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CHAPITRE IV

Le potassium n'ayant par lui-même aucune application médicinale, nous le décrirons rapidement pour passer à l'histoire de ses composés, de la Potasse surtout, dont l'intérêt thérapeutique devient de jour en jour plus saillant.

Découvert en 1807 par sir Humphry Davy, le potassium fut depuis assez complètement étudié par MM. Gay-Lussac et Thénard.

Avant les travaux de Davy, la Potasse était réputée un corps simple. Ce fut alors que, de cette dernière, le chimiste anglais parvint à extraire le potassium , au moyen d'une forte colonne voltaïque ; l'oxygène en pareille circonstance, se rendant au pôle vitré , et le potassium apparaissant en petits globules au pôle résineux.

Ce métal est solide, d'un blanc très-éclatant, fort mou, d'une pesanteur moindre que celle de l'eau (0,865), s'altérant très-facilement à l'air, c'est pourquoi on le conserve sous l'huile de naphte. Lorsqu'on le projette dans l'eau, il reste à la surface, y brûle en tournoyant, et se convertit en Potasse ou oxyde de Potasse, en opérant la décomposition de l'eau dont il prend l'oxygène. Il y a dégagement de gaz hydrogène naissant qui s'enflamme instantanément sur l'eau : celle-ci devient alors alcaline.

Potasse, potassa (protoxyde de potassium; oxyde potassique). Cet oxyde blanc, très-caustique, n'est pas employé en médecine à l'état anhydre. Combiné avec l'eau, il est au contraire fort usité sous le nom de Potasse.

Hydrate de Potasse. Il est blanc grisâtre, d'une causticité excessive, très-sol uble dans l'eau et dans l'alcool, attirant avec énergie l'humidité de l'air ; il est formé de Potasse 84, eau 16.

Potasse à Valcool. Potasse pure. On l'ob-

tient en faisant macérer la Potasse caustique en poudre dans son poids d'alcool à 30°; on y agite fréquemment le mélange pour opérer la dissolution de la Potasse; puis on distille pour séparer l'alcool , et on fait fondre ensuite le résidu, que l'on verse sur des plateaux d'argent refroidis promptement.

Potasse à la chaux (Potasse caustique, pierre à cautères, lapis causticus, oxydum potassicum ope calcis paratum, Codex).

Elle est d'un blanc sale, à cassure com-

Eacte, excessivement caustique , très-solule dans l'eau ; au contact de l'air, passant rapidement à l'état de sous-carbonate déliquescent. On l'obtient dans les officines en plaques, en cylindres ou en gouttelettes lenticulaires ou sphériques.

Voici la préparation du Codex :

Pr. : Carbonate de Potasse du commerce

purifié, 2,000 gramm. (4 livres).

Chaux vive, 1,000 (2 livres).

Eau, 25,000 (50 livres).

Éteignez la chaux, délayez-la dans cinq ou six fois son poids d'eau.

Dissolvez le carbonate de Potasse, portez la liqueur à l'ébullition dans une chaudière de fer; ajoutez-y le lait de chaux par portion, de manière à ne pas interrompre l'ébullition; agitez le mélange avec une spatule de fer; maintenez ainsi la liqueur bouillante pendant une demi-heure, en remplaçant par de nouvelle eau celle qui s'évapore; jetez ensuite la masse sur des toiles pour séparer par filtration le carbonate de chaux du liquide; lavez avec soin le 1 ésidu , réunissez les liqueurs claires ; évaporez rapidement à siccité dans un bassin d'argent ; chauffez fortement le produit jusqu'à ce qu'il éprouve la fusion ignée.— Prenez alors ce produit par petites parties à

l'aide d'une cuiller d'argent à bec. et versez-le par gouttes sur un marbre légèrement huilé^ de manière à obtenir des morceaux arrondis de la forme des pastilles dites à la goutte; vous les enfermerez promptement dans des vases hermétiquement bouchés.

On }ui donne encore d'autres formes, ainsi que nous l'avons dit plus haut. '

Nous indiquerons aussi la préparation de ]a.poudrede Vienne, qui, destinée aux mêmes usages, n'a pas les inconvénients de la Polasse caustique. On l'emploie maintenant de préférence.

Foudre de Vienne.

(Lapis causticus cum calce.)

Pr. : Potasse caustique à la chaux, 60 Chaux vive, 60

Réduisez en poudre les deux substances dans un mortier chauffé, mélangez-les exactement et avec rapidité, et enfermez le mélange dans un bocal à large ouverture , bouché à l'émeri. Pour faire usage de ce caustique, on le délaye avec un peu d'alcool, de manière à le réduire en une pâte molle , que l'on applique sur la partie que l'on veut cautériser. La Potasse n'agit alors que sur une partie de la peau parfaitement circonscrite, au lieu de couler, comme le fait la Potasse ordinaire.

Le docteur Filhos a eu l'idée heureuse de préparer une espèce de caustique de Vienne , et de le couler dans des cylindres à la manière de la pierre infernale; son emploi est rendu ainsi plus commode dans beaucoup de circonstances.

La Polasse à la chaux fait partie des formules suivantes.

Injections de Gîrtanner.

Pr. : Potasse àla chaux, 50 cent. (10 grains). Opium pur, 20 cent. (4 grains).

Faites dissoudre dans :

Eau distillée, 635 grara. (20 onces).

Collyre de Gimhernat.

Pr. : Potasse à la chaux, è à 10 cent. (1 à

2 grains). Eau distillée, 32 gr. (1 once.

Elle faisait autrefois la base de la pâte caustique d'Else, delà lessive lithontriptique de Saunders, de la solution de Cohen, de celle de Saviard , etc. , etc.

Carbonate de Potasse (sous-carbonate de Potasse). Ce sel est blanc, d'une saveur acre, peu caustique, très-déliquescent à l'air, par conséquent très-soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool à l'état de pureté; il n'est presque pas employé en médecine; celui dont on fait usage est obtenu par plu-

sieurs modes de pi*éparations qui lui ont fait donner des noms différents; ainsi on l'a appelé sel de tartre, nitre fixé par le tartre, etc. Dans le premier cas, on le prépare en brûlant dans une chaudière le tartrate acidulé de Potasse; dans le second on l'obtient par la déflagration de ce même sel mélangé avec parties égales de nitrate de Potasse; dans d'autres cas enfin, on le produit en jetant du charbon grossièrement pulvérisé dans du nitre en fusion. Dissolvant ensuite dans de l'eau distillée le produit obtenu par l'un ou par l'autre de ces procédés, on le filtre, puis on évapore la liqueur jus- 'qu'à siccité; le sel, résidu de cette opération, estconservé à l'abri du contact de l'air. M.Soubeiran regardecomme défectueux ces derniers modes de préparations {Traité de Pharm. ,t. II, p. 279 et suiv.).

M. Guibourt assure que le carbonate de Potasse obtenu par la déflagration du bitartrate de Potasse avec le nitre renferme du cyanure de potassium en, quantité assez grande.

Le carbonate de Potasse existe dans les cendres de la plupart des végétaux, et dans celles des bois en particulier. On l'extrait de ces dernières par lixiviation.

On peut facilement purifier la Potasse du commerce en la faisant dissoudre dans l'eau, filtrant la dissolution et évaporant dans une bassine d'argent jusqu'à ce qu'elle ait une densité de 1,5 (50 D. ar. environ). On l'abandonne ensuite à elle-même dans un endroit frais. Les sels étrangers (sulfate de Potasse et chlorure de potassium) se déposent alors presque en totalité.

Le carbonate de Potasse est employé pour injections, pour lotions, pour bains ou pédiiuves , etc. On l'administre aussi en tisane.

Il fait partie de la potion antiémétique de Rivière, mélange extemporané de souscarbonate de Potasse et de suc de citron.

Tisane de Mascagni.

Pr.: Carbonate de Potasse, 8 gr. (2 gros). Eau commune, lOOOgr. (3 livres).

Faites dissoudre.

Bain alcalin.

Pr. : Carbonate de Potasse, 125 à 250 gr. Eau chaude, q. s.

Faites dissoudre.

Bicarbonate de Potasse (carbonate de Potasse saturé, anciennement nommé carbonate neutre). Ce sel est cristallisé en prismes rhomboidaux; il est inaltérable à l'air; sa saveur est alcaline sans àcreté, sohible dans quatre parties d'eau froide; sa dissolution se partage à la température de l'ébuUition en acide carbonique qui se dégage, et en sesquicarbonate qui reste dissous. Au feu, il perd la moitié de son acide et devient sous-carbonate.

Préparation, Voici un des procédés : on cide carbonique qui y était uni se porte sur

chauffe ensemble du carbonate d'ammonia- le carbonate de Potasse,

que, du carbonate de Potasse et de l'eau. Cette préparation, quoique bonne, est

Faites dissoudre cinq parties de carbo- inférieure à celle que M. Soubeiran a dé-

nate de Potasse pur dans dix parties d'eau ; crite dans son Traité de Pharmacie , mais

filtrez la dissolution et faites-la chauffer au avec des détails trop longs pour que nous

hain-marie, puis ajoutez peu à peu le car- puissions les reproduire,

bonate d'ammoniaque, et laissez sur le feu Le bicarbonate de Potasse jouit des mê-

en agitant continuellement, tant' qu'il se mes propriétés que le sous-carbonate,

dégage une quantité un peu considérable On doit le préférer à ce dernier pour com-

d'ammoniaque; filtrez la liqueur et laissez poser la pofio/i de Rivière. '

cristaUiser lentement. Par cette opération, On le donne sous forme de pilules et de

l'ammoniaque est dégagée, tandis que l'a- pastilles.

THERAPEUTIQUE.

La Potasse caustique est ordinairement employée pour ouvrir les cautères. La Potasse à la chaux est préférable à la Potasse à l'alcool, parce qu'elle fuse moins que cette dernière ; mais , depuis quelques années, on se sert de préférence du caustique de Vienne, dont nous allons parler tout à l'heure. Ce dernier caustique l'emporte de beaucoup sur la Potasse.

Tout le monde connaît le mode d'application de la pierre à cautères. On applique sur la peau un petit morceau de diachylon, auquel on a pratiqué une ouverture dont la largeur égale celle du morceau de Potasse. Cette ouverture reçoit alors la Potasse, qui est maintenue avec un morceau de diachylon plus grand que le premier. L'appareil est soutenu par des compresses et par des bandes.

Au bout de quelques minutes il survient de la cuisson, puis un sentiment de vive brûlure qui dure pendant trois ou quatre heures. Tout s'apaise alors. Si dans ce moment on lève l'appareil, on trouve sur la peau une tache grise un peu molle à son centre, coriace au contraire à sa circonférence. Cette tache occupe ordinairement toute l'épaissseur du derme ; elle occupe un espace ordinairement quatre ou cinq fois plus large que le diamètre du morceau de Potasse caustique que l'on a appliqué. Le médecin ne devra jamais oubher cette dernière circonstance, afin de proportionner le poids de la Potasse à l'étendue de l'eschare que l'on veut produire.

L'eschare, d'abord molle et humide, se sèche bientôt et prend une teinte plus foncée. Si l'on applique constamment sur la peau un morceau de diachylon ou tout autre corps capable de retenir l'humidité, l'eschare conserve de la mollesse jusqu'au moment où elle tombe.

La chute de la portion du derme ainsi détruit s'effectue aune époque en général assez mal appréciée. Lorsque le derme est décollé, l'eschare tombe au bout de six à dix jours , mais quand la peau est épaisse, la portion mortifiée peut rester jusqu'à deux mois sans se détacher.

La séparation du mort avec le vif se fait de la circonférence au centre.

La largeur de l'eschare , la lenteur de la séparation du derme mortifié, rendront toujours difficile l'usage de la Potasse caustique et en général des

368 MÉDICAMENTS IKKIÏANTS.

cautères potentiels, pour ouvrir les fonticules. La lancette et le bistouri sont certainement préférables, à moins que les malades ne soient par trop méticuleux.

Depuis quelques années la Potasse , en tant que caustique , a été remplacée avec raison par la poudre de Vienne.

Pour employer cette poudre, on la délaye, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avec de l'alcool ou de l'eau de Cologne , et l'on fait ainsi un mortier assez ferme, qui est d'une extrême causticité, et qui a l'avantage de ne pas fuser. M. Hennau [Revue médicale, 1833, 1. 1, p. 212) l'employait pour appliquer des cautères. Il lui suffisait, pour escharifier le derme, de laisser le caustique appliqué pendant six ou dix minutes. Nous avons souvent répété cette expérience, et, dans notre hôpital, ainsi que dans notre pratique particulière, nous avions l'habitude d'ouvrir les fonticules de cette manière; l'idée nous vint alors d'appliquer ce moyen héroïque au traitement des tumeurs cancéreuses peu profondes, et notamment celles du sein , et nous avons publié à ce sujet un travail dans le Journal des Connaissances 7nédico-chirurgicales (décembre 183o). Une pâte caustique employée dans le même cas, dans laquelle la chaux , la Potasse et l'opium sont associés, a été indiquée dans la Pharmacopée universelle de Jourdan, t. II, p. 317.

Depuis la publication de notre travail , M. Bonnet , de Lyon, avait employé la Potasse caustique pour cautériser la peau et les parois des veines, dans le but d'oblitérer le tronc principal d'un arbre veineux superficiel sur le membre abdominal, dans le cas de varices graves ou d'ulcères variqueux; mais M. Aug. Bérard a préféré, et à juste titre, le caustique de Vienne à la Potasse caustique, pour remplir l'indication thérapeutique que se proposait M. Bonnet. Il a également, d'après notre avis, attaqué par le même caustique les tumeurs érectiles [nxvi materni), et il a obtenu des succès qui lui ont paru valoir à cette médication la préférence sur les autres moyens chirurgicaux , sinon dans tous les cas, du moins dans le plus grand nombre des circonstances.

Plusieurs chirurgiens ont été déjà frappés du mauvais effet que produit, dans le traitement des affections de l'utérus, l'application trop souvent répétée des caustiques , et l'on sait que c'est dans le but de parer aux graves inconvénients qui en résultent qu'Amussat, à l'exemple de Dupuytren , a eu l'idée de recourir à l'usage de la Potasse caustique , dont l'effet est assez vif pour escharifier rapidement tous les tissus altérés, et pour n'exiger par conséquent qu'un petit nombre d'applications avant que la guérison soit complète. Mais, de son côté, la Potasse elle-même n'est pas non plus sans présenter des inconvénients; elle se liquéfie trèspromptement, et elle peut alors fluer derrière le spéculum et s'étendre sur la face postérieure du vagin, en y produisant des eschares assez profondes pour perforer quelquefois la cloison recto-vaginale. C'est pour éviter d'aussi graves accidents, dont on ne peut, dans l'état actuel des choses, se garantir qu'à l'aide des plus minutieuses précautions , que , sur l'invitation

d'Amussat, M. Filhos a entrepris une série d'expérimentations et de recherches qui l'ont amené à la préparation du composé suivant :

Pr. : Potasse, 200 grammes.

Chaux vive, d 00 —

On met ces deux substances dans une grande cuiller de fer, et on les soumet à l'action d'un feu très-vif; la fusion de la Potasse ne tarde pas à avoir lieu; celle de la chaux ne s'opère qu'un peu plus tard. Lorsque la totalité des deux corps est liquéfiée, on les mêle bien intimement, puis on coule le mélange dans une lingotière qu'on a eu la précaution de chauffer, et dont on ne retire ensuite les cylindres qu'après leur entier refroidissement.

Ces cylindres , qui sont excessivement durs , absorbent promptement l'humidité de l'air, et se recouvrent ainsi d'un hydrate de chaux mêlé de Potasse. Pour les préserver de toute altération et pouvoir les conserver pendant un temps indéterminé, on peufles revêtir d'une lamelle de plomb, ou mieux encore, en suivant le procédé conseillé par M. Duméril pour le nitrate d'argent fondu , d'une couche mince de cire à cacheter; on les renferme ensuite dans des tubes de verre que l'on bouche avec soin.

Ce caustique joint , dans la pratique, aux avantages de la Potasse, celui de ne point se liquéfier comme elle lorsqu'on vient à s'en servir. Voici le mode d'application auquel M. Filhos conseille de recourir. On place la malade sur le bord d'un lit élevé, les jambes appuyées sur des chaises, et le dos assez relevé pour que le vagin soit dans une direction oblique de haut en bas et d'arrière en avant. Cette position permet aux liquides qui pourraient s'écouler du col de l'utérus de se porter directement dans le spéculum, au heu de fluer entre cet instrument et le conduit vaginal. Si le jour n'éclaire pas bien le chirurgien, il se sert de bougies allumées. Le spéculum plein, ou à trois valves, est celui qui mérite la préférence pour cette opération. Après l'avoir huilé et introduit tout doucement, il faut s'attacher à bien découvrir le col utérin. On éponge ensuite avec le plus grand soin la partie affectée, après quoi on introduit un petit bourdonnet de charpie ou de coton , retenu par un long fil au devant de l'extrémité antérieure de la valve inférieure du spéculum , immédiatement au-dessous du col de la matrice; ce bourdonnet est là pour garantir les parties du vagin placées au-dessous du point qui doit être cautérisé. Avec un peu d'habitude, on peut, dans les cas ordinaires , se dispenser de l'emploi de ce dernier moyen, qui prolonge un peu l'opération. On apphque ensuite le cylindre, soit à l'aide d'un porte-caustique, soit en le fixant à l'extrémité du tube de verre qui le renferme. La cautérisation terminée, on s'empresse d'essuyer l'eschare avec des boulettes de charpie saisies avec la pince placée à l'une des extrémités du porte-caustique; puis on retire promptement, si l'on en a fait usage, le bourdonnet de charpie au moyen du fil qui le retient, et on fait deux injections d'eau froide ou mieux d'eau légèrement vinaigrée, qu'on a bien soin de faire parvenir jusque sur le col de l'utérus. L'eau acidulée possède ici l'avantage de neutraliser le peu de caustique I. 24

370 MEDICAMENTS [RRITANTS.

qui aurait pu rester adhérent à l'eschare. Après rinjection, il est nécessaire de placer dans le vagin un petit morceau de bande dont Textrémité inférieure sorte un peu entre les grandes lèvres pour pouvoir le retirer facilement. La malade est alors replacée dans son lit,

Le cylindre caustique desiiné à l'opération ne doit être que peu découvert à l'une de ses extrémités. S'il avait déjà servi, et que la portion mise à nu se fut recouverte d'une légère croûte de sous-carbonate de chaux, il serait nécessaire de l'enlever avec un grattoir. On peut, au besoin, rendre plus active l'action du caustique en le trempant légèrement dans une liqueur spiritueuse, telle que l'alcool, l'eau-de-vie, l'eau de Cologne. Après la cautérisation, on doit essuyer avec soin le cylindre avant de le replacer dans le tube de verre.

M. Levrat-Perotton a conseillé la Potasse caustique dans le traitement de l'ongle incarné, pour réprimer les chairs fongueuses [Transac. mécL, t. XI, p.4.1). M. Solera l'emploie sous forme de cylindre, qu'il recouvre d'un vernis de gomme laque, dans le traitement des fistules lacrymales, du ptérygion , du trichiasis, des, ulcères de mauvaise nature, de la grenouillette, des rétrécissements du rectum, des ulcérations du col utérin, et pour perforer la membrane du tympan {Bulletin des Sciences méd., de Férussac, t. XX, p. 336). Sans partager l'enthousiasme exclusif de M. Solera pour ce caustique, nous reconnaissons volontiers que, employé suivant sa méthode et avec les petites précautions qu'il recommande, il rend à la thérapeutique chirurgicale des services très-grands.

Nous parlerons plus tard de l'usage que l'on en a fait pour ouvrir certaines tumeurs, pour produire des adhérences entre des tissus seulement juxtaposés.

Gimbernat l'employait en collyre à la dose de 5 à 10 centigrammes (1 à 2 grains) par 30 grammes (1 once) d'eau distillée, pour faire disparaître les taies de la cornée. Saviart, Cohen, l'unissaient soit au camphre, soit à l'alcool, et la dissolvaient dans l'eau pour exciter les ulcères indolents.

En bains généraux, elle a été conseillée par Antheaume, de Tours, dans le traitement du tétanos. Ce chirurgien en mettait de 30 à 420 grammes (1 à 4 onces) dans un grand bain, et y plongeait le tétanique, jusqu'à ce qu'il survînt un peu de résolution; il recommençait ainsi plusieurs fois par jour, jusqu'à ce que le spasme eût entièrement cédé; dans sa thèse inaugurale {Thèses de la Faculté de médecine de Paris), il rapporte un certain nombre d'observations qui semblent assez concluantes.

Nous-mêmes avons souvent employé des bains semblables dans le traitementdecertaines dartres, et surtout des affections vésiculeuses qui s'accompagnent de fortes démangeaisons; mais nous ne mettons jamais plus de 30 à 60 grammes ( l à 2 onces) de Potasse caustique dans un grand bain. Nous préférons même le plus ordinairement les sous-carbonates de soude ou de Potasse» que nous prescrivons alors à une dose triple ou quadruple.

A l'intérieur, la Potasse caustique n'est jamais donnée que dissoute dans une grande quantité d'eau, dans le but de neutraliser les acides en excès qui se produisent dans l'estomac , ou de provoquer la diurèse.

SOUDK. 371

Quant au sous-carbonate de Potasse, ses propriétés sont exactement les mêrnes que celles de la Potasse, à cela près pourtant qu'il ne peut être employé extérieurement que comme excitant local et non comme caustique. Mais dans tous les cas où Ton emploie la Potasse autrement que comme moyen escharificateur, il vaut beaucoup mieux recourir au sous carbonate de Potasse. Ainsi les bains alcalins, les lotions^ les injections vaginales, les pommades, seront composés avec le sous-carbonate de Potasse, et non avec la Potasse pure. Ces médications topiques sont surtout utiles, ainsi que nous l'avons dit plus haut, dans les affections accompagnées de prurit.

Plus haut, en traitant de la matière médicale de la Potasse, nous avons montré que le spécifique des frères Mahon contre la teigne n'était autre chose qu'un mélange de substances alcalines.

Préparations et doses.

Potasse caustique : pour un bain général, 30 à 60 grammes ( l à 2 onces). Sous-carbonate de Potasse : pour un bain général, 123 à 150 grammes (4 à 8 onces); pour bain de pieds, 30 à 60 grammes (I once à 2 onces]; pour lotions sur la peau, A k S grammes (1 à 2 gros) pour 30 grammes (1 once) d'eau; pour injections vaginales, pour lotions de la vulve et du gland, A grammes (1 gros) pour 230 à 300 grammes (8 à 12 onces) d'eau.

Nous devrions parler ici des propriétés thérapeutiques des carbonates de Potasse administrés à l'intérieur ; mais, comme leur action ne difiere en rien de celle des carbonates de soude, nous renverrons nos lecteurs au chapitre suivant, afin d'éviter des répétitions inutiles.

Ce que nous avons à dire du sodium et Dans la thérapeutique externe, il n'y a

de ses composés ne ditîerc pasbeauciiup de presque aucune différence entre la Soude

ce que nous avons dit à l'article Potasse, et la potasse; mais dans la thérapeutique

Les caractères physiques et chimiques du interne, la Soude et les sels de Soude n'ont sodium sont à peu près les mêmes que plus la même analogie de propriétés, ceux du potassium; nous noterons cependant quelques propriétés qui ne sont pas Uhydrate de Soude est d'abord déllquescommuries à ces deux métalloïdes. cent; puis, plus lard, il s'efflcurit à l'air; il

Le sodmm est un peu moins léger que diffère en cela de celui de potasse : mêmes

le potassium (0 972), il décompose l'eau et propriétés.

y surnage comme celui-ci, mais sans pro- , ,

duire d'inflammation, même au contact de ^«"^^^ ^ l alcool (hydrate de protoxyde

l'air. de sodium pur), (in l'obtient de la même

manière que la jiotasse à l'alccoi.

Soifde (protoxyde de sodium, oxyde so-

diqiie). C'est le premier degré d'oxydation Sowde d Zac?iaua; (Soude caustique, Soda

du sodium. Elle est blanche, fort causti- causlica, hydrate de protoxyde de sodium

que, inus'tée en médecine à l'état pur. impur). Elle se prépare également comme

Disons, avant de passer outre, que le la potasse caustique, mais avec le carbo-

prlncipal caractère chimique de la Soude nate de Soude cris'allisé. Lorsqu'elle est

et des sels dont elle est la base, est de ne dissoute dans l'eau froide, de manière à

pasprécipiterpar lechlorhydratedeplatine, avoir une dissolution marquant .^G", elle

ainsi que le font toutes les préparations de constitue ce qu'on nomme en pharmacie la

potasse. 'lessive des savonniers.

Carbonate de Soude (sous-carbonate de Soude, carbonate sodique, noms anciens : alcali fixe minéral effervescent , craie de Soudp, mdphite de Soude, Soude aérée, natrum ou natron, etc.). Ce sel est la base de toutes les Soudes du connmerce-, il est très-employé dans les arts aux mêmes usages que la Soude. Solide, blanc, cristallisé en octaèdres rhomboïdaux, il a une saveur acre et urineuse : il s'ellleurit promptement à l'air, et est-solnbie dans 2 parties d'eau froide et I partie d'eau bouillante ; insoluble dans l'alcool.

Le carbonate de Soude existe à l'état neutre dans les cendres des végétaux phanérogames qui croissent sur le bord de la mer, et principalement des salsolas.

On le trouve avec excès d'acide carbonique dans un grand nombre d'eaux minérales gazeuses acidulés, telles que celles de Sain-Alban (Loire), du Mont-d'Or (Puy-de- Dôme), d'Ems fduché de Nassau), et surtout de Carlsbad (Bohême) et de Vichy (Allier).

On prépare le carbonate de Soude en faisant dissoudre à chaud le sel de Soude du commerce dans cinq fois son poids d'eau ; on filtre, puis on évapore la liqueur dans une chaudière de fer jusqu'à 28 à 30° aréométriques de Baume, et l'on met crisialiiser dans un iieu frais.

Le sons-carbonate de Soude est souvent employé en médecine; il sert à préparer des bains alcalins, où il entre 150 à 300 grammes de sel de Soude du commerce pour 300 kilogrammes d'eau. On prépare aussi avec ce sel quelques pommades alcalines dont nous donnons une formule :

Pr. : Carbonate de Soude, 8 gram. (2 gros). Laudanum de Syden-

ham, 4- (1 gros).

Axonge, 32 (l once).

Mêlez.

Bicarbonate de Soude (carbonate de Soude saturé. j II est blanc, cristall sant en prismes rectangulaires; sa saveur €st un peu moins alcaline que le sel neutre; l'eau froide n'en dissout que le treizième de son poids; l'eau à 100° le transforme en sesquicarbonate et en acide carbonique.

Préparation. On l'obtient d'après le procédé de R. Smith, en soumettant, le carbonate de Soude ordinaire cristallisé à l'action d'une atmosphère d'acide carbonique.

Le bicarbonate de Soude est maintenant beaucoup plus en usage que le sel précédent Il fait la base des tablettes digestives de d'Arcet (tablettes de "Vichy, tablettes de bicarbonate de Soude) .

Pr. : Bicarbonate de

Soude, (32 gram. (1 once).

Sucre, 596 (!9 onc).

Baume de Tolu, 8 (2 gros).

Alcool à 86" 16 (4 gros).

Gomme adra-

gant, 5 gram. 50 c. (4 scrup.).

Eau, 44 gram. (1 once 3 gros).

Faites dissoudre le baume de Tolu dans l'alcool, dans une fiole à médecine : ajoutez l'eau, chauffez un instant et filtrez. On se sert de cette liqueur pour préparer le mucilage; on fait des tablettes de l gramme qui contiennent chacune 5 centigrammes de bicarbonate de Soude. On les aromatise avec l'essence de menthe. Toutes les essences, mais surtout celles des labiées, forment des combinaisons avec les carbonates alcalins : ce sont des espèces de savonules. Il en résulte que les tablettes de Vichy aromatisées de la sorte acquièrent bientôt une saveur urineuse très-prononcée.

Ces tablettes peuvent être avantageusement remplacées par la préparation suivante, que nous avons indiquée dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales :

Sucre de Vichy.

Pr.

Bicarbonate de

Soude, 10 gram. (2 gros 1/2).

Sucrepulvérisé,200 (près de 7 onc).

Mêlez.

Nous recommandons le sucre de Vichy en raison de sa facile préparation et de son prix beaucoup moins élevé que celui des pilules de d'Arcet.

Le bicarbonate de Soude fait encore la base de celte boisson si fréquemment employée par les Anglais, le soda-ivater; il fait aussi partie des Sedlitz poioders, mélange laxatif et acidulé composé de 1 partie de bicarbonate de Soude et de 3 parties de tartrate de Soude et de potasse.

Il entre dans la composition d'un grand nombre d'eaux minérales.

THERAPEUTIQUlî.

La Soude a été longtemps confondue avec la potasse, et il est vrai de dire que ces deux substances ont des propriétés chimiques et physiques presque identiques. Qiiantauxpi^opriétés thérapeutiques, elles sont à peu dechose près les mêmes. Toutefois nous ferons tout de suite une importante distinction.

Dans la thérapeutique externe, il n'y a que peu de différence entre ces deux agents, soit qu'on emploie la Soude à l'alcool ou à la chaux, pour ouvrir des cautères, soit qu'on fasse usage du sous- carbonate de Soude en

solutions pour bains généraux ou locaux ^ pour injections vaginales dans le prurit de la vulve, etc.

Mais dans la thérapeutique interne , il n'en est pas de même ; la Soude et les sels de Soude font partie de nos humeurs; tous nos éléments organiques en contiennent une proportion plus ou moins grande ; aussi remarque-t-on que les préparations de Soude sont bien plus facilement supportées que les mômes préparations de potasse j et cela a lieu non-seulement pour les sels alcalins, mais encore pour les sels neutres.

C'est pourquoi, pour tous les usages internes que nous avons plus haut attribués au sous-carbonate de potasse , nous préférons le sous-carbonate de Soude.

En parlant du sous-carbonate de potasse, nous avons omis à dessein de traiter de ses vertus lithontriptiques , nous réservant de nous appesantir sur ce sujet lorsque nous serions arrivés au sous-carbonate de Soude. Cette importante propriété, connue des médecins des siècles passés, a fait partie d'une multitude de formules que l'on trouve consignées dans la pharmacopée universelle de Jourdan ; ainsi le sous-carbonate de Soude et le savon médicinal faisaient la base de beaucoup de bols lithontriptiques^ avec l'eau de chaux, A grammes (1 gros) pour 500 grammes (1 livre), il constituait l'eau antiphrénétique de plusieurs autres. D'après les recherches de W. Brandes, il dissout évidemment les calculs d'acide urique, et quelques heures après avoir été ingéré, il rend les urines alcalines ou neutres, d'acides qu'elles sont naturellement. Swediaur en composait des bols stomachiques qu'il conseillait surtout aux gens dont les digestions étaient pénibles et s'accompagnaient de développement d'acides. C'est dans le même but qu'on le prescrivait en potions connues sous le nom d'absorbantes, d'antacides, de digestives (Gmelin, Apparat, med., t. I, p. 60).

De nos jours, pour l'usage interne, on a généralement substitué le bicarbonate au sous-carbonate de Soude. Le bicarbonate de Soude, fort commun dans la nature, fait la base de toutes les eaux alcalines gazeuses , et notamment des eaux justement célèbres de Vichy, d'Ems et de Carlsbad. Ce sel fait la base des pastilles dites de Vichy ou de d'Arcet, qui contiennent 5 centigrammes (1 grain) de bicarbonate de Soude pour dix-neuf parties de sucre, et qui sont particulièrement conseillées dans la goutte, dans la gravelle, dans les migraines périodiques, dans les digestions pénibles' accompagnées d'éructations acides. On en prend de quatre à vingt par jour (d'Arcet, Note sur la préparation et les usages des pastilles alcalines digestives). Tout récemment M. Blondeau vient de préparer avec ce sel, de la gomme arabique en poudre et du sucre, un mélange pulvérulent auquel il a donné le nom de saccharo-kali , et qui est utile surtout pour les enfants qui digèrent difficilement le lait, et chez lesquels cette substance alimentaire semble passer trop rapidement à l'acescence. La dose est ordinairement d'un cuillerée à café pour une tasse de lait.

Dans le service de nourrices et d'enfants à la mamelle que nous dirigions à rhôpital Necker, nous étions dans l'habitude de faire mettre dans tout le

làit qu'on donnait aux enfants 50 centigrammes (10 grains) de bicarbonate de Soude par litre. Cette précaution a deux avantages : celui d'abord d'empêcher le lait de se caillebotler, ce qui arrive facilement dans Tespace qui s'écouié entre la distribution du jour et celle du lendemain, et ensuite celui de neutraliser en partie la quantité considérable d'acides qui se développent dans le canal alimentaire des enfants qui sont soumis chez eux et quelquefois même à l'hôpital à un détestable régime. Grâce à ces soins, la diarrhée, si fatale aux petits enfants, surtout dans les établissements où ils sont réunis en grand nombre, se rencontrait moins souvent qu'ailleurs à l'hôpital Necker. Si, nonobstant ces précautions, la diarrhée persévère, nous substituons avec avantage le saccharate de chaux au bicarbonate de Soude [voir plus bas).

M. Bretonneau est le premier, nous le pensons, qui ait établi d'une manière positive l'infïuence que certains états de l'estomac exercent sur les fonctions cérébrales. Il a observé que, dans un très-grand nombre de cas, des vertrgps accompagnés de maux de cœur et de tendance à la lipothymie se produisent chez des personnes qui en même temps se plaignent d'avoir des éructations acides; dans ce cas, et lors même que ces éructations ne se manifestent pas, il donne, cinq ou six jours de suite, et trois fois dans la journée, un paquet composé de 1 gramme de bicarbonate de Soude et de 50 centigrammes de carbonate de magnésie. Puis, pendant huit ou dix jours, il fait prendre , immédiatement après les deux repas, une demitasse d'eau dans laquelle on a fait macérer^ pendant vingt quatre heures, 2 grammes de quassia amara coupée en minces copeaux.

Le même praticien a été conduit parle hasard à constater un cas deguérîson d'angine de poitrine après l'usage longtemps continué du bicarbonate de Soude. Depuis lors, il a souvent répété l'expérience, et assez ordinairement avec succès; mais, dans ce cas, il continue Tusage du sel de Soude pendant plus d'une année, et y revient encore après une interruption de quelques mois. La dose dans le cas d'angine de poitrine doit être considérable, 2 à 10 grammes par jour, et, dans le plus grand nombre des cas, lorsqu'il a modifié très-notablement le mal à l'aide du sel de Soude, il y associe heureusement la poudre de racine de beliadone.

Il est un fait capital découvert par Proust et confirmé par Tiedemann et Gmelin, savoir : que l'estomac vide renferme très-peu de suc gastrique ; que ce liquide, avant la digestion, est peu acide et quelquefois même neutre pai' suite de l'ingestion d'une grande quantité de salive; que le suc gastrique augmente après l'ingestion des substances alimentaires, et acquiert alors une très-grande acidité. Ne pourrait-on pas par là se rendre compte de l'extrême variabilité dans les résultats qui ont été observés à la suite de l'administration de la potasse et de la Soude employées comme iilhontriptiques, et ne pourrait-on pas, de cette donnée, tirer une déduction pratique relative à l'époque et au mode d'administration de ces substances? On conçoit en effet que si ces médicaments sont administrés froctâ dosi, à des intervalles éloignés entre eux et à une époque très -rapprochée des repas, où le suc gastrique abonde.

elle trouvera toujours assez d'acide liydrochlorique pour être convertie en sel; de telle sorte qu'au lieu de potasse ou de Soude, l'économie ne recevra que de l'hydrochlorate de ces bases (Lambossy, Considérations physico chimiqtœs relatives à l'absorption des médicaments minéraux, Thèse; Strasbourg, 22 avril Î836).

Cependant les analyses du suc gastrique faites par MM. Cl. Bernard et Barreswil nous ont appris que l'acide chlorhydrique était rarement à l'état libre dans l'estomac. C'est à l'acide lactique surtout que doit être attribuée l'acidité de ce liquide.

M. Blondlot et M. Cl. Bernard ont indiqué dans un travail important la différence d'action entre les carbonates alcalins concentrés et les mêmes sels dilués dans une grande quantité d'eau ; en effet, si Ton administre du bicarbonate de Soude en solution concentrée et môme en cristaux, la sécrétion gastrique est suspendue; le même, s'il est fortement dilué, après avoir saturé les acides libres de l'estomac, détermine une sécrétion gastrique très-abondante; on conçoit quel parti on peut tirer de ce fait.

Dans ces derniers temps, le bicarbonate de Soude, de préférence aux autres sels alcalins, a reçu de très- larges applications dans le traitement, tant préservatif que curatif, des divers états morbides, qui ont pour principal caractère la prédominance dans le sang des éléments stimulants, nutritifs et plastiques : nous citerons surtout les différentes formes de pléthore, soit physiologique, soit morbide, les affections rhumatismales et goutteuses, et toute la classe des phlegmasies aiguës.

Il n'est guère de médecin qui ne s'adresse journellement aux solutions de bicarbonate de Soude, ou mieux encore, à l'eau de Vichy naturelle, pour modifier l'état pléthorique qui résulte d'une alimentation trop succulente, du défaut d'exercice musculaire et de combustion intraviscérale, état si commun chez les gens riches, sensuels et désœuvrés^ notamm.ent dans les grandes villes.

D'autre part, ce même moyen trouve souvent encore son indication chez les individus de tempérament sanguin, qui, soit par suite d'hérédité ou de causes accidentelles, présentent une disposition plus ou moins prononcée aux congestions et à l'apoplexie.

Or on ne peut nier que, dans ces conditions, le bicarbonate de Soude ne soit utile à plus d'un titre, soit en faisant disparaître l'embarras des voies digestives qui se lie souvent à l'état pléthorique, soit en modifiant la crase du sang, et en corrigeant l'excès d'acides et la prédominance des éléments plastiques.

En insistant sur cette médication altérante, mais avec prudence et réserve toutefois, et en y associant surtout un régime de vie convenable, on peut combattre avec avantage cette disposition pléthorique et cette habitude congestive qui, pour nombre d'individus, sont à la fois un danger incessant et un tourment perpétuel, et il est même possible, chez quelquesuns, de prévenir ainsi l'hémorrhagie cérébrale, ou tout au moins d'en reculer plus ou moins les premières attaques ou les récidives.

Dans ces circonstances, on donne le bicarbonate de Soude à la dose

d'un gramme seulement par jour. On reste à cette dose pendant huit à quinze jours, et on arrive progressivement à en donner 2 grammes et même un peu plus, mais avec la précaution de suspendre de temps en temps l'usage de ce médicament, et de ne jamais trop élever les doses.

Au chapitre de la médication altérante, nous avons signalé le rôle important que jouent les alcaUns et notamment le bicarbonate de Soude dans le traitement des maladies inflammatoires. Par exemple, dans les pneumonies et les pleurésies, ainsi que dans les rhumatismes articulaires de forme aiguë, il est incontestable que les boissons alcalines, et à leur tête les solutions de bicarbonate de Soude, deviennent un très-utile auxiliaire des émissions sanguines.

Nous ajouterons même que le bicarbonate de Soude a été tout récemment employé dans la pneumonie aiguë à Texclusion de tout autre remède, et qu'"à lui seul il aurait obtenu, dit-on, des succès. Nous le croyons sans peine, car la pneumonie franche est une de ces maladies qui semblent S'accommoder le mieux de beaucoup de méthodes thérapeutiques, sans en exclure même la méthode expectante. Toutefois, dans les cas graves, il sera toujours plus prudent de reléguer les alcalins à la seconde place, et de ne pas les compromettre sans nécessité en voulant leur donner le pas sur des moyens plus puissants et mieux éprouvés, tels que les émissions sanguines et les contro-stimulants.

Le bicarbonate de Soude, en sa qualité d'altérant , semblait naturellement indiqué dans les affections diphthériliques. On s'en était se^^•i en effet depuis longtemps pour combattre l'angine couenneuse et le croup ; mais les résultats n'avaient rien d'assez décisif pour lui mériter la faveur. Toutefois ce médicament n'avait pas cessé d'occuper dans la pratique la place à la fois utile et modeste qui lui convient. Les choses en étaient là lorsque, dans ces dernières années, quelques succès retentissants, les uns réels mais purement fortuits, les autres douteux ou très-discutables, vinrent appeler très-fortement l'attention publique sur ce médicament ; et bientôt , l'enthousiasme s'en mêlant , il s'en fallut de peu qu'on ne crût avoir trouvé dans le bicarbonate de Soude le spécifique de l'affection diphthéritique, et même du croup.

;Mais cet engouement ne devait pas durer, et l'observation calme et réfléchie eut bientôt réduit les choses à leur juste valeur. On n'a pas renoncé au bicarbonate de Soude, mais quand on y a recours dans les angines couenneuses et dans le croup, on l'emploie concurremment avec d'autres moyens plus énergiques, à titre de moyen simplement auxiliaire. Grâce à son action altérante et antiplastique, il est permis d'en espérer quelque avantage, soit pour modifier l'état général diathésique qui semble présider au développement de l'affection diphthéritique, soit encore pour agir topiquement su les pseudo-membranes qui tapissent l'arrière-gorge ou les voies aériennes, en aidant ces pseudo-membranes à se ramollir et à se détacher. A ce double titre donc . le bicarbonate de Soude peut avoir son utilité; mais il y a loin d'une utilité très-secondaire à l'importance excessive qu'on s'était plu à lui attribuer.

Toutes les solutions alcalines, et notamment les eaux chargées de bicarbonate de Soude, en tête desquelles nous placerons l'eau de Vichy, possèdent, comme chacun le sait aujourd'hui, la propriété d'alcaliser trèsrapidement l'urine.

Cette propriété une fois reconnue devait conduire tout naturellement à l'idée de la dissolution des concrétions ou calculs vésicaux. Magendie est peut-être un des premiers qui aient exprimé cette idée et sollicité les praticiens à diriger leurs expériences en ce sens.

Notons d'ailleurs que cette dissolution des calculs vésicaux était un fait implicitement acquis à la science depuis très-longtemps. En effet, les nombreux remèdes dit lithontriptiques, tels que les coquilles d'escargots préconisés par Pline, le fameux spécifique de mademoiselle Stephens, la potion de Saunders, le remède de Jurine et de Chittiks, la tisane de Mascagni, etc., etc., tous ces remèdes n'ont-ils pas pour base des carbonates de Soude ou de potasse, et n'est-ce pas à leur qualité de substances alcalines qu'il faut rapporter des succès qu'on ne saurait contester?

Guidés par ces faits empiriques, et plus encore par des observations ou expérimentations plus récentes et plus décisives, dues à des chimistes éniinents, tels que d'Arcet et Berzélius, un certain nombre de médecins, répondant d'ailleurs à l'appel adressé par Magendie, instituèrent des expériences pour vérifier d'une manière positive la propriété dissolvante des solutions ou des eaux alcalines, administrées soit en boissons ou en bains, soit en injections. En tête de ces médecins, vient se placer M. le docteur Petit, inspecteur des eaux de Vichy.

De ses observations et de ses expériences, M. Petit crut pouvoir conclure «que les eaux de Vichy n'agissent pas seulement en augmentant là sécrétion de l'urine, et en facilitant par ce moyen l'entraînement des graviers; mais leur véritable eiîet, leur effet le plus prononcé, c'est, en communiquant leurs qualités chimiques à l'urine, d'offrir aux graviers un liquide dans lequel ils peuvent naturellement se dissoudre ou se désagréger dans un temps plus ou moins long, qui est en rapport avec leur volume et leur position chimique. »

Pour expliquer le mécanisme de la destruction d'un grand nombre de calculs sur lesquels le sel alcalin n'a pas d'action chimique directe, M. Petit invoqua et fit valoir avec insistance une considération spéciale qu'il crut propre à lever plus d'une difficulté :« On ne saurait, dit-il, apporter trop d'attention au rôle que joue le mucus vésical; ce mucus se mêle à la substance calculeuse, s'interpose entre ses molécules, en augmente la force adhésive, en un mot se comporte à la manière d'un ciment. Il y a par conséquent dans le même calcul une sorte d'agglutination de la matière animale et de la matière saline. Or les eaux dissolvent la partie saline, laquelle privée de son ciment se dépose par petites lamelles et est rendue avec les urines; de cette manière elles peuvent agir sur les calculs phosphatiques, surtout sur ceux de phosphate ammoniaco-magnésien , presque aussi bien que sur ceux d'acide urique. »

M. Petit n'hésite pas à tirer de cette considération cette conséquence que, sans avoir d'action chimique sur les éléments d'un calcul, quelle que soit d'ailleurs sa composition, les eaux de Vichy, parla désagrégation des divers ingrédients des calculs, peuvent peu à peu les diminuer et donner lieu à leur expulsion naturelle hors de la vessie.

En attribuant aux eaux de Vichy cette vertu si admirablement dissolvante dans toutes les concrétions calculeuses sans exception, et en faisant jouer ici un si grand rôle aux réactions chimiques, M. Petit devait infailliblement susciter contre lui bien des contradicteurs. En effet, les uns lui contestèrent la réalité des faits eux-mêmes, c'est-à-dire la dissolution des calculs, quelle que fût leur composition, et en preuve ils lui opposaient des expériences directes dans lesquelles les calculs, soit dans la vessie, soit hors de la vessie, mis en contact pendant un temps plus ou moins long avec l'eau de Vichy, n'avaient subi aucune diminution dans leur poids ni aucune altération dans leur texture. D'autres plus nombreux, tout en admettant en général l'influence favorable de ces eaux dans certaines affections calculeuses, et notamment dans la gravelle, s'élevaient, non sans raison, contre l'explication trop exclusivement chimique à l'aide de laquelle on prétendait rendre compte des résultats obtenus.

Toutefois, sans s'arrêter aux exagérations et aux mauvaises explications dont le temps a fait justice, on peut dire que l'eau de Vichy a gagné ici sa cause; et aujourd'hui on ne saurait révoquer en doute l'efïicacité des alcalins, et notamment de l'eau de Vichy dans les affections graveleuses, efficacité attestée par des guérisons dont la plupart des médecins ont pu être témoins.

A cet égard pourtant il y a une distinction à établir entre les différentes espèces de gravelle. Elles peuvent ici se ramener à deux groupes principaux: réelle qui est déterminée par l'acide urique et ses composés 5 2° celle qui résulte de dépôts phosphatiques.

Or l'efficacité des solutions alcalines contre la gravelle urique ou gravelle rouge, la seule qui provienne d'une véritable diathèse, est à peu près généralement admise. L'expérience a en effet démontré très-positivement que l'usage des sels alcalins, et notamment qu'une ou plusieurs. saisons des eaux de Vichy, favorisent l'expulsion des graviers, et en outre paraissent contribuer à en prévenir la formation pendant un temps plusou moins long.

Mais cet accord qui existe au sujet de la gravelle rouge n'est plus du tout le même relativement à la gravelle phosphatique, ou gravelle blanche. On sait que dans ce dernier cas l'urine, au lieu d'être acide, est devenue neutre ou alcaline.

Ici, il faut en convenir, la théorie chimique semblerait, de prime abord, contraire à l'usage des eaux alcalines. Ne sait-on pas, d'ailleurs, que des savants de premier ordre, entre autres Marcet et Prout, ont élevé contre cette médication des objections, en apparence pleines de force et de justesse. Mais il est vrai d'ajouter que d'autres chimistes non moins distingués, et particulièrement M. Mialhe, se sont efforcés de réfuter ces objections par des considérations non moins décisives.

Mais nous abandonnerons aux chimistes la question de chimie , et nous nous en tiendrons ici à l'observation et à la clinique. Or en consultant les faits, nous croyons pouvoir dire que si, dans la gravelle phosphatique, la médication alcaline ne jouit plus de celte efficacité évidente et incontesta- ble qu'elle possède contre la gravelle urique, elle ne laisse pas que de rendre encore dans ce cas de bons et utiles services.

On sait que la gravelle phosphatique ne dépend plus, comme la gravelle urique, d'une disposilion générale de l'économie; c'est une affection toute locale et qui a généralement pour siège la vessie. Elle est presque toujours le résultat d'un catarrhe de cet organe; dans ce cas l'urine se trouve retenue dans son réservoir par un obstacle à son libre cours; et par le fait de cette rétention, elle s'y altère et y devient ammoniacale.

Or, abstraction faite des réactions chimiques, qui, au dire de quelques auteurs, exercent en ce cas même une action toute locale des mieux appropriées à l'affection de la vessie, les faits semblent parler encore ici en faveur de l'eau de Vichy, s'il est vrai qu'en introduisant dans l'économie une grande quantité d'eau minérale, cette eau augmente et renouvelle sans cesse la sécrétion et Técoulement des liquides urinaires, dissout les mucosités purulentes, modifie avantageusement les surfaces malades, arrête la formation des produits ammoniacaux , et s'il est vrai enfin que par ce moyen on arrive à enlever peu à peu la cause des dépôts et des précipités et à attaquer ainsi la maladie dans sa source.

En résumé, c'est par une action à peu près identique, c'est-à-dire par l'introduction d'une grande quantité de bicarbonate de soude dans l'économie, que les eaux de Vichy sont avantageuses à la plupart des afîections des voies urinaires qui se caractérisent par la gravelle ou les concrétions calculeuses. D'une part, elles modifient l'état pathologique delà muqueuse vésicale et fluidifient les mucus sécrétés ; et d'autre part en agissant sur la composition du sang, en prévenant la formation soit de l'acide urique, soit des phosphates neutres, elles changent la constitution des principes urinaires de telle sorte qu'en arrivant aux reins et à la vessie, ils ne contiennent plus de substances insolubles propres à former des précipités. (^É'^^fr. d'une Notice sur les eaux de Vichy, 1854.)

Dans cette manière d'apprécier l'action des alcahns sur les affections des voies urinaires qui paraît exprimer l'opinion actuellement dominante parmi les médecins de Vichy, nous aimons à constater que tout n'est plus réduit comme par le passé à une action purement chimique, mais qu'on tend à rapporter, au moins en très-grande partie, le succès de la médication alcahne à l'influence physiologique exercée par cette médication tant sur l'organisme que sur les organes malades.

En effet, tout nous semble concourir ici, l'observation non moins que le bons sens médical, pour faire intervenir, dans la cure des affections graveleuses et calculeuses, quelque chose de plus qu'une simple réaction entre les éléments chimiques qui se rencontrent dans le réservoir uriïiaire.

Une guérison réelle et plus ou moins durable peut-elle se concevoir ici

sans une modification générale, profonde de tout l'organisme, en un mot sans une influence du remède sur la diathèse morbide elle-même, quand cette diathèse est reconnue, d'un commun accord, comme la véritable cause de la maladie?

En d'autres termes, comment sans cette interprétation se rendre compte de ce fait si constant et si remarquable, à savoir : que les personnes qui pendant plusieurs mois ont pris des eaux alcalines et qui pendant l'administration de ces médicaments ont été débarrassées de la gravelle, restent plusieurs mois et même plusieurs années sans rendre de nouveaux graviers, bien qu'elles aient cessé l'usage de la substance alcaline? Dans ce cas, ne faut-il pas admettre de toute nécessité que sous l'influence de la médication alcaline, non-seulement l'urine cessant d'être acide n'a pu former de nouveaux calculs, mais que le remède a modifié ou les reins , ouïes voies digestives, ou l'économie tout entière, que la diathèse en un mot a été, sinon détruite dans son fond, au moins atténuée et enrayée dans ses manifestations.

Au chapitre de la médication altérante nous avons déjà dit un mot de ce qu'il fallait penser de l'action curative des boissons alcalines, et en particulier de l'eau de Vichy dans la goutte. On connaît à cet égard le désaccord qui existe entre les médecins de Vichy. Or voici ce que notre expérience personnelle nous a appris.

Il est très-rare que la médication alcaline réussisse à guérir radicalement cette maladie; on peut même dire que dans les cas de goutte héréditaire et fortement constitutionnelle, cette médication se montre généralement impuissante.

Mais on ne peut nier non plus que dans les cas de goutte simple et régulière elle ne procure une amélioration plus ou moins marquée ; ainsi elle diminue en général la fréquence, la longueur et l'intensité des accès, atténue ou même fait quelquefois disparaître les accidents locaux qui en sont la conséquence. Bien qu'elle n'ait le plus ordinairement que peu d'action sur les nodus et les autres concrétions tophacées déposées autour des articulations, elle parvient toutefois assez facilement à résoudre, au moins en partie, les engorgements qui proviennent de la rigidité des ligaments et de la contracture des muscles.

Mais aussi, pour être vrai, on ne peut taire que, dans bon nombre de cas, l'usage de l'eau de Vichy ne produise soit une aggravation immédiate , soit des accidents divers après un certain laps de temps. Ces mauvais résultats s'observent surtout dans la goutte anomale et irrégulière, et notamment dans la forme spéciale dite atonique. Enfin, pour dire toute notre pensée, nous avons de bonnes raisons de croire que les eaux de Vichy ont été fatales plus d'une fois en causant de fâcheuses métastases.

Du reste nous n'avons pas à revenir sur ce que nous avons exposé plus haut, relativement aux dangers qui peuvent résulter de l'abus et de l'usage intempestif des alcalins.

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