THÉRAPEUTIQUE, ACTION PHYSIOLOGIQUE
Nous avons dit plus haut que la gelée de Lichen était essentiellement alibile. La propriété nutritive de la poudre de Lichen est évaluée par certains auteurs à la moitié de celle de la farine de froment (Murray, App. med., t. V, p. 504). Cette propriété analeptique est précieuse; aussi le médecin doit la connaître, car, dans quelques circonstances, il ne doit pas hésiter à nourrir, s'il le faut, son malade avec cette substance.
Beaucoup d'auteurs, au nombre desquels il faut placer Borrichius, Bartholin, Haller, Linné (Voyez Murray, loc. cit.), regardent le Lichen comme un peu laxatif, surtout lorsqu'il n'est pas dépouillé de son principe amer. D'autres, au contraire, le croient capable de produire la constipation, ce qui d'ailleurs n'est pas incompatible avec la propriété que nous énoncions tout à l'heure.
D'innombrables travaux thérapeutiques ont été faits sur le Lichen d'Islande, et ce médicament, suivant des témoignages que nous n'acceptons pas sans examen, a été regardé comme d'une incontestable utilité dans le traitement de la phthisie pulmonaire. Il jouit au Groenland, en Islande, dans le Danemark, d'une réputation en quelque sorte populaire contre l'hémoptysie et la consomption. L'immortel Linné, qui n'était pas toujours exempt d'un peu d'engouement, déclare qu'il a pu, avec de la gelée de Lichen, soutenir pendant longtemps des phthisiques, sans redouter l'action laxative du médicament. Après lui, un grand nombre d'auteurs, au nombre desquels il faut placer un des plus grands praticiens du siècle dernier, StoU, ont contribué à donner au Lichen d'Islande une réputation curative de la phthisie que, de nos jours, il n'a malheureusement pas soutenue. Eu lisant ce que les plus graves de ces auteurs ont décrit, on reste convaincu que le catarrhe chronique et la toux fatigante qui accompagne certaines affections de l'estomac, ont été guéris pa l'usage longtemps continué du Lichen. StoU surtout est explicite sur ce point, que ce médicament convient surtout à ceux dont la constitution est profondément débilitée, et qui sont atteints de catarrhe pituiteux ; et Paulizky, le plus zélé partisan du Lichen dans le traitement de la phthisie pulmonaire, indique mieux encore ce qu'il pensait de l'efticacité de ce moyen dans la maladie tuberculeuse; en effet, il sépare formellement la phthisie tuberculeuse des phthisies pulmonaires qu'il pouvait guérir. TubercuJa tenacia si pulmones obsident, nulla spes auxilii a Lichene cupi potest, attamen non nocet (Paulizky, apud Murray, App. med., t. V, p. 514).
Depuis l'admirable découverte de Laennec, on ne peut plus guère se tromper, comme nos devanciers, sur les symptômes de la phthisie pulmonaire, et bien des observations recueillies dans les temps piissés man-
5S6 MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÈNIQUES.
quent malheureusement du contrôle d'un diagnostic rigoureux; mais, pour ce qui concerne l'action thérapeutique du Lichen, en admettant, ce que nous faisons volontiers, que tous les cas signalés par les auteurs appartiennent à des affections catarrhales fort différentes de la phthisie, il ne s'ensuit pas moins que ce médicament doit, dans le traitement des affections chroniques du thorax, occuper un rang très-important.
Enfln la gelée de Lichen a encore été conseillée comme aliment dans les diarrhées chroniques chez les adultes qui relevaient d'une maladie grave, et chez les enfants qui supportaient mal, après le sevrage, la privation du lait maternel.
MODE d'administration ET DOSES,
Dans les maladies chroniques de la poitrine, on donne la tisane de Lichen préparée suivant le mode que nous avons indiqué plus haut, à la dose de 1 à 2 litres par jour.
La gelée de Lichen se donne, chez les enfants, à la dose de 8 à 15 grammes; chez les adultes, à la dose de 30 à 60 grammes par jour. Comme aliment médicamenteux, la gelée se donne à des doses en quelque sorte illimitées.
La gelée de Lichen au quinquina n'est jamais conseillée que comme médicament, à la dose de 10 à 15 grammes par jour.
La pâte de Lichen se mange comme bonbon, à la dose de 30 à 60 grammes en vingt-quatre heures.
BÉBÉÉRINE. PIPERIN. ARNICINE. CÉTRARIN.
ACHILLÉINE.
On connaît depuis longtemps en Angleterre, sous le nom de Green henrt (cœur vert) un bois dur, pesant, originaire de la Guyane anglaise, qui est très-employé par les tourneurs et les ébénistes.
Les indigènes de la Guyane désignent ce bois sous le nom de Bébéern. Aussi le docteur Rodie a-t-il nommé Bébéérine le principe actif qu'il en a extrait.
Sir Robert Schombury a placé le Rébéern dans la famille des Lauracées, et il l'a attribué au Nectandra Rodiei. Cet arbre est très-employé à la Guyane dans le traitement des fièvres intermittentes. Après Rodie, c'est le docteur Douglas Matlagan, d'Edimbourg, qui a fait en Europe la réputation médicale de la Rébéôrine de M. Rodie, qui, d'après les recherches récentes, serait un mélange de deuY bases, la Bébééiine et la Sépirine.
M. Becquerel, qui a expérimente la Bébéérine à l'état de sulfate, l'a