POIX. TÉRÉBENTHINE
Enfin il nous resterait à parler de la Poix de Bourgogne et de la Térébenthine comme excitants locaux ; mais nous en traiterons au chapitre des Excitants, dans le deuxième volume.
RÉSINE DE THAPSIA GARGANIGA.
Cette Résine, obtenue par l'action de l'alcool bouillant sur l'écorce de la racine du Thapsia Garganïca (ombellifères), très-commune en Algérie, a été indiquée par MM. Reboulleau et A. Bertherand en 1857. Le premier de ces médecins a fait préparer avec cette Résine un sparadrap vésicant, d'une belle couleur jaune, luisant et très-adhésif; il détermine sur la peau une rubéfaction accompagnée d'une éruption miliaire très-intense, analogue à celle qui résulte de l'application de l'huile de croton tiglium.
Sparadraj) révulsif de Thapsia.
Sparadrap d'emplâtre de Thapsia.
(Sparadrap cum resinâ Thapsiœ.)
Pr. : Cire jaune 420 grammes.
Colophane 150
Poix blanche 150
Térébenthine cuite ISO
— de mélè'ze . .... 50
Glycérine 50
Miel blanc 50
Résine de Thapsia 75
Faites fondre ensemble les cinq premifïes substances, et passez-les à travers un linge. Entretenez-les liquéfiées sur un feu très-doux, et ajoutez la glycérine, le miel, et la résine de Thapsia obtenue en consistance de miel. Lorsque le mélange sera bien homogène, étendez sur des bandes de toile, comme pour le sparadrap ordinaire.
MÉDICATION IRRITANTE
On entend par Médicaments irritants les agents qui déterminent une irritation sur les points avec lesquels ils sont en contact ;
Par Médication irritante, la science des effets physiologiques de ces médicaments et des rapports de ces effets physiologiques avec les indications thérapeutiques qu'ils sont appelés à remplir.
Nous diviserons la iMédication irritante en quatre sections : Médication irritante substitutive, transpositive, spoliative, excitative.
MÉDIGATIOxN SUBSTITUTIVE.
La doctrine homœopathique, considérée dans l'idée générale sur laquelle elle repose, ne mérite certainement pas le ridicule que les applications thérapeutiques des homœopathes lui ont valu.
Lorsque Hahnemann émit ce principe thérapeutique : Similia similibus curantur, il prouva son dire en Tappuyant sur les faits empruntés à la pratique des médecins les plus éclairés. De toute évidence, les phlegmasies locales guérissent souvent par l'application directe des irritants, qui causent une inflammation analogue, inflammation thérapeutique qui se substitue à l'irritation primitive.
Ce qui était vrai des maladies locales et des agents topiques l'était certes beaucoup moins pour des affections générales et des remèdes généraux ; mais Hahnemann, ébloui par la vérité d'une idée qu'il avait entrevue et formulée, s'exagéra bientôt, comme tous les novateurs, l'importance de sa découverte.
Ses disciples, comme il arrive toujours, débordèrent bientôt le maître, et l'entraînèrent dans leurs idées exagérées ; et, le mysticisme germanique venant bientôt s'y mêler, la thérapeutique homœopathique devint à ce point singulière qu'elle dut avoir de nombreux partisans ; car il n'est idée si absurbe qui ne trouve des médecins pour la soutenir et des malades qui se jettent au-devant de l'expérimentation. L'homœopathie a eu sa vogue à Paris comme partout ; il n'est guère de praticien à qui elle n'ait valu quelques infidélités; mais aujourd'hui que l'engouement est passé, et qu'il n'y a plus de courage à entrer dans une lutte facile contre un ennemi désarmé par le ridicule et par l'insuccès, essayons de constater ce
MÉDICATION IRRITANTE SUBSTITUTIVE
qu'il y a eu de véritablement pratique, non dans les rêveries thérapeutiques de la vieille homœopathie, mais dans le premier jet sorti de la tête d'Hahnemann encore jeune.
Quand une cause morbifique est appliquée au corps de l'homme,, elle détermine des effets qui sont nécessairement en rapport avec la nature de la cause qui agit, et avec l'état de l'économie qui subit l'impression.
Nature de la cause. — Suivant Brown et Broussais, il n'existe qu'une cause morbiflque, l'application des excitants au corps de l'homme. Toute cause n'agit que par le plus ou moins d'excitation qu'elle provoque ; excitants comme cause, excitation comme effet : c'est à peu de chose près ce à quoi se réduit la doctrine pathologique de ces deux grands novateurs. La différence d'intensité de la cause, la différence du mode de réaction de l'économie, sont la source des innombrables différences des formes maladives. L'interprétation différente que Brown et Broussais ont faite des jeux de la réaction a été cause de la prodigieuse différence des conclusions thérapeutiques auxquelles ils sont arrivés, chacun de son côté. Et cependant l'idée fondamentale de leur doctrine est identique; Broussais l'a reconnu en prenant la proposition synthétique de la doctrine de Brown pour texte de la sienne.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, Brown et Broussais ont admis comme axiome une proposition erronée que rien jusqu'ici ne démontre ; et comme toute leur doctrine reposait sur ce fragile édifice, ils ont pu, tout en raisonnant avec beaucoup de rigueur et de logique, arriver néanmoins aux conséquences les plus fausses.
Dire que la vie ne s'entretient que par des stimulants, c'est émettre une proposition dont la vérité semble évidente au premier abord, mais qui, si l'on y réfléchit un instant, paraîtra improuvable.
On ne peut, certes, contester que la vie ne s'entretienne par des modificateurs; c'est là une proposition d'une vérité triviale, mais précisément elle a la trivialité des axiomes, et c'est en cela qu'elle est bonne. Par modificateur et modification, on exprime des faits que l'on ne juge pas; par stimulants et excitation, on substitue un jugement à des faits, et l'on raisonne mal.
C'est une fatale erreur en philosophie de n'attacher aux mots qu'une importance médiocre ; dans les propositions principales, les mots sont sacramentels, et doivent avoir un sens tellement clair, que leur apphcation dans le discours n'arrête jamais l'intelligence du lecteur.
Nous verrons plus bas quelle importance philosophique nous devons attacher aux mots modificateur et modification, et combien les faits se rangent mieux sous eux que sous l'excitation, principe de Brown et de Broussais.
En effet, pour ces deux pathologistes, tout est dans la quantité du stimulus, l'état organique étant supposé identique chez tous les hommes. Ce qui fait une pneumonie plus grave, toutes choses égales d'ailleurs, Én — T. I. 41
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c'est la quantité du stimulus appliqué au parenchyme pulmonaire. A cette quantité répond exactement une étendue de lésion locale, une réaction proportionnelle. De même pour la plèvre, pour le péricarde, le péritoine, le foie, le cerveau, l'utérus, etc., etc.
On ne peut contester la vérité de ces faits, et c'est leur évidence même qui a séduit et entraîné hors de la voie de la vérité les illustres médecins dont nous ne partageons pas les idées. Or, quand on leur montrait des influences extérieures et physiques, évidemment les mêmes pour tous, amenant des résultats différents, ils invoquaient les différences des organisations, et en cela ils avaient raison.
C'était là une large part des maladies qui rentraient rigoureusement dans la circonscription de leur système.
Mais ils furent bientôt ébranlés par les pathologistes qui se livrèrent à l'étude des maladies spéciales; et on doit dire que M. Brelonneau surtout, en appelant l'attention des praticiens sur les lésions spéciales du tissu muqueux, et en particulier sur la diphthérite et sur la dothinentérie, porta aux doctrines d'Edimbourg et du Val-de-Gràce un coup dont Broussais a cherché vainement à se dissimuler la gravité. Pour M. Bretonneau comme pour nous, les différences dans la nature de la cause apportent dans les maladies des différences bien plus grandes que la variété des organisations.
Pour nous, ce n'est donc plus la quantité d'action du modificateur morbifique qui détermine la nature de la maladie, mais bien la qualité de ce modificateur, comme ce n'est pas la quantité de la semence génératrice, mais sa qualité, qui détermine l'espèce du produit.
La quantité ne donne pour résultat que le plus ou le moins; la qualité donne l'espèce.
Il n'est plus aujourd'hui de pathologiste, si entêté qu'il soit d'une doctrine dichotomique, 'qui pourtant n'admette quelques maladies locales ou générales dans lesquelles on constate quelques formes si constantes, si invariables, que l'on se voit forcé de reconnaître l'importance de la qualité du modificateur ; mais ces maladies sont pour eux les moins nombreuses; pour nous, elles sont les plus fréquentes.
Et d'abord, dans les maladies spéciales se rangent, sans exception, toutes les affections contagieuses. C'est de celles-là qu'on peut dire à juste titre qu'elles se sèment de graine, et que par conséquent elles retiennent nécessairement de la qualité de l'agent générateur. Or les maladies contagieuses sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne l'imagine communément, et bien des affections catarrhales que l'on regarde comme fort simples et fort ordinaires se transmettent de l'homme malade à l'homme sain.
Que si nous excluons l'idée de contagion, et si nous jugeons la maladie par ses phénomènes locaux et généraux seulement, nous verrons que la classe des affections spéciales prendra tout de suite une telle étendue qu'elle remplira la plus grande partie du cadre nosologique.
En ne prenant ici pour exemple que les modificateurs dont il est le
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plus facile de constater les effets, nous voyons que les agents chimiques appliqués au corps de l'homme produisent chacun un action spéciale. Ainsi, les chlorures d'or, d'arsenic, de zinc, d'antimoine ; le feu, la potasse, la soude, la chaux; les acides nitrique, sulfurique, hydrochlorique, fluorique; les sels d'argent, de cuivre, de mercure, etc., etc., exercent sur la peau une action tellement différente, que l'on peut, avec quelque habitiîde, reconnaître le modificateur à la manière dont il se comporte avec les tissus comme agent physique ou chimique, ainsi qu'à la forme de la réaction locale qui succède à l'application du modificateur.
Ici, évidemment, on ne peut arguer de la quantité d'action de l'agent perturbateur ; car l'expérience démontre que jamais, avec le nitrate d'argent, par exemple, on ne fera ce que l'on peut faire avec le beurre d'antimoine ; et cela, quelles que soient les doses que l'on emploie d'ailleurs. Que cela tienne aux qualités chimiques des deux modificateurs et h la façon dont ils se combinent avec les parties, peu importe, pourvu qu'il y ait différence, et différence constante.
Si, maintenant, nous examinons les poisons, nous les voyons agir chacun à sa manière, et tellement à sa manière, que le plus léger examen suffit presque toujours pour distinguer la nature du poison. Certes, il n'est pas de toxicologiste un peu exercé qui ne distingue l'intoxication par l'opium de celle qui suit l'ingestion de la straraoine, de la vératrine, de la strychnine ; qui ne saisisse les différences qui séparent les effets du plomb de ceux du mercure, du cuivre, de l'arsenic; qui ne constate la diversité des accidents qui suivent l'absorption du venin du crotale, de la vipère, du scorpion, de la tarentule, de l'abeille, du chien hydrophobe, de l'animal charbonneux.
Ici, h chaque cause un effet spécial, c'est-à-dire un effet caractérisé par une forme particulière qui se reproduit toujours comme les caractères spécifiques d'une série d'individus constituant une espèce dans un genre commun.
Que dire maintenant des virus varioleux, vaccin, scarlatineux, morbilleux, syphilitique, qui n'ait été dit partout et répété à satiété?
Ce que nous voyons pour l'homme, nous le voyons pour les animaux, nous le constatons pour les plantes elles-mêmes, dont l'organisation est si inférieure ; et, dans leurs désordres pathologiques, les plantes restent encore comme témoignage puissant de l'influence de la qualité de la cause dans la forme de la maladie. Nous voyons, en effet, les insectes qui blessent les feuilles ou les tiges des plantes provoquer, au point de contact, des exubérances morbides, dont le caractère univoque rappelle l'agent de la blessure ; ainsi, telle forme de galle succède à la piqûre de tel insecte, et avec une telle constance, que le naturaliste exercé juge toujours à la forme, à la couleur, au volume de la tubérosité, quel est l'insecte dont la larve y est contenue.
Ces questions ne sont pas oiseuses ; elles serviront à constater la spécificité de durée, grand point de la Médication substitutive.
MÉDICATION IRRITANTE SUBSTITUTIVE.
Dans tous les exemples que nous venons de prendre, il y aurait une flagrante absurdité à attribuer les effets seulement à la quantité et non à la qualité de la cause. Il est en effet aussi impossible, quelque quantité de virus variolique que l'on applique au corps de l'homme, de provoquer les symptômes de l'hydrophobie, que de faire avec des escharotiques une eschare qui se comporte comme celle de la pustule maligne.
Mais s'il est absurde de refuser à la qualité de la cause une papt immense dans la forme des effets, il est presque aussi ridicule de vouloir exclure la quantité de la cause de toute participation à la production des effets. La quantité, c'est-à-dire le plus ou le moins dans la cause, a une grande influence sur l'intensité des effets, mais elle ne peut les faire différents quant à leur nature intime.
Jusqu'à présent nous sommes descendus de la cause aux effets. La cause bien connue, bien appréciée, sinon dans sa nature intime, du moins dans les temps de son application au corps du malade, il a été facile de la suivre dans les jeux de réaction qu'elle a sollicités dans l'organisme, et la forme spéciale de ces phénomènes secondaires a pu être aisément constatée. Si toutes les causes étaient aussi saisissables, il n'y aurait aucune difficulté, et la spécialité serait aisément démontrée pour presque toutes les maladies : mais pour un grand nombre d'affections, la cause est inconnue, l'effet seul est présent, et il faut alors remonter de l'effet connu à la cause inconnue.
Or, remarquons que la spécialité d'une maladie est aussi bien prouvée par l'invariabilité de ses formes, indépendamment des causes qui l'ont produite, que si l'on avait connu en même temps l'effet et la cause.
Les causes de la plupart des maladies qui se révèlent par des troublesfonctionnels du côté du ventre, nous sont parfaitement inconnues ; mais ces troubles fonctionnels, les lésions qui s'y rattachent ont une forme si invariable, que nous arrivons tout aussi vite à l'affirmation de la spécialité.
Entre le choléra asiatique, la dysenterie, la dothinentérie, il y a des différences si tranchées, et les symptômes qui les accompagnent sont tellement positifs, que les médecins les moins expérimentés les distinguent l'un de l'autre, et la possibilité même de cette distinction implique l'idée de la spécialité ; car il n'y a distinction possible que s'il y a des caractères spécifiques, et la constatation de ces caractères établit par cela môme la spécificité.
Or, pour les trois maladies dont nous venons de parler, ce n'est certes pas par la quantité phénoménale, c'est-à-dire par l'intensité de chacun des symptômes, que le caractère de l'affection se juge, mais bien par la qualité, c'est-à-dire par la forme spéciale de certains phénomènes, indépendamment d'ailleurs de leur intensité.
Quoi qu'on fasse en effet, on ne fera jamais d'une dothinentérie an choléra asiatique, d'une dysenterie un choléra nostras, quelle que soit d'ailleurs la gravité de ces maladies diverses. Chacune conservera ses
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traits distincts, ses caractères spécifiques. De la constance des effets, il est philosophique de conclure à la constance des causes. Et il n'est pas, en effet, plus logique de présumer une cause identique pour le choléra et la lièvre jaune qu'il ne l'est d'attribuer à l'action du même virus la variole et la scarlatine.
Les sectateurs de Brown et de Broussais, après s'être longtemps débattus contre les arguments pressants qui ruinaient leur doctrine dichotomique, se sont vus forcés enfin de reconnaître les maladies spéciales; et, comme si, en admettant ce seul principe, leur système n'était pas détruit, ils ont voulu essayer encore de concilier la doctrine des spécialités avec leurs théories étroites.
Qu'importe à Brown que la variole soit ou non une maladie spéciale? Il n'en tient compte. C'est une affection sthénique ou asthénique, c'est la ■seule chose qui l'occupe; d'oii l'indication de stimuler ou de débiliteF.
Pour Broussais, il en est de même : qu'importe après tout que le choléra diffère par ses formes de la dothinentérie? ce n'est, en définitive, qu'une irritation du tube digestif qui éveille des sympathies différentes. L'irritation est le phénomène commun, culminant ; c'est lui seul qui est sérieusement en cause, il domine tout, de lui seul ressortent toutes les indications thérapeutiques.
Telle est l'objection de Broussais, que nous n'avons pas atténuée, que nous avons laissée avec toute sa puissance, mais qui ne nous en paraît pas moins faible.
Sans doute, et nous le confessons franchement, presque tous les modificateurs qui s'appliquent au corps de Thomme suscitent localement une réaction commune que l'on est convenu d'appeler inflammation ou irritation. Toute la question se réduit à savoir si ce phénomène commun a vraiment l'importance pathologique qu'on lui accorde. Sans doute, la pustule maligne et le furoncle, la variole et l'impétigo, le chancre syphiU tique et l'herpès préputial, la laryngite aiguë et le croup, la dothinentérie et l'embarras gastrique, l'ophthalmie catarrhale et l'ophthalmie blennorrhagique, la dartre rongeante et le varus sébacé, ont pour caractère commun l'inflammation, comme la douce-amère et le datura stramonium, la chélidoine et le pavot, l'églantier et le laurier-cerise ont des caractères communs, puisqu'ils se rangent dans les mêmes familles naturelles; mais quel médecin, quel naturaliste, seront assez insensés pour n'attacher qu'une importance secondaire aux caractères spécifiques qui jouent ici un rôle si puissant?
Écoutons M. Bretonneau : « L'obstination d'un médecin, » dit cet excellent praticien, « qui persiste à ne voir dans le catarrhe bronchique et dans l'angine pelliculaire que deux nuances peu importantes de la même affection, n'équivaut-elle pas à celle d'un naturaliste qui soutiendrait que la vipère n'est qu'une variété de la couleuvre, et qui, apportant en preuve de son opinion la similitude du mode de circulation et celle des caractères génériques seulement, regarderait les écailles ou les plaques qui re-
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couvrent la, tête, l'absence ou la présence des crochets à venin, comme des différences peu importantes ? Qu'objecter cependant à l'antagoniste des distinctions, lorsque, à ses yeux fascinés par la prévention, une vipère et un serpent à sonnettes ne sont que des couleuvres exagérées ? Quel parti prendre? Insister sur la différence des effets que produisent les morsures de ces reptiles, et, en attendant que la vérité éclate à luis les regards, se hâter, si une blessure envenimée vient d'être reçue, d'enlever la cause d'une grande maladie en retranchant la petite portion de tissu vivant que le venin a pénétré. » (Bretonneau, Notes inédites sur les Phleamasies spéciales.)
C'est à dessein que nous nous sommes appesantis sur la question de la spécificité des maladies, parce que cette question domine la pathologie, et que nous ne pouvions bien faire comprendre la Médication substitutive si préalablement nous n'avions bien établi ce grand principe pathologique, qu'à l'action de chaque modificateur répond une modification spéciale.
En effet, tous les modificateurs irritants déterminent une irritation dont l'intensité, dont la gravité, en tant que lésion locale et générale, sont subordonnées à leur nature môme, abstraction faite de la prédisposition du sujet. Le pathologiste attentif peut donc calculer jusqu'à un certain point la portée de l'agent irritant, et quand il ne peut saisir la cause, il peut néanmoins, par l'expérience et par l'application de la statistique médicale^ apprécier la durée probable, la gravité d'une phlegmasie. Il voit que telles phlegmasies ont une marche nécessaire et en quelque sorte fatale, qu'elles naissent, croissent et se terminent en un temps déterminé, qu'elles ont, en quelque sorte, une vie comme les plantes et les animaux; que d'autres, incertaines dans leur durée, tantôt ont une existence éphémère, tantôt se prolongent invinciblement jusqu'à la dissolution de la vie, tantôt apparaissent et disparaissent sans que rien de régulier se voie dans leur marche.
Il en résulte que, pour un médecin vraiment savant, la durée probable et la marche naturelle des maladies sont à peu près connues. Cette notion japlus importante pour le thérapcutiste, celle sans laquelle il ne peut avec philosophie se livrer à la moindre expérimentation, est pourtant celle que l'on néglige le plus dans les études cliniques. C'est celle qui a manqué essentiellement et qui manque encore à tous les médecins homœopathes.
La marche et la durée d'une phlegmasie connues, s'il était possible de mettre en contact avec le tissu enflammé un modificateur irritant luimême qui changeât le mode d'irritation existant et qui abrégeât la durée de la maladie, n'aurait-on pas, par cette substitution, rendu un grand service thérapeutique ?
Or, les choses se passent-elles ainsi ? Évidemment, oui. Une phlegmasie occupe la membrane muqueuse oculaire : un collyre avec le sublimé, le nitrate d'argent, le calomel, le précipité rouge, tout en irritant pour un instant la partie déjà enflammée, guérit pourtant l'inflammation existante.
Le fait une fois constaté, il s'agit d'en étudier les lois.
MÉDICATION IRRITANTE SUBSTITUTIVE.
Et d'abord, bien que la substitution puisse s'exercer médiatement, c'est-à-dire par l'intermédiaire des organes d'absorption et sur les tissus avec lesquels les agents irritants ne sont pas en contact direct, nous ne considérons cependant ici que la substitution directe, c'est-à-dire celle qui s'exerce par les modificateurs irritants appliqués directement sur les. tissus irrités.
La première notion que le médecin doit chercher à acquérir, c'est celle de la gravité et de la marche naturelle de la maladie ; nous avons déjà insisté sur ce point. Cette notion acquise, il reste à constater l'influence du modificateur thérapeutique ; car, avant tout, il faut que la maladie substituée ne soit pas plus grave que celle que l'on a voulu remplacer. Il est bien évident, par exemple, que les agents qui détruisent les tissus par leur action chimique ou physique sont merveilleusement aptes à faire disparaître les lésions qui siègent sur ces tissus; mais détruire n'est pas guérir, et si quelquefois le médecin est forcé de recourir à d'aussi puissantes ressources, c'est quand l'affection locale a une gravité et une incura. bilité telles que la destruction du mal et du tissu malade est indispensable.
Toutefois, l'action du modificateur thérapeutique ne peut guère se préjuger, et à l'expérience seule il appartient de prononcer sur la manière dont les propriétés vitales réagissent contre la cause irritante. 11 semble, en effet, qu'entre la chaux vive qui escharifie en quelques minutes et le beurre d'antimoine qui agit avec plus de lenteur, il y ait une différence notable, et on serait tenté de croire que l'action de la chaux sera plus douloureuse que celle du chlorure : l'expérience démontre le contraire ; et dans beaucoup de phlegmasies locales, que l'on est convenu d'appeler spontanées, et qui, en définitive, ne diffèrent des autres que par des conditions tout à fait indépendantes de la cause elle-même, cette difficulté de juger se présente encore. Au début de deux angines, dont l'une se révèle par une légère phlegmasie locale accompagnée d'exsudation membraneuse et qui est à peine fébrile, et l'autre par l'appareil inflammatoire le plus énergique et une puissante réaction générale, il semble naturel de croire que la plus grave est celle qui frappe avec le plus de violence ; et cependant, tandis que celle-ci entraîne à peine autre chose qu'une incommodité de plusieurs jours, l'autre, au contraire, tue presque toujours, par la nature septique et délétère de son principe.
Ce n'est, en effet, ni par la nature de la douleur ni par l'ordre d'apparition, par la rapidité du développement des phénomènes morbides, que se juge la gravité d'une irritation communiquée. Par exemple, en instillant dans l'œil une solution concentrée de tartre stibié, c'est à peine si le patient éprouve un peu de cuisson, tandis qu'en insufflant un grain de poudre de tabac, il survient incontinent une irritation des plus violentes ; mais peu de minutes suffisent pour mettre fin à cet appareil formidable, tandis que, dans le premier cas, l'œil s'injecte lentement, s'enflamme, et bientôt surviennent les phénomènes d'une ophthalmie des plus graves, trop souvent suivie de la perte de l'œil.
Mf
MÉDICATION IRRITANTE SUBSTITUTIVE.
La gravité et la marche des phlegmasies thérapeutiques, s'il est permis de nous exprimer ainsi, ne sejugent donc qu'expérimentalement, comme celle des phlegmasies pathologiques.
Ainsi, avant de mettre en œuvre la Médication substitutive, nous devons connaître la portée de nos armes thérapeutiques.
Pour les agents irritants, il en est dont la portée est très-courte, c'està-dire qui déterminent des phénomènes, lesquels disparaissent rapidement : tels sont par exemple, le nitrate d'argent, le sulfate de zinc, le nitrate de mercure, le calomel, les chlorures alcalins ; d'autres dont les effets sont beaucoup moins fugaces : tels sont les cantharides, le tartre stibié, l'arsenic, les caustiques puissants, la moutarde, les euphorbiacées, les renonculacées, les colchicacées.
Or, comme il faut toujours proportionner l'intensité d'action de l'agent substituteur à la phlegmasie que l'on veut combattre, il s'ensuit qu'il serait ridicule de combattre des lésions superficielles avec les agents de la seconde série, tandis qu'au contraire, l'indication de ces mêmes moyens ressort dans les lésions de tissu graves, profondes ou chroniques. Ainsi, la pustule maligne, le bouton varioleux, se détruisent sous l'influence d'un caustique, et le carcinome superficiel de la peau, aggravé par les irritations superficielles, est détruit par les caustiques qui emportent toute l'épaisseur du derme, ou par des irritants qui, tels que l'arsenic, ont une action profonde et longtemps prolongée.
Quand on veut proportionner l'action substitutive à l'irritation existante, deux écueils sont également à éviter : rester en deçà, aller au delà.
11 y a, en général, peu d'inconvénients à rester en deçà du but ; et l'on peut même, en suivant cette prudente voie, arriver à un résultat aussi .•ivantageux, pourvu qu'on ait le soin de soutenir l'action thérapeutique et de la renouveler. Soit une blennorrhagie urétrale que l'on veut guérir par des injections de nitrate d'argent, en commençant par une dose faible; 1 centigramme de nitrate d'argent pour 30 grammes d'eau distillée détermine une irritation thérapeutique légère qui ne dominera pas la phlegmasie syphilitique, mais qui se substituera à celle-ci seulement pour une partie; de sorte que si nous nous servions d'une formule (ce qui est loin d'être exact), nous aurions une irritation blennorrhagique représentée par 10, une irritation substitutive représentée par 2. La substitution n'étant pas proportionnelle à la phlegmasie locale, celle-ci persistera comme 8 ; mais on conçoit qu'en prolongeant le contact de la solution irritante avec la membrane muqueuse, on compenserait par la durée d'application le peu d'intensité de l'agent substituteur.
Cette méthode est d'autant plus rationnelle qu'il est impossible de connaître à priori la sensibilité des tissus, et qu'il vaut mieux avoir à augmenter l'irritation qu'à la tempérer, lorsque, par imprudence, on l'a exagérée.
Nous disions tout à l'heure que chaque agent substituteur avait une portée qui lui était propre. La durée d'action varie depuis quelques heures
MÉDICATION IRRITANTE SUBSTITUTIVE.
jusqu'à quelques jours, «t cela en raison de la nature intime du modificateur, de la dose à laquelle on l'emploie.
Or, si l'on compare entre elles l'irritation morbide et l'irritation substitutive, on verra que la première, par cela même qu'elle préexiste et que le tissu est profondément modifié par le fait seul de la durée de la maladie, a pris en quelque sorte droit de domicile, et aura d'autant plus de tendance à se reproduire. Que si l'agent substituteur n'a de durée d'action que pour six, douze ou vingt-quatre heures, il pourra bien s'être substitué pendant ce laps de temps à la phlegmasie qu'on avait à combattre; mais si le thérapeutiste lâche pied tout de suite, les accidents primitifs se renouvellent. Pour que la substitution s'exerce efficacement, il faut renouveler l'action substitutive avant que l'effet de l'apphcation topique précédente soit entièrement passé.
Ainsi, quand on traite la dysenterie par des lavements dans lesquels on a fait dissoudre ou du nitrate d'argent ou des sels neutres purgatifs, on tempère, dès les premières injections, les douleurs, les coliques et le flux sanguin; mais, huit ou dix heures après, les accidents reparaissent : le précepte ici est de ne pas attendre le retour des phénomènes dysentériques, mais de renouveler les lavements assez souvent pour laisser toujours le malade sous l'influence de la médication.
En supposant, comme nous l'avons fait jusqu'ici, que tous les sujets sont dans un état identique, et en ne tenant aucun compte des dispositions individuelles, il est évident que l'irritation substitutive sera en raison de la dose de l'agent substituteur. Mais il faut nécessairement tenir compte, et un compte important, de ce que Brown appelait l'épuisement de l'incitabilité ; autrement on userait en vain du même agent irritant.
Suivant Brown, à chaque élément organique, comme à l'économie tout 4intière, est départie une propriété fondamentale, l'incitabilité. Les stimulants développent l'incitation ; mais l'incitation ne peut se développer sans que la capacité d'incitation, ou mieux l'incitabilité, ne s'épuise. Il €n résulte que le rôle du médecin doit être ou de redonner de l'incitabilité par le repos, par l'alimentation, etc., etc., pour que le même stimulant développe toujours la même incitation, ou bien encore d'augmenter l'action de l'incitant pour que l'incitation soit la même, l'incitabilité étant moindre^ En fait, cela revient à dire que les tissus et l'économie s'accoutument à l'action des stimulants divers ; que, par suite de cette accoutumance, ils ne sont plus excités par les mêmes agents qui les excitaient auparavant; que, par conséquent, pour obtenir tous les jours le même résultat, il faut augmenter la force de l'excitant précisément en raison de la diminution de la susceptibilité organique. La conséquence de ces principes est que la dose de l'agent substituteur doit être graduellement augmentée, non pas dans une proportion qui soit la même pour tous les malades et pour toutes les maladies, mais dans une proportion que dirigera toujours l'étude expérimentale de l'irritabilité du malade.
De cette grande loi pathologique de Brown que nous essayions d'indi-
MÉDICATION IRRITANTE SUBSTITUTIVE.
quer tout à l'heure, découle encore une application essentielle de la substitution, si on l'envisage dans les affections aiguës ou dans les maladies chroniques.
Sans contredit, l'habitude de l'inflammation dans un tissu rend ce tissu plus propre à prendre la môme inflammation, mais le rend moins apte à recevoir des impressions étrangères. Ainsi, toutes choses étant égales d'ailleurs, il faudra un agent irritant plus énergique pour opérer la substitution dans une maladie chronique que dans une maladie aiguë, et l'on comprendra mieux encore l'importance de ce précepte si l'on songe que, outre la diminution de l'incitabilité, conséquence nécessaire de la chronicité, nous avons encore à lutter contre une direction longtemps vicieuse des propriétés vitales dans la même partie, et contre une affection qui a jeté des racines bien plus profondes ; tandis que, dans les phlegmasies aiguës, la substitution s'exerce, d'une part, à moindres frais, et, d'autre part, n'aura pas besoin d'être demandée si longtemps.
Ce que nous disions plus haut de la nécessité de répéter l'action substitutive pour ne pas donner à la phlegmasie morbide le temps de reprendre le dessus, mène également à un autre précepte qui n'en est en quelque sorte que le corollaire : c'est que non-seulement il faut répéter cette action, mais aussi la prolonger de manière à faire perdre entièrement au tissu l'habitude de l'inflammation première ; et ce n'est pas pour un jour seulement, mais quelquefois durant quelques semaines, qu'il faudra prolonger l'action des irritants.
Nous avons fait plus haut un précepte de ne jamais enlever d'emblée une phlegmasie ordinaire ; mais quelques médecins plus hardis, après avoir préludé par quelques essais pour tâter la susceptibilité de leurs malades, doublent, triplent, décuplent la violence de l'agent irritant, et remplacent de vive force par une phlegmasie thérapeutique l'inflammation qu'ils avaient à combattre. Cette méthode n'est pas toujours trèssage ; mais autant nous sommes disposés à la blâmer dans les circonstances ordinaires, autant nous voulons en faire un précepte dans les maladies locales dont la gravité peut, en quelques heures, compromettre les jours du malade ou le salut d'un organe. Ainsi, sans tâtonner, devonsnous cautériser au plus vite la pustule maligne et les tissus environnants, et appliquer la pierre infernale sur la membrane muqueuse oculaire envahie par la phlegmasie blennorrhagique.
Il ne faut pas confondre l'irritation substitutive avec l'inflammation morbide, et réciproquement. Il y a inconvénient des deux côtés, mais il faut convenir qu'il y en a plus encore à rester en deçà de la curation qu'à obtenir plus qu'on ne désire. Il suffit, en effet, si la persistance de la phlegmasie tient à la persistance dans l'irritation substitutive, il suffit, disons-nous, de cesser toute médication pour guérir, tandis que si l'inflammation première était encore présente, il faudrait recommencer tout le traitement, si, pour l'avoir un instant cessé, on laissait la phlegmasie reprendre son intensité.
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Essayons pourtant d'indiquer quelques règles à l'aide desquelles on pourra juger si l'irritation qui persiste appartient à la médication ou à l'affection première.
Lorsqu'on applique à un tissu enflammé un modificateur irritant, il est ordinaire ou que les phénomènes inflammatoires soient immédiatement augmentés, ou qu'ils éprouvent une diminution plus ou moins notable. Quel que soit le résultat, il doit être choisi comme point de repère.
Si l'expérience a déjà permis de constater que la sécrétion morbide, la douleur, la démangeaison sont diminuées sous l'influence de l'agent irritant, le retour de ces accidents signalera le retour de la phlegmasie première et la cessation de l'action substitutive. Que si, au contraire, l'agent substituteur est l'occasion d'une exagération notable dans la douleur, dans la sécrétion, dans les démangeaisons, etc., le retour aux phénomènes ordiuaires indiquera la nécessité de recourir de nouveau au modificateur thérapeutique.
Le premier cas est très-facile à juger, mais le second est à ce point difficile qu'il nous semble impossible de se conduire autrement que d'après les données expérimentales dont une longue habitude peut seule faire connaître la valeur.
Dans le plus grand nombre des cas, comme on n'a pas essayé d'enlever d'emblée la phlegmasie, et que par conséquent on ne peut supposer une complète substitution, il suffit de constater après vingt-quatre, quarantehuit ou soixante-douze heures une diminution notable dans les accidents primitifs, pour conclure à l'efficacité de la médication et pour être autorisé à la reprendre : et, bien que les accidents inflammatoires développés immédiatement sous l'influence du modificateur thérapeutique se confondent, de manière à ne pouvoir être distingués, avec ceux de l'irritation pathologique, on n'aura plus à se guider que d'après les résultats de l'expérience et d'après l'analogie ; ces guides, si sûrs en médecine, nous dirigeront avec plus de certitude encore que des règles sujettes à trop d'exceptions.
Le principe Brownien que nous posions, ou, si on l'aime mieux, l'étude de l'influence de l'habitude, mènent encore à d'autres conséquences thérapeutiques. Nous avons vu que l'habitude de l'application des stimulants diminuait l'incitabilité dans la partie, la rendait par conséquent moins apte à être influencée par les agents d'excitation. Il en résulte que, comme moyen prophylactique des irritations locales, l'application habituelle des stimulants est une utile médication. Les femmes le savent bien, qui, pour faire cesser et même pour prévenir les irritations du visage connues vulgairement sous le nom de couperose, se servent habituellement de lotions irritantes avec le sublimé, ou même d'eau simple chargée d'une grande quantité de calorique. Ne voyons-nous pas l'habitude des lavements chauds éteindre la sensibilité, la contractilité, et la faculté sécrétante de l'intestin ? comme l'habitude des aliments de haut goût et des excitants du tube digestif, loin de provoquer des gastrites, jette au contraire la
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membrane muqueuse de l'estomac dans un état d'insensibilité organique qui paralyse toutes ses fonctions. Vérité si admirablement démontrée par Brown, si mal appréciée par Broussais ! C'est ainsi que les artisans qui s'exposent continuellement à l'action d'une vive chaleur, loin d'avoir le teint coloré comme les gens du Nord, par exemple, sont remarquables par leur extrême pâleur : ainsi les cuisiniers, les boulangers, les verriers, les charbonniers, etc., etc. ; ainsi les habitants des pays équinoxiaux. Et les médecins qui s'occupent spécialement de la thérapeutique des maladies cutanées savent tous l'immense parti que l'on tire de l'application du calorique à la peau, non moins comme moyen préventif que comme médication curative.
Jusqu'ici nous avons eu peu d'égard à la cause de la phlegmasie, et nous l'avons traitée comme s'il s'agissait toujours d'une affection de cause externe. Nous n'avons point eu égard non plus à l'état de l'économie. Cette omission, nous l'avons faite à dessein, et personne sans doute ne sera tenté de supposer que nous n'attachons aux causes internes qu'une importance secondaire. Dans la thérapeutique des phlegmasies internes, la curation de la cause occupe quelquefois la place principale; dans d'autres circonstances, cette cause peut être négligée sans inconvénient. Dans la plupart des syphilides cutanées, le traitement interne suffit presque toujours; la médication topique est presque superflue; et, au contraire, pour presque toutes les dartres, le traitement interne est adjuvant, et l'emploi des moyens thérapeutiques directs occupe le premier rang.
Admettant même que la phlegmasie dartreuse procédât d'une cause interne, il ne s'ensuivrait pas que l'on ne dût s'en prendre ultérieurement qu'à cette cause; car la cause peut avoir agi et n'agir plus, et cependant la maladie locale subsister, exactement de même que l'effet irritant peut durer encore longtemps après l'application passagère d'un agent irritant externe.
Le souvenir de la cause interne, si peu active qu'elle puisse être encore, doit entrer pour quelque chose dans le choix du modificateur. Il faudra, en effet, préférer le nitrate de mercure à la pierre infernale dans le traitement des phlegmasies syphilitiques ; les préparations d'iode aux sels de cuivre dans les dartres scrofuleuses, parce que chaque molécule organique est en quelque sorte un microcosme qui représente l'état général.
Les applications de la Médication substitutive topique sont réellement innombrables. On peut dire que la plupart des maladies aiguës et chroniques de la peau, en tant qu'affections locales, ressortissentà cette grande médication ; il en est de même des maladies des membranes muqueuses.
Le traitement de l'érysipèle traumatique par la pommade de nitrate d'argent; celui de l'eczéma aigu par les bains de vapeurs, le sublimé ou les lotions avec l'eau phagédénique; l'usage des emplâtres mercuriels sur la face d'un varioleux ; les lotions, les pommades alcalines, sulfureuses, mercurielles dans la plupart des maladies herpétiques; l'emploi des lotions très-chaudes, des douches do vapeur à une température trcs-élevée,
MÉDICATION IRRITANTE TRANSPOSITIVE.
dans beaucoup d'affections chroniques du derme, sont autant d'applications de la Médication substitutive.
Mais combien plus fréquentes encore sont ces applications dans le traitement des maladies aiguës et chroniques des membranes muqueuses !
L'usage du nitrate d'argent, du sulfate de cuivre, du sulfate du zinc, du calomel, du précipité rouge, de l'eau très-chaude, dans les ophthalmies, dans les maladies de la membrane muqueuse nasale;
L'emploi des acides chlorhydrique, nitrique, du chlorure sec de chaux, du calomel, de l'alun, du sulfate de cuivre, du nitrate d'argent dans les stomatites, dans les angines les plus graves et les plus rebelles ;
Les cautérisations de la partie supérieure du larynx dans le croup, dans la coqueluche ; les inspirations de vapeurs arsénicales^ chlorhydriques, mercurielles, iodées, dans les affections chroniques du larynx et des bronches;
Le calomel, les lavements de nitrate d'argent, de sels irritants, de sulfure de potassium, dans la dysenterie, dans les colites aiguës ou chroniques; les injections si diverses que l'on pratique dans le canal de l'urètre, dans la vessie; peut-être l'action de l'ipécacuanha, des vomitifs, de certains purgatifs dans les phlegmasies gastro-intestinales, celle des balsamiques dans les flux muqueux, sont du ressort de la Médication substitutive.
Cette médication, qui occupe un rang, suivant nous, si important en médecine, ne peut ici qu'être sommairement exposée ; ses applications seront ou ont été étudiées avec plus de détails, en môme temps que l'histoire des médicaments divers qui sont les agents de cette médication.
MÉDICATION IRRITANTE TRANSPOSITIVE.
Quand deux actes physiologiques ou pathologiques d'une certaine valeur s'exercent en même temps, le plus puissant atténue l'autre. C'est l'explication du célèbre aphorisme d'Hippocrate : Duobus laboribus simul obortis, non in eodem loco, vehementior obscurat alterum. Sur ce principe a été fondée la Médication transpositive. Le problème à résoudre était celui-ci : Étant donnée une lésion grave, produire artificiellement, dans un autre lieu, une lésion plus énergique et moins dangereuse, afin d'atténuer la première.
La possibilité de la transposition est subordonnée à des circonstances qu'il est bien essentiel d'indiquer ici, circonstances relatives à la nature, au siège, à l'âge, à l'étendue de la maladie.
Relativement à la nature de la maladie. — Parmi les lésions locales, ilen cstquialtèrentàpeine la texture des organes, et dont la mobilité est telle que la moindre perturbation suffit pour les faire changer de siège. Dans ce cas sont les névralgies qui n'ont point encore amené l'inflammation
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des nerfs, le rhumatisme à son début, les congestions et certaines phleg-
masies de la peau, telles que l'urticaire, la roséole, la rougeole, etc., etc.
D'autres, au contraire, sont caractérisées par une adhérence trèsgrande aux organes, adhérence telle que quelquefois nulle médication ne la peut surmonter. Telle est l'éruption varioleuse, telles sont la plupart des inflammations parenchymateuses , les dégénérescences organiques.
Quelques efi"orts que l'on fasse à l'aide des révulsifs pour arrêter les progrès d'une pneumonie, d'une hépatite, d'une éruption pustuleuse de la peau ou des membranes muqueuses, jamais on n'y parvient ; la maladie suit son cours, à moins que d'autres moyens ne viennent en aide au médecin ; tandis que, dans les affections fugaces dont nous avons parlé plus haut, une irritation appliquée à la peau ou sur une membrane muqueuse suffit souvent pour déplacer l'irritation, que l'on fixe ainsi sur le lieu où l'on vient d'appeler la fluxion thérapeutique.
Relativement au siège de la maladie. — Il est à remarquer que les phlegmasies aiguës des membranes muqueuses sont plus généralement rhumatoïdes ou catarrhales, c'est-à-dire que l'irritation y est passagère, peu tenace, superficielle; tandis que, dans les parenchymes, l'inflammation est plus opiniâtre, plus profonde. Cela tient sans doute à ce que la facilité des sécrétions irritantes sur ces membraaes amène un dégorgement immédiat du tissu, et que, dans les parenchymes, les sécrétions retenues deviennent elles-mêmes cause d'une nouvelle irritation. Quoi qu'il en soit de l'explication, l'expérience démontre que la transposition s'exerce facilement des membranes muqueuses sur la peau ou sur une autre membrane muqueuse. Ainsi, l'angine catarrhale aiguë cède souvent, avec une rapidité extraordinaire, à un vomitif, à un purgatif, à un simple sinapisme : il en est de même de certaines bronchites, des coryzas, des gastrites, des entérites, des colites : c'est que, dans ce cas, l'irritation de la membrane muqueuse était probablement de nature rhumatismale. Ur résultat aussi avantageux ne s'observe pas pour les phlegmasies même légères des parenchymes. La transposition n'est pas facile dans les affections parenchymateuses, si ce n'est lorsque l'irritation n'a pas provoqué plus que de la congestion, ou bien lorsque les symptômes aigus sont déjà dissipés.
Relativement à l'âge de la maladie. — Toutes les phlegmasies n'ont pas, comme l'inflammation varioleuse de la peau, une tendance invincible à la suppuration. Il en est qui peuvent être enrayées sans une extrême difficulté, et qui n'ont pas une marche nécessaire. Aussi, nous ne doutons pas que, dans beaucoup de circonstances, des pleurésies ne commencent et n'avortent tout à fait à l'insu du médecin ; qu'il en soit de même pour la pneumonie, pour le phlegmon des amygdales. Dans ce cas, il ne s'est encore développé qu'une simple congestion sous l'influence ou d'une irritation topique ou d'un état général. Il n'y a pas encore de lésion locale telle qu'il en résulte un grand trouble sympathique : une diarrhée légère