GOUTTE
1 gramme.
Il suffit de jeter un coup d'œil sur les tableaux qui précèdent pour s'assurer que nous avions raison de dire qu'il n'y a aucun rapport entre le poids des gouttes d'un liquide et sa densité. En effet, si cette relation existait, une goutte d'eau pesant 0,03, une goutte d'acide sulfurique devrait peser 0,09213, la densité de cet acide monohydraté étant égale à -J ,843; une goutte de chloroforme devrait peser 0,0740, la densité de ce corps étant égale à 14,80, tandis que l'expérience nous démontre qu'une goutte de chloroforme pèse réellement 0,0170, et une goutte d'acide sulfurique 0,0330; ce qui démontre que les molécules de ces deux liquides ont entre elles moins de cohésion que celles de l'eau distillée.
Un autre résultat remarquable de ces expériences, c'est celui que nous présentent l'éther et les teintures éthérées, dont le poids des gouttes est iibsolument le même, ce qui tient à des phénomènes du même ordre que ceux que nous venons de signaler.
POSOLOGIE.
Et l'on peut poser en principe que les corps dissous dans un liquide, lorsqu'il n'y a que simple solution et non combinaison chimique, tout en augmentant la densité de ce liquide, diminuent k cohésion de telle sorte que le poids des gouttes s'écoulant d'un orifice ayant la même section, sera, à peu de chose près, toujours le même; leur volume seul variera.
Procédé de M. Lebaigue pour régler les compte-gouttes.
M. Lebaigue, pharmacien de la Maison impériale de Charenton, a présenté un nouveau compte-gouttes.
Ce nouvel instrument se compose comme partie principale d'un compte-gouttes, uniquement formé d'un tube en verre d'une seule pièce dont la partie supérieure est renflée en forme de boule et dont la partie inférieure est terminée par un ajutage à trou capillaire, et calibrée pour donner exactement des gouttes dont le poids soit conforme aux indications du Codex.
Ce tube porte en outre au-dessous de la boule supérieure un renflement destiné à former bouchon et h. être ajusté à l'émeri sur les différentes formes de flacons. Au-dessous de ce renflement se trouvent deux petites ouvertures destinées : l^à la sortie de l'air, quand l'instrument étant plongé droit dans un liquide, ce dernier pénètre dans le tube par la partie inférieure ; 2° à l'introduction du liquide et à la sortie de l'air, quand le niveau étant trop bas pour que le liquide pénètre direclemei.t dans le tube, il est nécessaire de renverser le flacon pour amorcer le compte-gouttes.
Pour l'usage il sufiit, une fois le compte-gouttes amorcé, soit directement, soit par renversement, de le sortir du flacon ; les gouttes s'échappent alors, grâce à l'oriQce capillaire inférieur, avec une lenteur suffisante pour qu'on puisse en compter facilement le nombre voulu.
M. Lebaigue a rigoureusement précisé la condition obligatoire pour que,suivantla prescription du Codex, l'appareil donne des gouttes d'eau distillée du poids de 3 centigrammes, à la température de 15 degrés. Cette condition, c'est que le diamètre du bec d'écoulement soit égal exactement à 3 millimètres ; et par diamètre du bec d'écoulement, M. Lebaigue entend le diamètre total, orifice et parois compris, et non le diamètre intérieur seulement.
^a dimension de l'orifice et du diamètre intérieur n'ont d'influence que sur la vitesse d'écoulement ; quand ils sont capillaires, les gouttes se détachent une à une sans qu'on ait à craindre que le liquide s'échappe par jet, mais le poids des gouttes n'est nullement en rapport avec les proportions plus ou moins grandes del'oritice.
Il faut aussi, dit M. Lebaigue, que le liquide mouille les parois du bec d'écoulement, la capillarité ayant une influence considérable sur le poids
POSOLOGIE. im
dos gouttes; il faut en outre que l'instrument soit tenu verticalement, toute autre position tendant à augmenter le poids des gouttes d'une manière très-marquée.
Nous devons dire que si M. Salleron n'avait pas indiqué le diamètre de l'orifice de son compte-gouttes et ne l'avait point déterminé mathématiquement comme l'a fait depuis si savamment M. Lebaigue, il avait cependant bien établi que c'était le diamètre extérieur du tube d'écoulement qui faisait du flacon compte -gouttes un appareil de précision.
De tout ce qui précède nous pouvons conclure que, dans l'état actuel, deux instruments se recommandent à l'usage pour le dosage à la goutte des médicaments liquides :
1° Le compte-gouttes de M. Salleron ;
2° Le compte-gouttes flacon de M. Lebaigue.
Comme instruments de précision, nous ne fiiisons aucune différence entre les deux appareils ; ils sont établis sur le même principe et donnent des résultats identiques. Nous dirons cependant que l'instrument de M. Lebaigue présente de grands avantages pratiques ; il est d'une seule pièce, en ce sens qu'il sert de flacon contenant le médicament, qu'il s'amorce de lui-même et qu'il peut s'adapter aux diverses formes de flacon. Dans ces conditions, il nous semble appelé à rendre service surtout dans la pratique habituelle de la pharmacie.
Le principe établi et fixé aujourd'hui par M. Lebaigue que le diamètre total du tube à l'orifice d'écoulement doit être de 3 millimètres, permet d'utiliser tous les autres compte-gouttes en leur donnant le calibre voulu. A notre avis, la grande et importante valeur du travail de ce pharmacien, c'est d'avoir formulé la loi qui régit la fabrication des compte-gouttes de précision