante et toute spéciale du foie, comme le veut le docteur Wedekind ? Ce praticien, à qui nous devons de curieuses observations sur l’Aloès, soutient que cette substance n’agit pas directement sur les intestins, mais qu’elle est absorbée, et qu’elle va stimuler d’une manière particulière le foie, dont elle augmente la sécrétion. 11 voit des preuves de son opinion dans la lenteur de ses effets, dans la nature des selles

qu’elle produit , qui sont toutes bilieuses et d’une odeur particulière , et dans ce que, pris en lavement, l’Aloès n’irrite pas plus que de l’eau tiède , et purge cependant huit ou dix heures après, lorsque son effet sur le foie a eu lieu.

( Bulletin des sc. mèd. de Ferrussac , t. xn, p. 79.) D’après cette opinion sur le mode d’action de l’Aloès, Guillemin eut l’idée d’employer ce médicament dans le traitement du choléra épidémique, dans lequel la sécrétion de la bile paraît suspendue, et qui semble s’amender lorsque les déjections commencent à se colorer. Quelques essais furent tentés et parurent avoir du succès ; mais leur petit nombre s’oppose à ce qu’on puisse en rien conclure. Il paraît cependant qu’aux Indes et en Pologne des préparations dans lesquelles entre l’Aloès sont employées dans les cas de choléra-morbus. ( Guillemin , Considérations sur l’amertume des végétaux . Thèses de Paris , 1852 , nü 241 . )

L’extrême amertume de l’Aloès l’a fait considérer comme fébrifuge et anthelmintique. Ses propriétés fébrifuges ne sont plus guère admises par personne ; mais des praticiens soutiennent encore aujourd’hui que cette substance est une des plus puissantes que possède la matière médicale pour tuer et expulser les vers, soit qu’on applique sur le ventre des cataplasmes faits avec le suc frais de la plante, comme le veut Thomas de Salisbury, soit qu’on l’administre en pilules ou en potions. Cependant Crantz {Mat. mèd. et chir.j t. xi, p. 61) et Murray {Appar. med., t. v, p. 254 ) s’élèvent contre cette opinion, se fondant sur l’expérience de Redi (Redi, De animalculis vivis in animal, vivis, p. 156), qui a vu vivre des lombrics pendant quatre jours dans une solution très-amère d’Aloès.Mais comment ces trois savants auteurs n’ont-ils pas compris que si l’Aloès lui-même ne pouvait pas être considéré comme un venin pour les vers intestinaux, ces enlozoaires pouvaient être entraînés par les sécrétions que provoque l’Aloès dans la cavité du tube digestif?

L’Aloès était autrefois employé par les chirurgiens dans un grand nombre de circonstances ; il est à regretter qu’on ait laissé aux vétérinaires l’usage exclusif d’un médicament externe dont ils ont tant à se louer : peut-être y reviendra-t-on un jour. Aujourd’hui on l’emploie simplement dans des collyres , et l’on s’en sert pour aviver des ulcères sordides ou des trajets fistuleux.

Doses et mode d’administration de l’Aloès.

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