‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 2)Chapitre 4 sur 185 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le Fer, fermai, yi^rb des Grecs, Mars des alchimistes, est un des métaux le plus anciennement connus; c'est celui que la nature a répandu le plus abondamment.

Il est allié à la plupart des minéraux; les végétaux et les animaux en contiennent, aussi en quantité assez notable pour que l'existence en soit facilement démontrée.

Le Fer est d'un gris bleuâtre, a texture fibreuse, très-dur, très-tenace et surtout très-ductile ; il a une odeur particulière et une saveur styptique ; sa densité est de 7,00 (sept fois et demie plus pesant que l'eau) ; sa fusion a lieu a 130° du pyromètre de Wedgwood ; facilement oxydable à l'air humide ; décomposant l'eau à la chaleur rouge en s'emparant de son oxygène; à la température ordinaire, n'exerçant aucune action sur l'eau distillée et non aérée, etc. Il est en oulre altirablc h l'aimant et susceptible de devenir magnétique.

Le Fer est employé en médecine h l'état de métal, d'oxyde et de sel. Nous l'examinerons successivement sous ces différentes formes.

I. Fer à l'état métallique. Il s'emploie toujours en poudre fine, obtenue soit par la lime, et souvent alors atténuée sous le porphyre, soit par la réduction du peroxyde au moyen de l'hydrogène.

La limaille de Fer ( limattira Martin, sentis ferrt. limaiura {cm y.rœparata du Codex) est blanche, brillante avec éclat métallique; elleestsolubleen totalité dans l'acide chlorhydrique, avec dégagement d'hydrogène, et donne une dissolution a peine colorée.

Pri^paralUm. On prend du Fer doux et on divise le métal à l'aide d'une lime d'acier, connue dans le commerce sous le nom de lime à main bâtarde, de manière à obtenir une poudre grossière et d'un grain toujours uniforme. La limaille est brillante et complètement attirable à l'aimant.

(Codex.) Ainsi préparée, elle doit être conservée dans des flacons bien bouchés.

La limaille dite porphyrisée (limaiura ferri supra porphyritem tevii/ata) n'a pas l'aspect brillant de l'autre ; elle s'oxyde beaucoup plus facilement lorsqu'on la prépare.

Pour l'obtenir, il faut prendre la limaille préparée selon le procédé du Codex, et la porphyriser par petite quantité et à sec, jusqu'à ce qu'elle soit réduite en poudre très-fine. Elle doit être garantie le plus possible du contact de l'air humide, et être conservée dans des flacons secs et hermétiquement bouchés.

Il faut porter une grande attention dans le choix de la limaille, parce que souvent elle contient des parcelles de cuivre qui peuvent donner lieu à des accidents. Pour constater la présence du cuivre, il suffit de recouvrir la limaille à essayer par de l'ammoniaque liquide, qui prend bientôt une coloration bleue si eile renferme des parcelles de cuivre. Quant au zinc que la limaille de Fer contient quelquefois, on en constate la présence par le barreau aimanté.

Cette poudre métallique entre dans quelques préparations officinales et magistrales. Nous donnerons les principales formules.

1° Tablettes martiales :

Fer porphyrisé (ferrum supra

porphyritem levii/alum). . . 17 gr.

Sucre blanc (saccharum album) 180 gP.

Poudre de cannelle ( pulvis

cimiumumi), 2 gr.

Mucilage de gomme adragante (mncilayu cum gutniui tragaeantlid) q. s.

F. s. a. des tablettes de 50 centi-

MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.

grammes, qui contiendront chacune 5 centigrammes Je Fer. (Soubeiran.)

2° Pilules martiales de Sydenham :

Limaille de Fer porphyrisée. q. v.

Extrait d'absinthe q. s.

F. s. a des pilules de 30 centigrammes.

Le Fer réduit par l'hydrogène (ferrum ope hydrogenii paralum) se présente en poudre impalpable d'un gris de fer, fortement attirable à l'aimant. M. Quevenne, qui en a le premier proposé l'emploi dans ces derniers temps, le prépare en faisant passer un courant de gaz hydrogène sur l'oxyde ferroso-ferrique, chauffé au rouge dans un tube de porcelaine. Le colcotar, retenant une forte proportion de sulfate de Fer indécomposé, fournirait un mélange de Fer métallique et de sulfure de Fer, lequel, au contact des acides de l'estomac, dégagerait de l'acide sulfhydrique, et serait la source de renvois nidoreux. Aussi M.Véron a-t-il tout récemment conseillé d'avoir recours au peroxyde précipité du perchlorure par l'ammoniaque, et de le chauffer dansune bouteille à mercure préalablement percée à son fond. Le sel ammoniac qu'il retient, se volatilisant alors, a l'avantage de diviser la masse et de favoriser l'action de l'hydrogène. C'est cette dernière préparation que le Codex vient d'adopter.

Il importe, comme le recommandent MM. Soubeiran etDublane, de ne pas trop élever la température, sous peine de voir le métal s'agglutiner en lamelles ductiles.

Le Fer, réduit par l'hydrogène, se dissout dans l'acide chlorhydrique en dégageant de l'hydrogène inodore. La solution de protochlorure de Fer ainsi obtenue, traitée par le cyanure jaune de potassium, donne un précipité qui est entièrement blanc, et qui ne devient bleu qu'au contact de l'air. (Codex.)

Le Fer métallique n'est absorbé qu'à la faveur de sa dissolution dans les acides du suc gastrique, d'où l'indication de le donner avec des aliments, pourvu que ceuxci ne soient pas trop chargés de graisse et ne renferment que peu de tannin ou de soufre.

Le Fer réduit peut être substitué avantageusement au Fer en limaille dans toutes les formules qui ont celui-ci pour base, mais à dose moins forte.

MM. Mique'ard et Quevenne l'unissent nu sucre et au chocolat pour en faire des granules et des pastilles.

Dragées au Fer réduit ( Miquelard et Quevenne).

Fer réduit par l'hydrogène. 2 k.

Sucre blanc 18 k.

Pour quarante mille dragées que l'on préparera a la manière des anis, en ayant le soin d'interposer le Fer entre deux couches de sucre. On pourra les aromatiser à volonté.

Chaque dragée contient 5 centigrammes de Fer.

Ces dragées sont dénuées de saveur ferrugineuse, et forment un bonbon agréable que l'on peut laisser fondre dans la bouche ou croquer à volonté. Elles ont, sur les pastillesde chocolat, le grand avantage de pouvoir se conserver indéfiniment.

Dose : Débuter par deux dragées et augmenter d'une fois tous les jours, jusqu'à 10 et. quelquefois 15. — On les prend de préférence au momentdes repas, alors que lasécrétion du suc gastrique est abondamment provoquée par l'acte de la digestion.

Pastilles de chocolat au Fer réduit (Miquelard et Quevenne).

Fer réduit 1 kiiog.

Chocolat fin à la vanille. 19 kilog.

M. s. a., et faites des pastilles rapprochant le plus possible du poids de 1 gram. Chacune contiendra un vingtième de son poids de Fer ou environ 5 centigram.

Cette préparation se dose bien, est facile à obtenir des pharmaciens, et nous pensons, avec Soubeiran et Réveil, qu'elle est préférable aux dragées de chocolat et de Fer réduit, qui ont l'inconvénient de ne pouvoir donner un médicament exactement titré.

Dose : Comme pour les dragées au Fer réduit.

Chocolat au Fer réduit :

Fer réduit 25 gram.

Chocolat fin 5 kilog.

M. S. A. Cette proportion a été calculée pour qu'une fraction de tablette de 40 gr., qui est la quantité que l'on consomme ordinairement pour une tasse de chocolat, renfermât 0,20 de Fer réduit.

Ce choi ol it est plus actif que celui qui est prépare au safran de mars; mais, comme celui au protocarbonate de Fer, il offre le désagrément de prendre une teinte noirâtre, lorsqu'on le fait bouillir avec du lait.

On a reproché au Fer métallique de produire des éructations nidoreuses, et on les a attribuées au sulfure de Fer renfermé dans les préparations. M. Quevenne s'est assuré que le Fer, exempt de tout composé sulfuré, produit encore des renvois sulfhydnques; il a vu aussi que le chocolat ferrugineux amenait rarement cet inconvénient.

M. Mialhe explique l'éructation par la décomposition de l'eau sous l'influence du Fer métallique et des acides de l'estomac. Dans ce cas, l'hydrogène se combinerait au soufre renfermé dans les résidus alimentaires.

Les expériences récentes de MM. Deschamps (d'Avallon), de Luca et L. Dussart, ont démontré que le Fer réduit était souvent très-impur, et qu'il pouvait renfermer jusqu'à 50 p. 100 de corps étrangers, parmi lesquels dominent lesoxydes de Fer avec des traces de soufre, d'arsenic, de phosphore, de silicium, etc., de telle sorte

Page 1