FOUGÈRE MALE
La Fougère mâle (Nefrodium filix mas, Richard ; Polypodium filix mas, L.) est une plante cryptogame, de la famille des Fougères.
Le genre Nephrodium est caractérisé par Vindusium réniforme, adhérant par son échancrure, qui recouvre chaque petit groupe de capsules. Ces groupes sont disposés d'ailleurs en série linéaire autour de la fronde et de ses divisions.
La partie essentielle de la Fougère mâle est le rhizome ou tige souterraine, dont voici l'analyse d'après Morin : huile volatile, huile grasse, acides acétique et gallique, sucre liquide, tannin, amidon, matière gélatineuse et ligneux.
Les hou rgeons frais, selon Peschier, contiennent : huile volatile, résine brune, matière grasse solide, huile grasse, principes colorants vert et vert rougeâtre, extractif.
Le principe actif est de nature oléo-résineuse; pour le retirer, on fait usage de l'éther, qui est un bon dissolvant.
En France on se sert des souches ou rhizomes.
La Fougère mâle a été vantée par les anciens comme fort efficace dans le traitement du ténia. Le fameux remède de Nouffer contre le ver solitaire avait pour base de la Fougère. On donne cette racine en décoction à la dose de 8 à 16 grammes, et même jusqu'à 32 et 64 grammes dans 1,000 grammes d'eau que l'on réduit à moitié par l'ébullition. Cette décoction est prise soit pure, soit coupée et convenablement édulcorée, non-seulement pour combattre le ténia, mais encore les autres vers qui habitent le canal alimentaire.
On prépare une huile de Fougère en prenant des souches de Fougère mâle que l'on réduit en poudre et que l'on épuise par Téther avec l'entonnoir de Robiquet. On distille et l'on obtient une huile dans la proportion de 50 grammes à peu près pour 500 grammes de Fougère.
Peschier, de Genève, prépare celte oléo-résine avec des bourgeons de Fougère.
L'oléo-résine est un remède plus puissant encore que l'écorce de grenadier dans le traitement du ténia. Voici sa préparation :
EXTRAIT ÉTHÉRÉ DE FOUGÈRE MALE. EXTRAIT OLÉO- RÉSINEUX DE FOUGÈRE MALE.
Réduisez les rhizomes en poudre demi-fine ; traitez la poudre par déplacement; recueillez la liqueur et filtrez en vase clos. Distillez à une très-douce chaleur dans le bain-marie d'un petit alambic, en vous assu-
[Exlractum œihericum Filicis malis.)
Rhizomes de Fougère mâle mondés des parties les plus
anciennes et récemment séohées
Elher sulfurique
BRAYÈRE ANTHELMINTIQUE OU KOUSSO. 10 il
jettissant aux précautions indiquées pour la rectilication de l'éthcr, atiu d'éviter toute communication entre le feu et le récipient.
Versez le résidu de la distillation dans une capsule que vous maintiendrez pendant quelque temps au bain-marie, en agitant continuellement afin de volatiliser le restant de l'éther.
Conservez le produit dans un flacon fermé.
Nous conseillons avec grand succès, pour combattre le ténia, le traitement empirique suivant :
Premier jour. Diète lactée très-sévère.
Deuxième jour. Le matin à jeun, 4 grammes d'extrait éthéré de racino de Fougère mâle en quatre doses, avec un quart d'heure d'intervalle.
Troisième et dernier jour. 4 grammes d'extrait éthéré comme la veille; un quart d'heure après la dernière dose, 50 grammes de sirop d'éther pris en une seule fois; une demi-heure plus tard, un looch blanc avec addition de 3 gouttes d'huile de croton tiglium.
Les feuilles de Fougère sont maintenant généralement substituées à la balle d'avoine pour coucher les enfants; oatre qu'elles exhalent une odeur très-agréable, elles agissent utilement, dit-on, sur la santé des enfants, en les préservant des alîections vermineuses.
BRAYÈRE ANTHELMINTIQUE OU KOUSSO.
Brayera anthelminthica (rosacées). Ce sont les fleurs, ou pour mieux dire les inllorescences de cet arbre, que les Abyssins emploient sous les noms de Kousso, Kwso, Cousso, Coso, Habbi et Cabots^ noms donnés au ténia, que cette substance tue et expulse.
Cette substance vient d'Abyssinie; telle que nous la connaissons en Europe, elle a l'aspect de fleurs de tilleul brisées, elle possède une saveur fade, mucilagineuse, puis acre; son odeur, qui se développe au contact de l'eau chaude, rappelle un peu celle des fleurs de sureau.
Le Kousso s'emploie en poudre, à la dose de 15 à 20 grammes, délayée dans 550 grammes d'eau bouillante ; on laisse infuser une demi-heure et l'on fait avaler le tout, poudre et liquide, au malade. Comme le Kousso provoque la soif et qu'il faut éviter de boire, M. Boggio fait sucer le jus d'un citron. Les Abyssins associent un purgatif au Kousso; cela est inutile dans le plus grand nombre des cas, car cette substance détermine le plus souvent des évacuations; toutefois, si celles-ci n'avaient pas lieu une heure après l'administration du médicament, on pourrait donner ■une bouteille d'eau de Sedlitz.
Le Kousso ne détermine ni fièvre ni coliques; la tête du ténia, qui est sous la forme d'un fil très-mince terminé par une espèce de ventouse, n'est expulsée en général qu'cà la troisième ou quatrième évacuation; le plus souvent une dose suffit, mais au besoin on peut la réitérer sans inconvénient.
8« ÉD.~ T. u. 66
1052 ANTHELMINTIQUES.
La poudre de Kousso a une saveur nauséeuse qui rend son administration difficile. Un pliarmacien de Paris, M. Menlel, a imaginé de la granuler avec du sucre : ainsi préparée, rien de plus simple que de la faire prendre même aux enfants.
SAORIA. ÏATZÉ.
M. Strohl, agrégé à la faculté de médecine de Strasbourg, a fait connaître, dans ces dernières années, deux nouveaux ténifuges exotiques, le Saoria et le Tatzé. Ces deux médicaments proviennent del'Abyssinie, qui a fourni récemment le kousso. Nous donnerons, d'après la Gazette médicale de Paris, quelques détails sur ces deux remarquables ténifuges.
1° Le Saoria [sanarja) est le fruit mur et desséché du maesa {bacobotrys] picta, Ilachstetter, et non du maesa lanceolata, Forskal. Ce fruit est une drupe ovoïde, de couleur jaune verdâtre. Il a à peu près le volume du poivre; sa saveur est d'abord un peu aromatique, huileuse et astringente, et laisse quelque temps après dans l'arrière-gorge une sensation d'àcreté assez persistante.
D'après M. Schimper, ces fruits, frais ou desséchés, sont le meilleur et le plus sûr ténifuge. Leur dose, à l'état de dessiccation, est de 32 à 44 grammes; on les réduit en poudre, que l'on administre dans une purée de lentilles ou dans de la bouillie à la farine. Ce médicament détermine des purgations, tue et expulse le ver en entier, et n'exerce que peu d'influence sur la santé, ce qui n'a pas lieu pour le kousso. Ce dernier ne tue le ténia que rarement et ne l'évacué qu'en partie, quoique ce soit la presque totalité. Le kousso n'est pas répandu partout ; le Saoria existe dans toutes les parties de l'Abyssinie et pourrait probablement être cultivé en Europe et y devenir indigène.
En Abyssinie, comme on le voit, le Saoria passe pour ténicide. Si cette action, que quelques expériences ont déjà prouvée, se confirmait, il s'ensuivrait que, malgré l'absence de la tête dans les selles, on obtiendrait une garantie contre les récidives plus grande que par la plupart des autres ténifuges, même du kousso. C'est un point que le temps pourra éclaircir.
La saveur du médicament est désagréable pour les uns, elle est néanmoins facilement supportée ; elle est peu marquée chez les autres et dans tous les cas beaucoup moins répugnante que celle de la poudre de fougère et de la décoction de racine de grenadier. Il y a peu d'effets locaux qui se bornent, en général, à quelques coliques et une purgation modérée jamais suivie de diarrhée. Le Saoria exerce une action spéciale sur l'urine; il la colore en violet. Cet effet paraît provenir d'une matière colorante particulière.
Voici le mode d'administration formulé par M. Strohl : régime modéré la veille, une soupe le soir ; le lendemain à jeun, 30 grammes de poudre
MOUCENNA. 10i3
de Saorin, non pas dans la purée de lentilles, mais délayés dans un liquide, une infusion quelconque sucrée ou non. Les nausées, s'il s'en présente, pourront être calmées par de légers aromatiques. Ordinairement deux ou trois heures après, il y aura des selles liquides dans lesquelles on trouvera le ténia mort. S'il ne survenait pas de purgation, on administrerait de l'huile de ricin dans le courant de la journée. Régime doux le jour même ; le lendemain, si les selles ont été rares et si les voies digestives ne sont pas fatiguées, on peut déterminer quelques évacuations pour chasser les restes du ténia qui n'auraient pas été expulsés la veille. Si la tète manque, rien ne s'oppose à une nouvelle administration quatre ou huit jours après la première.
2° Les fruits appelés Tatzé [rarcli] sont produits par un arbuste de la famille des Myrsinées, le myrsina africana, L,
Ce fruit, de la grosseur du genévrier, est une drupe monosperme par avortement, à noyau crustacé, glabre, libre, de couleur brun rougeâtre, saveur d'abord moins aromatique et huileuse que celle du Saoria, plus astringente, mais développant beaucoup plus vite dans l'arrière-gorge une sensation d'âcreté, de grattement et de brûlure plus intense et plus persistante.
M. Schimper dit que ces fruits frais ou secs sont un ténifuge puissant. La dose ordinaire des fruits secs est de 15 grammes, tout au plus de 24, réduite en poudre et délayée dans de l'eau. La dernière dose ne doit être donnée qu'à des personnes de constitution robuste. Cette plante est plus répandue que la précédente : elle s'acclimaterait probablement en Europe.
Ce médicament est pris avec plus de répugnance que le Saoria. Quelquefois il y a des vomissements, jamais de coliques ; l'effet purgatif n'est pas constant. Rarement il produit des accidents généraux. Il est ténicide et semble également avoir une action sur l'urine qu'il rend très-foncée.
Le Tatzé est un ténifuge puissant, supérieur à nos indigènes en général quant à l'activité, et supérieur au grenadier en particulier par son administration plus facile et plus innocente.
Quant au mode d'administration, il faudrait en donner 15 grammes comme dose moyenne, réduit en poudre et délayé dans de la tisane, une infusion aromatique, de l'eau simple ou sucrée ; si trois ou quatre heures après il n'a pas déterminé de selles ou si les selles produites ne renferment pas l'entozoaire, on administrerait l'huile de ricin.
MOUCENNA.
Après ces deux nouveaux ténifuges, nous devons dire aussi un mot d'un troisième appelé Moucenna, Mucena, Mussenna, Mussanna, sur lequel M. le docteur Burguières nous a communiqué la note suivante :
L'écorce de l'arbre appelé par les Abyssins Moucenna est considéré en
mi ANTHELMINTIQUES.
Abyssinie comme le remède par excellence pour tuer et chasser le ténia.
Le cousso, dont les Abyssins font grand usage, n'est regardé par eux que comme un palliatif. Ils en avalent périodiquement chaque mois une certaine dose pour empêcher le ver, dont beaucoup d'entre eux sont attaqués, de prendre un trop grand développement, et pour se conserver dans un état qui, à leurs yeux, est le type de la santé. Le ténia, maintenu ainsi dans certaines limites de développement, est regardé par eux comme une sorte d'éraoncloire salutaire. Quand, par suite d'incommodités ou d'accidents plus graves, ils veulent se débarrasser tout à fait du ténia, ce qui se fait alors dans le plus grand secret, ils prennent 3 ou 4 onces d'écorce de Moucenna bien pulvérisée et mêlée à une certaine quantité de miel, ayant soin, la veille du jour oii ils prennent ce médicament, de garder la diète. Au bout de quelques heures le ténia est rendu, non, comme cela a lieu avec les autres ténifuges, en fragments rubaués plus ou moins longs, mais sous forme de bouillie caillebottée.
L'écorce de Moucenna est connue et appréciée depuis longtemps en Egypte; mais, jusqu'à ces derniers temps, les voyageurs venant de l'Abyssinie n'en apportaient que rarement et en très-petite quantité. On peut aujourd'hui s'en procurer assez facilement. « J'ai eu plusieurs fois l'occasion, dit M. Burguières, de constater son efficacité et son mode d'action, soit chez des Abyssins habitant le Caire, soit chez des Égyptiens indigènes, soit même chez des Européens. Je citerai en particulier le cas d'une dame anglaise résidant au Caire, et chez laquelle le ténia avait produit des accidents très-graves, notamment un commencement d'ascite. Deux doses de Moucenna, administrées sous forme d'extrait, l'ont rapidement et radicalement guérie. »
M. Courbon, chirurgien de marine, a publié un travail très-intéressant sur les ténicides abyssiniens; M. Fournier a soutenu une thèse fort remarquable sur l'étude botanique des mômes plantes. Dans ce travail, le Moucenna est attribué à VAlbizzia anthelmintica, de la famille des légumineuses.
Le Moucenna forme avec le miel un magma difficile à avaler, qui provoque du dégoût et souvent des vomissements; mais c'est le seul accident produit par ce médicament, qui ne donne jamais de coliques. Ainsi que nous le disions tout à l'heure, on peut le donner sous forme d'extrait; mais il faudrait étudier le meilleur mode de préparation de cet extrait.