‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 2)Chapitre 105 sur 185 · ORTIE · texte numérisé non relu

ORTIE

Le genre Ortie ( Urlica), qui adonné son Donnons leurs principaux caractères,

nom à la famille d?s Urticées, a été rangé La grande Urlie, ou Orlie dioïque, Ur-

dans la classe des excitants locaux ou ir- lira dioica, L., est une plante dont la tige

ritants. Deux espèces seulement sont em- est tétragone, liaute de 2 a 3 pieds, pu-

ployées en médecine, la grande et la pe- Descente, très-fibreuse; ses feuilles sont

tite, Urtica major et minor. opposées, lancéolées, cordiformes, gros-

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sièrement dentées, moins piquantes que La plupart des espèces du genre Ortie

celles de la petite Ortie; ses Heurs sont produisent l'effet irritant que nous con-

dioïques, herbacées, en grappes pen- unissons, mais & un degré différent. Nous

dantes; ses semences sont oléagineuses, savons que chaque poil de l'Ortie est un

Les jeunes pousses sont comestibles, et canal aboutissant à une cavité pleine d'un

dans toute la France on nourrit les vo- liquide plus ou moins actif; mais nous

tailles avec des pùtées dans lesquelles on ignorons encore quelle est la nature de ce

fait entrer des pousses d'Ortie. principe délétère, qui acquiert souvent,

La petite Ortie, Ortie griéclie ou Ortie dans les plantes des tropiques, une très-

brûlante, Urtica urens. est haute de 12 a grande énergie.

18 pouces; ses feuilles sont opposées, Du reste, les espèces de ce genre ne sont

ovales, portées sur de longs pétioles; les pas les seules plantes qui présentent ces

fleurs sont monoïques, en grappes courtes, poils creux reposant sur des glandes, a la

opposées et auxiliaires. Toute la plante manière des crochets venimeux des ophi-

est couverte de poils très-piquants et brù- diens : on en trouve aussi dans la famille

lants. - des Euphorbiacées, dans celle des Malpi-

La petite Ortie est beaucoup moins ghiacées (Malpighia urens) et dans plucommune que la grande; elle ne croît sieurs autres. Toutes les plantes qui ofguère que dans les jardins et dans les lieux frent cette particularité d'organisation cultivés; l'autre, au contraire (Urtica pourraient produire l'urtication, puisque, diuica) , se rencontre partout, dans les, chose remarquable, le liquide sécrété est lieux incultes, dans les décombres, etc. toujours acre et mordicant.

C'est de YUrtica urens que l'on se sert ordinairement dans la thérapeutique externe.

Urtication. — On entend par urtkalion l'effet irritant produit sur la peau par le contact des Orties. Pour la pratiquer, on fait une petite botte avec les tiges les plus longues de la petite Ortie, et on en frappe légèrement, et à plusieurs reprises, la partie de peau que l'on veut irriter. Presque immédiatement la peau se couvre de larges papules plates, blanches, irrégulières, qui font éprouver une cuisson brûlante et insupportable. Cette éruption, si rapidement développée, disparaît avec la même rapidité, et il faut renouveler l'opération pour rappeler l'exanthème : cependant on observe que la peau, qui avait été violemment stimulée par le premier contact des Orties, cesse de l'être bientôt avec la même facilité, et il arrivera même quelquefois que la troisième ou la quatrième application du remède ne produira plus aucun effet notable. C'est ainsi que les femmes de la campagne peuvent impunément cueillir avec leurs mains des Orties sans en éprouver la moindre sensation douloureuse.

L'urtication a été conseillée pour rappeler les exanthèmes, et en général tontes les fluxions extérieures qui se développaient difficilement ou qui tendaient à disparaître, comme aussi dans tous les autres cas où il importait de faire rapidement de la peau le siège d'une fluxion dérivative énergique.

Ainsi, Celse et Arétée conseillent l'urtication dans le coma, la paralysie [De re medicâ, lib. 3, cap. 27. — Curât, acut., lib. 1, cap. 2). D'autres médecins l'ont pratiquée sur les cuisses pour rappeler le flux menstruel [Bull, de Férussac,t. IX, p. 77). On l'a encore conseillée dans l'anaphrodisie.

Dans les diverses épidémies de choléra que nous avons eu à subir, un certain nombre de médecins, surtout daus les campagnes, ont eu recours

à l'urtication dans la période algide. Quand la peau conserve encore delà sensibilité et qu'il n'y a pas algidité complète, ce moyen a pu produire quelques bons effets; mais on l'a vanté d'une manière ridicule, et, en somme, il ne vaut ni plus ni moins que la plupart des autres irritants du système cutané.

RENONCULACÉES.

Beaucoup de plantes de la famille des Renonculacées exercent sur la peau une action irritante fort énergique. Les espèces qui composent les genres Clematis, Arumone, Ranunculvs (Linné), sont les plus actives. Parmi elles nous mentionnerons le Ranunculus sceleratus. On l'a conseillé en cataplasme pour résoudre les engorgements ganglionnaires et 1 es abcès froids.

Le Clematis vitalba (herbe aux gueux) doit son nom vulgaire à l'usage qu'en font les mendiants pour produire sur leurs membres de larges ulcérations de mauvais aspect qui excitent la commisération publique.

Cette action, dit M. Leclerc [Essai sur les E pispastiques . — Journal des connaissances médico-chirurgicales, t. III, p. 91), est analogue à celle de la moutarde; elle s'exerce profondément, en même temps qu'elle détermine assez rarement le soulèvement de l'épiderme. L'inflammation qu'elle suscite s'étend à toute J'cpaisseur de la peau et au delà.

Ces végétaux doivent leurs propriétés irritantes à une huile volatile, acre, qui s'obtient difficilement par la distillation ; ce principe irrite la membrane pituitaire, excite le larmoiement, et présente une grande analogie avec celui de quelques liliacées et des crucifères, notamment avec celui du raifort. Il se dissipe par la dessiccation, en sorte que les Renonculacées sèches n'ont, pour ainsi dire, aucune propriété irritante, et que les bestiaux peuvent alors s'en nourrir impunément.

A défaut de moutarde, on peut employer ces diverses plantes contuses et réduites en une masse pulpeuse, qu'il n'est pas nécessaire d'appliquer à nu, et qui agit très-bien entre deux linges.

La Clématite est fréquemment, employée en Hollande comme diurétique dans le traitement des hydropisies. Sur ces données, un médecin de Liège, M. Sauveur, a employé la graine de clématite en infusion clans deux cas d'albuminurie symptomatique de la maladie de Bright. Sous cette influence, une diurèse abondante s'établit, la quantité d'albumine des urines diminua de jour en jour et l'hydropisie disparut, dit-on. (Gaz, mcd.-chir.de Liège, nov. 1864.)

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