‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 2)Chapitre 119 sur 185 · VARIOLE · texte numérisé non relu

VARIOLE

Rigoureusement parlant, spécifique veut dire qui fait espèce. Une maladie spécifique est donc une maladie >}ui fait espèce, qui se comporte comme une espèce naturelle, et peut lui être assimilée. Or, qu'est-ce qu'une espèce ? En zoologie, on la définit : Un type d'organisation, de forme et d'activité rigoureusement déterminé, qui se multiplie dans l'espace et se perpétue dans le temps par génération directe et d'une manière indéfinie. (Hollard, Nouveaux Eléments de Zoologie, Paris, 1839.)

De sorte que le caractère essentiel de l'espèce est la conservation constante d'un type, et sa perpétuation indéfinie par voie de génération directe, dernier trait qui consacre un des faits les plus importants parmi ceux qui fondent l'espèce, savoir, son incommunicabilité. Les espèces sont incommunicables entre elles : c'est un axiome d'histoire naturelle.

Si maintenant nous appliquons à la variole cette notion de l'espèce, nous verrons qu'elle lui convient assez exactement.

En effet, la variole se transmet et se perpétue comme par une véritable génération. Elle est de plus incommunicable, c'est-à-dire qu'elle ne communique pas avec une autre espèce, ne se mélange et ne se confond pas avec une autre diathèse spécifique pour former, par cette sorte d'amalgame, une maladie composée. Au contraire, lorsqu'elle existe chez le même individu avec une autre maladie spécifique, on les voit marcher dans une indépendance complète, comme parallèlement, l'une à

côté de l'autre, sans fusion et sans même se modifier réciproquement en quoi que ce soit. On peut en dire autant de toutes les maladies spécifiques considérées soit en elles-mêmes, soit à l'égard les unes des autres.

Ces espèces ont leurs variétés et môme leurs races. Leurs variétés, ci mime dans les règnes de la nature, sont produites par les circonstances ambiantes, soit propres à l'organisation dans laquelle germent et se développent les virus spécifiques en question, soit dépendantes du milieu qu'habite l'individu, etc. Ces modifications toutes sporadiques semblent véritablement répondre aux variétés zoologiques, qui ne sont en quelque sorte, comme on l'a dit, que des accidents de l'espèce, lesquels, perpétués par la génération, constituent les races. Or, dans les épidémies ou les endémies des maladies spécifiques, on voit ces accidents de l'espèce ou ces variétés se reproduire par la contagion, l'infection ou la communauté d'origine, et former, pour ainsi dire, des races pathologiques ou des accidents de l'espèce, des variétés enfin, conservées et perpétuées pendant un certain temps.

Les varioloïdes, les varioles confluentes, malignes, pétéchiales, etc., sont des exemples qui justifient le rapprochement que nous venons d'essayer.

Il résulte de ces considérations préliminaires, que les fièvres spécifiques provenant d'un germe qu'elles doivent en quelque façon perpétuer, et laissant un privilège d'immunité aux individus qu'elles ont une fois frappés, sont en général semblables à des fonctions naturelles, et qu'elles réclament aussi des méthodes thérapeutiques naturelles.

Par une méthode naturelle, on se propose, en médecine, d'imiter les réactions salutaires de la nature : 1° en les abandonnant h elles-mêmes et entourant l'organisme de circonstances favorables à leur déploiement spontané, lorsque les phénomènes en sont réguliers ; 2° en apaisant leur violence excessive par diverses médications tempérantes destinées à réduire la réaction à un degré compatible avec la conservation de la vie et l'accomplissement de la fonction morbide; 3° en stimulant l'inertie du système nerveux, et le mettant, à l'aide de divers moyens excitants, au niveau des besoins et des nécessités de la maladie, soutenant la fièvre, animant dans une juste mesure les appareils d'élimination, prêtant, en un mot, à l'organisme vivant les forces qui lui manquent pour résister à la maladie, réparer ses pertes et se relever de sa faiblesse.

Dans l'immense majorité des varioles simples et discrètes, les émissions sanguines sont inutiles, et il ne faut jamais tirer inutilement du sang.

Nous savons très-bien que cette maladie est une de celles où l'on peut le moins nuire, précisément à cause de son admirable régularité et de la nécessité prévue de sa marche et de sa terminaison. Chez un sujet bien disposé, présentant un certain degré de réaction, une et même plusieurs saignées dans le cours de la fièvre d'incubation n'auraient pas la puissance d'empêcher l'éruption et d'altérer l'ordre imperturbable des phé-

nomènes. (Quelques sujets d'une complexion faible, laxioiis sanguinis, sont, suivant Sydenham, et nous en avons nous-mêmes été témoins plus d'une fois, exempts de fièvre primaire. L'éruption se fait même après quelques jours d'un léger malaise.) Il n'en serait pas ainsi dans certaines formes graves de la même affection et dans les fièvres exanthématiques érythémateuses appartenant aux groupes dont nous aurons à parler tout à l'heure. Mais encore une fois, la saignée étant inutile à moins d'indications spéciales que nous signalerons, il faut s'en abstenir et conserver au malade des forces dont on n'est pas sûr qu'il n'aura pas besoin plus tard.

Les sueurs abondantes qui accompagnent la fièvre d'incubation sont une raison de proscrire la saignée, car cette circonstance annonce, en général, qu'on n'a pas à redouter une variole confluente.

Il n'y a non plus aucun traitement antiphlogistique à opposer à la racbialgie lombaire, aux douleurs épigastriques et aux vomissements, qui s'apaisent d'eux-mêmes lorsque l'éruption est achevée et même lorsqu'elle commence à se faire.

Il faut bien aussi se garder d'une trop grande précipitation thérapeutique contre un certain degré de somnolence et de stupeur qui est le signal avant-coureur assez fidèle de l'imminence de l'éruption. Nous avons vu ces symptômes effrayer des praticiens, qui se mettaient déjà en devoir de combattre avec énergie une congestion préjugée inflammatoire de l'encéphale, lorsque les premiers signes de la phlegmasie cutanée venaient, en faisant mieux qu'eux, les avertir qu'ils allaient mal faire.

Ce n'est pas que, dans les varioles bénignes, la Médication antiphlogistique ne soit, en quelque sorte, la seule indiquée. Mais cette médication n'a pas pour uniques agents les divers moyens d'évacuer le sang. Le repos, la diète, les boissons délayantes, etc., sont des moyens antiphlogistiques très-puissants. A eux seuls ils suffisent pour mènera bien les varioles régulières, surtout si l'on y joint la méthode rafraîchissante de Sydenham, qui consiste dans le lever quotidien, la déambulation domestique et une ventilation prudente jusqu'au deuxième jour de l'éruption ou sixième de la maladie.

Pour cette dernière précaution, Sydenham prétendait faire plus pour tempérer l'effervescence du sang, la violence de la fièvre et les complications qui peuvent en résulter, que par l'intervention souvent intempestive d'un traitement antiphlogistique rigoureux. Ce grand praticien avait l'art de suppléer par toutes sortes de moyens simples, naturels et efficaces, à l'emploi des saignées, qu'il savait pourtant prescrire à propos avec une louable énergie. C'est qu'il connaissait les opportunités et saisissait Yoccasion fugitive de manière à pouvoir économiser le sang de ses malades. Aussi non-seulement il guérissait, mais il guérissait bien : non tàm cita quàm tutô. Nous reviendrons plus tard sur ce principe général.

Passons aux varioles, où peut être discutée et remplie l'ind:cation de saigner.

MÉDICATION ANTJPHLOGISTIQUE. 683

U faut tout de suite se demandera la variole confluente n'est qu'une variole discrète plus intense et dont l'éruption plus abondante amène la confusion des pustules-, et si, par conséquent, en supposant que la con- Quence pût être prévue sur la fui «le eerlains indices, un traitement anliphlogistique très-actif serait capable de changer la confluence en discrétion, et de remplacer le danger qui s'attache à ce premier état, par la sécurité presque inséparable du second.

L'étude comparée de ces deux variétés de la même maladie repousse formellement une telle hypothèse.

Bien que très-probablement tous les caractères pathologiques qui impriment à la maladie le cachet de la confluence dépendent beaucoup plus de l'état du sujet que de la nature de la cause prochaine ou du virus, il n'en est pas moins vrai qu'il y a entre ces deux sortes de variole une autre différence que celle de l'intensité, et que la dialhèse de confluence provient, sinon d'un état morbide spécifique, au moins d'un état particulier très-distinct de celui qui forme le fond des varioles discrètes et simples. Cet état n'est sans doute relatif qu'à une prédisposition des individus, puisqu'une variole discrète peut communiquer une confluente et réciproquement. Mais il faut dire aussi que delà combinaison de l'état variolique avec cette crase spéciale de certains sujets résulte une maladie composée, tout autrement grave, nous le répétons, par sa nature que par sa violence. Toutefois, il est impossible de ne pas convenir que l'intensité de la réaction, l'abondance de la matière et des produits morbides, la profondeur et l'étendue des lésions, organiques locales, etc., ne concourent, pour une certaine part, avec la nature délétère du virus, à rendre cette affection une des plus funestes parmi celles qu'on appelle aiguës.

On a beau, par un régime et une thérapeutique bien institués, s'opposer autant que possible à la férocité d'une variole confluente, elle n'en garde pas moins tous ses caractères et toute son insidieuse léthalité. On sait que la confluence est suffisamment accusée lorsque les pustules, discrètes et même rares sur toute la surface cutanée, sont néanmoins petites et confondues sur le visage seulement; de sorte que, si l'on voulait comparer l'étendue de la peau enflammée et pustuleuse dans une variole discrète et dans une variole confluente, on pourrait trouver quelquefois que cette étendue est plus considérable dans la première que dans la seconde. Cela est si vrai que Sydenham a observé une épidémie de varioles confluentes sans confluence, c'est-à-dire qui présentaient tous les caractères des confluentes, hormis la confusion des pustules. Celles-ci étaient discrètes, mais très-petites, noircissant promptement, étaient quelquefois remplacées par de larges phlyetènes; et, de plus, la précocité de l'éruption (se faisant au troisième jour), la salivation, la gravité de l'affection inusitée dans les discrètes, etc., se réunissaient pour témoigner que ces varioles étaient de la nature des confluentes malgré la discrétion des pustules.

Ainsi, il faut être bien prévenu que, par la saignée, on ne doit pas se

m MÉDICATION ANTIPHLOG-ISTIQUE.

proposer une chose impossible, savoir la réduction d'une, confluente et bénigne. Nous ne nions pas les avantages de la saignée au début d'un bon nombre de varioles très-intenses et où domine avec excès Vêlement inflammatoire, c'est-cà-dire l'élément individuel, pour parler comme plus haut; mais pour que les émissions sanguines soient indiquées par cette condition, il n'est pas nécessaire que les varioles soient confluentes. Expliquons-nous.

Dans la variole confluente, il y a l'état inflammatoire et l'inflammation, d'où cette maladie tire les caractères individuels par lesquels elle a des points de contact avec toutes les pblegmasies, tous les états inflammatoires. Il y a, en outre, la disposition accidentelle et spéciale de la confluence, en vertu de laquelle cette variole est distincte de toute autre fièvre varioleuse. En troisième lieu, il y a la spécificité, qui, dominant les deux états précédents, peut exister indépendamment d'eux, et qui imprime à la maladie les caractères inaliénables de toute variole.

Or, la saignée n'a rien à faire avec la spécificité, peu de chose avec la disposition accidentelle d'où dépend la confluence, davantage avec l'élément individuel, qui lui fournirait toutefois bien plus d'indications si l'on pouvait, hors de certaines limites que nous allons tracer, l'attaquer sans violer les contre-indications qu'imposent, sous peine des plus funestes périls, l'état de confluence et l'état spécifique.

Il est des varioles discrètes dans lesquelles l'état inflammatoire est exagéré en raison de certaines conditions de saison, de constitution médicale, de régime, de tempérament, etc. La saignée, même répétée, pendant la fièvre primaire, simplifie admirablement la maladie, qui marche ensuite d'elle-même. L'éruption est facilitée, la suppuration moins abondante, la fièvre secondaire modérée, toutes les phases de l'affection abrégées et réduites à leurs plus bénignes proportions. Le sang est fortement couenneux, le caillot volumineux et consistant ; on a ainsi enlevé à la fièvre, à la phlegmasie et à la pustulation, des matériaux qui ne pouvaient qu'aggraver ou prolonger la maladie, et peut-être donner naissance à des complications inflainmatoires fâcheuses. Mais la variole était discrète et simple. Il n'y avait pas entre l'état inflammatoire ou individuel et la diathèse spécifique d'état spécial à considérer.

Or, cet élément spécial d'où naît la confluence, non-seulement n'indique pas toujours la Médication antiphlogistique, mais quelquefois encore il la contre-indique d'une manière formelle. Enfin, dans les cas où il en appelle le plus sincèrement l'emploi, c'est avec une circonspection craintive et toutes sortes de mesures qu'elle veut être appliquée.

Au contraire, dans la variole simple et discrète où domine l'état inflammatoire, on n'a rien h redouter et l'on a tout à gagner. On pousserait jusqu'au superflu et à l'abus les émissions sanguines, que, comme nous le disions, on ne parviendrait que bien difficilement à nuire, à cause de l'espèce de fatalité que l'élément spécifique, lorsqu'il règne seul, imprime à la marche et à la durée de la maladie.

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Lorsque Sydenham ne rencontrait aucun empêchement a faire Iever pendant les six premiers jours les malades affectés de variole con- Ûuente, il ne 1rs saignait pas. car il regardait sa méthode rafraîchissante comme beaucoup plus propre que la saignée à s'opposer à la violence et à la précipitation de l'éruption. Il attribuait les varioles confluentes les plus simples (c'est-à-dire les plus franchement inflammatoires, les moins septiques) à un trop grand échauffement du sang, antérieur à l'infection variolique ou provoqué par un régime incendiaire maladroitement employé pour hâter l'éruption, à une assimilation trop prompte du virus : à prœcipiti iiimi* materiœ variolosas assimilatione ortum dveit, etc. Quibus omnibus modis disponilur sanguis ad excipiendas et intimiùs admittendas morbi impressiones, ijisaijue naturel, ceu furiis agitata, prœ exuberanti materiœ variolosas copia et plenitudine, omnem ferè succorum et carnium molem in exantbemata evomere satagit.

Il avait remarqué, ce qui en effet est remarquable, que dans les varioles confluentes, l'éruption se fait au troisième jour; qu'elle est précédée trèssouvent de diarrhée; qu'à une certaine époque fixe delà maladie, un émonctoire comme supplémentaire s'ouvre au moyen de la salivation, remplacée elle-même à une époque fixe plus reculée par un développement plus complet de l'exanthème dans certains points du corps; qu'on oui iv, lorsque par une bonne thérapeutique on était parvenu à atténuer l'excès de la confluence, l'éruption était retardée d'un jour et les pustules plus larges et moins assemblées.

Or, cette bonne thérapeutique est, pour Sydenham, la dêambulation et la ventilation. La saignée ne lui paraît indiquée que dans les cas où le malade, trop affaibli par l'excès de la fièvre ou de quelque souffrance locale, ne peut absolument quitter le lit. Que fait alors le grand praticien? va-t-il saigner largement coup sur coup? il s'en défie. Une saignée du bras; quelques heures après, un vomitif; ensuite les boissons acidulées, une limonade minérale, pour mettre le malade en état de se lever, de se promener dans l'appartement et de prendre un bain continuel d'air tempéré et toujours renouvelé... On voit à sa précaution de faire vomir presque aussitôt après la- saignée, puis de prescrire la limonade sùlfurique, que Sydenham était préoccupé d'autre chose que de l'état inflammatoire, puisque, après avoir obéi à une indication spoliative, il recourait bien vite à deux antiphlogistiques des plus puissants lorsqu'on redoute un état grave d'agitation fébrile nerveuse et frénétique, ainsi qu'une transformation putride ou purulente du sang.

Dans un autre passage, il n'autorise la saignée au début des varioles confluentes que dans le cas où le sujet est jeune, très-sanguin, ou bien, adonné à l'usage des boissons spiritueuses, souffrant spécialement et violemment de quelque organe, ou bien encore, lorsqu'il est en proie à d'énormes et incoercibles vomissements.

Nous venons de parler des varioles confluentes dans lesquelles la diathèse spéciale donnant lieu à la confluence consiste en une disposition 8e éd. — t. i. 49

phlogistique très-intense du sujet, disposition naturelle ou factice, etc.; et nous avons vu que dans ces cas, les plus favorables de tous au succès de la Médication antiphlogisliquo, il fallait être néanmoins assez réservé sur son emploi. Il est deux motifs de cette réserve qu'il importe de signaler, afin de mieux imprimer dans l'esprit du lecteur toute la gravité du précepte. Nous voulons parler surtout de la fièvre purulente et des morts subites clans le cours des varioles confluentes.

Cela ne veut pas dire qu'il faille s'abstenir de la saignée, et que la saignée produise par elle-même les fièvres purulentes et les morts subites si déplorables dans la maladie qui nous occupe. Nous pensons, au contraire, que l'omission de la phlébotomie peut, comme son abus, attirer sur les malades les périls en question. C'est ici le cas de se rappeler la circonspection craintive que nous recommandions plus haut, et de se tenir dans un sage milieu, d'autant plus que la saignée n'étant et ne pouvant pas être, en ce cas, curative, mais simplement adjuvante, il importe moins qu'on soit attentif à la maladie qu'eà la vie du malade.

Quand on pense, d'une part, à l'altération profonde de toute la substance dans cette horrible maladie ; de l'autre, à la somme de résistance vitale nécessaire pour traverser toutes les phases de cet état nouveau de l'économie et rétablir l'organisation dans sa constitution physiologique, on est étonné que les morts subites et les fièvres purulentes ne soient pas plus fréquentes encore dans le cours des varioles confluentes.

Quelle mission que celle d'un homme préposé en cette conjoncture au maintien d'une unité si dissoluble, et qu'un tel art est vraiment bien plus sérieux qu'on ne le croirait à entendre les modernes Cnidiens qui tranchent la difficulté par des moyennes arithmétiques! Vous comptez des cas de variole continente traités par les émissions sanguines suivant toile ou telle méthode! Mais la statistique vous apprend-elle ce que c'est ([lie l'homme malade? et tel homme malade, la maladie dont il est affecté, etc., etc.? Vous comptez donc des choses inconnues, et vous ne savez pas ce que vous comptez, caria seule méthode que vous admettiez ne peut pas vous l'enseigner. Il faudrait étudier, pour en avoir quelque idée, les choses sur lesquelles votre méthode veut opérer; et quand votre esprit les aura connues, nous discuterons la valeur de cette méthode. Qu'est-ce que l'homme? qu'est-ce que la maladie? premières questions, notions dominantes et fondamentales. Api es cela, pour revenir à notre sujet, qu'est-ce que la variole confluente, etc.? Daignez consacrer quelques années à ces recherches, et vous nous direz ensuite ce que vous pensez de la statistique. Car enfin, il est raisonnable et sensé de savoir ce que l'on compte, et il est par conséquent déraisonnable et insensé de ne le savoir pas. Vous n'avez donc pas compris le sens si juste de ce mot de Broussais : Il n'est pas possible de faire sortir d'un nombre autre chose i/n'un nombre? L'esprit des mathématiques est tout entier dans ce mot. Là, en effet, il n'est pas besoin de s'occuper de la nature de ce que l'on compte.

Nul doute que, d'une manière générale, la Médication antiphlogistique ne soit la base de la méthode curative propre aux varioles conllucntesde l'espèce de celles dont nous parlons maintenant, c'est-à-dire de celles où domine un élément phlogistique très-prononcé, une inllammabilité extrême du sang, et, pour parler comme Sydenham, une précipitation violente et une multiplication considérable de la matière varioleuse par celte constitution si inflammable du sang.

Mais la Médication antiphlogistique n'a pas pour seuls moyens les émissions sanguines. Cette médication consiste dans la modification qu'introduisent dans l'organisme l'application et l'influence des remèdes antiphli igistiques, soit qu'ils produisent cette modification en soustrayant des éléments de nutrition et de stimulation, soit qu'ils la produisent en tempérant les qualités du sang et modérant consécutivement le système nerveux par l'ingestion et l'absorption de substances rafraîchissantes, suit enfin qu'ils atteignent le même résultat par l'éloignement de toutes les causes d'excitations physiques ou morales, etc., etc.

On se propose donc, par la médication dont il s'agit, de substituer une diathèse antiphlogistique à une diatuèse phlogistique. 0. efforce d'introduire et de former dans l'organisme des conditions ;ées à celles d'où naissent l'état inflammatoire et ses effets. En gém ne médication n'est que cela : une sorte de tempérament, de constiU. n artificielle formés par le médecin dans le but de neutraliser une disposition opposée.

Nous convenons sans peine que la saignée est au premier rang des moyens propres à produire la Médication antiphlogistique; mais, encore une fois, ce n'est pas le seul. Certains médicaments diurétiques, quelques purgatifs, les applications tièdes et humides, fomentations, bains, cataplasmes, un air pur et renouvelé souvent, les boissons délayantes, mucilagineuses, acidulés, la diète, le repos, plusieurs médicaments dits sédatifs et tempérants, comme le camphre à petites doses, la belladone, le sel de nitre, la digitale, le laurier-cerise, etc., etc. ; d'autres qu'on nomme altérants, tels que le calomel, les substances alcalines, etc., sont des auxiliaires plus ou moins puissants de la saignée, et sont capables de la remplacer quelquefois, d'en restreindre l'usage souvent, surtout d'en aider l'action.

Or, suivant les cas, le praticien peut et doit choisir entre tous ces moyens d'un même but, entre tous ces agents de la même médicatmr. S'obstiner à ne faire usage que de l'un ou de l'autre, c'est avouer iii pli- ■ citement qu'il n'y a qu'une seule espèce dans les phlegmasies et dan ' îs diathèses inflammatoires. Ainsi, parmi les évacuants antiphlo^' .es, il n'est pas indifférent de choisir, soit la saignée, soit les ca mes,

soit les diurétiques, soit les sudorifiques, soit les sialagogue-

S'il est un-' maladie où il faille ménager l'harmonie et la mee du

système nerveux, certes, c'est la variole confluente. Nous déjà fait

sentir pourquoi; et telle est une des raisons importantes lesquelles

il convient de ne saigner dans ce cas qu'avec une e-'r e réflexion.

Qu'on se rappelle aussi ce que nous avons dit plus haut sur les chances de mort suhite dans cette maladie et sur la nécessité d'une fixité énergique dans les rapports du système nerveux avec les fonctions végétatives, et l'on sentira plus sérieusement encore la nécessité qu'il y a pour le médecin de ne pas compromettre la résistance vitale de son malade par des saignées arbitraires dont l'indication ne soit pas de la dernière urgence.

L'autorité de Sydenham, qu'on n'accusera certes pas de prévention contre la saignée, ajoute un poids considérahle à nos préceptes, et nous ne voulons pas les en priver :

« Et sanciè assero, dit-il, insignissimum ferè omnium quos milti unquàm videre contigit è conflitentium génère morbum, et qui cegram undecimo die jugukwerit , juvenculœ supervenisse ubi primùm à rheumatismo usitatâ illâ methodo copiosœ et iteratœ venesectionis fuerat tiberata. A tque lànc primùm milti innotuit, phlebotomiam non perindb atque ego prias arbitrabar, variolis intra justos limites coercendis conducere : tametsi sœpè numéro observaverim iteratam catharsim, sanguine nondum inquinato, subséquentes variolas lavdabiles et distinctas ut plùrimùm reddidisse. »

La prétention d'exterminer les maladies inflammatoires, de les guérir plutôt vite que bien, entre plusieurs inconvénients fort graves, a le suivant : c'est que, jaloux de guérir plus vite et en moins de jours que tel de. ses adversaires, on épuise ■ en très-peu de temps les avantages d'une méthode, celle des émissions sanguines principalement, et que, si la maladie se permet de parcourir ses phases ultérieures, de présenter des périodes consécutives soit d'exacerbation, soit de transformation nécessaire qui indiquent un nouvel emploi de la saignée, on se trouve en face d'un organisme exsangue, exténué, incapable de supporter de nouvelles pertes et. de se prêter aux exigences de l'art comme de seconder les efforts de la nature.

C'est là encore un des bienfaits de la statistique. On veut opposer h ses adversaires de beaux relevés. Tel médecin guérit telle maladie en dix, en quinze, en vingt-cinq jours; il faut bien prouver qu'on est plus grand médecin que lui. Alors on expédie la maladie en six jours et demi, en huit jours et quart, en treize jours et un tiers ; on fait de la médecine à la course et a l'heure. Le malade, ainsi surmené, arrive, à la convalescence rendu et sur les dents; mais le médecin a distancé son collègue, . et peut, les chiffres en main, démontrer par-devant une académie quelconque la supériorité de sa méthode.

Sydenham n'usait pas ainsi ses ressources, et il les retrouvait dans le besoin. 11 se ménageait habilement, dans la variole confluente, la facilité d'une saignée, tout au début de cette troisième manifestation fébrile qui constitue la fièvre de suppuration, et qu'il recommandait de bien distinguer delà fièvre concomitante de l'inflammation péripustuleuse. Elle s'élève vers le onzième jour chez les hommes robustes, et vers le seizième ou le dix-septième chez les sujets débiles.

MÉDICATION AXTIPIlLOfilSTIQUE. GGO

C'est vers le onzième jour, on effet, que surviennent ces morts inopinées dont nous avons parlé plus haut. Cette fièvre souvent mortelle, dit Sydenham, n'est ni celle du début, ni celle de l'inflammation éliminatrice; c'est une fièvre inflammatoire et putride de résorption.

Dès que cette fièvre apparaît, il dit ne rien connaître de mieux qu'une saignée de 3 ou 400 grammes, suivie d'un purgatif et de l'administration continuée des parégoriques; puis en mémo temps il alimente très-légèrement et conseilla .les boissons vineuses.

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