‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 2)Chapitre 26 sur 185 · ECORCE DE CHÊNE, TAN · texte numérisé non relu

ECORCE DE CHÊNE, TAN

Disons tout de suite que le Chêne (qtiercus, L.) est un genre de la Famille des Amentaeées cupuliFères de Bich, de la monœcie polyandrie de Linné.

Deux espèces Forment la base de nos Forêts et fournissent l'écorce qu'on trouve généralement dans les pharmacies. A la première espèce appartient le Chêne vulgaire, le véritable Chine rouvre (querrus robur, W.* quercus sessiliflora, Lam.) qui croit abondamment dans toute l'Europe, à l'exception des régions les plus Froides, et qui a le bois le plus dur et le meilleur pour le chauffage. Ses Fruits sont sessiles.

La seconde espèce est le Chêne blanc, ou gravelin [quercus pedunculala, W. ; quercus racemosa, Lam.), dont le tronc est plus étroit, plus élevé, le bois moins noueux. Les Fruits de ce Chêne sont pédoncules.

L'Écorce de Chêne varie selon l'âge de l'arbre : lorsqu'il est vieux, elle est épaisse, noire et crevassée au dehors, rougeàtre en dedans; lorsqu'il est jeune, elle est moins rude ou presque lisse, couverte d'un épiderme gris bleuâtre, d'un rouge pâle à l'intérieur. Alors aussi elle est bien plus riche en principes astringents (Guibourt).

Cette écorce séchée et réduite en poudre prend le nom de Tan. C'est un médicament assez puissant en médecine.

On en fait dans le commerce un grand usage, comme on le sait, pour le tannage des cuirs. On prépare le Tan, pour l'usage médical, avec l'écorce des pieds de douze à quinze ans. Pulvérisé et passé au tamis fin, il prend alors quelquefois le nom de fleurs de Tan.

L'Écorce de Chêne paraît devoir ses principales qualités au tannin qu'elle contient.

Voici sa composition, d'après M. Braconnot : tannin ; acide gallique ; sucre incristallisable; pectine; tannate de chaux, de magnésie, de potasse, etc.

Elle est employée principalement comme astringente et styptique, soit à l'intérieur, soit en injections.

La Formule la plus usitée est celle-ci :

Pr. : Tan en poudre. .

Eau bouillante. .

60 gram.

Faites inFuser pendant deux heures, et passez.

La décoction de Tan est encore employée en bains lorsqu'on veut obtenir une action tonique générale. Dans ce but on s'en sert avec avantage dans la convalescence de certaines maladies aiguës, et surtout dans les maladies chroniques où il y a indication de relever et Fortifier l'organisme.

Nous devons dire aussi quelques motsdes Glands ou Fruits de Chêne, dont on s'est servi quelqueFois avec succès. On les a surtout mis en usage dans ces derniers temps, parce qu'on a trouvé dans ce médicament l'association naturelle de quelques substances alimentaires avec une substance tonique et astringente. Nous en Faisons souvent usage chez les entants pour remplacer le caFé, soit a l'état pur, soit îi l'état de mélange.

Ils renFerment, d'après Braconnot, eau 32, amidon 37, légumine unie au tannin

ÉCORCE DE CHÊNE, TAN. 1 i3

16, extractif 5, sucre inoriatallisable 7, la composition du Palamoud et du Raca-

luiilo Bxe douce, sucre particulier ou hout sont privés de leur tégument et dé-

quercite, .1rs sels à l'état de citrate et île pouillés de leur arête par l'ébullition dans

phosphate une eau alcaline : disons toutefois que

On emploie en Turquie,suivant M. Bour- ces poudres alimentaires sont aujourd'hui

let, les Glands comme analeptiques. La préparées avec du cacao et des recules, et

poudre du Gland torréfié, mêlée à du sucre qu'elles ne renferment pas de Gland,

et des aromates, constitue le Palamoud On assure que ce que l'on vend en si

des Turcs et le RacahoW des Arabes. Ce grande quantité sous le nom de Café de

sont des aliments de facile digestion. Glands doux, n'est autre cli;se que de

Les Glands de Chêne qui entrent dans l'orge ou de l'avoine toi réfiées.

L'Écorce de Chêne n'a de propriétés que celles qu'elle doit au tannin et c\ l'acide gallique. Aussi est-il superflu d'entrer dans d'autres détails thérapeutiques que ceux que nous avons donnés plus haut.

Un fait très-remarquable, et sur lequel nous devons appeler l'attention, est celui qui a été observé à l'École vétérinaire de Lyon : on fit prendre de grandes doses d'Écorce de Chêne à des chevaux et à des chèvres. Un cheval, qui en avait pris 10 kilogrammes en un mois, avait, à l'autopsie, le sang plus rouge, plus visqueux, plus consistant. Son cadavre est resté deux mois sans donner des signes de putréfaction ; or, on sait que, même pendant l'hiver, pourvu toutefois qu'il ne gelé pas, les chevaux se putréfient en très-peu de temps. (Compte rendu des travaux de l'École vétérinaire de Lyon, 1811.) De là le précepte de donner de fortes doses de Tan à l'intérieur à ceux dont la gangrène menace d'envahir un membre à la suite de grandes blessures : ce principe, bien entendu, ne s'applique pas à la gangrène sèche. On doit aussi recouvrir.de poudre de Tan les parties mortifiées pour arrêter les progrès de la putréfaction. Jusqu'à quel point maintenant conviendrait-il de donner le Tan dans les affections typhoïdes, quelles qu'elles fussent ? C'est à l'expérience de prononcer sur ce point.

Porta [Revue médicale, t. III, p. 493) a donné l'Écorce de Chêne à l'intérieur dans les hémorrhagies actives et passives. Il la prescrit à la dose de 2 1/2 grammes par jour, dose évidemment trop faible. Topiquement, la décoction de Tan a été également employée contre les hémorrhagies, dans la leucorrhée, la blennorrhagie ; en un mot, dans tous les cas où nous avons vu conseiller le tannin et la ratania.

Les débardeurs saupoudrent leurs souliers avec du Tan lorsqu'ils quittent leurs travaux ; ils empêchent, par ce moyen, le développement ou l'accroissement d'une maladie qu'ils appellent grenouille : c'est un ramollissement avec altération du derme, avec gerçures et souvent usure des tissus qui sont souvent en contact avec l'eau; on l'observe au talon, sous le tendon d'Achille, etc., etc., surtout entre les orteils; on comprend facilement, d'après ce que nous venons de dire du Tan, quel est son mode d'action dans cette maladie.

Quant aux propriétés fébrifuges du Tan, elles nous paraissent fort équi-

voques, quoi qu'en ait pu dire Cullen dans sa Matière médicale ( t. II, p. Al). Quant au fait rapporté par Barbier, d'Amiens (Madère médicale, t. I, p. 328), savoir : qu'il existe dans un faubourg d'Amiens un moulin à Tan dont les ouvriers n'ont jamais la fièvre intermittente, tandis que ceux qui sont occupés dans le voisinage à d'autres ouvrages en sont fréquemment atteints, nous ne le révoquons pas en doute, puisque Barbier l'affirme ; mais, comme dans d'autres pays les ouvriers occupés à la mouture de l'Écorce de Chêne prennent la fièvre d'accès comme les autres, nous croyons que l'immunité dont parle Barbier tient à quelques circonstances qui, probablement, lui auront échappé.

Les Glands de Chêne vert, Quercus ilex, sont comestibles ; ceux du Quercus robur ne se donnent guère qu'aux bestiaux. Toutefois, les uns et les autres, qui contiennent à peu près un dixième de tannin, s'emploient en médecine après avoir été préalablement torréfiés comme le café.

Après qu'on les a torréfiés convenablement, on les moud finement, et cette poudre, sert à préparer une infusion qui se fait comme le café ordinaire, et qui a exactement la couleur de ce dernier. Le goût en est assez agréable, surtout quand on la mêle avec du lait.

Cette infusion caféiforme est fort utile aux enfants après le sevrage, lorsqu'ils prennent ces diarrhées apyrétiques si difficiles à arrêter. On la donne encore avec avantage aux personnes dont les digestions sont laborieuses, et qui éprouvent souvent du dévoiement. En un mot, elle doit être conseillée en guise de café aux malades irritables chez lesquels les fonctions digestives sont entravées par une phlegmasie chronique.

BISTORTE.

La Bistorte {Polygonum bislorta, L.) est dore, mais fortement styptique au goût,

une plante vivace de la famille des poly- Parties usitées. La racine.

gonées, octandrie trigynie de Linné. ' La décoction de Bistorte est très-rouge,

Caractères généraux. Calice coloré à et précipite le fer et la gélatine, ce qui incinq divisions ; de cinq à neuf étamines ; dique qu'elle contient du tannin. Elle i rudeux ou trois styles; stigmates en tète : ferme aussi de l'amidon et de l'acide galune graine nue triangulaire (okène). lique.

Caractères spécifiques.Tige très-simple, On emploie surtout laBistorte en tisane,

à un seul épi; feuilles ovales lancéolées, en injections ou en extrait. Il faut la traiter

décurrentes sur le pétiole. par l'eau tiède pour ne pas dissoudre l'a-

Cette plante croit en France dans les midon, qui serait ensuite précipité en

lieux humides, et doit son nom à la double combinaison insoluble avec le tannin,

courbure de sa racine, qui est grosse Après une longue cuisson, la racine de

comme le doigt, et marquée de nombreu- Bistorte est employée comme aliment en

ses rides ou anneaux très-rapprochés. Cette Sibérie, en raison'de la grande quantité

racine est rougeàtre à l'intérieur, ino- d'amidon qu'elle renferme,

THËBAPEUTIQUE.

La racine de la Bistorte est à tort rangée à côté de celle de la tormentille. Celle-ci est douée de propriétés astringentes extrêmement énergi-

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