CHLORURES ALCALINS
Il y a longtemps que l'eau de Javelle est employée dans les arts pour le blanchiment; dès 1789 ce moyen était généralement connu. Percy, dit-on {Bévue médicale, 1826), mais le fait est fort contestable, se servit de ce chlorure à l'armée du Rhin, en 1793, contre la pourriture d'hôpital.
Le chlorure de chaux fut indiqué en 1801 par Guy ton de Morveau [loco cit.) comme désinfectant, et par Alyon en 1803 {Annales de Chimie, t. LUI) comme un préservatif de la contagion.
Mais le premier emploi médical bien authentique des chlorures appartient évidemment à Masuyer, de Strasbourg. En effet, dans un ouvrage qu'il publia en 1811 {Observations sur la maladie dite fièvre des hôpitaux), il raconte comment, se servant de la propriété qu'a le chlorure de chaux de dégager lentement le Chlore, il en faisait placer entre les lits des malades, et désinfectait de cette manière l'atmosphère des salles d'hôpital. Suivirent les travaux de Gimbernat, de Bories, de Pâtissier, et enfin ceux de Labarraque, qui indiquèrent de la manière la plus explicite les propriétés désinfectantes de divers chlorures alcalins.
Toutefois, c'est réellement à Labarraque que l'on doit, non pas d'avoir démontré les propriétés désinfectantes des chlorures, mais d'avoir, par un enthousiasme peut-être exagéré, forcé en quelque sorte les médecins à les employer dans toutes sortes de maladies tant internes qu'externes.
C'est surtout en 1825, 26 et 27, que les chlorures menacèrent d'envahir presque toute la thérapeutique chirurgicale , battue en brèche et détruite par l'école du Val-de-Grâce; mais peu à peu l'engouement se passa, et il resta des chlorures ce qu'il devait en rester.
Nous n'avons plus rien à dire ici des chlorures comme désinfectants; nous en avons surabondamment traité plus haut en parlant du Chlore. Nous ne nous occuperons ici que de quelques autres propriétés qu'ils ne doivent pas seulement au Chlore.
Les chlorures ont été donnés à l'intérieur dans le même cas que le Chlore; mais de nos jours quelques personnes, et M. Bouillaud entre autres {Traité des Fièvres essentielles, p. 304), en avaient fait pressentir l'utilité dans le traitement de la dothinentérie ; plus tard , M. Chomel a contribué à jeter une grande faveur sur l'emploi des chlorures dans le traitement de cette maladie. Depuis lors, cet observateur a reconnu leur inutilité, trompé qu'il 1. 27
avait été par la bénignité plus grande des dothinentéries qu'il avait traitées par les chlorures.
Les chlorures, en tant que doués d'une très-grande alcalinité, ont été employés à Textérieur, et ont des propriétés analogues aux solutions de carbonate de soude et de potasse, et à l'eau de chaux. C'est probablement de cette manière qu'ils guérissent une multitude d'affections chirurgicales.
Ainsi, dans la blennonhagie urétrale , et surtout dans la blennorrhagie vaginale, ainsi que dans la leucorrhée, qui reconnaît pour cause, soit une phlegmasie du col utérin, soit une inflammation chronique delà membrane muqueuse qui tapisse le vagin, les injections avec le chlorure de chaux, de soude ou de potasse réussissent au même titre que les solutions alcalines, dont nous avons plus haut constaté l'utilité (Daumas , Thèses de la faculté de Paris, 1826, n° 120; Blache et JoUy , Bict de Méd.,^' édit., t. Vil, p. 431).
Ainsi, dans le prurit de la vulve (Darlîng, Med. repository, feb. 1826), dans les affections herpétiques superficielles (Alibert, Nouv. élém, de Thér., t. Il, p. 453), dans la gale (Derheims, Fontanetti, Hospiial transact. Med., t. X, p. 385; Journ. des Conn. méd., t. I, p. 233), dans quelques maladies du cuir chevelu (Chevalier, Art de préparer les chlorures; Roche, Cottereau, ibid.), les chlorures alcalins n'ont ni plus ni moins de vertus que les diverses solutions de soude, de potasse ou de chaux, qui réussissent généralement bien dans les mêmes circonstances.
C'est probablement à cette même propriété et au même mode d'action que les chlorures doivent de modifier avantageusement non-seulement l'ophlhalmie blennorrhagique, et cela au même titre que la blennorrhagie des parties génitales, mais aussi l'ophthalmie scrofuleuse et même l'ophthalmie épidémique (Variez, Dict. de Mérat et de Lens , t. II, p. 359; Guthrie, Londonmed. and phys. Journ. , nov. 1827; Hesberg, Gazette méd, de Paris, 1831, p. 183).
Il est assez probable , nous le répétons, que ces chlorures n'ont de part dans la guérison des maladies que nous venons de passer en revue que comme alcalins. En est-il de même pour les affections que nous allons indiquer maintenant? c'est ce que pourraient seules décider des expériences comparatives.
Lisfranc , l'un des plus grands partisans des chlorures , et qui les avait employés avec un grand avantage dans le traitement des ulcères chroniques, vanta surtout leur efficacité dans la brûlure ; à l'exemple de Dupuytren , il prétendait qu'il n'y avait pas de médication plus active dans le traitement delà brûlure au deuxième et au troisième degré; mais il s'en faut de beaucoup que l'expérience des autres chirurgiens ait ratifié ce que ces deux praticiens avaient avancé; et même, après s'être longtemps disputé la priorité de cette découverte , les deux antagonistes abandonnèrent bientôt un moyen qui assurément ne méritait pas les honneurs d'un semblable débat.
Quant à l'emploi des chlorures dans le traitement de la pourriture d'hôpital et des inflammations couenneuses et pultacées de la bouche qui , si
souvent, chez les enfants, donnent lieu à la gangrène des joues, maladie presque toujours mortelle, il a été suivi de succès non équivoques, si l'on en croit les témoignages de Percy (Mérat et de Lens), de Darling [loco cit.), de M. Roche ( Voyez Chevallier) , et surtout de M. Bouneau , médecin de l'hôpital des Enfants de Paris (Blache, Dici. de Méd., 2« édit., t. VIR, p. 434). Ce dernier se borne exclusivement à Tusage du chlorure de chaux sec. Ordinairement il se sert d'un morceau de papier roulé, qu'il plonge dans de l'eau pour en humecter la surface : il l'introduit ensuite dans un flacon rempli de chlorure de chaux sec, et le promène ainsi chargé de la substance pulvérulente sur les parties affectées. Une ou deux minutes après, il fait gargariser le malade pour le débarrasser du chlorure dont le séjour pourrait irriter les tissus voisins.
INl. Siméon a proposé le Chlore pour combattre l'empoisonnement par l'acide cyanhydrique ; le Chlore s'empare de l'hydrogène, et le cyanogène est mis à nu : M. Orfila a expérimenté ce moyen et l'a trouvé excellent; il emploie un mélange de quatre parties d'eau pour une partie de Chlore liquide.
M. IMialhe préfère passer sous le nez du malade une compresse chlorovinaigrée préparée en mettant du Chlorure de chaux dans de l'eau vinaigrée.
Mode d'' administration et doses.
A l'intérieur, les chlorures de soude et de potasse se donnent à la dose de l à 15 grammes (un quart de gros, de 1 gros et même d'une demi-once) par jour, dans un véhicule non acide. Le chlorure de chaux se donne en pilules , ou dissous dans un véhicule quelconque à la dose de 20 centigrammes à 1 gramme et demi (4 à 30 grains) par jour.
A l'extérieur, les chlorures de soude et de potasse s'emploient purs, seulement quand on veut agir sur les surfaces recouvertes de couennes, de concrétions pultacées ou de détritus sphacélés. Ordinairement on les étend de deux, troiSj et jusqu'à dix fois leur poids d'eau, suivant la sensibilité des parties auxquelles on les apphque, ou suivant la nature de la maladie. Pour un grand bain, on met ordinairement de 1 à 3 kilogrammes (2 à 6 livres) de chlorure de soude ou de potasse.
Le chlorure de chaux sec ne se doit employer que dans les mêmes circonstances où nous avons dit que l'on faisait usage des deux autres chlorures, sans y ajouter de l'eau.
Ordinairement on met 20 centigrammes à 45 grammes (4 grains à 1 gros) de chlorure par 30 grammes (1 once) d'eau, suivant qu'on veut agir doucement ou avec énergie. Dans un grand bain, on ne doit pas mettre moins de 60 grammes (2 onces), ni plus de 250 grammes (une demi-livre de chlorure sec).
Chlorure d' ardimoine (voyez tome II, article Antimoine), Chlorure d'arsenic (voyez tome I, Arsenic). Chlorure de smc ( voyez plus bas , article Zinc). Protochlorure ou deutochlorure de mercure (voyez plus haut, Mer cure].
AJÉUICAMENTS IRRITANTS.