CHAPITRE V
ou EMQLUENTS.
On donne en général le nom à'émollienis aux médicaments qui possèdent la propriété de relâcher les tissus, de les rendre plus mous, et qui ont aussi pour but de diminuer la tonicité des organes et d'en affaiblir la sensibilité.
On peut diviser les émollients en deux sections distinctes : 1° les mucilagineux; 2° les huileux. Ces substances sont fournies par les règnes végétal et animal.
Passons d'abord en revue les substances émoUientes végétales, parmi lesquelles nous citerons la gomme arabique, la gomme adragante , le Un , les mauves et la guimauve, la bourrache, la violette, le tussilage, la réglisse, rorg'e,le chiendent, le ris, le gruau, le sucre, etc., enfin les différentes fécules et les huiles; puis nous parlerons des substances émollientes animales, telles que les graisses, la gélatine, l'albumine, l'huile d'œufs, le miel, le lait, la glycérine, etc.
Gommes.
Les Gommes s'écoulent naturellement, ou à l'aide d'incisions, de plusieurs arbres, qui presque tous appartiennent à la femille des légumineuses. Les principales sortes de Gommes qui se trouvent dans le commerce et qui sont usitées en médecine, sont les Gommes arabique et du Sénégal et la Gomme adragante.
Gommes arabique et du Sénégal.
Ces Gommes sont fournies par plusieurs espèces du genre acacia ou mimosa, et surtout par les acacia vera W., senegalensis, W., nilotica, W., arbres de la famille des légumineuses, et qui croissent en Arabie, au Sénégal, etc. On considère maiulciiant
comme à peu près identique la Gomme venant d'Arabie et celle qui est récoltée au Sénégal.
Caractères de la Gomme arabique. Elle se présenté dans le commerce en larmes ou en morceaux, petits, pellicules, blancs ou légèrement colorés en jaune; ils sont opaques lorsqu'ils sont entiers, leur cassure est luisante et striée en lignes blanches.
La Gomme arabique ou du Sénégal est presque entièrement formée d'arabine, matière qui a la même composition que le sucre. Elle renferme en outre quelques sels et en particulier du malate acide de chaux.
La Gomme arabique (on lui donne aussi le nom de Gomme turique) est entièrement et parfaitement soluble dans l'eau; sa saveur est presque nulle. D'après M. Herberger, elle est moins dense, moins hygrométrique que la Gomme du Sénégal, qui convient mieux pour envelopper et diviser les matières grasses. Il pense qu'on doit préférer la Gomme du Sénégal pour la préparation des combinaisons artificielles et pour celle des pâtes.
Afin de donner une apparence plus agréable à la Gomme, on enlève avec un canif toutes les impuretés superficielles, et on la lave en la frottant dans de l'eau froide, puis on la fait sécher sur un tamis. Dans cet état, la Gomme est destinée à l'usage médical, et constitue alors la Gomme mondée et lavée.
Quelles sont les formes diverses sous lesquelles on emploie la Gomme arabique?
D'abord en lisane, préparée à froid avec 8 à 32 grammes (2 à 8 gros) de Gomme pour 1,000 grammes (2 livres) d'eau. On peut aussi faire dissoudre à chaud, mais l'eau de Gomme est moins agréable.
iMEDlGAM EN TS ANTIPHLOG ISTiQUES .
Mucilage de Gomme arabique.
Pr. : Gomme arabique pulvérisée, 1 p.
Eau froide, 1 p.
Mêlez dans un mortier de marbre.
Potion gommeuse.
(Julep gommeux.)
Pr. : Gomme arabique entière ou
en poudre, 8 gram. (2 gros).
Sirop simple, 24 (6 gros).
Eau de fleurs d'oranger, 4 (1 gros).
Eau commune, 125 (4onc.).
Lavez la Gomme à l'eau froide, et faitesla dissoudre à froid dans la quantité d'eau prescrite, passez et ajoutez le sirop à l'eau aromatique.
Potion pectorale.
(Julep béchique.)
Pr.: Espèces béchiques, 2 gram. (1/2 gros).
Gomme arabique, 8 (2 gros).
Sirop simple, 24 (6 gros).
Eau commune, 125 (4 onces).
F. S. A. (Hôp. de Paris).
La Gomme arabique est aussi la base de toutes les pâtes. On prépare également avec elle un sirop qui sert fréquemment à édulcorer les tisanes, les potions, etc. Mais les pharmaciens livrent souvent sous le nom de sirop de Gomme du sirop de sucre ne renfermant pas de Gomme. On reconnaît la présence de celle-ci par le moyen de l'alcool très-concentré, qui la précipite de ses dissolutions.
Gomme de France, Gomme nostras.
Cette Gomme découle naturellement dans nos pays du tronc de différents arbres ds la famille des Rosacées et en particulier du cerisier.
La cérasine , qui la constitue , ne diffère de l'arabine qu'en ce qu'elle ne se dissont pas dans l'eau froide ; mais si l'on fait bouillir celle-ci, la cérasine change d'état moléculaire, se transforme en arabine et devient soluble.
D'où il suit que la Gomme nostras pourrait à la rigueur être employée comme succédanée de la Gomme arabique.
Le commerce fournit, sous le nom de Gomme arabique^ une Gomme artificielle faite avec de la dextrine. On reconnaît cette fraude au moyen de l'acide azotique, qui forme de l'acide mucique avec la Gomme arabique, et de l'acide oxalique avec le dextrine.
Gomme adragante.
(Gummi tragacanthae.)
C'est un sucre concret qui découle do l'é-
corce de plusieurs espèces du genre Astragalus, famille des Légumineuses, J., diadelphie décandrie de Linné. Suivant plusieui's auteurs, ce sont les espèces astragalus gummifer, Labill. ; A . Verus, Olliv. ; A. Creticus, Tournef., qui fournissent la Gomme adragante.
On en trouve deux sortes dans le commerce : l'une est en filets ou en rubans déliés et vermicuUs, plus souvent jaunes que blancs; on la croit due à Y astragalus creticus; l'autre est en plaques blanches assez larges, marquées d'élévations arquées ou concentriques. M. Th. Martens l'attribue à Vastragalus verus.
Suivant les expériences de M. Bucholz, la Gomme adragante est composée de deux principes gommeux : l'un qui est insoluble dans l'eau froide, c'cstVadragantine ; l'autre , soluble , et possédant tous les caractère de la Gomme arabique, c'est l'arabine.
On l'emploie en thérapeutique sous les mêmes formes que la Gomme arabique : en poudre, en mucilage, en sirop, etc.
La préparation du mucilage exige beaucoup de soin. La quantité d'eau nécessaire pour le préparer varie suivant l'usage auquel on le destine : 1 p. de Gomme et 8 p. d'eau donnent un mucilage très-consistant, très-propre à servir de base à des potions mucilagineuses.
Le mucilage de Gomme adragante diffère de celui de Gomme arabique par son état constamment gélatineux qu'il doit à la partie insoluble qu'il tient toujours en suspension (Soubeiran).
Graine de lin.
(Lini semina.)
Ces Graines, dont tout le monde connaît les caractères physiques, proviennent du lin usuel, linumusitatissimum, L,, plante annuelle de la famille des Linnées, J.; de la pentandrie, pentagynie, L.
Caractères botaniques de la famille. Calice 3 à 5 folioles, corolles 4 à 5 pétales hypogynes; 8 ou 10 étamines dont la moitié stériles, réunies en anneau à la base; ovaire libi'e 4 à 5 styles; capsule globuleuse.
Caractères génériques. Calice à 5 folioles, 5 pétales; l5 étamines dont 5 fertiles; 5 styles ; capsules à 10 loges.
Caractères spécifiques. Calice et capsule terminés en pointe; pétales grenelés; feuilles lancéolées linéaires, alternes : tige simple ou rameuse seulement au sommet.
La Graine de lin est ainsi composée :
huile, mucilage, amidon, gluten, albumine, résine molle, matière colorante extractive, gomme, un peu de sucre. D'après M. Becquerel , l'huile forme les trente-cinq centièmes du poids de la Graine.
La matièremucilagineuse formeune sorte de vernis à la surface des Graines de lin, elle absorbe beaucoup d'eau , se gonfle et constitue alors une couche épaisse tremblotante, analogue à cellequi enveloppe^ les œufs dans le frai de grenouille. La même
RIÉDICAMENTS ANTIPHLOGÏSTIOUES.
observation s'appliqueanxsemencesdecoin.2; et autres graines mucilagineuses.
La Graine de lin est un émollient fort usité surtout à l'extérieur. On l'emploie principalement en cataplasmes, à l'état de farine.
La Graine entière est fréquemment employée pour préparer des lavements.
Lavements avec le Un (Hôp. de Paris).
Semences de lin, 15 gram, {,4 gros).
Faites bouillir pendant un quart d'heure dans quantité suffisante pour obtenir un demi-litre de produit, et passez.
On fait aussi avec son décocté des lotions et des fomentations.
En faisant digérer-32 grammes de graine de !in dans un demi-litre d'eau pendant douze heures, ou en faisant iiifusev 2 grammes de cette graine dans la même quantité d'eau, on obtient une tisane muciiagineuse, qui est journellement utilisée dans les affections catarrhales, et surtout dans les phlegmasies des organes génito-urinaires.
Guimauve.
La Guimauve officinale {althsea officinalis) est une plante vivace de la famille des malvacées, de la monadelphie polyandrie de Linné.
Caractères génériques. Calice double, l'extérieur offrant de 5 à 9 divisions, un grand nombre de capsules monospermes disposées circulairement.
Caractères spécifiques. Feuilles simples , cotonneuses.
Parties usitées. Racine, feuilles, fleurs. La racine de Guimauve contient : de la gomme, de l'amidon, une matière colorante jaune, de l'albumine, de i'asparagine, du sucre cristallisable, etc. Les racines et feuilles de Guimauve servent à, l'extérieur à composer des lotions, des fomentations, des collyres, des lavements, des cataplasmes, etc.
Tablettes de Guimauve,
Pr. : Poudre de Guimauve, 60 gram. (2 onces).
SuQre, 436 gram. (l4 onces). Gomme adrag. 6 gr. GO cent. (3 gros).
Eau de fleurs d'oranger, 56 gram. (I once 1/2).
On prépare aussi un hydrolé et un sirop de Guimauve; la pdte de Guimauve, composée de gomme arabique, 600 srammes (1 livre); sucre blanc, 500: eau de fleurs d'oranger, CA gram. (2 onces) : blancs d'œufs, n" 6. F. S. A. . '
Cette pâte, ne contenant pas de Guimauve, serait mieux nommée pâte de gomme arabique.
Il en est de même du sirop de Guimauve, qui très-souvent n'est que du sirop de su-
cre. On y reconnaît la présence de la Guimauve par la potasse caustique, qui lui donne une coloration jaune foncé.
Mauve.
La Mauve, grande et petite, Malva sijlvestris. Malva rotundifolia, L., est du genre de la famille des malvacées, le nom l'indique.
Caractères génériques. Calice double, l'extérieur à 3 feuilles, l'intérieur à 5 divisions, étamines réunies en un tube adhérent à la corolle; plus de 8 capsules non déhiscentes disposées circulaii'ement.
Caractères spécifiques de la srande Mauve, Malva sylvestris, L. Tige herbacée, feuilles à 7 lobes pointus, pédoncules et pétioles velus. '
Caractères spécifiques de la petite Mauve, Malva rotundifolia, L. Tige couchée, feuille» en cœur, orbieulaires , divisées en lobes mal figurés.
La grande Mauve est la plus usitée.
On emploie les parties de ces deux plantes soit en tisane, soit en lotions , fomentations, lavements, etc.
Bourrache, Violette, Tussilage.
La Bourrache officinale, Borrago officinalis, L., plante qui a donné son nom à la famille des Borraginées, fournit à la thérapeutique ses feuilles et ses fleurs, dont on fait une tisane assez usitée (i à 2 pincées pour 1 kil. d'eau). Dans la même famille, la cynoglosse, la pulmonaire, la huglosse, sont également employées.
Les fleurs de la Violette odorante, Viola odorata, sont fréquemment prescrites en tisane.
Gi4te plante de la syngénésie monogamie de Linné, famille des Violariées, ne fournit pas exclusivement les fleurs de Violettes du commerce, la plupart nous viennent du Midi et appartiennent aux genres Viola sudelica, cakarata, tricolor.
Le Tussilage ou. Pas d'âne, Tussilago far~ fara, L., est une xynanf/ieVe'e corrjmbifère ; elle croit dans les lieux bas et humides, et fleurit vers la fin de l'hiver.
PartiesMsiie'es. Fleurs et feuilles en tisane.
Orge, Chiendent y Réglisse.
L'Orge cultivée , Hordeum vulgare , est une pliïnte de la famille des Graminées, de la triandrie digynie de Linné. C'est la setnence que l'on'émploie.
Caractères génériques. Trois fleurs sur chaque dent du rachis; celle du milieu hermaphrodite sessile; les latérales ordinairement mâles pédiculées. Les trois glumes réunies simulent un involucre hexaphylle. Balles à deux valves dont l'extérieure terminée par une arête. Fleurs en épis.
Caractère spécifiques. Toutes les fleurs hermaphrodites, disposées sur six rangs dont deux opposés plus proéniinents.
Arêtes des fleurs latérales plus longues.
On trouve l'Orge sous trois états différents : 1" l'Orge entière, pourvue encore de son péricarpe ; 2" l'Orge privée en partie des enveloppes propres de la graine, Org'emo'ïde', 3" l'Orge tout à fait dépouillée de ses pellicules (c'est-à-dire du son), arrondie et polie, au moyen de procédés mécaniques, qu'on appelle Orge perlé, Hordeum perlatum.
La décoction d'Orge entière s'emploie souvent pour gargarismes. La tisane se fait ordinairement avec 8 à If grammes (2 gros à demi-oncel d'Orge perlé ou mondé pour 1 kilog. (2 livres) d'eau.
Le Chiendent est la racine ou plutôt la tige du froment rampant (triticum repens), genre de la famille des Graminées. On en distingue deux sortes : 1° le Chiendent de Paris (triticum repens); 2° le Chiendent d'Allemagne, ou pied de poule, fourni par le panicum dactylon, dont les tiges sont bien plus grosses et les nœuds plus rapprocliés.
La Réglisse , Glycyrrhisa glabra , genre de la famille des Légumineuses, est une plante qui croît dans le Midi de l'Europe, et dont la racine, brune à l'extérieur, jaune à l'intérieur, est d'une saveur sucrée assez agréable, mêlée cependant d'une certaine âcreté.
M. Robiquet l'a trouvée composée de :
glycyrrhizine, fécule, asparagine, huile résineuse, albumine, sels.
L'huile résineuse, d'après Soubeiran, est le principe auquel la racine de Réghsse doit son âcreté.
On l'emploie fréquemment en tisane, 8 gram. (2gros"de réglisse pour 1,000 gr. (2 livres) d'eau bouillante. On prépare aussi un extrait de Réglisse, un suc épuré, enfin des pâtes blanche, brune ou noire. Ces dernières préparations sont devenues des remèdes tout à fait populaires.
Nous n'avons passé en revue qu'une trèspetite partie de la longue série des émollients végétaux, nous nous bornerons à dire qu'ils remplissent tous à peu près les mêmes indications thérapeutiques et qu'ils ont souvent les mêmes formes d'administration.
IN'oublions pas toutefois de parler des propriétés émollientes de divers fruits , les dattes, les jujubes, les figues^ les raisins secs, etc.
Nous plaçons aussi ces médicaments dans la grande section des émoUients. Disons maintenant quelques mots des fécules.
Fécules.
On entend par Fécules, des produits pulvérulents,'blancs, inodores, peu sapides, insolubles dans l'eau froide, solubles en partie dans l'eau bouillante, et donnant à ce hquide la consistance gélatiniforme. Elles sont insolubles dans l'alcool, l'éther, les huiles, se colorent par l'iode, les unes en bleu, les autres en violet, en lilas plus ou moins gris; donnent de l'acide oxalique par l'acide nitrique, et se saccharifient par l'acte de la fermentation et par la germination
(Dubrunfaut). Leproduitrféculent ou amylacé se trouve clans la plupart des plantes, en particulier dans les graines céréales, les racines des amomées , des euphorbiacées, dans les racines tuberculeuses, etc.
M. Raspail avait considéré chaque grain de Fécule comme formé d'une enveloppe (amidon tégumentaire) , "renfermant dans son intérieur une sorte de gomme, amidine ou dextrine.
Il est aujourd'hui bien démontré que les grains de Fécule sont constitués par une série de petites sphères membraneuses emboîtées et de même nature, lesquelles dans des circonstances données subissent un changement moléculaire qui les transforme en dextrine.
Toutes les Fécules offrent à peu près les mêmes caractères et les mêmes propriétés. Celles qui sont en usage en médecine sont: Vamidon ou Fécule de graines céréales, la Fécule de pommes de terre, Varrow-root ou Fécu\e da maranta indica (amomées), le tapioka, la moussache, fournies par la racine du jatropha manioc, le sagou, Fécule de différents palmiers. Nous en décrirons quelques-unes, celles qui sont le plus habituellement employées.
Amidon.
L'Amidon que l'on nomme aussi fécule amylacée , se retire des graines céréales. 11 est, comme les autres fécules, rude au toucher, insoluble dans l'eau froide , soluble en partie dans l'eau bouillante, aveclaquelle il forme, en se refroidissant, une gelée bleuâtre qu'on nomme empois; insoluble dans l'alcool, il se colore en bleu par l'iode.
M. Raspail regarde l'Amidon comme composé de globules spbériques d'un vingtième de millimètre de diamètre environ , ayant dans leur intérieur une matière liquide (amidine). Ainsi la cohésion de l'Amidon serait due. d'après lui, à ce qu'une partie des globules ont été divisés par la meule ou par la fermentation.
Extraction. Pour se procurer de l'Amidon dans les laboratoires, on fait une pâte avec une suffisante quantité d'eau et de farine de froment qu'on renferme dans un linge fin, et on la malaxe sous un filet d'eau, audessus d'un vase recouvert d'un tamis, jusqu'à ce que le liquide n'entraîne plus de matière féculente; celle-ci, séparée par le repos et la décantation, est ensuite lavée et desséchée. Elle constitue l'Amidon.
Dans les arts, on extrait en grand l'Amidon des recoupettes et gruaux de blés gâtés, et surtout de l'orge.
On donne fréquemment l'Amidon en lavement 8 à 16 grammes (2 à 4 gros) pour 500 grammes (Tlivre) d'eau.
Il a été aussi employé avec succès par MM. Seutin et Velpeau pour former un appareil contentif, inamovible, dans les cas de fractures. A cet effet, on imprègne de la colle de pâte dont l'Amidon est la base les compresses et les bandes destinées à l'appareil.
Fécule de pommes de terre.
Cette Fécule, qu'on retire des tubercules de la pomme de terre, solarium tuherosum, genre de la famille des Solanées, sert plus souvent comme aliment que comme médicament. On s'en sert pour faire la dextrine, qu'on obtient soit au moyen de la diastase développée dgns l'Orge germée, soit par l'ébuUition dans l'eau aiguisée d'un peu d'acide suifurique.
La dextrine sert à composer un sirop pouvant remplacer (avantageusement à raison du prix) celui de gomme. Cette substitution est déjà faite dans tous les hôpitaux de Paris.
On l'ait aujourd'hui un grand usage de la dextrine pour la confection des appareils inamovibles destinés à maintenir les membres fracturés. M. Velpeau, qui l'a employée le premier dans ce but, conseille d'humecter d'abord la dextrine avec de l'eau-de-vie camphrée, afin d'éviter les grumeaux. Le brouet dont on imbibe les bandes doit être assez clair et parfaitement homogène.
Arrow-root.
C'est la fécule retirée du maranta indica et arundinacea , plante de la famille des Amomées, monandrie monogynie de Linné.
Cette fécule est moins blanche que celle du blé, plus lourde et plus compacte, moins rude au toucher; ses grains irréguliers sont plus résistants et plus transparents que ceux de l'amidon. La fécule d'Arrow-root donne à l'eau à peu près autant de consistance que la fécule de pommes de terre et beaucoup moins que l'amidon de blé. On la retire des racines du maranta, d'après le même procédé que pour l'extraction de l'amidon.
Les usages de l'Arrow-root sont les mêmesque ceux de la fécule de pommes déterre.
Tapioka, Moussache.
On donne le nom de Tapioka à la fécule de manioc, extraite du jatropha manioc, arbrisseau du Brésil, qui appartient à la famille des Euphorbiacées.
Il croit aussi dans la Guyane et aux Antilles.
Le Tapioka est en grumeaux très-durs et un peu élastiques; il se gonfle et se dissout en partie dans l'eau froide. Délayé dans l'eau Imuillanle, il donne un empois qui offre une transparence et une viscosité particulières.
On l'extrait des racines du J. manioc, qu'on râpe et qu'on lave pour en retirer la fécule. On fait alors sécher celle-ci sur des plaques de fer, où elle cuit en partie et s'agglomère en grains inéguliers.
Le Tapioka sert aux mêmes usages que les autres fécules.
La Moussache nu fécule pure de manioc est aussi une substance alimentaire trèscstimée, surtout dos lu-éoles, ([ui en l'ont la basede leur nourrilurc. Leur pain est formé avec la farine de manioc. On obtient encore de la racine du manioc d'autres produits
alimentaires qui portent les noms de couaque^ cassave, etc.
Sagou, Salep.
Le Sagou est une fécule qu'on retire de plusieurs espèces de palmiers, surtout du Sagus farinifera; il nous vient des îles Moluques. Cette fécule est sous la forme de petits grains arrondis, blanchâtres ou d'un gris rougeàtre, très-dui's, élastiques, demitransparents , difficiles à broyer sous les doigts, inodores, d'une saveur fade et douceâtre. Ces grains gonflés par l'eau bouillante deviennent transparents et conservent leur forme arrondie.
Mêmes usages que les autres fécules.
Le Salep ou Sahleb est fourni par les racines tuberculeuses de plusieurs espèces du genre Orc/ws, eten particulier par les orchis mascula, bifolia morio, etc. ; plante de la famille de Orchidées , de la gynandrie monogynie de Linné. Le Salep nous est envoyé de l'Orient. Il est employé comme aliment, surtout en Turquie et en Perse. En France, où tout est exploité, on lui a donné un usage médical; on a fait un chocolat au Salep, qu'on a voulu douer de propriétés merveilleuses.
Émollients huileux.
Les émollients qui font partie de cette section et qui sont usités en médecine sont les huiles fixes, telles que l'huile d'olive, d'amandes douces, de lin, etc., ainsi que l'huile concrète qu'on retire des graines du cacaoyer ordinaire {theobroma cacao), et qu'on nomme, en pharmacie beurre de cacao. Nous parlerons de toutes ces subslances en d'autres lieux.
Les substances animales émollientes, telles que la cire, le blanc de baleine, les graisses, la gélatine, l'albumine, etc., trouveront aussi leur place, disséminées dans des ordres différents de médicaments.
Enfin, n'oublions pas de mentionner ici le lait et ses diverses espèces : lait de vache, lait d'ànesse, lait de chèvre.
Le lait de vache, soit pur, soit étendu d'eau (hydrogala) ou coupé avec des infu^ sions mucilagineuses ou des décoctions féculentes, constitue une excellente boisson, à la fois nutritive, émoi lien te et tempérante, qui rend journellement les plus utiles services dans le cours et surtout dans la convalescence des maladies inflammatoires.
Glycérine.
Parmi les substances huileuses, il en est une qui, depuis quelques années, tend à jouer un rôle important en thérapeutique, et qui, à ce titre, mérite ici une place à part : nous voulons parler de la Glycérine. On doit à M. Cap d'avoir, conjointement avec M. Garot, appelé plus spécialement l'attentitm des médecinssurce nouvel agent, et indiqué les principales applications qui
MÉDICAMENTS ANTlPHLOGiSTIQUËS .
pouvaient en être faites — La Glycérine Ijrovient de sources diverses; on l'obtient le plus communément de la saponiflcation des huiles végétales, ou on la retire des eaux mères des fabriques d'acide stéarique. Mais tous ces produits sont généralement impurs, et exigent des procédés particuliers pour rendre cette substance pure et propre aux usages de la médecine.
La Glycérine oflicinale doit être sans odeur appréciable , presque incolore , ou tout au plus légèrementambrée.etanalogue à l'huile' d'amandes douces. Sa consistance doit être celle d'un sirop épais, d'une saveur légèrement sucrée; elle doit être presque sans action sur la teinture de tournesol et le sirop de violettes. Comme elle est assez fortement hygrométrique, elle demande à être renfermée dans des flacons bien bouchés, sous peine de lui voirperdre sa consistance.
La Glycérine est un corps gras remarquablement onctueux, qui a la propriété de lubrifier et d'assouplir peut-être mieux que touttiutre les tissus organiques. Cette propriété dominante la place sous ce rapporta la tête des cosmétiques, et de plus elle la rend éminemment utile clans un grand nombre de maladies cutanées, notamment dans les formes sèches et squammeuses. En pénétrantfacileraent dans les pores de la peau, elle assouplit cet organe, et maintient à sa surface, en vertu de sa propriété hygrométrique, une humidité habituelle, qui la rend très-propre à combattre la séchei'esse et l'épaississement du derme. Aussi convientelle admirablement chez les personnes qui ont la peau habituellement rugueuse, farineuse, fendillée, crevassée, comme cela s'observe d'ordinaire chez les strumeux et les dartreux.
A l'exemple de beaucoup d'autres, nous avons obtenu d'excellents effets de la Glycérine dans les affections superficielles de la peau, notamment dans le lichen et le prurigo. Elle nous a encore été utile dans certaines maladies de l'oreille tenant à une irritation cutanée, qui se serait propagée de l'extérieur à l'intérieur de l'appareil auditif. Enûn nous l'avons maintes fois employée avecsuccès dans ces affections prurigineuses, si rebelles etsiréfractaires, qui ont pour siège les parties génitales et la marge de l'anus.
De leur côté, les médecins de l'hôpital Saint-Louis ont pu instituer des expérimentations en grand sur la valeur de cet agent dans les diverses affections chroniques de la peau si souvent rebelles à tout traitement. C'est ainsi que MM. Bazin, Gibert, etc. en ont constaté l'efiicacité dans l'eczpma, dans l'acné, dans le zona, dans le psoriasis eL même dans l'ichtyose. Sans doute l'action de la Glycérine est purement locale et ne s'étend pas jusqu'au principe diathésique qui réclame des médicaments internes plus radicaux. Mais il ne faut pas exiger plus à cet égard de la Glycérine que des autres moyens topiques, tels que l'huile de cade , le goudron , etc.
Cette propriété lénifiante, que possède la Glycérine à un si haut degré, en a
fait étendre l'usage à un grand nombre de phlcgmasies qui siègent à la surface du derme : ainsi les applications de Glycérine dans les érysipèlcs, les vésicatoires douloureux et enflammes et sur les brûlures étendues sont utiles en mettant les surfaces phlogoséesà l'abri du contact del'air, en calmant la douleur et en amortissant le feu de l'inlïammation. Ajoutons que plus d'une fois nous avons vu des petites plaies ou écorchures qui ne cessaient de ramper et de s'étendre, comme cela S'observe si souvent chez les personnes dites à humeurs, se limiter et se cicatriser en peu de temps sous l'influence de simples pansements avec la Glycérine , alors même qu'elles avaient résisté à beaucoup d'autres topiques.
En raison de cette action si manifestement utile qu'exerce la Glycérine sur les plaies en général, quelques chirurgiens ont été conduits à l'adopter d'une manière presque exclusive dans les pansements à la suite des amputations, et à lui donner la préférence sur le cérat, dont elle posséderait tous les avantages sans en avoir les inconvénients. Sous ce rapport, on doit à M. Demarquay des expériences très-nombreuses quitendentà établir, sinon la supériorité, au moins l'incontestable utilité de ce nouveau mode de pansement. Rien de plus simple d'ailleurs. Un linge fenêtre, imbibé de Glycérine, est appliqué immédiatement sur la plaie; ce linge est recouvert de charpie et d'une compresse; le tout est fixé par quelques tours de bande. Dès le lendemain, l'appareil peut être levé presque sans douleur, par la raison qu'il n'existe que peu ou point d'adhérence, et il laisse à nu une surface propre et nette, ou à peine recouverted'une légère couchedepus sans odeur. Ces pansements à la Glycérine auraient, au dire de quelques chirurgiens, l'avantage de tempérer l'inflammation , de tenir la plaie humide, souple, propre et rosée; en outre de modérer la suppuration et de réprimer le développement exubérant des bourgeons charnus, à ce point qu'on serait rarement obligé de recourir à la pierre infernale.
Les expériences faites sur la Gl.ycerine lui ont encore fait reconnaître une propriété antiseptique : ainsi des matières organiques plongées dans cette substance ont pu être conservées longtemps sans altération, îfne chose n'est pas moins certaine, c'est que la Glycérine exerce une action détersive remarquable sur les plaies de mauvais caractère, auxquelles elle enlève en assez peu de temps leur odeur fétide et dont elle favorise la cicatrisation. M. Demarquay surtout en a montré les bons effets dans les plaies ulcéreuses ou gangreneuses et même dans la pourriture d'hôpital.
Disons enco.e que tout récemment un médecin de province citait un certain nombre de faits de dysenterie où la Glycérine employée en lavenîents (30 grammes de Glycérine pour t50 grammes de décoction de graine de lin ou d'eau de son, deux fois par jour) lui avait valu des succès dans des cas même où d'autres moyens topiques avaient
MÉDICAMENTS ANTIPHLOGTSTIQUES.
échoué. Rien n'empêche de croire que grâce à ces propriétés à la fois émollientes, détcrsives et antiseptiques, cette substance puisse moflilier avantageusement la surface intestinale frappée de pliiegmasie ulcéreuse, alors qu'on la voit exercer une action eincace sur les plaies suppurantes, de mauvaise nature, qui ont leur siège à la peau. C'est du reste une question à vérifier.
Outre les avantages que la Glycérine offre k la thérapeutique, il nous reste à signaler le service notable qu'elle est appelée à rendre à la pharmacologie .en se prêtant à toutes les formes médicamenteuses. « C'est, dit M. Cap, un nouvel et précieux excipient, qui
semble tenir le milieu entre l'eau et l'huile, et qui participe aux propriétés de l'une et de l'autre. Elle s'unit en eiïet aux liquides aqueux et alcooliques, de même qu'elle s'incorpore à l'axonge, aux onguents, aux pommades. Elle peut servir de base aux liniments, aux onctions, auxembrocations; elle se mêle aux extraits, aux teintures, etc.; elle se prête, en un mot, à la plupart des emplois de la médecine et de la chirurgie, ajoutant à toutes les préparations dont elle fait partie le concours de ses propriétés émollientes et sédatives, assouplissant les tissus et les disposant à l'absorption des substances médicamenteuses auxquelles on l'a associée. »
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