BRUCINE
C«H26Az208,8HO.
La Brucine (Brucina) se retire des eaux mères alcooliques qui ont laissé déposer la Strychnine. On sature ces eaux mères par l'acide oxalique, on évapore ; on sépare les cristaux d'oxalate de Brucine, et, après les avoir lavés à l'alcool absolu froid, on les dissout dans l'eau et l'on ajoute ii la solution un excès de chaux caustique. On recueille le précipité, on le fait sécher, on le reprend par l'alcool bouillant, on filtre. La Brucine cristallise au sein de la solution alcoolique. On la purifie par de nouvelles cristallisations.
Par l'évaporation lente de sa solution dans l'alcool, la Brucine cristallise en gros prismes. Elle est soluble dans 500 parties d'eau bouillante et dans 850 parties d'eau froide.
L'alcool la dissout aisément; l'éther ne la dissout point. L'acide nitrique la colore en rouge de sang.
IGASURINE.
M. Desnoix a découvert, il y a quelques années, dans la Noix vomique, une base.
qu'il nomme Igasurine. Cette base paraît exister dans les différentes parties des plantes du genre sirychnos, à côté de la Strychnine et de la Biucine, et probablement, comme celle-ci, combinée à l'acide igasurique.
C'est une substance blanche, cristallisant, avec une très-grande facilité, en prismes soyeux, disposés en aigrettes. Sa saveur et son amertume sont insupportables; elle forme des sels avec les acides, et son pouvoir saturant se rapproche de celui de la Strychnine ; elle est très-soluble dans l'eau, plus à chaud qu'à froid : l'alcool la dissout pour ainsi dire en toutes proportions; l'éther en dissout peu.
Û.M. Desnoix et Léon Soubeiran ont constaté l'action toxique de l'Igasurine ; Og'',05 ont tué un chat en une demi-heure, tandis que la même dose, administrée îi
un chien de petite taille, ne l'a fait mourir qu'au bout de deux heures. Les symptômes produits par ce poison sont les mêmes que ceux que déterminent la Strychnine et la Brucine, et, comme celles-ci, elle ne produit pas de lésions appréciables.
L'Igasurine a été obtenue de la manière suivante : après avoir précipité par la chaux et à l'ébullition des liqueurs acidulées contenant les alcaloïdes de la Noix vomique, M. Desnoix avait remarqué que les eaux mères, surnageant le précipité,' conservaient une amertume considérable; il les abandonna dans un bain-marie, et, quelques jours plus tard, des cristaux d'Igasurine se déposèrent en abondance ; chauffés, ils ne laissèrent pas de résidu ; les acides dilués les dissolvent, et l'ammoniaque précipite la dissolution.
ACTION PHYSIOLOGIQUE
Les propriétés toxiques de la Noix vomique ne commencèrent à être connues en Europe que depuis moins de deux siècles ; probablement elles n'étaient pas ignorées des naturels de l'Inde. D'innombrables faits sont venus depuis lors confirmer l'action vénéneuse de cette graine, et c'est avec raison qu'on la range au nombre des plus redoutables poisons. Les symptômes éprouvés par les animaux et par l'homme après l'ingestion de la Noix vomique sont très-remarquables en ce sens qu'ils n'appartiennent qu'à cette plante et à celles qui contiennent les mêmes principes immédiats.
Peu après l'ingestion du poison, le patient éprouve un sentiment de vertige qui rend sa marche moins sûre, puis des douleurs légères et une roideur dans les muscles du cou et dans ceux qui rapprochent les mâchoires. Le pharynx lui-même éprouve un resserrement notable, et les muscles de la poitrine et du ventre sont plus roides et moins mobiles que dans l'état normal. Cependant ces phénomènes prennent de l'intensité, et ce qui n'étaii d'abord que de la roideur prend bientôt le caractère convulsif le plus effrayant.
D'abord se montrent de petites secousses convulsives et tétaniques, qui ne sont pas sans un peu de douleur, et qui passent avec la rapidité d'un éclair. Elles ressemblent assez bien, et pour leur durée et pour la sensation qui les accompagne, à des secousses électriques. Mais le mal augmente rapidement, des secousses tétaniques terribles se succèdent coup sur coup, et semblent se modérer pendant quelques instants pour reparaître plus violentes et plus douloureuses; les mâchoires sont serrées, la tête est renversée sur l'épine dorsale, les membres thoraciques roidis et tordus dans la pronation, les jambes roidies.
Bientôt la rigidité tétanique la plus invincible s'empare de tous les muscles de la vie animale ; ceux qui servent à l'acte de l'inspiration participent
aussitôt aux mêmes troubles fonctionnels. La respiration ne s'efTectue plus que par secousses insuffisantes ; la diminution successive du pouls semble indiquer que le cœur lui-même n'est pas étranger à ces spasmes convulsifs. La mort arrive, précédée d'un instant de profonde stupeur et d'insensibilité complète.
Durant cette scène horrible, on remarque que la moindre sensation réveille les spasmes et les douleurs, comme cela se remarque d'ailleurs dans le tétanos, dans l'hydrophobie, et dans quelques autres maladies nerveuses.
Quand la dose du poison a été peu considérable, ces symptômes, après s'être manifestés à un ffiible degré, s'amendent lentement, et, après douze ou vingt-quatre heures, il ne reste qu'une fatigue musculaire notable et qui persiste longtemps.
Il ne faut pas une grande quantité de Noix vomique pour produire la mort. Dans Murray, on voit cités de nombreux exemples d'empoisonnement par des doses assez peu considérables de cette substance. 1 gramme 50 centigrammes de poudre, pris en deux fois, ont tué une jeune fille; 60 centigrammes ont causé chez une autre des accidents très-graves. Cependant le malade cité par M. Cloquet, et dont l'observation est rapportée dans le deuxième volume de la Toxicologie d'Orfila, p. 258, avait avalé peut-être 30 grammes de Noix vomique en poudre, et cependant il ne mourut que le quatrième jour.
Mais il importe bien davantage au praticien de connaître les efTets que produit la Noix vomique donnée comme médicament. Nous avons, dans ce but, fait de nombreuses expériences, et nous allons en consigner ici les principaux résultats.
Les préparations que nous avons employées cà l'intérieur sont le sulfate de Strychnine, l'extrait alcoolique de Noix vomique et la poudre ; à l'extérieur, la teinture alcoolique.
Il est impossible de préciser ici les doses auxquelles les phénomène.» se produisent; il y a à cet égard des ditîéi'ences nombreuses dépendant de l'individu.