SOLDANELLE
La Soldanelle (Convolvulus soldanella) est une plante qui croît sur le littoral de nos mers d'Europe; c'est à M. Loiseleur- Deslongchamps que l'on doit de l'avoir introduite dans la matière médicale. Ce savant, qui a fait tant et de si utiles expériences, et dont le nom et les travaux son* tombés dans un si injuste oubli, reconnut que la racine de la Soldanelle possédait des propriétés purgatives tout à fait semblables à celles du jalap, du turbith, de la scammonée.
La Soldanelle contient aussi une résine à laquelle elle doit toutes ses propriétés purgatives, et qui, insoluble dans l'eau, est parfaitement soluble dans l'alcool.
La poudre de racine de Soldanelle se prend à la dose de 50, 120, 360, 500 centigrammes suivant l'âge, le sexe, la maladie; la résine, à la dose de 30, 50, 100 centigrammes. Le mode d'administration est d'ailleurs le même que celui que nous avons indiqué plus haut pour le jalap.
FAMILLE DES CONVOLVULACEES.
MÉCHOACAN, LISERONS.
Le Méchoacan est la racine du Convolvulus mechoacana, plante qui croit au Mexique, et à laquelle on n'attribue qu'une partie de la production du Méchoacan du commerce. On prétend qu'il est assez souvent falsifié avec la racine de bryone sèche. Quoi qu'il en soitj voici ses principaux caractères :
Ordinairement en rondelles épaisses, mondées de leur écorce, d'un blanc jaunâtre, offrant quelquefois des stries concentriques. Sa saveur, faible d'abord, est suivie d'àcreté. Cette racine offre à l'extérieur des taches brunes et des pointes ligneuses, provenant des radicules; ce seul caractère peut la faire distinguer facilement de la racine de bryone et de celle iïarum serpentaire, qui présente aussi
quelque ressemblance avec le Méchoacan.
Cette substance possède des effets purgatifs peu certains ; elle est aujourd'hui presque tombée dans l'oubli; on lui préfère ajuste titre le jalap, le turbith et la soldanelle.
Les racines des Convolvulacées indigènes possèdent aussi, d'après quelques expériences récontes, des propriétés purgatives assez marquées. MM. Chevallier et Loiseleur-Deslongchamps y ont trouvé trois centièmes à peu près d'une résine aussi active que celle du jalap. Le grand Liseron, Liseron des haies {Convolvulus sepium, L.); le petit Liseron, Liseron des champs (C. arvensis); le Convolvulus alihœoides, très-commun dans le midi de la France, et quelques autres espèces, ont été, de la part de ces deux habiles expérimentateurs, l'objet de beaucoup de recherches.
La racine de Jalap, qui seule est employée, ne fut apportée en Europe que vers le commencement du dix-septième siècle. Depuis cette époque, elle a été usitée comme purgatif, et elle tient dans la matière médicale une place assez importante.
La racine de Jalap pulvérisée est un purgatif assez énergique. Ceîte poudre est à peu près insipide, et laisse seulement dans la gorge un sentiment d'àcreté qui dure quelquefois pendant plusieurs heures. La poudre de racine de Jalap se donne à la dose de 1 gramme, 1 gramme et demi à 3 grammes, et même davantage.
Quant à la résine, qui est bien plus fréquemment employée, on ne doit la donner qu'à la dose de 20 à 80 centigrammes, suivant les âges et les circonstances morbides. Il n'est pas besoin de dire que, chez certains sujets, il faudra doubler la plus forte dose; que chez d'autres, au contraire, la plus faible pourra produire des superpurgations.
Le principe actif de la racine de Jalap est dans la résine, qui n'est pas soluble dans l'eau ; aussi ne faut-il jamais compter sur l'action purgative des décoctions ou des infusions de Jalap, tandis qu'au contraire les teintures alcooliques ont une grande activité. La fameuse eau-de-vie allemande, la médecine de Leroy, Vélixir untiglaireux de Guillé, etc., ne sont en définitive que des teintures alcooliques de Jalap, auxquelles on a associé quelques autres substances purgatives.
La presque insipidité du Jalap rend cette substance précieuse dans la tl^érapeutique des enfants. On le mêle à parties égales de sucre en poudre et de calomel, et on le donne ainsi aux enfants, qui ne répugnent pas à l'avaler : on peut encore l'incorporer à du miel, à des électuaires, à des confitures.
Il en est de même de la résine, que l'on peut aussi émulsionner dans l'eau avec un jaune d'œuf.
MÉDICAMENTS ÉVACUANTS
Le Turbith est employé comme purgatif depuis un temps beaucoup plus reculé que le Jalap. 11 croît en abondance dans les Indes orientales, et les Arabes s'en servaient très-souvent, comme leurs ouvrages en font foi.
La poudre de la racine du Turbith est inodore, presque insipide. Elle purge comme le Jalap, mais il faut une dose un peu plus élevée. Quant à la résine, elle est tout aussi active que celle du Jalap, et se donne par conséquent aux mêmes doses.
Les médecins grecs employaient la racine de la Scammonée elle-même, et ils avaient reconnu ses propriétés purgatives et hydragogues. Les Arabes y avaient une grande foi ; et cette substance entrait dans la composition d'un grand nombre d'électuaires, dont l'usage est aujourd'hui très-justement abandonné,
La Scammonée gommo-résineuse, telle qu'elle nous est envoyée aujourd'hui du Levant, est un purgatif qui, pour les propriétés, se range à côté de la résine de Jalap ; toutefois, comme elle contient à peu près un tiers de son poids de matières inertes, elle a aussi un peu moins d'activité que cette dernière.
On l'administre d'ailleurs de la même manière que les résines de Turbith et de Jalap.
La Soldanelle (Gonvolvulus soldanelLi) a les mêmes propriétés que le Jalap et la Scammonée. On emploie les feuilles, les racines, et la résine qu'on en retire. Ce purgatif est peu usité.
Les huiles fixes, de même que les résines, sont absorbées à l'aide des mêmes réactions chimiques, c'est-à-dire au moyen des alcalis. Nous aurons occasion de signaler plus loin le beau travail de M. Claude Bernard sur le rôle du suc pancréatique dans la digestion des matières grasses. Disons, pour le moment, que l'association des alcalis avec les résines facilite singulièrement l'action de celles-ci; tandis que les acides, qui forment avec elles des composés insol'ibles, doivent être rejetés, de même que les substances facilement acidifiables, comme les sucres et l'amidon.
M. Mialhe, partant de ces principes, conseille d'associer la Scammonée et la résine de Jalap avec la magnésie, la potasse, le savon (voir son 7'raùé de l'Art de formuler). Il conseille aussi d'ingérer des liquides dans l'estomac immédiatement après l'administration de ces résines, de manière à les forcer à franchir le pylore le plus tôt possible, et les soustraire ainsi à l'action des acides de l'estomac; enfin, pendant plusieurs heures après l'ingestion des boissons, il est bon de supprimer toute espèce de liquide, afin de ne pas trop étendre les liqueurs alcalines de l'intestin, car. la saponification se fait mieux au contact des sels alcalins concentrés. (Mialhe.)
ALOÈS
ALOÈS
L'Aloès (ce qu'on emploie en médecine sous ce nom) est un suc concret, fourni par plusieurs espèces du genre Aloe, surtout par YAloe perfoliata, L., qui croît en Arabie, dans l'Inde, en Afrique et en Amérique, etc. On l'extrait aussi des Alue spicata, tinguœformis, elongala, etc.
Toutes ces plantes appartiennent à la famille des Liliacées, hexandrie monogynie de Linné. Elles sont remarquables par lenrs feuilles radicales épaisses, charnues, à bords dentés et piquants; mucilagineuses à l'intérieur, et renfermant des vaisseaux propres, remplis d'un suc amer, qui, desséché, constitue l'Aloès officinal. Leurs fleurs sont tubulées, souvent bilabiées, disposées en épi sur un long pédoncule qui sort du centre des feuilles.
Le mode d'extraction de l'Aloès n'est pas bien connu et varie suivant le pays où on le recueille.
Dans le commerce, on rencontre principalement trois sortes d'.\loès : VAloès succolrin, l'Aloès Barbade ou de la Jamaïque et VAloès du Cap.
L'Aloès succotrin est un suc épaissi extrait des feuilles de VAloe succotrina, famille des Liliacées, dans des contrées qui avoisinent Socotora. L'Aloès succotrin peut être mou ou sec, transparent {Aloés lucide) ou opaque lAloès hépatique). Celui qui est sec est fragile; d'une couleur rouge hyacinthe, s'il est transparent; seulement rougeàtre, couleur de foie, s'il est opaque. L'odeur en est agréable, et rappelle un peu celle de la myrrhe. La saveur est très-amère; la cassure est unie, comme glacée. La poudre est d'un jaune doré.
Cet Aloès est complètement soluble dans l'alcool. (Codex.)
On ne doit pas le confondre, ce aui arrive souvent, avec \' Atoès du Cap, dont la couleur est plus foncée et offre un reflet verddire; ce dernier est aussi moins transparent, et son odeur est plus forte et moins agréable.
L'Aloès Barbade ou de la Jamaïque provient des Aloe vulgaris etsinuala; il est solide, presque opaque, peu fragile et du couleur rougeàtre terne, analogue à celle du foie. Il devient presque noir à la longue: il a une cassure terne, comme un peu grenue; il est pourvu d'une odeur assez forte, analogue à celle de la myrrhe, et qui ofl're quelque chose de l'odeur de l'iode. La poudre est d'un jaune rougeàtre sale. Il est incomplètement soluble dans l'alcool. (Codex.)
L'Aloès a été autrefois analysé par Bouillon-Lagrange et Vogel; sa composition a été singulièrement éclairée par les travaux des frères Smith, qui ont dé-
couvert l'Aloïne ou principe actif, et par celui de M. Stenhouse, qui a indiqué ses principales propriétés.
Poudre d' Atoès.
On pulvérise l'Aloès par trituration ; sa poudre (celle de rx\loès succotrin) est d'un jaune d'or. Seule, elle est peu usitée; mais, associée, elle fait la base de beaucoup de préparations importantes.
Pilules d'Aluès.
Pr. : Aloès en poudre q. v.
Miel blanc q. s.
Faites des pilules de 10 centigrammes.
Pilules ante cibum.
Pr. : Aloès du Cap G part.
Extrait du quinquina. ... 3
Cannelle 1
Sirop d'absinthe q. s.
Faites des pilules de 20 centigrammes.
Chaque pilule contient à peu près 10 centigrammes d'Aloès.
' Pilules d'Anderson.
(Pilules écossaises.) Pr. : Poudre d'Aloès des Barba-
des 6 part.
Poudre de gomme-gutte. . G
Essence d'anis 1
Sirop simple q. s.
F. S. A. des pilules de 20 centigrammes. L'Aloès en poudre entre aussi dans la composition des pilules de Bontius, de l'electuaire d' Aloès (Hiera picra), des grains de santé du docteur Franck, etc.
Lavemenl d'Aloès.
Pr. : Aloès du Cap 2 à 8 gram.
Jaune d'œuf n" 1.
Eau tiède 500 gram.
Teinture d'Aloès.
Pr. : Aloès du Cap 1 part.
Alcool à 60O 5
Faites dissoudre parmacération ; filtrez.
L'Aloès fait aussi la base de plusieurs clixirs, tels que : Vélixir de longue vie, \'élixir de Paracelse, Vélixir de Garus, etc.
Fin dérivatif (Delpech père).
Pr. : Rhubarbe de Chine con- \
cassée ' âa 30 gr.
Séné palthe mondé . . . )
Cannelle de Ceylan concassée 5
Teinture d'aloès 30
Vin de Malaga 1000
Faites macérer pendant huit jours, passez avec expression et filtrez.
Dose, une cuillerée à bouche comme laxatif.
MÉDICAMENTS ÉVACUANTS
L'Aloès est un des médicaments purgatifs le plus anciennement employés. Son action sur le gros intestin a d'abord été seule constatée ; mais, à une époque beaucoup plus rapprochée de nous, on a signalé des effets spéciaux de ce médicament qui ont mis sur la voie d'applications nouvelles.
Action physiologique de l'Aloès. — Administré à petites doses de 5 à 30 centigrammes, une ou deux fois par jour, l'Aloès provoque de légères coliques, suivies de l'expulsion d'une ou de plusieurs selles diarrhéiques. On remarque que l'action de ce purgatif est fort lente : il est rare qu'i.. y ait des garde-robes avant cinq ou six heures ; il arrive souvent que les malades n'aillent à la selle que vingt-quatre heures après l'administration du médicament. Le premier effet est donc d'augmenter le nombre des garde-robes ou seulement de les faciliter, et il stimule aussi les fonctions de l'estomac, mais dans les cas seulement où la lenteur de la digestion ne s'accompagne pas de signes de gastrite chronique. Si l'usage de l'Aloès est longtemps continué, on ne tarde pas à voir survenir des symptômes de fluxion sanguine vers les organes situés dans le bassin : il y a chaleur, cuisson, sentiment de pesanteur vers l'extrémité de l'intestin; excitation des organes génitaux et augmentation des appétits vénériens, besoins plus fréquenis d'uriner. Chez les femmes, douleur et pesanteur dans la matrice, dans les aines, dans les reins ; augmentation du flux leucorrhéique, coliques utérines plus douloureuses au moment des règles, augmentation du flux menstruel. A haute dose, l'Aloès agit comme lous les purgatifs drastiques.
Hémorrhoïdes. — Emploi thérapeutique de l'Aloès. — Les effets secondaires de l'Aloès que nous venons d'indiquer rapidement ont mis les praticiens sur la voie des applications thérapeutiques qu'ils pouvaient faire de cette substance, et ils ont dû l'employer d'abord pour rappeler les hémorrhoïdes, lorsque leur suppresion donnait lieu à des accidents graves, et ils y sont en effet facilement parvenus. Pour arriver à ce but, il faut administrer l'Aloès à petites doses, renouvelées chaque jour et pendant un espace de temps assez long (un mois et davantage). C'est ordinairement en pilules que se donne ce médicament; 5, 10 et même 20 et 30 centigrammes, pris au commencement du repas du soir, et quelquefois aussi à celui du matin, suffisent pour provoquer une ou deux selles copieuses et pour amener promptement une irritation légère du rectum, qui rappelle efficacement la fluxion hémorrhoïdale. Chez les personnes qui supportent difficilement ces pilules,^on les remplace avec avantage par des suppositoires de beurre de cacao, dans lesquels on incorpore de 30 à 60 centigrammes d'Aloès, et que l'on introduit chaque jour dans le rectum. Par cette médication, non-seulement, disent les
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auteurs, on rappelle la congestion hémorrhoïdale, comme nous l'avons dit plus haut, mais on peut encore la faire naître. Toutefois, il n'est pas toujours facile d'obtenir ce dernier résultat. Nous avouons que nous avons bien souvent cherché à l'obtenir, et que nos efforts ont toujours été inutiles. Nous avons pu, il est vrai, dans un certain nombre de cas, causer une vive irritation de l'extrémité de l'intestin, une pesanteur incommode dans le. bas-ventre, quelquefois môme un écoulement de sang assez abondant par les vaisseaux hémorrhoïdaux ; mais nous ne pouvions développer de véritables tumeurs hémorrhoïdales, à moins pourtant que les malades n'en eussent eu auparavant. Nous ne contestons pourtant pas les faits nombreux rapportés par les auteurs les plus graves, seulement nous inclinons à penser qu'ils n'ont pas toujours assez soigneusement distingué une fluxion passagère des vaisseaux du rectum d'une fluxion hémorrhoïdale proprement dite; et, d'un autre côté, nous reconnaissons que des irritations, même passagères, de l'extrémité de l'intestin amènent à la longue et presque nécessairement les hémorrhoïdes, comme on le voit chez les cavaliers, chez les calculeux, chez les gens habituellement constipés, etc. Les suppositoires stibiés sont beaucoup plus sûrs dans leurs effets, et rappellent souvent les hémorrhoïdes.
Aménorrhée. — Nous avous dit plus haut qu'on ne pouvait continuer longtemps chez les femmes l'usage de l'Aloès sans qu'il survint des douleurs de reins et un sentiment de pesanteur incommode dans la matrice. Cette observation, qu'il est si facile de constater, a conduit les médecins à prescrire ce médicament dans le cas oii les règles tardent à paraître, ou quand elles ne coulent pas avec assez d'abondance. Chez les filles chlorotiques, on tire un grand parti de l'association d'une très-faible dose d'Aloès avec une proportion considérable de fer; mais si, dans l'âge où l'écoulement des règles est une condition de bonne santé, il est convenable d'appeler vers l'utérus une fluxion sanguine, ce n'est jamais sans un grand péril, dit Pothergill [Médical observations and inquiries, t. V, p. 173), que l'on donne l'Aloès dans le même but aux femmes parvenues à l'càge on les fonctions de la matrice viennent de cesser. L'usage de ce médicament donne lieu chez elles à des métrorrhagies ■et à diverses affections graves du rectum ou des organes génito-urinaires.
Pour combattre l'aménorrhée, Schœnlein et Aran ont préconisé l'usage de l'Aloès, donné plusieurs jours de suite dans un lavement dont voici la formule : Aloès, 10 grammes; savon médicinal, 4 grammes; mucilage, 30 à 60 grammes. — Le mcm.e médicament, sous forme de lavement, a encore été employé avec avantage par Aran contre les catarrhes utérins, quand le travail inflammatoire est à peu près éteint. Ajoutons que Gamberini a employé avec succès l'Aloès contre les écoulements urétraux chroniques. Il fait une injection trois fois par jour avec la teinture alcoolique étendue de lo à 30 parties d'eau, et il cite des guérisons obtenues
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après deux ou trois semaines chez des malades qui avaient été traités
inutilement par un grand nombre d'autres moyens.
Ce que nous venons de dire fait aisément concevoir les inconvénients que l'usage continu de l'Aloès pourrait avoir chez les femmes enceintes, chez les calculeux, chez les gens tourmentés ou de rétention d'urine oude catarrhe de la vessie.
Contestions. — Du reste, la facilité que trouve le thérapeutiste à provoquer ainsi vers les organes contenus dans le petit bassin une irritation vive et passagère rend chaque jour des services bien précieux lorsque l'on veut combattre des maladies de l'encéphale et de la poitrine, qui, bien que graves, ne s'accompagnent pas de profondes lésions de tissu.. Nous avons vu, à Charenton, Esquirol modifier avantageusement, parce moyen, d'anciennes dispositions aux congestions cérébrales; Olivier (d'Angers) en a obtenu aussi de très-bons effets dans le traitement de certaines paraplégies. Nous avons pu de même guérir des céphalées que les traitements généraux et locaux les plus énergiques n'avaient pas diminuées. La môme médication nous a été encore d'un grand secours pour combattre chez les jeunes gens, et surtout chez les femmes, ces congestions pulmonaires qui sont si souvent l'occasion du développement destubercules.
Affections du tube tii<;estir. — L'Aloès n'est pas non plus sans action contre les diverses maladies de l'appareil digestif. Tous les observateurs sont d'accord en cela qu'il stimule les fonctions digestives lorqu'il est pris pendant le repas et à petite dose, pourvu toutefois qu'il n'existe pas de phlegmasie de l'estomac. Est-ce en stimulant directement la surface de l'intestin ? est-ce en débarrassant mécaniquement le canal alimentaire des matières excrémentitielles avec lesquelles il est en contact? ou plutôt serait-ce en provoquant une sécrétion plus abondante ou toute spéciale du foie, comme le veut le docteur Wedekind ? Ce praticien, à qui nous devons de curieuses observations sur l'Aloès, soutient que cette substance n'agit pas directement sur les intestins, mais qu'elle est absorbée, et qu'elle va stimuler d'une manière particulière le foie, dont elle augmente la sécrétion. 11 voit des preuves de son opinion dans la lenteur de ses effets, dans la nature des selles, qui sont toutes bilieuses et d'une odeur spéciale, et dans ce que, pris en lavement, l'Aloès n'irrite pas plus que l'eau tiède, et purge cependant huit ou dix heures après, lorsque son effet sur le foie a eu lieu {Bulletin des Se. méd. de Ferrussac, t. XII, p. 79). D'après cette opinion sur le mode d'action de l'Aloès, Guillemin eut l'idée d'employer ce médicament dans le traitement du choléra épidémique, dans lequel la sécrétion de la bile paraît suspendue, et qui semble s'am.ender lorsque les déjections commencent à se colorer. Quelques essais furent tentés et parurent avoir du succès; mais leur petit nombre s'oppose à ce qu'on puisse en rien conclure. Il paraît cependant qu'aux Indes et en Pologne, des préparations dans lesquelles entre l'Aloès sont employées utilement dans les cas de choléra-morbus (Guillemin,
ALOÈS
Considérations sur l'Amertume des végétaux. Thèses de Paris, 1832, n" 241).
L'extrême amertume de l'Aloès l'a fait considérer comme fébrifuge et anthelminthique. Ses propriétés fébrifuges ne sont plus guère admises par personne, mais des praticiens soutiennent encore aujourd'hui que cette substance est une des plus puissantes que possède la matière médicale pour tuer et expulser les vers, soit qu'on applique sur le ventre des cataplasmes faits avec le suc frais de la plante, comme le veut Thomas de Salisbury, soit qu'on l'administre en pilules ou en potions. Cependant Crantz [Mat. méd. et chir., t. II, p. 61) et Murray {Appar. medic, t. V, p. 2S4) s'élèvent contre cette opinion, se fondant sur l'expérience de Redi {De Animalculis vivis in animal, vivis,-^. 156), qui a vu vivre des lombrics pendant quatre jours dans une solution très-amère d'Aloès. Mais comment ces trois savants auteurs n'ont-ils pas compris que si l'Aloès luimême ne pouvait pas être considéré comme un venin pour les vers intestinaux, ces entozoaires pouvaient être entraînés par les sécrétions que provoque l'Aloès dans la cavité du tube digestif?
Usage externe. — L'Aloès était autrefois employé par les chirurgiens dans un grand nombre de circonstances; il est à regretter qu'on ait laissé aux vétérinaires l'usage exclusif d'un médicament externe dont ils ont tant à se louer : peut-être y reviendra-t-on un jour. Aujourd'hui, on l'emploie simplement dans des collyres, et l'on s'en sert pour aviver des ulcères sordides ou des trajets fistuleux.
, Doses et mode d'administration de l'Aloès. — Lorsque l'on veut produire un effet purgatif énergique, l'Aloès se donne à la dose de 50 centigrammes à 2 grammes : on en fait rarement usage dans ce but, à moins qu'on ne veuille en même temps provoquer l'expulsion des vers intestinaux.
Mais lorsque l'intention du médecin est seulement de régulariser les garde-robes et de déterminer une fluxion sanguine vers les organes contenus dans le petit bassin, il est inutile de dépasser les doses que nous avons indiquées plus haut.
Nous sommes dans l'habitude de faire prendre l'Aloès au commencement des repas ; par ce moyen, on évite plus sûrement les coliques ; mais chez beaucoup de personnes, l'effet purgatif se fait sentir au bout de six, huit ou dix heures, ce qui les dérange de leur sommeil ; dans ce cas, les malades prendront l'Aloès au moment de se coucher, trois ou quatre heures après le repas du soir. Il est utile de revêtir d'une feuille d'or ou d'argent les pilules aloétiques, lorsque l'on veut qu'elles produisent leur effet un peu plus tard; cette précaution est indispensable lorsqu'on fait prendre au moment du repas les préparations aloétiques; en la négligeant, on risque de causer des indigestions, qui, pour n'avoir ordinairement rien de grave, n'en doivent pas moins être évitées.
Il est impossible d'indiquer ici d'une manière précise la dose des élixirs divers et des pilules aloétiques dont la formule se trouve dans toutes les
pharmacopées ; c'est au médecin de commencer par des quantités faibles d'abord, et de régler sa médication sur la susceptibilité individuelle de ses malades. Cependant on peut dire d'une manière générale que l'association de l'Aloès avec l'alcool rend cette substance beaucoup moins purgative; de sorte que l'on doit donner une dose d'élixir ou de teinture qui contienne deux fois plus d'Aloès pour produire le même effet que l'on aurait obtenu avec une dose moitié moindre, si le médicament eût été administré en substance ou dans un tout autre véhicule que l'alcool.
Pour le pansement des plaies avec la teinture d'Aloès, on se contente de tremper un pinceau dans le liquide et de le passer sur la plaie, ou bien l'on en imbibe des plumasseaux que l'on applique sur la plaie. M. Delioux de Savignac a employé ce traitement avec succès pour le pansement d'un certain nombre de plaies, et, en particulier, des plaies dites de position, produites sur la peau comprise entre les points d'appui et les saillies osseuses dans les décubitus prolongés.
FAMILLE DES GUCURBITACÉES.
La famille des Cucurbitacées possède plusieurs plantes purgatives. Les principales sont : la Coloquinte, VElalérium et la Bryone.
Caractères botaniques des Cucurbilaci'es.
Plantes herbacées sarmenteuses, grimpantes, à tige ronde, à feuilles alternes, munies d'une vrille leur aisselle. Fleurs monoïques ou dioïques, rarement hermaphrodites; calice adhérent, à cinq divisions; corolle à cinq divisions, soadéeavcc le calice. — Fleurs mâles : cinq étamiiies, dont les fUets sont souvent polyadelplies; anthères oblongues à une loge, attachées au sommet des fdets.— F/eurs femelles : un ovaire adhérent, plusieurs styles ou plusieurs stigmates; fruit charnu nommé jit'ponide, à une ou plusieurs loges polyspcrmes; graines horizontales, attachées par de longs fdets dans l'angle des cloisons.