‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 80 sur 146 · ORTIE · texte numérisé non relu

ORTIE

sièrement dentées, moins piquantes que celles de la petite Ortie; ses fleurs sont dioïques, herbacées, en grappes pendantes ; ses semences sont oléagineuses.

Les jeunes pousses sont comestibles, et dans toute la France on nourrit les volailles avec des pâtées dans lesquelles on fait entrer des pousses d'Ortie.

La petite Ortie, Ortie grièche ou Ortie brûlante, Urtica urens, est haute de 12 à 18 pouces; ses feuilles sont opposées, ovales, portées sur de longs pétioles; les fleurs sont monoïques, en grappes courtes, opposées et auxiliaires. Toute la plante est couverte de poils très-piquants et brûlants.

La petite Ortie est beaucoup moins commune que la grande; elle ne croit guère que dans les jardins et dans les lieux cultivés ; l'autre, au contraire ( Urtica dioica) , se rencontre partout, dans les lieux incultes, dans les décombres, etc.

La plupart des espèces du genre Ortie produisent l'effet irritant que nous connaissons, mais à un degré différent. Nous savons que chaque poil de l'Ortie est un canal aboutissant h une cavité pleine d'un liquide plus ou moins actif; mais nous ignorons encore quelle est la nature de ce principe délétère, qui acquiert souvent, dans les plantes des tropiques, une trèsgrande énergie.

Du reste, les espèces de ce genre ne sont pas les seules plantes qui présentent ces poils creux reposant sur des glandes, à la manière des crochets venimeux des ophidiens : on en trouve aussi dans la famille des Euphorbiacées, dans celle des Malpighiacées {Malpigina urens) et dans plusieurs autres. Toutes les plantes qui offrent cette particularité d'organisation pourraient produire Yurtication, puisque, chose remarquable, le liquide sécrété est toujours âcre et mordicant.

C'est de V Urtica urens que l'on se sert ordinairement dans la thérapeutique externe.

Urtication. — On entend par urtkation l'effet irritant produit sur la peau par le contact des Orties. Pour la pratiquer, on fait une petite botte avec les tiges les plus longues de la petite Ortie, et on en frappe légèrement, et à plusieurs reprises, la partie de peau que l'on veut irriter. Presque immédiatement la peau se couvre de larges papules plates, blanches, irrégulières, qui font éprouver une cuisson brûlante et insupportable. Cette éruption, si rapidement développée, disparaît avec la même rapidité, et il faut renouveler l'opération pour rappeler l'exanthème : cependant on observe que la peau, qui avait été violemment stimulée par le premier contact des Orties, cesse de l'être bientôt avec la même facilité, et il arrivera même quelquefois que la troisième ou la quatrième application du remède ne produira plus aucun effet notable. C'est ainsi que les femmes de la campagae peuvent impunément cueillir avec leurs mains des Orties sans en éprouver la moindre sensation douloureuse.

L'urtication a été conseillée pour rappeler les exanthèmes, et en général toutes les fluxions extérieures qui se développaient difficilement ou qui tendaient à disparaître, comme aussi dans tous les autres cas oii il importait de faire rapidement de la peau le siège d'une fluxion dérivative énergique.

Ainsi, Celse et Arétée conseillent l'urtication dans le coma, la paralysie [De re medicâ, lib. 3, cap. 27. — Curât, acut., lib. 1, cap. 2). D'autres médecins l'ont pratiquée sur les cuisses pour rappeler le flux menstruel {Bull, de Férussac, t. IX, p. 77). On l'a encore conseillée dans l'anaphrodisie.

Dans les diverses épidémies de choléra que nous avons eu à subir, un certain nombre de médecins, surtout dans les campagnes, ont eu recours

MÉDICAMENTS IRRITANTS

à l'urtication dans la période algide. Quand la peau conserve encore de la sensibilité et qu'il n'y a pas algidité complète, ce moyen a pu produire quelques bons effets; mais on l'a vanté d'une manière ridicule, et, en somme, il ne vaut ni plus ni moins que la plupart des autres irritants du système cutané.

RENONCULACÉES.

Beaucoup de plantes de la famille des Renonculacées exercent sur la peau une action irritante fort énergique. Les espèces qui composent les genres Clematis, Antmone, Ranunculvs (Linné), sont les plus actives. Parmi elles nous mentionnerons le Ranunculus sceleratus. On l'a conseillé en cataplasme pour résoudre les engorgements ganglionnaires et 1 es abcès froids.

Le Clematis vitalba (herbe aux gueux) doit son nom vulgaire à l'usage qu'en font les mendiants pour produire sur leurs membres de larges ulcérations de mauvais aspect qui excitent la commisération publique.

Cette action, dit M. Leclerc {Essai sur les Épispas tiques. — Journal des connaissances médico-chirurgicales, t. III, p. 91), est analogue à celle de la moutarde; elle s'exerce profondément, en même temps qu'elle détermine assez rarement le soulèvement de l'épiderme. L'inflammation qu'elle suscite s'étend à toute l'épaisseur de la peau et au delà.

Ces végétaux doirent leurs propriétés irritantes à une huile volatile, âcre, qui s'obtient difficilement par la distillation ; ce principe irrite la membrane pituitaire, excite le larmoiement, et présente une grande analogie avec celui de quelques liliacées et des crucifères, notamment avec celui du raifort. Il se dissipe par la dessiccation, en sorte que les Renonculacées sèches n'ont, pour ainsi dire, aucune propriété irritante, et que les bestiaux peuvent alors s'en nourrir impunément.

A défaut de moutarde, on peut employer ces diverses plantes confuses et réduites en une masse pulpeuse, qu'il n'est pas nécessaire d'appliquer à nu, et qui agit très-bien entre deux linges.

La Clématite est fréquemment employée en Hollande comme diurétique dans le traitement des hydropisies. Sur ces données, un médecin de Liège, M. Sauveur, a employé la graine de clématite en infusion dans deux cas d'albuminurie symptomatique de la maladie de Bright. Sous cette influence, une diurèse abondante s'établit, la quantité d'albumine des urines diminua de jour en jour et l'hydropisie disparut, dit-on. {Gaz, méd.-cAir. de Liège, nov. 1864.)

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