POIX. TÉRÉBENTHINE
Enfin il nous resterait à parler de la Poix de Bourgogne et de la Térébenthine comme excitants locaux; mais nous en traiterons au chapitre des Excitants, dans le deuxième volume.
RÉSINE DE THAPSIA GARGANICA.
Cette Résine, obtenue par l'action de l'alcool bouillant sur l'écorce de la racine du Thapsia Garganica (ombellifères), très-commune en Algérie, a été indiquée par MM. Reboulleau et A. Bertherand en 1837. Le premier de ces médecins a fait préparer avec cette Résine un sparadrap vésicant, d'une belle couleur jaune, luisant et très-adhésif; il détermine sur la peau une rubéfaction accompagnée d'une éruption miliaire très intense, analogue à celle qui résulte de l'application de l'huile de croton tiglium.
Sparadrap révulsif de Thapsia.
Sparadrap d'emplâtre de Thapsia.
{Sparadrap cum résina Thapsiœ.)
Pr. : Cire jaune 4-20 grammes.
Colophane ISO
Poix blanche liiO
Térébenthine cuite 130
— de mélèze ...... 60
Glycérine S0
Miel blanc 50
Résine de Thapsia 7a
Faites fondre ensemble les cinq premières substances, et passez-les à travers un linge. Entretenez-les liquéfiées sur un feu très-doux, et ajoutez la glycérine, le miel, et la résine de Thapsia obtenue en consistance de miel. Lorsque le mélange sera bien homogène, étendez sur des bandes de toile, comme pour le sparadrap ordinaire.
On entend par Médicaments irritants les agents qui déterminent une irritation sur les points avec lesquels ils sont en contact ;
Par Médication irritante, la science des effets physiologiques de ces médicaments et des rapports de ces effets physiologiques avec les indications thérapeutiques qu'ils sont appelés à remplir.
Nous diviserons la Médication irritante en quatre sections : Médication irritante substitutive, transpositive, spoliative, excitative.
MÉDICATION SUBSTITUTIVE.
La doctrine homœopathique, considérée dans l'idée générale sur laquelle elle repose, ne mérite certainement pas le ridicule que les applications thérapeutiques des homœopathes lui ont valu.
Lorsque Hahnemann émit ce principe thérapeutique : Similio. similibus curantur, il prouva son dire en l'appuyant sur les faits empruntés à la pratique des médecins les plus éclairés. De toute évidence, les phlegmasies locales guérissent souvent par l'application directe des irritants, qui causent une inflammation analogue, inflammation thérapeutique qui se substitue à l'irritation primitive.
Ce qui était vrai des maladies locales et des agents topiques l'était certes beaucoup moins pour des affections générales et des remèdes généraux ; mais Hahnemann, ébloui par la vérité d'une idée qu'il avait entrevue et formulée, s'exagéra bientôt, comme tous les novateurs, l'importance de sa découverte.
Ses disciples, comme il arrive toujours, débordèrent bientôt le maître, et l'entraînèrent dans leurs idées exagérées ; et, le mysticisme germanique venant bientôt s'y mêler, la thérapeutique homœopathique devint à ce point singulière qu'elle dut avoir de nombreux partisans ; car il n'est idée si absurbe qui ne trouve des médecins pour la soutenir et des malades qui se jettent au-devant de l'expérimentation. L'homœopathie a eu sa vogue à Paris comme partout ; il n'est guère de praticien à qui elle n'ait valu quelques infidélités; mais aujourd'hui que l'engouement est passé, et qu'il n'y a plus de courage à entrer dans une lutte facile contre un ennemi désarmé par le ridicule et par l'insuccès, essayons de constater ce
MÉDICATION IRRITANTE SUBSTITUTIVE :.:::
qu'il y a eu de véritablemenl pratique, non dans les rêveries thérapeutiques de hi vieille homœopathie, mais dans le premier jet si/, ai de la tèle cL'Hahnemann encore jeune.
Quand une cause morbifique est appliquée au corps de l'homme, elle détermine des effets qui sonl nécessairement en rapport avec la nature de la cause qui agit, et avec l'état de l'économie qui subit l'impression.
Nature de la cause. — Suivant Brown et Broussais, il n'existe qu'une cayse morbifique, l'application des excitants au corps de l'homme. Toute cause n'agit que par le plus ou moins d'excitation qu'elle provoque; excitants comme cause, excitation comme effet : c'est à peu de chose près ce à quoi se réduit la doctrine pathologique de ces deux grands novateurs. La différence d'intensité de la cause, la différence du mode de réaction de l'économie, sont la source des innombrables différences des formes maladives. L'interprétation différente que Brown et Broussais ont faite des jeux de la réaction a été cause de la prodigieuse différence des conclusions thérapeutiques auxquelles ils sont arrivés, chacun de son côté. Et cependant l'idée fondamentale de leur doctrine est identique; Broussais l'a reconnu en prenant la proposition synthétique de la doctrine de Brown pour texte de la sienne.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, Brown et Broussais ont admis comme axiome une proposition erronée que rien jusqu'ici ne démontre; et comme toute leur doctrine reposait sur ce fragile édifice, ils ont pu, tout en raisonnant avec beaucoup de rigueur et de logique, arriver néanmoins aux conséquences les plus fausses.
Dire que la vie ne s'entretient que par des stimulants, c'est émettre une proposition dont la vérité semble évidente au premier abord, mais qui, si l'on y réfléchit un instant, paraîtra improuvable.
On ne peut, certes, contester que la vie ne s'entretienne par des modificateurs; c'est là une proposition d'une vérité triviale, mais précisément elle a la trivialité des axiomes, et c'est en cela qu'elle est bonne. Par modificateur et modification, on exprime des faits que l'on ne juge pas; par stimulants et excitation, on substitue un jugement à des faits, et l'on raisonne mal.
C'est une fatale erreur en philosophie de n'attacher aux mots qu'une importance médiocre ; dans les propositions principales, les mots sont sacramentels, et doivent avoir un sens tellement clair, que leur application dans le discours n'arrête jamais l'intelligence du lecteur.
Nous verrons plus bas quelle importance philosophique nous devons attacher aux mots modificateur et modification, et combien les faits se rangent mieux sous eux que sous l'excitation, principe de Brown et de Broussais.
En effet, pour ces deux pathologistes, tout est dans la quantité du stimulus, l'état organique étant supposé identique chez tous les hommes.
Ce qui fait une pneumonie plus grave, toutes choses égales d'ailleurs, 8° éd — t. i. 41
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c'est la quantité du stimulus appliqué au parenchyme pulmonaire. A cette quantité répond exactement une étendue de lésion locale, une réaction proportionnelle. De même pour la plèvre, pour le péricarde, le péritoine, le foie, le cerveau, l'utérus, etc., etc.
On ne peut contester la vérité de ces faits, et c'est leur évidence même qui a séduit et entraîné hors de la voie de la vérité les illustres médecins dont nous ne partageons pas les idées. Or, quand on leur montrait des influences extérieures et physiques, évidemment les mêmes pour tous, amenant des résultats différents, ils invoquaient les différences des organisations, et en cela ils avaient raison.
C'était là une large part des maladies qui rentraient rigoureusement dans la circonscription de leur système.
Mais ils furent bientôt ébranlés par les pathologistes qui se livrèrent à l'étude des maladies spéciales; et on doit dire que M. Bretonneau surtout, en appelant l'attention des praticiens sur les lésions spéciales du tissu muqueux, et en particulier sur la diphthérite et sur la dothinentérie, porta aux doctrines d'Edimbourg et du Val-de-Grâce un coup dont Broussais a cherché vainement à se dissimuler la gravité. Pour M. Bretonneau comme pour nous, les différences dans la nature de la cause apportent dans les maladies des différences bien plus grandes que la variété des organisations.
Pour nous, ce n'est donc plus la quantité d'action du modificateur morbifique qui détermine la nature de la maladie, mais bien la qualité de ce modificateur, comme ce n'est pas la quantité de la semence génératrice, mais sa qualité, qui détermine l'espèce du produit.
La quantité ne donne pour résultat que le plus ou le moins; la qualité donne l'espèce.
Il n'est plus aujourd'hui de pathologiste, si entêté qu'il soit d'une doctrine dichotomique, qui pourtant n'admette quelques maladies locales ou générales dans lesquelles on constate quelques formes si constantes, si invariables, que l'on se voit forcé de reconnaître l'importance de la qualité du modificateur ; mais ces maladies sont pour eux les moins nombreuses; pour nous, elles sont les plus fréquentes.
Et d'abord, dans les maladies spéciales se rangent, sans exception, toutes les affections contagieuses. C'est de celles-là qu'on peut dire ajuste titre qu'elles se sèment de graine, et que par conséquent elles retiennent nécessairement de la qualité de l'agent générateur. Or les maladies contagieuses sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne l'imagine communément, et bien des affections catarrhales que l'on regarde comme fort simples et fort ordinaires se transmettent de l'homme malade à l'homme sain.
Que si nous excluons l'idée de contagion, et si nous jugeons la maladie par ses phénomènes locaux et généraux seulement, nous verrons que la classe des affections spéciales prendra tout de suite une telle étendue qu'elle remplira la plus grande partie du cadre nosologique.
En ne prenant ici pour exemple que les modificateurs dont il est le
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plus facile de constater les elTets, nous voyons que les agents chimiques appliqués au corps de l'homme produisent chacun un action spéciale. Ainsi, les chlorures d'or, d'arsenic, de zinc, d'antimoine ; le feu, la potasse, la soude, la chaux; les acides nitrique, sulfurique, hvdrochlorique, ûuorique; les sels d'argent, de cuivre, de mercure, etc., etc., exercent sur la peau une action tellement différente, que l'on peut, avec quelque habitude, reconnaître le modificateur à la manière dont il se comporte avec les tissus comme agent physique ou chimique, ainsi qu'à la forme de la réaction locale qui succède à l'application du modificateur.
Ici, évidemment, on ne peut arguer de la quantité d'action de l'agent perturbateur ; car l'expérience démontre que jamais, avec le nitrate d'argent, par exemple, on ne fera ce que l'on peut faire avec le beurre d'antimoine ; et cela, quelles que soient les doses que l'on emploie d'ailleurs. Que cela tienne aux qualités chimiques des deux moditicateurs et a la façon dont ils se combinent avec les parties, peu importe, pourvu qu'il y ait différence, et différence constante.
Si, maintenant, nous examinons les poisons, nous les voyons agir chacun à sa manière, et tellement à sa manière, que le plus léger examen suffit presque toujours pour distinguer la nature du poison. Certes, il n'est pas de toxicologiste un peu exercé qui ne distingue l'intoxication par l'opium de celle qui suit l'ingestion de la stramoine, de la vératrine, de la strychnine ; qui ne saisisse les différences qui séparent les effets du plomb de ceux du mercure, du cuivre, de l'arsenic; qui ne constate la diversité des accidents qui suivent l'absorption du venin du crotale, de la vipère, du scorpion, de la tarentule, de l'abeille, du chien hydrophobe, de l'animal charbonneux.
Ici, à chaque cause un effet spécial, c'est-à-dire un effet caractérisé par une forme particulière qui se reproduit toujours comme les caractères spécifiques d'une série d'individus constituant une espèce dans un genre commun.
Que dire maintenant des virus varioleux, vaccin, scarlatineux, morbilleux, syphilitique, qui n'ait été dit partout et répété à satiété?
Ce que nous voyons pour l'homme, nous le voyons pour les animaux, nous le constatons pour les plantes elles-mêmes, dont l'organisation est si inférieure ; et, dans leurs désordres pathologiques, les plantes restent encore comme témoignage puissant de l'influence de la qualité de la cause dans la forme de la maladie. Nous voyons, en effet, les insectes qui blessent les feuilles ou les tiges des plantes provoquer, au point de contact, des exubérances morbides, dont le caractère univoque rappelle l'agent de la blessure ; ainsi, telle forme de galle succède à la piqûre de tel insecte, et avec une telle constance, que le naturaliste exercé juge toujours à la forme, à la couleur, au volume de la tubérosité, quel est l'insecte dont la larve y est contenue.
Ces questions ne sont pas oiseuses ; elles serviront à constater la spécificité de durée, grand point de la Médication substitutive.