HUILE DE PAPIER
Le docteur Ranque a donné le nom de lant ù l'air libre du papier, du linge, du
Pyrothunile à une huile pyrogénée, déjà, chanvre, du coton, et en recevant et con-
décrite par Lémery sous le nom d'Huile densant l'huile empyreumalique qui s'en
de Papier. Cette huile s'obtient en brû- dégage sur le fond d'une assiette ou d'un
vase quelconque. Ce liquide, d'un bistre On emploie ce médicament avec suc-
foncé, est étendu de trois ou quatre t'ois ces en collyre, en injections, en gargason poids d'eau. risme.
Ce médicament, assez insignifiant, est utile pourtant en collyre, dans les ophthalmies catarrhales légères ; en injections, dans les blennorrhées peu graves; en gargarisme, dans les angines catarrhales superficielles. Ranque, un peu enthousiaste par caractère, accordait à son Pyrothonide de merveilleuses propriétés, et il le préconisait même comme un spécifique dans l'angine diphthérique, la plus redoutable des maladies de la gorge. L'expérience n'a pas confirmé les promesses et les assertions du praticien d'Orléans.
Toutefois l'Huile de Papier de Lémery nous a paru, dans quelques circonstances, d'une incontestable utilité. Nous l'employons souvent dans les circonstances et de la manière suivantes : dans certaines altérations du timbre de la voix, fort communes d'ailleurs, et qui tiennent uniquement à un catarrhe chronique de la glotte, avec ou sans exsudation trop abondante du mucus; dans des catarrhes bronchiques qui durent depuis longtemps, nous faisons inspirer plusieurs fois par jour de la fumée de papier, de telle manière que l'Huile de Papier elle-même, qui est volatile, se mette nécessairement en contact avec las membranes malades. Pour rendre cette inspiration plus commode, nous la faisons faire avec de petites cigarettes ; on allume la cigarette, on en aspire la fumée dans la bouche, puis, par une nouvelle aspiration, on la fait passer lentement dans les bronches. Ce moyen, qui, au premier coup d'œil, semble futile, exerce une action topique puissante, caractérisée par une cuisson souvent fort vive, par de la toux, par une supersécrétion muqueuse momentanée. Dans quelques cas nous faisons les cigarettes avec du papier préalablement imbibé d'une solution arsenicale, mercurielle ou autre, quand, dansle cas de phthisie laryngée, nous voulons remplir quelque indication spéciale.
Nous ne terminerons pas ce qui est relatif à l'Huile de Papier sans parler d'une propriété singulière de cette substance, découverte par M. Johnson. Si l'on en met sur la langue quelques gouttes, l'on n'éprouve aucun effet appréciable ; mais à l'instant le goût se trouve aboli, de telle sorte que l'on ne peut percevoir la saveur des choses les plus sapides : cet état persiste quelquefois pendant une heure. On peut utiliser cette propriété pour dissimuler aux malades le goût de certains médicaments qui leur répugnent.
l'I.oMB.
Le Plomb tPlumbum, Saturnus) est un métal d'un blanc bleuâtre, qui a beaucoup d'éclat lorsqu'on vient de le couper, mais qui se ternil rapidement a l'air. 11 s étend en feuilles très-minces, et se laisse plier plusieurs l'ois en sens contraires sans se ; il est tellement mou qu'il peut être raye par l'ongle. Sa pesanteur spécifique esl île 11,43. Kusibleà322", volalilisable au rouge blanc. Se combine facilement avec l'oxygène, et forme trois oxydes.
Les préparations pharmaceutiques du Plomb sont très-nombreuses; les principales sont les suivantes :
1° Plomb métallique. Le Plomb, réduit en feuilles assez fermes, ne sert en médecine que pour maintenir les cicatrices des vieux ulcères.
Oxydetle Plomb. Deux oxydes seulement sonl usités en médecine, le protoxyde et le minium.
Le protoxyde de Plomb, PbO, connu dans les arts sous le nom de massicot ou dr litliarge. C'est le seul des oxydes de Plomb qui puisse se combiner avec les acides. Fondu, il prend le nom de litliarge, et se présente alors sous forme de petiles lames micacées d'un jaune rougeàtre ; dans le commerce, il est ordinairement impur et s'obtient par l'oxydation du plomb argentifère. La litliarge n'est presque jamais employée à l'état simple, mais elle sert à la préparation d'un grand nombre de médicaments, et notamment à la confection des emplâtres et de l'onguent de la mère. Nous allons parler ici rapidement des principaux emplâtres.
EmpMtre simple. Litharge, axonge, huile d'olive : de chaque 2 kilogrammes; eau commune, 4 kilogrammes. Mettez dans une grande bassine de cuivre la graisse et l'huile, pais l'oxyde; faites fondre; mélangez exactement et tenez en ébullilion jusqu'à ce que la masse soit parfaitement qomogène, et qu'elle ait pris une couleur blanche Laissez refroidir, roulez en magdaléons. Dans cette opération, il se forme des oléates et des stéarates, des margarates de Plomb.
L'onguent de la mère Thècle se prépare en faisant chauffer ensemble dans une bassine de cuivre 500 grammes d'huile d'olive, et 250 grammes d'axonge, de beurre et de suif. On chauffe fortement, puis, quand le mélange commence à dégager de la fumée, on laisse tomber lentement et en mélangeant à mesure 250 grammes de litliarge pulvérisée. On continue de chauffer jusqu'à ce que le mélange ait pris une teinte de bistre très-foncée et une consistance convenable; on ajoute de
la poix noire et de la cire jaune, on laisse refroidir en partie et on coule dans des moules.
Par l'action de la chaleur sur les corps gras il se forme plusieurs produits, mais surtout des hydrogènes carbonés, gazeux et inflammables. Il faut donc éviter d'approcher un corps enflammé de la bassine dans laquelle on opère, parce que les vapeurs et les gaz prendraient feu. Il se forme aussi de l'acide acétique, el i quemmeut de l'acétate de Plomb. L'addition de la poix et de la cire à la fin a pour but d'empêcher cet acétate de Plomb de venir à la surface de l'emplâtre.
La plupart des emplâtres que l'on emploie en médecine ont pour base l'emplâtre simple, auquel on ajoute diverses substances; ainsi les emplâtres de Vigo, diachylon gommé, diapalme, etc., ne sont autre chose que l'emplâtre simple, auquel on incorpore les extraits ou la poudre de ces diverses plantes.
Le minium, 2PbO, PbO2, est un composé de protoxyde et de peroxyde de Plomb. On le prépare en chauffant au contact de l'air et à une chaleur modérée le massicot ou le carbonate de Plomb, réduit en poudre ; il est d'un rouge orangé très-beau, et d'autant plus vif qu'il est plus pur. Il entre dans la composition de [emplâtre de Nuremberg, ou emplâtre de minium camphré, que l'on prépare avec l'emplâtre simple, la cire jaune, l'huile d'olive, le minium et le camphre. Il sert aussi à la préparation des trochisques de minium, qui doivent leurs principales propriétés au deutochlorure de mercure qu'ils renferment.
Voici leur composition :
Deutochlorure de mercure. 8 gram.
Minium 4
Mie de pain 30
Puisque le protoxyde de Plomb est le seul qui soit soluble dans les acides, c'est le seul aussi qui puisse être absorbé dans l'estomac.
Le minium formé de protoxyde et de bioxyde ne le serait qu'en partie.
De là cette conséquence que les poussières de minium, toutes choses égales d'ailleurs, produiront plus lent 'ment l'intoxication saturnine, et que le massicot doit lui être préféré pour les usages thérapeutiques.
Le bioxyde de Plomb doit tire rejeté.