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En pénétrant dans l'intimité de chaque appareil, les vaisseaux en deviennent partie essentielle, et leurs propriétés se diversifient alors nécessairement en raison des fonctions que cet appareil remplit. Chacun d'eux a donc son système circulatoire qui peut éprouver ces affections propres, indépendantes jusqu'à un certain point du système général de la circulation. Tel est le sens physiologique de la grande observation de Stahl.
Dans la doctrine de la vie particulière des organes ébauchée par Van Helmont, et rajeunie par Bordeu, qui n'en a point généralisé les principes et n'a pu dès lors en tirer toutes les conséquences, chaque organe est envisagé comme un petit tout, une espèce d'animal vivant de sa vie propre, et qui a son appareil circulatoire distinct, comme l'ont deux animaux différents.
Pour appliquer cette conception aux espèces zoologiques supérieures, il faut la modifier, et dire que cette multitude de systèmes vasculaires propres à chaque organe n'a pourtant qu'un centre et qu'un régulateur unique, lequel a pour fonction d'assurer l'harmonie et l'unité du système général. Mais, dans les espèces inférieures, cette action n'a pas besoin d'être beaucoup modifiée ; elle est presque vraie dans sa rigueur. Les travaux de MM. Edwards, Quatrefages, etc., sur l'appareil vasculaire des mollusques, démontrent une sorte de circulation fédérative dans ces animaux. Chaque organe a un centre circulatoire et des vaisseaux dont la composition anatomique varie. Ces différences organiques correspondent à des différences fonctionnelles. M. le docteur Charles Robin nous a dit que, chez les poissons eux-mêmes, la texture et la forme des vaisseaux varient singulièrement suivant les organes, de manière à constituer autant de petits appareils vasculaires comme indépendants. D'ailleurs, les anatomistes n'ont-ils pas observé que, chez l'homme, les vaisseaux capillaires affectent, dans leurs dernières ramifications au sein des organes, une foule de dispositions et de dessins variables très-déterminés et très-constants pour chacun d'eux? L'anatomie, la physiologie, la pathologie se réunissent donc pour donner des congestions ou des pléthores partielles une théorie toute différente de celle qu'on enseigne vulgairement, et dont chacun se contente sans savoir pourquoi.
Les saignées capillaires pratiquées dans le cas de congestion simple ou inflammatoire de l'organe n'ont de sens que dans notre théorie, et n'en ont par conséquent aucun dans le système de la circulation Harvéienne. De ce dernier point de vue, les saignées générales sont les seules légitimes et doivent être les seules salutaires. Aussi, lorsque l'iatromécanique régnait systématiquement sur la thérapeutique, on ne pratiquait que la phlébotomie. Les saignées capillaires sont au système vasculaire d'un organe ce que les saignées générales sont au grand appareil circulatoire. Leurs effets respectifs sont également les mêmes. Aussi Broussais étaitil conséquent avec lui-même, quand, partisan de la localisation primitive
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des maladies, il accordait beaucoup plus de place dans sa médecine aux saignées locales qu'aux générales.
Chaque département organique du grand appareil circulatoire esl, vis-àvis de cet appareil, dans les mêmes rapports de dépendance et d'indépendance relatives où nous avons vu le grand appareil de la circulation luimême vis-à-vis de tous les autres appareils et de celui de la digestion en particulier.
Il est des personnes chez lesquelles les congestions ou les pléthores partielles peuvent exister durables et intenses sans que le système général de la circulation s'ébranle et entre en sympathie ; d'autres chez qui cette association se fait avec la plus grande facilité. Réciproquement, certains sujets ne peuvent éprouver la moindre émotion fébrile ou la moindre surexcitation de l'appareil général de la circulation, sans qu'à l'instant les appareils vasculaires spéciaux d'une foule d'organes soient saisis de pléthores fébriles locales qui compliquent la fièvre générale d'un plus ou moins grand nombre de congestions. Celles-ci peuvent présenter des indications spéciales indépendamment de celles qu'on doit tirer de la fièvre ou de l'état de tout le système. Chez d'autres personnes, c'est le contraire, et à la fièvre générale, à la surexcitation du grand appareil, ne répond aucun des petits appareils spéciaux. Enfin, il est un troisième cas, c'est celui où une première pléthore locale (morbide ou non, mais presque toujours morbide) en suscite une foule d'autres qui lui répondent, sans qu'on observe pour les relier l'intermédiaire d'un état fébrile ou d'une surexcitation du grand appareil de la circulation.
Quiconque s'habituera à méditer sur ces faits avec un esprit indépendant, y verra la justification des idées générales professées dans cette étude sur la pléthore. Quels arguments ne puiserions-nous pas en faveur de cette doctrine dans l'observation des diverses espèces de pouls dans les maladies, et dans celle de toutes les anomalies de la circulation ? Les faits sur lesquels s'appuient avec tant de confiance les iatromécaniciens pour affirmer la passivité des vaisseaux dans la circulation, le fait de l'inertie apparente des artères et des veines dans les vivisections, est, nous les en prévenons, une base fragile que des expériences mieux instituées ruinent tous les jours.
La vie propre des vaisseaux une fois démontrée, une ère nouvelle s'ouvrira pour la physiologie et la médecine. Mais la réformation qui en résultera dans ces deux sciences ne sera complète et intelligible que lorsque, d'un autre côté, on aura démontré cette vérité complémentaire de la première, que les nerfs ne sont pas plus, vis-à-vis des centres nerveux, des conducteurs par où s'écoule un fluide lancé par ces centres, que les vaisseaux des tuyaux inertes destinés à charrier passivement les flots du sang poussés par le cœur. Celui-ci n'est que le régulateur de la circulation, l'organe central représentatif de cette fonction multiple dont il assure et maintient l'unité. N'est-ce pas là ce que font aussi les centres nerveux par l'apport à tous les nerfs et à tous les appareils sensitifs et
moteurs dont ils renferment les propriétés d'une manière éminenle et représentative ?
C'est à l'anatomie et à l'embryogénie comparées, ces sciences de l'avenir, qu'il appartient de consommer ces démonstrations, et de créer ainsi une physiologie nouvelle dans laquelle il ne restera de l'ancienne que les faits.