FAMILLE DES CUCURBITACÉES
chision absolue paraîtra sans doute trop sévère aux praticiens, qui savenl tous combien peu il nous est permis de calculer à l'avance L'effet des purgatifs; qui savent que les drastiques les plus énergiques ne causent quclquefois aucune douleur aux mêmes personnes qu'un simple minoratil' jette dans un état assez grave; d'où il suit que nous ne saurions jamais avoir trop de moyens pour arriver au même but, et qu'il ne faut pas se hâter de rejeter un médicament par cela seul qu'il ne trouve que rarement son opportunité.
Mais la membrane muqueuse n'est pas la seule voie par laquelle puisse être admis le principe actif de la Coloquinte : en appliquant sur la peau du ventre la teinture aqueuse ou alcoolique, la pulpe fraîche, ou la poudre délayée dans l'eau pure ou alcoolisée, on obtient les effets purgatifs (Hennann, Mat. mêd., p. 335); ceux-là mêmes sont purgés qui triturent et manient longtemps la Coloquinte (fbid.). C'est à son action purgative toute seule que cette plante, doit sans doute de détruire les vers intestinaux; Redi, en effet, a démontré qu'elle n'était pas vermicide, car il a vu vivre pendant quatorze et vingt heures des lombrics plongés dans une infusion très-forte de Coloquinte (Redi, De Animalculis, p. 161). C'est un usage populaire en Italie et dans certaines contrées de l'Espagne d'appliquer sur le ventre des enfants tourmentés par les vers des cataplasmefaits avec la Coloquinte, l'ail et l'absinthe : nous ignorons si cette pratique est justifiée par quelques succès.
Il suffisait que la Coloquinte fût un drastique pour qu'on la rangeât parmi les emménagogues. Van Swïeten (vid. Crantz, Mat. rnéd., t. II, p. IC>5) s'en servait pour provoquer la fluxion menstruelle ; il la donnait alors unie à des poudres inertes, de manière à ce que la malade ne prît qu'un huitième de grain toutes les trois ou quatre heures. Pour remplir cette indication, les lavements avec la Coloquinte seraient sans doute préférables, puisque, au rapport de Dioscoride (lib. IV, cap. clxxvui), ils provoquent le flux de sang par les vaisseaux hémorrhoïdaux. Mais la propriété abortive de la Coloquinte est malheureusement trop connue; et il est pénible d'avouer que cette substance sert d'instrument à des crimes auxquels les gens de notre profession, les pharmaciens, les sagesfemmes et les herboristes, ne restent pas toujours étrangers.
L'usage de la Coloquinte dans un grand nombre de maladies chroniques douloureuses, telles que la goutte, le rhumatisme, les névralgies, la syphilis constitutionnelle, a été particulièrement recommandé par Dalberg, Tode et quelques autres (vid. Murray, t. I, p. 588) ; mais les faits ne prouvent pas que cet agent thérapeutique ait dans ce cas plus d'action que les autres purgatifs drastiques.
11 nous reste à parler de la vertu antiblennorrhagique de la Coloquinte. L'empirisme d'abord constata cette propriété; plus tard, elle devint du domaine des médecins. Colombier raconte que plusieurs soldats se gué. rirent d'une blennorrhagie aiguë en avalant en une ou deux doses un fruit tout entier de Coloquinte (Code de Mêd. militaire, t. V, p. 420). Mais
784 MÉDICAMENTS ÉTACUANTS.
Fabre, dans son Traité des Maladies vénériennes, t. II, p. 308, préconise particulièrement la teinture de Coloquinte, dont il a indiqué la formule :
Pr. : Poudre de Coloquinte réduite en poudre grossière. 45 grammes.
Clous de girolle n° 6 „ 4
Anis étoile 4
Safran llsr,60
Terre foliée de tartre 30
Faites digérer pendant un mois dans 600 grammes d'alcool.
Fabre administrait cette teinture de la manière suivante : le malade, pendant trois jours de suite, à jeun, prend 8 grammes de cette teinture dans 60 à 90 grammes de vin d'Espagne ; il se repose le quatrième jour, recommence pendant trois jours encore, pour rester tranquille encore un jour; et ainsi de suite jusqu'à vingt ou vingt-cinq doses. Il faut avoir soin de boire, une heure après l'administration du médicament, deux ou trois verres de tisane d'orge et de chiendent. S'il survient des coliques, il faut donner des lavements émollients. Cette médication de Fabre, excellente dans les blennorrhagies un peu chroniques, a trop été oubliée des médecins de notre temps. Mais il existe aujourd'hui à Paris un homme grossier, sans aucun titre pour exercer notre art, qui s'est fait dans le peuple, et même chez bien des gens dont la position est fort élevée, une grande et lucrative réputation par l'administration d'un spécifique contre la chaude-pisse; or, ce spécifique n'est autre chose qu'une teinture vineuse de Coloquinte.
Doses. — La poudre de Coloquinte se donne depuis 10 jusqu'à 60 et 75 centigrammes, mêlée à du sucre, à de la rhubarbe ou de la magnésie; la teinture vineuse, à la dose de 4 à 16 grammes; la teinture alcoolique, depuis I?r,30 jusqu'à 4 et 8 grammes.
EFFETS THÉRAPEUTIQUES DE l'ÉLATÉRIUM ET DE LA BRYONE.
La racine de l'Elatérium est vomitive, et sollicite également d'abondantes évacuations alvines; les anciens la conseillaient surtout dans riiydropisic. A faible dose, elle passait pour utile dans le traitement des obstructions. Dioscoride et Avicenne donnaient la racine à la dose de 73 centigrammes comme purgatif; Fallope [De purgantibus, lib. LV, p. 122) allait jusqu'à une drachme.
Extérieurement, en fomentations ou en cataplasmes, la racine de concombre sauvage était encore conseillée pour résoudre les engorgements œdémateux des membres.
Toutefois, la racine d'Élatérium en substance a cessé depuis longtemps d'être usitée en médecine : on connaît et on prescrit, sous le nom pharmaceutique d'Élatérium, un extrait que l'on prépare avec le suc du fruit.
Cet extrait jouit de propriétés purgatives énergiques. Sydenham le regardait comme un des plus puissants hydragogues (Op. omn., p. 488). Beaucoup d'autres après lui (Murray, App. med., t. I, p. 597) renché-