SOUS-BORATE DE SOUDE OU BORAX
Borate de Soude. Collutoire de Borax.
(Borax, Sous-Borate de Soude.) Pr. : Borax en poudre, 4 gram.
' Miel, 32
Ce sel est incolore et inodore; sa saveur Mêlez (Soubeiran). est alcaline , il verdit le sirop de violettes.
Soluble dans 12 parties d'eau froide; dans Lorsque nous prescrivons un collutoire, 2 parties seulement d'eau bouillante. 11 nous le formulons de la manière suivante, crisiallise en prismes hexagonaux aplatiS;, que nous croyons préférable, et contient dans cet état 47 p. 100 d'eau (KlaprothJ.
Préparation. On le fabrique en grand de toutes pièces par la combinaison directe de la soude et de l'acide borique provenant des lacs d'Ilalie (voir le curieux mémoire de M. Moyen, Bihl. méd. , LIX, 131)-
L'usage le plus ordinaire du Sous-Borate de Soude est pour lextérieur; on l'emploie Mêlez sur un porphyre, en gargarisme ou en collutoire, en collyre j
on l'emploie encore en tisane, ou sous forme On employait autrefois beaucoup plus de pommade. fréquemment le Borate de Soude ; tantôt
Voici quelques formules : on l'unissait au nitre et à la magnésie, tan-
tôt on l'associait au safran, à la sabine, au
„ . , ^ castoréum , au succin , etc.
Gargarisme avec le Borax.
Pr.
: Borate de Soude , Miel de Narbonne,
gram,
Pommade de Borate de Soude.
Pr.
: Borax en poudre , Axonge,
part,
Sirop borate.
Mielrosat, 32 Sirop de sucre, 300
Pr. : Borate de Soude , 8 gram.
Infusion de feuilles de ronces, '250 Pr. : Borax, 15 gram.
3g^ MÉDICAMENTS lUHlTANT^.
C'est surtout comme collutoire que le Borax a été employé; on le mêle au miel par parties égales ou dans la proportion d'un quart, d'un Iniitième, d'un douzième, et on le conseille dans les ulcères sordides des gencives, de la face interne des joues, dans le muguet, dans l'angine pultacée(Bisset, Gooch, Veryst, Slarcke, Gmelin, Apparat, med., continuation de Murray; Beaup. de Nyon, Bibliothèque de Genève, t. XL; Récamier, Leçons cliniques de la Faculté de médecine de Paris). — Dans les cas de catai'rhe laryngé, nous préférons l'emploi du sirop borate aux gargarismes, surtout chez les enfants. On le donne par cuillerées à café, 8 ou 10 fois par jour, et on a la précaution de ne pas boire immédiatement, pour prolonger le contact du sel avec la muqueuse affectée. ^- En injections vaginales il est encore utile dans le traitement des flueurs blanches qui sont entretenues par une légère érosion du museau de tanche, dans celui du prurit des parties génitales chez l'homme et chez la femme {Dew^ees, Bibliolh.méd., t. LXIV, p-. Î36).
De nos jours, Hiifeland et Récamier l'ont remis en honneur. Hufeland, et ensuite Reinhard, à l'exemple de Starcke [voy. Gmelin, loc. cit.), l'a conseillé en dissolution dans l'eau ou associé à divers mucilages pour le traitement des maladies superficielles de la peau : contre les engelures, à la dose de 2 à 3 grammes (1 demi-gros à 2 scrupules) pour 30 grammes (1 once) de véhicule {Journal de Chimie médicale, t. II, p. 591; Arch. gêner, de Méd., t. XVÎ, p. 137). ^^Donné à l'intérieur, et en raison même de son alcalinité, le Borax jouit de propriétés lithontriptiques d'autant plus prononcées, qu'on le prend à doses plus fortes. Comme les carbonates de soude, de potasse, il rend les urines alcalines et dissout les calculs et les graviers formés d'acide urique.
Mais il est une autre propriété sur laquelle le compilateur Gmelin [loc. cit.) appelle l'attention des thérapeutistes, et il cite à cet égard un grand nombre d'autorités. C'est sur la propriété qu'a le Borax de favoriser la menstruation, de calmer les douleurs utérines qui accompagnent ou précèdent cette fonction, et môme celles qui se manifestent pendant l'enlimtement, de déterminer le flux lochial, etc. Il est très-probable que le Sous-Borate de Soude, par cela même qu'il est fortement alcalin , jouitcomme l'ammoniaque et ses sels [vûy. pkis bas), comme toutes les autres préparations alcalines, de la plupart des propriétés que nous venons de passer en revue-, quant à son action toute spéciale sur l'utérus pendant l'acte de l'accouchement, nous attendrons, pour l'admettre, que des faits plus nombreux soient venus la démontrer d'une manière un peu plus évidente. Ce n'est pas que de nos jours Hufeland [Journ. d'' Hufeland), Lobstein, de Strasbourg [Journ. de Méd. de Leroux, t. XXXVf, p. 137), Van Krassendonk [Bulletin des Sciences méd. de Ferussac, t. XI, p. 275), ne l'aient également conseillé pour régulariser le travail de la parturition et
pour ranimer les contractions de la matrice ; mais Duehâteau , qui avait expérimenté ce sel dans les mêmes circonstances et aux mêmes doses, prétend n'en avoir retiré aucun avantage [Bulletin de la Société méd. d'émidation, nov. J816).
Nous ne devons pas taire, toutefois, que plus récemment M. le docteur Spendlcr, d'Ems, a cherché à déterminer d'une manière plus précise les circonstances qui indiquent l'emploi de ce médicament. Ainsi il a cru reconnaître que le Borax trouve surtout son opportunité dans les cas où la femme est en proie à une exaltation de la sensibilité, qu'il existe un état spasmodique de l'utérus qui met obstacle au travail, état spasmodique s'accompagnant de crampes, de douleurs. S'il en était ainsi, le Borax serait spécialement indiqué dans les conditions précisément inverses à celles qui réclament l'usage du seigle ergoté : nous voulons parler de cet état de l'utérus, qui consiste dans une véritable inertie. — Ce médicament se donne à l'intérieur aux mêmes doses que le bicarbonate de soude.
Nous ne dirons rien du calcium, découvert par Davy, si ce n'est qu'il est la i)ase métallique dé la (baux, et qu'on ne peut l'extraire qu'en réunissant les moyens chimiques aux procédés galvaniques. Cette base n'est nulleineiitemplo>ée en médecine.
La Ctiaux, Calx (Ctiaux vive, proloxyde de calcium, oxjde caicique), est toujours un produit de l'art; on l'extrait du suuscaibonate de Chaux par une forte calcination.
La Chaux est en masses blanches ou d'un blanc grisâtre, d'une saveur chaude, acre, alcaline; elle verdit forteinenl le sirop de violettes, et rougit la teinture de cui'cuma.
Elle est foit peu soluble; suivant Woîlasion, il faudrait 778 p. d'eau froide et ljV70 p. d'eau bouillante pour dissoudre 1 p. de Chaux.
Exposée à l'air, elle absorbe en se délitant l'eau et Tacide carbonique, acquiert plus de blancheur et de léi;èrcté, et repasse à l'état de sous-carbonate de Chaux ou de Chaux éteinte à l'air. Jetée dans l'eau, elle en solidifie ai p. 100 de son propre poids en dégageant beaucoup de chaleur, et se réduit en poudre blanche à laquelle on a donné le nom d'hydrate de chaux. Cet hydrate, délayé dans l'eau de manière à former une bouillie très-claire, constitue le lait de Chaux.
La Chaux caustique est aujourd'hui peu employée, ou lui préfère la potasse caustitique. Lorsqu'on 1 associe au savon ou à des poudres , elle fait la base des poudres ou des pâtes épilatoires. Elle fait également la base de la pommade des frères Uahon.Yolci
la recette indiquée par plusieurs aijteiirs , mais nous la croyons inexacte.
Pr.:Axonge, 64gram.(2onces),
Soude du commerce, 12 (;{ gros;.
Chaux, 8 (2 gros).
Mêlez.
Elle entre aussi dans la composition de la poudre de Vienne {voir art. Potasse).
Eau de Chaux.
On prend 1 p. d'hydrate de chauï et 100 p. d'eau de rivière; on délaye la chaux daiis l'eau, et on laisse en contact daps un vase fermé en agitant de temps en temps ; au bout de quefques heures, on laisse reposer, on décante et on lillie. L'eau de Chaux doit être conservée dans des vases fermés, car l'acide carbonique de l'air pourrait se combiner à la chaux et la transformer en carbonate. Elle ne contient pas 6 centigr. (1 grain) de Chaux vive par 30 gram. (1 once).
On emploie l'eau de Chaux à l'intérieur, en boisson, coupée avec du lait ou des tisanes adoucissantes ; à l'extérieur en fomentation, en injections, etc.
A l'extérieur, l'eau de Chaux est la base du Uniment oléocalcaire, si employé contre les brûlures, et dont voici la formule :
Eau de Chaux , 500 gr. (1 livre}-
Huile d'amandes douces, (jO (2 onces).
On agite fortement dans un vase, on laisse déposer, et on sépare la masse molle savonneuse qui surnage (Codex).
En général, les pharmacopées prescrivent de mélanger P. E. d'huile d'amandes et d'eau de Chaux. Si l'on ajoute à 250 grammes de Uniment oléocalcaire 4 grammes de laudanum de Sydenham , on a le Uniment calcaire opiacé.
Carbonate de Chaux
(Sous-carbonate de Chaux, carbonate calcique.)
Ce sel est blanc, insipide, soluble dans l'eau à la faveur d'un excès d'acide carbonique , faisant effervescence par les acides un peu forts. Il existe en très grande abondance dans la nature; il constitue le marbre, la craie. Uni au phosphate de Chaux , il forme en partie la base du squelette des animaux; le corail, la nacre de perles, le test des mollusques , les yeux d'écrevisses , etc., en sont presque entièrement composés.
Le sous-carbonate de Chaux était autrefois beaucoup plus employé qu'il ne l'est actuellement. On prescrit cependant encore assez souvent la 'poudre d'yeux d'écrevisses. Ceux-ci, comme on le sait, ne sont autre chose que des concrétions calcaires que l'on trouve dans l'estomac des écreyisses {cancer astacus).On sophistique aujourd'hui les yeux d'écrevisses avec du carbonate de Chaux que l'on associe à un peu de phosphate de Chaux et de magnésie, et que l'on unit à l'aide de la gélatine. Sophistiquée ou non,
la poudre d'yeux d'écrevisses a les mêmes propriétés.
Le sous-carbonate de Chaux entrait jadis dans diverses préparations oflîcinales renommées comme absorbantes, telles que la poudre d'arum compose'e, la confection d'hyacinthe, la poudre anglaise, etc.
Phosphate de Chaux.
C'est un sel insoluble, blanc, pulvérulent, insipide. Il constitue presque en entier la corne de cerf calcinée qui entre dans la composition de la décoction blanche de Sydenham. Du reste , son action thérapeutique est à peu près la même que celle du sous-carbonate.
Saccharate de Chaux.
Ce sel doit ses propriétés à la quantité vraiment énorme de Chaux que le sucre en dissolution peut absorber. Il a une saveur caustique très-prononcée. 11 se prépare en saturant le sirop de sucre par la Chaux et en filtrant; il est parfaitement transparent et ne trouble pas l'eau dans laquelle on le verse.
C'est M. Béral qui le premier l'a préparé et a fixé l'attention dps médecins sur les composés de sucre auxquels on mêle des substances médicamenteuses. Cette forme d'administration est Irès-comraode et mérite un emploi plus fréquent.
La Chaux est moins caustique que la potasse et la soude. Il est rare pourtant qu'on l'emploie seule pour remplir cette indication. Associée à parties égales de savon médicinal, elle servait jadis à escharifier des verrues, des fongosités, et à modifier la surface de certaines plaies carcinomateuseS;, et à détruire quelques tumeurs superficielles [Ancien Journal de Médecine, t. LXXX, p. 309). Nous avons dit plus haut, en traitant de la potasse, comment, SOUS le nom de caustique de Vienne, on avait fait une poudre extrêmement énergique en mélangeant 6 parties de chaux vive et 5 de potasse, comment la thérapeutique chirurgicale pouvait tirer également un utile parti de la pâte d'Else faite avec l'opium, la potasse et la Chaux.
Un médecin anglais, M. le docteur Osborne, a proposé, dans le Dublin Journal, un nouveau moyen d'ustion ou de cautérisation en remplacement du moxa ordinaire.
Ce moyen consiste dans l'emploi de la Chaux vive : un fragment de cette substance, de 12 millimètres environ d'épaisseur, mais aussi récente que possible (celte condition est indispensable au succès), est placé dans un porte-moxa, ou sur une carte percée à son centre d'une ouverture circulaire, et l'instrument est appliqué sur le point de la peau où l'uslion doit être pratiquée. Alors on laisse tomber quelques gouttes d'eau sur la Chaux, qui se gonfle et se délite immédiatement en laissant dégager une chaleiû'
dont l'intensité peut être évaluée à peu près à 187°,5 de l'échelle thermométrique centigrade : aussi faul-il avoir bien soin de retirer le petit appareil et la substance alcaline avant que tout le calorique qui doit se produire se soit développé; car, sans cette précaution, le derme se trouverait sans aucun doute désorganisé dans toute son épaisseur. On conçoit donc qu'il est facile d'obtenir une eschare plus ou moins profonde, suivant le plus ou moins de temps qu'on laisse la Chaux en contact avec la peau après l'instillation de l'eau.
M. Osborne pense que ce moxa mérite, dans plusieurs cas, d'être préféré à tous ceux dont on a fait usage jusqu'ici. Il produit instantanément une chaleur d'une grande intensité, et l'on a ainsi l'avantage d'obtenir une action à la fois rapide et profonde, sans que les sujets soient épouvantés par l'aspect du feu et des étincelles que lancent presque toujours les corps en ignition.
Cet alcali fait la base de la plupart des pommades épilatoires, de celle entre autres qu'emploient les frères Mahon pour faire tomber les cheveux dans la teigne, pommade qui est en même temps curatrice; ainsi que des poudres dépilatoires en l'associant à l'orpiment, mélange qui n'est pas sans danger et qui peut même causer des accidents terribles, lorsqu'on en fait usage pour enlever les poils qui reposent sur des surfaces ulcérées.
M. Boettger, chimiste distingué de Francfort- sur-le-Mein, a le premier signalé le sulfhydrate de sulfure de calcium comme pouvant offrir à la thérapeutique un dépilatoire d'une grande énergie.
Cette matière s'obtient en faisant absorber du gaz sulfhydrique jusqu'à saturation, par une bouillie formée de deux parties de chaux éteinte, ou hydratée sèche , et de trois parties d'eau. Elle se présente sous la forme d'une gelée de couleur blanc verdâtre.
Pour l'employer, il suffit d'en étendre une couche de l'épaisseur de deux miUimètres environ sur la partie qu'on veut dépouiller de ses poils. En enlevant ensuite la pâte, après deux ou trois minutes d'application, à l'aide soit d'un couteau en ivoire, soit d'un linge, on trouve la peau sous-jacente entièrement débarrassée des poils qui la recouvraient, et cela sans que l'épiderme soit en aucune manière entamé ou excorié, et sans que l'individu ait ressenti autre chose que de la cuisson.
M. Martens, dans une note lue à l'Académie de médecine de Bruxelles, a préconisé fortement cette substance contre la teigne. Il recommande d'en faire une ou deux applications par jour, et de la laisser chaque fois pendant trois à cinq minutes en contact avec les portions du cuir chevelu qui sont le siège du mal.
Tout en engageant les praticiens à tenter l'essai de ce nouveau moyen lorsqu'ils en trouveront l'occasion, il faut les prévenir en même temps que dans certains cas l'épiderme se trouve légèrement attaqué, et que souvent l'action du médicament détermine de la rougeur et de la douleur. D'ailleurs, ces signes d'irritation sont en général trop minimes pour contre-indiquei* l'emploi de ce moyen [Bulletin de l'Académie de médecine de Belgique) . 1. 25
Hufeland a employé contre la teigne un mélange de parties égales d'huile d'olive et de Chaux [Journ. de Leroux^ t. XVI, p. 128). Ce liniment réussit encore bien dans le traitement des engelures et des dartres qui s'accompagnent de violentes démangeaisons.
Le liniment oléocalcaire, composé en formant un savonule avec une, deux ou trois parties d'eau de Chaux pour quatre parties d'huile d'amandes douces, a été particulièrement conseillé par M. Velpeau dans le traitement de la brûlure, et l'emploi de ce médicament a procuré des avantages réels dans les brûlures aux trois premiers degrés, c'est-à-dire alors même que la peau , mortifiée dans une certaine partie de son épaisseur, doit suppurer et donner lieu à une cicatrice.
Lorsqu'il y a simple rubéfaction et même vésication, les onctions avec le liniment oléocalcaire procurent fréquemment une résolution très-prompte.
Sur une vieille femme affectée de brûlure au troisième degré, à la partie antérieure de la poitrine, la débilité augmentée par l'abondance de la suppuration faisait des progrès alarmants , lorsque l'application du liniment amena la dessiccation, et par suite le rétablissement des forces, avec une rapidité qu'on n'avait pas lieu d'espérer chez un sujet si considérablement appauvri [Bullet. de Thcr., t. XIV, février 1838).
Ce liniment est encore employé avec grand avantage pour calmer les démangeaisons «ruelles de quelques maladies dartreuses.
A l'extérieur, l'eau de Chaux est employée aux mêmes usages que les solutions faibles de sous- carbonate de soude, de potasse. On ne peut lui refuser une grande puissance pour hâter la cicatrisation des vieux ulcères atoniques de la peau, et pour calmer les démangeaisons de la peau et des parties génitales : en gargarisme, elle est utile quand les gencives sont molles, fongueuses , et que la membrane muqueuse qui tapisse le voile du palais et les amygdales est le siège d'une phlegmasie ancienne et peu intense.
A l'intérieur, elle s'emploie comme la soude et la potasse chez les personnes qui ont des digestions pénibles avec tendance à l'acescence; toutefois il faut faire cette importante distinction : quand les troubles digestifs s'accompagnent de diarrhée , ce qui surtout est très-commun chez les enfants, l'eau de Chaux est de beaucoup préférable aux carbonates de soude et de potasse, car son emploi constipe plutôt qu'il ne relâche, et c'est le contraire pour les deux sels alcalins dont nous venons de parler. Quand au contraire la maladie de l'estomac s'accompagne de tendance à la constipation, il faut préférer la soude et la potasse.
Quelle qu'ait été la célébrité lithontriptique de l'eau de Chaux, il est évident que ce médicament ne peut être utile, dans cette circonstance, que si les graviers et les calculs sont spécialement formés d'acide urique; tandis qu'elle augmente le mal quand les calculs sont formés par des sels calcaires.
Dans les diarrhées chroniques, dans celles qui tiennent à l'existence d'ulcérations de l'intestin grêle, et principalement du gros intestin, l'eau de Chaux prise en boisson ou en lavement a été conseillée jadis, et préco-
nisée de nouveau par M. Bretonneau, de Tours, dans les diarrhées qui retardent la convalescence des dothinentériques et des dysentériques. Dans la dothinertérie , M. Bretonneau donne ordinairement l'eau de Chaux à la dose de 30 à 60 grammes (1 à 2 onces) par jour coupée avec du lait chaud et sucré ; dans la dysenterie, il l'emploie de la même manière; mais en même temps il fait, matin et soir, donner un lavement entier dans lequel il fait entrer d20 à 200 grnmmes (4 ou 6 onces) d'eau de Chaux et 3 ou 4 gouttes de laudanum de Rousseau.
Mongenot a encore employé avec succès contre la coqueluche un mélange d'eau de Chaux et de lait à parties égales {Journ. gén. de Méd., t.XLIV, p. 290).
La Chaux caustique, telle qu'elle est vendue dans le commerce, a été utilisée pour faire des bains de vapeurs de la manière suivante : on enveloppe un morceau de Chaux de 1 à 2 kilogrammes avec un linge grossier et bien mouillé, et on le place dans le lit du malade, dont les draps et les couvertures ont été préalablement soulevés et soutenus avec des cerceaux. Dès que la Chaux commence à absorber l'eau, sa température s'élève, l'eau se vaporise, et si l'on a soin de mettre de temps en temps de l'eau nouvelle, bientôt il s'élève des vapeurs abondantes et très-chaudes, qui enveloppent le mala'ie, et provoquent chez lui la série des phénomènes que l'on a droit d'attendre d'un bain de vapeurs ordinaire.
Par le même procédé, on peut administrer une sorte de bain de vapeurs local, en appliquant le linge mouillé qui sert à envelopper les fragments de Chaux sur la partie du corps où il est utile de diriger spécialement la chaleur et la vapeur.
A l'aide de ce moyen aussi simple qu'économique, il nous est arrivé de triompher en quelques jours de diverses douleurs rhumatismales, surtout de lumbago et de sciatiques, qui avaient résisté à d'autres médications. Il importe toutefois que le malade soit bien averti de surveiller avec soin l'action de ce petit appareil, et de l'écarter de temps en temps de la partie sur laquelle il est appliqué, lorsqu'il sent que le dégagement de calorique devient trop intense ; autrement il courrait risque parfois de se brûler. Aussi, pour plus de précaution, nous conseillons, dans ce cas, d'envelopper la Chaux dans un linge épais, plié en plusieurs doubles, et d'éviter de le serrer trop étroitement. Ajoutons que ce linge peut être à volonté préalablement imbibé d'eau simple, ou d'une décoction de guimauve ou de sureau, etc., suivant l'indication particulière qu'on voudra remplir.
Des carbonates de Chaux, le sous-carbonate est seul employé. Il fait la base de préparations dites absorbantes, dont les plus renommées sont la poudre d'yeux d'écrevisses, les magistères de corail, de nacre de perles.
La poudre d'yeux d'écrevisses est fort efïicace dans les vomissements et les diarrhées des jeunes enfants, et chez les adultes elle rend encore d'utiles services, lorsque l'estomac sécrète une grande quantité d'acide et que la diarrhée accompagne cette mauvaise disposition du ventricule. La poudre d'yeux d'écrevisses se donne chez les enfants à la mamelle à la dose de 20
à 60 centigrammes (4 à 42 grains) par jour ; dans l'âge adulte, la dose est ordinairement de 4 grammes (1 gros) chaque repas.
Le phosphate de Chaux constitue presque en entier la corne de cerf calcinée qui entre dans la composition de la décoction blanche de Sydenham. Le phosphate de Chaux se donne aux mêmes doses et jouit des mêmes propriétés que le sous-carbonate.
Le phosphate de chaux vient, dans ces derniers temps, d'être l'objet de recherches physiologiques et d'applications pratiques aussi neuves qu'intéressantes.
D'après M. Mouriès, un de nos chimistes les plus distingués, le phosphate de Chaux joue chez les animaux un rôle plus important qu'on ne le pensait jusqu'à ce jour. Indépendamment de son influence sur le travail de l'ossification, ce sel aurait encore une action spéciale sur l'irritabilité, sans laquelle il ne saurait y avoir ni assimilation ni nutrition. Aussi l'insuffisance de ce principe, lorsqu'elle est portée à un haut degré, entraînet-elle la mort avec tous les symptômes de l'inanition, tandis que lorsqu'elle est moins prononcée, elle engendre la série des nombreuses affections qui se rattachent au lymphatisme. M. Mouriès, par ses recherches et ses analyses, a été conduit à reconnaître que l'alimentation des habitants des villes est généralement défectueuse sous ce rapport, et qu'au lieu de 6 grammes de phosphate de Chaux, qui seraient, selon lui, la dose nécessaire pour suffire aux besoins de l'économie, la ration journaUère des femmes dans les villes ne contient que la moitié de cette dose.
Comme conséquence de ce fait, l'auteur aurait constaté que le lait des nourrices des villes est peu riche en sels fixes, et surtout ne contient pas la proportion voulue de phosphate calcaire.
Il résulte donc que le fœtus et l'enfant en bas âge doivent souffrir considérablement de l'absence de cet élément indispensable à leur existence et à leur développement. De là une des principales causes de l'énorme accroissement du chiffre des mort-nés ; de là encore la source de tant de maladies chez les enfants, et de la très-grande mortalité de ces mêmes enfants dans les grandes villes.
Or, pour remédier en très- grande partie à ces causes de maladies et de mortalité, M. Mouriès a proposé d'introduire dans le régime alimentaire des femmes enceintes, des nourrices et des enfants, ce même principe nutritif, qui se trouve être insuffisant. Dans ce but, M. Mouriès a eu l'idée d'associer le phosphate de Chaux à une matière animale de nature albumineuse, et il en a composé une préparation qui, sous forme de semoule, est donnée en potage , soit aux mères ou aux nourrices, soit aux enfants eux-mêmes, dans les cas où on a des raisons de croire que la proportion normale de phosphate calcaire se trouve en déficit dans les aliments ou dans le lait , ou bien lorsque l'état de santé de l'enfant paraît exiger une dose plus forte de ce principe.
A l'appui de ces considérations toutes théoriques , M. Mouriès présente un certain nombre de faits dans lesquels ce genre d'alimentation aurait eu
pour effet, d'une part, d'abaisser dans certaines familles la proportion des mort-nés; et^, d'autre part, de diminuer le nombre des maladies lymphatiques chez les enfants , et même de contribuer à guérir ces mêmes maladies, lorsqu'elles n'avaient pu être prévenues.
Parmi les affections se rattachant au lymphatisme, qui sont susceptibles d'être modifiées avec avantage par cette alimentation protéino-phosphatée, l'auteur signale la débilité native, le rachitis, la déviation de la taille, la déformation des os, la dentition retardée, la croissance difficile.
Voilà certainement des idées fort ingénieuses et des recherches du plus grand intérêt. Mais quels résultats pratiques ces idées doivent-elles produire définitivement, et quels services ces recherches sont-elles appelées • à rendre , soit au point de vue de l'hygiène et de la prophylaxie , soit au point de vue de la thérapeutique des maladies de la première enfance? Ce sont là des problèmes que des observations ultérieures plus nombreuses et des expériences encore plus précises sont seules capables de résoudre.
Peut-être, à cet égard, n'est-il pas inutile de rappeler qu'antérieurement aux recherches de M. Mouriès , quelques médecins avaient songé à traiter par le phosphate de chaux certaines maladies du système osseux, tels que le rachitis et l'ostéomalacie, mais que les résultats obtenus n'avaient pas réalisé complètement les espérances qu'avait dû faire naître cette application, si rationnelle en apparence, de la chimie à la médecine pratique.
Hâtons-nous d'ajouter, toutefois, qu'en raison de son extrême importance, cette question mérite assurément d'être reprise à nouveau -, et faisons des vœux pour que la préparation de M. Mouriès, après de nouvelles épreuves, reste pour la thérapeutique et l'hygiène un bon remède et un bon aliment.
Le saccharate de Chaux , dont nous avons indiqué le mode de préparation en traitant des divers composés calcaires, a été proposé pour la première fois par M. le docteur Capitaine, agrégé près la Faculté de médecine de Paris, et employé par nous , à l'hôpital Necker, dans le traitement des diarrhées chroniques des enfants. Ce médicament, qui est d'une alcalinité extrême, ne peut se donner pur : on l' étend de 20 à 30 fois son poids de sirop simple, et alors on peut l'administrer sous forme de sirop ; celte forme est celle que l'on doit préférer. Le saccharate dp Chaux saturé se donne, pour les enfants, à la dose de 1 à 2 grammes (un quart de gros à 1 demi-gros) dans l'espace de vingt-quatre heures; aux adultes, à la dose de 5 à dO grammes (1 gros 1 quart à 2 gros et demi).
A l'hôpital Necker, nous étions dans l'habitude de faire mettre, dans chaque pot de lait destiné à former un supplément de nourriture pour les enfants àlamamelle, 50 centigammes (15 grains) de saccharate de Chaux. Cette précaution nous a paru utile , d'une part , pour empêcher le lait de passer aussi vite à l'acescence; d'autre part, pour diminuer la tendance que les enfants ont à la diarrhée. Et en comparant ici l'eau de Chaux au bicarbonate de soude, que nous employions de la même manière et dans le )nême but (voyez Soude) , i! nous a spmblé que le saccharate de Chaux Fpïnportait sur le sel de soude.
BARYTE.
La Baryte (protoxvdedel^ariura) estd'une dansl'eau;regardé comme basede plusieurs
cou'eur blarc grisâtre, en masse poreuse, traitements antirlarlreux secrets. On l'ob-
très-difflcilement fusible. Cet alcali est tient par double décomposition de chlorhy-
très-vénéneux et irès-caustlque; à l'air, il drate de Baryte par le carbonate de soude, est avide d'eau et d'acide carbonique ; il est
soluble dans 30 p. d'eau froide et lOp. d'eau Chlorhydrate de Baryle (hydrochlorate,
bouillante. muriatede Baryte). H est le produit de l'art.
Découverte par Scheele en 1774, la Baryte Cristallisable à l'air, soluble dans l'eau , sa
s'obtient en déi-omposant le nitrate de Ba- saveur est acre et piquante,
ryle par la chaleur. D'après les expériences de M. Brodle et de
On l'emploie quelquefois en solution à M. Orfila, c'est un des poisons minéraux les
l'extérieur. ' plus énergiques.
Après avoir été fréquemment mis en
j. . . , . usage par les médecins anglais et allemands,
Ltmment oarytique. ^^ ^^^ j^.pg^ p,.f,sque plus employé; il méri-
^ „ , . i'ii..j^ tait cependant quelque attention comme
= Eau <îe. Baryte saturée à froid, 1 p. ^„^^^ thérapeutique. Llsfranc, à l'hôpital
tluue Q olive, b p. ^jg j^ \^^[■^^^ l'avait remis en honneur et en
avait obtenu des succès dans le traitement
Carbonate de Baryte. Blanc, insoluble de l'afTection scrofuleuse.
Le chlorhydrate de Baryte a joui, depuis quelques années, d'une certaine réputation dans le traitement des tumeurs blanches.
Crawford fut le premier qui, en 1780 , reconnut les bons effets de ce remède dans les scrofules.
Plus tard , le professeur Scassi , de Gênes , fit des recherches sur ce médicament. Depuis, en Italie, MM. Mojon, Nongiardini, Ferrari, etc., etc., ont obtenu de beaux résultats. Ultérieurement , en France, à l'instigation de M. Pirondi , les essais des praticiens italiens ont été répétés à la Pitié par Lisfranc avec des avantages incontestables.
Voici le mode d'administration:
Lisfranc commençait ordinairement par la dose de 30 centigrammes (6 grains) dans 125 grammes (4 onces) d'eau distillée; toutes les heures le malade prend une cuillerée à bouche de cette solution, excepté une heure avant et deux heures après le repas. Chose remarquable, il faut que le malade, pour supporter le médicament, s'abstienne de boire du vin et de manger de la viande , et soit soumis à l'eau pure et à une alimentation végétale. Au bout de huit jours, à moins qu'il ne survienne des accidents notables, on porte la dose à 60 centigrammes ^12 grains) pour la même quantité d'eau distillée, et ainsi de suite en allant graduellement.
Lisfranc a administré jusqu'à la dose de 3 grammes (GO grains).
Quelquefois , à la suite de l'administration du chlorhydrate de Baryte, douleurs vers l'estomac, nausées, vomissements, etc.. etc.; alors on sus-
pend pendant quelques jours. Ces accidents, ou ces premiers symptômes d'empoisonnement, sont facilement dissipés par l'emploi du blanc d'œuf, ou par le vin sucré , qui avait été conseillé dans ces cas par M. Pirondi [Bulletin thérap., 1836,, t. X, ir livraison.)
L'Ammoniaque est le résultat d'une combinaisun de deux volumes d'azote avec six volumes d'hydrogène. C'est un gaz sans couleur, d'une odeur vive et pénétrante, caractéristique, d'une saveur acre, brûlante et même un peu corrcsive. Sa densité est de 0,591. Il est extrêmement soluble dans l'eau, qui, suivant Davy, peut en dissoudre jusqu'à 670 fois son volume.
Pourtant il a si peu d'aCTinité pour l'eau, qu'il s'échappe sans cesse de sa dissolution, et qu'au bout d'un certain temps, en laissant ouvert le flacon qui le renferme, on ne retrouverait plus dans l'eau qu'une trèspetite proportion d'Ammonfaque ou de cari)Onate ammoniacal. D'où la nécessité de s'assurer de la force de la dissolution au moyen de l'aréomètre avant de l'employer.
Ammoniaque liquide.
(Alcali volatil, alcali volatil fluor, esprit de sel ammoniac.)
C'est une dissolution plus ou moins saturée de gaz ammoniac dans l'eau; ses propriétés sont celles de l'Ammoniaque gazfuse. Elle est incolore, transparente fortement alcaline, et a une odeur excessivement pénéiranle et insupportable.
Préparation. On obtient l'Ammoniaque liquide par la décomposition du sulfate ou du chlorhydrate d'Ammoniaque au moyen de la chaux.
La chaux se combinée l'acide sulfurique ou à l'acide chlorhydrique, et l'Ammoniaque qui est mise en liberté est reçue dans des flacons qui contiennent de l'eau.
Le Codex prescrit de ne faire usage que de l'Ammoniaque qui marque 22° ou 25° à l'aréomètre de Beaumé.
On fait, en médecine, un fréquent usage de l'Ammoniaque sous diverses formes. Elle entre dans une foule de préparations officinales dont les plus importantes sont :
Pommade ammoniacale ou de Gondret.
Pr. : Suif, I part.
Axonge, 1
Ammoniaque à 25°, 2
Faites liquéfier le suif et l'axonse dans un
flacon à large ouverture; ajoutez l'Ammoniaque, fermez le flacon et agitez vivement; tenez le flacon plongé dans l'eau froide, en ayant, soin d'agiter de temps en temps jusqu'à ce que la pommade soit refroidie. Cette formule du Codex est, quant aux détails, tout à fait insuffisante, ainsi que nous l'avons démontré dans le Journal des Connaissances médico-chirurgicales (n° 6, décembre 1830). Voici notre formule :
Axonge récente, Ammoniaque à 22°; de
chaque, 16 gr. (4 gros).
Suif, 2 à 4 gr. (1/2 gros à 1 gros).
On fait fondre d'abord l'axonge et le suif dans un flacon que l'on plonge à cet efTet dans l'eau chaude, puis on agile un peu. Lorsque l'axonge est fondue, on laisse doucement refroidir jusqu'à ce qu'elle commence à prendre une couleur légèrement opaline. On verse alors TAmmoniaque.
Il faut, dès qu'on l'a ajoutée, f-^rmer vivement le flacon et le ficeler, puis agiter jusqu'à ce que l'axonge et l'Ammoniaque combinées forment une massé crémeuse.
Si la pommade devient grumeleuse, il faut remettre ce flacon dans l'eau chaude et faire subir au mélange, pendant une ou deux minutes, de nouvelles succussions. Si, au contraire, la pommade se prend en crème, on met tout de suite le flacon sous un filet d'eau froide, et on l'y laisse refroidir.
Nous recommandons de ne jamais faire plus de 40 gr. de pommade à la fois, et de se servir d'un flacon bouché à l'éméri qui puisse au moins contenir I25gr. de matière. Toutes ces minuties de préparation ne sont pas inutiles.
D'après quelques expériences faites par nous à l'hôpital Necker, on arrive à un résuliat plus constant en ajoutant au mélange 2 à 4 gr. de suif de mouton. — Disons enfin que la pommade ammoniacale doit être d'une blancheur éclatante, qu'elle doit être homogène, c'est-à-dire avoir l'aspect gras de la crème, car si elle est grenue, la préparation est manquée : dans ce cas, l'ammoniaque n'est pas combinée, elle s'écoule dès qu'on applique la pommade sur la peau, et l'axonge et le suif restent seuls. L'homogénéité de la pommade est la condition essentielle de son activité; 11 ne peut y avoir de pommade énergique si elle est grumeleuse
Elle doit avoir une consistance telle, qu'elle ne fuse pas à une température de 30° cent., c'est-à-dire à la température la plus élevée du corps à sa surface. Cette circonstance est encore d'une importance extrême ; car la pommade trop molle s'étale ou s'écoule, et, dans tous les cas, elle perd de son activité, et va porter son action sur des parties qu'elle devait respecter.
Nous n'avons tant insisté sur tous ces détails qu'à raison de la grande difficulté de préparation de la pommade ammoniacale et de son extrême utilité thérapeutique externe.
Baume opodeldoch.
Pr. : Savon de graisse de veau, 32 gram.
Camphre, 24 Ammoniaque liquide, 8
Essence de romarin, 6
Essence de thym, 4
Alcool à 86° (34° Cart.), 260
On dissout les essences dans l'alcool et l'on distille au bain-marie à siccité; on met cet alcool dans un matras avec le savon bien râpé ; on fait dissoudre à la chaleur du bain-marie. on ajoute le camphre, et quand il est dissous, on ajoute l'Ammoniaque; on filtre à chaud, et l'on reçoit le liquide dans de petits flacons allongés à large ouverture ; on les ferme aussitôt avec un bouchon qui a été trempé dans la cire , ou mieux encore, qui a été enveloppé dans une feuille d'étain (Soubeiran).
Eau de Luce.
Pr. : Huile de succin rectifié, 8 gram.
Savon blanc, 4
Baume de la Mecque, 4
Alcool à 86°, 192
Faites macérer pendant huit jours ; filtrez et conservez pour l'usage. On prépare l'eau de Luce en ajoutant i p. de la teinture précédente à 16 p. d'Ammoniaque liquide à 22°.
Le savon n'entre pas dans toutes les formules d'eau de Luce; il donne plus de fixité au mélange laiteux (Soubeiran).
On prépare aussi un linimerit volatil ou ammoniacal avec huile d'olive i25 grammes et Ammoniaque liquide à 22° 16 gr. — On fait le mélange dans une fiole que l'on tient bien bouchée.
Si avant d'ajouter l'Ammoniaque on fait dissoudre 8 gr. de camphre dans l'huile, on a le linimenl volatil camphré, dont l'usage est assez fréquent.
L'alcool ammoniacal (liqueur d'Ammoniaque vineuse) est également employé et se prépare de la manière suivante :
Pr. : Ammoniaque liquide à 60° cent., 1 p. Alcool à 86° (34° Cart.), 2
Mêlez.
On y ajoute quelquefois une huile volatile, d'anis, de girofle ou de citron ; on s'en sert assez souvent pour préparer des teintures avec l'assa fœtida, la valériane, etc.
L'Ammoniaque liquide fait la base de la potion antiacide de Chevalier.
Pr. : Eau distillée 160 gram.
Eau de menthe, 16 gram.
Ammoniaque liquide , 3 goutt.
A prendre en deux fois.
En ajoutant douze gouttes d'Ammoniaque au lieu de trois, on a la potion contre l'ivresse.
Carbonate d'Ammoniaque.
Ce sel est connu aussi sous les noms anciens d'alcali volatil concret, sel volatil d'Angleterre, etc., et sous lesdénominations plus récentes de sous -carbonate d'Ammoniaque, sesquicarhonate.
Il est blanc , d'une odeur ammoniacale très- prononcée, soluble dans deux fois son poids d'eau; il se volatilise sans se décomposer.
On l'obtient en décomposant le chlorhydrate d'Ammoniaque par le carbonate de chaux.
L'action du sesquicarbonate est à peu près celle de l'Ammoniaque ; seulement son activité est beaucoup moindre. Ce sel alcalin entre dans la composition des gouttes céphaliques anglaises, de l'alcool aromatique de Sylvius, de l'eau de corne de cerf composée, etc.
11 fait aussi partie du cérat de Réchoux contre le croup^ dont voici la formule :
Pr. : Cérat sans eau, 8 p.
Sesquicarbonate d'Ammoniaque, 1
Mêlez.
Chlorhydrate d'Ammoniaque.
(Hydrochlorate , muriate d'Ammoniaque, sel ammoniacal.)
Il est blanc, inodore, d'une saveur acre, piquante et urineuse, cristallisant en cubes ou en octaèdres, soluble dans près de trois fois son poids d'eau à 16"; l'eau bouillante en dissout un poids égal au sien; il est beaucoup moins soluble dans l'alcool. 11 est entièrement volatil et indécomposable au feu.
Le sel ammoniacal du commerce est en pains ronds, aplatis, d'une apparence de glace, et comme légèrement flexible sous le marteau lorsqu'on veut le casser. Il est quelquefois coloré par une matière fuligineuse. On le purifie par solution et cristallisation.
On l'obtient en traitant le sulfate d'Ammoniaque par le chlorure de sodium.
Comme médicament, le chlorhydrate d'Ammoniaque a été jadis fort usité. 11
entre dans la composition du vin antiscor- d'Ammoniaque a des propriétés beaucoup
iutique . de la poudre de Leayson, du col- moins actives; il ne contient plus de cette
lier de Morand, etc. liuile pyrogénée qui s'y trouvait quand on
On fait aussi avec ce sel des sachets irri- avait recours au mode de préparation déjà
tants et résolutifs, composés de chaux usité.
éteinte, de sel ammoniac, de chaque, Voici en quoi il consistait. On faisait dis-
1 p. ; on mêle les matières en poudre, et on soudre l'acétate d'Ammoniaque dans le
les place entre deux couches de coton qu'on vinaigre distillé, avec la précaution de sé-
enveloppe ensuite d'une mousseline piquée, parer, pendant la distillation, les premiers
deux tiers du produit trop aqueux; l'Am-
Acétate d'ammoniaque. moniaque dont on se servait était le carbonate d'Ammoniaque chargé d'huile empy-
II est blanc, inodore, d'une saveur acre; reumatique, tel que le donne la distillation
très-soluble dans l'eau et dans l'alcool. de la corne de cerf (sel volatil de corne de
L'acétate d'Ammoniaque n'est pas em- cerf). L'acétate d'Ammoniaque ainsi préployé en médecine à l'état solide; il n'est pare était beaucoup plus actif; c'est réelusité que sous forme liquide, ce qui consti- lement à tort que le Codex a modifié la tue le médicament autrefois connu sous le formule de cette ancienne préparation (Sounom à'esprit de Mindererus. beiran).
On l'obtient liquide, suivant la formule D'ailleurs M. Dumas a trouvé par l'ana-
du Codex, en saturant l'acide nitrique par lyse que l'acétate d'ammoniaque préparé
le carbonate d'Ammoniaque très-pur, de au moyen de l'esprit volatil de corne de
manière à avoir un liquide incolore neutre cerf renfermait, outre les matières empy-
dont la densité soit de 1,036. Mais d'après reumatiques, une petite quantité d'dther
ce dernier procédé de préparation, l'acétate cyanique (cyanate d'éther.)
THERAPEUTIQUE.
L'Ammoniaque liquide [alcali volatil , alcali volatil fluor, esprit de sel ammoniac) est un poison irritant des plus violents. Nous traiterons d'abord de son emploi comme irritant, et nous indiquerons ensuite sommairement les usages internes auxquels on l'a employé.
De l'emploi de l'Ammoniaque comme remède externe.
Appliqué sur la peau , l'Ammoniaque , lorsqu'elle est concentrée , produit rapidement un sentiment de cuisson suivi de rougeur, de vésication, et enfin d'eschare superficielle. Cette précieuse propriété a rendu de grands services aux thérapeutistes, et tous les jours, lorsque nous voulons produire une vésication rapide , nous avons recours à l'Ammoniaque plutôt qu'à l'eau chaude, qu'à l'alcool enflammé, et qu'aux autres moyens dont la portée n'est pas aussi facilement appréciable. La même substance est employée aussi dans les cas où nous avons besoin de provoquer une rubéfaction de la peau qui ne persiste que peu de temps.
Pour produire la rubéfaction de la peau , on imbibe d'Ammoniaque un morceau de flanelle que l'on promène sur la partie en frottant assez fortement. Quand l'Ammoniaque marque de 18 à 23 degrés, cinq minutes suffisent pour produire l'effet désiré sur une peau fine et vasculaire; mais il faut employer un temps beaucoup plus long lorsque l'alcali est faible , et que l'épiderme est sale ou épais. L'érythème déterminé par ce moyen dure rarement plus de deux heures.
Lorsque l'on veut produire la vésication, on doit s'y prendre différemment. Divers procédés ont été conseillés. On frotte la partie avec une
flanelle ou un morceau de linge, jusqu'à ce que l'épiderme se soulève. Ce moyen réussit assez bien ; mais il n'est applicable que sur les malades privés de sentiment; car, lorsque la sensibilité est intacte et que le derme est mis à nu dans quelques points, le contact de l'alcali volatil détermine des douleurs excessives. Quelques personnes imbibent d'Ammoniaque un morceau de papier brouillard, mais sans aucun résultat. Nous nous servons quelquefois du procédé suivant : nous taillons une compresse en huit ou dix doubles, de la forme et de la grandeur que nous désirons ; nous l'imbibons d'Ammoniaque à 22 degrés au moins, et nous l'appliquons sur la partie; puis, de minute en minute, et à mesure que l'Ammoniaque s'évapore, nous en mettons une nouvelle quantité, de manière à tenir toujours la compresse complètement imbibée.
Un quart d'heure suffit ordinairement pour produire la vésication. Toutefois, il arrive encore assez souvent qu'on attende inutilement une demiheure et même une heure avant d'obtenir l'effet désiré. Cela tient sans doute à ce que l'Ammoniaque qui est en contact avec la peau perd promptement son activité à cause de la rapide volatilisation du gaz ; ce qui tend à le prouver, c'est que si le gaz ammoniac est retenu par un corps gras , tel que l'huile, et surtout l'axonge, la vésication a lieu beaucoup plus promptement que lorsqu'on emploie le moyen indiqué plus haut. Le docteur Boniface a imaginé un excellent moyen pour empêcher la volatilisation de l'Ammoniaque; il imbibe d'alcali volatil une rondelle d'agaric officinal. Or on sait qu une des surfaces de l'agaric est molle et spongieuse, tandis que l'autre est dense et lisse, il applique sur la peau la surface spongieuse, et l'imperméabilité de l'autre surface empêchant que le gaz ne s'échappe , la vésication s'effectue avec presque autant de rapidité que si l'on s'était servi d'un liniment ammoniacal ou d'une pommade.
M. Bretonneau se sert depuis longtemps d'un dé à coudre, que Ton remplit d'un morceau de coton cardé imbibé d'Ammoniaque, ou d'une petite cupule de fer-blanc, ce qui revient au même.
Ce mode d'application rend aussi plus active la pommade ammoniacale, et nous conseillons de l'employer.
Il était d'autant plus important d'insister sur ces moyens, que la préparation de la pommade ammoniacale est longue et très-difficile, et qu'il est quelquefois nécessaire de ne pas perdre un instant.
Quand la pommade ammoniacale est bien préparée, on la prend avec une spatule, et on la modèle en une petite masse, dont le diamètre dépasse rarement celui d'une pièce d'un franc. Au moment où elle est appliquée sur la peau, elle produit un sentiment de froid qui ne dure qu'un instant, et qui est remplacé par un sentiment de chaleur auquel, deux ou trois minutes après, succède celui de la cuisson. Cette sensation n'est pas, à beaucoup près, aussi pénible qu'on pourrait le présumer, d'après la rapidité avec laquelle se fait la vésication ; elle est portée à un si faible degré, que jamais les malades ne témoignent de véritable douleur. Trois, cinq, dix ou quinze minutes après l'application de la pommade, l'épiderme
est soulevé. Il y a pourtant des différences nombreuses qui dépendent surtout du siège du vésicatoire et de l'activité de la pommade. Du reste, il faut attendre, avant d'enlever la pommade, qu'on voie apparaître autour d'elle une petite auréole rouge. Cet érythème est l'indice certain que la phlyctène commence à se former, et en laissant l'Ammoniaque plus longtemps en contact avec la peau, on risquerait de produire une eschare superficielle.
Lorsque la pommade est enlevée, tantôt on trouve Tépiderme soulevé et ne formant qu'une seule bulle, tantôt il est ridé, et la sérosité est renfermée dans plusieurs cellules : dans ce dernier cas, il est utile d'exercer préalablement quelques frictions sur l'épiderme ; on le détache ainsi d'une manière plus complète, et les plis qu'on lui fait subir permettent de le saisir avec l'ongle et de l'arracher avec plus de facilité. Le derme mis à nu doit être d'un rouge pâle; mais, s'il est d'un rouge vif et s'il est marbré de petites ecchymoses, il faut en conclure que l'Ammoniaque est restée trop longtemps appliquée, et en effet, il se forme un eschare superficielle.
Le plus souvent les vésicatoires ammoniacaux sont faits dans le but démettre sur le derme dénudé des médicaments qui soient absorbés. Or, quand la substance médicamenteuse a été placée sur la plaie, nous pansons de la manière suivante : une petite rondelle de taffetas ciré est appliquée immédiatement ; elle est destinée à entretenir l'humidité et à emcher que la surface du vésicatoire ne se dessèche ; on la recouvre ensuite d'un morceau de taffetas d'Angleterre qui la déborde.
Au second pansement , on trouve la surface du vésicatoire recouverte d'une fausse membrane d'un blanc jaunâtre, qui fait quelquefois saillie au-defsus de la peau, et qui d'autres fois, plus mince, reste au niveau de l'épiderme, ou paraît même enfoncée. Cette fausse membrane, dont l'existence est constante lorsque le pansement a été fait suivant le mode que nous avons indiqué, varie seulement par ses divers degrés d'épaisseur, toujours en raison de l'activité de la pommade, de la durée de son application, et du temps qui s'est écoulé entre le premier et le second pansement. Il est indispensable d'enlever cette fausse membrane, autrement l'absorption se ferait mal.
Pendant les trois premiers jours, la fausse membrane qui se reproduit à chaque pansement s'enlève avec facilité; mais, le quatrième et le cinquième, elle finit par adhérer intimement au derme et par subir une espèce d'organisation. Vers le sixième jour, on n'aperçoit.plus qu'une cicatrice rougeâtre qui disparaît complètement après un temps plus ou moins long.
Lorsque la pommade est restée trop longtemps en contact avec la peau, il s'est produit une eschare superficielle qui ne se détache qu'avec difficulté, et qui laisse souvent après elle une cicatrice indélébile. Ainsi, lorsqu'on veut employer l'Ammoniaque comme caustique, on laisse la pommade en contact avec la peau pendant une demi-heure, et même davantage. Toutefois, ce moyen de cautérisation est beaucoup moins rapide et moins sûr que l'emploi combiné de la potasse et de la chaux.
L'action rubéfiante de l'Ammoniaque est tous les jours employée pour aviver les plaies et les fistules, pour exciter la peau dans le but de guérir les engorgements chroniques, les douleurs rhumatismales, ou seulement pour provoquer sur une partie une fluxion dérivative.
Son action cautérisante a été mise à profit contre le tic douloureux, par M. Herber de Nastaesten, à l'exemple de Thilenius {Bibliotk. méd., t. XLIII, p. 402), et contre les maux de dents dus à la carie. M. Gondret [Considérations sur l'usage du feu et sur un nouvel épispastique, Paris, 1819) s'en est servi, dit-il, avec quelque succès pour cautériser profondément la peau du crâne, dans le but de guérir des affections chroniques du cerveau, les cataractes commençantes, l'amaurose, etc., etc.
On avait vu que l'Ammoniaque mise en petite quantité dans un collyre était fort utile dans le traitement d'un grand nombre d'ophthalmies, soit aiguës, soit chroniques ; l'analogie engagea Pringie à la conseiller contre l'angine à la dose de 15 à 30 grammes (1/2 once à 1 once) dans un gargarisme de 500 grammes (1 livre); et, de nos jours, nous avons vu M. Gondret traiter la teigne par des lotions ammoniacales très-actives ; médication qui réussissait sans doute, mais qui faisait acheter la guérison par d'insupportables douleurs. M. Girard, de Lyon, l'indique étendue d'eau comme propre à prévenir l'inflammation dans les cas de brûlure, et MM. Mérat et de Lens ont usé du même moyen pour guérir les flueurs blanches simples en mettant dans le liquide de l'injection un peu plus d'Ammoniaque. Lavagna, au contraire, produisait un écoulement leucorrhéique de la vulve et du vagin, à la suite duquel la fluxion menstruelle ne tardait pas à s'étabhr. C'est ainsi qu'il traitait l'aménorrhée, et Nisato s'applaudit d'avoir suivi cette méthode. L'injection dont il se servait était formulée de la manière suivante : laitj 500 grammes (1 livre) ; Ammoniaque, de 8 à 15 grammes (2 à 4 gros).
Mais si l'Ammoniaque, employée comme médicament topique, a réussi à rappeler les règles, La Pira, au contraire, la regarde comme hémostatique lorsqu'elle est étendue de quatre parties d'eau ; et Girard, de Lyon, la prescrit en injections à la dose de 4 grammes (1 gros) par livre d'eau contre le cancer ulcéré de la matrice, dont elle supprime l'odeur, calme les douleurs et modère l'hémorrhagie.
Enfin on a conseillé et on emploie vulgairement l'Ammoniaque pure ou étendue d'eau pour cautériser ou pour laver les plaies faites par des animaux enragés ou venimeux ; médication inutile, comme l'ont démontré surabondamment les expériences de l'illustre Fontana, et nuisible en ce sens qu'elle peut inspirer une funeste sécurité, et empêcher que l'on ne fasse usage de moyens plus actifs.
Le carbonate et le chlorhydrate d'Ammoniaque sont les seuls sels ammoniacaux dont se serve la thérapeutique chirurgicale. Appliqué à l'extérieur, le carbonate peut, comme l'Ammoniaque, produire promptement tous les degrés de l'irritation, depuis la rubéfaction jusqu'à la cautérisation. Chaussici' le croyait même préféralile à la pommade de Gondret, qui perd en
peu de jours ses propriétés. (Mérat et de Lens, Diciionn. de Mat. méd., t. I, p. 245.)
Le chlorhydrate est employé extérieurement dans les mêmes circonstances que l'Ammoniaque, à cela près qu'il ne pourrait produire la cautérisation. C'est surtout comme stimulant local qu'on le prescrit, dissous dans l'eau, dans des décoctions excitantes, dans du vin rouge. Une solution d'hydrochlorate d'Ammoniaque est un des résolutifs les plus puissants, et que l'on emploie surtout dans les cas de contusion, de fracture, d'entorse, d'engelures, d'engorgements chroniques, scorbutiques, de tumeurs de diverses natures, etc. On en fait dissoudre de 15 à 60 grammes [A gros à 2 onces) dans J,000 grammes (2 livres) de liquide, suivant les propriétés plus ou moins excitantes qu'on veut communiquer à celui-ci.
L'inspiration du gaz ammoniac a, depuis quelques années, été préconisée dans une multitude de maladies, mais surtout dans quelques affections des voies respiratoires. Fouquier avait déjà conseillé avec avantage l'emploi des vapeurs ammoniacales dans de certains catarrhes accompagnés d'oppression grave, et mieux encore dans le traitement de l'asthme nerveux et de l'asthme humide; et les expériences de M. Lionet, de Corbeil, suivies avec beaucoup de persévérance, confirmèrent les préceptes donnés par Fouquier.
M. Smée, ayant observé que les vapeurs dégagées d'un flacon qui contient de l'Ammoniaque caustique hquide déterminent sur les membranes muqueuses des yeux, du nez, etc., une irritation à la suite de laquelle se manifeste une abondante sécrétion de liquide à la surface de ces membranes, conçut l'idée de faire quelques essais sur l'action thérapeutique de ces vapeurs.
L'action immédiate de ces gaz, pris par voie d'inhalation, est de déterminer une sécrétion servant à lubrifier la membrane muqueuse, qui, antérieurement, était sèche ou recouverte de mucosités épaisses et gluantes; il agit donc tout à fait à la manière des expectorants.
Quant aux maladies dans lesquelles ces inhalations sont utiles (pour la plupart du temps d'une manière palliative seulement, ce qui d'ailleurs est encore d'un grand avantage pour le malade aussi bien que pour le médecin) , l'auteur signale les suivantes :
r Enrouement chronique, surtout à la suite de la grippe;
2° Angine tonsillaire à son début; ainsi, lorsque les premières difficultés de déglutition se montrent, deux ou trois inhalations suffisent pour prévenir le développement ultérieur de la maladie ;
3° Ulcérations syphilitiques du gosier, particulièrement lorsque l'état des forces du malade ne permet pas de 'recourir à l'emploi des autres moyens ;
4' Dans cette forme de l'asthme où les extrémités sont froides, le pouls faible et les forces de l'individu tellement déprimées, que l'usage interne du carbonate d'ammoniaque paraît indiqué, l'inhalation du gaz dont il s'agit procure un soulagement immédiat ;
o" Dans le cas où, sous l'influence du froid, les voies aériennes sont le
siège d'un sentiment particulier de constriction, le gaz ammoniac paraît diminuer et faire cesser le spasme, et par suite faciliter la respiration ;
6° Le gaz ammoniac est, pour certains poisons, un antidote immédiat; par exemple, pour le brome, qui déprime d'une manière si prompte la vitalité du sang et l'activité du cœur. Il agit d'une manière semblable contre l'acide hydrocyanique.
Le gaz ammoniac est , au contraire, contre-indiqué dans les cas de fièvre et d'inflammation aiguë, môme lorsque le siège du mal est éloigné de l'appareil respiratoire, parce que l'Ammoniaque absorbée agit comme irritant sur tout lorganisme [The Lond. med. Gaz.).
Cette médication a été récemment modifiée par quelques médecins, entre autres M. Rayer, qui, dans le traitement de l'asthme nerveux, du catarrhe capillaire, de la coqueluche et du hoquet spasmodique, ont porté sur la membrane muqueuse du pharynx un pinceau imbibé d'Ammoniaque Uquide. Chez quelques malades susceptibles, l'inspiration immédiate du gaz ammoniac qui se fait au moment de l'application du médicament détermine un spasme de la glotte tel, que la respiration peut rester suspendue pendant plusieurs secondes, et que la vie semble menacée gravement.
Aussi cette cautérisation du pharynx doit-elle être faite d'abord avec de l'Ammoniaque très-faible^ et plus tard seulement avec de l'Ammoniaque concentrée. Quelques médecins obtiennent les mêmes résultats en cautérisant la voûte palatine.
Notre opinion est que ce dernier procédé doit être généralement préféré, par la raison que sans faire courir au malade les mêmes dangers que la cautérisation pharyngienne, il donne exactement les mêmes résultats.
Pour faire cette cautérisation on se sert d'un pinceau, qu'on commence par tremper dans l'Ammoniaque liquide, puis légèrement dans l'eau. Après l'avoir flairé pour s'assurer que les vapeurs qui se dégagent ne sont pas trop abondantes, on le porte sur le voile du palais ou sur la voûte palatine, que l'on badigeonne très-rapidement. Trois ou quatre secondes suûisent.
Après un moment d'anxiété plus ou moins vive, et après une quinte de toux suivie de l'expectoration plus ou moins abondante de mucosités striées de sang, le malade, revenu à lui-môme, accuse le plus souvent un soulagement assez notable, par la cessation de la dyspnée, et l'éloignement, s'il en existait, des accès de sufl'ocation. Le plus souvent, sans doute, cette rémission n'est que temporaire, mais il n'en est pas moins vrai que dans un certain nombre de cas l'attaque d'asthme se trouve enrayée, et à en croire quelques médecins, on aurait même obtenu par ce moyen quelques guérisons complètes.
Disons enfin que le procédé le plus simple, et celui dont nous faisons le plus habituellement usage, consiste à tenir dans la chambre des malades un vase contenant de l'eau dans laquelle on aura versé de l'Ammoniaque, et ce moyen nous donne souvent de bons résultats dans l'asthme nerveux, dans la coqueluche et dans le catarrhe capillaire.
Usage interne de V Ammoniaque.
On a fait de TAmmoniaque un usage peut-être trop imprudent en médecine ; il s'en faut de beaucoup qu'on accorde aujourd'hui à ce médicament la confiance qu'il avait usurpée dans le courant du siècle dernier.
En administrant à l'intérieur l'Ammoniaque à doses qui ne puissent pas produire d'effets toxiques, on développe, chez le sujet de l'expérience, des phénomènes assez remarquables : un sentiment d'excitation générale se manifeste promptement, la circulation s'accélère, la peau s'échauffe et se couvre de sueur; la sécrétion des membranes muqueuses, celle des reins deviennent plus abondantes. Cet état dure peu, et il est peu de substances dont l'action soit aussi passagère.
Les thérapeutistes ne pouvaient manquer d'utiliser ces propriétés; aussi l'Ammoniaque fut-elle employée avec avantage dans le cas où il était urgent d'exciter l'organisme, par exemple lorsque le défaut de réaction vitale ne permettait pas à une éruption cutanée de se porter au dehors, ou quand, dans le cours d'une maladie grave, une profonde prostration mettait les malades en un péril imminent. Toutefois on ne peut se dissimuler que même lorsque l'emploi de l'Ammoniaque paraît le mieux indiqué, on n^ atteint pas souvent le but qu'on se propose, et que plus souvent encore on le dépasse. C'est ainsi que les phénomènes d'excitation nerveuse remplacent la stupeur et jettent le malade dans un danger aussi grand que celui dont on venait de le tirer (Récamier, Leçons orales sur le choléra).
Tout à Vheure nous disions que l'Ammoniaque est utile dans le cas où une éruption cutanée tendait à se manifester ou que sa disparition coïncidait avec de graves accidents; mais lors même que l'éruption s'est portée violemment à la peau, s'il existe en même temps des symptômes de malignité, l'Ammoniaque est encore utilement employée. C'est surtout dans la scarlatine maligne que l'Ammoniaque paraît indiquée. M. le docteur Strahl a publié, dans un journal allemand, un travail dans lequel il a insisté sur l'utilité de la mixture suivante dans toutes les périodes de la scarlatine :
Pr. : Carbonate d'Ammoniaque , ^ grammes [\ /2 gros) . Eau distillée, 200 grammes (6 onces).
Skop d'Althsea, 30 grammes (1 once).
A prendre par cuillerée dans les vingt-quatre heures. Les expériences répétées à l'hôpital des Enfants de Paris n'ont pas donné de résultats satisfaisants [Bullet. de Thér., t. X, 1836).
Mais si l'on ne peut toujours calculer la portée de ce médicament lorsque toutes les fonctions sont profondément troublées , il n'en est pas de même quand on l'administre à des malades chez lesquels une affection locale peu sérieuse n'entraîne pas de graves désordres secondaires. Ainsi, dans le rhumatisme, dans la syphilis constitutionnelle, dans toutes les cir-
400 xMÉDIGAMENÏS IRRITANTS.
constances, en un mot, où l'on doit provoquer la sueur, on administre avec un grand avantage l'Ammoniaque (Brachet, De V emploi de V opium dans les phlegmasies, d828)- Dans tous ces cas, l'Ammoniaque s'administre dans un julep, à la dose de quinze gouttes, de deux et même de i grammes (j/2 gros et même de i gros), dans les vingt-quatre heures. De même on facilite singulièrement Péruption menstruelle, surtout quand elle est douloureuse, par l'emploi de l'alcali volatil (Nisato).
Il est pourtant une observation pratique qu'il ne faut pas perdre de vue. Administrée à doses trop élevées, l'Ammoniaque liquide peut occasionner des hémorrhagies diverses , telles que des liémoi)tysies plus ou moins graves, avec affaiblissement général. De plus, l'usage longtemps continué des préparations ammoniacales jette dans un état cachectique fort grave, suivant la remarque d'Huxham {loco citato], et il faudrait craindre de confondre la modification organique dont nous voulons parler ici avec la cachexie mercurielle, syphilitique, scorbutique ou chlorotique, avec laquelle elle a d'ailleurs tant de ressemblance, et qu'elle aggraverait très-probablement.
Il est fort remarquable , d'une part , que tous les animaux empoisonnés par l'Ammoniaque, ou par tout autre alcali , aient le sang tout à fait incoagulable, et, d'autre part, que cette altération du sang, qui amène, il est vrai, à la longue, la cachexie dont nous parlions tout à l'heure, soit probablement la cause des modifications de sécrétion de presque tous les organes glanduleux. Nous voyons, en effet, que, sous l'influence de l'Ammoniaque, l'expectoration devient moins visqueuse, les urines coulent plus claires et plus abondantes, le lait lui-même devient, chez les nourrices, plus ténu qu'il n'était auparavant. Or, on conçoit maintenant pourquoi l'Ammoniaque se donne avec tant d'avantage dans les catarrhes accompagnés de dyspnée, dans les engorgements laiteux, dans les cas de leucophlegmasie.
Un certain nombre de médecins, M. Levrat-Perroton entre autres, l'ont préconisée contre la coqueluche. Il est de fait que dans cette maladie ce moyen s'est montré quelquefois utile, soit pris à l'intérieur, soit employé sous forme de cautérisation pharyngienne.
Cullen regardait l'Ammoniaque comme le meilleur antispasmodique. On l'a conseillée dans le cas de migraine, à la dose de cinq ou six gouttes dans une infusion de tilleul ou de feuilles d'oranger. Nous ne parlerons pas de ses avantages dans la paralysie. Il est trop évident que l'on ne peut ajouter grande confiance à ce que dit Eichat à cet égard, d'après Jahan de la Chesne {Journ. de Méd., t. XIX, p. 260). Fournier Pescay et François d'Auxerre l'on regardée comme le moyen le moins infidèle dans le traitement du tétanos (Die. des Sciences méd., t. LV, p. 31) : lorsque, par ce moyen, on veut combattre le tétanos, -la dose de l'Ammoniaque doit être considérable, on peut la porter chaque jour jusqu'à 15 grammes (1 /2 once), que l'on a soin de fractionner.
M. Martinet a pensé même que l'épilepsie pouvait être prévenue par ce
médicament; la condition de succès, c'est que l'attaque soit précédée de prodromes, et que, pendant ces prodromes, le malade avale rapidement une certaine dose d'une potion ammoniacale qu'il porte toujours sur lui.
Nous avons vu plus haut, en parlant de la soude et de la potasse, que ces agents avaient été employés, en tant qu'alcalins, dans le traitement du diabète sucré. Déjà quelques médecins, frappés de la sécheresse de la peau chez les diabétiques, et croyant solliciter les sueurs avec l'Ammoniaque ou le carbonate d'Ammoniaque, avaient donné cet agent comme sudorifique; et en effet, ils obtinrent un amendement qu'ils attribuèrent à l'action diaphorétique du médicament, tandis qu'il fallait plutôt l'attribuer à ses qualités alcalines.
Hodges [London Med. Gaz.) cite l'histoire d'une jeune fille de dix-sept ans, diabétique à un très-haut degré, et qui rendait jusqu'à 12 litres d'urine en vingt-quatre heures. Il administra d'abord 25 centigrammes (5 grains) de carbonate d'Ammoniaque toutes les trois heures; en même temps il donnait, pour alimentation exclusive, du café, du lard, de la viande, des végétaux non sucrés. La maladie fut amendée en quatre jours, et guérie en deux mois et demi.
M. Barlow a une autre théorie qui se rapproche de la véritable : il émet l'opinion généralement admise par les praticiens de notre époque, que le sucre des diabétiques se forme dans les premières voies lors du premier stade du travail de l'hématose, et que cette formation n'a aucune connexion nécessaire avec l'action pervertie des reins. Il pense, en outre, et cette manière de voir lui appartient exclusivement, que l'augmentation dans la quantité de l'urine doit être rapportée à la propriété diurétique du sucre, c'est-à-dire à l'action excitante que ce corps exerce sur les reins.
Dans cette affection, dit-il, les particules saccharines que contiennent les aliments n'éprouvent aucun changement dans l'intérieur de l'estomac; de plus, l'amidon, qui existe en si notable proportion dans le plus grand nombre des végétaux comestibles, n'étant point modifié dans ses qualités, et se trouvant placé dans des conditions favorables pour éprouver la fermentation, à laquelle il a une forte tendance, en raison de la chaleur de l'estomac et des liquides qui en baignent incessamment les parois, est transformé en sucre, qui, par suite de sa facile solubilité, est absorbé et transporté dans le torrent de la circulation, puis éliminé par la voie des reins comme le serait un produit inorganique impropre à la nutrition.
Guidé par cette manière de voir, M. Barlow^ propose de proscrire absolument, dans le régime diététique des sujets atteints de cette maladie, tous les aliments qui contiennent du sucre ou de l'amidon, et de se borner à recommander, sous ce rapport, l'usage d'une nourriture purement animale et des végétaux de l'ordre des crucifères. L'adjonction de ces derniers, outre qu'ils n'offrent aucun inconvénient sous le point de vue de leurs principes chimiques, a pour objet spécial de modérer cette anorexie si prononcée qui succède à la diète animale prolongée.
Après cette première indication, M. Barlow en signale une seconde, qui consiste à introduire dans l'estomac une substance très-azotée, capable d'exciter en même temps, mais d'une manière diffusible, la faculté assimilatrice de ce viscère; la substance qui lui paraît convenir le mieux pour cet objet est l'Ammoniaque.
Gomme moyens auxiliaires, l'auteur conseille encore l'exercice, les bains chauds et tous les remèdes qui tendent à régulariser et restaurer l'es fonctions des organes digestifs. Il recommande particulièrement le sesquicarbonate d'ammoniaque, sous l'influence duquel il a vu l'appareil tégumentaire externe revenir à sa fonction physiologique; et bien qu'il attribue en partie ce retour à l'opium qu'il avait associé au sel ammoniacal, il reconnaît toutefois que le même effet a été obtenu aussi par l'administration de ce dernier agent seulement. Il prescrit le sesquicarbonate d'Ammoniaque à la dose de 25 à 40 centigrammes (5 à 8 grains) et même davantage, avec quelques gouttes de teinture d'opium dans une infusion amère, et il fait répéter cette prise toutes les six heures. Avec cela, la diète animale et l'usage des plantes dites antiscorbutiques.
Il rapporte quatre observations à l'appui de ce traitement thérapeuticohygiénique ; mais il a soin d'ailleurs d'avertir qu'il est bien éloigné de présenter cette médication comme devant être couronnée de succès dans tous les cas [British and foreign médical Revieiv, oct. 1841).
L'Ammoniaque, ou plutôt la vapeur ammoniacale, est employée tous les jours dans le bas de syncope, ou lorsqu'à la suite d'une affection cérébrale quelconque un malade tarde à reprendre l'usage de ses sens. Il est inutile de faire ressortir les graves inconvénients qui peuvent résulter de l'inspiration longtemps prolongée de la vapeur ammoniacale. Sans doute, on doit exciter par ce moyen la membrane muqueuse du nez et du larynx j mais les observations deMajault(^e'/^ea?<ons sur quelques préparations chimiques, eic; Paris, 4779, in-8°), celles de Fourcroy {Encycl. méth.), de Percy [Bullet. de la Faculté de Paris, 1815, p. 517), prouvent que l'emploi d'un moyen aussi énergique et aussi dangereux ne devrait pas être confié, comme cela se pratique tous les jours, à des mains inhabiles et imprudentes.
Cependant on doit dire qu'un observateur digne de quelque confiance. Sage, a rappelé rapidement à la vie des animaux qu'il avait asphyxiés par l'acide carbonique, en leur faisant parvenir de la vapeur ammoniacale dans les bronches et dans les foses nasales. Agissait- il ici simplement en stimulant les nerfs qui se distribuent à ces organes, ou bien en neutralisant l'acide contenu dans les canaux aérifères ?
Cette action neutralisante de l'Ammoniaque a été employée avec beaucoup de bonheur par les vétérinaires dans le cas de distension gazeuse de la panse chez les ruminants [Bulletin des Se. méd. de Férussac, mai 1826). On administre à l'animal un breuvage contenant une grande quantité d'Ammoniaque, qui, se combinant avec le gaz acide carbonique, qui distend le rumen, fait immédiatement disparaître le niétéorisme, en même temps qu'elle suspend la fermentation dans la masse alimentaire. Cette
médication doit passer dans la thérapeutique de l'homme, surtout si l'on a égard aux expériences des chimistes, qui prouvent que l'acide carbonique est, pour la plus grande part, dans les gaz qui se développent naturellement ou accidentellement dans les voies digestives. Certes , on conçoit l'utilité que pourraient avoir les potions ammoniacales ou des lavements de même nature dans le traitement de certains météorismes.
C'est encore de la même manière qu'agit l'Ammoniaque dans le traitement des empoisonnements par les acides, et dans celui des acidités de l'estomac : la formule que conseille M. Chevalier, pour ce dernier cas, est la suivante : eau distillée, 150 grammes (5 onces); eau distillée de menthe, 15 grammes (4 gros); Ammoniaque, 3 gouttes : à prendre en une ou deux fois [Journal des Connaissances méd.-chir., t. I, p. 342).
Mais c'est surtout dans le cas d'empoisonnement par l'alcool et par les virus animaux que l'on a exagéré, de la manière la plus ridicule , pour ne pas dire la plus mensongère, les vertus de l'alcali volatil. Sans doute, dans l'ivresse légère, comme le prouvent les observations de Girard et celles de Chevaher {Revue médicale, noisevahie 1823), de Piazza [Bull, de Thér., t. VII, 1834), on retire de bons effets de l'emploi de l'Ammoniaque, à la dose de 15 à 20 gouttes, dans un verre d'eau sucrée, quoique Chantourelle invoque aussi des faits pour combattre cette opinion ; mais quand l'ivresse est portée à un haut degré, il est trop vrai que l'alcali volatil est insuffisant; toutefois nous devons dire que M. Rigal [Arch. gén. de Méd., t. XVII, p. 601) cite l'histoire d'un mendiant ivre-mort que l'on ne put rappeler à la vie qu'en lui faisant avaler d'abord 8 gouttes, et puis 4 gouttes d'Ammoniaque.
M. Tessier, de Lyon, qui a une très-grande confiance dans l'Ammoniaque, et qui la considère comme un de nos meilleurs alexipharmagues, prétend l'avoir employée avec avantage contre certaines lésions permanentes, résultant de l'abus des liqueurs alcooliques, telle que l'amblyopie. Il ajoute qu'il en a observé de très-bons effets dans les maladies causées par les émanations de feuilles de tabac.
Après avoir inutilement eu recours à tous les moyens qui ont été successivement recommandés jusqu'ici dans le traitement de la chorée des ivrognes, M. Scharn a pensé que cette maladie, n'étant autre chose que l'ivresse elle-même, parvenue à son apogée, devait être traitée par les mêmes moyens qui réussissaient contre cette dernière, et que, par conséquent, l'Ammoniaque devait être parfaitement apte à remplir toutes les indications qui sont susceptibles de se rencontrer dans les cas de ce genre.
Partant de cette idée évidemment fausse, ce médecin a prescrit contre le deliriimi tremens la liqueur ammoniacale pyro-huileuse, ou plus simplement le succinate ammonique.
A l'aide de ce simple moyen, il a vu, dit-il, les accidents les plus graves, le délire le plus furieux céder comme par enchantement après quelques heures de traitement, et sans qu'il ait été besoin de recourir à l'emploi d'aucun autre agent thérapeutique. Il y a peu de temps que M. Rrachet, de
404 MÉDIGAJNIENTS IRRITANTS.
Lyon, a aussi préconisé l'Ammoniaque liquide à la dose de 15 gouttes dans un verre d'eau contre le delirium iremens (Casper's Wochenschtift).
Quant à la réputation, même populaire, que l'Ammoniaque a acquise dans le traitement des empoisonnements par morsures d'animaux venimeux, elle se fonde sur le fait célèbre de Bernard de Jussieu, fait si mal observé et si mal jugé. Vainement Fontana, le toxicologiste le plus logicien, l'expérimentateur le plus ingénieux et le plus habile, a-t-il démontré la puérilité de l'observation de Jussieu [Exp. sur le venin de la vipère)-, vainement a-t-on constaté mille fois que la morsure de la vipère, et que les blessures faites par la plupart des insectes venimeux, causent rarement la mort, on n'en a pas moins persisté à croire que l'eau de Luce et l'Ammoniaque empêchent de mourir le petit nombre de malades à qui on les administre. Quant à nous, Jious n'avons jamais vu l'usage externe ou interne de l'Ammoniaque modifier, en quoi que ce fût, les symptômes de l'empoisonnement causé par les blessures des animaux venimeux ; et , loin de partager l'opinion de Manglini [sid Veneno délia vipera, in-4, 1809), de Sonnini {Journ. de Physique, 1776, t. VIII, p. 474), de Sage, nous nous rangeons, au contraire, à celles de Fontana et de Gaspard {Journ. de Phys. de Magendie, t. I,p. 248), qui pensent que l'Ammoniaque et ses combinaisons, telles que l'eau de Luce, etc., sont nuisibles, ou tout au moins inutiles.
Ce que nous venons de dire peut s'appliquer encore à l'empoisonnement par l'acide hydrocyanique. Nous avons été témoins des expériences de Dupuy, d'Alfort, expériences qui tendaient à démontrer l'utilité de l'alcali volatil et du carbonate d'Ammoniaque dans le traitement de cet empoisonnement. Nous pouvons affirmer qu'un cheval empoisonné par 36 gouttes d'acide prussique de Scheele guérit spontanément au bout de deux heures, et que le même cheval, empoisonné le lendemain delà même manière, et traité un quart d'heure après par le carbonate d'Ammoniaque, guérit encore comme la veille, mais resta un peu plus longtemps malade; et cependant ce fait singulier, dont on omit les circonstances les plus importantes, exerça sur l'esprit des médecins la même influence que celui de Bernard de Jussieu, et l'Ammoniaque fut regardée comme l'antidote de l'acide hydro cianique, à aussi juste titre qu'elle l'avait été des venins de la vipère, du scorpion, de l'abeille, etc., etc.
Composés ammoniacaux.
On emploie, surtout en médecine, trois sels ammoniacaux, le carbonate, l'acétate et l'hydrochlorate d'Ammoniaque.
CARBONATE d'aMMONIAQUE.
Ce sel, fortement alcalin, ne doit ses propriétés thérapeutiques qu'à l'Ammoniaque. Aussi ne voyons-nous rien qui lui soit spécial. II s'administre à dose deux fois plus considérable que l'Ammoniaque.
En Angleterre, on emploie ce sel dans les cas de syncope, d'épilepsie ; on le fait respirer avec précaution aux malades : il est placé dans un flacon à large ouverture, bouché à l'émeri, et le sel est aromatisé avec des essences diverses.
Peyrilhe et, après lui, Biett avaient obtenu des résultats favorables de l'emploi du sous-carbonate d'Ammoniaque dans quelques formes invétérées de syphilis et notamment dans les syphilides.
C'est à leur exemple que M. Gazenave a proposé ce médicament comme succédané des préparations arsenicales dans certaines affections squammeuses, tels que le psoriasis et la lèpre vulgaire. Il fait prendre chaque j our deuneà trois cuillerées à bouche du mélange suivant: sous-carbonate d'Ammoniaque, 2 grammes; sirop sudorifique du Codex, 200 grammes. Après un intervalle de trois à huit jours , on voit les squammes se détacher; celles qui se reforment sont de plus en plus minces et ternes; les plaques qui les supportent s'affaissent, la rougeur s'éteint et s'efface; et au bout d'un temps plus ou moins long, la guérison est complète et souvent durable {Annales des mal. de la peau, oct. 1851).
ACÉTATE d'ammoniaque.
Ce que nous venons de dire du carbonnate d'Ammoniaque pourrait s'appUquer aussi à l'acétate. Cependant on ne peut passer sous silence ce qu'ont dit de l'esprit de Minderer, Boerhaave, CuUen, Selle et tant d'autres. Tous ces écrivains et ceux de notre époque s'accordent à reconnaître à l'acétate d'Ammoniaque la propriété de rendre plus active la circulation , les sécrétions, etc., etc., propriété qui lui est commune avec l'alcali volatil {GuWen, Mat. méd.,i. II, p. 366; Selle, Ohs. deméd., p. 70). Quant à l'influence de ce médicament sur l'ivresse (Mazuyer,6'a2e^^e de Santé,woyevi\hve 1826), sur la ïnigraine {ibid), sur les douleurs utérines qui accompagnent la fluxion menstruelle, elle n'a rien qui ne paraisse conforme à ce qui a déjà été dit de l'Ammoniaque. Cependant l'acétate d'Ammoniaque a été employé, dans ces derniers temps, d'une manière plus spéciale, comme sédatif de l'action de l'utérus. M. Patin a rapporté diverses observations qui tendent à prouver que ce médicament, administré dans le cas de menstruation excessive, trop fréquente , d'hémorrhagies utérines provenant même de cancer utérin, a diminué l'abondance ou la fréquence de l'écoulement. On donne alors le médicament à la dose de 15 grammes (4 gros) dans les vingt-quatre heures, en quatre prises. L'acétate d'Ammoniaque, suivant le même médecin, lui a réussi souvent dans le cas de menstruation difficile, douloureuse. L'administration du médicament fait cesser les douleurs et facilite par là l'écoulement. On peut donner 50 à 72 gouttes, divisées en deux doses et mêlées à une verrée de liquide sucré. Aussitôt que les douleurs, les malaises de l'époque menstruelle se font sentir, on fait prendre une première dose, et, une demi-heure après , on donne la se-
conde dose, s'il en est besoin, dose qu'on pourrait augmenter suivant l'intensité des symptômes.
II rapporte encore un cas de nymphomanie très-avantageusement traité par le même moyen. Puis, passant à quelques inductions analogiques, il pense que l'acétate d'Ammoniaque pourrait encore être très-utile aux femmes disposées à l'avorteraent par suite de l'afflux du sang vers l'utérus, dans les inflammations de la matrice et des ovaires, dans les lésions organiques de ces parties [Arch. gén. de Méd., t. XVIII, p. 217).
Le chlorhydrate d^ Ammoniaque ne dilï'ère non plus des composés précédents par aucune propriété spéciale, comme on peut s'en convaincre par ce qu'ont dit Frédéric Hotfmann et Arnold de son influence sur la sécrétion pulmonaire {Journal complémentaire, t. XXVI, ^p. 300), Kortunn, Kuntzmann, des avantages qu'il présente dans le traitement du rhumatisme, etc. Aussi n'insisterons-nous pas davantage sur ce médicament; seulement nous devons dire qu'il était jadis souvent employé dans le traitement des fièvres intermittentes (Stoll); mais, le plus souvent, on l'associait, dans ce cas, au quinquina ou à quelque amer.
Toutefois, nous ne passerons pas sous silence l'emploi qui a été fait de ce sel dans la dysphagie spasmodique par le docteur Fischer. Il le donne dans ce cas à la dose de 425 centigrammes (1 scrupule) toutes les deux heures, et dans le fait qu'il rapporte le moyen fut continué pendant onze semaines {Aixh. gén. de Méd., t. II, p. 4 18.)
Le chlorhydrate d'Ammoniaque jouit d'une très-grande réputation parmi les médecins allemands, comme résolutif dans les bronchites chroniques.
M. le docteur Delvaux,de Bruxelles, dit en avoir retiré de très-bons résultats à la dose de 1 gramme à 3 grammes dans lesvingt-quatre heures. Ce sel provoque ordinairement une forte transpiration, des urines abondantes. Sous l'influence de ce moyen, la dyspnée diminue, la toux devient moins fatigante, l'expectoration plus facile et moins abondante, et l'appétit ne tarde pas à renaître [Journcd de Bruxelles, 1854).
M. Ruete,de Gœttingue, préconise le sel ammoniac (chlorhydrate d'Ammoniaque) comme puissant préservatif contre la suppression de la sueur des pieds. Il en a, dit-il, éprouvé l'infaillibilité par des expériences nom- , breuses dans les cas même les plus opiniâtres.
Quand la sueur des pieds est supprimée, particulièrement chez des goutteux ou chez les malades affectés de rhumatismes, qui d'ordinaire ne supportent pas les bains de pieds, et ont besoin que la transpiration soit promptement rétablie, M. Ruete a constanunent obtenu en peu de jours, au moyen du procédé suivant, les plus heureux résultats. On saupoudre un bas avec une petite cuillerée de sel ammoniac et deux fois autant de chaux vive; le malade met ce bas le soir avant de se coucher, et le conserve toute la nuit. Dans les cas les moins graves , il suffît de réitérer quelquefois ce procédé; dans les cas opiniâtres, il est nécessaire aussi de préparer le bas le matin pour le porter dans la journée.
Dans ce mélange, l'acide salin s'allie à la chaux, et l'Ammoniaque dé-
gagée doit être regardée ici comme le principe le plus efficace. Les pieds éprouvent une chaleur agréable, une légère cuisson, de la démangeaison, et une abondante sueur ne tarde pas à paraître [Encyclop. des Se. médic. Extrait des joiœnaux allemands, 3^ cahier, juillet 1839).
Le Chlore est un corps simple découvert en 1771 par Scheele, qui lui donna le nom d'acide marin déphlogistiqué (il était alors regardé comme un corps composé) ; plus tard, Berthollet le désigna sous celui d'acide miiriatique oxygéné ; enûnlenomde Chlore, du grec /^Xopoç, vert, lui fut donné par Ampère.
Le Chlore est en effet de couleur jaune verdàtre; il est gazeux, mais il peut être obtenu liquide; son odeur est vive, pénétrante, presque suffoquante, caractéristique. L'eau en dissout deux fois son volume. Son affinité pour l'hydrogène est telle, qu'il l'enlève à un très-grand nombre de matières organiques qui ne peuvent exister sans cet élément : c'est ainsi que toutes les matières colorantes sont décomposées par lui, et laissent à leur place une matière plus ou moins brune qu'on pourrait croire identique dans tous les cas. Son action délétère s'explique de la même façon.
Sa densité est de 2,421.
Préparation. On obtient le Chlore par la réaction de l'acide chlorhydrique sur le peroxyde de manganèse. Il se fait de l'eau, du protochlorure de manganèse et du Chlore. (Voir les détails de l'extraction dans les traités de chimie.)
Chlore liquide.
(Eau chlorée, hydrochlore.)
Il offre tous les caractères et la plupart des propriétés du Chlore gazeux. 11 contient ordinairement, avons-nous dit, deux fois son volume de Chlore (près de 3 grammes 1/2 par 500 gram.). Comme le Chlore gazeux, il possède aussi la faculté de décolorer et de désinfecter les matières végétales ou animales ; enfin, il est fort employé comme réactif en chimie , et dans les recherches médico-légales.
Pour obtenir le Chlore liquide, on fait passer dans l'eau distillée le Chlore qui s'est produit en faisant rougir l'acide chlorhydrique sur le bioxyde du manganèse. Mentionnons les principaux détails de l'opération. On met dans un matras ou dans une cornue de grès 125 p. de manganèse et 500 p. d'acide chlorhydrique; on adopte l'appareil de Woulf, et on chauffe graduel-
lement. Le premier flacon doit contenir peu d'eau, destinée à laver le Chlore. La quantité de matière indiquée donne assez de Chlore pour saturer 1,500 p. d'eau distillée. Le Chlore liquide marque 200° chlorométriques ; il doit être conservé dans des flacons en verre bleu foncé ou revêtus de papier noir, pour le soustraire à la lumière.
Le Chlore gazeux a été et est encore fort employé à l'intérieur en fumigations. Voici de quel appareil MM. Cottereau et Gannal se sont servis pour faire aspirer du Chlore, mêlé à la vapeur d'eau. Leurappareil, dans la plus grande simplicité, se réduit à un flacon à trois tubulures. La tubulure moyenne est fermée par un bouchon percé par son centre , dans lequel est ajusté un tube qui de l'extérieur plonge jusqu'au fond du flacon. L'une des tubulures latérales sert pour remplir le flacon ; on le bouche hermétiquement lorsqu'on a jeté dans l'appareil ce qu'on veut y mettre; l'autre est fermé d'un bouchon percé qui est traversé par un tube qui s'enfonce de quelques lignes seulement au delà de la partie interne du bouchon, et qui ressort en se coudant et en affectant une forme qui le rende facile à placer dans la bouche.
On met dans le flacon de l'eau à 33° Cart., qui le remphsse à moitié seulement, puis on jette depuis 2 jusqu'à 10 et 15 gouttes de Chlore liquide.
Quand maintenant le malade aspire, l'air entre par la tubulure médiane, traverse l'eau qu'il agite, et se charge de vapeur contenant une quantité plus ou moins considérable de Chlore.
Le Chlore gazeux a été surtout employé comme moyen de désinfection. Guy ton de Morveau, le premier, en a préconisé les avantages hygiéniques.. Voici comme on les prépare (Codex) :
Fumigations désinfectantes.
(Fumigations guytoniennes.)
Pr. : Chlorure de sodium, 30 p.
Bioxyde de manganèse, 10
Acide sulfurique, 20
Eau commune, 20
Mêlez le Chlorure de sodium, l'oxyde de manganèse et l'eau dans une capsule de
verre ou de terre, et ajoutez ensuite l'acide sulfurique. Il se dégagera bientôt des vapeurs jaune verdàtre qui deviendront plus abondantes.
Si l'on agite ce mélange, il convient d'employer à cet usage un tube de verre ou une baguette de porcelaine.
La pièce dans laquelle se fait la fumigation doit être tenue parfaitement close au moins pendant une demi-heure.
L'hydrochlore ou Chlore liquide est employé en potions.
La formule la plus usitée est la suivante :
Pr. : Chlore liquide, 1 5 à 20 gouttes. Eau, 125 gram.
Sirop simple, 32
Mêlez.
On le prescrit aussi sous forme de pommade faite avec 1 p. de Chlore liquide et 4 p. d'axonge.
Acide chlorhydrique.
(Acide hydrochlorique , muriatique , esprit de sel.)
L'acide chlorhydrique existe naturellement en forte proportion dans les vapeurs acides qui s'échappent des volcans, et qui, se condensant, se dissolvent dans les eaux du voisinage auxquelles elles communiquent des propriétés acides très-prononcées parfois, comme dans le Rio-Vinagre.
Cet acide est le résultat de la combinaison, à volumes égaux, de gaz hydrogène et de gaz Chlore. 11 est gazeux, d'une odeur très-piquante, d'une saveur acre et caustique; il se liquéfie sous une pression de 40 atmosphères; sa densité est de 1,2G.
Le gaz chlorhydrique a une Irès-grande affinité pour l'eau ; en contact avec la vapeur aqueuse de l'atmosphère, il s'en empare et produit des vapeurs blanches. L'eau en dissout 480 fois son volume ou environ les trois quarts de son poids, et constitue ainsi Vacide chlorhydrique liquide. Pour l'obtenir, on décompose le chlorure de sodium par l'acide sulfurique à 6G°, et l'on fait passer le gaz à travers de l'eau. On se sert pour cette préparation de l'appareil de Woulf. Dans cette opération , l'eau de l'acide sulfurique est décomposée, l'oxygène se porte sur la base du sel marin, et forme de la soude qui s'unit à l'acide sulfurique; l'hydrogène de l'eau se combine au Chlore, et l'acide chlorhydrique est ainsi formé.
Cet acide est fumant, incolore, et marque ordinairement 22° Baume. Dans cet état de concentration, il est caustique; sa densité est de 1,17.
L'acide chlorhydrique est usité à l'intérieur et à l'extérieur.
Limonade muriatique (ou chlorhydrate).
On ajoute assez d'acide pour donner à la boisson une saveur aigrelette.
Sirop chlorhydrique.
Pr. : Acide chlorhydrique, Sirop de sucre,
Mêlez.
Gargarisme chlorliydrique.
Pr. : Décoction d'orge.
Acide chlorhydrique.
Miel rosat,
Mêlez.
Pédiluve chlorhydrique.
Pr. : Acide chlorhydrique du
8cr.
500 gr.
commerce, Eau,
COà 125 sr.
Pr. : Sirop de sucre, Eau, .\cide chlorhydrique.
Sous cette forme, l'acide chlorhydrique était regardé comme spécialement utile pour rappeler aux pieds la goutte; c'est ce que l'on nommait eau de Gondran (Merat et de
Lens).
Chlorures d'oxydes alcalins.
On peut les considérer comme formés d'un hypochloriteetde chlorure métallique.
Dans cette hypothèse, le dégagement de Chlore gazeux auquel ils donnent lieu au contact de l'atmosphère s'expliquerait de la manière suivante :
L'acide carbonique, par son affinité pour l'oxyde alcalin, mettrait en liberté l'acide hypochloreux, qui, en présence du chlorure métallique, céderait son oxygène. De làformation d'unenouvellequanlitéd'oxyde qui se passerait comme la première à l'état de carbonate et dégagement de tout le Chlore.
Cette explication ne nous satisfait pas ; il nous semble et plus simple et plus rationnel d'admettre, avec Dumas, que les composés dont il s'agit sont des sortes de bioxydes dans lesquels une molécule de Chlore se serait substituée à une molécule d'oxygène.
En présence de l'acide carbonique, un pareil composé se désuniraltnaturellement ; le protoxyde métallique entrant en combinaison et le Chlore se dégageant.
Le Chlorure de potasse, connu sous le nom d'eau de Javelle, est un liquide ordinairement presque incolore, quelquefois plus ou moins violacé, ce qu'il doit alors .à un peu d'oxyde de manganèse, lia l'odeur du Chlore affaibli; sa saveur est alcaline et chlorée. Il est presque exclusivement employé dans les arts.
Le cJUorure de chaux (chlorite, hypochlorite de chaux) se trouve dans le commerce sous forme de poudre d'un blanc légèrement jaunâtre, d'une odeur forte de Chlore, et d'une saveur très-désagréable.
On en connaît deux espèces : le chlorure
de chaux sec et le chlorure de chaux li- ramener à un état plus faible de concentra-
quide. tion (22» à 120").
Le premier s'obtient en faisant arriver Le chlorure de chaux sec fait partie de la
du Chlore gazeux sur l'hydrate de chaux fommade antidartreuse de Chevalier.
en poudre fine 'jusqu'à ce que celui-ci re- j^g chlorure de soude (chlorite, hypochlo-
tuse den prendre davantage. ri,e ^e soude, liqueur de Labarraque, est
Le second (hypochlons calas aquâ sohc- liquide, incolore ou jaune verdàtre, d'une
fus) est incolore et possède les mêmes ca- gaveur alcaline et chlorée; il est formé de
ractères que le chlorure sec. 11 est decom- j proportion de soude et 1 proportion de
posable par presque tous les acides, qm en chlore
'tn1eprépÏÏé7après le procédé suivant : deYabarr^^Jef''^''" '''''"'' '' ^'''"''
'''• ^ SellorhSe"'''^ 1'" Pr. : Peroxyde de manganèse, 2 p.
HydratedechluxWuxéteinte), 1 s'erd^s^ESsé,
Eau, CO
On délaye la chaux dans l'eau, et l'on y
fait arriver le Chlore en ayant soin de re- On fait dissoudre le sel de soude dans
muer de temps en temps pour que la chaux l'eau ; on filtre la dissolution, et l'on y fait
reste en suspension. Le produit doit mar- arriver le Chlore,
quer 200° chlorométriques (Soubeiran). Le chlorure de soude est souvent préféré
Lechlorurede chaux liquide s'emploiefré- au chlorure de chaux. La force chloromé-
quemment pour le pansement des plaies ; trique doit être également réglée par le mé-
mais on doit le couper avec de l'eau pour le decin suivant le besoin.
Effets physiologiques du Chlore.
Le Chlore, mis en contact avec les membranes muqueuses ou avec la peau, est un irritant des plus énergiques. Les effets notés par M. William Wallace (^rc^. gén. de Méd., i. \, p. 118) sont les suivants : lorsque Ton expose un individu, dans un appareil convenable, à l'action du Chlore sufiisamment mêlé à de l'air ou à de la vapeur d'eau, sous une température de 43" cent., il commence au bout de 10 à 12 minutes à éprouver, en divers points de la peau, une sensation comparable à la piqûre de très-petits insectes ; ce prurit est accompagné de sueurs plus abondantes que n'en solliciterait l'air chargé seulement de vapeur d'eau à la même température ; si l'opération est continuée, la peau finit par se recouvrir de petites vésicules.
Lors maintenant que l'on dirige sur une partie quelconque du corps une douche d'eau chargée de Chlore, la peau rougit rapidement, devient douloureuse, et l'inflammation persiste pendant quelques jours, après quoi l'épiderme se détache par squammes, comme à la suite d'un érysipèle.
Mis en contact avec les membranes muqueuses , soit à l'état de gaz, soit en dissolution dans l'eau, soit mêlé à la vapeur aqueuse, il y déterminera tous les phénomènes de l'inflammation.
Nous avons dit plus haut qu'à l'état pur, le Chlore était impropre à la respiration et qu'il tuait avec une extrême rapidité. Dans les ateliers où l'on en dégage beaucoup, les ouvriers, si l'on en croit Christison {On Poisons, p, 697, 2^ édit.), finissent par n'en être plus incommodés; les fonctions s'exécutent même chez eux avec une parfaite régularité ; la seule
chose que l'on remarque, c'est qu'ils maigrissent d'abord et ne peuvent ensuite reprendre d'embonpoint.
On peut, à l'intérieur, et sans qu'il en résulte d'inconvénients, donner 20 à 30 gouttes de Chlore Uquide étendu dans 100 à 125 grammes (3 ou 4 onces d'eau), mais une dose plus élevée cause des vomissements et des coliques, et agit à la manière des poisons irritants (Orfila, ToxicoL).
Le Chlore attaque la plupart des matières organiques humides. Il les détruit en s'emparant d'une partie de leur hydrogène, et le changeant en eau et en acide hydrochlorique. Cette action destructive du Chlore a été surtout utilisée en médecine, bien plus que son action irritante locale.
En effet, c'est principalement comme désinfectant et comme neutralisateur de miasmes qu'il a joui d'une réputation qui a été en partie méritée.
C'est en général à Guyton de Morveau que l'on attribue la découverte de l'action désinfectante du Chlore, et son application en grand à la désinfection des fosses d'aisances, des cimetières, des hôpitaux, etc., etc. ; mais en consultant les curieuses recherches faites par MM. Mérat et de Lens [Dict. de Mai. méd., t. II, p. 241), on reste convaincu que c'est Halle qui, le premier, en 1785, signala, dans son rapport sur les fosses d'aisances, la propriété antiseptique du Chlore. En 1791, Fourcroy le recommande comme propre à désinfecter les cimetières, les caveaux funéraires, les étables, dans les cas d'épizooties , à détruire les effluves infectes, les virus contagieux, les miasmes délétères [Encyclop. méthod. Médecine, t. VI, p. 599). Ce n'est guère qu'au commencement de ce siècle que Guyton de Morveau popularisa ces idées, grâce à son opiniâtreté ; et, sous ce rapport, on lui doit quelque reconnaissance. Jusqu'en 1815, on n'employait à cet usage que le Chlore gazeux ; ce fut alors seulement que Thénard proposa le Chlore liquide, moyen plus commode, plus facilement applicable, et qui, certes, est au moins aussi utile comme désinfectant que les chlorures alcalins.
Action thérapeutique du Chlore.
Il suffisait que le Chlore décomposât presque tous les produits organiques, et qu'il les privât de leur odeur, pour que certains médecins crussent avoir trouvé les moyens de neutraliser les miasmes morbifiques et d'arrêter les épidémies. Il n'est sorte d'absurdes mensonges et de faits apocryphes ou mal observés que l'on n'ait publiés à ce sujet \ mais tout récemment encore nous avons eu la triste expérience de l'inefficacité de ce moyen. Au début de l'épidémie de fièvre jaune qui dévasta Gibraltar en 1828, on jeta dans tous les égouts de la ville , dans les ruisseaux , on plaça dans toutes les casernes, on distribua gratuitement à tous les habitants du chlorure de chaux. L'épouvante rendit chacun religieux observateur de ce règlement de police sanitaire ; et pourtant c'est à peine si, trois mois après, on trouvait 500 habitants qui n'eussent payé leur tribut à l'épidémie. Quand le choléra envahit Paris et la France, nous savons tous avec quelle inutile prodigalité on fit usage des chlorures désinfectants. Confessons donc que.
pour ce qui regarde les épidémies, le Chlore et les chlorures sont des moyens probablement inutiles. Quant à leur qualité désinfectante, nous ne pouvons la nier ; mais on nous accordera en retour que, pour beaucoup de personnes, l'odeur du Chlore et des chlorures est encore plus insupportable que celle que l'on a neutralisée.
Mais si le Chlore et les chlorures , en tant que désinfectants, sont inefticaces, comme moyen prophylactique dans les épidémies , s'ensuit-il qu'ils ne jouissent pas de propriétés plus utiles quand on les applique topiqueraent. et que le Chlore est mis directement en contact avec la matière organique chargée du principe virulent ?
C'est ce que l'expérience seule pouvait démontrer, et les faits devaient avoir ici une grande valeur.
Il est avoué par la plupart des observateurs les plus consciencieux que les vêtements de pestiférés transmettent la peste. Des expériences faites par la commission médicale envoyée en Egypte en 4829 ont démontré que des vêtements des pestiférés, lavés dans l'eau, macérés dans une solution de chlorure de soude affaibUe, et séchés au soleil, peuvent être impunément portés à nu sur la peau. En y réfléchissant un peu, on voit combien sont peu concluantes de semblables expériences, et combien sont peu fondées les conclusions que l'on prétend en tirer ; car il est certain que les vêtements de pestiférés bien lavés seulement dans l'eau sont aussi parfaitement innocents.
Le Chlore et les chlorures sont, dit-on , capables de détruire 4e virus rabique. BrugnatelU est le premier qui, en 4816, célébra avec le plus d'enthousiasme les vertus antirabiques du Chlore. Il lavait les plaies récentes avec du Chlore liquide, et il donnait cette même substance à l'intérieur à la dose de 125 centigrammes (2 scrupules) chez les enfants, et de 8 grammes (2 gros) chez les adultes, quatre ou cinq fois par jour et pendant plusieurs semaines {Journ. gén. de Méd., t. LIX, p. 303). Plus tard, d'autres médecins italiens vinrent confirmer les résultats signalés par Brugnatelli (Arragom, Bulletin de la Soc. méd. d'émuL,{é\r. 1823, p. 127). Chez nous, M. Chevalier a employé l'hydrochlore avec succès chez un élève en pharmacie qui avait été mordu par un chien enragé. Schœnberg et Semmola {Bulletin des sciences médicales de Férussac, mai 1828) ajoutent encore leurs témoignages à ceux que nous venons d'indiquer ici. Semmola surtout prétend avoir guéri dix-neuf individus mordus par des chiens évidemment hydrophobes. Il lavait avec du Chlore étendu d'eau les plaies, qu'on pan sait deux fois par jour à l'aide d'un plumasseau de charpie imbibé du même hquide. En même temps, pendant quarante à cinquante jours, il donnait à l'intérieur, trois fois en vingt-quatre heures, de 8 à 30 grammes (2 gros à 1 once) de Chlore, étendu dans une suffisante quantité d'eau sucrée. Il est une anecdote surtout que Semmola regarde comme démonstrative. Trois personnes avaient été mordues : deux se soumirent à ce traitement, et n'éprouvèrent aucun accident ; l'autre s'y refusa, et mourut hydrophobe vingt-trois jours après la morsure. Il y avait à faire à Schœnberg et
à Semmola une bien grave objection : « Ètes-vous sûrs , pouvait- on leur » dire , que le spin que vous avez mis à nettoyer les plaies n'ait pas été, » pour la plus grande part, dans l'heureuse issue de votre médication, et » les lotions faites avec soin avec de Teau pure n'auraient-elles pas eu le » même résultat? »
M. Coster s'est chargé de répondre; il prit un chien mordu par un autre qu'on soupçonnait enragé. Ce chien ne tarda pas à présenter tous les signes de l'hydrophobie confirmée. On inocula sa bave dans 5 ou 6 plaies, chez deux chiens bien portants ; en outre, on les fit mordre en plusieurs endroits. Six heures après, on lava soigneusement toutes les plaies de l'un des chiens avec une dissolution de chlorure de soude dans moitié de son volume d'eau : on ne se contenta pas de ces lotions; on injecta encore la dissolution jusque dans le fond des plaies. L'autre chien eut ses plaies nettoyées avec autant de soin ; mais , pour lui , on se servit seulement d'eau pure ; les résultats de ces deux procédés furent bien différents. Le premier chien, qui fut soumis à l'action du Chlore, n'a présenté aucun signe de maladie ; le dernier, au contraire, est mort avec tous les symptômes de la rage, trente-sept jours après avoir été mordu {Journal des Progrès, t. XIII, p. 233).
Mais le fait rapporté par M. Coster, tout concluant qu'il paraisse , ne prouve pourtant rien, sinon que des lotions et des injections faites avec un agent irritant, tel que l'hydrochlore et les chlorures alcalins , peuvent modifier le virus rabique dans les plaies oii il a été déposé et prévenir l'hydrophobie.
Toutefois , une semblable conclusion ne serait légitime que si des faits nombreux recueillis par Trolliet {Recherches sur la Bage), et par Stanislas Gilibert [Compte rendu des travaux de la Société de médecine de Lyon depuis 1812) n'avaient déplorablement démenti les grandes promesses de Brugnatelli et de ceux qui avaient soutenu son opinion. Certes, on serait coupable de négliger d'héroïques et sûrs moyens pour accorder la préférence à une médication qui, à la rigueur, peut quelquefois n'avoir pas été sans avantage, mais dont les succès sont tellement controversés.
Que croire maintenant du Chlore et des chlorures employés comme moyens préservatifs de la syphilis, de la piqûre des insectes venimeux, de la morsure des serpents, etc., etc. ? A coup sûr, les faits racontés par Coster {loc. cit.), par M. Blache (i>/cL de Méd., 2" édit., t. VÎI, p. 121), prouvent moins encore que ceux dont nous avons fait tout à l'heure l'analyse assez sévère. Encore une fois, les lotions faites avec grand soin après un coït impur suffisent, quelle que soit d'ailleurs leur nature, pour préserver de la vérole la plupart de ceux qui s'y exposent, et principalement les lotions faites avec les substances irritantes; et avant de conclure en faveur du Chlore, parce que l'hydrochlore et les chlorures alcalins agissent ici comme préservatifs , il eût été bon de comparer leur action à celle de l'eau de chaux, des solutions acides ou fortement alcalines. Si maintenant on considère qu'en mêlant du chlorure de soude ou de chaux à du pus imprégné
de virus-vaccin , on n'a cependant pas détruit l'action virulente , on sera un peu plus réservé sur les conclusions à tirer des histoires nombreuses imaginées en faveur de la prétendue action neutralisante du Chlore et des chlorures.
C'est avec plus de raison et de succès que Gubian , de Lyon , a proposé de lotionner avec de Teau chlorurée la surface du corps des malades atteints de variole confluente à l'époque de la maladie où le pus commence à prendre de la fétidité {Journal de Chimie méd., t. VI, p. 316); que Boyer, de Marseille, conseille les injections de même nature dans les foyers des vastes abcès qui entretiennent une fièvre de résorption {Gaz. méd., 1834, p. 196); que B.écàimo.v [Leçons orales de C/mç'we), Deslandes [Nouv. Biblioth. méd., t. VIII, p. 151) font pénétrer des injections chlorurées dans l'utérus lorsque le placenta ou une masse quelconque se putréfie dans la cavité de cet organe. Dans le même but , Reid , de Dublin , donne des lavements et des potions avec le chlorure de chaux ou de soude pour modifier l'odeur des selles dysentériques, et diminuer l'irritation inflammatoire de la membrane muqueuse du gros intestin. Cottereau et Chevalier ont conseillé aussi, pour détruire l'odeur du pus de l'ozène, et pour déterger les ulcères de la membrane pituitaire, des inspirations de poudres ou de liquide chlorurés.
Jusqu'ici nous n'avons considéré le Chlore que comme désinfectant, et à ce titre nous n'avons pas cru devoir le séparer des chlorures dépotasse, de soude et de chaux, qui n'agissent dans ce sens qu'entant que dégageant du Chlore.
Maintenant, nous allons rapidement indiquer les autres applications thérapeutiques que l'on a faites du Chlore.
Depuis le commencement de ce siècle jusqu'au moment où les chlorures prirent la place du Chlore, celui-ci jouit d'une grande réputation dans le traitement des typhus, des fièvres dites putrides, malignes, asthéniques, charbonneuses. Il serait vraiment superflu d'indiquer ici la longue nomenclature des mémoires où les vertus du Chlore ont été célébrées avec un engouement qui n'était pas toujours la preuve d'un jugement médical bien solide. ( Voir Mérat et de Lens, Dictionnaire de Mat. méd.,i. II, p. 245.) Il y a en effet tant de différence dans les fièvres typhoïdes,la plupart des épidémies qui se suivent se ressemblent si peu, qu'on ne peut tirer aucune conclusion qui satisfasse un esprit rigoureux. Nous y reviendrons d'ailleurs un peu plus bas en parlant des chlorures.
Dans le cas où il s'est agi de combattre les maladies typhoïdes , c'est m l'intérieur qu'on administrait le Chlore; c'est par son action intime, alors qu'il avait été porté des premières voie§ dans le torrent circulatoire, qu'il modifiait l'organisme ; mais cet emploi thérapeutique est le plus borné, et d'autre part , comme moyen topique , le Chlore employé par beaucoup de praticiens a eu également quelques succès à revendiquer.
L'hydrochlore a été conseillé par Brathwaite dans le traitement des ulcères; il enlève l'odeur, modifie la plaie et accélère la cicatrisation. Déjà,
414 MliDICAMENTS IIIRITANTS.
en 1787, Halle et Fourcroy [loc. cit.) avaient constaté que ce médicament modifiait heureusement même les surfaces cancéreuses. La gale, les dartres, les engelures, ont été traitées par l'hydrochlore , et plusieurs médecins citent des exemples de guérison (Ivïérat et Lens , Bict. de Mat. méd. , t. II , p. 246). Enfin on s'en est servi comme d'un rubéfiant de la peau pour produire une utile révulsion dans les maladies du foie. Wallace [Des propriétés médicales du Chlore, Londres, 1825 ) est l'auteur de cette singulière médication. Il plongeait le malade dans un bain de Chlore gazeux ou mêlé à de la vapeur d'eau. Sous l'influence de ces bains, la peau rougissait et devenait le siège de vives démangeaisons , et lorsqu'on dirigeait sur l'hypochondre une douche de vapeur chlorée , il survenait une vive irritation et une éruption eczémateuse. Il n'est pas besoin de dire que des bains de cette nature ne pouvaient être administrés sans une grande précaution. L'appareil qui sert à les administrer doit être entouré de linges trempés dans une solution légèrement alcaline ; le malade doit aussi porter une cravate imbibée du même liquide, pour prévenir les accidents qu'une fuite de gaz pourrait produire. Ce bain est élevé à une température de 32 à 36° R., et le malade y reste vingt minutes (Mérat et de Lens, loc. cit.). C'est dans le même but que Bonnet, dans le traitement de la névralgie de la face, dirigeait de la vapeur de Chlore sur le point douloureux, {Annales cliniques de Montp., t.XXXlU), que M. Bretonneau, de Tours, imité depuis lors par quelques médecins, faisait respirer du Chlore aux enfants atteints de croup, lorsque la fausse membrane dépassait l'entrée du larynx, et qu'il ne lui restait aucun moyen de modifier autrement la membrane muqueuse des voies aériennes ( Traité de la Diphthérite.)
Nous omettons encore à dessein une multitude d'applications du Chlore, qui, tentées une fois par un médecin hasardeux, n'ont pas été répétées, et ne méritent, par conséquent, qu'une confiance limitée; mais nous ne pouvons passer sous silence les travaux entrepris tout récemment sur l'emploi de ce médicament dans le traitement de la phthisie pulmonaire tuberculeuse. Cette médication a fait grand bruit un instant, elle a été propagée avec une ardeur que bien peu de succès avait justifiée; mais enfin il faut savoir quelque gré même à ceux qui s'aveuglent sur l'efficacité d'un moyen par le désir très-légitime de reculer les bornes de l'art de guérir.
Laennec déjà avait prétendu que l'air marin était très-salutaire aux phthisiques. La raison principale sur laquelle s'appuyait cet illustre médecin était que sur les côtes de la Basse -Bretagne il n'avait presque jamais vu de tuberculeux , et il oubliait que, dans toutes les villes du littoral de l'Angleterre et dans la plupart des grandes villes maritimes de France, la phthisie tuberculeuse est malheureusement fort commune. Il croyait donc qu'en soumettant les malades aux émanations du chlorure de chaux et des varechs, il remplacerait pour eux cet air marin qu'il croyait très-salutaire. Nous nous rappelons avoir vu à l'hôpital de la Charité ce moyen mis en usage comme tant d'autres, et aussi inutile que tous les autres.
D'autres observations plus directes avaient mis sur la voie de l'emploi du
Chlore dans le traitement de la phthisie pulmonaire ; c'étaient les bons effets qu'éprouvaient les ouvriers atteints de phthisie employés dans les manufactures où l'on se sert de beaucoup de Chlore. D'après cela et à la même époque , sans qu'il soit bien facile de dire à qui appartient la priorité. Bourgeois, de Saint-Denis, Cottereau et Gannal imaginèrent de soumettre un grand nombre de phthisiques à un traitement régulier par le Chlore. Bourgeois se contentait de faire dégager lentement du Chlore dans la chambre du malade. Gannal et Cottereau se servaient d'un appareil à l'aide duquel ils faisaient aspirer aux malades une quantité plus ou moins grande de Chlore mêlé à de la vapeur d'eau. Cette opération était répétée, quatre, six fois par jour, suivant le besoin, suivant la susceptibilité des malades.
On ne peut nier que quelques catarrhes chroniques n'aient été avantageusement modifiés par ce moyen, qui déterminait le plus souvent une phlegmasie aiguë des bronches; mais les phthisiques assez nombreux que nous avons vu traiter ainsi ont péri, ce nous semble, plus rapidement que si on eût abandonné la maladie aux traitements palliatifs que nous employons ordinairement ; et d'ailleurs il faut bien reconnaître que le Chlore est un remède au moins infidèle , puisque ceux mêmes qui l'avaient le plus ardemment préconisé l'ont entièrement abandonné.
Le travail le mieux fait, k notre avis, sur la matière, est celui que M. Toulmouche, de Rennes, a inséré dans la Gazette médicale (1838^ n° 26). Il a fait inspirer du Chlore liquide à la dose moyenne de trente à quarante gouttes, en commençant par dix ou quinze ; on devait augmenter ou diminuer en raison de l'irritabilité du malade. Il a traité ainsi trois cent neuf individus atteints de catarrhe aigu ou chronique. Parmi ceux qui portaient un catarrhe chronique , quelques-uns avaient un catarrhe suffocant avec de l'emphysème; quelques autres étaient en même temps phthisiques. Le Chlore eut sur le catarrhe aigu et chronique une influence évidemment heureuse; mais il laissa marcher la phthisie pulmonaire; ce que d'ailleurs M. Toulmouche avait constaté auparavant. {Mémoire sur l'emploi du Chlore dans la phthisie pulmonaire. Arch. gén. de Méd., avril 1834.)