‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 53 sur 125 · ACIDE AZOTIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE AZOTIQUE

Cette substance , très-souvent employée dans les arts, est, avec l'acido sulfurique, une de celles dont se servent le plus souvent ceux qui veulent se donner la mort. Les symptômes de cet empoisonnement ne diffèrent pas de ceux qui sont causés ordinairement par l'ingestion des poisons les plus irritants.

Laissé en contact avec la peau ou une membrane muqueuse, il produit une eschare d'autant plus profonde que le contact a été plus prolongé. Quand il est seulement appliqué légèrement à la surface d'une plaie ou d'une membrane muqueuse, il coagule immédiatement l'albumine, et forme une petite eschare superficielle assez semblable à celle que produit le nitrate d'argent. Cette eschare se détache au bout de peu de jours, et permet de constater que l'action du caustique n'a pas pénétré profondément. On s'en sert pour cautériser les ulcères de la gorge, du nez, de la bouche, de l'utérus, etc., etc.; pour détruire les verrues, les excroissances, les bourgeons charnus luxuriants .

Enfin, on peut l'employer comme rubéfiant de la peau, suivant la méthode de Hull {London médical Journal, 1820). Ce médecin étend l'acide sur la peau, et quand le malade éprouve une forte cuisson, on essuie soigneusement la partie, que l'on recouvre d'un cataplasme.

L'Acide azotique, sous forme de limonade, est utilement employé dans diverses maladies inflammatoires, comme moyen tempérant. On en a surtout constaté les bons effets dans certaines affections delà peau, essentiellement rebelles, telles que les éruptions eczémateuses, impétigineuses, etc.

Dans ces derniers temps, la limonade azotique a été proposée par quelques médecins allemands pour combattre l'albuminuriec Mais les essais qui ont été faits en France ont donné les résultats les plus incertains et les plus variables.

A la vérité il y aurait lieu de s'étonner qu'il en fût autrement , si l'on considère que ce moyen était dirigé contre une maladie qui, sous une même dénomination, représente des états morbides si différents.

Pour nous, voici ce qu'un examen attentif des faits nous permet d'établir à cet égard.

Lorsqu'on s'adresse à l'albuminurie aiguë ou récente, c'est-à-dire lorsque la lésion rénale, soit primitive ou secondaire, paraît ne consister que dans une simple hypérémie, ou dans une congestion inflammatoire plus ou moins intense, la limonade azotique donne le plus souvent d'excellents résultats. Cette limonade est administrée tiède, et à la dose de 6 à 20 gouttes d'Acide azotique par litre d'eau, que le malade boit par petites tasses dans les vingt- quatre heures.

Cette boisson détermine assez ordinairement une diurèse des plus abondantes, quelquefois même excessive, et il n'est pas rare alors que dans

l'espace de quinze jours et même de cinq à six jours, si la maladie est toute récente, l'hydropisie du tissu cellulaire d'abord, puis celle des cavités séreuses (lorsqu'elles coexistent avec l'albuminurie) disparaissent plus ou moins complètement, en même temps que les urines perdent peu à peu de leur proportion d'albumine, jusqu'à ce qu'elles finissent par ne plus donner de précipité.

Dans les cas où la maladie est un peu plus avancée, c'est-à-dire lorsqu'elle constitue le second degré de la néphrite albumineuse, la médication nitrique est encore utile, mais ses avantages sont plus limités et plus incertains. Pourtant elle réussit encore assez souvent, au dire de quelques praticiens, à arrêter la maladie dans sa marche , et à prévenir son passage à l'état chronique.

Mais quand l'anasarque et l'albuminurie sont liées à une dégénérescence du tissu des reins, en d'autres termes, quand on a affaire à la maladie de Bright confirmée, et passée à Tétat chronique, la limonade nitrique échoue à peu près complètement, ou pour mieux dire, elle n'a ni plus ni moins d'efficacité que la plupart des autres moyens que l'on oppose à cette affeC' tion si réfractaire.

Pourtant il y a ici une remarque à faire : c'est que dans les cas même où la médication nitrique n'a plus la moindre action curative sur la lésion rénale, trop ancienne et trop profonde, elle ne laisse pas d'exercer quelquefois une influence marquée sur l'hydropisie concomitante ; ainsi il n'est pas très-rare alors de voir des épanchements cellulaires et séreux se résorber et disparaître pendant un temps plus ou moins long, tandis que l'albuminurie elle-même se trouve à peine modifiée, et survit à ces divers épanchements.

On n'emploie guère en médecine que le On met l'Argent dans un matras, on y

Nitrate et le Chlorure d'Argent. introduit l'acide azotique, et l'on opère la

Le Nitrate d'Argent se \)résen{e sons âeu\ dissolution à l'aide d'une douce chaleur; formes dans les officines de pharmacie, il se dégage du bioxyde d'azote, et il se fait criîiallisé ou fondu. Le Nitrate d'Argent de l'azotate, ou Nitrate d'Argent. cristallisé est blanc, d'une saveur excessi- On vcrï^e la dissolution dans une capvemcnt caustique; il cristallise en lames suie, et elle donne du Nitrate d'Argent crislarges et minces; il se colore en noir à la tallisé par le refroidissement; les eaux lumière, il tache la peau en violet d'une mères évaporées donnent une nouvelle manière indélébile. Disons aussi qu'il est quantité de cristaux, soluble dans son poids d'eau distillée, dé- L''Argent dont on s'est servi contient soucomposahlc. dans l'eau ordinaire, et que vent du cuivre; la dissolution acide a alors l'alcool le dissout à chaud en grande quan- une couleur bleue; on la purifie en l'évatité. poranl à siccilé et en faisant fondre le sel

dans un creuset d'Argent; le nitrate de cui-

Préparation. On l'obtient de la manière vre est décomposé, et le Nitrate d'Argent

suivante : se dissout dans l'eau tout à fait pure.

Quels sont les modes d'administration du

Pr. : Argent de coupelle, 1 p. Nitrate d'Argent cristallisé? Voici les prin-

Acide azotique à 33», 2 p. cipales formules :

Fihiles de Nitrate d'Argent,

Pr. : Nitrate d'Argent cris-

talisé, 5 centig. (1 grain).

Mie de pain, U gram. (1 gros).

F. S. A. 15 pilules.

Lavement avec le Nitrate d'Argent,

Eau distillée, Nitrate d'Arqent.

500 grara. (1 livre).

25 cent. (4 grains).

(hôpital Necker).

Potion astringente.

Nitrate d'Argent, 1 à 5 centig. (1/5 de

grain à 1 grain).

Eau distillée, SO'grammes.

Sirop simple, 20 grammes.

F. S. Prendre par cuillerées à café dans le courant de la journée.

^Collyre cathe're'tique.

Pr. : Eau distillée, 96 gram. (3 onces). Nitrate d'Argent

cristallisé, 1 5 cent. (3 grains).

S. (Ricord).

Pommade oplithalmique.

Pr. : Nitrate d'Argent, 5 cent. (1 grain). Axonge, 4 gram. (1 gros).

Mêlez sur un porphyre (Velpeau).

Nitrate d'Argent fondu.

(Pierre infernale).

Il est en petits cylindres de la grosseur d'un tuyau de plume, d'une couleur gris ardoisé, à cassure radiée et cristalline. On obtient ces cylindres en coulant dans une lingotière préalablement chauffée et enduite d'un peu de suif, Je Nitrate d'Argent cris- -tallisé que l'on a fondu dans un creuset d'argent ou de platine. Il se solidifie en refroidissant. Dans cet état, il est tout à fait pur et ne contient pas d'eau de cristalliation. On a l'habitude de conserver les bâtons de Nitrate d'Argent dans des flacons que Ion remplit avec des graines de lin pour éviter que les chocs ne brisent les cy-

lindres; mais à la longue ces graines font éprouver au nitrate une légère décomposition.

M. Duméril a proposé d'entourer les bâtons de Nitrate d'Argent avec de la cire à cacheter. On tai'lleres crayons,quisont trèscommodes lorsqu'il s'agit de cautériser un trajet fistuleux.

On se sprt du Nitrate d'Argent fondu ou pierre infernale surtout à l'extérieur ; c'est le cathérélique le plus employé; c'est aussi l'un des meilleurs agents de substitution.

dorure d^Argent.

Nous dirons quelques mots de ce sel, qui dernièrement a été réintégré par nous dans la thérapeutique. Après avoir été assez fréquemment employé par les anciens, ce médicament fut banni comme tant d'autres, sans qu'aucune raison réelle d'insuccès eût pu motiver sa proscription.

Voici ses principaux caractères : il esthlanc naturellement, mais il prend une couleur noirâtre au double contact de l'air et de l'eau; il est insoluble dans tous les acides, soluble seulement dans l'ammoniaque, l'acide chlorhydrique et les chlorures solubles.

On l'obtient en décomposant un sel d'Argent par l'acide chlorhydrique; il se forme alors un précipité blanc caséiforme de chlorure d'Argent. Il était autrefois connu sous les noms d'Argent corné, de lave cornée.

Nous administrons le chlorure d'Argent, dans l'épilepsie, dans la chorée, etc., sous forme de pilules de 10 cent, chaque.

On a récemment conseillé l'usage de l'oxyde d'Argent dans certaines affections intestinales, etc. L'expérience n'a pas prononcé à l'égard de son efTicacité.

llestprobablequ'en l'administrantà doses fractionnées, il se convertirait en chlorure d'Argent, qui, rendu soluble à la faveur des chlorures alcalins, passerait dans les secondes voies, et manifesterait l'action dynamique du chlorure argentique ingéré directement, et du nitrate d'Argent lui-même.

Celui-ci, en effet, ne pénètre dans la circulation qu'à l'état chloro-argentate alcalin; d'où l'idée de l'associer dlreciement au chlorure de sodium. Mieux vaut avoir recours au chlorure d'Argent uni de même au sel marin.

THERAPEUTIQUE,

De tous les agents de la thérapeutiques chirurgicale , le Nitrate d'argent est celui qui rend le plus de services, et il doit, en chirurgie, être placé sur la même ligne que le quinquina et l'opium en médecine.

On l'emploie sous deux formes : sous forme solide, et l'on se sert alors du isitrate d'argent fondu ou pierre infernale ; sous forme liquide, c'est-àdire en solution, et l'on doit toujours, dans ce cas, se servir du Nitrate d'argent cristallisé.

Le Nitrate d'argent fondu ou cristallisé est un poison assez énergique. Les symptômes qu'il détermine ressemblent à ceux que provoquent les alcalis et les acides concentrés.

A l'intérieur, le Nitrate d'argent cristallisé a été conseillé dans plusieurs maladies : comme purgatif drastique dans l'hydropisie, par Boerhaave [Libell. de mat. med.). Dans ce cas on fait une pilule avec un mélange de 5 cent, (l grain) d'amidon ou de mie de pain, 2 1/2 cent, (un demi-grain) de Nitrate d'argent et 2 1/2 cent, (un demi-grain) de sel de nitre; on donne de demi-heure en demi-heure une pilule semblable, jusqu'à ce que le malade commence à être purgé. C'est le moyen que nous avons conseillé dans la dysenterie aiguë, en même temps que nous donnons deux fois par jour un lavement avec 500 grammes (1 livre) d'eau distillée dans laquelle on fait dissoudre 45 à 50 centigrammes (3 à 10 grains) de Nitrate d'argent.

Depuis longtemps nous faisons du Nitrate d'argent un usage très-fréquent dans le traitement des maladies de l'appareil digestif. Lorsque chez les enfants à la mamelle la diarrhée persiste trop longtemps malgré la diète, le régime et l'usage de la magnésie, du bismuth ou de la poudre d'yeux d'écrevisses. nous n'hésitons pas à prescrire le Nitrate d'argent, en observant toutefois les règles suivantes :

Si la diarrhée est tormineuse, accompagnée de sécrétions glaireuses ou de glaires ensanglantées, et en même temps de ténesme, nous prescrivons soir et matin, un clystère composé de 250 grammes (8 onces) d'eau distillée et de 5 à 10 cent. (1 à 2 grains) de Nitrate d'argent, suivant l'âge de l'enfant ; quelquefois, après l'expulsion du liquide injecté, nous donnons un nouveau lavement d'eau tiède, auquel nous ajoutons une demi-goutte ou même une goutte de laudanum de Sydenham. Il est rare que cette rriédication si simple ne guérisse pas avec rapidité une diarrhée qui semble liée à un état phlegmasique de la membrane muqueuse du colon.

Mais si la diarrhée est accompagnée de nausées, si elle est constituée par des déjections séreuses, vertes, lientériques, nous n'hésitons pas à prescrire le Nitrate d'argent en potion, selon la formule suivante ;

Nitrate d'argent, 1 centigramme (1/5 de grain) ;

Eau distillée, 25 grammes (6 gros) ;

Sirop simple, ■ 15 grammes (4 gros).

L'enfant en prend le quart, la moitié, la totalité même, suivant l'effet produit.

Nous ne saurions assez dire combien ce remède est innocent, et combien sont peu fondées les craintes des praticiens qui n'osent pas l'administrer à l'intérieur.

Chez les adultes atteints de diarrhée chronique, nous donnons le Nitrate d'argent en pilules ou en potion à la dose de 5 à 10 centigrammes par jour; ou bien, si la diarrhée dépend d'un état phlegmasique du gros intestin,

nous administrons des lavements dans lesquels nous faisons dissoudre 20 à 30 centigrammes (4. à 6 grains) de Nitrate.

En 1840;, Hudson a publié ( The Dublin Journal of Médical science) un travail intéressant sur l'emploi du Nitrate d'argent à Tintérieur, dans le traitement de quelques affections des membranes muqueuses. Déjà Osborne Tavait employé dans la gastrite accompagnée de vomissements acides ; Langton Parker le plaçait à côté du bismuth et de l'opium parmi les sédatifs de la sensibilité stomacale; Bigcrs, Steinetz, le conseillaient dans la dyspepsie. Hudson, répétant ces expériences, a en effet constaté l'efficacité du sel argentique dans des gastralgies rebelles, et dans des gastrites contre lesquelles des moyens thérapeutiques puissants avaient complètement échoué.

Comme vermifuge, il est employé de la même manière (Fodéré, Méd. lég., t. IV, p. 163).

Quant à son action sur le système nerveux (action tout à fai,t indépendante de ses propriétés irritantes), elle ne saurait être contestée, à moins de révoquer en doute la véracité d'une multitude de praticiens recommandables.

De tous les médicaments employés contre l'épilepsie, le Nitrate d'argent est celui qui a réuni le plus de faits observés par des praticiens éclairés. Ce n'est pas à dire pour cela que l'on ait guéri par ce moyen même la vingtième partie des épileptiques traités, mais enfin on en a guéri plus que par toute autre méthode, à l'exception toutefois de la méthode par les solanées vireuses. Comme les doses, dans ce cas, doivent être considérables, on commence par 5- milligrammes (un dixième de grain) soir et matin , et l'on va progressivement jusqu'à 50 , 60 et même 80 centigrammes (10, 12 et même 16 grains) dans les vingt-quatre heures. C'est en administrant ce médicament avec cette audace que de nombreux observateurs, dont on peut voir la longue nomenclature dans le Dictionnaire de Thérapeutique de MM. Mérat et de Lens, 1. 1, p. 401, sont parvenus à guérir quelques épileptiques. Mais beaucoup d'autres médecins ont été moins heureux.

Que si, dans presque tous les cas, le Nitrate d'argent reste impuissant contre l'épilepsie, ce même agent thérapeutique réussit plus fréquemment dans d'autres névroses moins graves , et nous citerons surtout la danse de Saint-Guy. M. Bretonneau, de Tours, est, parmi nos compatriotes, celui qui a le plus insisté sur l'extrême utilité de ce moyen dans le traitement de la chorée ; mais avant lui cette médication avait été indiquée dans le même cas. [Biblioth. méd., t. LI, p. 265; Journ. génér. de Méd., t. LXXXVIT, p. 290; Bévue méd., décembre 1824, p. 4^45).

Les sels d'argent, et plus particuUèrement le chlorure d'argent, ont été essayés par quelques médecins comme anti syphilitiques ; M. Serres, de Montpellier, est le premier qui ait essayé de donner à l'argent l'importance que l'or avait acquise ; son élève, M. Sicard , est venu joindre son témoignage à celui du maître ; mais les expériences de M. Ricord , et celles de quelques autres praticiens, n'ont pas confirmé les assertions des deux médecins que nous avons cités tout à l'heure.

On Ta encore essayé dans la coqueluche ; Berger paraît en avoir retiré de très-bons effets dans la période aiguë de cette maladie, et lorsque les accidents convulsifs sont très-prononcés. Il le donne à la dose de 2 à 5 milligrammes (1/25 de grain à 1/10 de grain), à prendre trois fois d'abord, puis quatre fois dans la journée en ayant égard toutefois à l'état du canal alimentaire.

Tous les praticiens connaissent aujourd'hui l'effet extraordinaire que l'usage interne longtemps continué du Nitrate d'argent produit sur la peau. Cette membrane prend à la longue une teinte ardoisée indélébile. Ce grave inconvénient, qui ne doit sans doute pas entrer en ligne de compte dans le traitement de l'épilepsie ancienne et réfractaire, doit, au contraire, être sans cesse présent à l'esprit du médecin lorsqu'il emploie le même moyen contre la danse de Saint-Guy ou l'hystérie , maladies qui sont ordinairement guérissables, et qui cèdent à des moyens qui ne font pas courir aux malades le risque d'être défigurés. Disons pourtant que, dans le traitement de ces deux névroses , comme on n'administre le Nitrate d'argent que pendant quelques semaines tout au plus, on ne risque guère de produire la coloration dont nous parlons.

Thompson, pour prévenir cette fâcheuse coloration de la peau qui survient après l'usage longtemps continué du Nitrate d'argent, avait imaginé de donner en même temps de l'acide nitrique qui pût empêcher la transformation du sel en chlorure. Patterson fait facilement justice de cette idée, et démontre chimiquement et physiologiquement l'inutilité du moyen conseillé par Thompson ; mais il n'est guère plus heureux lui-même quand, d'après quelques expériences de laboratoire, il propose sérieusement, pour détruire la coloration grise de la peau, l'usage interne et externe longtemps continué de l'iodure de potassium.

Les inconvénients que présente le Nitrate d'argent nous avaient engagés à lui substituer le chlorure d'argent dans le traitement de l'épilepsie.

Nous avons employé ce sel en pilules, à la dose de 25 centigrammes à un gramme et demi (5 à 30 grains) par jour, sans que cette dose pariit affecter le moins du monde les fonctions digestives. Nous n'avons jusqu'à présent traité par ce moyen que quatre épileptiques ; trois d'entre eux n'ont éprouvé aucun soulagement, mais le quatrième, âgé de vingt- deux ans, épileptique depuis cinq ans, a été parfaitement guéri, et depuis plus de six ans la guérison ne s'est pas démentie. Mais il faut avoir grand soin de ne pas donner des aliments fortement salés aux malades qui prennent du chlorure d'argent, pas plus qu'à ceux qui prennent du protochlorure de mercure ; car il se formerait dans un cas un chlorure double d'argent et de sodium ; dans l'autre, du bichlorure de mercure ; sels qui ont une action irritante très-énergique, à cause de leur solubilité.

Quelques chimistes sont bien convaincus qu'il est parfaitement indifférent de donner à l'intérieur du Nitrate ou du chlorure d'argent, attendu, disentils, que le Nitrate, même administré à des doses élevées, est converti en chlorure à l'instant même où il arrive dans l'estomac. Nous n'avons rien

à: dire à des assertions aussi positives, sinon que^ en donnant à un malade 3 pilules de 10 centigramnaes chacune de Nitrate d'argent, on peut produire des symptômes de vive irritation de l'estomac, tandis qu'en faisant prendre en une fois 1 gramme de chlorure , le même malade n'éprouverait probablement rien d'appréciable.

Emploi extérieur . Mis en contact avec la. peau parfaitement sèche et revêtue de son épiderme, le Nitrate d'argent cristallisé ou fondu ne produit qu'à la longue une irritation et une eschare ; mais une solution saturée de ce sel cause presque instantanément une cuisson, et peu de minutes suffisent pour cautériser superficiellement le chorion. Aussi se servait-on jadis d'un morceau de Nitrate d'argent pour ouvrir des cautères, méthode entièrement abandonnée aujourd'hui que l'on emploie de préférence le caustique de Vienne ou le bistouri.

Mais quand la peau est dépouillée de son épiderme, ou que l'on agit sur une membrane muqueuse , soit avec le crayon de Nitrate d'argent , soit avec une solution saturée de ce sel, on produit instantanément une eschare superficielle qui tombe au bout de peu de jours, et quelquefois au bout de peu d'heures; si la solution est plus faible, l'eschare sera plus longtemps à se former, ou bien même il ne surviendra qu'une excitation plus ou moins vive. Ainsi donc , irritation légère , irritation vive , escharification , tels sont les résultats de l'application du Nitrate d'argent sur nos parties. Nous dirons plus loin, à l'article intitulé Médication irritante, comment nous concevons, par cette voie thérapeutique, la curation de toutes les affections locales inflammatoires que nous allons sommairement indiquer, et dans lesquelles l'extrême efficacité du Nitrate d'argent a été mille fois constatée.

Dans les phlegmasies chroniques de toutes les membranes muqueuses, on a appliqué localement les solutions de Nitrate d'argent. Ainsi les phlegmasies de la conjonctive, des fosses nasales, du pharynx, delà bouche, du vagin, du col utérin, du canal de l'urètre, de la vessie, ont été efficacement combattues par ce moyen. Beaucoup d'inflammations aiguës ont pu être également modifiées par le même agent thérapeutique : l'angine couenneuse , le croup, l'angine catarrhale, l'angine œdémateuse, la blennorrhagie aiguë, l'ophthalmie blennorrhagique la plus intense, l'ophthalmie purulente, la dysenterie.

Quand on a à combattre une angine tonsillaire un peu intense, on peut la faire très-souvent avorter au moyen de la cautérisation, soit avec le crayon, soit avec la solution concentrée, mais c'est à la condition que cette application soit faite dès le début. A une époque plus éloignée, cette médication peut encore être efficace en abrégeant la durée de la maladie. L'expérience prouve qu'à la suite de l'attouchement avec le caustique, le soulagement est presque immédiat : la douleur et la gêne de la déglutition sont calmées presque instantanément. Toutefois, pour triompher complètement du mal , il est quelquefois nécessaire de répéter la cautérisation jusqu'à deux et même trois fois à -12 ou 24 heures d'intervalle. — La

même médication est également employée avec succès contre l'angine tonsillaire de nature scarlatineuse, comme moyen sinon de faire avorter, au moins de diminuer considérablement les symptômes de cette affection locale, lorsqu'elle menace de prendre une gravité insolite^ soit par Texcès de l'inflammation, soit surtout par l'effet d'une complication diphthérilique.

Pour la peau, quand , à la suite d'une inflammation, elle est convertie en membrane plus vasculaire, comme à la surface des plaies; dans les trajets fistuleux, dans les diverses affections cutanées chroniques, les applications topiques de Nitrate d'argent réussissent dans un grand nombre de cas , et l'on sait que , pour les maladies cutanées , c'est à ce moyen que recourait principalement Alibert.

D'après l'énumération que nous venons de faire, on voit que le Nitrate d'argent a été employé utilement dans la plupart des phlegmasies, soit de la peau, soit des membranes muqueuses. Toutefois on peut dire que c'est dans les phlegmasies spécifiques et dans les plaies de mauvaise nature, ou généralement dans les maladies qui ne marchent pas franchement vers la résolution , que ce remède est le mieux indiqué et manifeste au plus haut degré ses propriétés curatives,

A ce titre, le Nitrate d'argent est devenu, comme chacun le sait, d'un emploi général dans les phlegmasies vénériennes. Ainsi, par exemple, on ne craint pas aujourd'hui d'attaquer vigoureusement les vaginites aiguës, soit par le crayon de Nitrate d'argent, soit de préférence encore, par les solutions plus ou moins concentrées à l'aide desquelles on badigeonne toute la surface du canal vulvo-utérin.

C'est ainsi encore que les injections assez concentrées de Nitrate d'argent sont devenues un moyen très -usité pour combattre certaines formes de blennorrhagie chez l'honmie. A cette occasion ne négligeons pas de rappeler que lorsque la blennorrhagie est bornée à son début à la fosse naviculaire , la cautérisation avec le crayon de Nitrate d'argent réussit assez souvent, selon M. Cahen, à faire avorter la maladie.

Le Nitrate d'argent, incorporé à l'axonge, était depuis longtemps employé comme collyre gras dans le traitement de certaines ophthalmies palpébrales. M. Jobert (de Lamballe) eut l'idée de l'essayer comme topique, dans le traitement de l'érysipèle et de l'inflammation des vaisseaux blancs et des veines qui succèdent aux blessures et aux opérations chirurgicales. Il admet en principe que l'érysipèle dit chirurgical ne diffère en rien de l'érysipèle dit de came interne^ lesquels dépendent tous les deux d'une manière d'être spéciale de l'économie. Il admet encore que la manifestation locale de l'état général mérite la plus sérieuse considération, et que, tout en s'occupant de remédier à l'état général , il faut, à tout prix , éteindre la lésion érysipélateuse, laquelle suffit pour causer la mort, à la suite des grandes opérations ou des blessures. Il fait une pommade dans la composition de laquelle il fait entrer une et jusqu'à deux parties de Nitrate d'argent pour quatre parties d'axonge, et il en fait enduire, deux fois par jour, toutes les portions de la peau atteintes ou menacées par l'inflammation.

Cette pommade, outre la couleur noire qu'elle produit , amène encore une vive cuisson et le développement d'une inflammation vésiculeuse trèsaiguë ; mais l'érysipèle s'éteint ordinairement et se fixe là où s'est montrée ' l'inflammation causée par la pommade. La pommade au Nitrate d'argent est maintenant utilisée par quelques médecins, de préférence à l'huile de croton tiglium , pour produire des inflammations locales de la peau. Mais la coloration fort désagréable qui se produit , et les taches indélébiles que le sel d'argent laisse sur les vêtements ou sur le linge du malade, doivent* rendre le médecin circonspect dans l'emploi de ce remède.

Dans le prurit de la vulve , maladie si incommode et si rebelle , qui presque toujours reconnaît pour cause une irritation herpétique de la peau qui se propage souvent à la membrane muqueuse du vagin ^ des lotions ou des injections avec une solution de Nitrate d'argent rendent des services aussi marqués que ceux qu'on obtient de l'emploi du calorique et du sublimé.

Dans les maladies éruplives, et entre autres dans la variole, dans l'impétigo et dans le zona, plusieurs praticiens n'ont-ils pas, à l'exemple de M. Bretonneau , de Tours , conseillé de cautériser légèrement avec le Nitrate d'argent le derme sur lequel repose la pustule ou la bulle, afin de faire avorter la phlegmasie locale?

Sous l'influence d'une application superficielle du Nitrate d'argent, on voyait se résoudre avec une grande promptitude des bourgeons charnus considérables, développés à la surface des plaies. L'analogie conduisit Ducamp à appliquer le même moyen aux engorgements de la membrane muqueuse du canal de l'urètre, et l'on sait aujourd'hui tout ce qu'on peut attendre de cet utile moyen. Nous avons nous-mêmes, plus tard, eu recours à la même médication pour résoudre l'engorgement chronique des amygdales, et nous avons vu le plus souvent se guérir cette aff'ection, contre laquelle on n'entrevoyait déjà plus d'autre ressource que l'extirpation.

Enfin les rétrécissements du canal nasal, du conduit auditif interne et externe, des fosses nasales, et même de la partie inférieure du rectum, ont été traités et guéris par cette méthode qu'on applique, en ayant égard à la disposition des parties , à la gravité et à la longue durée de la maladie.

Nous aurions encore à parler de l'efficacité de l'application topique du Nitrate d'argent dans le traitement des ulcérations superficielles de la cornée transparente, de la membrane muqueuse buccale, du gland , du prépuce, etc., etc.

Il serait vraiment impossible aujourd'hui de citer les cas innombrables dans lesquels presque tous les médecins ont employé le Nitrate d'argent; qu'il nous suffise de répéter ici qu'il n'est en médecine aucun agent thérapeutique qui trouve plus souvent son application.

Mais toutefois, pour nous résumer, nous dirons que le Nitrate d'argent a une efficacité toute spéciale dans un grand nombre, de phlegmasies aiguës ou chroniques de la peau et des membranes muqueuses; et son

efficacité contre ces affections est si bien établie, qu'elle lui a mérité le nom de caustique anti-phlogistique .

Outre cette action anti-phlogistique, le Nitrate d'argent possède encore une vertu sédative qui peut le rendre utile dans un certain nombre de névroses ayant leur point de départ soit dans l'axe cérébro-spinal , soit dans les voies aériennes ou les voies gastriques.

Dans la chapitre où nous traiterons de la médication irritante ^ nous essayerons de faire ressortir toutes les indications , et de tracer les règles suivant lesquelles ce moyen puissant devra être mis en œuvre.

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