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RHUBARBE

Différentes plantes du genre Rheiwi, de la famille des polygonées , fournissent une racine connue en pharmacie sous le nom de Rhubarbe, Rhabarbarum , Radix Rhabarbari.

Nous n’avons pas à nous occuper ici des interminables discussions des botanistes relativement aux espèces qui fournissent les différentes Rhubarbes; il nous paraît également inutile de rapporter ici les différentes analyses chimiques qu’on en a données. Qu’il nous suffise de savoir que la Rhubarbe contient à peu près un dixième de son poids en résine et un quart en acide gal- Iiqueelentannin,et que sur 100 parties, 74 sont solubles dans l’eau et l’alcool.

Toutefois il est bon de remarquer que la résine qui constitue le principe le plus actif de la Rhubarbe n’est soluble que dans l’alcool ; aussi l’extrait alcoolique agit-il comme purgatif drastique , tandis que les principes solubles seulement dans l’eau sont légèrement laxatifs et astringents.

La Rhubarbe n’est pas activement décomposée par l’acte de la digestion. Les principes colorants et amers passent dans le sang. Ce fait est démontré par la teinte iclérique de l’urine des personnes qui prennent de la Rhubarbe. Les sueurs sont souvent colorées en jaune. 11 en est de même du lait des nourrices qui, outre qu’il

prend une teinte jaunâtre , acquiert encore de l’amertume et des qualités légèrement laxatives qui , dans quelques circonstances, peuvent etre utiles aux enfants.

La poudre, l’infusion, la décoction de Rhubarbe, sont doucement purgatives ; elles ne, causent pas de coliques, et ne fatiguent ni l’estomac ni les intestins : car, tandis que les autres purgatifs diminuent en général l’appétit et causent un étal de malaise assez pénible , la Rhubarbe relève au contraire les fonctions de l’estomac , et stimule plutôt qu’elle ne déprime l’économie.

Ces propriétés spéciales s’expliquent jusqu’à un certain point par l’analyse de la racine de Rhubarbe. Le principe purgatif se trouve en effet uni au tannin et à un principe amer qui tous deux jouissent d’une action tonique incontestable.

L’expérience démontre que la Rhubarbe purge d’abord pour resserrer ensuite. Cela prouve non pas qu’elle est astringente, comme on l’a dit, mais seulement que son action purgative est très-fugace. Plus bas, en effet, en traitant de la médication purgative, nous verrons que,' parmi les évacuants, il en est qui agissent d’une façon très-passagère; que d’autres au contraire modifient les sécrétions intestinales d’une manière plus soutenue. Toujours est-il que la constipation s’observe d’autant plus certainement que l’on a donné un purgatif à action plus passagère; et l’emploi des sels neutres est suivi de constipation comme celui de la Rhubarbe, bien que ces médicaments ne puissent pas être administrés indifféremment les uns à la place des autres.

Les propriétés toniques de la Rhubarbe la faisaient ranger avec raison , par les anciens, parmi les purgatifs chauds qu’il était dangereux d’administrer dans le cours des maladies inflammatoires. Elle convenait à merveille dans les maladies adynamiques où l’indication des évacuants se présente souvent.

La Rhubarbe, qui jouissait jadis d’une réputation méritée et qu’on employait avec une profusion souvent irréfléchie, est aujourd’hui bien rarement administrée. Toutefois nous avons pu, soit dans les hôpitaux, soit dans notre pratique particulière, faire avec celte substance des expériences assez nombreuses qui n’ont fait que confirmer ce que déjà les anciens nous avaient appris.

C’est surtout et presque exclusivement contre

ÉVACUANTS

les maladies de l’appareil digestif, que la Rhubarbe a été conseillée.

Elle est indiquée dans les dyspepsies apyrétiques qui succèdent aux maladies aigues, et s’accompagnent d’amertume de la bouche, avec douleur légère à l’épigastre, et constipai ion ; dans celles qui suivent les excès de table, de femmes, de veilles; dans celles qui s’observent chez les chlorotiques, chez les femmes nerveuses. chez les hypocondriaques.

On l’a conseillée dans la diarrhée bilieuse, c’est-à-dire dans cette forme d’entérite aiguti qui ne provoque pas de réaction fébrile, ne s’accompagne pas de rougeur de la langue , et qui jette les malades dans une prostration plus considérable que le peu de gravité du mal ne le faisait craindre.

Mais dans le traitement de la dyssenterie épidémique, la Rhubarbe a été employée avec succès par tant d’hommes graves, qu’on ne peut ne pas ajouter foi à leur témoignage. Il n’en est pas d’ailleurs de la dyssenterie épidémique comme d’une multitude d’autres affections dont le diagnostic était jadis inexact : ici la maladie est si grossièrement évidente et se décèle par des caractères tellement tranchés, que toute erreur est impossible. Tousles auteurs, à peu près, des deux derniers siècles sont d’accord sur ce point, que la Rhubarbe est un des remèdes les plus utiles dans la dyssenterie. Il n’y a de dissidence que sur l’époque de la maladie à laquelle il convient de l’administrer. Les uns, comme Degner (/ïïsé. dysenteries bilioso-contagiosœ , pag. 142. et seq.),la conseillent clans toutes les périodes de la maladie, les autres aiment mieux la donner au début (Tralles, De opio , sect. 5 , pag. 187); ceux-ci, lorsque les déjections ne sont plus ensanglantées (Zimmermann).

Nous ne parlerons pas des ressources que l’on a cru trouver dans la Rhubarbe contre quelques maladies des reins. Celte opinion se fondait sur la couleur que prennent des urines après l’administration de ce médicament, plutôt que sur des essais thérapeutiques bien positifs.

Ses propriétés anlhelminliques ont été constatées par Forestus ( Oper lib. xxi , obs. 32 , pag. 357), par Rivière (Praxis med. lib. x, pag. 502), et par d’autres. Pringle (Dis. of the arrny, pag. 21 1) l’associait avec le calomel pour détruire les vers intestinaux.

Dose. — La poudre de Rhubarbe, comme tonique, se donne à la dose de 0 à 10 grains à chaque repas. Comme purgatif, à celle de 24, 36,

72 grains. Pour une infusion , on emploie au moins un gros et demi ou deux gros de Rhubarbe \ par demi-livre d’eau. Une simple macération à i froid demande une dose double.

L’extrait aqueux n’a presque aucune pro- i priété; l’extrait alcoolique est un purgatif dras- ? tique à la dose de 12 à 20 grains.

Quelques médecins conseillent à leurs malades i de mâcher de la racine de Rhubarbe et d’avaler i. leur salive. Ils préfèrent ce mode d’administra- i tion à tous les autres.

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