‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 2)Chapitre 97 sur 185 · MOUTARDE · texte numérisé non relu

MOUTARDE

et peu s'en fallut qu'elle ne lût victime de la médication trop active à laquelle elle avait été soumise.

C'est surtout dans des circonstances de. ce genre qu'il importe de savoir combien de temps un sinapisme doit rester appliqué; car lorsque la sensibilité veille, le malade a soin d'avertir le médecin; mais dans le cas contraire, le médicament épuise toute son action sur la peau, sans que l'encéphale en ait conscience; et lorsque ensuite le malade revient à lui, on est étonné de le voir accuser d'atroces douleurs, symptômes de lésions graves de l'organe tégumentaire.

Ce que nous venons de dire pour les maladies propres de l'encéphale, s'applique encore mieux aux affections fébriles dans lesquelles les centres nerveux sont fortement lésés. Ainsi, dans la dothinentérie, dans la scarlatine, qui se compliquent de symptômes «taxo-adynamiques, etc , etc., on prescrit des sinapismes qu'on laisse parfois appliqués pendant dix ou douze heures; cependant le malade n'a témoigné aucune sensibilité, bien que la peau ait rougi, bien que des pblyetènes se soient formées. Deux ou trois jours après, quand la sensibilité se réveille, les douleurs deviennent insupportables, une fièvre nouvelle s'allume ; le derme tombe en gangrène, et il est arrivé quelquefois que la médication a pu être accusée de la mort des malades.

De tout ce que nous venons de dire, nous concluons que jamais on ne doit laisser un sinapisme préparé à l'eau appliqué plus d'une heure ; que dans le cas même où le malade ne se plaint pas, il faut l'enlever au bout de ce temps, si toutefois la sensibilité est éteinte ou émoussée, et qu'enfin si l'on veut que la Moutarde ne produise son effet qu'avec lenteur, et qu'elle reste appliquée sans danger pendant plusieurs heures, il faut la délayer avec du vinaigre pour en mitiger l'activité.

Deux choses ont contribué à laisser les médecins dans l'ignorance sur le degré d'activité des sinapismes : c'est, d'une part, la croyance où ils étaient que la Moutarde n'était jamais si active que lorsqu'elle était délayée avec du vinaigre, et, de l'autre, la sophistication de ce médicament. Nous ne reviendrons pas sur la première cause d'erreur; nous nous contenterons dïnsister sur la seconde.

Beaucoup de pharmaciens, même à Paris, n'ont pas chez eux de moulin pour broyer la Moutarde, et ils l'achètent toute moulue chez les droguistes en gros. Or, ces derniers sophistiquent de toute façon la farine de Moutarde ; ils y mêlent du marc de colza, de graine de lin, et la teignent ensuite à l'aide d'une substance colorante. Aussi ne doit-on compter que sur la farine moulue dans les pharmacies. Les parents et les médecins eux-mêmes n'hésitent pas à envoyer chercher la Moutarde chez l'épicier voisin, et il nous est arrivé de laisser huit heures de suite un cataplasme avec de la Moutarde achetée chez un épicier, sans qu'il en résultât la moindre cuisson, tandis que sur le même individu un sinapisme préparé de la même manière, mais avec de la graine moulue chez le pharmacien, déterminait, après dix minutes, une insupportable douleur.

Il nous est arrivé plusieurs fois, depuis même que nous avons fait ces expériences, d'avoir à combattre des accidents causés par les sinapismes, bien que ceux-ci ne fussent pas restés appliqués plus d'une heure. Nous avons essayé d'abord du laudanum et des diverses préparations opiacées, que nous avons appliqués sur la peau enflammée; mais nous avons à peine modéré la douleur, quoique la dose ait été portée au point de déterminer l'enivrement. Le topique suivant nous a bien mieux réussi.

Pr. : Onguent populéum 15sr.

Extrait de belladone i

— de ààtura slramunium. . . . ' âa 0 ,30

— de jusquiame )

Enduire un linge d'une couche légère de cette pommade, et l'appliquer sur la surface malade.

On obtient d'aussi bons effets de cataplasmes ainsi composés :

Pr. : Feuilles et tiges de belladone. . . . >

— — de jusquiame ... / âa 8 gram.

de datura slramonium.

Faites bouillir dans 1,000 grammes d'eau que vous réduirez à 500 grammes; faites des cataplasmes avec de la mie de pain ou de la farine de graine de lin délayée avec cette décoction.

On peut encore faire des onctions avec le baume tranquille : les liqueurs alcooliques, telles que le laudanum, déterminent des douleurs extrêmement vives.

Si la peau est fortement excoriée, il peut arriver que ces topiques causent des vertiges et de la somnolence; c'est au médecin d'en diminuer la dose en proportion de la largeur de la surface privée d'épiderme.

Ce n'est pas ici le Heu d'examiner les conditions pathologiques dans lesquelles il convient d'avoir recours aux sinapismes. Nous nous en occuperons d'une manière spéciale dans le chapitre consacré à l'étude de la Médication irritante, et nous étudierons comparativement les effets des sinapismes et ceux des autres agents de cette médication.

Bains de Moutarde. — En terminant, nous donnerons une mention aux grands bains à la farine de Moutarde qui agissent comme un puissant moyen de révulsion dans certaines irritations chroniques et diathésiques de l'appareil gastro-intestinal, surtout si ces irritations coïncident avec la rétrocession d'une affection herpétique. Ajoutons que ces mêmes bains sont encore employés avec avantage comme attractifs au début d'un certain nombre de fièvres exanthématiques, dans les cas où l'éruption tarde à se manifester ou vient à disparaître prématurément, et où il existe une congestion ou une menace de congestion du côté de quelque viscère.

Ces bains se préparent, ainsi que nous l'avons déjà dit, en mêlant à l'eau de 300 à 1000 grammes de farine de Moutarde. Ici, nous croyons utile de faire une recommandation : c'est que le malade ne devra pas

CANTHABIDES.

rester dans le bain sinnpisé ou delà de dix minutes après le momenl où la cuisson très-vive ou un frisson violent commencent ; car il importe de savoir que l'un ou l'autre, et quelquefois l'un et l'autre s'observent. Il est même assez étrange que, sous l'influence de la sinapisation, la sensation de froid se produit parfois si violente et si douloureuse, que les malades la comparent à la coupure de la peau par des couteaux de glace.

CANTHAUIDES.

Avant d'aborder la partie pharmaceutique qui concerne les Cantharides, nous dirons quelques mots sur l'histoire naturelle de ces insectes.

Les Cantharides sont de l'ordre des coléoptères hétéromères, de la famille des trachélides, et de la tribu des canlharidies. Cette famille des trachélides se distingue par la conformation de la tète, qui est triangulaire ou en cœur, et portée sur une espèce de col. Le corps est, en général, mou avec les élytres flexibles, sans stries et quelquefois très-courtes ; leurs mâchoires ne sont jamais onguiculées. La plupart de ces insectes vivent sur les végétaux et en dévorent les feuilles.

Les Cantharides, dont nous allons nous occuper, et qui sont une des six tribus des trachélides, se reconnaissent à la profonde division des crochets de leurs tarses, à leurs antennes longues, flexibles et filiformes.

La Cantharide que nous employons ordinairement est d'un vert doré, avec le tarse et les antennes noirs ; elle a de six à dix lignes de longueur et deux à trois lignes de largeur; son odeur est forte, vireuseet désagréable; elle habite le plus souvent les peupliers, les lilas, les troènes, les rosiers, mais de préférence les frênes. — La reçoit.' des Cantharides se fait dans l'été, le matin avant le lever du soleil; on étend des draps sous les arbres, qu'une personne gantée et masquée secoue fortement. On les fait mourir à la vapeur du vinaigre, et on les fait sécher à l'étuve. M. Thierry a remarqué que lorsqu'elles étaient trop longtemps chauffées, une partie du principe actif se volatilisait.

Composition. Les Cantharides ont été analysées principalement par Thouvenel, Beaupoil et Robiquet. C'est a ce dernier surtout que nous devons la découverte de la canlliaridine.

Voici l'analyse chimique des Cantharides :

1° Une huile verte insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, non vésicante;

2° Une matière noire, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool, non vésicante;

3° Une matière jaune, soluble dans l'eau et dans l'alcool ;

4° Un principe huileux volatil et vésicant auquel est due l'odeur pénétrante de la Cantharide;

5° La rantharidine, principe actif des Cantharides, substance blanche en lames cristallines, soluble dans l'eau quand elle est mêlée à la matière jaune, insoluble quand elle est. pure, soluble dans l'alcool bouillant dont elle se précipite par le re- , froidissement; très-soluble dans l'huile et dans l'éther;

G° Osmazôme ;

7° Acides urique, phosphorique, acétique;

8° Chitine (substance formant le squelette des insectes) ;

9° Phosphate de chaux et de magnésie.

On fait avec la cantharidine une pommade ainsi formulée :

Pr. : Cantharidine 1 gram.

Axonge 30

Cire blanche 4

On triture la cantharidine avec un peu d'alcool, et l'on ajoute les corps mélangés.

Le genre auquel appartient la Cantharide comprend plusieurs espèces qui diffèrent par leur grandeur, leur couleur et d'autres caractères peu importants ; la plupart sont-vésicanteSj mais a des degrés différents. M. Fréd. Leclerc, dans un excellent mémoire sur les épispastiques [Journ. des Conn. méd.-nhir., sept. 1835), a publié les résultats curieux de ses recherches sur les insectes vésicants. En expérimentant par le procédé de M. Bretonnes u, il a trouvé que neuf genres de la tribu des cantharidies renfermaient des espèces vésicautes : ce sont les genres cerucuma, dices, mylabris, decatoma, lydus, coins, nietoc, tetraonyx, cantharis. (Voir pour la synonymie le mémoire de M. Leclerc.)

Quelques espèces cependant ne paraissent pas contenir de cantharidine : tels sont le mylabris puslulata, le Al. flexuosa et plusieurs espèces des genres œnas et

tetraonyx. Les genres zonitis nemognola Emplâtre vésicatoire.

satiris ont été également trouvés inertes (Emplastrum vesicans.)

par M. Lecierc. Le mylabris vartabilis,

espèce très-rapprochée du M. cichorii, et Pr. : Résine élémi purifiée. . 100 giani.

qui avait été déjà analysé par M. Breton- Huile d'olive ...... 40

neau, lui parut au contraire doué de pro- Onguent basilicum. . . 300

priétés épispastiques très-énergiques. Cire jaune 400

Beaucoup d'autres coléoptères ont été Cantharides en poudre

„oumis à l'analyse de M. Lecierc, mais fine 420

tous ont été trouvés dépourvus d'action irritante. Faites fondre larésine élémi dans l'huile

Voici en définitive les conclusions de d'olive, ajoutez l'onguent basilicum et la

son travail, qui a du lui coûter des recher- cire jaune, et lorsque la masse sera fon-

ches et des expériences laborieuses ; elles due, incorporez la poudre de Cantharides,

sont ainsi formulées : et agitez jusqu'à ce que l'emplàlre com-

1» De tous les coléoptères, la tribu des mence à se figer. Coulez dans un pot.

cantharidiés seule renferme des insectes Le vésicatoire camphré se prépare en

épispastiques- répandant à la surface une quantité suffi-

2° Tous les' insectes de cette tribu ne s«nte d'éther saturé de camphre,

sont point épispastiques; Les Cantharides entrent aussi dans la

3» Toutes les espèces du même genre composition des mouches df M lan, don!

ne sont point vésicantes; M. Mouchon a donné dernièrement une

4° Tous les coléoptères vésicants agis- fort bonne préparation, sent par un principe qui est le même, la

canlharidine; Vésicatoire magistral.

S» Il est probable que le principe actif P[, poudre dp Cantharides , 16 ffram,

est secrète dans un appareil particulier; Farine de f,.omenL 16

lï° Ce principe ne se détruit pas par lac- Vinaiere s

tion de l'air ni par celle du temps. ■ ° ^'

M. Limousin-Lamotte avait annoncé Mêlez pour avoir une masse molle, que . que les Cantharides vermoulues ne per- ]on applique sur la peau et qui aiiit liaient pas de leur propriété vésicante. promptement. Mais M. Farines, pharmacien de Perpignan, a prouvé que les Cantharides ver- Produits par l'eau. moulues donnaient naissance aune légère T, , , ,. . ,. .. vésication, et que les Cantharides saines L eau se charge de canthandine, bien jouissaient d'une action beaucoup plus lue cette matière ne soit pas, par el lej. , r ' même, soluble dans lean; cestàlafa-

C'ést un arachnide du genre acarus qui veurdes autres principes et surtout de la

ronge les Cantharides; le camphre, le matière visqueuse, que cette dissolution a

mercure, le procédé d'Appert qui ont été heu- (Soubeiran.)

proposés pour conserver les Cantharides, prûduUs r ^

sont insuffisants; I acide pyroligneux (ace- r

tique de bois) employé pour asphyxier ces L'alcool agit d'une manière remarquable

coléoptères, leur communique une odeur sur les Cantharides; il dissout la cantha-

empyreumatique qui sert à leur conserva- ridine, l'huile verte, un peu d'huile grasse,

t'on- de la matière noire et de l'osmazôme.

Les expériences de M. Farines ont été

confirmées par MM. Hottot, Tassart et Teinture alcoolique de Cantharides. Derheims.

Passons en revue maintenant les pré- Pr. : Cantharides 1 part.

parafions qui ont pour base le principe Alcool a 56° (21 Cart.). . . 8 vésicant des Cantharides, et d'abord celles

qui contiennent toute la substance des Faites macérer pendant quinze jours,

Cantharides. passez avec expression et filtrez.

Poudre de Cantharides. Vin de Cantharides.

(in pulvérise les Cantharides après les Pr. : Teinture de Cantharides. . Os',40

avoir soumises a une dessiccation préala- ^m blanc 32

ble. Cette poudre s'altère promptement. Mélaugez.

Pommade cpispastique verte. Extrait de Cantharides.

(Pommade de Cantharides.) Pr. : Poudre de Cantharides ... q. v.

Alcool 1 56 q. s.

Pr. : Poudre de Cantharides. . 1 part.

Cire blanche 4 Epuisez les Cantharides par deux ou

Populéum 28 trois macérations dans l'alcooi, distillez et

évaporez les liqueurs en consistance d'ex-

On liquéfie le populéum et la cire, et trait,

l'on Y incorpore la poudre de Cantharides. L'extrait alcoolisé fait aussi partie de

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