ACTION THÉRAPEUTIQUE DES PRÉPARATIONS AURIQUES
Syphilis. — Les heureux résultats de l'Or dans le traitement des maladies vénériennes sont aujourd'hui un fait incontestable et bien acquis à la science. On peut lire, dans les écrits des auteurs qui se sont occupés de ce point de thérapeutique, des observations qui prouvent les propriétés antisyphilitiques des composés auriques. Le travail de M. Legrand, dans lequel on regrelte l'absence de tout résumé, contient sur ce sujet des faits assez probants. Il rapporte d'abord des histoires de syphilis primitives guéries par l'administration de l'Or seul. Ces véroles étaient, pour la plupart, assez graves pour qu'on ne pût logiquement attribuer la guérison à l'expectation. L'influence de l'Or devient beaucoup plus
306 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
évidente encore quand les accidents primitifs duraient depuis longtemps, qu'en un mot la syphilis était invétérée. Dans ce cas, on savait à quoi s'en tenir sur l'expectation ; elle n'avait fait qu'empirer le mal. Ces accidents primitifs étaient tous ceux qui siégeaient dans les parties génitales ou au voisinage, tels que chancres, végétations, bubons, rhagades, fissures, etc., etc. Enfin des observations tout aussi nombreuses prouvent l'heureuse influence de l'Or dans le traitement des accidents secondaires et constitutionnels, tels qu'ulcères des fosses nasales, du pharynx, du larynx, syphilides cutanées, exostoses, nécroses, caries, consomptions vénériennes.
Quant à la blennorrhagie, elle ne paraît pas avoir été aussi évidemment modifiée que les autres accidents vénériens.
On remarque souvent pendant l'administration de l'Or, dans la vérole constitutionnelle, quelques phénomènes dont le médecin doit être instruit, s'il ne veut courir le risque de tomber dans une grave erreur thérapeutique. Il arrive en effet que, sous l'influence des préparations auriques, tous les accidents syphilitiques locaux prennent un surcroît d'intensité, que même il en apparaisse de nouveaux. Ces phénomènes, loin de devoir inspirer des craintes, sont plutôt désirables; car, peu de jours après leur manifestation, on voit la maladie suivre une marche rapidement rétrograde. Il est donc bien important que le médecin se rassure, et surtout qu'il prévienne et tranquillise ceux qui sont confiés à ses soins.
Parmi les avantages que les partisans de l'Or reconnaissent à ce médicament dans le traitement de la syphilis primitive ou secondaire, il faut citer le suivant : c'est que, la plupart du temps, il n'est besoin ni d'exciter les excroissances ni de faire usage d'aucune application topique. Quelquefois pourtant on retire des avantages en pansant les ulcères de mauvais caractère avec une pommade aurique, ou en frictionnant les engorgements syphilitiques avec cette même pommade.
• Dietrich, qui a publié sur la maladie mercurielle un travail intéressant, conteste à l'Or toute vertu antisyphilitique; mais il le regarde comme le plus puissant remède que l'on puisse opposer à la cachexie hydrargyrique ; et il pense que, s'il paraît réussir si bien dans les syphilis constitutionnelles , c'est que presque toujours ces prétendues syphilis ne sont autre chose que l'expression d'une intoxication causée par l'administration du mercure (Journ. des Connaiss. méd.-chir., 1810, juillet). L'opinion de Dietrich nous semble insoutenable, et les faits sont là pour en démontrer la fausseté ; mais il ne s'ensuit pas moins que l'Or, dans les accidents vénériens secondaires qui n'ont pas cédé au mercure, doit, avecl'iodure de potassium, occuper un rang important.
Scrofule. — Des faits nouveaux publiés par M. Legrand (Journ. des Connaiss. mêd.-chir., t. V, 4e année) témoignent en faveur des préparations d'Or dans le traitement de la scrofule. En même temps qu'il donne
l'Or à l'intérieur pour modifier la constitution et pour combattre le vice scrofuleux, il 1 1 ■; i i t e topiquement, par les pommades auriqaes, les ulcérations qui pi'in vnt siéger au COU <m dans toute autre partie. Déjà Lallouette avait, dans le milieu du siècle dernier, vanté contre les scrofules deux foies de soufre solaire, et un savon antimonial par la voie solaire, composés dans lesquels il entrai! de l'Or; et plus tard M. Ghrestien, de Montpellier, dans son enthousiasme pour l'Or, avait aussi préconisé son remède favori, non-seulement dans le traitement de la scrofule, mais dans celui des dartres, du goitre, du squirrhe delà matrice, et même de la phtbisie tuberculeuse.
Les expériences tentées, à l'hôpital des Enfants, par M. Baudelocque; à la Charité, par le professeur Yelpeau, dans le traitement de la maladie scrofuleuse, n'ont servi qu'à leur démontrer l'inutilité des préparations auriques dans cette affection.
A la vérité, il faut reconnaître que les expérimentations thérapeutiques sur les maladies scrofuleuses n'ont généralement pas beaucoup de succès au sein de nos hôpitaux ; et c'est une observation que déjà nous avons dû faire à l'occasion de l'huile de morue. La raison d'ailleurs en est facile à saisir. En effet, de l'aveu des bons observateurs, la plupart des médicaments qui jouissent d'une efficacité réelle contre les scrofules agissent moins comme spécifiques que comme toniques excitants, ou comme modificateurs spéciaux des appareils organiques qui président à la digestion et à, la nutrition. Il en résulte donc que ces médicaments, pour manifester toutes leurs propriétés et pour opérer convenablement, ont besoin de trouver des auxiliaires dans un air pur, une bonne nourriture, des soins de propreté, en un mot, dans des conditions d'hygiène tout autres que celles qu'on rencontre le plus généralement dans des établissements publics.
Sans doute, à l'égard des maladies scrofuleuses surtout, l'Or n'a pas tenu toutes les grandes et belles promesses que son patron avait faites en son nom.
Toutefois, il ne faut pas que l'exagération d'un enthousiaste devienne, pour un remède qui peut être bon, un motif de complet discrédit. Or, après avoir lu le dernier mémoire de M. Legrand sur le traitement des Maladies scrofuleuses des os (1851), il serait injuste de ne pas reconnaître que, dans un certain nombre de cas rapportés dans ce travail, les préparations auriques ont exercé sur la scrofule osseuse une influence manifestement favorable.
Ajoutons que, de son côté, Niel, de Marseille, a observé des exemples d'ophthalmie scrofuleuse, d'engorgement des glandes, de tumeurs blanches, de teigne, de goitre et même d'éléphantiasis, guéris p?/ d'assez fortes doses d'Or.
Reconnaissons d'ailleurs qu'après la syphilis, où il a une efficacité incontestable, c'est peut-être dans les dartres que l'Or obtient le plus de succès. Chrestien et Lallemand, de Montpellier, en ont constaté de bons
398 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
effets dans les maladies lépreuses (Bulletin Je Thérap., 1837, t. Vil). Dans les affections cutanées, l'Or s'emploie surtout topiquement, bien que ses partisans le regardent comme agissant utilement aussi quand on l'administre à l'intérieur.
Disons enfin que le docteur Goetzner a réussi par d'énormes doses de muriate d'Or, de 1 à 5 centigrammes, dans des cas d'ascite dépendante d'affections chroniques du foie, chez des malades non épuisés (Mérat et Delens, Dict. de Mat. méd., t. V, p. 85).
Maladies du tube digestif. — Nous avons insisté, au commencement de cet article, sur la propriété qu'ont les composés auriques de rétablir les fonctions de l'estomac. M. Legrand a publié en 1849, sur ce sujet, un mémoire fort intéressant. On y trouve plusieurs histoires d'enfants du premier âge, affectés de diarrhée, de vomissements, de dyspepsie, et dans un état de marasme qui inspirait les plus sérieuses inquiétudes pour leur vie. Dans ces cas il administre l'Or divisé, incorporé à du miel, 2 centigrammes et demi à 5 centigrammes d'Or par 30 grammes d'excipient, et il fait prendre, chaque jour, une ou deux cuillerées à café de cette mixture. Préalablement il calme les douleurs de ventre, s'il en existe, par des bains, des cataplasmes et des clystères émollients. Il continue ainsi la préparation aurique jusqu'à ce que la santé ne laisse plus rien à désirer, et il ne craint pas d'aller jusqu'à 30, 40, 50 centigrammes pour tout le traitement.
Aménorrhée. — Quand nous nous sommes occupés de l'action physiologique de l'Or, indépendamment de ses propriétés thérapeutiques, nous avons vu qu'il provoquait la congestion des vaisseaux du bassin, et qu'à ce titre, il était un moyen puissant de provoquer les règles et la fluxion hémorrhoïdale. C'est un point de ressemblance de plus que l'Or a avec l'iode. 11 en résulte que, chez les femmes enceintes, chez celles qui, à leur époque critique, ou dans tout autre moment, sont sujettes aux hémorrhagies, chez celles encore qui ont une fluxion permanente du côté de l'utérus, il y a inconvénient réel à donner des préparations auriques, et qu'au contraire il y aura avantage à les administrer si les règles sont trop peu abondantes, ou nulles ; il est donc important de faire ici des réserves semblables à celles que nous avons faites eu parlant des propriétés emménagogues de l'iode.
Il nous reste à parler de l'Or comme topique. M. Legrand d'abord et M. Récamier ensuite ont employé le perchlorure d'Or comme caustique dans les ulcérations du col de l'utérus. Pour lotions, pour injections vaginales, on fait usage du perchlorure d'Or et de sodium en dissolution dans de l'eau distillée, à la dose de 5 centigrammes pour 30, 60 et même 120 grammes de véhicule.
Les pommades auriques, dont nous donnons plus bas la formule, servent non-seulement pour déterger les ulcères vénériens, mais encore
pour modifier les ulcérations scrofuleuses, dartreuses et les affections
herpétiques diverses.
MODE D'ADMINISTRATION ET DOSES
L'Or divisé s'administre par doses croissantes de \ à 20 centigrammes par jour, en frictions sur la langue (cette friction doit être d'une durée de quatre minutes pour l'Or divisé et pour les oxydes; une minute suffit pour le chlorure). On l'administre aussi à l'intérieur, ainsi que toutes les préparations d'Or, le matin, à jeun, clans une cuillerée de confiture non acide ; une demi-heure après, le malade hoit un grand verre de petit-lait. L'Or divisé s'emploie également en tahlettes, en pilules. On compose des pommades en incorporant 30 à 60 centigrammes d'Or divisé dans de l'axonge ou du cérat. On fait des tahlettes selon la formule suivante :
Or divisé, ou mieux oxyde d'Or 0er,75
Sucre blanc en poudre 30
Mêlez exactement, et faites avec le mucilage de gomme adragant une masse que vous diviserez en soixante tahlettes.
Les pilules se composent en mêlant l'Or divisé, ou mieux l'un des oxydes, avec un extrait quelconque. On fait ainsi des pilules de 5 milligrammes, qu'on prend le matin à jeun, en commençant par une et en allant jusqu'à dix.
Les oxydes d'Or sont employés sous les mêmes formes que l'Or divisé, mais pas habituellement à l'extérieur; ils se donnent à la dose de 5 milligrammes, de S centigrammes, et même de 10 centigrammes par jour. L'oxyde d'Or par l'étain est plus énergique que celui par la potasse.
Le perchlorure d'Or et de sodium est un caustique puissant : on le donne pulvérisé et mêlé à de fortes proportions d'une poudre parfaitement inerte, l'iris par exemple ou l'amidon. Il s'administre le plus ordinairement en friction sur la langue, à la dose de 2 à 23 milligrammes par jour. Niel a même poussé la dose jusqu'à 5 centigrammes. On peut aussi pratiquer cette friction sur la face interne des joues, mais on préfère la langue, de peur que le contact du médicament ne noircisse les dents. On remarque, en effet, que lorsqu'on fait ces frictions sur la langue, celle-ci et le doigt deviennent d'un violet foncé qui ne s'efface qu'à la longue, et lorsqu'on ne fait plus usage de ce moyen depuis longtemps. Si par mégarde on touche les dents, celles-ci se noircissent également, et il faut quelquefois plusieurs semaines avant que cet inconvénient disparaisse. Pour éviter la tache qui s'attache au doigt, M. Legrand conseille de se servir de la petite éponge qui se trouve placée souvent sur l'un des côtés des brosses à dents. Dans tous les cas, ces colorations disparaissent lorsqu'on traite ces taches avec une solution de cyanure de potassium.
400 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Le mécanisme de la friction, et peut-être l'action irritante du médicament, déterminent toujours une abondante sécrétion de salive. M. Chrestien pense qu'après avoir gardé quelque temps la salive dans la bouche, on peut la rejeter; Gozzi, au contraire, donne le conseil de l'avaler; M. Legrand se range de l'avis de ce dernier.
Le perchlorure d'Or el de sodium peut aussi se donner à l'intérieur, mêlé à de la poudre d'iris, sur de la confiture non acide, ou en dissolution dans l'eau distillée. On ne doit jamais le prescrire en tablettes, en pilules, ou dans des sirops, parce que de cette manière il se décompose.
M. Chrestien a une fois administré avec le plus grand succès, suivant la méthode de Girillo, en frictions sous la plante des pieds, le perchlorure d'Or et de sodium incorporé à l'axonge, à la dose de 15 grammes de sel aurique pour 125 grammes. On consomme 4 grammes de pommade pour la première friction, et on augmente la dose de temps en temps.
Quand la langue est excoriée ou trop irritable, il faut pratiquer les frictions sur la surface interne des joues, et si quelque accident empêche de les faire sur cette dernière partie, on les fera à la base du gland ou à la face interne des grandes lèvres
Les doses nécessaires pour obtenir la guenson d'une syphilis récente ne sont pas les mêmes que celles qu'il convient d'employer dans une vérole constitutionnelle ou dans les scrofules, ou bien encore dans le traitement des maladies chroniques de la peau.
Pour la syphilis, les doses de perchlorure d'Or et de sodium sont comprises entre les limites de 15 centigrammes à 2 grammes, les doses d'Or divisé et d'oxyde sont beaucoup plus considérables.
25 centigrammes de chlorure, en commençant par une dose trèsminime, et allant par doses croissantes, suffisent, en général, pour les maladies vénériennes récentes; la quantité du médicament doit être double et triple même pour les véroles constitutionnelles.
Quand on suppose que les préparations auriques devront être administrées pendant longtemps, il faudra changer souvent de préparation, et insister principalement sur les oxydes et l'Or divisé, qui n'ont pas d'action irritante.
Les précautions à prendre pendant le traitement et le régime n'ont rien de spécial ; mais ceux qui sont en traitement doivent se souvenir qu'ils sont malades et se conduire comme tels.
PLATINE
Le Platine a la couleur et l'éclat de l'ar- parfaitement pur est plus mou que l'argent, il a seulement une teinte un peu gent; la présence d'une quantité minime plus grisâtre. Il est extrêmement ductile d'un métal étranger le durcit beaucoup, et un peu moins malléable que l'or. D'à- C'est pourquoi le Platine du commerce, près Wollaston, la ténacité du Platine est qui contient ordinairement 1.2 pour 100 à celle du fer comme 59 : U0. Le Platine d'iridium ou de palladium, est très-dur.
PLATINE
Le Platine peul être considéré comme le plus pesant de tous les corps j son poids Hque est 21,80. Il est infusible an feu de nos fourneaux ; il ne fond qu'à la flamme d'un mélange explosif d'oxygène et d'hydrogène, ou par l'action d'une puissante pile de volta. A une tempi blanche très-forte, le Platine se ramollit de manière à pouvoir être forgé et soudé sur lui-même, comme le fer.
Le Platine est, comme l'or, inaltérable a l'air et inoxydable, soit à froid, soit à chaud, i lomme l'or, il a pour dis l'eau régale. Les eaux régales de fluor et de brome le dissolvent également, L'acide azotique n'attaque le Platine que lorsque celui-ci se trouve allié avec une certaine quantité d'argent.
Il serait trop long d'énumérer toutes les réactions que le Platine peut subir au contact des corps minéralisables etminéralisateurs. Nous nous contenterons de citer les principaux composés de Platine dont l'usage pourra peut-être un jour Revenir beaucoup plus général qu'il n'est aujourd'hui.
1° Le perchiôrure de Plnline, PtCl2, qu'on obtient en dissolvant le métal dans l'eau régale, est de tous les composés platiniques le plus répandu. C'est aussi avec celui-là que l'on a entrepris le plus grand nombre d'expériences. Ce composé est, à l'état solide ou en dissolution concentrée, de couleur rouge brique, incristallisable. Il attire l'humidité de l'air, au moins aussi fortement que le chlorure de calcium, et ' ne tarde pas à couler, ou, comme on dit eu style scolastique, à tomber en deliquium. Il est très-soluble dans l'eau et dans l'alcool. Sa dissolution alcoolique laisse, sous l'influence de la chaleur, déposer du Platine métallique. C'est par ce moyen qu'on peut recouvrir le verre, la porcelaine, etc., de minces couches de Platine. Le perchiôrure de Platine est un véritable acide, qu'il convient d'appeler acide chloroplatiniqite ; car il se combine avec un certain nombre de chlorures, et particulièrement avec des chlorures alcalins, pour former des chtoroplatinales 'chlorures doubles de l'ancienne nomenclature) bien cristallisables. Sous ce rapport, l'analogie du perchiôrure de Platine avec le perchiôrure de mercure 'sublimé corrosif) et le perchiôrure d'or (sel d'or) est complète. Nous verrons tout à l'heure que cette analogie ne se borne pas seulement aux procédés chimiques.
2» Chloroplalinate de potassium, PtCl2, KC1 'chlorure double de Platine et de potassium.) Il est, fi l'état de précipité récent, d'un beau jaune orange, assez peu soluble dans l'eau; il faut 144 parties d'eau k 10 degrés pour le dissoudre. Il est un peu plus soluble à chaud et dans l'eau aiguisir d'acide chlorhydrique. On l'obtient en traitant la potasse ou un sel de potasse par l'acide chloroplatinique.
Le Chloroplalinate d'ammoniaque chlo-
rure de Platine et d'ammoniaque) est analogue au composé précédent.
3° Chloroplalinate de sodium. 11 esl Insoluble dans l'eau, et donne, par évaporation, de beaux cristaux prismatiques couleur rouge de sang.
La chaux, la strontiane, la baryte, la magnésie, le manganèse, le fer, le cobalt, le nickel, le cuivre, le zinc et le cadmium donnent tous des chloroplatinates analogues, dans lesquels deux équivalents de chloraoide se trouvent combinés avec un équivalent de chlorobase. Les bromures, les iodureset les fluorures de Platine sont analogues aux chlorures.
Le cyanure de Platine, PtCy, qui a de l'analogie avec le chlorure, donne naissance à plusieurs composés doubles assez intéressants.
4° Cyanoplatinate de potassium 'cyanure double de Platine et de potassium). On le prépare en chauffant au rou;j<' des parties égales d'épongé de Platine et de cyanol'errure de potassium sec. On lessive avec de l'eau la masse calcinée, et on l'évapore; l'excès de cyanol'errure cristallise le premier; le cyanoplatinate de potassium cristallise le dernier sous forme de prismes, minces, allongés, jaunes par transmission et bleus par réflexion (L. Gmelin).
5° Cyanoplatinate de mercure. La dissolution du cyanoplatinate de potassium donne, étant traitée par l'azotate de protoxyde de mercure, un précipité bleu de cobalt. Lorsqu'on chauffe ce précipité dans l'eau, on obtient de l'azotate de mercure, qui reste en dissolution, et un résidu blanc, qui est du cyanoplatinate de mercure pur (Dœbereinerj.
6° Cyanhydrate de cyanure de Platine.
Ce composé cristallise en masse confuse ; il se liquéfie rapidement à l'air humide. On le prépare en faisant arriver du gaz acide sulfhydrique dans de l'eau tenant en suspension du cyanoplatinate de mercure.
Les oxydes de Platine ne s'obtiennent que par des moyens indirects ; ils sont peu stables et assez mal connus.
Le Platine dans un état de division extrême (noie de Platine), et le Platine dans un état particulier d'agrégation moléculaire (éponge dé Platine), présentent, au contact de certains gaz ou de certaines substances organiques, les phénomènes les plus singuliers dont les fastes de la science fassent mention.
A. .Voir de Platine. C'est une poudre d'un noir de suie et très-lourde. Elle transforme, au contact de l'air, l'espritde-vin en vinaigre, le gaz sulfureux en huile de vitriol, l'hydrogène en eau ; bref, elle jouit de la propriété remarquable d'amener la combinaison de l'hydrogène non-seulement avec l'oxygène, mais avec tous les métalloïdes gazeux ou vaporisables ; il n'en faut pas excepter le cyanogène lui-même. Tous les composés d'azote 'matières animales, sont changés en ammoniaque par un excès d'hydrogène, et en acide nitrique 'eau forte) par un excès
402 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
d'oxygène. Toutes ces combinaisons s'o- pagnée d'une température si élevée, que pèrent sous l'influence du Platine (noir de le Platine devient incandescent. Le Pla- Platine), sans que celui-ci perde rien de sa tine en éponge possède à peu près les nature. M. Kulhmann pense qu'on pourra mêmes propriétés, seulement à un degré appliquer cette propriété du Platine divisé moins élevé que le noir de Platine, à la fabrication en grand de l'ammonia- Enfin, quand on se rappelle que le Plaque, de l'eau forte et du bleu de Prusse. tine a une très-grande affinité pour le Le noir de Platine avait été autrefois con- chlore, le brome, l'iode, le cyanogène, que sidéré à tort comme un sous-uxyde. le perchlorure de Platine se combine avec B.£pon<?edsMi/(m<! (Platine en éponge). d'autres chlorures pour donner lieu à des C'est du Platine qui se trouve, par suite composés cristallisables bien caractérisés, de la calcination du chloroplatine d'am- que les oxydes de Platine sont très-peu monium, dans un état de porosité remar- stables, qu'ils se réduisent facilement, quable. L'éponge de Platine peut conden- souvent avec détonation (produits /(/(miser dans ses pores jusqu'à 745 fois son nants), quand on se rappelle son énorme poids d'hydrogène, lequel se combine poids spécifique, il est impossible de ne avec l'oxygène de l'air pour donner nais- pas trouver dans le Platine beaucoup d'asance à de l'eau. Cette action est accom- nalogie avec l'or, le mercure et l'argent.
Jusqu'ici le Platine avait été seulement indiqué comme pouvant être utile dans quelques cas assez peu nombreux, mais il n'avait pas pris rang dans la thérapeutique. Le docteur Ferd. Hoefer a publié, dans la Gazette médicale (28 novembre 1840). un mémoire intéressant sur les effets physiques et thérapeutiques du Platine. Ce travail, que nous analyserons rapidement, sera le seul dont nous puissions nous servir.