ACTION THÉRAPEUTIQUE DU PLOMB
Les préparations de Plomb employées le plus souvent en médecine sont : lu Plomb métallique, la litharge, le minium, l'iodure de Plomb, le sous-carbonate, et surtout les acétates, sur lesquels nous insisterons plus particulièrement.
PLO.MB. 179
Plomb métallique. — Le Plomb métallique a été employé seulement pour l'usage externe en lames minces pour recouvrir et comprimer les vieux ulcères des extrémités inférieures. {Bulletin de Thérapeutique, I83G, t. X.) Cette médication, évidemment utile, est trop rarement employée de nos jours; et quoiqu'elle ne vaille pas en général les bandelettes circulaires de diachylon, elle est pourtant préférable quand il s'agit de soutenir une cicatrice revêtue seulement d'une pellicule mince que le diachylon irriterait ou ramollirait.
Le pansement des plaies par les plaques de Plomb est devenu méthodique entre les mains du docteur Burgraeve, et les malades de son service, à l'hôpital de Gand, sont pansés presque exclusivement de cette manière. Les résultats que nous avons pu en voir à celte clinique nous ont pleinement satisfaits.
Litharge. — La litharge ne s'emploie jamais pure, mais seulement combinée avec les graisses, les huiles fixes, au moyen desquelles elle forme des emplâtres, des onguents, des sparadraps, certains cérats qui sont d'un usage extrêmement commun en chirurgie ; les plus employés sont : l'emplâtre simple de diachylon, diapalme, de Canet, de Vigo, diabotanum, etc., etc. Ces emplâtres divers sont tous astringents et conviennent à merveille dans le traitement des vieux ulcères et des plaies suppurantes. On sait ce que M. Philippe Boyer a obtenu des bandelettes de diachylon dans le traitement des ulcères des extrémités inférieures ; il a constaté qu'en entourant toute la partie malade de bandelettes qui fissent une fois et demie le tour du membre malade, et en renouvelant 1'appareii seulement une ou deux fois par semaine, les malades pouvaient vaquer à leurs occupations, et que la cicatrice se faisait plus solidement et plus rapidement que par toute autre méthode.
Minium. — Le minium a des propriétés analogues à celles de la litharge, et il ne s'emploie non plus que pour l'usage externe, et sert à composer des onguents et des emplâtres. Ces emplâtres sont astringents, styptiques, et sont en général employés dans les mêmes circonstances que ceux dans la composition desquels entre la litharge.
On fait avec l'huile d'olive et le minium un emplâtre mou que quelques empiriques conseillent dans le traitement du cancer. Nous avons été témoins d'un cas de guérison extraordinaire par ce remède. C'était chez une jeune femme de vingt-deux ans qui portait à la mamelle une tumeur que l'on regardait comme cancéreuse, et que l'on voulait amputer. Avant de se décider à l'opération, elle voulut faire usage de l'emplâtre de minium, qu'elle tint constamment appliqué sur la tumeur; et, après trois mois, la résolution était complète. Il est bien probable que, dans ce cas, il s'agissait seulement d'un engorgement chronique non cancéreux; mais le fait n'en est pas moins remarquable ; et toutes les fois que l'on peut conserver quelques doutes sur la nature d'une tumeur, il sera convenable d'essayer de tous les moyens topiques dont l'art ou le hasard ont enseigné l'utilité au médecin.
ISO MÉDICAMENTS ASTRINGENTS.
Les trochisques, dits de minium, et qui, par le fait, doivent leurs propriétés principales au bicblorure de mercure qu'ils contiennent en si grande proportion, sont employés comme escharotiques pour ouvrir les bubons vénériens, pour agrandir les trajets fistuleux. On les applique au centre des parties malades.
Uiodure de Plomb a été introduit dans la matière médicale par Cottereau et Verdé-Delisle ; Guersant, de l'hôpital des Enfants, l'a également essayé d'après ce qu'en avaient dit ces derniers [Journal hebdomadaire, année 1831. — Revue médicale , 1831, p. 292). Cet iodure, donné à l'intérieur à la dose de S milligrammes à la fois, ou incorporé avec de l'axonge dans la proportion d'un septième, a été tenté contre certains engorgements scrofuleux; nous l'avons souvent employé avec quelque succès en frictions sur le ventre et sur le sein dans les engorgements chroniques.
Le sous-carbonate de Plomb, ou blanc de céruse, n'est jamais employé à l'intérieur ; on le prescrit incorporé à l'axonge, aux graisses, au cérat, comme astringent et répercussif dans les brûlures, les ulcères de mauvais caractère. On a également appliqué avec succès une espèce de pâte, faite avec de l'eau et du blanc de céruse, sur le trajet des nerfs, dans la névralgie faciale. (Ouvrard, Bull, de Thérapeut., 1837, t. VIL— Millet, ibid.)
Acétates de Plomb. — Mais les acétates de Plomb sont d'un usage tellement commun dans la chirurgie, et même en médecine, et leur efficacité est si bien constatée, que nous nous arrêterons d'une manière plus spéciale sur ces préparations.
Acétate neutre de Plomb. — Cet acétate est connu plus particulièrement sous les noms de : sel de Satwne, sucre de Saturne, acétate de Plomb cristallisé. Il ne s'emploie guère qu'cà l'intérieur, le sous-acétate étant plus particulièrement réservé à l'usage chirurgical. Toutefois, on doit dire que le sel de Saturne a exactement les mêmes propriétés que le sous-acétate, et qu'il peut être utilisé comme ce dernier dans le traitement des maladies externes, et réciproquement. Quoiqu'on prescrive ordinairement l'acétate neutre à l'intérieur, on n'obtiendrait pas des effets moins certains et moins prompts de l'extrait de Saturne.
L'acétate neutre se donne à l'intérieur dans le traitement de la diarrhée chronique, soit que cette supersécrétion soit due à l'inflammation catarrbale de la membrane muqueuse de l'intestin, soit qu'il existe des ulcérations plus ou moins nombreuses. Toutefois, on doit faire observer que le sel de Saturne ne devra être donné par la bouche que dans le cas où l'on aura lieu de supposer que le siège du mal est dans le côlon transverse et l'estomac, car, s'il occupe la dernière portion du gros intestin, les lavements seront de beaucoup préférables. Il a encore été conseillé dans le mélœna, dans la gastrite chronique, dans les vomissements muqueux.
Ici il n'agit que topiquement; mais, porté dans le torrent circulatoire, il modifie probablement la crase du sang et s'oppose aux sécrétions morbides, qu'il affaiblit un peu. Ainsi les hémorrhagies nasales, utérines,
intestinales, ont été, dit-on, avantageusement traitées par l'emploi simultané de l'acétate de Plomb à l'intérieur et à l'extérieur, et même par l'usage exclusivement interne de ce sel. Toutefois, nous confessons franchement que cet agent thérapeutique ne nous a paru doué d'aucune propriété astringente active, à moins qu'il ne fût employé topiquement. Il en est de môme pour la leucorrhée, la blennorrhagie, qui ont pu quelquefois être un peu modifiées par de hautes doses de sucre de Saturne prises à l'intérieur, mais qui ne sont ordinairement bien guéries par ce sel que s'il est appliqué localement.
Il y a peu d'années, Fouquier, reprenant les expériences tentées par Ettmuller, Pringle, Amelung, etc., etc., conseilla l'acétate neutre de Plomb à l'intérieur aux phthisiques, dans le but de faire cesser les sueurs et la diarrhée colliquative. 11 parvenait, sans doute, à suspendre la diarrhée ; mais, malgré ce qu'il a dit de l'efficacité de ce moyen pour arrêter les sueurs, nous n'avons presque jamais pu la constater dans de nombreux essais que nous avons tentés. La dose, dans ce cas, est de 5 à 60 centigrammes dans les vingt-quatre heures. Quant à l'action réellement curative de l'acétate de Plomb dans la phthisie pulmonaire, elle est loin d'être parfaitement démontrée, quoi qu'en aient pu dire les nombreux auteurs cités par Gmelin dans Y Apparatus medwaminum. 11 ressort toutefois de ces nombreux témoignages, qu'il n'est pas permis de nier complètement que l'acétate de Plomb ait pu être utile dans des catarrhes et dans des bronchorrhées chroniques, et même, à un certain degré, dans la phthisie elle-même.
A cet égard, de nouvelles expérimentations, faites dans ces dernières années, méritent de trouver ici leur place. M. Beau, qui très-probablement n'avait pas connaissance des travaux de ses devanciers, avait cru remarquer que la phthisie pulmonaire n'existait que très-exceptionnellement chez les ouvriers qui manient le plomb. Il pensa donc que la diathèse tuberculeuse pourrait être combattue parle même moyen, auquel il attribuait ici une action préservatrice. Dans ce but, il chercha à déterminer chez ses malades une sorte d'intoxication saturnine, en la dirigeant d'ailleurs de manière à ne produire que des symptômes légers et faciles à maîtriser. Il administre des pilules contenant 10 centigrammes de céruse, et par une augmentation rapide, mais progressive, il arrive en quelques jours à en faire prendre de six à huit par jour. Il a soin d'en suspendre l'usage ou d'en diminuer la dose aussitôt qu'il se manifeste de Farthralgie, ou bien lorsque le malade présente le liséré des gencives, de l'analgésie, ou le teint ictéroïde qui caractérisent le premier degré de l'empoisonnement saturnin.
M. Beau cite un certain nombre de cas où, sous l'influence de cette médication, il a vu certains symptômes de la phthisie, notamment la toux et l'expectoration, très-favorablement modifiés, et même, dans quelques cas, la maladie enrayée dans sa marche. Toutefois, il ne rapporte pas d'exemples de guérison complète ou définitive. Il importe d'à-
jouter qu'il seconde ce traitement par une alimentation tonique et fortement réparatrice.
A l'imitation de M. Beau, un autre médecin, le docteur Funel, a employé dans le même but non plus le carbonate, mais l'acétate de Plomb, et il rapporte quelques faits où cette médication paraît avoir donné d'utiles résultats. Voici d'ailleurs comment il explique le mode d'action de ce médicament : transporté au moyen de l'absorption sur la muqueuse pulmonaire, le sel de Plomb agirait en diminuant la sécrétion de cette membrane, comme le font les résineux, les balsamiques, le soufre, l'iode, etc.; d'où il résulte que les tubercules ou les granulations seraient maintenus dans un état de siccité peu favorable au travail de ramollissement et consécutivement à la fonte de ces produits morbides. Ainsi, dans l'opinion de l'auteur, le Plomb n'exercerait ni chez les ouvriers, ni chez les malades traités, aucune influence directe et spécifique sur le travail de la tuberculisation elle-même ; et ainsi, il n'y aurait pas à invoquer ici une véritable immunité ; mais le véritable rôle de cet agent consisterait à s'opposer, par une action toute locale, à l'évolution des produits tuberculeux, de manière à arrêter, pendant un temps plus ou moins long, les progrès de la maladie, quelquefois même à amener une véritable guérison.
Notre intention n'est ni de discuter cette interprétation, ni de contester les résultats qui ont été produits en faveur de cette médication qui, on l'a vu, est loin d'être nouvelle. Mais, en admettant que les avantages qu'on lui attribue soient réels, nous pensons qu'ils sont contre-balancés par les graves inconvénients attachés à l'intoxication saturnine, inconvénients tels que, dans un certain nombre des observations citées, on a été obligé de suspendre très-vite l'usage du remède. Aussi, nous pensons que cette médication n'a guère de chance de se faire accepter comme médication générale dans la phthisie pulmonaire, pas plus comme méthode prophylactique que comme méthode curative. Toutefois, il est possible que, maniée avec prudence et employée dans certaines phthisies avec bronchorrhée épuisante, la médication par les sels de Plomb soit appelée à rendre quelques bons services. C'est à ce titre que nous avons cru devoir lui donner ici cette mention particulière.
Affections nerveuses. — On a encore vanté ce moyen dans l'épilepsie, dans la nymphomanie, etc., etc.; mais les faits sont si peu nombreux, et la plupart des observations sont si incomplètes, qu'on ne peut y ajouter foi, pas plus qu'à tant d'autres remèdes préconisés dans les mêmes affections. M. Levrat-Perroton rapporte quatorze exemples de succès de l'acétate neutre de Plomb par pilules de 25 milligrammes et du sous-aeétate (douze gouttes dans une potion), associés, il est vrai, à divers antispasmodiques dans les névroses du cœur ainsi que dans l'hystérie ; mais tous ces faits manquent de critique et surtout de diagnostic rigoureux. Son utilité dans les névralgies superficielles est un fait mieux constaté.
Nous ne devons pas omettre ici ce que l'on a dit de l'emploi interne et
externe de l'acétate de Plomb dans Le traitement de l'anévrisme du cœur, et dans celui des anévrismes des grosses artères. A Paris, c'est surtout à Koreff et à Dupuytreu que l'on doit d'avoir popularisé cette méthode; ils donnaient à l'intérieur des doses énormes d'acétate neutre de Plomb : d'abord o centigrammes le matin, et graduellement jusqu'à d, 2 et même i grammes par jour; en môme temps qu'ils tenaient continuellement appliquées sur la région du cœur, ou sur la tumeur anévrismale, des compresses imbibées d'eau de Goulard. Ils secondaient ce traitement par les émissions sanguines, la diète et le repos. Ce traitement, qui d'ailleurs avait été indiqué longtemps avant eux, a été certainement suivi de résultats heureux, et devrait être plus souvent employé qu'il ne l'est. Si maintenant nous réfléchissons aux effets physiologiques du Plomb, qui, certainement, rend la circulation plus lente et le pouls plus petit, en même temps que peut-être il diminue le calibre des vaisseaux, on concevra qu'il doive être utile dans les maladies du centre circulatoire et des artères.
Nous devons ajouter que cette médication a été reprise dans ces dernières années par Brachet, de Lyon, qui, pour combattre avec plus de chances de succès les hypertrophies du cœur, a cru devoir associer la digitale à l'acétate de Plomb. Voici quelle était sa formule : acétate de Plomb, 2 grammes ; extrait de digitale, 1 gramme ; pour vingt pilules. Il donnait d'abord deux pilules par jour, et en augmentant d'une pilule de cinq en cinq jours, il arrivait à donner deux pilules matin et soir. Dans les anévrismes confirmés, ou dans les hypertrophies tout à fait organiques, il n'obtenait le plus souvent qu'une amélioration passagère, tandis que, dans les cas d'hypertrophie récente ou peu avancée, l'efficacité de cette médication ne lui paraissait pas douteuse.
Mais ces faits, présentés par M. Brachet à l'Académie, avaient rencontré plus d'un contradicteur. Nous citerons M. Bobert entre autres, qui, ayant vu l'acétate de Plomb échouer généralement dans l'hypertrophie véritable, était porté à considérer les faits rapportés par M. Brachet comme des cas de simple névrose du cœur, et, par suite, à attribuer les bons effets de la médication à son action sédative sur l'organe central de la circulation. Toutefois, nous ne devons pas taire que tout récemment M. le docteur Valentin, de Vitry-le-Français, vient de répéter les expériences de M. Brachet, et que, grâce à la même formule, il a obtenu de bons résultats dans certaines affections offrant les signes d'une hypertrophie du cœur encore peu avancée. Selon cet auteur, l'acétate de Plomb, pris à l'intérieur, agirait sur le centre circulatoire comme il agit sur les tubes artériels dans les anévrismes externes accessibles aux applications topiques, c'est-à-dire par son astringence, en favorisant le resserrement et la crispation des capillaires du cœur, et en favorisant ainsi l'absorption des molécules hypertropbiques. Bien que la plupart des faits rapportés par M. Brachet, ou par M. Valentin, en faveur de cette médication, puissent offrir matière à discussion, et que les résultats obtenus
•JSf MÉDICAMENTS ASTRINGENTS.
soient loin d'être parfaitement décisifs, nous pensons néanmoins que ces résultats sont très-suffisants pour inviter à de nouvelles expérimentations, et pour autoriser même des espérances de succès, autant du moins que peut le comporter une affection grave et résistante de sa nature, telle qr-e l'hypertrophie du cœur, pour peu qu'elle ait déjà une certaine durée.
Sous-aeétate de Plomb. — Ce sel, connu sous le nom d'extrait de Saturne, acétate de Plomb liquide, vinaigre de Satwne, Eau de Saturne, Eau de Goulard, est décomposé par l'eau non distillée en acétate de potasse, de £haux ou de soude, et en sulfate, chlorure, carbonate et phosphate de Plomb, qui se précipitent dans la liqueur devenue ainsi laiteuse, et connue dans cet état sous les noms d'eau végéto-minérale, eau de Goulard.
L'eau blanche, ou eau de Saturne, diffère de l'eau de Goulard en ce qu'elle ne renferme pas d'alcool; cependant on les confond très-souvent ensemble.
C'est sous cette dernière forme que le sous-acétate de Plomb est ordinairement employé ; pur, il est peu usité.
C'est un des astringents les plus connus. Mise en contact avec la peau, avec une plaie, l'eau de Goulard en chasse le sang, l'affaisse, la racornit, la ride, et, en un mot, repousse les liquides des tissus. Cette action astringente si puissante n'est pas accompagnée de douleurs : et même les douleurs, s'il en existait, sont ordinairement calmées.
Maladies de la peau. — Dans les brûlures au premier degré, et dans celles qui sont passées à la suppuration, l'eau de Goulard est appliquée d'une manière continue sur les parties malades à l'aide de compresses que l'on a soin de tenir constamment imbibées. Le même moyen est employé dans les dartres, celles seulement qui ont le caractère aigu, telles que l'eczéma simple, et certains herpès; dans les affections cutanées chroniques prurigineuses, telles que l'eczéma chronique ; dans les ulcères des membres inférieurs, lors surtout qu'ils ont une disposition à saigner, que les bords deviennent œdémateux et se déchirent.
La transpiration des pieds prend quelquefois une telle àcreté, qu'elle amène à sa suite l'usure de la peau entre les orteils; il en résulte une exsudation d'une odeur infecte et, ce qui est plus grave, une surface ulcéreuse qui, par son extrême sensibilité, va jusqu'à gêner la marche et empêcher même les ouvriers de travailler.
Pour guérir cette infirmité, on fait pénétrer dans les orteils quelques gouttes du liquide dont suit la formule :
Oxyde rouge de Plomb .. 1 gram.
Sous-acétate de Plomb liquide 29
Cette application, faite tous les huit jours, est suffisante pour guérir l'affection et en prévenir le retour.
Au dire de l'auteur, M. A. Gaffnrd, d'Aurillac, ce liquide modère seulement la transpiration, sans la supprimer complètement ; il la rend ino-
dore, et la peau reprend son épaisseur primitive sans cesser d'être souple. Nous voulons bien accepter cette médication, mais c'est à la condition de l'employer avec prudence et d'en surveiller l'emploi ; car on sait combien la suppression brusque d'une transpiration locale, si elle est ancienne et si elle a le caractère d'un émouctoire, peut entraîner de graves inconvénients pour la santé générale.
Maladies des membranes muqueuses. — En Collyre, l'eau de Goulard
est employée dans les oph thaï mies catarrhales, scrofulcuses ; en injections, dans les fosses nasales, pour le coryza chronique, l'ozène; dans le conduit auditif, pour l'otorrhée; dans le vagin, dans l'urètre, pour la leucorrhée, la blennorrhagie; dans le rectum, pour la proctorrhée, le flux purulent hémorrhoïdal, la diarrhée chronique qui suit les dysenteries et qui est due à des ulcérations des dernières parties du gros intestin ; en gargarisme, dans l'angine catarrhale, dans l'œdème de la luette, dans la stomatite aphtheuse.
Une application de ce médicament a été faite il y a quelques années par M. le docteur Barthez, alors médecin en chef de l'hôpital militaire de Saint-Denis. 11 ne s'agit plus seulement de la dysenterie chronique, mais de cette maladie à l'état aigu. Nous empruntons à la Gazette des hôpitaux (décembre 1845) la relation suivante des succès obtenus dans ce cas par M. Barthez.
« Depuis le mois d'août, M. le docteur Barthez a eu occasion de soigner un grand nombre de malades atteints de dysenterie, dont plusieurs ont succombé malgré l'emploi des moyens généralement usitée Voyanl leur peu de succès, M. Barthez recourut au sous-acétate de Plomb. Procédant avec la mesure que réclame un médicament de cette nature, il est arrivé à pouvoir prescrire en lavement jusqu'à 100 gouttes d'extrait de Saturne ou bien 5 grammes pour 500 grammes d'eau tiède, sans aucun accident. Quant à la dysenterie, elle a été arrêtée presque subitement.
« Une condition est nécessaire au succès de la médication, c'est que le remède soit appliqué dès le début de la maladie. Plus tard, le rectum est tellement irrité, que le lavement ne peut être retenu. »
Plus récemment, M. Barthez a lu à laSociété des médecins des hôpitaux de Paris un nouveau travail sur le même sujet. Il est arrivé, dans le traitement des dysenteries aiguës, à la dose énorme de 30, 40, 100 grammes dans un lavement, et cela sans produire d'accidents toxiques. Ces résultats ont été confirmés par des expériences ultérieures de M. Boudin, alors qu'il était médecin en chef de l'hôpital militaire du Roule.
Le sous-acétate de Plomb a été employé par lui en lavement sur plus de 330 à 600 malades, atteints de diarrhée, de dysenterie ou de choléra épidémique. Le médicament, dissous dans 100 grammes d'eau distillée, a été donné depuis dix jusqu'à soixante grammes dans les vingt-quatre heures, en plusieurs quarts de lavement. Non-seulement l'innocuité du sous-acétate de Plomb ainsi manié a été complète, mais encore 8e éd. — T. i. 19
les résultats thérapeutiques se sont montrés les plus satisfaisants.
Encouragé par cette innocuité, M. Boudin a administré le même médicament pur, c'est-à-dire sans addition aucune, par la bouche, contre les vomissements persistants de six ou huit cholériques, vomissements rebelles à tous les moyens ordinaires. Ici encore l'innocuité s'est montrée complète, et dans plusieurs cas la cessation des vomissements ne s'est pas fait attendre. M. Boudin pense que le sous-acétate de Plomb liquide administré à faibles doses ne présenterait peut-être pas la même innocuité, en ce qu'il pourrait ne pas s'opposer aussi complètement à l'absorption.
Toutefois, il est des circonstances où il faut augmenter encore davantage la dose du sous-acétate de Plomb, si l'on veut atteindre le but curatif que l'on se propose. Ainsi, M. Sommé, d'Anvers, a démontré que la solution de sous-acétate de Plomb était un des meilleurs moyens à employer dans le traitement du ptyalisme mercuriel, à la condition de mettre une dose suffisante de sel en dissolution dans l'eau; il faisait des gargarismes et des collutoires dans lesquels l'extrait de Saturne entrait dans la proportion énorme d'un huitième et même d'un sixième, et M. Ricord a dernièrement fait voir que les blcnnorrhagies et ulcérations blennorrhagiques du col de l'utérus, chez les femmes, ne cédaient rapidement et efficacement qu'en introduisant dans le vagin et en mettant en contact avec le museau de tanche un tampon, imbibé d'une solution analogue, à celle que M. Sommé préconise dans le traitement de la salivation hydrargyrique.
Les gargarismes d'acétate de Plomb ont un inconvénient contre lequel se révoltent ordinairement les malades : les dents prennent une teinte noire horrible, qui disparaît, il est vrai, plus ou moins complètement après le traitement, mais qui, pendant quelques jours, donne à la bouche un aspect repoussant.
Hémorrhagies. — L'eau blanche et l'extrait de Saturne employés purs ne pourraient probablement pas conjurer une hémorrhagie dépendant de l'ouverture d'un gros vaisseau artériel ou veineux ; mais ce moyen thérapeutique est un des plus efficaces que l'on puisse employer dans les hémorrhagies baveuses et capillaires qui suivent les grandes opérations, dans celles qui se font à la surface des plaies cancéreuses, des ulcères fongueux, dans celles qui s'exhalent des membranes muqueuses, telles que celles du nez, de l'utérus, etc., etc.
Il nous reste à parler de l'application que l'on a faite du sous-acétate de Plomb à la confection des moxas. Cette idée est de Marmorat (Journ. des Connaiss. méd.-chir., t. II, p. 172). Ce médecin avait sans doute été conduit à cette découverte par Cadet et Rathelot, qui avaient conseillé, pour faire des mèches d'artillerie et d'artifice, de les tremper dans une solution concentrée d'acétate neutre de Plomb (Bull, de Pharm., t. IV, p. 419). «Les moxas, dont la préparation est la plus simple, l'emploi le plus commode, l'action la plus régulière et la plus facile à régler, sont,
dit Marmorat, ceux quo l'on fait avec du papier préalablement trempé dans l'extrait de Saturne et séché. C'est lui que j'appelle pupier-moxa ; il doit être sans colle ou Légèrement collé; alors il prend feu au briquet et brûle comme de l'amadou. On le conserve dans un portefeuille, et quelques instants suffisent à la préparation d'un moxa; on en coupe une bande de quelques lignes de hauteur que l'on roule sur elle-même, de manière à avoir un cylindre du diamètre désiré. La combustion est trop rapide ou trop lente, selon qu'il est trop peu ou trop serré. »
Le tannate de Plomb a été employé dans le traitement des ulcères gangreneux. On en fait une pommade en l'incorporant à quatre ou six fois son poids d'axonge, et on en enduit des plumasseaux ou des gâteaux de charpie que l'on applique sur les surfaces ulcérées. Ce moyen, suivant M. Yott (Gaz. des hôpit., t. XI, n° 145), calme rapidement les douleurs et amène une guérison assez prompte.
MODE D'ADMINISTRATION ET DOSES
Nous avons dit plus haut comment le sparadrap de diachylon était conseillé dans le traitement des ulcères.
L'onguent de la mère est particulièrement considéré comme maturatif pour bâter la suppuration des furoncles et des abcès froids; on l'étend sur un morceau de peau que l'on applique sur la partie enflammée.
L'emplâtre de Nuremberg , ainsi que l'emplâtre de minium simple, dont nous avons indiqué la composition, s'étendent également sur de la peau ou sur une toile, et sont appliqués sur les tumeurs chroniques pour en obtenir la résolution; on en renouvelle l'application tous les deux ou trois jours, et on la continue pendant plusieurs mois.
L'emplâtre de céruse s'emploie de la même manière que les précédents : on le laisse appliqué sur la partie aussi longtemps que les douleurs névralgiques peuvent durer.
L'acétate neutre de Plomb se donne à l'intérieur ou dissous dans l'eau distillée, ou en pilules. La dose, dans les cas les plus ordinaires, est de 10 centigrammes à 1 gramme. En collyre, il se donne à la dose de 25 à 30 centigrammes pour 30 grammes d'eau distillée. La dose est en quelque sorte illimitée pour les injections urétrales et les lavements, ainsi que pour les injections vaginales.
Le sous-acétate de Plomb s'emploie pur pour toucher le col utérin dans le cas de leucorrhée avec ulcération superficielle, et même dans le cas de blennorrhagie vaginale; dans ce cas, on fait, sur la membrane muqueuse, une lotion avec un pinceau imbibé d'extrait de Saturne.
Le nitrate de Plomb a été proposé par MM. Raphanel et Ledoyen comme un moyen général de désinfection. M. Bouchardat a fait sur cette importante question un rapport à l'Académie, en février 1854. D'après ce savant chimiste, la solution de nitrate de Plomb exerce sur les matières solides et liquides à désinfecter une action prompte et complète ;
la mauvaise odeur se trouve immédiatement neutralisée. Mais ce procédé a contre lui plusieurs inconvénients plus ou moins graves. D'abord le nitrate de Plomb est d'un prix plus élevé que les autres agents de désinfection, tels que l'acétate de Plomb, le chlorure de zinc; et puis son action toxique, lente et insidieuse, de plus la couleur foncée du sulfure de Plomb qui résulte de son contact avec les matières chargées d'hydrogène sulfuré, toutes ces causes empêcheront l'adoption générale de ce procédé, soit pour la vidange des fosses d'aisances, soit comme moyen de désinfection des casernes, des amphithéâtres de dissection, soit surtout comme moyen de conservation des pièces anatomiques. Sous ce dernier rapport surtout, le chlorure de zinc est évidemment préférable au nitrate de Plomb , par la raison qu'il donne lieu à un sulfure de zinc blanc.
Toutefois la solution de nitrate de Plomb est appelée à rendre des services dans la thérapeutique chirurgicale, en débarrassant de leur odeur fétide les plaies de mauvais caractère. Il est bon de savoir que déjà autrefois ce sel avait été utilisé à ce point de vue ; ainsi il entrait comme partie active dans la préparation désignée, dans la Pharmacopée de Van-Mons, sous le nom de baume de Plomb.
Toutefois, il est juste de reconnaître qu'on doit à MM. Raphanel et Ledoyen d'avoir fait ressortir avec raison la propriété désinfectante du nitrate de Plomb dans le pansement des plaies. A cet égard, ce sel vient se placer sur la même ligne que l'acétate de Plomb.
A ce titre donc, le nitrate de Plomb mérite d'être recommandé aux chirurgiens.
La dose est la même à peu près que pour l'acétate de Plomb.
L'Alun, Alumen, sulfate d'alumine et de L'Alun bien calciné est soluble dans
potasse ou d'ammoniaque, l'eau, quoique à un moindre degré que
mon, .,,-,, oom . ar k„ l'Alun cristallisé; mais il se dissout avec
KO S03, AlO», 3SO' + 24Aq, une estrème Icnt'eurj et cette lenteur es(
est un sel incolore, inodore, cristallisé en telle qu'au premier abord le sel semble
beaux octaèdres. Il a une saveur douceà- tout à fait insoluble,
tre, astringente etacide; ilrougitle papier On peut substituer sans inconvénient
de tournesol. Insoluble dans l'alcool ab- pour l'usage médical l'Alun d'ammonia-
solu, il se dissout dans son poids d'eau à que à celui de potasse, mais ce dernier ren-
90° c, et dans 18 fois son poids d'eau ferme souvent du fer; il a alors une teinte
froide. rosée. On connaît dans le commerce trois
Pour les usages chirurgicaux on emploie sortes d'Alun de potasse :
quelquefois l'alun calciné. 1° L'Alun de Rome est préparé avec une
L'Alun calciné, sulfate d'alumine et de roche que l'on trouve dans plusieurs en-
•potasst desséché, se prépare en faisant droits d'Italie, surtout à la Toi fa : il ren-
chauffer dans un pot de terre l'Alun du ferme un peu de silice et du fer ;
commerce réduit en poudre grossière. Le 2° L'Alun de Liège est préparé en mé-
feu doit être conduit doucement, de ma- langeant la pyrite de fer et de l'alumine
nière que l'Alun fonde dans son eau de par l'exposition à l'air humide; les sulfures
cristallisation, et que celle-ci s'évapore. se changent en sulfates ; à l'aide de lava-
gcs et de cristallisations répétées on se- s'obtient en calcinant l'argile pour peroxy-
pare le sulfate de fer, et on fait bouillir der le fer; puis l'argile ainsi calcinéo est
les eaux mères avec du sulfate de potasse dissoute dans l'acide sulfurique, et on
ou du sulfate d'ammoniaque; ajoute 1 la solution du sulfate de po-
3° L'Alun de Paris, qui est le plus pur, tasse.
Les plus anciens auteurs ont fait usage de l'Alun, etl'on peut dire même que ce médicament a longtemps été la base de presque toutes les prépai itions externes. Les découvertes de la chimie ont singulièrement étendu le domaine de la matière médicale, et peu à peu de nouvelles substances ont dépossédé l'Alun de la prééminence qu'il avait acquise dans les premiers âges delà médecine. Quoique la plupart des effets thérapeutiques de l'Alun puissent être obtenus par d'autres agents, nous croyons néanmoins devoir insister sur les propriétés d'une substance qui se trouve partout a vil prix, et qui entre encore aujourd'hui dans un grand nombre de recettes populaires que les habitants des campagnes emploient dans le traitement de leurs maladies ou de celles des animaux domestiques.