‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/ (volume 2)Chapitre 53 sur 335 · DES EFFETS IMMÉDIATS DU CYANURE DE POTASSIUM APPLIQUÉ SUR LA PEAU · texte numérisé non relu

DES EFFETS IMMÉDIATS DU CYANURE DE POTASSIUM APPLIQUÉ SUR LA PEAU

Toutes les fois qu'une solution de Cyanure de Potassium est appliquée sur une partie quelconque de la peau, elle produit un sentiment de froid assez vif, qui se dissipe aussitôt que l'équilibre de température est établi et que l'évaporation cesse de se faire. Mais une demi-heure après le début de l'expérience, on éprouve un picotement, une espèce de démangeaison qui n'a rien de désagréable, et qui se prolonge aussi longtemps que dure le contact du liquide ; la peau devient rouge, surtout lorsqu'on se sert de la solution alcoolique. Cet érythème disparaît aussitôt que l'on a cessé l'application du liquide, si toutefois son contact avec la peau n'a pas dépassé vingt-quatre ou quarante-huit heures ; mais lorsque la dose a été très-élevée, que les applications ont été répétées pendant cinq ou six jours, il peut survenir un érythème, un eczéma, et même des phlyctènes.

Indépendamment de ces phénomènes locaux, il peut s'en manifester de généraux. Le pouls et les inspirations paraissent éprouver un ralentissement que nous avons observé dans quelques circonstances dès la première demi-heure qui suit l'application du Cyanure de Potassium. Ce ralentissement est variable chez ceux qui sont atteints de fièvre, mais il paraît assez constant chez les personnes dont la santé n'est point altérée. Des observations faites sur nous-même lorsque nous étions levé et dans une salle dont la température était de 10 ou 12 degrés, nous avons appris qu'une solution alcoolique et saturée de Cyanure de Potassium, appliquée sur le front, peut déterminer, avec le ralentissement de la circulation, du froid dans diverses parties du corps, et de la tendance au sommeil. Ces phénomènes n'ont pu être convenablement constatés chez les malades, qui restent couchés pour la plupart, et qui renouvellent le liquide à des intervalles assez éloignés. Lorsque le Cyanure de Potassium est appliqué sur le front, quelques gouttes peuvent s'introduire entre les paupières ; leur contact avec la surface de l'œil fait éprouver une vive douleur, surtout lorsqu'on se sert de la solution alcoolique ; mais cette sensation douloureuse dure à peine une minute, et n'est jamais suivie d'aucune espèce d'accident. Nous nous sommes introduit 5à6 gouttes de cette solution dans les yeux, et bien qu'en même temps nous eussions sur

le front des compresses imbibées de Cyanure de potassium, nous n'avons éprouvé que les modifications décrites plus haut ; il est à remarquai^ pourtant que c'est dans une circonstance semblable que nous avons plusieurs fois observé le ralentissement de la circulation.

Le Cyanure de Potassium en poudre, pur ou mélangé avec du cérat, produit une douleur extrêmement vive lorsqu'il est appliqué sur le derme dénudé : la sensation de brûlure qu'il détermine se prolonge pendant plusieurs heures, et lorsque, au bout de ce temps, on examine la plaie, on trouve une eschare presque égale à celle que produirait une quantité moindre de potasse caustique. Ce sont Là les accidents qui nous ont empêché de multiplier nos expériences sur le Cyanure appliqué de cette manière.

DU CYANURE DE POTASSIUM DISSOUS DANS l'ALCOOL OU DANS l'eAU, ET APPI.IQUÉ SUR LA TÊTE DANS LES CÉPUALALGIES.

En cherchant à classer les céphalalgies dans un ordre qui permît d'apprécier l'influence du Cyanure de Potassium, nous avons cru devoir adopter une distribution fondée sur les symptômes concomitants, quelle que fût du reste leur influence sur les céphalalgies ; les phénomènes remarquables que nous avons observés dans celles qui sont accompagnées de fièvre nous ont engagé à les étudier, à part, et nous avons fait un groupe des céphalalgies apyré'iques, que nous avons sous-divisées suivant qu'elles étaient compliquées de gastralgie, de dérangements dans la menstruation, de trouble dans la respiration, dans la circulation, ou qu'elles existaient sans dérangement simultané dans les fonctions des organes.

Il est très-ordinaire de voir des maux de tête coïncidant avec des pesanteurs d'estomac, un appétit désordonné, de la difficulté dans les digestions et des troubles dans les règles, qui sont ordinairement pâles, moins abondantes et moins exactement périodiques. Dans les céphalalgies de ce genre, nous avons employé souvent le Cyanure de Potassium : dans la plupart des cas, la guérisoi;i a été rapide.

Les céphalalgies qui se lient à la suppression des règles sont moins heureusement modifiées par le Cyanure de Potassium que celles dont nous venons de parler.

Il résulte de nos observations que, dans les céphalalgies compliquées de maux d'estomac, on peut toujours espérer du soulagement, mais que celui-ci ne peut être durable si les gastralgies ne se dissipent ellesmêmes ; il est donc nécessaire de chercher à guérir l'affection gastrique par un traitement approprié.

Le Cyanure de Potassium a été plusieurs fois mis en usage dans la céphalalgie, suite d'exostose à la tête, et dépendant d'une alfection syphilitique générale. Il a exaspéré le plus souvent les douleurs au point de les rendre insupportables.

Il est une forme de céphalalgies évidemment rhumatismales ou gout-

teuses, qui ont cela de remarquable, qu'elles alternent souvent avec des douleurs évidemment rhumatismales, ou que, fixées longtemps à la tète, elles ne quittent cette partie du corps que pour se porter sur quelques jointures ou ailleurs. Nous avons connu un officier anglais qui, pendant vingt-cinq ans, éprouva, tous les mercredis, de quatre en quatre semaines, une migraine qui durait exactement onze heures. La migraine conserva cette singulière et invariable périodicité tant que le malade habita les Antilles. Il revint en Europe en 1815, et depuis lors, jusqu'en 1829, la céphalée affecta une marche plus irrégulière : elle cessa et fut remplacée par des attaques de goutte. Deux femmes, l'une âgée de vingt-cinq ans, l'autre de quarante-six, entraient dans notre hôpital ; et lorsqu'elles furent guéries de la phlegmasie intestinale qui les avait fait entrer à l'hôpital, elles appelèrent notre attention sur une céphalalgie violente qui avait débuté longtemps avant la maladie accidentelle qu'elles venaient d'éprouver, et qui persistait avec la même intensité. Chez toutes les deux, l'application, sur le front, de compresses imbibées d'une solution de iO centigrammes de Cyanure de Potassium dans 30 grammes d'eau fit disparaître le mal de tête au bout de quarante-huit heures ; mais une douleur vive se manifesta chez l'une dans l'avant-bras, chez l'autre dans l'épaule gauche et les deux genoux. La douleur de l'avantbras fut combattue inutilement par l'application du Cyanure de Potassium sur le lieu malade.

Nous n'avons pas toujours été aussi heureux dans le traitement des céphalalgies rhumatismales que chez les deux femmes dont nous venons de parler en dernier lieu ; nous avons échoué alors que nous nous croyions le mieux en droit de compter sur la guérison.

Céphalalgies pyrédques. Nos observations nous ont démontré que, dans le cours d'une fièvre symptomatique, la céphalalgie pouvait être guérie par le Cyanure de Potassium, et que la fièvre elle-même était modifiée sous l'influence de ce moyen : nous pensâmes donc à essayer ses effets dans les fièvres intermittentes non miasmatiques accompagnées de céphalnlgie. Le fait le plus curieux que nous ayons observé est le suivant : une jeune fille était atteinte de fièvre intermittente, si toutefois l'on peut donner ce nom à une fièvre quotidienne irrégulière, suite d'une phthisie pulmonaire au dernier degré. La céphalalgie durait depuis deux mois; elle était très-douloureuse et presque continuelle. On fit pendant quatre jours des applications avec une solution aqueuse de 40 centigrammes de Cyanure de Potassium : au bout d'un jour le mal de tête ét;iit guéri, le frisson moins fort et moins long, la chaleur moins vive. Tous ces accidents reparurent avec la cessation du Cyanure de Potassium. Un tel accord entre le résultat des observations que nous avons eu l'occasion de faire sur les céphalalgies pyrétiques nous permet d'espérer que le Cyanure de Potassium pourra servir dans quelques formes de la fièvre intermittente symptomatique.

M. le docteur Lombard, de Genève, est le premier qui ait eu l'idée

d'employer topiquement une solution de Cyanure de Potassium dans le traitement des névralgies de la face. Il a lu, à l'Académie de médecine, en 1831, un mémoire sur ce sujet. Mais l'auteur, abusé par ses premiers succès, a peut-être attaché trop d'importance à l'action sédative de ce médicament sur la maladie qui nous occupe.

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