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POIX DE BOURGOGNE

La famille des Conifères nous fournit encore, outre ceux que nous venons de décrire, beaucoup d'autres produits usités en médecine.

Nous parlerons d'abord de la Poix de Bourgogne. Cette résine s'obtient par les incisions faites au tronc de la pesse ou faux sapin (Abies excelsa,Lam.). Elle est opaque, blanchâtre ou jaunâtre, d'une odeur peu agréable ; elle se ramollit à la chaleur de la peau et y adhère fortement.

La Poix de Bourgogne retient une certaine quantité d'huile volatile; elle entre dans la composition de la plupart des préparations onguentaires ou emplastiques.

Employée comme topique, elle est le plus souvent mêlée à de la cire jaune.

Emplâtre de Poix de' Bourgogne.

Pr. -. Poix blanche, Cire jaune,

3 part.

Faites liquéfier, passez et roulez en magdaléons.

On prépare une fausse Poix de Bourgogne, en faisant fondre ensemble de la poix noire, de la colophane et de la téré-

benthine, et brassant le tput avec de l'eau ; elle se distingue facilement de l'autre par son odeur désagréable de Poix noire et par la présence de l'eau qu'elle'a retenue.

Les autres produits résineux tirés des pins, ou de la térébenthine elle-même, sont la Poix-résine ou Poix jaune, là Poix noire, la Colophane, etc.

Nous dirons seulement quelques mots de la Colophane, qui présente quelques applications thérapeutiques.

La Colophane (brai sec, arcanson) est la résine qui reste après que l'on a distillé la térébenthine pour en retirer l'essence. Elle se présente dans le commerce en morceaux friables, transparents, d'un rouge brun; son odeur est fort résineuse.

Réduite en poudre et placée sur de la charpie, la Colophane sert comme hémostatique.

Poudre hémostatique de Bonafoux.

Pr. : Colophane en poudre, 4 part.

Gomme arabique, 1

Charbon , 1

Mêlez,

THERAPEUTIQUE.

La Poix de Bourgogne (qui n'est autre chose que la résine molle ou galipot, fondue dans l'eau et filtrée pour la délivrer de ses impuretés) est d'un usage très-fréquent et vulgaire. C'est un épispastique qui agit avec beaucoup de lenteur et finit, après avoir déterminé de vives démangeaisons et de la rougeur pendant plusieurs jours, par produire, non pas chez tous les individus, mais sur ceux à peau délicate et irritable, une éruption vésiculeuse et plus rarement de véritables phlyctènes. C'est la lenteur de cette action qui fait le caractère de son utilité. Son emploi, devenu populaire dans toutes les douleurs rhumatismales musculaires et principalement dans la pleurodynie et le lumbago, a mérité vraiment cette popularité. On en forme un emplâtre en l'étendant sur une plaque de peau, de linge et mieux de diachylon. Cet emplâtre, appliqué entre les deux épaules, a aussi son utilité dans la dernière période des catarrhes pulmonaires et dans l'hémoptysie. Le bourreau de Lyon, réputé pour la cure des névralgies sciatiques, entoure complètement la cuisse malade d'un vaste emplâtre de poix de Bourgogne. Dans la sciatique nous nous sommes assurés de l'efficacité de la culotte du bourreau de Lyon, qu'on laisse appliquée jusqu'à disparition des douleurs. Ce traitement est surtout applicable aux vieilles sciatiques qui ont résisté à l'emploi des vésicatoires et des sels de morphine administrés par la voie endermique. On trouvera exposées plus au long au chapitre des Médications révulsive et dérivairice toutes les indications de l'usage épispastique des résines que nous venons d'étudier. Nous n'en parlons ici que comme de moyens, de matériaux dont les propriétés et le mode d'action rentrent dans l'important domaine des Médications auxquelles nous renvoyons.

BAUMES DE TOLU, DU PÉROU, DE LA MECQUE. BENJOIN. STYRAX, etc.

On donne rigoureusementle nom de Bau- de la famille des Légumineuses. C'est une

mes aux résines solides ou liquides qui con- substance solide, d'une couleur rougeàtre,

tiennent de l'acide benzoique (d'après molle et pâteuse lorsqu'elle est récente, sè-

M. Frémy, cet acide serait remplacé par l'a- che et friable quand elle devient un peu

cide cinnamique dans les Baumes de Tolu ancienne-, d'une odeur balsamique agréable

et du Pérou). (rappelant celle du citron); d'une saveur

Les Baumes usités en médecine sont les chaude, quoique assez douce,

suivants : Le Baume de Tolu est composé, d'après

1° Le Baume de Tolu (Balsanum Toluta- M. Frémy : de résine, d'huile volatile, de

num), qui découle du Myroxylum Toluife- cinnaméine et d'acide cinnamique.

rum, Rich. (Myrospermum Toluiferum,De Indiquons les diverses formes d'adminis-

Cand.), arbre de. l'Amérique méridionale et tration de ce médicament.

BAUME DE TOLU, BENJOIN, etc.

Sirop de Bau e de Tolu.

Pr. : Baume de Tolu, 1 part.

Eau commune, 4

Sucre, s. q.

On fait digérer le Baume de Tolu pulvérisé dans l'eau, à la chaleur du bain-marie, pendant douze heures, en agitant souvent; on passe, on filtre, on ajoute à la liqueur le double de son poids de sucre et l'on fait le sirop par solution; on filtre le sirop au papier.

Ce sirop fait la base de la crème pectorale de Pierquin, ainsi composée ':

Sucre blanc, 1 part.

Sirop de Tolu, 1

— de capillaire, 1

Mêlez.

Pastilles de Baume de Tolu.

Pr.

Baume de Tolu,

Alcool à 88°,

Eau,

Gomme adragante,

Sucre,

61 gram.

On fait dissoudre le Baume dans l'alcool dans une fiole, on ajoute l'eau et l'on chauffe au bain-marie; on filtre et on se sert de la liqueur aqueuse pour faire une mucilage avec la gomme adragante.

Teinture éthëre'e de Baume de Tolu.

Pr. : Baume de Tolu, Éther sulfurique,

1 part.

Faites macérer pendant huit jours ; décantez-

Cette teinture, mêlée avec de l'eau, est employée avec avantage en fumigations.

2° Le Baume du Pérou (Balsamum Peruvianum); fourni par le Myroxyllum ou Myrospermum peruiferum, arbre du Pérou, de la Colombie et des provinces du Brésil. Il appartient aussi à la famille des Légumineuses, à la décandrie monogynie de Linné.

M. Guibourt en distingue deux espèces : Ie Le Baume du Pérou en cocos, ainsi nommé parce qu'il est reçu dans de petites coques de cocos, où il s'épaissit un peu. On le livre au commerce après avoir fermé les coques avec un mastic résineux. 11 est fort rare; d'une couleur brune assez fon-

< cêe, non transparent ; il a une saveur douce et une odeur fort agréable.

2° Le Baume du Pérou liquide ou noir.

Il a la consistance d'un sirop cuit; il est

;, rouge brun très -foncé et transparent ; il a

I une odeur plus forte que le précédent, et une odeur acre et amère presque insupportable, qui le distingue de l'autre.

Ce dernier Baume ne vient pas du Pérou,

■ ainsi qu'on l'a cru pendant bien longtemps ; il s'obtient en abondance et seulement dans l'Etat de San-Salvador, république de Gua-

timala (Bazire et Guibourt, Journal de pharmacie, t. XX).

Le Baume noir du Pérou se falsifie dans le commerce avec l'alcool rectifié, diverses huiles fixes, le Baume de Copahu, etc.

2° Le Baume de la Mecque, de Judée, de Gilead, fourni par YAmyris opobalsamum, arbre de le famille des Térébinthacées, qui croît naturellement dans l' Arabie-Heureuse et dans l'Egypte, Cette oléo-résine, qui a reçu à tort le nom de Baume, est tombée aujourd'hui en désuétude quant à son usage médical. On lui avait attribué des propriétés merveilleuses; ce n'est, dans le fait, qu'une térébenthine très-suave, tonique et astringente; on la falsifie souvent dans le commerce.

4° Le Benjoin (Balsamum benzoinum, seu Âsa dulcis), qui provient, d'après les recherches récentes des botanistes, d'une •espèce d'aliboufier, nommé Styrax benjoin, appartenant ïi la famille des tbénacées ou D:ospyrées(Styracées, Bicïi.). Cet arbre croit à Sumatra, à Java, dans l'Amérique méridionale, etc.

On trouve deux espèces de Benjoin dans le commerce; la première, dite en larmes, amygdaloïde, est sous la forme de masses solides, de larmes blanches, fragiles, à cassure polie et brillante; la seconde, ou Benjoin en sorte, dont la cassure est d'un brun rougeâtre, et qui est mêlé d'impuretés. Le Benjoin a une odeur très-suave, une saveur douce d'abord, mais qui finit par irriter la gorge; il est soluble dans l'alcool, et précipite par l'eau et les acides. On en retire l'acide benzoique par la sublimation.

Le Benjoin entre dans la composition du Baume du Commandeur et dans celles des clous fumants. On en fait aussi une teinture simple (Benjoin, 1 partie; alcool à 86°, 4 parties) qui, étendue d'eau, forme ce qu'on nomme le lait virginal. L'acide beirzoïque huileux, que l'on obtient par la sublimation, sert à composer les Pilules balsamiques de Morton.

On se sert aussi de Benjoin en fumigations aromatiques et excitantes.

5° Le Styrax solide, Styrax calamité, ou Slorax (Balsamum Slorax, baume fourni par le Styrax officinal, arbre (espèce d'aliboufier) de la même famille que le Benjoin, et qui croît en Provence, en Italie, en Orient.

M. Guibourt propose de donner exclusivement à ce Baume le nom de Storax, pour le distinguer du Styrax liquide.

Dans le commerce on le trouve : 1° en larmes, sous forme de grains transparents, d'un blanc jaunâtre ou jaune rougeâtre, à cassure résineuse et brillante, se ramollissant par la chaleur, d'une odeur benzoique, et d'unesaveurchaudeet amère; 2°er\pams, secs, cassants, comme l'autre, de larmes agglutinées, d'un brun rougeâtre ; sa cassure offre quelques larmes amygdaloïdes à l'intérieur. Son odeur est très-suave, ana-

logue à celle de la vanille, plus douce que II est encore une foule d'aulres substance! le du précédent et supérieure à celle de ces balsamiques que nous passons sous sitous les autres Baumes; sa saveur estdouce lence, tels sont le Stijrax liquide, le ladaet parfumée. num, la résine elemi, la myrrhe, l'oliban, . L'un et l'autre de ces Baumes, traités par le bdellium, etc. (Ces quatre dernières ne l'alcool bouillant, laissent, indépendamment contiennent pas d'acide benzoïque, mais à des impuretés, un petit résidu blanc, inso- la place une huile essentielle; elles sont lubie, et la liqueur, filtrée bouillante, se donc plutôt des résines que des baumes.) trouble en refroidissant. (Guibourt.)

Ce que nous allons dire devra particulièrement s'entendre de toutes les substances que nous venons d'énumérer, et qui sont caractérisées Baumes par la présence de l'acide benzoïque. Les autres, en y comprenant le Styrax, sont ou tombées en désuétude ou affectées à l'usage externe. Le Baume de Tolu est parmi les premiers celui qui a conservé le plus de crédit, et qu'on emploie de préférence aux autres.

Tous ces agents thérapeutiques, à l'exception, comme on le conçoit très-bien, de ceux qui nous viennent du Nouveau Monde, étaient connus des anciens. Dioscoride parle beaucoup de leur usage tant interne qu'externe. Le baume de la Mecque ou de Judée, ainsi que la myrrhe, leur étaient principalement familiers. Ils n'en bornaient pas l'usage, comme on l'a dit, au pansement des plaies et des ulcères; ils les faisaient aussi servir au traitement d'un grand nombre de maladies chroniques viscérales qu'ils rapprochaient des ulcères, des tumeurs glanduleuses, des fistules, des écoulements externes , et les employaient surtout fréquemment en fumigations dans l'aménorrhée, la leucorrhée, l'hystérie, tous les flux muqueux, et les maladies chroniques du poumon catarrhales et nerveuses, ainsi que dans les affections du larynx produisant l'enrouement et l'extinction de la voix , raucedines cl aphoniœ.

Les térébenthines et les baumes semblent se partager le privilège de modifier avantageusement les maladies catarrhales et ulcéreuses des téguments internes; les premières de ces subtances, comme on l'a vu, jouissant d'une action curative spéciale dans les affections de ce genre qui siègent sur la membrane muqueuse génito-urinaire; les secondes, dont il nous reste à parler, manifestant particulièrement leurs vertus thérapeutiques dans les catarrhes et les phlegmasies chroniques de la membrane muqueuse gastro-pulmonaire. Celle qui appartient aux organes respiratoires surtout, offre aux divers baumes, dans les maladies que nous avons désignées, leur indication la plus formelle et la plus heureusement remplie par eux, malgré l'oubli où de nos jours sont relégués ces puissants modificateurs; et pour parler tout d'abord de notre propre expérience, nous affirmons qu'il est dans la Matière médicale bien peu d'agents aussi puissants pour combattre les catarrhes pulmonaires chroniques et les anciennes phlegmasies du larynx.

Notre opinion est encore ici parfaitement conforme à celle des anciens

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praticiens. Mais prétendons-nous comme eux, comme F. Hoffmann , et Morton surtout, guérir la phthisie tuberculeuse avec les balsamiques? Bien loin de là ; et pourtant ceci demande quelques éclaircissements.

Lorsqu'on lit le célèbre auteur de la Phthisiologie, Richard Morton, compatriote et presque contemporain du grand Sydenham, proclamant en plusieurs endroits de son remarquable traité, la guérison de la phthisie (de celle surtout qu'il appelait scrofuleuse ou symptomatique de la diathcse de ce nom), à l'aide d'un traitement très-méthodique dont les balsamiques (unis aux eaux minérales et aux préparations martiales), et en particulier les fameuses pilules qui ont gardé son nom, constituaient la base, la première idée qui se présente avec grande raison, c'est que ce médecin, privé des lumières que nous ont fournies l'ausculation et l'anatomie pathologique, prenait pour phthisiques des malades simplement «affectés de catarrhes pulmonaires chroniques, et surtout de catarrhes purulents qui peuvent s'accompagner, comme on le sait, de tous les signes rationnels de la véritable dégénération tuberculeuse. Nul doute qu'il n'en soit ainsi pour plusieurs des guérisons de Morton. Mais il est d'autant plus difficile d'admettre que toutes doivent être indistinctement ravies aux prétentions de ce praticien, qu'il n'était pas sans très-bien connaître les causes, la marche, le sérieux pronostic et les lésions organiques de la phthisie tuberculeuse. On peut même dire, qu'à l'exception des choses si importantes à la vérité, que nous a fait connaître la découverte de Laennec, Morton n'ignorait rien de l'histoire de la phthisie ; qu'il avait parfaitement divisé le cours de cette terrible maladie en ses trois périodes naturelles fondamentales, division qu'il avait établie sur les degrés de formation, d'accroissement et de ramollissement de la matière tuberculeuse, etc. ; car de nombreuses autopsies lui avaient permis de constater et de décrire des faits et des particularités anatomiques très-exacts, et pour ainsi dire prématurés et surprenants pour l'époque où il vivait.

Néanmoins, cet auteur si fécond en assertions générales sur la vertu des balsamiques dans la phthisie tuberculeuse, ne l'est pas assez en observations capables de donner de l'autorité à ses paroles. Ce n'est pas que le traité en question soit pauvre de faits. Au contraire, Morton ne manque jamais de compléter et de fortifier ses descriptions par des observations très-détaillées et pleines d'intérêt; mais elles laissent entièrement dans le doute sur l'efficacité de la médication que nous voulons juger. Parmi les espèces de phthisie si multipliées qu'il a admises, quelques-unes seulement méritent d'être considérées par nous -, car ce sont les seules qui répondent à la signification actuelle du mot phthisie, et soient incontestablement des dégénérations tuberculeuses des poumons . Ainsi, nous pouvons accepter de Morton les cinq espèces suivantes, décrites sous ces titres :

1° De phthisi pulmonari originali. Il appelait ainsi ces phthisies tuberculeuses développées chez des sujets exempts du reste de toute diathèse tuberculeuse générale, non scrofuleux, et chez lesquels les poumons seuls sont voués à la dégénération qui nous occupe, sans que l'individu pré-

sente aucun autre signe d'altération constitutionnelle en rapport avec cet état organique, sans prédisposition autre que celle qui paraît bornée au parenchyme pulmonaire, et en fait le terme d'une désorganisation tuberculeuse sous l'influence de causes qui n'ont aucune relation directe et nécessaire avec cette affection. Cette espèce est certainement dans la nature, et chacun l'a observée. C'est même la vraie phthisie, la phthhie pulmonaire par excellence. Plusieurs auteurs l'invoquent à l'appui de l'opinion que les tubercules pulmonaires ne sont pas une manifestation de l'état scrofuleux, et constituent une maladie essentiellement différente des affections tuberculeuses qui siègent dans d'autres lieux. Morton fait moins de cas des balsamiques dans cette espèce que dans la suivante.

2° De phthisi scrofulosâ. C'est la phthisie tuberculeuse chez les sujets d'une constitution analogue, et affectés antérieurement ou simultanément de maladies analogues. Elle est, dit-il, de beaucoup la plus fréquente, et il en aurait plus guéri de cette espèce que de toutes les autres ensemble. Il loue avant toutes les autres préparations balsamiques les pilules célèbres qui portent son nom, et dont voici la formule : Acide benzoïque obtenu par sublimation, 24 grammes (6 gros) ; triturez dans un mortier avec de l'huile d'anis sulfurée, 24 grammes (6 gros) ; incorporez peu à peu : cloportes en poudre, 4/2 kilogramme (1 livre); gomme ammoniaque, 64 grammes (9 gros) ; safran, 4 grammes (1 gros) ; Baume de Tolu ou du Pérou, 4 grammes (1 gros). Faites des pilules de 15 ou 20 centigrammes (3 ou 4 grains), à prendre jusqu'à dix par jour.

Istae pilulse, ajoute-t-il, in scorbuiicorum et scrofulosorum lentâ phthisi (qugequidem sunt frcquentissimœ phthises), ubi febris (si ulla est) est adm,odkm mitis et exsputum phlegma quadantenùs glutinosum, asthmaticorum ritu, curationem non tantùm in principio morbi,verùm etiam in progressu insigniter promovent.

Mais il pose pour condition de succès d'en faire un usage prolongé et à titre de diète, c'est-à-dire de s'y habituer comme aune chose dont se compose le régime journalier : Hujus modi verô remédia copiosè deglutienda sunt, adeôque (quantum fieri potest) more diœtœ exhibenda, atque in eorum usu longo tempore persistendum.

Il est vraiment bien à regretter qu'après de si belles promesses, Morton ne juge pas à propos de tracer l'histoire de quelques-uns des malades qu'il a guéris ainsi. La seule observation qu'il rapporte à la suite de ce chapitre est terminée par l'autopsie, qui fait voir des tubercules pulmonaires à tous les degrés, et cela malgré les balsamiques.

3° L'espèce scorbutique (phthisis scorbutica) est encore de nature tuberculeuse, mais compliquée d'un état de relâchement, de sueurs abondantes, d'une expectoration ténue et très-copieuse, surtout le matin; d'éruptions fréquentes à la peau, etc.. ; état que les anciens médecins assimilaient à quelque chose de scorbutique ; ce qui rend cette expression si commune dans leurs écrits et si rare dans les nôtres, puisque nous ne l'appliquons qu'à une maladie bien caractérisée et peu commune parmi nous. Morton y

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exalte infiniment la vertu des basalmiques, et des cinq observations qu'il cite, quatre sont terminées par la mort; elles sont relatives à un individu et à ses trois fils, héritiers de la phthisie tuberculeuse de leur père. La veuve du dernier de ces fils, prise pour tuberculeuse par Morton, survit, et semble le devoir à un long usage du traitement composé principalement de ferrugineux. Tout porte à penser qu'elle n'était que chlorotique, et affectée d'une toux catarrhale.

A0 II traite ensuite de la phthisie asthmatique, de phthisi asthmaticâ, qui n'est autre chose qu'une phthisie tuberculeuse, dans laquelle, comme cela est si commun, le phénomène dyspnée a ouvert la marche des accidents, et a continué à être l'élément dominant delà maladie. Suivent trois observations, la première bien dessinée et non douteuse, le malade meurt nonobstant les balsamiques. Il en est de même de la deuxième. Dans la troisième, il s'agit d'un apothicaire de Londres, que Morton caractérise seulement ainsi : per plurimos annos in statu phthiseos asthmaticœ (emaciatussciiicet et debilis). Il ajoute bien qu'il était souvent sujet à une fièvre péripneumonique, dépendant d'un état tuberculeux des poumons; mais le rapprochement des diverses circonstances de la maladie, nous porte . à croire que ce sujet était plutôt affecté d'un catarrhe chronique prenant de temps en temps la forme suffocante, car Morton le soulageait dans ses accès à l'aide des vomitifs.

5° Enfin, notre auteur décrit la phthisie hémoptoïque, phthisis ah hemoptoe, ainsi nommée parce que le phénomène hémoptysie précédant les autres symptômes, Morton établit une relation de cause à effet entre celui-là et ceux-ci. Après avoir plusieurs fois préconisé l'emploi des balsamiques dans l'histoire de cette espèce, il donne trois observations terminées par la mort. L'usage de cette médication n'y est seulement pas mentionné, et semble n'avoir pas fait partie du traitement.

Les cas de succès allégués au chapitre De phthisi à peripneumoniâ et pleuritide ortâ, sont sans valeur dans la thérapeutique de notre véritable phthisie ; car on n'y trouve que des exemples d'empyèmes de pus évacués par les bronches, de vomiques passées plus ou moins rapidement de la cavité des plèvres dans l'intérieur du poumon à la suite de pleurésies aiguës. Toutes les autres espèces si variées, décrites par Morton, doivent être éliminées du cadre de la lésion tuberculeuse des poumons. Ce médecin, donnant au mot phthisie tout son sens étymologique, l'appliquait à l'universalité des maladies chroniques avec dessèchement, marasme, dépérissement, fièvre hectique, évacuations colliquatives, de quelque nature que fussent les altérations organiques, les états morbides locaux ou généraux, qui entretinssent ce marasme, cette consomption. C'est ainsi que beaucoup de chloroses y prennent le nom de phthisies nerveuses (expression admirable) ; qu'il consacre d'intéressantes pages à développer l'histoire des maladies chroniques du foie, sous le titre : De phthisi icteritiâ seu hepaticâ; de la plupart des phlegmasies chroniques, de l'hypochondrie, etc. .., et pour peu que ces affections se compliquent dans leur cours de douleurs thoraciques,

de toux, de trouble, en un mot, dans les fonctions respiratoires, Morton affirme intrépidement que la phthisie pulmonaire s'est mise de la partie, et a emporté le malade, ou bien qu'il a guéri malgré cette fatale complication. D'où en grande partie, renommée des basalmiques qu'd était bien rare qu'il n'utilisât pas dans le traitement de ces divers états morbides.

Une chose reste à ajouter pour faire comprendre la difficulté et même l'impossibilité de tirer quelques conséquences un peu sévères de la pratique de Morton, c'est que ce grand praticien avait à un assez haut degré la manie polypharmacique et la prétention d'adresser une foule de médicaments à une quantité prodigieuse d'éléments pathologiques bien souvent imaginaires; enfin, que sa thérapeutique était infiniment composée; que dans le traitement de la phthisie, par exemple, il insistait beaucoup sur l'importance des eaux minérales et des remèdes ferrugineux, moyens assez actifs pour qu'on doive tenir compte de leurs effets et de la part qu'ils peuvent revendiquer dans toute médication qui s'en compose. L'habitation delà campagne, l'attention la plus scrupuleuse et la plus suivie à faire garder l'observance des six choses non naturelles dirigées selon l'influence heureuse ou défavorable que ces puissants modificateurs pouvaient exercer sur l'état des malades, etc., formaient de plus une partie essentielle des ressources que Morton mettait en œuvre. Il ne nous paraît, dans aucun cas, s'être borné à l'emploi des balsamiques, ce qui rend toute conclusion impossible à l'égard de ces agents thérapeutiques.

Morton traitait ses malades affectés de phthisie scrofuleuse comme des scrofuleux; ceux atteints de phthisie scorbutique comme des scorbutiques, et cela avec méthode, surtout avec constance et opiniâtreté. Il modifiait son traitement suivant les saisons, et à l'imitation des pères de l'art, faisait la plus grande attention aux tempéraments, aux circonstances héréditaires, aux habitudes pathologiques de ses malades, aux périodes des âges et aux affections qui leur semblent attachées presque naturellement. C'est à cet ensemble de considérations vraies et capitales d'où il tirait ses indications thérapeutiques, qu'il devait sans doute les succès qu'il a prônés avec trop d'entraînement et d'apparence de bonne foi , pour qu'il faille les nier absolument -, et c'est parce que nous sommes trop préoccupés des points de diagnostic local que l'anatomie pathologique et l'auscultation nous permettent d'étudier et de reconnaître avec une facilité et une sûreté que nous serions presque tentés de dire fâcheuse, si l'abus seul n'était pas responsable des écarts qu'un usage légitime doit et peut changer en progrès ; c'est parce que nous concentrons toutes nos recherches sur des éléments de la phthisie, qui malheureusement servent peu à éclairer la thérapeutique de cette maladie, que peut-être Morton nous était supérieur à cet égard. Loin que les découvertes modernes fassent dédaigner les principes consacrés par le temps, ajoutons les premières à ceux-ci. Ainsi, pour ce qui regarde la phthisie, c'est le seul moyen d'utiliser nos acquisitions récentes. Seules, nous voyons assez depuis vingt ans combien elles sont infécondes.

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Revenons à nos balsamiques. Il est clair, d'après ce qui précède, qu'e Morton est peu fondé à les regarder comme curatifs de la phthisie pulmonaire, et nous prouverions au besoin que tous ceux qui ont cru pouvoir reproduire ses assertions et les étayer de leur pratique, n'y étaient guère plus autorisés. Rayons donc les balsamiques du catalogue des antituberculeux; mais insistons davantage sur leurs propriétés anticatarrhales, et sachons nous en contenter : c'est de cette manière seulement qu'on leur rendra un crédit mérité.

Nul doute néanmoins qu'on ne guérisse de véritables phthisies pulmonaires, ou mieux, que bon nombre de phthisies ne se guérissent, les unes définitivement, les autres pour un temps, souvent assez long, pendant lequel la santé a repris un cours satisfaisant, et capable d'en imposer pour une cure radicale. Nous pouvons affirmer avoir ainsi ajourné des terminaisons, pallié des accidents, enrayé la marche de la phthisie à l'aide de médications dont les balsamiques, sous diverses formes, faisaient la base. Mais nous n'affirmons pas en avoir ainsi guéri une seule. On peut, dans ces phthisies, dans lesquelles la fonte tuberculeuse et l'état catarrhal des bronches qui y est presque toujours lié, ne sont pas trop hâtés par l'inflammation éliminatrice qui se développe autour des masses tuberculeuses et des cavernes , dans lesquelles le travail de ramollissement se fait sans fièvre hectique, sans points de côté, sans chaleur thoracique, sans soif, sans agitation; on peut, disons-nous, à l'aide des balsamiques, suspendre ou atténuer cette fonte purulente et cet état catarrhal, peut-être même, et nous ne serions pas éloignés de le croire, d'après le témoignage de notre expérience, favoriser ou hâter la cicatrisation de quelques cavernes; mais nous ne répondons pas qu'on détruise ainsi cette diathèse qui, ayant présidé à la formation de cent petites masses tuberculeuses, continuera presque sûrement à en développer par milliers.

Nous ne considérons donc les balsamiques que comme de précieux moyens de ralentir momentanément les progrès de la dégénération tuberculeuse, par conséquent de conserver les forces et de prolonger la vie qui sont si rapidement minées lorsque les produits accidentels déposés dans le poumon parcourent sans désemparer leurs périodes successives. Si l'on peut espérer d'agir sur cette funeste diathèse en même temps que sur la désorganisation qu'elle fait subir au parenchyme pulmonaire, c'est par une série et une combinaison de moyens hygiéniques et pharmaceutiques appliqués avec persévérance et en temps opportun.

Il est inutile que nous répétions à propos des balsamiques et des avantages certains qu'on en retire dans les catarrhes pulmonaires subaigus et chroniques, ce que nous avons dit à ce sujet en parlant de la térébenthine et de l'eau de goudron. Nous dirons seulement que les premiers, en raison de leur action moins irritante que la térébenthine, sont indiqués dans une foule de cas où nous avons signalé comme prématuré et dangereux l'usage des résines. On peut donc les mettre à profit alors qu'il existe même un état aigu; car nous avons ainsi coupé court, à l'aide du sirop de Tolu II. . ûo

par exemple, à des bronchites intenses arrivées à la fin de leur premier septénaire, et qui, sans nul doute, auraient marché un mois et six semaines, comme cela est si commun, sans le secours de ce précieux moyen. Chez les enfants, pour qui le catarrhe pulmonaire aigu est si grave en comparaison de sa gravité chez l'adulte, le sirop de Tolu nous a été aussi très-souvent d'un immense avantage, presque au début de l'affection, ou plutôt lorsque l'état d'irritation, de sécheresse et de turgescence des membranes muqueuses étant apaisé, la sécrétion catarrhale commence à s'opérer et surtout lorsqu'elle persiste sans fièvre après l'administration des éméto - cathartiques .

Les anciens qui, appliquant des substances balsamiques sur des ulcères externes, en constataient les propriétés cicatrisantes et sarcotiques, c'està-dire propres à favoriser la réintégration des chairs, des tissus de nouvelle formation; les anciens avaient transporté cette propriété à la cicatrisation des ulcères de la membrane muqueuse pulmonaire, parce qu'ils ignoraient la rareté d'un pareil état anatomique pour cette membrane. Ils confondaient avec cet état les pertes de substance produites dans le poumon par la fonte des tubercules.

Mais cette sorte d'exemption cesse pour la membrane muqueuse du larynx. Là, les ulcérations sont malheureusement trop fréquentes, et elles paraissent l'être d'autant plus pour cette vaste portion du tégument interne, qu'on la considère plus à son origine, c'est-à-dire plus près de son ouverture supérieure, le larynx. Nous ne parlons pas des ulcérations tuberculeuses de cet organe; car, puisqu'elles sont presque toujours inséparables de la phthisie pulmonaire, leurs terminaisons et leur thérapeutique partagent la fatalité et l'impuissance des terminaisons et de la thérapeutique de la maladie dont la coïncidence avec elle est devenue, par les recherches modernes, un fait pathologique des plus constants. Mais nous voulons appeler l'attention sur les ulcérations du larynx, consécutives aux phlegmasies chroniques simples de cet organe, et sur ces phlegmasies elles-mêmes non encore arrivées à l'état d'ulcération.

C'est dans ces cas que la puissance générale et topique des balsamiques est mise hors de doute par une expérience ancienne et de tous les jours, la nôtre en particulier. Ici, l'action locale de ces médicaments est plus eflicace que leur action générale, et on comprend de suite qu'il est presque impossible d'exercer cette action autrement qu'en chargeant de principes balsamiques l'air qui doit traverser le larynx pour pénétrer dans les poumons. Ce sont donc des fumigations balsamiques , l'inspiration des vapeurs émanées de ces substances qui, ici, auront la préférence.

Nous n'avons pas besoin de recommander de ne recourir à ce moyen qu'alors que l'état aigu de la maladie a fait place aux symptômes de chronicité qui ne consistent guère que dans une douleur obtuse à la pression des cartilages , dans l'enrouement ou l'aphonie , un gonflement léger et quelquefois nul de la région hyoïdienne, le sifflement de la res-

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piration, la gêne plus ou moins considérable de cet acte, et dans bien des cas seulement , à une simple altération du timbre de la voix , accompagnée d'un sentiment de picotement et du besoin de tousser et de se débarrasser d'un obstacle à la phonation. Mais très-souvent la phlegmasie du larynx débute par un état chronique ou par une suite de légères irritations qui n'en amènent pas moins avec le temps des désorganisations profondes de la membrane muqueuse et des pièces sousjacentes.

Les fumigations dont nous avons parlé se font . soit en projetant sur des charbons ardents une certaine quantité d'un des baumes que nous étudions, mais plus particulièrement de ceux du Benjoin et mieux encore de Tqju, et en remplissant ainsi de vapeurs l'espace où se trouve le malade, soit en en faisant dissoudre quelques grammes dans de Peau bouillante, et en respirant les vapeurs qui s'en dégagent au moyen d'un flacon à deux tubulures , l'une placée dans la bouche du malade , l'autre plongeant d'une part dans le liquide, de l'autre étant en communication avec l'air atmosphérique. Nous préférerions volontiers le premier mode d'administration, parce qu'il est moins fatigant, exige moins d'apprêts, et surtout que le malade peut se tenir sans difficulté pendant des journées entières enveloppé d'une atmosphère balsamique. Des laryngites chroniques qui n'avaient éprouvé aucun amendement de l'application peu constante et souvent interrompue des vapeurs balsamiques, ont été guéries plus d'une fois par la persévérance et la longue continuité du passage incessant à travers les canaux respiratoires, d'un air mêlé à la fumée qu'on faisait dégager dans l'appartement en répandant différents baumes sur des charbons ardents. On retirerait peut-être du second mode d'administration des effets plus certains si les malades avaient la force de s'y condamner pendant un temps suffisant. Ces fumigations réussissent aussi souvent à faire disparaître des catarrhes chroniques que l'administration des baumes sous d'autres formes n'avait qu'incomplètement soulagés. On concentre plus ou moins l'activité de ces vapeurs suivant la tolérance qu'y apporte le malade et les effets qu'il en ressent. En affaiblissant les doses, il est quelquefois avantageux de les employer dans les phthisies pulmonaires qui se trouvent dans les conditions que nous avons spécifiées plus haut, et lorsque, sans s'accompagner d'état inflammatoire, aigu ou même subaigu du parenchyme qui entoure les produits accidentels, la fonte tuberculeuse et la sécrétion catarrhale sont néanmoins fort abondantes et colliquatives , comme nous l'avons observé

quelquefois.

Les substances balsamiques dont nous traitons en ce moment, sont d'un prix fort élevé et ne sont guère pour cela appropriées qu'à la thérapeutique des riches. Chez les malades qui craignent la dépense , on peut bien les remplacer, dans l'usage que nous venons de recommander, par des fumigations aromatiques composées avec la réunion de plusieurs plantes labiées, telles que la sauge, le thym, le romarin, etc...... et mieux

encore avec le goudron. Ce dernier produit est très-fréquemment employé de cette manière.

C'est ici le cas de dire que les vapeurs de goudron ont été singulièrement exaltées dans le traitement de la phthisie pulmonaire. C'est le docteur Crichton qui a proposé cette pratique , et elle s'est rapidement propagée en Angleterre et en Russie.

On met évaporer, à un feu doux , une livre de goudron auprès du malade, en évitant qu'il ne bouille, parce que les vapeurs empyreumatiques lui seraient plus nuisibles qu'utiles, et augmenteraient la toux et la gêne de respirer. Le docteur Wall en a vu de bons effets. Les médecins de Berlin se sont assurés de son efficacité dans quelques cas. De cinquantequatre phthisiques , distribués en quatre salles à l'hôpital de la Charité de cette ville, dans lesquelles on évaporait quatre fois par jour une marmite de goudron , de manière à les remplir de vapeurs épaisses , quatre furent,guéris , six éprouvèrent une amélioration sensible , seize ne ressentirent aucun changement, douze devinrent plus malades, et seize moururent. Ce traitement est plus satisfaisant qu'aucun de ceux faits à la phthisie jusqu'ici; aussi s'en sert-on maintenant à l'hôpital de Berlin où plusieurs salles sont disposées à cet effet (Journ. de Hufeland, 1820). Néanmoins le docteur Fourbes {Revue médicale, X , 78) croit ces vapeurs contraires dans les véritables phthisies, et dit qu'elles hâtent la perte des malades (Mérat et de Lens). Sans rejeter absolument le résultat des praticiens de Berlin, nous penchons pour qu^on ne leur accorde qu'une con* fiance bien restreinte.

Si les affections catarrhales du poumon s'accompagnent de symptômes nerveux, et surtout de 'dyspnée qui soit disproportionnée avec le degré de la lésion pulmonaire, il y a indication plus positive encore de prescrire les balsamiques qui ne sont pas destitués d'une certaine action antispasmodique. On trouvera à l'article Gomme ammoniaque , sous ce rapport , plusieurs indications auxquelles s'appliquent assez bien les substances dont il est maintenant question.

L'administration intérieure des balsamiques , soit sous forme de sirop ou de pilules, soit plutôt en lavements, est appelée à rendre de bons services dans les entérites chroniques , principalement celles qui survivent aux fièvres typhoïdes et aux dysenteries, et qui sont entretenues par des ulcérations intestinales, celles aussi qui s'observent indépendamment de la préexistence de ces deux affections et finissent par amener de graves ulcérations.

Ces maladies sont fort sérieuses; et s'obstiner à les traiter par les antiphlogistiques et les émollients , c'est souvent hâter la ruine des malades. Après les dysenteries, lorsque tout ténesme et même tout dévoiement sont apaisés, nous avons bien des fois observe qu'il reste des garde-robes assez fréquentes quoique moulées, mais enveloppées d'une couche épaisse de mucus et de quelques stries sanguinolentes. Ces sortes de matières se voient aussi chez les hémorrhoïdaires. Dans tous ces cas, et surtout dans

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ceux que nous avons spécifiés d'abord, au nombre des moyens topiques si souverainement utiles, il faut compter les balsamiques comme le ïolu et le Styrax donnés en lavement à la dose de 2 à 4 grammes (1 demi-gros et I gros) dissous dans l'eau bouillante, en même temps qu'on prescrit le sirop de Tolu à la dose de 16 grammes (1 demi-once) dans des boissons appropriées. Hoffmann conseille pour remplir ces indications les lavements préparés avec le fameux baume de Locatelli , composé , comme on sait, d'huile de fleurs d'hypéricum, de vin d'Espagne, de santal rouge, de térébenthine de Venise et de baume du Pérou.

Sydenham avait grande confiance en l'action de cette dernière substance, le baume du Pérou, dans le traitement de la colique des peintres; mais il la trouvait impuissante contre les diverses paralysies qui en sont si fréquemment la conséquence. Voici comment il s'exprime à ce sujet : Hune dolorem atrocissimum sanat balsamum Peruvianum fréquenter ac in magna dosi exhibitum , nempè si ejus guttse XX, XXX vel LX saccharî albissirni cochleari uno instillentur, et bis vel ter in die dentur ; at para* lysis huic remedio haud cedit.

Nous avons employé avec avantage les injections de teinture de Benjoin ou de solution aqueuse de cette substance dans les otorrhées purulentes consécutives aux lièvres éruptives chez les enfants, en même temps que nous donnions à l'intérieur le sirop de Tolu. Ces instillations balsamiques dans le conduit auditif ont été préconisées contre les surdités passagères et les otalgies.

Les baumes peuvent être rangés au nombre des médicamens nervins et céphaliques , et sont susceptibles par conséquent de servir aux indications auxquelles nous avons dit que répondaient les remèdes qui ont autrefois porté ces noms , et sur lesquels nous avons donné quelques explications en traitant des plantes labiées, et en particulier de la mélisse.

Ce que nous avons dit de l'usage externe de la térébenthine, du goudron, etc., etc., peut nous dispenser de nous étendre sur celui des baumes. Le styrax, le baume de la Mecque, sont ceux qui sont le plus employés à l'extérieur. Ils sont cependant tombés en presque complète désuétude. Détersifs, cicatrisants, bons pour apaiser les douleurs trop vives des plaies : leurs propriétés chirurgicales se résument en ces trois qualités.

De tous les baumes, celui de Tolu mérite le plus d'être familier aux praticiens. On l'administre à la dose de 60 centigrammes à 2 et 4 grammes (12 grains à un demi-gros et même à 1 gros), soit en pilules, soit dans un électuaire , soit suspendu dans l'eau au moyen d'un mucilage. On prescrit la teinture depuis 2 jusqu'à 8 grammes (un demi-gros jusqu'à 2). Une des préparations les plus usitées est le sirop, avec lequel on édulcore très-agréablement une foule de tisanes , de potions , et qu'on peut aussi prendre pur. Les tablettes, les pastilles au Tolu, sont d'un usage vulgaire et réputé dans les rhumes. Il n'est pas de remèdes secrets contre les catarrhes, qui ne contiennent de ce baume.

Celui du Pérou est moins agréable, et s'administre du reste de la même manière, ainsi que le Benjoin.

L'acide benzoïque se donne à moitié dose environ.

Ces remèdes entrent dans la composition d'une foule de recettes et de formules anciennes et modernes qu'il serait fastidieux d'énumérer, comme Veau générale, Xélixir de propriété, la thériaque, Y orviétan, la confection d'hyacinthe, etc., etc.

Le Baume ou plutôt l'oléo-résine de Copahu, oleo-resina Copahu, Copaivee seu Copahiba balsamum, provient de plusieurs arbres de la famille des Légumineuses du genre Copaifera, qui croissent au Brésil, aux Antilles, etc. C'est surtout l'espèce Copaifera officinalis qui en fournit le plus.

Les autres espèces ou variétés qui laissent découler par incisions cette oléo-résine, sont: le C. Guyanensis, C. Coriacea, C. tordifolia, etc. Un seul de ces arbres peut en fournir jusqu'à douze livres dans l'espace de quelques heures; trois ou quatre incisions seulement sont pratiquées chaque année.

Le Copahu est de consistance huileuse, transparent, d'une couleur jaune -citron, d'une odeur forte et désagréable, d'une saveur acre, amère, repoussante. Il se dissout très-bien dans l'alcool rectifié et dans l'éther; la dissolution est ordinairement un peu laiteuse, et laisse précipiter par le repos un peu de résine ou d'huile fixe. Il se combine facilement aussi avec les alcalis. Tels sont les caractères du Copahu ordinaire du Brésil.

M. Guibourt mentionne le Copahu de Cayenne comme offrant un grand avantage sur l'autre pour l'administration intérieure. Il s'en distingue par une odeur assez agréable, analogue à celle du bois d'aloès, et une saveur non repoussante et aussi moins persistante. Ce Copahu est d'un jaune foncé, transparent et d'une consistance un peu plus agréable que le Copahu ordinaire du commerce.

Composition. D'aprèsles analyses de Gerber et St lzo, le Copahu est composé de : huile volatile, 32 à 47 ; résine jaune, 38 à 52; résine visqueuse, 1,65 a 2,13.

La résine jaune est un acide auquel Schweitzer a plus tard donné le nom d'acide copahivique.

La composition résineuse du Copahu isolée a été employée en médecine.

L'huile essentielle a la même composition que l'essence de térébenthine.

Falsification. Si le Copahu est sophistiqué avec l'huile de ricin, c'est la falsitication la plus ordinaire ; on la fait bouillir dans l'eau pendant longtemps pour dissiper toute

l'huile volatile. Le Copahu étant pur, il laisse une résine qui devient sèche en se refroidissant; s'il contient de l'huile fixe, il reste mou.

Cette méthode est de MM. Henry et Delondre.

La fraude par toute autre huile fixe que celle de ricin (soluble dans l'alcool) sera facile à reconnaître par ralcoolrectifléà95°, qui dissoudra le Copahu et non l'huile.

Une autre méthode fort bonne et plus simple, indiquée par Berzélius, permet aussi de reconnaître la falsification du Copahu par l'huile de ricin. On verse une à deux gouttes de baume sur du papier tenu à quelques distance de charbons allumés, pour volatiliser l'huile; si le Copahu est pur, il reste une tache homogène et translucide; s'il est mêlé d'huile fixe, la tache est entourée d'une auréole grasse.

Le Copahu est aussi falsifié quelquefois par la térébenthine , dans ce cas, une goutte versée sur une plaque de fer rouge donne une odeur térébenthinée et décèlela fraude.

Préparation de Copahu. La matière qui solidifie le mieux l'oléo-résine est, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, la magnésie calcinée; aussi l'on s'en sert presque toujours pour donner de la consistance aux pilules de Copahu.

Pilules magistrales de Copahu.

Pr.

Baume de Copahu, Magnésie calcinée,

32 grain.

Mêlez.

La solidification s'opère assez promptement. Si l'on employait la magnésie blanche, il faudrait en augmenter un peu la dose.

Pilules officinales de Copahu.

Pr. : Copahu, 16 gram.

Magnésie calcinée, 1

On mêle la magnésie au Copahu et l'on remue de temps en temps. Il faut huit à dix

jours pour que la dissolution ait lieu (Mialhe).

Nous devons ajouter que le baume de Copahu se solidifie d'autant plus vite qu'il est plus ancien ; Ips Copahus récents ne se solidifient pas; M. Fauré, de Bordeaux, a proposé d'y ajouter de la térébenthine.

M. Thierry solidifie le Copahu au moyen de la chaux.

Les formules de pilules de Copahu ont eu dans ces derniers temps quelque importance, en raison de la difficulté de faire prendre aux malades, sans un extrême dégoût, une dose un peu forte de ce médicament. On a imaginéplusieurs procédés ingénieux, qui consistent à renfermer du Copahu dans de petites capsules faites avec de la gélatine, ou du gluten ou de la pâte de jujubes.

Cette forme médicamenteuse permet de prendreleCopahu sans ressentir sa saveur; le seul reproche, assez grave du reste, qu'on pourrait lui faire , c'est que par ce moyen il arrive quelquefois que des capsules mal préparées ne soient point dissoutes et passent intactes.

Tels sont les inconvénients de certaines capsules dont l'emploi a été peut-être un peu trop vanté.

M. Roy, pharmaciens à Poitiers, a proposé, dans un mémoire adressé à l'Ecole de pharmacie, un procédé qui nous a paru préférable aux autres, lia composé un oléosaccharolë gommeux, pour recouvrir les pilules de Copahu ou de tout autre médicament repoussant ; il est ainsi parvenu à en atténuer l'odeur et à en déguiser presque entièrement la saveur désagréable.

Voici sa formule :

Pr. : Sucre blanc, 125gram.

Gomme arabique en poudre, 32 Essence de citron ou de menthe, ou de toutautre, 32 cent.

Pulvérisez le sucre après y avoir introduit l'essence, passez à travers un tamis de crin et mêlez à la gomme.

Cet oléo-saccharolé doit être conservé pour le besoin, dans un flacon bouché à l'émeri. M. Roy en revêt les pilules d'après le procédé ordinaire.

Potion de Chopart,

Pr. : Baume de Copahu, 64 gram.

Alcool, rectifié, 64

Sirop de Tolu, 64

Eau de menthe poivrée, 64

— de fleurs d'oranger, 64 Alcool nitrique, 8

On mêle l'alcool au Copahu dans la fiole même où la potion doit être contenue ; on ajoute successivement le sirop, les eaux distillées, puis l'alcool nitrique.

Le Copahu fait aussi la base de la potion de Belpech, ainsi formulée :

Eau de menthe,

31 gram,

— de fleurs d'oranger,

Baume de Copahu,

Sirop de Guimauve,

Acide sulfurique,

Gomme adragante,

Il entre aussi dans la composition de la mixture brésilienne et de celle de Fuller.

Le Copahu s'administre assez souvent en lavement; en voici quelques formules :

Lavement de Copahu (Ricord).

Pr. : Copahu, 24 gram.

Jaune d'œuf, n" 1 .

Extrait gommeux d'opium, 5 cent.

Eau, 192 gram.

Lavement avec le Copahu (Velpeau).

Pr. : Copahu, 16 gram.

Mêlez avec le jaune d'œuf, n° 1.

Ajoutez peu à peu :

Décoction de guimauve, 375 gram.

Laudanum de Sydenham, 1 Eau, .. 200 à 250

Le Copahu se donne également en injections.

THERAPEUTIQUE.

L'action physiologie du Copahu diffère peu de celle de la térébenthine. Plus sûrement qu'elle pourtant, il donne lieu à des vomissements et à la diarrhée. Les effets généraux en sont aussi moins prononcés. L'action spéciale sur la membrane muqueuse génito-urinaire est moins marquée, moins constante, moins réelle et attestée par de nombreuses observations. Comme la térébenthine, il donne assez souvent lieu à d'opiniâtres céphalalgies et à diverses éruptions érythémateuscs et vésiculeuses trèsfugaces.

L'emploi du Copahu se borne presque à une seule maladie, et si la térébenthine passe pour le remède spécifique du catarrhe chronique de la vessie, le Copahu l'est encore, à beaucoup plus juste titre, de celui du canal de l'urètre, avec ce privilège de plus, que ce médicament n'est pas contreindiqué par l'état même le plus aigu de la blennorrhagie , et peut être administré dans toutes les périodes de cette difficile maladie.

Pour démontrer combien les à priori, les règles établies sur les purs raisonnements du physiologisme, le rationalisme superficiel de l'époque enfin, est funeste aux progrès de la thérapeutique, il n'y a qu'à jeter les yeux sur les idées que se faisaient les médecins des siècles passés de l'action du Copahu dans les blennorrhagies, et sur les recommandations pressantes qu'ils intimaient, de n'employer ce remède que dans les écoulements chroniques, atoniques de l'urètre. Il faut voir en quels termes précis ils en proscrivaient l'usage dans la période aiguë et inflammatoire de cette affection, fondés qu'ils se croyaient sur les risques, bien plus, sur le danger certain qu'il y avait à exaspérer tous les symptômes, et à entraîner une foule d'accidents par l'emploi prématuré de cette médication... Ils la réservaient, et à dose très-ménagée, pour l'époque où rien ne reste de la blennorrhagie qu'un simple flux muqueux bien ténu, bien blanchâtre; enfin pour ce qu'ils appelaient une blennorrhée ou une gonorrhée. Qu'est-il arrivé depuis? Que de nombreuses expériences dues, il est vrai, pour la plupart, à des circonstances fortuites ou à un empirisme téméraire et blâmable en thèse générale, ont fait voir que, dans la grande majorité des cas, l'administration du Copahu à de très-hautes doses et au début le plus violent des blennorrhagies les plus intenses, sans traitement tempérant et antiphlogistique préparatoire, que le Copahu dans ces cas, disons- nous, non-seulement n'a pas accru la maladie, mais tout au contraire, l'a énergiquement attaquée et en a débarrassé sans inconvénient les malades dans un espace de temps plus court qu'aucun autre moyen.

Il résulte encore autre chose de cette considération : c'est que les études historiques à ce point négligées, font que quelques auteurs modernes s'opiniâtrent à revendiquer la priorité de l'emploi du Copahu dans les catarrhes urétraux, tandis que dès le dix-septième siècle il servait déjà au traitement de ces maladies entre les mains de F. Hoffman, et qu'il n'a pas cessé jusqu'à nous d'être utilisé dans les flux muqueux des organes génito-urinaires et les catarrhes bronchiques. La Matière médicale est donc depuis très-longtemps en possession de cet agent dans tous les cas qui sont encore aujourd'hui de son domaine. Les règles de son emploi seules ont été modifiées sur quelques points par les praticiens de notre époque, et nous venons de dire en quoi.

Nous n'avons guère à nous occuper que du Copahu dans la blennorrhagie et la leucorrhée, ce que nous avons dit de l'action de la térébenthine dans les autres catarrhes^ ceux de la vessie et du poumon spécialement, étant très-applicable au Copahu.

Sans parler de la pratique et des opinions de Hoffmann, Pringle, Fulle

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Valcarengh, Monro, de celle de Labat, de Hope, de Cullen, de l'illustre J. Hunter, de Chopart, de Swediaur, etc., etc., qui tous avaient, sur les propriétés médicales du Copahu et sur les conditions de son emploi dans les écoulements de l'urètre, les idées que nous avons plus haut rapprochées de celles des modernes, arrivons de suite à l'époque où l'on a repris sérieusement et expérimentalement cette question.

C'est dans les dernières années du siècle passé, que Jacquin, à qui l'on doit (1787) la connaissance et la description de l'arbre véritable qui produit le Copahu, donna quelques détails sur la manière hardie et empirique dont certains habitants de l'Amérique s'administraient le Copahu en injections dans l'urètre, et particulièrement l'infusion des feuilles du Copaifera officinalis à l'iniérieur dans la période aiguë des blennonhagies. Un autre voyageur, Pison, rapporta aussi cette pratique. Dès lors on commença à braver les préceptes de prudence et de restriction , les craintes illusoires posées à priori dans la première méthode, celle de Hope, de Théden, de Chopart, de J. Hunter, on se mit à traiter d'emblée des blennorrhagies récentes avec le Copahu à de plus hautes doses. M. le docteur Ansiaux, médecin en chef des hospices civils de Liège, et M. Ribes père , surtout, proclamèrent les premiers la supériorité de cette méthode.

Le premier de ces médecins fit d'abord connaître six observations de succès décisif et rapide par la "potion de Chopart administrée comme la prescrivait ce chirurgien (eau distillée de menthe, esprit-de-vin, beaume de Copahu, sirop de capillaire, de chaque, 64 grammes (2 onces) ; esprit de nitre dulcifié, 32 grammes (1 once); eau de fleurs d'oranger, 8 grammes (2 gros) . Mêlez et prenez deux cuillerées à bouche de cette potion le matin ; une à midi et une autre dans la soirée : continuez-en l'usage pendant douze jours).

N'oublions pas que cette médication était adoptée dès le début. Dans toutes ces observations, M. Ansiaux a constaté la coïncidence de l'amendement avec l'action purgative de la potion ; celle-ci retardée ou nulle , celui-là se faisait attendre ou manquait complètement. Notons ceci; nous serons obligés d'y revenir. Suivent deux cas d'insuccès. Le premier est attribué à des écarts de régime, à l'ivrognerie du sujet , qui se trouve néanmoins guéri par certaines injections. Quant au second, l'auteur suppose qu'il est dû au défaut d'effet purgatif de la part du Copahu sous l'influence duquel, alors, l'écoulement augmentait. Cette fois aussi les injections le «supprimèrent.

En 1812, le même auteur adressa un mémoire à l'Athénée de médecine de Paris. On y lit vingt-cinq observations, parmi lesquelles vingt-deux témoignent de l'efficacité certaine et prompte du remède en question. Des trois autres cas, l'un est noté comme n'ayant été en rien modifié par le traitement : dans le second, l'action du Copahu est troublée, annulée par l'abus des boissons spiritueuses et les écarts de diète ; chez le vingt-cinquième sujet, l'irritation de l'urètre et le flux blennorrhagique s'exaspèrent beaucoup par l'usage de la potion résineuse.

Ce mémoire fut l'objet d'un rapport favorable fait à l'Athénée de médecine par M. Fizeau, qui déclara avoir employé le Copahu d'après les indications de M. Ansiaux, et avec le même bonheur que lui. M. Cullerier (l'oncle) en fit aussi l'éloge, en citant toutefois plus de cas d'insuccès que l'auteur et le rapporteur.

« J'ai vu cette médication, dit M. Ansiaux dans les réflexions dont il fait suivre les faits, augmenter l'irritation et la douleur, lorsque la blennorrhagie était très-intense; je l'ai vue, chez des individus d'une constitution nerveuse, déterminer des vertiges. Mais alors, il a suffi d'en suspendre et d'en modérer l'administration pendant quelques jours pour y revenir ensuite avec succès.» M. Ansiaux ne compte pas parmi les accidents et les contre-indications de ce traitement les coliques et le dévoiement ; il les regarde au contraire comme indispensables à son efficacité et en fait le lien thérapeutique, le phénomène intermédiaire de l'existence ou de l'absence duquel dépend le succès ou l'insuccès du Copahu; s'appuyant sur le principe général de Barthez : 77 faut imprimer aux forces de la nature des ensembles de mouvements qui tendent vers les organes éloignés, et qui soient perturbateurs des mouvements qu'affecte la fluxion. Toutefois il convient que le Copahu n'agit pas ici à la manière des autres purgatifs.

M. Ansiaux, comme pour fortifier sa manière physiologique de concevoir l'action du Copahu dans la blennorrhagie et la rendre en tout point conforme aux principes établis par Barthez pour l'application des moyens dérivatifs et révulsifs, M. Ansiaux signale une particularité qui nous a échappé ainsi qu'à tous ceux qui ont écrit sur l'emploi du Copahu , savoir, que lorsque la blennorrhagie (la fluxion, dit-il) est parvenue à son état, la potion balsamique n'a plus les mêmes avantages, car le plussouventalors, selon lui, l'écoulement diminue pendant l'action du remède pour reparaître ensuite avec la même force ; tandis que plus tard, dans la période de chronicité, cette médication retrouve sa vertu radicale. Cela est possible et nous ne le nions pas. C'est un point de thérapeutique à éclairer par l'observation. Nous prierons seulement ceux qui voudront ainsi le résoudre de faire attention aux remarques suivantes :

La blennorrhagie est supprimée par les agents thérapeutiques et en particulier par le poivre de Cubèbe et le Copahu, avec d'autant plus de facilité et de promptitude, surtout avec cV 'autant moins de chances de récidives, qu'elle est traitée à une époque plus rapprochée de son invasion, ce qui est d'accord cette fois avec l'observation de M. Ansiaux, de laquelle il résulte qu'il y a eu un succès plus rapide et plus confirmé au début qu'à la période d'état de la maladie. Peut-être donc que si ce médecin eût persévéré plus longtemps dans l'administration du Copahu, alors que la maladie, plus profondément fixée, est rebelle à l'action des moyens thérapeutiques, alors qu'une membrane muqueuse changée dans sa vitalité a changé son mode de sécrétion et doit, selon la marche naturelle de la maladie , continuer ce nouveau mode de sécrétion pendant un temps déterminé et

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jusqu'à la transition à l'état chronique, peut-être, disons-nous, qu'en insistant alors sur la médication, il ne se fût pas exposé aux récidives qu'il signale dès qu'il suspendait la potion balsamique.

Quant à l'action plus facile et plus sûrement curative du Copahu dans l'état chronique de la blennorrhagie, dans la gonorrhée proprement dite, que dans la période d'état dont nous venons de parler, nous sommes forcés de n'y pas croire et par les faits qui nous sont propres, et par le nombre et l'unanimité des faits étrangers qui déposent contre cette assertion. Qui ne sait la tendance souvent invincible de tous les vieux catarrhes à récidiver, à se reproduire sous la moindre influence? Les affections catarrhales du poumon et de la vessie ne s'identilient-elles pas, pour ainsi dire, avec la constitution de certaines gens, les vieillards surtout, sans que l'art ait d'autre privilège que celui de les abréger, pour se contenter encore du même avantage à la première rechute?

Les écoulements chroniques de l'urètre sont loin de faire exception à cette loi : ils la confirment bien plutôt. Il est des gonorrhées, dit Chopart, qui doivent s'user par elles-mêmes et mourir de vieillesse.

M. Ansiaux termine son mémoire par émettre un résultat important , quoique ne faisant pas nécessairement partie de l'objet spécial qui nous occupe en ce moment : « J'ai traité, dit-il, un grand nombre de blennorrhagies sans jamais avoir employé de mercure, et cependant j'ai vu si rarement survenir des symptômes vénériens, que je pense, avec Vacca-Berlinghieri, qu'il ne faut pas tourmenter quatre-vingt-dix-huit individus sur cent, pour deux qui pourront réellement attraper la vérole. »

Quant à nous, nous désirons être moins aftîrmatifs sur ce point, et notre détermination à cet égard varie suivant plusieurs circonstances que ce n'est pas le lieu de signaler et de discuter ici.

En 1824, le hasard mit M. le docteur Ribes sur la voie d'un traitement bien plus inusité et aussi bien plus héroïque, non-seulement contre la blennorrhagie elle-même à toutes ses périodes, mais encore contre les accidents graves et variés qu'entraîne si souvent sa suppression.

Ce praticien recommandable donnait des soins à un jeune homme affecté de blennorrhagie. Il lui prescrivit vingt gouttes de Copahu à prendre tous les matins dans un verre de tisane de fraisier et de chiendent. Le malade comprit mal l'ordonnance, et avala en un jour la dose de 32 grammes (1 once). Peu après, coliques, superpurgations. Cessation complète et définitive de l'écoulement.

Pour ce qui concerne le peu d'inconvénients de porter à des quantités très-élevées la dose de Copahu, M. Ribes cite un cas où pris à celle de 64 grammes (2 onces) en une fois, non-seulement il n'a causé aucun accident, mais a produit une prompte et solide guérison. Les faits recueillis par M. Ribes tendent surtoutà démontrer l'incomparable efficacité du baume de Copahu dans le traitement des accidents inflammatoires si aigus et si douloureux qui se déclarent fréquemment, et coïncident avec la suppression complète ou incomplète de la blennorrhagie. Le plus vulgaire de ces acci-

dents métastatiques est le testicule vénérien ou chaude-pisse tombée dans les bourses.

Il est d'usage d'attaquer cet orchite blennorrhagique par les saignées générales, les applications réitérées de sangsues en grand nombre sur le scrotum et le trajet du cordon testiculaire ; quelques praticiens s'efforcent en même temps de rappeler l'écoulement. par des injections irritantes, et le plus souvent par l'introduction de sondes ou de bougies dans le canal ; enfin, quand l'état aigu est dissipé par ces moyens, et qu'il ne reste plus qu'un gonflement plus ou moins considérable avec induration du testicule et surtout de l'épididyme et de la naissance du cordon, on a ordinairement recours à des topiques, des emplâtres résolutifs, la suspension longtemps continuée des parties, etc., etc.. M. Ribes, négligeant cette série successive et classique de moyens dits rationnels ; convaincu que si par cette méthode les maladies échappent assez rapidement à l'état aigu, les indurations et les engorgements du testicule ou de l'épididyme survivent assez souvent à cet état pour attester dans une foule de cas l'insuffisance d'une pareille médication, s'imagina de traiter ces complications par l'agent spécifique qui guérit si bien l'affection principale, et administra de hautes doses de Copahu dans une orchite blennorrhagique double et trèsaiguë. Un succès prompt et évident répondit à sa tentative, et ce résultat heureux se répéta un nombre de fois assez grand pour qu'il lui fût, en toute sagesse, permis de transporter ce nouveau procédé thérapeutique à la cure des autres formes métastatiques de la blennorrhagie aiguë.

Ainsi, des ophthalmies, des arthrites, des bronchites intenses, des catarrhes aigus de la vessie, des céphalées, des otalgies, des inflammations de la prostate et des reins, la forme dite cordée de la chaude-pisse, les engorgements lymphatiques de l'aine consécutifs, etc., vinrent tout naturellement, entre ses mains, subir l'influence curative du Copahu à hautes doses. Des observations bien caractérisées, frappantes même, suffisant, en un mot, à concilier l'attention et le crédit des praticiens, surtout quand est connue la sûreté de leur source, et qu'on peut les confirmer par celles d'autres médecins honorables et éclairés, sont cilés par M. Ribes à l'appui lies assertions précédentes.

Les résultats généraux de la pratique de M. Ribes, sur le point de thérapeutique qui nous occupe, sont assez importants pour que nous ne regrettions pas de le laisser parler ici lui-même : « Depuis seize ans, je ne fais plus mettre de cataplasme ni même de suspensoir aux malades qui ont le testicule vénérien. (M. le docteur Rossignol qui affirme, dans les Annales clinigties de la Société de médecine de' Montpellier, avoir traité par le Copahu, à la dose de 8 grammes (2 gros) en vingt-quatre heures, plus de trois cents individus dans la période inflammatoire de la blennorrhagie, ne les astreint à aucun régime sévère, et ne défend pas même alors l'exercice du cheval.)

» A la troisième ou quatrième dose de Copahu, la douleur et l'inflammation du testicule diminuent et le dégorgement commence à s'opérer

visiblement. J'ai observé cela non-seulement dans le cas de fluxion, suite d'une gonorrhée supprimée, mais encore dans les fluxions testiculaires, suites de toute autre cause. On n'a qu'à continuer l'usage du baume de Copahu pendant douze ou quinze jours, et l'on parvient à faire résoudre des engorgements même très-considérables tant du testicule que de Fépididyme. Les premières doses agissent toujours promptement sur le testicule, et l'on voit l'engorgement diminuer d'une manière sensible; mais ensuite il semble rester stationnaire pendant quelques jours, puis la diminution devient apparente et très-rapide. Avec le Copahu, on est sûr d'arrêter l'augmentation du gonflement et d'opérer le dégorgement, ce qu'on n'obtient pas toujours aussi sûrement par les autres moyens. J'ai plusieurs observations de testicules vénériens qui ont résisté aux moyens ordinaires, tels que saignées, cataplasmes, bains, diète, purgatifs, onctions mercurielles, et qui ont cédé au baume de Copahu, même très-rapidement.

» Je détruis la gonorrhée le plus promptement possible, parce que je la regarde, ainsi que les chancres et les bubons, comme un foyer d'infection toujours renaissante. Je fais continuer l'usage du baume de Copahu pendant dix à douze jours après que l'écoulement est arrêté, sans quoi la gonorrhée reparaît quelquefois. Le Copahu fait cesser les érections nocturnes, la douleur et l'inflammation gonOrrhoïques aussi bien et souvent mieux que les antiphlogistiques ordinaires. J'ai observé que, dans presque tous les cas de suppression spontanée de la gonorrhée, il reste un trèsléger suintement qui se fait remarquer surtout le matin. Le sommet du gland et l'orifice de l'urètre offrent une sorte d'auréole d'un rouge plus ou moins vif, ce qui annonce encore l'existence du mode d'action gonorrhoïque que le Copahu fait ordinairement disparaître. Si les baumes ne réussissent pas toujours à détruire complètement l'écoulement, j'assure que lorsque je les ai donnés à forte dose, ils n'ont jamais échoué contre les accidents déterminés par la suppression spontanée de la gonorrhée, particulièrement lorsque ces accidents s'étaient développés peu de temps après la suppression de l'écoulement et que le remède a été immédiatement employé.»

Nous avons dit que M. Ribes n'était pas le seul qui eût reconnu la vertu curative du Copahu dans les affections dues à la suppression de la blennorrhagie. Il est vrai que dans ce cas il ne nous est pas possible de juger les expériences de ce médecin par les nôtres propres, car quoique nous ayons bien souvent et avec avantage combattu la blennorrhagie par le Copahu, il ne nous est jamais arrivé d'en faire usage dans les circonstances que nous venons de signaler. Mais assez de praticiens instruits et dignes de foi ont obtenu les mêmes résultats que M. Ribes, pour que, nous le répétons, cette médication prenne rang dans la thérapeutique, et qu'il ne soit pas téméraire de chercher à l'utiliser, le cas échéant.

Parmi les médecins qui en ont aussi proclamé des avantages (toujours dans les complications en question), nous citerons particulièrement Laennec, M. Blaud, de Beaucaire, et le professeur Delpech.

En traitant du Cubèbe, nous avons déjà rendu compte des résultats heureux que ce poivre avait donnés au célèbre chirurgien de Montpellier dans la blennorrhagie. Le Copahu ne lui a pas moins bien réussi dans la même maladie. Une masse de plus de quatre cents cas sert de fondement aux règles thérapeutiques et aux convictions de Delpech sur ce point. Voici comment il procédait :

Si l'inflammation était si excessive qu'il y eût lieu de redouter sa propagation à toute l'épaisseur des parois du canal et du tissu cellulaire environnant, avec passage à la suppuration et abcès au périnée, il débutait avec des saignées générales et locales, suivant le besoin, puis il prescrivait le Copahu, sans qu'il fût nécessaire pour cela que la période suraiguë de la blennorrhagie fût achevée, de même qu'il l'employait d'emblée dans tous les cas qui ne se présentaient pas avec cette profonde intensité d'accidents phlegmasiques, qu'il tâchait préalablement d'abattre par les antiphlogistiques; c'est-à-dire qu'il y avait recours tout d'abord dans les blennorrhagiesqui se déclaraient avec un appareil inflammatoire renfermé dans les bornes ordinaires ; ce qui est le cas le plus commun.

Delpech, dans son mode d'administration du Copahu, arrivait progressivement à en donner 8 grammes (2 gros) par jour, A le matin et 4 le soir. Parvenu à la dose curative, il y persistait pendant huit jours; puis, au lieu de la Suspendre brusquement, la diminuait insensiblement, et descendait ainsi jusqu'à la quantité d'où il était parti. Sa potion ordinaire était ainsi ordonnée : Eaii de menthe, de fleurs d'oranger, baume de Copahu, sirop de limon, de chacun 32 grammes (1 once); acide sulfurique, -4 grammes (1 gros); gomme adragante, q. s. A prendre une cuillerée matin et soir. Dans le cas de vomissements, de diarrhée, d'intolérance, en un mot, de la part des voies digestives, il faisait ajouter de 8 à 15 gouttes de laudanum.

Il dit qu'à l'hôpital militaire de Montpellier, on faisait prendre le Copahu dans du vin ou de la tisane commune. Delpech formulait souvent des pilules de Copahu incorporé au savon blanc et à l'iris, pour les estomacs qui ne pouvaient pas le digérer sous d'autres formes. Il signale ce que nous avons bon nombre de fois observé, savoir, que l'amélioration du premier moment est bien plus difficile à soutenir qu'à produire, et puis qu'après quelques jours de l'administration du remède, bien des malades commencent à ressentir de la cardialgie, des chaleurs d'estomac, de l'inappétence, des digestions pénibles, des vomissements même, et souvent aussi de la diarrhée. L'acide sulfurique lui semble alors un des meilleurs adjuvants capables de faciliter la digestion du Copahu.

C'est pour obvier à ces inconvénients, et empêcher le discrédit où ils auraient pu faire tomber un utile médicament, que M. le professeur Velpeau, d'après le conseil de M. Bretonneau, essaya d'administrer le Copahu par le rectum. On a déjà vu les heureux résultats que ce professeur avait retirés des lavements avec le cubèbe dans la maladie qui nous occupe. L'action antiblennorrhagique du Copahu ne s'est pas non plus démentie sous cette nouvelle forme d'ingestion.

Dans un mémoire publié en \ 827 dans les Archives générales de médecine, et dans lequel M. Velpeau a réuni ses expériences sur les deux spécifiques si connus de la blennorrhagie, le cubèbe et le Copahu donnés en lavements, il est question de trente cas relatifs à cette dernière substance.

Voici ce qu'on est en droit d'en conclure :

Le baume de Copahu donné par l'anus diminue à peu près constamment les écoulements blennorrhagiques, soit chez l'homme, soit chez la femme. Dans beaucup de cas, il les supprime complètement au bout de quatre, cinq, six, sept ou huit jours ; plus souvent il les réduit au tiers ou à la moitié de leur abondance; et, règle générale, après le huitième ou dixième lavement, son action devient nulle, s'il n'a pas complètement réussi. Il faut en augmenter graduellement la dose, en commençant par 8 grammes (2 gros) et s'élevant progressivement jusqu'à 32 grammes (1 once). On le suspend dans le jaune d'ceuf ou dans un mucilage quelconque, la gomme, la guimauve, le lin. Si le rectum est très-irritable, on ajoute 5 centigrammes (1 grain) d'extrait aqueux d'opium, et dans le cas de douleurs excessives de l'urètre, d'érections pénibles, etc., on y mêle quelques centigrammes de camphre. L'état le plus aigu de la chaude-pisse ne contre-indique pas le Copahu, à qui M. Velpeau n'a jamais vu produire d'accidents. Le lavement devra être pris sous le plus petit volume possible et gardé longtemps. On aura bien soin,. en injectant le clystère, de ne pas humecter les sphincters avec le contenu de la seringue, car le contact de ce liquide sur l'extrémité du rectum cause des épreintes cuisantes qui peuvent provoquer l'expulsion trop prompte du remède.

Nous aurions à parler encore d'une foule d'autres travaux sur le Copahu dans la blennorrhagie aiguë et chronique ; mais ils ne nous apprendraient rien qui n'ait été constaté par les observateurs à la pratique desquels nous nous sommes plus particulièrement arrêtés. Tout ce qu'il est bon de savoir, c'est qu'ils sont puissamment confirmatifs des résultats énoncés dans ceux-ci. D'ailleurs, le Copahu, dans la blennorrhagie, a acquis une réputation maintenant assise et bien méritée. Il n'est pas de médecin qui ne sache par lui-même à quoi s'en tenir à cet égard.

Pour ce qui nous concerne , si jusqu'ici nous n'avons fait qu'exposer les observations et les travaux des autres, sans trop y mêler le tribut de notre propre expérience, ce n'est pas qu'elle soit nulle sur cette matière ; mais c'est qu'étant arrivés par elle aux mêmes résultats (quant à ce qui regarde la blennorrhagie au moins; car nous avons déjà avoué que notre observation personnelle ne nous avait rien appris touchant le traitement des complications métastatiques de cette affection par le Copahu) que les auteurs dont nous avons, par ce motif, adopté la relation , nous nous sommes réservé, une fois pour toutes , de déclarer à la fin de cet exposé , que nous pouvons ratifier cliniquement et d'une manière générale tout ce qu'ils ont établi d'essentiel sur la question de thérapeutique que nous traitons en ce moment. Cela soit dit surtout à l'égard de tous les travaux

que nous avons fait connaître dans ce chapitre, à l'exception toutefois de ce qui a été noté par M. Ansiaux, sur la nécessité de l'action purgative du Copahu, pour que ce médicament développe sa vertu antiblennorrhagique ; et en cela nous sommes d'accord avec MM. Ribes, Delpech, Velpeau, Rossignol, Guillon, et, nous ne craignons pas de le dire, avec tous les praticiens qui, n'ayant pas d'intérêt systématique à sauver d'une ruine ou d'une objection embarrassante, ont vu les faits à l'œil nu; or tous ceux-là ont , au contraire, été amenés par l'observation à désirer pour condition favorable à l'action complète et efficace du Copahu, sa tolérance, sa digestion les plus parfaites. Il n'y a qu'à voir si les purgatifs réussissent aussi merveilleusement que les résines dans les catarrhes en général, et principalement le Copahu dans la blennorrhagie. Presque tous les médecins s'efforcent ; d'assurer cette tolérance par des narcotiques , des substances astringentes, antiémétiques. Nous n'insistons pas d'avantage sur ce fait, maintenant presque universellement admis. De ce que nous n'admettons pas que ce soit par son action purgative qu'agisse le Copahu , il ne s'ensuit pas que ce médicament ne manifeste ses propriétés spéciales que lorsqu'il ne purge pas. Il faut supposer alors ou qu'il agit comme purgatif tout spécial, ou que son action évacuante n'empêche pas le développement de sa vertu anticatarrhale, et surtout antiblennorrhagique.

Une chose bien remarquable, constatée par nous comme par Delpech et M. Ricord , c'est l'immense distance qui sépare la blennorrhagie de la femme de celle de l'homme, sous le rapport de l'influence qu'exerce sur elle le Copahu. Cette substance est aussi peu efficace chez la femme qu'elle l'est chez l'homme, dans les limites toutefois qu'ont signalées Delpech et M. Velpeau ; et cela est surtout vrai de l'état aigu de la blennorrhagie chez la première, car dans la leucorrhée qui se confond avec la blennorrhagie chronique, le Copahu semble retrouver sa puissance curative, à un moindre degré, il est vrai, que chez l'homme.

Mais, particularité encore plus étonnante ! on sait que la blennorrhagie de la femme n'est pas limitée à l'urètre , et qu'elle envahit souvent, en même temps que ce canal, des portions plus ou moins étendues de la muqueuse vulvaire, vaginale, et même utérine ; que quelquefois elle se borne à l'une de ces régions; qu'elle peut , en un mot , les envahir toutes séparément, comme toutes simultanément. Or ici reparaît l'analogie, l'identité même d'action du Copahu dans les blennorrhagies des deux sexes, analogie qui tout à l'heure avait semblé rompue.

Si la blennorrhagie de la femme n'occupe que l'urètre, notre agent spécifique réussit, tandis qu'il est le plus souvent impuissant quant l'écoulement prend sa source sur quelque parties de la muqueuse vulvo-utérine sur sa totalité. Cette différence est si marquée , que lorsque la blennorrhagie occupe à la fois et l'urètre et le vagin, ou d'autres parties de la muqueuse génitale, et qu'on administre le Copahu, on voit celles-ci rester affectées, alors que l'écoulement urétral a tout à fait cessé d'avoir lieu. On ne peut, dans ce cas , s'empêcher d'expliquer cette action exception-

nelle et circonscrite par le passage des urines charriant avec elles une certaine quantité de Copahu.

D'abord, la présence de cette substance dans ce liquide est assez démontrée par l'odeur fragrante et si souvent importune qu'il en exhale abondamment. De plus, cette explication n'est nullement en contradiction avec l'efficacité reconnue au Copahu dans d'autres flux muqueux pour lesquels on ne peut pas l'invoquer, tels que la leucorrhée, le catarrhe pulmonaire, etc.; car remarquons bien que cette efficacité est beaucoup moins certaine dans ces sortes de phlegmasies muqueuses que dans la blennorrhagie urétrale, ce qui peut tenir à ce que les premiers ne reçoivent l'action du Copahu que par une seule voie, la circulation générale qui distribue à tous les capillaires et à tous les exhalants de tous les tissus les fluides que l'absorption a introduits dans son torrent , tandis que les surfaces muqueuses des organes sécréteurs et excréteurs de l'urine reçoivent de plus le contact de cette substance par les urines qui en sont chargées et qui paraissent un des fluides excrémentitiels destinés particulièrement à entraîner au dehors les matières résineuses, comme l'atteste l'odeur si prononcée qu'elles contractent chez ceux qui ont absorbé ces substances non alibiles. L'influence curative plus spéciale encore du Copahu sur le catarrhe vésical que sur les autres catarrhes , confirme cette manière de voir.

Si l'opinion que nous venons d'émettre sur le mode d'action du Copahu dans la blennorrhagie urétrale a quelque fondement , l'explication physiologique qui fait reposer cette action sur l'effet révulsif qu'on prétend qu'il détermine sur le tube digestif, doit perdre encore de sa faveur, si elle en conserve aujourd'hui dans quelques esprits. M. Velpeau a remarqué que le Copahu en lavement avait guéri entre ses mains plusieurs blennorrhagies chez des femmes, où, dit-il, elles sont si rebelles.

Des expériences récemment faites à l'hôpital Saint-Louis par M. Hardy, mettent aujourd'hui notre théorie hors de doute. Ce médecin a injecté dans le vagin blennorrhagique de femmes à qui il administrait du Copahu, leurs propres urines chargées de cette oléo-résine, et la blennorrhagie vaginale a cédé, tandis qu'avant, l'écoulement urétral seul avait été modifié. Dans ce dernier cas les injections d'urines copahiques étaient faites par la vessie; dans le premier, par le médecin. Ai^s imitatio naturse.

Une autre question se présente à examiner, qu'il est impossible de passer ici tout à fait sous silence.

Nous avons entendu M. Ansiaux se prononcer pour l'exclusion du mercure du traitement de la blennorrhagie. Au contraire, Delpech termine toujours la médication par l'emploi des antisyphilitiques, et M. Ribes semble partager l'esprit de cette pratique, lorsqu'il dit : « Je détruis la gonorrhée le plus promptement possible, parce que je la regarde, ainsi que les chancres eu les bubons, comme un foyer d'infection toujours renaissante. » Nous pourrions ainsi mettre en opposition une foule d'avis contraires professés par des hommes de mérite et d'expérience. Ce point

de thérapeutique est assurément un des plus difficiles et des plus délicats. Pour nous, qui sommes bien certains d'avoir observé des symptômes vénériens consécutifs non équivoques, tels que exostoses, ulcérations palatines et pharyngiennes, syphilides diverses, etc., etc., traités et guéris par les mercuriaux chez plusieurs sujets (parmi lesquels des étudiants en médecine) qui affirmaient positivement n'avoir jamais essuyé qu'une ou plusieurs blennorrhagies, nous tendons fort à penser que les mercuriaux ne doivent pas être indistinctement rejetés du traitement de cette maladie. Il suffirait de l'existence possible d'un chancre de l'Urètre pour autoriser cette médication. Dans ces cas dont le diagnostic différentiel ne peut être assis sur des caractères pathologiques et anatomiques, il est prudent de se guider sur des présomptions et des probabilités plus ou moins décisives, tirées et des circonstances et des sources inégalement suspectes de l'infection blennorrhagique, ainsi que de la nature de ces causes.

Expliquons-nous. Il est des écoulements urétraux contractés hors d'un coït impur et même d'un coït avec une femme saine : tels sont, pour les derniers, tous ceux par cause mécanique ou chimique, par la masturbation, ceux qu'on voit naître quelquefois spontanément (chez la femme* surtout) sous l'influence d'un vice général, le scrofuleux et le dartreux en particulier, quelquefois aussi par la seule action des causes ordinaires des autres catarrhes, le froid humide, etc.. Bien évidemment, lorsqu'on sera en présence de pareilles blennorrhagies, on n'ira pas, après les avoir traitées par le Copahu, administrer les mercuriaux.

La position du praticien est plus difficile lorsque s'offre à lui un écoulement contracté dans le coït; et dans ce cas pourtant, la sincérité du malade , les renseignements qu'il peut fournir sur la condition , les mœurs, etc., etc., de la personne avec laquelle il a eu des rapports sexuels suivis de blennorrhagie ou de ce qu'on appelle dans le monde un érhauffement, ces circonstances, disons-nous, sont, jusqu'à un certain point, capables d'éclairer le médecin sur la manière dont il doit con-i cevoir et diriger le traitement. Ainsi, une foule d'hommes possédant sur la fidélité des femmes avec qui ils ont des rapports, ou sur la chasteté de leurs épouses toutes les garanties morales possibles, contractent des blennorrhagies qu'on peut ranger parmi celles dues aux causes mécaniques, comme par exemple celles qui se déclarent par suite de disproportion entre le volume des parties génitales, ou bien lors des premières approches et de la défloration, soit encore après un coït immodéré. Une autre fois la blennorrhagie aura eu pour cause, chez ces mêmes individus, le coït à l'époque des règles ou, ce qui arrive bien plus souvent, avec une femme ayant des flueurs blanches, maladie si commune, etc. .. Dans tous ces cas on pourra et on devra s'abstenir d'un traitement préventif des accidents vénériens consécutifs.

Mais il nous semble prudent de n'y pas toujours renoncer, lorsque les malades auront la bonne foi d'avouer que leur écoulement ne doit pas être attribué aux causes mécaniques que nous avons signalées plus haut $

lorsqu'il leur sera difficile, en outre, d'avoir confiance dans la pureté des femmes qu'ils auront approchées ; lorsque la santé de ces femmes leur sera suspecte ; à plus forte raison, si par profession elles sont incessamment exposées à gagner et à transmettre la maladie vénérienne.

Ces distinctions, il est vrai, n'écartent pas tous les mécomptes, ne garantissent pas toutes les erreurs, mais elles les favorisent moins que la pratique exclusive qui consiste à proscrire absolument le mercure du traitement des blennorrhagies ou à l'employer dans tous les cas.

La science doit à M. Ricord un procédé exploratif précieux pour s'assurer si une blennorrhagie est ou non virulente. Il consiste à inoculer à l'individu affecté d'un écoulement la matière blenriorrhagique fournie par lui-même. Si la blennorrhagie est virulente, l'endroit inoculé deviendra le siège d'une ulcération syphilitique ; si elle est bénigne et simplement catarrhale, la petite plaie faite par la lancette pour l'insertion de la matière blennorrhagique se cicatrisera aussitôt, comme si l'instrument n'eût rien introduit dans le tissu de la peau. Cette inoculation se pratique d'habitude sur le plat du tiers supérieur de la cuisse. Dans le cas où, à la suite de l'inoculation , apparaît un petit chancre syphilitique , on a la certitude que la blennorrhagie est ulcéreuse et qu'une portion du produit inoculé a été fournie par un ou plusieurs ulcères existant dans le canal, et une analogie bien fondée et bien légitime a dû porter M. Ricord à tirer cette conclusion pour la blennorrhagie chez l'homme; car toutes les fois qu'explorant avec le spéculum les parties de la génération des femmes blennorrhagiques, il y a découvert des ulcérations, toutes les fois il a pu faire naître de petits chancres sur la peau en y inoculant la matière de l'écoulement de ces malades, tandis que 'ce résultat n'a. jamais été obtenu quand la muqueuse vulvaireet vaginale, siège d'une blennorrhagie, ne présentait pas ces ulcérations.

Depuis plus de quinze ans que cette source de diagnostic différentiel a été reconnue par M. Ricord, chaque jour il la met à l'épreuve, et sa fidélité ne s'est pas démentie une seule fois. Alors le malade a ou n'a pas une blennorrhagie virulente. Dans le premier cas, un traitement mercuriel est administré, et le chancre d'inoculation y cède comme ceux dont il a révélé l'existence, nouvel argument en faveur de l'excellence du procédé. Dans le second cas, l'inoculation n'a pas d'effet, et conséquemment, le traitement se passe de mercuriaux. Si cette ingénieuse et utile découverte se confirme et se popularise, comme l'identité des résultats tous les jours obtenus par M. Ricord le fait espérer, une des plus désespérantes obscurités théoriques et pratiques aura disparu de l'histoire des affections vénériennes. Nous ne verrions aucun inconvénient à la mettre en usage, s'il était permis au médecin de multiplier les foyers d'une maladie qu'il n'est pas sûr de pouvoir guérir dans tous les cas.

Il règne parmi les gens du monde comme encore chez beaucoup de médecins un préjugé qui permet aux blennorrhagies de produire plus tard des accidents vénériens. Si l'on vient à bout de détruire complètement ce préjugéj l'administration des mercuriaux dans les chaudes-pisses

suspectes sera bien moins nécessaire. On croit généralement qu'il faut bien se garder de supprimer un écoulement à son début, et qu'il est convenable, avant d'en venir au Cubèbe, au Copahu ou autres moyens efficaces, de le laisser marcher quelque temps, s'apaiser, devenir moins aigu, soit en l'abandonnant à lui-même, soit en préparant le malade à un traitement radical par quelques semaines de boissons émulsionnées, d'antiphlogistiques, de bains locaux et généraux, etc.; et voilà comment, dans quelques cas, on court risque de voir se développer des bubons , des chancres et d'autres manifestations syphilitiques, tandis qu'on aurait pu prévenir cette infection en coupant court à sa source dès le commencement, de même qu'on peut éteindre un foyer de vérole en cautérisant une érosion, un chancre vénérien, dès qu'ils apparaissent, bien qu'il soit beaucoup plus prudent d'administrer concurremment les mercuriaux.

Les contre-indications du Copahu ne se tirent guère que de l'état des voies digestives. Il serait à coup sûr peu sage de l'administrer lorsque quelque portion de la surface gastro-intestinale présente des points de phlogose ou d'irritation. Un des inconvénients qui en résulteraient, indépendamment du risque qu'on courrait d'exaspérer la maladie du tube alimentaire, serait l'intolérance du Copahu, et conséquemment la nullité de son action.

L'exanthème milliaire ou érythémoïde, le gonflement du testicule, phénomènes qui se remarquent quelquefois pendant l'administration du Copahu, ne sont d'aucun poids dans la considération des motifs qui peuvent contre-indiquer ce remède. Delpech dissipait rapidement le premier de ces effets par un purgatif; mais il cesse ordinairement de lui-même au bout de deux ou trois jours, sans qu'il soit besoin de discontinuer le Copahu, et n'est jamais fébrile. Quant àl'orchite artificielle qui s'ensuit beaucoup plus rarement, il ne faut pas non plus s'y arrêter. L'usage poursuivi du Copahu, loin de l'accroître, y met fin très-promptement.

Le docteur Souchier, de Romans, a constaté la spécificité du Copahu dans le traitement des catarrhes chroniques vésicaux.

L'injection du Copahu a été pratiquée par lui cinq fois, et de la manière suivante : après avoir injecté (c'est M. Souchier qui parle) une suffisante quantité d'eau d'orge dans la vessie pour la remplir, je l'en retirai quelques minutes après. Je réitérai cette injection simple afin de nettoyer aussi entièrement que possible le réservoir malade, et favoriser d'autant mieux le contact immédiat du remède. Ensuite, j'injectai 60 grammes (2 onces) de baume de Copahu, mêlé à une égale quantité d'eau d'orge, et je la laissai dans la vessie; voilà pour les deux premiers jours. Au troisième, les urines coulèrent naturellement, toujours par un jet plus volumineux. Je réussis ce jour-là, sans peine pour moi et sans aucune douleur pour mon malade, à faire mes injections sans le secours de la sonde. Comme j'injectai l'eau d'orge tiède, en l'aiguisant dès le troisième jour avec un douzième de miel rosat, je fus étonné de voir que le malade trouvât brûlante l'impression du baume de Copahu que j'injectai cependant froid. Cette sensation avait lieu dans toute l'étendue du canal, mais

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principalement dans toute la région sous-pubienne qui, du reste, opposait le plus de résistance au passage de l'injection. Je voulus savoir si cela tenait à une action particulière au baume de Copahu ou à la perversion de la sensibilité causée par l'état pathologique. J'injectai à cet effet, à la même température, un mélange à parties égales d'eau et de vin; il produisit absolument la même sensation. Cette sensibilité exagérée persistait encore au moment des dernières injections, malgré les progrès rapides que faisaient les organes vers la consolidation de leur guérison.

Il est juste cependant d'ajouter que l'idée de combattre le catarrhe vésical à l'aide des injections de substances résineuses appartient à Dupuytren. Indépendamment des pilules de térébenthine de Venise, que ce chirurgien administrait intérieurement, il injectait la vessie catarrheuse avec de l'eau de goudron. Nous conservons dans nos cahiers les détails de plusieurs faits que nous recueillîmes à l'Hôtel-Dieu en 1828 et 1829, concernant ces sortes d'injections.

Voici comment Dupuytren procédait :

Il faisait infuser à froid, pendant une nuit, 500 grammes (i livre) de goudron dans 5 kilogrammes (10 livres) d'eau de fontaine; il la faisait filtrer et chauffer avant de s'en servir. Cette eau était jaunâtre comme de l'orangeade cuite, et exhalait fortement l'odeur de la résine. Il introduisait une grosse sonde de gomme élastique dans la vessie et y injectait tous les matins deux grosses seringues. La sonde était immédiatement retirée, et le malade engagé à ne pas uriner pendant un quart d'heure. Au bout de ce temps, le malade rendait l'eau et une quantité considérable du mucus. Ce mucus diminuait de plus en plus les jours suivants. Nous avons vu des catarrhes vésicaux guérir de la sorte dans l'espace de douze à quinze jours [Gazette médic, 1837).

Nous ajouterons que M. Devergie aîné a publié, sur le traitement du catarrhe chronique de la vessie par les injections de Copahu, des travaux assez concluants. Il suspend la résine dans une émulsion de guimauve ou de graine de lin. La quantité du Copahu est, suivant l'irritabilité de la vessie, de 2 à 4 grammes (demi-gros à 1 gros) pour un litre de décoction de l'une des plantes émollientes et mucilagineuses en question.

Nous avons réussi par ce traitement à guérir complètement un des plus graves catarrhes de la vessie qu'il nous ait jamais été donné d'observer.

En définitive, le Copahu est un remède utile dans les cas que nous avons spécifiés. Toutefois, il échoue encore trop souvent dans le traitement des blennorrhagies. Nous avons l'habitude de l'abandonner après peu de temps de son emploi, lorsque porté d'emblée à une dose assez énergique, il n'a pas sensiblement modifié l'écoulement. De jour en jour, cette résine devient plus rare et moins pure, et nous ne sommes pas sans attribuer à cette circonstance les insuccès que depuis quelques années nous subissons dans son application à la cure des blennorrhagies.

Disons aussi que lorsqu'on s'opiniâtre dans son emploi, les malades finissent quelquefois par contracter des dyspepsies et même des gastrites

d'une curation très-difficile. Il ne s'agit plus d'une simple irritation de cause externe cédant facilement au repos des organes digestifs, mais à une véritable diathèse inflammatoire spéciale, artificiellement créée par cette drogue, et qui infecte et détériore Féconomie. Les malades atteints de blennorrhagie, qui prennent pendant longtemps du Copahu, maigrissent, pâlissent, et conservent bien souvent des traces trop durables de cette sorte d'intoxication.

Ainsi donc, n'abusons pas du Copahu; employons-le sagement, et n'ayons pas la prétention de le mettre au rang d'un spécifique qui doit guérir tôt ou tard. Sachons le repousser et l'invoquer à propos.

S'il fallait chercher et donner une explication du mode d'action du Copahu, nous pencherions fort pour l'assimiler complètement à celui par lequel nous avons essayé de nous rendre compte des effets spéciaux et très-analogues de la térébenthine. Disons même que si cette explication est vraie pour l'une de ces substances, elle ne saurait être fausse pour l'autre.

Dans le cas où elle serait la véritable interprétation des effets particuliers de nos deux résines, celles-ci ne mériteraient plus le nom d'agents spécifiques, car cette qualification n'est applicable qu'aux médicaments qui produisent un résultat donné sans qu'il soit possible à l'esprit de saisir le phénomène intermédiaire qui lie ce médicament à son effet; exemple : le quinquina dans les fièvres intermittentes, les mercuriaux dans la syphilis, les antispasmodiques purs dans les spasmes essentiels. Nous voyons effectivement dans ces cas un agent introduit en nous d'une part, un effet spécial de l'autre; mais quant à trouver l'acte physiologique interposé à ces deux faits, nous ne le pouvons.

Or, si la térébenthine, le Copahu agissent véritablement sur les membranes muqueuses affectées de catarrhe en les modifiant d'une manière telle que l'état nouveau, l'espèce d'irritation artificielle qu'ils y déterminent fasse cesser l'état pathologique, l'irritation morbide et d'une autre espèce dont elles étaient travaillées, comme cela se voit pour une foule d'inflammations spécifiques et réfractaires que nous ne pouvons guérir qu'en leur substituant une phlogose artificielle dont les caractères et la portée nous sont connus; s'il en est bien ainsi, disons-nous, le titre de spécifiques ne convient plus à nos résines, puisque nous avons découvert le phénomène physiologique au moyen duquel le Copahu, par exemple, supprime la blennorrhagie, et dès lors cette action ignorée dans son mode appréciable, cette action prétendue spécifique est placée par l'analogie à côté d'une foule d'autres actions thérapeutiques qui se trouvent en dehors de la spécificité.

Notre opinion sur le mécanisme d'action du Copahu dans la blennorrhagie serait celle de Cullen, qui dit :

« Il y a un cas où j'ai Remarqué que la maladie (la gonorrhée) se guérissait en excitant un certain degré d'irritation dans l'urètre, et je suis persuadé que la térébenthine, ou, ce qui est à peu près la même chose, le baume de Copahu, n'agissent que de cette manière 5 car j'ai quelquefois

vu la térébenthine et le baume de Copahu produire une véritable inflammation de l'urètre, au point d'occasionner une suppression d'urine, et la gonorrhée, qui subsistait depuis longtemps, se guérir complètement, lorsque les effets de l'inflammation avaient disparu. » Toutefois, cette explication du mode d'action du Copahu n'a rapport qu'aux conditions physiologiques nécessaires pour qu'il agisse, et n'apprend rien sur la nature de sa propriété antiblennorrhagique. Celle-ci présente donc quelque chose de spécial qui s'adresse à l'espèce de catarrhe en question; et on peut dire que la spécialité de cette action thérapeutique est une preuve de la spécialité de la phlegmasie elle-même.

La saveur excessivement désagréable du Copahu, la persistance de son odeur, l'atmosphère pénétrante de cette odeur caractéristique qui enveloppe pendant longtemps les personnes qui ont pris ce remède et semble les accuser de porter un mal qu'on a toujours dans le monde intérêt ou pudeur à dissimuler, tous ces inconvénients font chercher depuis longtemps un mode d'administration du Copahu qui puisse les pallier. Toutes les formes liquides sous lesquelles on le prend sont frappées de ces inconvénients plus encore que les pilules et les opiats, électuaires, etc. Les pilules qu'on fait en solidifiant le Copahu par la magnésie calcinée sont une forme assez commode, mais tout récemment on a inventé un artifice qui réunit beaucoup d'avantages. Sous le nom de capsules gélatineuses de Copahu on a renfermé un gramme (18 grains) de baume dans une enveloppe gélatineuse très-facile à avaler, tant à cause de son petit volume que de sa forme olivaire. Les parois de gélatine sont assez épaisses pour qu'on n'ait pas à craindre que la résine s'en échappe dans la bouche. Comme elles se dissolvent facilement dans l'estomac, tout le Copahu est bientôt susceptible d'être absorbé. Ce mode d'administration est aussi celui qui altère le moins les propriétés du médicament. Il ne les altère même en aucune manière, puisque la résine est simplement contenue dans la gélatine sans y être combinée. M. Rathier a imaginé d'introduire ces capsules dans le rectum en les induisant d'un corps gras. Il dit avoir expérimenté que l'action du remède se fait très-bien sentir de cette manière. Pour ne pas fatiguer les voies digestives, il fait prendre moitié des capsules par la bouche et l'autre moitié par le rectum.

Enfin, pour terminer ce qui regarde l'emploi du Copahu dans la blennorrhagie, nous ne saurions trop recommander la graduation des doses en commençant par 2 à A grammes (un demi-gros ou 1 gros) au plus, puis s'élevant progressivement jusqu'à la quantité curative qui dépasse rarement 15 grammes (une demi-once) en vingt-quatre heures. Il n'est pas moins important de persister plusieurs jours dans cette dose et de n'abandonner la médication qu'après être graduellement descendu au point d'où on était parti. Les récidives sont presque infaillibles si l'on s'arrête lorsqu'on voit l'écoulement supprimé. Il faut, lorsqu'on est certain d'avoir obtenu un amendement, nous ne nous lasserons pas de le répéter, poursuivre l'administration du remède pendant au moins une huitaine de jours.

Nous ne ferons qu'indiquer les avantages qui ont été reconnus au Copahu dans le traitement d'autres affections catarrhales que celles de l'urètre. Le catarrhe de la vessie est, parmi ces affections, celle qui est le plus heureusement modifiée par cette résine. C'est dans cette maladie à l'état chronique que M. Bretonneau a employé avec succès les lavements de Copahu. MM. Ribes, Delpech surtout, ont principalement insisté sur cette médication, à laquelle ils ont dû de belles guérisons. Nous renvoyons pour plus de détails sur ce point à ce que nous avons dit de l'usage de la térébenthine en pareille circonstance et qui s'applique trèsbien au Copahu.

Le catarrhe pulmonaire chronique est encore dans ce cas. M, Bretonneau a merveilleusement utilisé alors les lavements de Copahu. Il a dû à cette médication la guérison d'un catarrhe pulmonaire chronique qui avait longtemps passé pour une véritable phthisie avec fonte tuberculeuse. Le docteur Laroche a rapporté dans un recueil» américain {North American médical and surgical journal, 4826) sept observations concluantes de catarrhe chronique de la poitrine où le Copahu a produit des guérisons certaines. "Ce praticien prescrit vingt-cinq gouttes de Copahu dans une boisson aromatique. Halle cite3 dans son édition des œuvres de Tissot, un cas de la même maladie ayant succédé à une pleurésie rhumatismale et où le Copahu a parfaitement réussi. Une foule d'auteurs, qu'il est inutile de nommer, ont préconisé ses excellents effets dans la leucorrhée chronique. Nous renvoyons, pour ce qui est de toutes ces indications, à ce que nous en avons dit à propos des autres baumes et résines.

Les maladies de cause externe, les lésions produites par des violences extérieures, ont dû, dans les premiers âges du genre humain, précéder les dérangements spontanés de l'organisme, les affections internes, ou, pour mieux dire, développées sous l'influence d'une cause interne, constitutionnelle. La chirurgie a précédé la médecine. L'usage extérieur des agents thérapeutiques a précédé leur usage intérieur; puis l'analogie remarquée entre les caractères, la marche, la terminaison de quelques maladies internes, et de plusieurs de celles qui frappaient les yeux et qu'on traitait d'une manière déterminée, a conduit à employer dans les premières les moyens qu'on avait vus réussir dans celles-ci. C'est bien là, en effet, l'histoire médicale des substances résineuses et balsamiques.

De la conservation des chairs mortes dans les embaumements, ces substances ont été transportées, par esprit de rapprochement, à la restauration des chairs vivantes dans le pansement des plaies et des ulcères. Puis, comme elles desséchaient les cadavres, les réduisaient à leur trame solide, les momifiaient, elles devaient aussi tarir chez l'homme vivant les sécrétions, les exhalations trop abondantes, dessécher les membranes et les

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tissus : de là leurs propriétés dessiccatives, détersives, antipurulentes, dans les plaies, les ulcères cutanés dont la cicatrisation était retardée on empêchée par la formation exagérée du pus.

Les baumes et les résines ainsi acquis à la thérapeutique externe, l'analogie n'avait pas une grande distance à franchir pour appliquer ces substances à la curation des ulcérations internes, des sécrétions muqueuses et purulentes qui avaient leur siège sur des surfaces splanchniques. On commença ce progrès par leur emploi topique sous forme naturelle ou sous forme de fumigations dans celles de ces affections accessibles à de pareils modes d'administration, comme, par exemple, dans la bouche et tous les orifices des cavités intérieures tapissées par des membranes muqueuses. L'œil, les fosses nasales, le conduit auditif, la vulve, le vagin, le rectum, traités ainsi avec succès dans les lésions de leurs membranes muqueuses qui offraient le plus de correspondances avec celles de la peau et avec l'état morbide des surfaces accidentellement divisées dans les plaies, furent donc de cette manière les voies intermédiaires qui firent passer les agents dont nous parlons, de la thérapeutique chirurgicale à la thérapeutique médicale; et bientôt, tous les flux muqueux et purulents du tégument interne, furent combattus comme d'abord l'avaient été ceux du tégument externe.

L'analogie a, dans ce cas, servi si fidèlement, que les baumes et les résines sont mieux restés en possession du traitement des maladies internes où ils n'ont été employés que par extension, que de celui des maladies externes qui a fondé leur réputation et a été le point de départ d'où on s'est élevé pour les appliquer à des affections plus cachées. L'espoir d'atteindre et de modifier les surfaces muqueuses catarrhales et les ulcérations de ces surfaces, en donnant à l'intérieur les substances que nous étudions, cet espoir n'a guère pu découler que de l'idée conçue par les anciens de la possibilité, pour ces substances, d'être absorbées et transportées aux membranes muqueuses par voie de circulation, et ensuite de la pensée où ils étaient qu'ainsi mises en contact avec ces tissus malades, elles agiraient sur dix comme elles le faisaient quand on les appliquait immédiatement sur des points accessibles aux topiques. Or les anciens s'étaient très-bien rendu compte du mode d'action des baumes et résines dans le traitement des ulcérations, des suppurations, des catarrhes externes qu'ils pansaient ou touchaient avec ces topiques.

Il faut donc admettre qu'ils ont été guidés, dans leur extension des remèdes en question, du traitement externe au traitement interne, par l'opinion que nous avons établie sur le mode d'action de ces remèdes pris à l'intérieur, savoir que, mêlés au sang, puis aux fluides exhalés par les membranes muqueuses ou déposés sur elles (comme l'urine pour son appareil excréteur), nos agents font éprouver à ces surfaces une modification irritative qui se substitue, pour ainsi dire, à leur irritation morbide, ou bien ramène les catarrhes chroniques à un état aigu artificiel qui suspend la sécrétion pathologique pour bientôt cesser rapidement lui-même.

En effet, cette manière de voir était celle de la plupart des anciens pathologistes, bien qu'aucun ne Tait exprimée dans les termes dont nous nous sommes servis. Elle s'est successivement empreinte de leurs théories sur l'action intime des médicaments, sur la composition chimique qu'ils leur supposaient, ainsi que sur les influences et les combinaisons qu'ils croyaient s'opérer entre leurs éléments et ceux des humeurs ou des solides ; mais au fond et en résultat, c'était la même idée.

Maintenant, nous avons à nous demander s'il ne serait pas légitime et raisonnable de retourner l'induction analogique des anciens, et de chercher à savoir par l'expérience jusqu'à quel point on pourrait changer, par l'usage intérieur des baumes et des résines, l'état des surfaces suppurantes autres que les membranes muqueuses, modérer ou suspendre, en un mot, la sécrétion purulente de tous les tissus, de toutes les surfaces pyogéniques accidentellement développées par le travail inflammatoire et qui exhalent une quantité de pus disproportionnée et interminable. Nous pensons que de pareils essais ne seraient ni téméraires, ni indignes d'attention.

Il est certain, d'une part, que les substances résineuses et balsamiques directement appliquées sur des membranes muqueuses, sources d'un flux muqueux exagéré, mucoso-purulent ou purulent, modifient ces membranes de manière à les ramener à leur sécrétion normale. Il n'est pas moins incontestable, d'autre part, que prises à l'intérieur et appliquées indirectement à ces membranes muqueuses dans les mêmes conditions morbides, ces médicaments produisent des effets thérapeutiques identiques, très-probablement suivant le même mode d'action que dans le premier cas.

Mais il est aussi d'observation, que l'application directe de ces moyens exerce une influence antisuppuratoire et cicatrisante sur les surfaces des solutions de continuité des membres et du tronc qui fournissent une suppuration de mauvaise nature ou surabondante et ne tendent pas à une prompte et louable cicatrice, soit que ces solutions de continuité aient été produites par l'art ou par accident, soit que leur formation ait été spontanée comme dans les ulcères proprement dits. Les applications directes ont aussi des avantages analogues, faites par injection ou par introduction de mèches ou de plumasseaux de charpie, etc., qui en sont enduits, dans des trajets fistuleux, des clapiers, des abcès vides de leurs collections, dont les parois, comme organisées à la manière des membranes muqueuses, reproduisent incessamment du pus, ou bien sont douées de trop peu de validité, en un mot, sont privées des conditions nécessaires pour une bonne inflammation adhésive et la cicatrisation qui doit s'ensuivre.

Pourquoi donc dans ces dernières circonstances, les résines et les baumes pris a l'intérieur, et appliqués indirectement à toutes ces parties malades , ne les modifieraient-ils pas, comme lorsqu'on les y applique topiquement, quand nous venons de voir que cette analogie d'action existe si bien pour les affections catarrhales des membranes muqueuses ?

11 est vrai que nous avons reconnu que les substances en question exer-

cent sur ces membranes une inflence physiologique et thérapeutique spéciale qui se fait, de plus, particulièrement sentir sur celle des voies urinaires, et nous avons essayé de rechercher pourquoi. Mais cette influence, pour être incontestablement plus marquée sur ces tissus, ne porte pas exclusivement sur eux. Les éruptions cutanées, les douleurs céphaliques et celles qui se répandent avec un sentiment de chaleur dans les membres et tout le long des troncs nerveux, etc., témoignent assez d'une action générale, quoique plus concentrée sur les muqueuses, ensuite sur la surface cutanée.

En rappelant cette propriété des résines prises à l'intérieur, de produire sur la peau certaines formes d'éruptions, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que cette circonstance est un argument à ajouter aux autres en faveur de notre opinion sur le mode d'action thérapeutique de ces substances. En effet, ces éruptions cutanées artificielles ressemblent beaucoup et sont très-souvent identiques à celles que détermine sur la peau V application directe des résines et des emplâtres aggluiinatifs qui en contiennent.

Ce serait sans doute abuser de l'analogie que de la pousser jusqu'à examiner la question de savoir si en admettant la théorie de Delpech sur la formation du pus qu'il affirme être, dans tous les cas, le produit de la sécrétion d'une membrane créée par le travail inflammatoire, membrane qu'il nomme pour cela pyogénique, et qui présente quelques points de ressemblance avec les membranes mucipares sauf la présence des follicules, si, disons-nous, l'existence de ces surfaces muqueuses rudimentaires et de circonstance pour la génération du pus, doit être un motif à ajouter à ceux que nous avons déjà exposés en faveur de l'emploi de substances résineuses dans toutes les suppurations... Faudrait-il voir dans ce fait une nouvelle similitude non -seulement entre les produits des membranes muqueuses et ceux des autres tissus enflammés, mais encore entre la nature et l'organisation des surfaces qui exhalent ces produits dans l'un et l'autre cas, puis aller jusqu'à déduire de ce rapprochement une indication encore plus légitime de l'usage des remèdes balsamiques et résineux dans les maladies qu'on aurait ainsi presque identifiées sous tous les rapports avec les maladies catarrhales? Nous jetons, en passant, cette donnée sous les yeux du lecteur, sans y attacher d'importance. A quoi servirait de s'y arrêter, puisqu'elle est insoluble et que toutes les probabilités dont on s'efforcerait de l'étayer, peuvent être renversées par des négations auxquelles il n'y a rien à répondre ?

Les agents thérapeutiques que nous examinons, mériteraient peut-être aussi d'être utilisés dans certains cas d'infection purulente générale et de disposition à des suppurations nombreuses, disséminées et indéfinies. Il est, comme on sait, des individus qui suppurent pour rien, qu'on appelle vulgairement venimeux, et qui, sous l'influence de la moindre cause, de la plus légère blessure, etc.... éprouvent des séries de petits phlegmons qui passent presque d'emblée à la suppuration, ce que, nous avons surtout

remarqué aux doigts. Une fois un premier point de suppuration établi, il y a chez ces sujets une désespérante tendance à la reproduction interminable, à la diffusion générale de ces points suppurants, et si au milieu de cette disposition, ils viennent à être frappés de quelque pblegmasie paren- «chymateuse ou des membranes séreuses, ces affections sont exposées à se terminer rapidement par la suppuration. Les exutoires, toutes les suppurations artificiellement produites dans un but dérivatif, etc., peuvent être la source de cette diathèse pyogénique.

D'autres individus voient, au printemps surtout, une succession de furoncles et d'anthrax bénins pulluler spontanément et sans fin sur les joues, à la nuque, dans la région dorsale et fessière, aux membres, et chacun sait combien ces éruptions sont pénibles et douloureuses, combien la cause qui y préside est difficile à atteindre et à détruire, d'autant plus que l'effet devient lui-même cause à son tour.

Nous le répétons, l'emploi des résines nous paraît susceptible d'être mis à profit dans ces circonstances ainsi que dans ce qu'on nomme aujourd'hui les résorptions purulentes, qui, prenant leur source dans un vaste foyer de suppuration, vont remplir de pus toute l'économie et semer les parenchymes, les poumons, le foie, la rate, le cerveau en particulier, d'innombrables abcès, d'infiltrations de pus, accidents presque toujours mortels. Nous en dirons autant des phlébites accidentelles ou spontanées qui, suivant des théories un peu iatro -mécaniques, il est vrai, s'accompagnent des mêmes résultats. On a tenté dans ces graves altérations une foule de moyens assurément moins légitimés par l'analogie que ceux sur l'expérimentation desquels nous appelons l'attention des médecins. Ce ne sont là, il est vrai, que des conjectures; mais elles n'ont rien de trop hasardé, et comme on peut sans danger juger de leur valeur par l'expérience, nous n'avons pas cru déplacé de les proposer.

Nous nous sommes déjà prononcés sur la réserve qu'il fallait apporter dans l'application des baumes et résines à la phthisie tuberculeuse des poumons. Ici, les abcès, les vastes suppurations, ne sont pas toute la maladie. Il y a derrière eux un principe qui se renouvelle incessamment; et si les résines et les baumes sont capables d'atténuer ces suppurations, de favoriser la cicatrisation des cavernes, de modérer cette expectoration purulente et catarrhale qui jette les malades dans une si rapide colliquation, il est à craindre que par le stimulus qu'elles portent au poumon, elles n'activent et ne favorisent la sécrétion tuberculeuse qui est la cause de toutes ces altérations consécutives.

Nous pensons en effet, avec l'illustre auteur de Y Examen des doctrines, que l'irritation est un appel puissant fait dans les tissus à la disposition de la matière tuberculeuse chez les personnes qui sont disposées à ce vice de nutrition. Il ne faut donc se servir alors de ces moyens que dans les circonstances que nous avons spécifiées dans nos chapitres particuliers. Nous devons ajouter toutefois que les substances balsamiques et l'eau de goudron sont susceptibles d'être employées avec avantage dans un très-grand

nombre de phthisies tuberculeuses, et que ce qui précède concerne surtout les substances résineuses.

Il est bien singulier que la plupart des auteurs de Matière médicale, tout en attribuant aux résines l'effet de supprimer les flux muqueux et purulents du tégument interne, aient pourtant professé que dans le catarrhe pulmonaire, par exemple, l'action des substances balsamiques n'était pas la même ; qu'au lieu de tarir la sécrétion bronchique, elle la favorisait au contraire, et était alors utile à la manière des expectorants. Nous pensons que cette distinction ne doit pas être faite, et qu'en définitive les baumes, pour avoir une action moins active, moins irritante que les résines, n'en sont pas moins susceptibles de leur être assimilés sous le rapport de leur mode d'influence. Ces auteurs ont été du reste en contradiction avec euxmêmes, en n'établissant pas cette distinction dans la manière d'agir des résines et des baumes, lorsqu'ils ont conseillé ceux-ci au même titre et comme succédanés et analogues de celles-là dans la leucorrhée, la gonorrhée, les flux mucuso-purulents des oreilles, et le pansement des plaies.

Les baumes sont des médicaments tout à la fois résineux et aromatiques. Par la première de ces propriétés ils se rapprochent des résines, et quelques-uns de leurs effets thérapeutiques se confondent avec ceux de ces premières substances. On connaît ces effets. Par la seconde de leurs propriétés, ils ont de l'analogie avec les labiées, etc., dont ils reproduisent plusieurs des vertus médicinales, la sudorifique, l'expectorante,' par exemple. Cette distinction met, comme on le voit, d'accord les deux opinions, en apparence contradictoires, qui régnent sur le compte de ces agents thérapeutiques.

Ces considérations générales, cette manière d'envisager les substances que nous venons d'étudier, dans leur rapports possibles et probables avec des affections qui, jusqu'ici, ne les ont pas comptées dans la liste de leurs modificateurs thérapeutiques, tout cela nous a paru utile pour compléter cet important sujet.

Le Soufre est un corps simple, métal- l'eau, peu soluble dans l'alcool, soluble dans loïde, qui se trouve abondamment dans la l'essence de térébenthine; si on l'enflamme, nature, soit à l'état natif, soit à l'état de il passe à l'état d'acide sulfureux, combinaison. Il est très-répandu, surtout à Le Soufre est fourni par le commerce sous l'état de sulfure et de sulfate. Uniàl'hydro- deux états : 1° en bâtons cylindriques, casgène et au sodium, il fait la base des eaux sants, friables : c'est le Soufre en canons; minérales sulfureuses. Il entre aussi comme 2° sous la forme de poussière cristalline, élémentdans plusieurs végétaux (crucifères), jaune : c'est le Soufre sublimé on fleurs de dans quelques matières animales, etc. Soufre. Dans ce dernier état, le Soufre con-

Ce corps est solide, de couleur citrine, tient toujours de l'acide sulfurique ou sul-

insipide, inodore, mais acquérant un peu fureux; pour l'usage médical, on le prive de

d'odeur par le frottement ; il entre en fu- ces acides par le lavage ; il forme alors les

sion à 108° environ. Il est insoluble dans fleurs de Soufre lavées; 3° enfin, en phar-

macie on emploie sous le nom Aemagistère de Soufre un précipité blanc jaunâtre qu'on obtient en traitant le persulfure de potassiumpar l'acide chlorhydrique; ce produit, autrefois employé en médecine, est aujourd'hui à peu près abandonné ; quelques chimistes l'ont considéré comme un sous-sulfure d'hydrogène SH2.

Nous renvoyons aux traités de chimie pour l'extraction de ce corps.

Le Soufre fait la base d'un très-grand nombre de préparations. A l'intérieur, on l'administre en substance sous forme de tablettes, de pastilles, de pilules, etc. A l'extérieur, on le prescrit uni aux graisses, avec lesquelles il forme des pommades, des cérats ou onguents.

Voici quelques formules :

Tablettes de Soufre.

Pr. : Soufre lavé, 64 gr. (2 onces).

Sucre en poudre, 600 (1 livre).

Gomme adragante, 5,30 (99 grains).

Eau de roses, 32 (l once).

On fait un mucilage avec l'eau de roses et la gomme à la manière ordinaire , et l'on prépare des tablettes de 1 gramme (20 grains) ; chacune contient 10 centigrammes (2 grains) de Soufre.

Il est très-important dans cette préparation d'employer les fleurs de Soufre lavées, car celles du commerce renfermant, comme nous l'avons dit, de l'acide sulfurique, et celui-ci attirant l'humidité de l'air, les tablettes préparées avec une pareille matière ne sécheraient jamais.

Pour l'usage externe, au contraire, on préfère employer les fleurs de Soufre non lavées qui agissent mieux contre les affections cutanées en raison des acides qu'elles contiennent.

Pommade soufrée.

Pr. : Fleurs de Soufre, Axonge,

Mêlez.

t part.

Le Soufre fait la base d'un grand nombre de pommades antipsoriques ; il fait partie principale de la pommade d'Alibert, de celle û'Helmerich, de la pommade sulfo-savonneuse, etc.

Le docteur J. Hannon a tout récemment préconisé le Soufre dans l'état moléculaire spécial qu'il appelle à l'état brun et visqueux.

Le Soufre, à l'état sous lequel nous l'indiquons ici, peut être obtenu de diverses manières.

Si l'on fait un mélange de deux parties de nitrate de potasse et de deux parties de chlorure de sodium, et que l'on y ajoute une partie de sulfure de cuivre, obtenu directement ou par précipitation, il se formera du Soufre visqueux en ajoutant au mélange de l'acide sulfurique jusqu'à ce qu'il ne se produise plus d'effervescence.

Le soufre visqueux vient surnager à la surface du liquide, sous forme de globules plus ou moins gros.

De l'eau régale se forme pendant cette réaction, celle-ci réagit sur le sulfure de cuivre, le transforme en chlorure et met le Soufre en liberté. Si l'on ajoute un excès d'acide sulfurique, il se forme de l'acide chlorhydrique et du sulfate de cuivre. Cela ne nuit point à l'opération ; du reste, on obtient dans tous les cas la même quantité de Soufre visqueux.

En traitant directement le sulfure de cuivre par l'eau régale, on obtient également du Soufre visqueux, il convient d'ajouter de l'eau régale jusqu'à ce que tout le cuivre soit dissous et transformé en chlorure.

Ce Soufrecvisqueux, lavé et recueilli sur un filtre, est plus actif que le Soufre obtenu par le procédé suivant :

Le Soufre entre en fusion à + 108 degrés, il est alors d'un jaune clair et transparent, il est jaune jusqu'à + 140 degrés; s'il se refroidit alors, il redevient ce qu'il était avant d'avoir été fondu ; mais si le Soufre fondu est chauffé davantage, à + 160 degrés, il devient brun et visqueux; à + 250 degrés, il est noir et perd sa fluidité; dans cet état, si on le place sous l'eau, il reste pendant longtemps à l'état pâteux, et conserve sa couleur foncée , surtout lorsqu'il est resté exposé pendant une demi-heure à la même température.

Le Soufre jaune et solide et le Soufre brun et visqueux sont deux états allotropiques d'un même corps, ils ont sous ces deux états, tout en ayant la même composition chimique, des propriétés physiques, chimiques et thérapeutiques différentes.

Le Soufre brun et visqueux prend toutes les formes, il ressemble à de la gutta-percha ramollie par l'eau bouillante. Rien de plus facile par conséquent que de le façonner comme on le veut et d'en faire des pilules.

Le Soufre brun s'administre à l'intérieur à des doses variées suivant l'effet que l'on veut en obtenir. A l'extérieur , il peut, .comme le Soufre jaune, être employé sous forme de pommades, d'onguents, etc., dans le traitement de la gale et des dartres.

Comme purgatif, il ne doit jamais être employé, le Soufre jaune est infiniment préférable sous ce rapport, parce que ce dernier est moins attaquable dans le tube digestif et moins excitant.

La véritable indication de l'emploi du Soufre brun est de l'administrer comme stimulant.

Il convient alors de le prescrire en pilules de 2 grains (10 centig.). Trois ou quatre de ces pilules produisent un effet égal à 20 grains de Soufre jaune.

Le Soufre mou, précipité en faisant réagir l'eau régale sur le sulfure de cuivre, est plus actif encore. Deux pilules de 2 grains suffisent.

Une condition essentielle pour que l'action du Sonfre brun soit efficace est que sa préparation soit récente. En effet, au bout

d'un certain temps, le Soufre brun redevient dur, cassant, jaune, et sa densité s'élève à 2,05 ; sous cette forme, le médicament agit comme le Soufre ordinaire.

11 en est de même lorsqu'on veut l'administrer à l'extérieur.

1° A l'intérieur. — On peut à l'intérieur administrer soit le Soufre brun précipité, soit le Soufre brun obtenu par fusion.

Il convient, dans le premier cas, de mêler le Sou Ire brun au baume de Tolu, lequel jouit de la propriété de conserver pendant assez longtemps le Soufre à l'état particulier sous lequel nous le recommandons.

Dans le second cas, il suffit tout simplement de faire les pilules d'après le procédé ordinaire employé par les pharmaciens pour diviser les masses pilulaires. Comme diaphonique, le Soufre brun précipité se prescrit à la dose de 5 à 20 grains (25 centigrammes à 1 gramme) ; le Soufre brun obtenu par fusion à la dose de 20 à 50 grains (1 gram. à 2 gram. 1/2).

Pilules par le Soufre brun précipité,

Pr. : Soufre brun précipité, 8 gram.

Baume de Tolu, q. s.

Pour faire s. a. pilules de 20 centig.

Chaque pilule contient 3 grains 1/2 de Soufre. La dose en est de 2 à 4 par jour dans l'eczéma chronique , les affections squammeuses, les affections psoriques et dans les bronchites chroniques.

Pilules de Soufre brun obtenu par fusion.

Pr. : Soufrebrun obtenu par fusion, 8 gram. Div. s. a. en pilules de 20 cent.

La dose en est de 6 par jour dans les cas précités.

Ces deux préparations peuvent remplacer tous les autres modes d'administration du Soufre à l'intérieur.

2° A l'extérieur. — Le Soufre brun précipité doit être préféré au Soufre brun en fusion lorsqu'il s'agit de l'administrer en onguent ou en pommade.

11 a une action très-vive sur la peau ; beaucoup plus vive que celle du Soufre jaune.

Cérat au Soufre brun précipité.

Pr. : Soufre brun précipité, 2 gram.

Cérat simple, 8

Baume de Tolu, 1,50

Mêlez.

Pour frictions contre les dartres.

Pommade au Soufre brun précipité.

Pr. : Soufre brun précipité, 8 gram.

Baume de Tolu, 2

Axonge, 30

Mêlez.

Onguent au Soufre brun précipité.

Pr. : Soufre brun précipité, 4 gram.

Baume de Tolu, 2,50

Axonge, 15 Mêlez.

Ces pommades agissent plus promptement et plus sûrement que toutes les autres pommades soufrées indiquées jusqu'à ce jour, comme il est facile de s'en convaincre par des expériences comparées.

Quant à la raison pour laquelle le Soufre brun et visqueux exerce une action plus grande sur l'organisme que le Soufre ordinaire, il est facile de l'expliquer : de deux corps, le plus actif est celui qui présente le moins de cohésion; or, le Soufre brun présentant moins de cohésion que le Soufre jaune, le premier est nécessairement plus actif que le second.

Acide sulfureux.

L'Acide sulfureux est gazeux, incolore, d'une odeur vive et piquante; soluble dans l'eau, qui en dissout 37 fois son poids ; sa densité est de 1,053.

Cet acide n'est employé en médecinequ'à l'état de gaz; à cet effet, on l'obtient par la combustion du Soufre au contact de l'air, et l'on expose le malade à l'action du gaz qui se forme, au moyen d'appareils disposés de manière qu'il puisse en respirer.

Ces fumigations ont, dans certains cas, une assez grande valeur thérapeutique.

L'Acide sulfureux liquide étant inusité, nous n'en décrirons pas le mode de préparation.

Acide sulfurique.

(Voir à l'article des irritants la description de cet acide.)

Acide hydrosulfurique.

(Acide sulfhydrique, hydrogène sulfuré.)

L'hydrogène sulfuré est gazeux, incolore, d'une odeur fétide., analogue à celle des œufs pourris. il e'stsolubledans l'eau, il noircit la plupart des métaux, et précipite un grand nombre de dissolutions salines en formant des sulfures métalliques. Sa densité est de 1,19.

On ne l'emploie en médecine que sous forme de dissolution aqueuse. Il entre dans la composition de plusieurs eaux minérales; c'est le principe le plus actif des eaux sulfureuses. On le prépare en faisant réagir quatre parties d'acide chlorhydrique sur une partie de sulfure d'antimoine en poudre.

On prépare avec cet acide Veau hydrosulfurée qui contient deux fois son volume de gaz, et qui sert à préparer quelques eaux minérales . On 1 emploie au ssi comme réactif.

Sulfures alcalins.

Le Soufre, qui se combine à la plupart des métaux et surtout avec ceux de la pre-

mière section, forme avec ceux-ci des sulfures très-sol u blés remarquables par leur action médicale énergique; ce sont : les sulfures de Potassium, de Sodium, de Calcium. On les rencontre souvent, sous cet état, dans les eaux minérales.

Ces différents sulfures peuvent se combiner avec de nouvelles quantités de Soufre et forment des polysulfures, les seuls qui soient usités en médecine. Ceux-ci sont solides ou liquides, d'une couleur brune, mêlée de rouge et jaune, d'où le nom de foie de Soufre; ils dégagent de l'hydrogène sulfuré par les acides et donnent un dépôt de Soufre hydraté.

Sulfure de potassium.

(Foie de soufre, sulfure de potasse, polysulfure de potassium.)

11 existe, d'après le Codex, un sulfure solide et trois sulfures liquides.

La foie de Soufre ou sulfure de potasse solide s'obtient d'après le procédé suivant :

Pr. : Soufre, 'sublimé, 2 kil. (1 livre).

Carbonate de potasse, puretsec, 3450 gr. (6 1.1 4 onc).

Mêlez exactement ces deux substances, divisez le mélange dans cinq matras à fond plat, placés au bain de sable ; chauffez graduellement jusqu'à ce que le soufre soit en fusion tranquille ; cessez le feu; laissez refroidir les matras; brisez ; mettez de suite le sulfure dans un vase bouché exactement. (Guibourt.)

Les sulfures de potasse liquides (foies de Soufre liquides, polysulfure et persulfure de potassium liquides du Codex) s'obtiennent soit par la dissolution du sulfure de potasse sec dans l'eau, soit par l'ébullition du Soufre avec une dissolution de potasse caustique à 35°.

Indiquons les préparations pharmaceutiques dans lesquelles le sulfure de potassium entre comme élément principal.

Sirop de sulfure de potasse.

(Sirop de foie de Soufre.)

Pr. : Sulfure de potasse, 45 centig. (9 gr.), Eau distillée, 90 (18 gr.).

Sirop simple, 32 gram. (1 onc).

Faites dissoudre le sulfure dans l'eau et mêlez la dissolution au sirop.

On prépare les bains sulfureux, en faisant dissoudre dans l'eau du sulfure de potasse sec ou liquide ; la dose doit varier avec la quantité d'eau que l'on emploie et la force que l'on veut donner au bain.

La dose ordinaire est de 1 5 à 30 grammes (1/2 once à 1 once) de sulfure sec.

Bain gélatino-sulfureux.

Pr. : Colle de Flandre, 1000 gram. (2 liv.). Sulfuredepotasse

liquide, G0 (2 onc).

Eau, q. s.

Faites dissoudre la colle de Flandre à chaud dans une suffisante quantité d'eau, et mélangez, en même temps que le sulfure de potasse , avec l'eau destinée au bain (hôpit. de Paris).

Uniment hijdrosulfurë de Jadelot.

(Pommade de Jadelot.)

Pr. : Huile d'œillette, 1000 gram. (2 liv.).

Savon blanc, 500 (1 liv.).

Sulfuredepotasse

en poudre, 100 (3onc).

On ramollit le savon au bain-marieavec un peu d'eau, on ajoute l'huile par parties, et ensuite le sulfure.

Sulfure de sodium.

Le sodium a, comme le potassium, plusieurs degrés de sulfuration.

Leprotosulfure de Sodium (hydrosulfate de soude) est incolore à l'état pur ; il est déliquescent, très-soluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool, se change à l'air en hyposulûte.

Ce se^ est fort peu usité en médecine, il n'est employé qu'à la préparation des eaux minérales sulfureuses et des bains sulfureux. Mêlé à quelques huiles essentielles et à des aromates, il forme les bains de Bare'ges, dits inodores.

Le Codex indique également un sulfure de soude sec, et un sulfure liquide dont les préparations sont les mêmes que ceux cor-' respondants de potasse.

Sulfure de Calcium.

Il existe trois combinaisons de calcium avec le Soufre. Deux de ces sulfures sont employés en médecine, l'un est solide à l'état sec, l'autre est liquide.

Le sulfure de chaux sec (foie de Soufre calcaire) est en masse jaune rougeâtre, poreuses et friables, se dissolvant en partie dans l'eau qui le transforme en hydrosulfate non sulfuré.

Ce sulfure sert à composer des pommades antipsoriques et antidartreuses. 11 est employé contre la gale sous le nom de poudre de Pihorel, à la dose de 2 grammes (36 grains) délayés dans un peu d'huile; on en frictionne le creux des mains matin et soir. On l'emploie aussi en bains, associé à un peu de colle de Flandre.

Le sulfure de chaux liquide est jaune orangé, d'une odeur d'œufs gâtés; il est employé, comme les autres alcalins, pour la préparation des bains sulfureux.

Applications thérapeutiques. Dès les premiers âges de la médecine, le Soufre était employé comme moyen désinfectant, sans doute parce qu'il masquait les odeurs fétides, au même titre, d'ailleurs, que l'on emploie, de nos jours, les fumigations aromatiques. C'est à peine si dans les livres hippocratiques il est fait mention du Soufre. Dioscoride et Pline sont les premiers qui aient spécifié quelques-unes des applications thérapeutiques du Soufre. Ils le conseillaient intérieurement et extérieurement dans les maladies de poitrine. Galien envoyait ses phthisiques en Sicile pour y respirer l'air sulfureux des volcans. Depuis lors le Soufre est entré dans la composition d'une multitude d'arcanes, qui tous, suivant leurs inventeurs, avaient des vertus merveilleuses que l'expérience n'a pas consacrées.

Action physiologique du Soufre.

Pris à la dose de A décigrammes à 1 gramme (8 à 20 grains) par jour, le Soufre ne donne lieu à aucun phénomène remarquable. Seulement on remarque que les garde-robes et les gaz intestinaux prennent une plus grande fétidité. A une dose un peu plus élevée administrée en une fois, 6 à 8 grammes (l gros et demi à 2 gros) pour un adulte; 2 à -4 grammes (36 à 72 grains) pour un enfant, le Soufre en poudre agit comme laxatif, sans donner lieu d'ailleurs à de vives coliques. Mais quand on le prend à doses fractionnées, de telle manière pourtant qu'il en soit consommé 4 à 8 grammes (1 à 2 gros) par jour, on voit survenir une excitation générale caractérisée par une augmentation dans la fréquence du pouls et dans la chaleur de la peau. En même temps on remarque que la peau exhale une odeur de Soufre non équivoque; et les diverses sécrétions muqueuses charrient de l'acide hydrosulfurique au point de noircir des pièces d'or et d'argent. On prétend même que la sueur peut acquérir une couleur telle qu'elle teigne en jaune léger le linge de corps des malades.

Action thérapeutique du Soufre,

Le Soufre a joui et jouit encore d'une réputation un peu usurpée dans le traitement des dartres diverses. Nous ne voulons pas refuser absolument à cette substance les vertus thérapeutiques qu'on lui a accordées; mais l'expérience a prouvé que le Soufre n'était réellement utile que dans un petit nombre de maladies chroniques de la peau. Diverses pommades soufrées rendent quelquefois des services dans le traitement des dartres humides; mais, dans les formes sèches, ces médicaments restent presque toujours impuissants. Il est toutefois une maladie de la peau, la gale, qui n'est combattue par rien mieux que par le Soufre.

Ce qui mit sans doute sur la voie de l'emploi du Soufre dans le traiteii. Zi2

ment de la gale, c'est que les ouvriers qui travaillaient soit à l'extraction, soit à la purification du Soufre, soit à la réduction des métaux dont les minerais contenaient beaucoup de Soufre, guérissaient prompteinent de la gale lorsqu'ils l'avaient avant d'embrasser la profession, et ne la contractaient pas quand une fois ils étaient employés aux ateliers. Les pommades faites avec les fleurs de Soufre ou tout simplement avec le Soufre et l'axonge suffisent, dans le plus grand nombre de cas, pour guérir rapidement la gale. Chaussier, et après lui M. Brachet, de Lyon, substituent aux pommades les fleurs de Soufre que l'on jette simplement dans le lit des malades, chaque soir, au moment où ils vont se coucher; il suffit de trois ou quatre semaines pour guérir la maladie. Mais c'est surtout aux sulfures alcalins que l'on a recours dans le traitement de la gale, soit que l'on se borne aux bains sulfureux que l'on donne pendant quinze à vingt jours, soit qu'on ait recours aux frictions faites dans le creux des mains avec le Uniment de Pihorel, soit qu'on préfère employer la méthode beaucoup plus expéditive qui, aujourd'hui, est généralement suivie à l'hôpital Saint-Louis et à l'hôpital des Enfants de Paris. Cette méthode est la suivante, et nous l'indiquerons sans la rapporter précisément à un auteur; car divers praticiens se disputent la priorité de son emploi.

M. le docteur Hébra, de Vienne, M. le docteur Bourguignon, M. Bazin, médecin de l'hôpital Saint-Louis, et MM. Legrand et Auguste Millot, médecins à Mello (Oise), ont très-particulièrement insisté sur le mode d'administration du Soufre dans le traitement de la gale, ce mode d'administration constituant en quelque sorte tout le traitement. La formule de MM. Legrand et Millot consiste dans un mélange de 125 gram. d'axonge, de d5 grammes de fleurs de Soufre et 5 grammes de sel marin. Le malade prend, la veille, un bain alcalin, et, le lendemain, il fait de six. en six heures une friction avec le quart de la quantité de pommade indiquée plus haut. Il importe que la friction soit faite sur toutes les parties du corps. Le lendemain, par excès de précaution, on prend un bain, et les vêtements que l'on portait auparavant sont mis au four afin de détruire les acarus et leurs œufs, s'il en restait dans les vêtements. Un jour de traitement suffit donc.

Le traitement de M. Bazin fondé sur le même principe, celui d'une administration vigoureuse et étendue à tout le corps, ne diffère de celui de MM. Legrand et Millot que par la nature du composé sulfureux. M. Bazin emploie la pommade sulfuro-alcaline d'Helmerich ainsi composée :

Soufre sublimé, 200 grammes.

> Sous-carbonate de potasse , 400

Axonge , 800 Mêlez.

A l'hôpital des Enfants malades de Paris , nous suivions avec un plein succès la méthode adoptée par notre collègue de l'hôpital Saint-Louis : les

frictions générales sont pratiquées deux jours de suite ; le troisième jour, on donne un bain sulfureux, et le quatrième jour nous renvoyons les malades après avoir, le matin, administré un deuxième bain sulfureux. Par excès de précaution, nous donnons à emporter aux malades à peu près 30 grammes de fleurs de Soufre dont ils auront soin de répandre dans leur lit chaque fois à peu près une demi-cuillerée à café.

M. Hardy a modifié d'une manière très heureuse le traitement des médecins que nous venons de citer ; et de très-nombreuses expériences faites par lui à l'hôpital Saint-Louis démontrent péremptoirement que deux heures de traitement suffisent. Voici en quoi consiste ce traitement. Dès que le galeux arrive, ou fait sur tout son corps une friction avec du savon noir. Cette friction dure de vingt à trente minutes ; puis il est plongé pendant une heure dans un bain alcalin. Au sortir du bain, on frictionne de nouveau tout le corps avec la pommade d'Helmerich, et le traitement est terminé. Il n'est pas besoin de dire que les ulcérations, les papules, les pustules qui peuvent accompagner la gale ne sont pas guéries en un instant; mais la gale est guérie, en ce sens que l'acarus est détruit, et que désormais il ne s'agit plus que d'une maladie de peau ordinaire et non contagieuse.

Quelques médecins ont l'habitude de ne traiter la gale et les maladies cutanées diverses que par l'usage interne du Soufre, qu'ils donnent à haute dose; ils prétendent éviter par là la répercussion. Nous pensons que cette méthode exclusive ne doit pas être admise, mais qu'il convient de l'associer à celle qui ne s'adresse directement qu'aux manifestations extérieures, sans tenir compte du reste de l'économie. Nous n'ajoutons pas une foi bien robuste aux diverses répercussions des maladies de la peau ; mais nous tenons trop aux idées hippocratiques pour ne pas conseiller toujours une médication qui a pour but de favoriser les crises par divers émonctoires.

Autant nous redoutons la disparition un peu brusque des exanthèmes qui sont évidemment l'expression d'une affection générale; aussi peu nous redoutons de guérir, même par les applications topiques les plus énergiquement répercussives, les maladies cutanées qui ne se lient pas à un état général et qui sont le résultat ou d'une irritation topique , ou d'un transmission contagieuse. Mais, dans ce cas même, si le mal a pris droit de domicile, si la constitution semble s'y être accommodée, si surtout la santé est devenue meilleure depuis le développement de l'affection cutanée, des précautions sévères doivent être prises; le mal doit être guéri lentement, et en même temps des purgatifs, des exutoires, un régime convenable doivent être conseillés.

C'est sans doute par cette action , pour ainsi dire dépurative, que le Soufre se recommande dans les rhumatismes chroniques et dans la goutte atonique. Van Swieten et Barthez ont particulièrement insisté sur cette médication, et quand deux médecins aussi éminents s'accordent pour conseiller un moyen, il ne faut pas le rejeter légèrement. Théoriquement, il

semble que l'usage intérieur du Soufre doit être utile dans le rhumatisme. Nous regrettons de n'avoir jamais vérifié par nous-mêmes les propriétés antiarthritiques de cette substance.

Nous avons vu plus haut que Dîoscoride, Pline, Galien, s'accordaient à vanter les heureux effets du Soufre pris à l'intérieur dans le traitement de la phthisie pulmonaire, du catarrhe chronique et de l'asthme. Il est assez probable qu'à une époque où le diagnostic des lésions anatomiques du poumon n'était pas porté aussi loin qu'il l'est de nos jours, des observateurs dignes de foi aient cru avoir guéri des tuberculeux avecle Soufre; mais aujourd'hui nous avons tous la triste conviction que, dans la phthisie pulmonaire, le Soufre, comme tout autre remède, est presque complètement inefficace, et qu'il n'est utile au contraire que dans les catarrhes chroniques. Dans ce cas on donne le Soufre en poudre ou en tablettes. Cette dernière forme est préférable, surtout pour les enfants.

L'usage du Soufre est-il utile dans le traitement de la scrofule, comme le veut Sœmmering? c'est ce que l'expérience seule peut décider. Le fait est que l'excitation générale qu'il produit devrait n'être pas sans utilité; et si l'on considère que les préparations sulfureuses diverses, dont nous allons nous occuper tout à l'heure, sont évidemment utiles dans les maladies scrofuleuses, on peut, par analogie , penser qu'à l'intérieur le Soufre lui-même pourrait rendre quelques services.

Gmelin, qui croit volontiers sans de très-bons motifs de croire, et qui, dans son Apparatus medicaminum , semble attacher plus d'importance à citer beaucoup qu'à citer judicieusement, parle du Soufre en poudre comme d'un vermifuge utile. Dans ce cas, il doit être donné à dose purgative.

Dans la salivation mercurielle , l'usage des pastilles de Soufre a été conseillé par Hecker comme un moyen sur lequel on pouvait presque toujours compter. Des expériences tentées à l'hôpital des Vénériens par Cullerier, quelques-unes que nous avons faites nous-mêmes, ne nous permettent pas de croire aux assertions de Hecker. Non que nous doutions de la véracité de cet écrivain, mais seulement parce que nous croyons qu'il a mal interprété les faits. La salivation mercurielle est quelquefois un accident très-simple et qui se guérit vite, quelque médication que l'on emploie. Or le Soufre, dans ce cas, agit comme toute autre substance, et il ne faut pas conclure que l'on a guéri par le Soufre lorsque tout simplement on a guéri avec le Soufre, ce qui n'est pas la même chose.

Enfin, Schmitjan l'a conseillé encore dans la dysenterie aiguë. Il ne le donne qu'après avoir calmé les premiers accidents à l'aide de Tipécacuanha administré comme vomitif.

Acide sulfureux. L'odeur suffocante de l'acide sulfureux, qui fait momentanément disparaître toutes les autres, avait fait croire que cet acide jouissait de vertus désinfectantes; aussi, de toute antiquité peut-être, fut- il employé pour prévenir et arrêter les maladies épidémiques et contagieuses. Dans les grandes épidémies de peste, on brûlait jadis du Soufre avec autant de confiance et de bonne foi que l'on dégageait de l'acide

chlorhydrique à la fin du siècle dernier, et que, de nos jours, on répand des chlorures.

Quant aux fumigations d'acide sulfureux dans le traitement des maladies de la peau, bien qu'elles eussent été indiquées par le fameux Glauber, par Lallouette, par Franck, cependant on doit à Gales et à d'Arcet père d'avoir ressuscité cette utile médication, qui, d'abord à l'hôpital Saint-Louis, et ensuite dans toute l'Europe, a été adoptée dans le traitement de la gale et de beaucoup de dartres vésiculeuses et pustuleuses. Le corps entier du malade, à l'exception de la tête, ou le membre que l'on veut traiter, est enfermé dans une caisse où arrive l'acide sulfureux, produit de la combustion du Soufre, ou dans l'intérieur de l'appareil, ou dans une boîte qui s'y rend par un conduit.

Ces fumigations s'emploient non-seulement dans les dartres et dans le traitement de la gale, mais encore dans celui des rhumatismes apyrétiques, des maladies des os, des scrofules, de la paraplégie, des névralgies sciatiques, etc.

Acide sulfurique. Nous avons déjà, dans le cours de cet ouvrage, parlé de l'acide sulfurique comme caustique et comme astringent. Nous avons, en parlant des acides, traité des applications que l'on en avait faites comme hémostatique, tempérant, etc.; il est tout à fait inutile d'y revenir ici. Qu'il nous suffise de dire que l'acide sulfurique, en tant que composé de Soufre, avait été incorporé à certaines pommades, à des huiles, pour être ensuite employé en frictions dans le traitement de la gale et des dartres, et que nous-mêmes nous l'avions conseillé en bains dans le même cas, à la dose de 100 à 500 grammes (3 onces à 1 livre) pour un grand bain. Pour les dartres furfuracées qui souvent couvrent le visage, l'eau acidulée avec l'acide sulfurique guérit fort souvent, soit par ses propriétés astringentes, soit par l'action toute spéciale du Soufre.

Acide hydrosulfurique. Cet acide, ainsi que nous l'avons dit plus haut, est le principe le plus actif des eaux minérales sulfureuses.

L'acide hydrosulfurique gazeux est un des poisons les plus violents; mêlé à l'air atmosphérique, (Jans la proportion d'un quinze-centième, il peut tuer un oiseau de petite taille, suivant les expériences de Thenard et de Dupuytren; un huit-centième peut donner la mort à un chien; un deuxcent-cinquantième à un cheval. Injecté dans les vaisseaux veineux ou dans les cavités séreuses, il peut tuer rapidement, et même, lorsque l'on plonge dans ce gaz le corps d'un animal, sans que d'ailleurs il en respire, la vie peut être compromise.

Si nous considérons combien est délétère l'action qu'il exerce sur l'économie, nous comprendrons peut-être la cause de quelques-uns de ses effets curatifs lorsqu'il est pris à l'intérieur. Il est certain que le système nerveux et le sang sont particulièrement influencés par ce poison, qui a une vertu stupéfiante très-manifeste. D'après cela, on conçoit jusqu'à un certain point qu'il diminue l'excitation fluxionnaire du poumon dans les catarrhes chroniques et dans les phthisies commençantes, et par là s'expliqueraient les

heureux effets des eaux minérales sulfureuses dans les maladies dont nous venons de parler.

Outre cette action stupéfiante qu'on ne peut contester, il en est une autre peut-être moins bien constatée, mais qui est affirmée par les médecins qui dirigent les établissements d'eaux minérales sulfureuses : nous voulons parler d'une propriété excitante telle que les crachements de sang s'observent souvent après quelques jours d'administration d'eaux, si la dose en a été trop rapidement accrue. Faut il attribuer ce résultat à l'élévation des lieux où se prennent ordinairement ces eaux, lieux où les hémoptysies sont si fréquentes, surtout chez ceux qui auparavant habitaient des pays peu élevés, au-dessus du niveau de la mer?

Le gaz hydrosulfurique gazeux a été employé en médecine comme stupéfiant. Niémann le faisait respirer à petites doses aux malades atteints de phthisie pulmonaire ; on l'a encore recommandé comme antispasmodique. Ces applications thérapeutiques, qui ne sont pas sans danger, devraient être à tout jamais bannies de la pratique. Quant à la solution de ce gaz dans l'eau, elle a été conseillée dans la phthisie pulmonaire mêlée au lait, et même à l'eau avec quelque sirop, exactement de la même manière que l'on prescrit les eaux Bonnes artificielles.

Sulfure de calcium. Ce sulfure a été extérieurement conseillé dans le même cas que les fleurs de Soufre. Il entre dans la composition des pommades antipsoriques et antidartreuses, à la dose de 2 à A grammes (1/2 gros à i gros) pour 30 à 50 grammes (1 once à 1 once 1/2) d'axonge. Mêlé a l'huile, il constitue la fameuse poudre de Pihorel qui a été tant employée dans traitement de la gale. On mêlait à de l'huile une petite quantité de sulfure de chaux pulvérisée, et on faisait, deux fois par jour, des frictions dans le creux des mains avec cette espèce de Uniment. Pihorel regardait ce moyen comme le plus efficace dans le traitement de la gale. A l'intérieur, il a été conseillé pour guérir la salivation mercuriclle à la dose de 1 à 5 décigrammes (2 à 10 grains) plusieurs fois par jour. Bush , de Strasbourg, au commencement de ce siècle, l'a préconisé, dans la phthisie pulmonaire ; il le mêlait avec parties égales d'extrait d'aconit, et administrait ce médicament à doses qui ne dépassaient jamais 1 à 2 grammes (18 à 36 grains). Récemment Harel de Tancrel a publié sur ce sujet un opuscule, dans lequel il rapporte plusieurs cas de phthisies qu'il aurait guéries par le mélange d'aconit et de sulfure de chaux. Bien que nous ayons tout sujet de croire à la véracité d'Harel, nous sommes pourtant convaincus qu'il a commis quelques erreurs, et qu'il a pris des catarrhes graves pour des phthisies tuberculeuses. Il n'en resterait pas moins un point acquis à la science, savoir : que le catarrhe chronique peut être heureusement modifié par le sulfure de chaux.

Quant à son efficacité dans le goitre et les scrofules, elle a été indiquée par Hoffmann et Stoll ; mais nous ne pensons pas que de nos jours on ait expérimenté dans ce sens.

Sulfure de potassium. Le sulfure de potassium est un poison fort éner-.

gique et des plus irritants. Appliqué à la peau et sur les membranes muqueuses, il agit comme léger caustique, et, sous ce rapport, il se place immédiatement à côté de la potasse, de la soude et de la chaux; aussi ne doit-on le prescrire à l'intérieur qu'avec des ménagements extrêmes, et mêlé à des substances qui atténuent son action, et dissous dans une grande quantité de liquide.

A l'intérieur, le sulfure de potassium a été donné à la dose de 4 à 3 décigrammes (2 à 6 grains) dissous dans 250 grammes (une demi-livre) d'eau distillée, sucrée et aromatisée, ou bien encore incorporé à du sirop de sucre, de manière que chaque cuillerée de ce sirop contienne 3 décigrammes (6 grains) de sulfure. M. Bayet l'associait au beurre de cacao, à l'huile d'amandes douces, et formait ainsi un savon qui perdait sa causticité tout en conservant les propriétés générales du sulfure.

C'était dans les catarrhes chroniques, dans la phthisie confirmée ou commençante, et même dans le croup, que l'on prescrivait à l'intérieur ces préparations de sulfure de potassium ; mais malgré les histoires des cures merveilleuses que l'on a rapportées et- dont on a grossi les journaux de médecine, il faut bien convenir que de toutes ces merveilles il ne reste qu'une efficacité assez peu contestable dans le traitement du catarrhe pulmonaire chronique. Et ce n'est pas seulement dans le catarrhe pulmonaire que le sulfure de potassium est utile, il rend d'aussi grands services dans le catarrhe de la vessie, de l'oreille, du nez, etc., et en général dans les flux muqueux. Nous l'avons souvent administré en lavement dans la dysenterie chronique, à la dose de 1 à 5 décigrammes (2 à iO grains), une, deux, et jusqu'à trois fois par jour, suivant la susceptibilité du malade., et suivant le bien que lui causait le remède.

A l'extérieur, le sulfure de potassium est un des médicaments les plus employés. Il sert à composer des bains sulfureux, sur lesquels nous allons nous arrêter quelques instants.

Lorsque l'on conseille des bains sulfureux, on a l'habitude de prescrire 125 grammes (A onces) de sulfure de potassium dissous dans une suffisante quantité d'eau pour un grand bain. On regarde comme une précaution à peu près indifférente d'ajouter ou de ne pas ajouter à l'eau du bain de l'acide chlorhydrique ou sulfurique. Or cette précaution, en apparence peu importante, est pourtant d'un intérêt extrême, et les effets obtenus sont essentiellement différents ; car tandis que le bain dans lequel on a fait dissoudre 125 et quelquefois jusqu'à 200 grammes (4 à 6 onces) de sulfure de potassium, cause à la peau une irritation telle que des accidents assez sérieux en peuvent être la conséquence, une pareille dose de sulfure avec addition d'acide se supporte avec la plus grande facilité. C'est que, dans le premier cas, le sulfure n'est pas décomposé, et que, dans le second, le sulfure est décomposé; il se fait un sel neutre inerte qui reste dissous dans l'eau du bain, une partie du Soufre se précipite, et l'acide hydrosulfurique se dégage. Il en résulte que, par le fait, si la quantité d'acide a été trop considérable, le sulfure de potassium peut se trouver

entièrement décomposé, et que le bain a perdu presque toute son activité. Aussi doit-on, pour un bain général, ne jamais excéder la dose de dG à 30 grammes de sulfure de potassium (4 à 8 gros), si l'on n'y ajoute pas d'acide ; tandis que, dans le cas contraire, on peut élever à 250 grammes (une demi-livre) la dose du sulfure. Les bains sulfureux, préparés suivant les doses et avec les précautions que nous venons d'indiquer, constituent à vrai dire des eaux minérales sulfureuses artificielles, à cela près de quelques sels de peu d'importance. Toutefois il est bon de remarquer que les eaux minérales sulfureuses ont pour base l'hydrosulfate de soude, et non l'hydrosulfate de potasse ; mais entre le sulfure de sodium et le sulfure de potassium, il n'y a réellement aucune différence thérapeutique essentielle. Ainsi tout ce que nous dirons des bains sulfureux composés avec le sulfure de potassium devra s'entendre de ceux dans lesquels entre le sulfure de sodium, et, en général, de toutes les eaux naturelles sulfureuses.

Dans les bains sulfureux deux choses sont à considérer, la dose du principe minéralisateur, la température du bain. — Le sulfure de potassium ou de sodium dissous dans l'eau, même à une température peu élevée, détermine à la peau une vive irritation, qui peut être extrême si la dose de sulfure a été très-considérable; cette excitation de la peau réagit sur toute l'économie, au point de donner lieu à une fièvre artificielle, à l'insomnie, et certaines personnes irritables sont obligées d'en cesser l'usage, ou du moins de mettre beaucoup d'intervalle entre chaque bain ; si maintenant la température est égale à celle du sang, c'est-à-dire supérieure à celle de la peau, et que le bain cède au corps du calorique, il s'ensuivra une excitation encore plus vive. Or les bains sulfureux sont donnés souvent dans le but de déterminer une fièvre artificielle, et comme en même temps la vive excitation de la peau appelle le sang et les crises dans l'organe cutané, on comprend de quel secours de pareils bains peuvent être dans les affections chroniques internes, de celles surtout qui sont liées à un vice humoral, telles que les dartres, les scrofules, les rhumatismes, etc., etc. Par là se trouvent remplies des conditions les plus favorables au rétablissement de la santé : solliciter une fièvre de coction, diri- ' ger l'élimination critique du côté delà peau.

On voit tout de suite que l'existence d'un état fébrile actuel est une contre-indication formelle des bains sulfureux, car on risque d'augmenter l'orgasme inflammatoire, de réveiller ou d'augmenter les phlegmasies viscérales assoupies, et partant de favoriser une fluxion critique vers les organes préalablement fluxionnés, ce qui est la pire des conditions.

Il faut donc d'abord que l'état fébrile n'ait jamais existé, ou tout au moins qu'il soit passé depuis longtemps.

Les bains sulfureux sont également contre-indiqués dans les hémorrhagies accompagnées d'un état fluxionnaire et fébrile évident.

Mais on pressent, par contre, quels services ils doivent rendre dans les rhumatismes chroniques apyrétiques, dans la goutte vague atonique, dans la scrofule externe, dans les dartres, dans les flux muqueux chroniques

non fébriles, dans les phlegmasies superficielles des membranes muqueuses. C'est en effet dans cette classe nombreuse de maladies que l'expérience a le mieux consacré l'utilité des bains sulfureux , et que les eaux minérales naturelles font des cures qui , pour beaucoup de personnes, tiennent du merveilleux. La gale est également combattue avec un succès à peu près constant par les bains sulfureux.

Nous avons dit plus haut que l'influence des bains sulfureux était telle, qu'en provoquant une fièvre artificielle ils déterminent en même temps la fluxion critique sur la peau. Ce phénomène critique est manifesté non pas seulement par des sueurs, mais encore, par ce qu'on appelle la poussée. La poussée , en langage de médecin d'eaux thermales, est une fluxion vive vers la peau, manifestée par de petites papules, et souvent par une éruption vésiculeuse confluente et douloureuse. Chez certaines personnes, la poussée s'obtient à peu de frais; chez d'autres , au contraire , il faut non-seulement augmenter la durée des bains, mais encore en élever la température. Ainsi, dans certaines eaux thermales naturelles, on fait prendre au malade jusqu'à six et huit heures de bains, et on en élève la température jusqu'à 32 et 33° Réaumur.

Quand le phénomène de la poussée ne peut être obtenu par des bains de deux ou trois heures et dont la température n'excède pas 30°, il est imprudent de la solliciter par des bains aussi longs et aussi chauds que ceux dont nous venons de parler; il peut en résulter des accidents trèsgraves, et bien souvent des malades sont victimes de l'empirisme aveugle de certains médecins qui, sans avoir égard aux maladies antécédentes, à la disposition inflammatoire ou fluxionnaire de ceux qui sont confiés à leurs soins, sans songer aux contre-indications fournies par leur constitution originelle, accidentelle ou acquise, soumettent indistinctement à la même médication tous ceux qui viennent aux eaux. Il est donc d'un médecin sage de renoncer à obtenir la fluxion critique cutanée par les bains généraux quand elle tarde à se manifester; mais ce qu'il est imprudent de demander aux bains, on l'obtient plus aisément des douches. L'action de la douche , en effet, diffère essentiellement de celle du bain.

Le bain dure une ou plusieurs heures, pendant lesquelles le calorique dégagé par l'économie s'accumule sans pouvoir s'épandre au dehors, la sécrétion cutanée, ce grand moyen de réfrigération, restant interrompue, et l'eau cédant plutôt qu'elle n'emprunte de la chaleur. 11 en résulte une pléthore artificielle augmentée encore par l'absorption de l'eau par toutes les radicules veineuses du tégument externe. A cette première cause d'excitation générale, il faut ajouter celle de l'agent irritant dissous dans l'eau du bain. Or si vous n'avez voulu obtenir que' l'effet irritant local sur la peau et l'orgasme fébrile passager qui en est la conséquence, le bain a fait trop ou du moins peut trop faire.

La douche, au contraire, qui ne dure que quelques minutes, et qui d'ailleurs ne frappe qu'une partie limitée de la surface du corps, ne donne pas lieu à cette pléthore que nous signalions tout à l'heure , et pourtant elle

peut déterminer autant d'excitation et même plus d'excitation à la peau, puisque la température peut en être élevée jusqu'à ce qu'elle devienne insupportable : il en résulte que l'on peut ainsi graduer à volonté l'excitation cutanée et la fièvre réactionnelle.

C'est pourquoi tout médecin qui veut obtenir la poussée et qui ne l'obtient pas par des bains sulfureux modérément longs et chauds, doit immédiatement recourir à la douche, qui arrivera au même but avec bien moins de risque.

En général , les maladies toutes locales devront être plutôt attaquées par les douches que par les bains. Ainsi, dans une maladie bornée à une articulation, dans un engorgement glandulaire, l'action de la douche auprès de la partie malade devra être préférée, à moins que la lésion locale ne soit en quelque sorte que la manifestation d'une diathèse, tel que le rhumatisme ou la scrofule , auquel cas on devra concurremment avoir recours aux bains généraux et aux douches.

Bien que, à coup sûr, les bains sulfureux exercent sur l'économie une action directement opposée à celle des bains froids, il n'en est pas moins constant que, durant certaines constitutions médicales, les bains sulfureux guérissent la danse de Saint-Guy, qui, en général, est si heureusement modifiée par les bains d'immersion. Nous disons, durant certaines constitutions médicales, car M. Baudeloque et M. Bouneau, médecins à l'hôpital des Enfants malades, ont constaté que depuis 1831 jusqu'en 1839, ils s'étaient vus forcés de changer leur médication dans le traitement de la chorée, qui, d'abord rapidement guérie par l'eau froide, demandait, quelques années plus tard , des' bains sulfureux , tandis que ces bains devenus inefficaces , ont été ultérieurement remplacés avec avantage par les préparations martiales. '

Ces mêmes bains ont été conseillés encore par Brelt dans le traitement de la paralysie saturnine, et M. Tanquerel des Planches témoigne de leur utilité dans ce cas.

Les lotions sulfureuses sont tous les jours employées pour les dartres au visage, et en injections dans les oreilles, dans le vagin, dans le cas d'écoulement muqueux ou purulent.

Enfin le sulfure de potassium, comme le sulfure de sodium, s'incorpore à des graisses pour constituer des pommades qui ont la même action thérapeutique que celles qui sont faites avec le Soufre.

Il nous reste maintenant àparler de l'influence des eaux minérales sulfureuses, naturelles ou artificielles sur la phthisie pulmonaire. Nous avons vu que Galien envoyait en Sicile ses malades atteints de phthisie pulmonaire pour y respirer l'air des volcans. Or il s'exhale des cratères plutôt de l'acide sulfureux que du gaz hydrosulfurique, et nous doutons fort qu'il en doive résulter un grand bien ; mais la réputation qu'ont acquise les eaux minérales tenant en dissolution de l'hydrosulfate de soude, dans le traitement de la pulmonie, est populaire depuis longtemps, et un si grand

nombre de médecins éclairés ont appuyé de leur autorité cette opinion populaire, que nous devons ici l'examiner sans partialité.

Les observations de Bordeu, ce médecin si sagace, ne permettaient guère de conserver des doutes sur la possibilité de la curation de la phthisie pulmonaire à l'aide des eaux des Pyrénées; mais les faits rapportés par cet immortel praticien trouvaient encore des incrédules parmi les médecins de notre époque. On refusait de croire à l'existence de la phthisie chez les malades de Bordeu , et l'on s'autorisait de ce qu'à cette époque le diagnostic n'avait pu avoir la précision qu'il a acquise depuis les travaux de Laennec, Mais de nos jours des praticiens, très-éclairés à coup sûr sur le diagnostic local de la phthisie, ont constaté de la manière la plus positive la guérison de quelques personnes atteintes de tubercules pulmonaires. Est-ce à dire que de pareilles guérisons soient communes? Nous ne le pensons pas; et aux eaux Bonnes, à Cauterets, au Vernet, rendez-vous d'un grand nombre de phihisiques, l'état de presque tous les malades est plus souvent empiré qu'amélioré, et quelques-uns seulement trouvent aux eaux un soulagement que bien probablement ils n'eussent pas trouvé ailleurs. Mais quand la phthisie est confirmée, qu'elle s'accompagne d'expectoration purulente, de tièvre hectique, de sueurs, de diarrhée, les eaux minérales sulfureuses accélèrent plutôt qu'elles ne retardent la marche de la maladie.

Quant au catarrhe chronique, il est évidemment modifié avec avantage par les eaux sulfureuses, et il n'est aucun médecin un peu répandu qui n'ait dans sa pratique d'assez nombreux clients qui ont trouvé aux eaux sulfureuses naturelles la guérison temporaire et même définitive de leur maladie. Ce n'est pas seulement le catarrhe pulmonaire qui est heureusement modifié par les eaux sulfureuses; les autres flux muqueux, ainsi que nous l'avons dit plus haut, sont guéris de la même manière.

A une époque où l'on ne distinguait pas assez bien la phthisie du catarrhe pulmonaire chronique, il a dû souvent arriver que l'on crût avoir guéri un tuberculeux alors que l'on avait traité un catarrhe, et dé là sans doute l'immense réputation de ces eaux dans le traitement des tubercules; mais ne guériraient-elles que le catarrhe chronique, ce serait déjà un avantage assez grand pour qu'on dût ne les jamais négliger.

Dans la phthisie commençante, les eaux sulfureuses naturelles ou artificielles doivent être données d'abord à très-faibles doses, un verre tout au plus dans les vingt-quatre heures. Il est rare que l'on puisse aller à quatre verres par jour sans inconvénients. Les accidents produits par ces eaux sont, dit-on, la fièvre et souvent l'hémoptysie. On a soin de les couper d'abord avec du lait pour en atténuer l'action; plus tard, on les prend pures. Quant aux eaux artificielles, on doit toujours les faire tiédir en vase clos avant de les administrer, afin de les mettre dans les mêmes conditions de température qu'à la source.

On peut les édulcorer, si l'on veut, soit avec du sirop simple, soit avec du sucre, soit avec du sirop de baume de Tolu.

Toutes les eaux minérales sulfureuses naturelles peuvent être em-

ployées dans le traitement de la phthisie et du catarrhe chronique; toutefois on donne la préférence, en France, aux eaux Bonnes, aux eaux Chaudes, à Cauterets, à Bagnères-de-Luchon, au Vernet; d'autres sont réservées aux maladies externes, ce sont celles de Baréges, d'Aix en Savoie, etc., etc.

C'est une opinion généralement admise parmi les médecins des eaux minérales sulfureuses, que les bains sulfureux favorisent les manifestations syphilitiques chez les malades qui, imparfaitement guéris, avaient pourtant les apparences de la santé. Ce fait a été de nouveau constaté par l'un des médecins les plus recommandables de nos établissements des Pyrénées, M. le docteur Fontan. La même observation a été faite souvent par M. le docteur Hédoin, médecin de la prison de Saint-Lazare, à Paris, et elle a été confirmée, depuis lors, par un grand nombre d'observateurs. Les véroles conslitutionnelles semblent donc être aggravées par l'usage des bains sulfureux; mais la continuation du même remède cesse bientôt d'être aussi fâcheuse, et l'emploi des mercuriaux ou de l'iodure de potassium paraît ensuite agir avec d'autant plus d'avantage que l'explosion syphilitique avait été plus vive sous l'influence des bains sulfureux.

Sulfure de sodium. Nous ne dirons rien du sulfure de sodium sous le point de vue thérapeutique; il fait la base des eaux minérales sulfureuses, et ce que nous avons dit du sulfure de potassium s'applique entièrement àlui.

Dans ces derniers temps, M. Mialhe a beaucoup préconisé le sulfure de fer hydraté comme antidote de la plupart des poisons métalliques ; ce sulfure agirait en formant avec ces métaux un sulfure sans action et un sel de fer non vénéneux; ce contre-poison est bon surtout parce qu'il est général. M. Sandras a préconisé ce même sulfure contre les affections saturnines. 11 est à craindre que cet agent chimique n'échoue comme tous ceux qui ont été mis en usage jusqu'à ce jour.

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Pour bien apprécier les indications de l'emploi des excitants, ce qui pour nous est le but de l'étude d'une Médication, il est essentiel de bien connaître le mode d'action de ces médicaments, indépendamment de leur action thérapeutique.

Par médicament excitant ou mieux Pyrêtogénêtique, nous entendons tout agent capable de susciter une forme de fièvre caractérisée par un surcroît d'énergie dans l'impulsion du cœur et dans la fréquence de ses battements, par l'augmentation de la chaleur de la peau, et par les modifications nombreuses des phénomènes intimes de nutrition qui accompagnent ordinairement ce que, dans le langage pathologique, on est convenu d'appeler la fièvre inflammatoire éphémère.

. Nous n'avons pas caractérisé cette forme de fièvre par les expressions trop vagues à: exaltation des 'propriétés vitales; parce que cette exaltation ne se remarque que dans certains appareils, et que, du moment où l'on sort de l'ordre physiologique, soit en excitant, soit en déprimant, soit en pervertissant, le trouble est toujours ressenti inégalement.

Si bien. ménagée que soit l'excitation, on n'obtiendra jamais, par exemple, que les fonctions des reins, de la peau et de la membrane digestive soient en même temps augmentées; et, pour prendre l'exemple le plus simple, si l'on suppose pour un moment que le corps soit refroidi de manière à faire naître un sentiment de malaise général , en même temps que les fonctions de la peau, que les forces musculaires et génératrices seront diminuées, celles des reins, des membranes muqueuses augmenteront. Une réfocillation graduée ramènera tout au type normal, ce qui implique augmentation d'un côté et diminution de l'autre.

Si maintenant nous continuons d'appliquer au corps le calorique, le type des excitants, nous allons de nouveau arriver à un état anormal précisément opposé à celui d'où nous étions partis, et en même temps que l'action du cœur s'augmentera, les fonctions sécrétoires de la peau s'exagéreront, et celles des reins et des membranes muqueuses diminueront d'autant.

II ne faut pas prendre pour une excitation générale celle d'un appareil général. Expliquons-nous.

Tous les excitants agissent sur le système nerveux de manière à augmenter son influence sur les appareils qu'il anime. Or, comme il anime tout, tout devrait être excité. Il en est -ainsi immédiatement; et il est vrai de dire que toutes les fonctions, tant générales que spéciales, sont pour un instant simultanément exaltées, les fonctions animales d'abord, les fonctions organiques en second lieu. Nous verrons plus bas quel parti on peut tirer de ce fait. Mais les phénomènes vont devenir plus complexes; le cœur, influencé par le système nerveux, monte bientôt l'économie au ton de la fièvre, et dès lors il y a perturbation, et inégale répartition de l'excitation, comme nous l'avons dit tout à l'heure. Le sang qui aborde en plus grande quantité dans les masses nerveuses y produit des troubles fonctionnels liés à l'état de pléthore, troubles qui ne sont pas plus une exagération des actes physiologiques du cerveau et de la moelle, que l'indigestion n'est l'exagération de la digestion. Nous avons donc d'abord, sous l'influence des excitants, augmentation presque simultanée et passagère de toutes les fonctions, puis fièvre angéioténique avec toutes ses conséquences.

Toute la question de la Médication excitante se réduit à celle-ci : apprécier les circonstances dans lesquelles il est bon de stimuler le système nerveux, et de susciter la fièvre vasculaireou angéioténique.

Cette question était brûlante à l'époque où parut la première édition de cet ouvrage; la doctrine du Val-de-Grâce dominait tellement toutes les théories médicales, elle s'était tellement infiltrée dans l'esprit de ceux qui lui résistaient le plus obstinément, elleavait été propagée, prêchée avec tant d'enthousiasme et de conviction, que toutes les traditions de nos devanciers avaient été oubliées, et qu'alors on avait presque un air d'étrangeté quand on voulait essayer de rappeler quelques-unes de ces lois pathologiques et thérapeutiques qui naguère étaient monnaie courante.

Il nous répugne beaucoup de nous servir quelquefois d'expressions nouvelles, lorsque surtout nous ne mettons pas en circulation de nouvelles idées ; mais les mots, par l'abus qu'on en fait, sont détournés de leur sens primitif, et, peu à peu, ne représentent plus les idées dont ils étaient originairement la traduction ; il en résulte la nécessité de parler autrement, bien qu'en pensant de la même manière.

La vie, dit Br'own, ne s'entretient que par les stimulants. Proposition en apparence si vraie, qu'elle est aujourd'hui presque axiomatique. Nous n'oserions pas affirmer que l'aliment n'est qu'un stimulus; que le sperme en contact avec l'ovule ne soit qu'un stimulus ; que l'impression en contact avec le cerveau et les ganglions nerveux ne soit qu'un stimulus.

L'aliment, la lumière, les effluves odorantes, sont des stimulus généraux, mais ils sont en même temps des causes d'action spéciale pour l'estomac, pour l'œil, pour la membrane olfactive. L'action elle-même appartient au tissu vivant et organisé suivant un certain mode. Il n'en est pas de la matière organisée comme de la matière brute ; celle-ci ne peut agir

que par une impulsion extrinsèque qui devient réellement et essentiellement une cause du mouvement; mais la matière organisée est douée de spontanéité, et les impressions extrinsèques qu'elle reçoit sont seulement l'occasion du mouvement et non la cause essentielle.

On peut à bon droit regarder l'impulsion comme la cause du mouvement d'une bille de billard; on peut à juste titre considérer la gravitation et l'attraction comme la cause des mouvements harmoniques de l'univers, puisqu'on peut soumettre la cause et l'effet à des calculs rigoureux. Le corps mobile étant représenté par 1, et l'impulsion par 10, nous aurons un résultat plus considérable que si l'impulsion était 5, ou que si le corps mobile était 2. Ici rapport parfait de causalité. Mais 1, 10, 30, 100 de lumière appliqués à l'œil ne feront pas que la vue soit rendue plus énergique en raison de la quantité de lumière appliquée. 1 de lumière éblouira celui qui sort d'une cave; 100 de lumière seront insuffisants pour celui qui vient de traverser, par un soleil brillant, des montagnes couvertes de neige. Si donc la lumière était la cause de la vision, comme l'impulsion tout à l'heure était la cause du mouvement, nous pourrions calculer la vision comme nous calculions le mouvement, ce qui est impossible. C'est ce que n'a pas compris Broussais, qui, raisonnant comme s'il se fût agi de matière brute, a vicieusement changé les termes du syllogisme et substitué le mot matière organisée, comme si les conséquences avaient dû être- les mêmes. Tout ceci deviendra clair et pratique, quand nous résumerons à la fin du chapitre les éléments de l'analyse que nous faisons ici.

Cette manière d'envisager la matière organisée dans ses rapports avec les agents extérieurs, était séduisante par sa simplicité, et c'est ce qui a ébloui Broussais lui-même et ceux qui se sont pressés après lui sur la route facile qu'il avait frayée.

Nous en voulons venir à ce principe capital d'où dérivera tout ce chapitre, savoir que la puissance des agents extérieurs sur l'économie devra être calculée du point de vue de la spontanéité et de la spécificité d'action de nos éléments organiques, autant au moins que du point de vue de la nature et de l'intensité de ces agents.

Ainsi, au lieu d'admettre le principe exclusif de Broussais, qui faisant abstraction de l'état organique, toujours supposé 'le même, fait jouer le principal rôle aux stimulants, nous voulons au contraire, la vie supposée dans les tissus, aecorder aux modifications spécifiques de l'état vital, une place éminente, et accorder aux causes extérieures d'excitation une importance moindre que celle qu'on lui concède généralement de nos jours.

Supposons donc l'homme vivant pourvu de tous ses organes et dans un état d'équilibre parfait. Il a, en lui-même, toutes ses conditions d'existence, toutes ses aptitudes fonctionnelles.

Or, prenons encore un exemple dans la fonction de la vision. L'organe de la vue étant sain et dans les conditions normales d'exercice fonctionnel, un faisceau lumineux appliqué à l'œil deviendra l'occasion et le stimulus de la fonction. Il fallait d'une part aptitude fonctionnelle, d'autre part in-

tensité occasionnelle normale. Que la lumière soit nulle, la vue ne peut s'exercer par défaut d'occasion; qu'elle soit excessive, la vue ne peut plus s'exercer par excès de la cause occasionnelle. Aux deux extrémités de l'échelle, cécité, résultant de deux causes essentiellement opposées. Que le sang cesse tout d'un coup d'aborder au cerveau, abolition de la faculté de sentir et de se mouvoir; qu'au contraire il distende outre mesure les vaisseaux cérébraux, abolition de la faculté de sentir et de se mouvoir. Mêmes troubles fonctionnels, répondant à deux causes diamétralement opposées. Il en est de même chez deux hommes dont l'un, mourant de faim, délire parce qu'il meurt de faim; et l'autre, à la suite d'un repas où il n'a épargné ni les mets succulents ni les vins généreux, délire aussi, mais pour une autre cause.

Pense-t-on que ces troubles fonctionnels analogues doivent être traités par les mêmes moyens thérapeutiques? Certes non; car tandis que dans un cas nous rendrons la vue en diminuant l'intensité de la lumière, dans l'autre nous la donnerons en augmentant la masse des faisceaux lumineux. Pour remédier aux mêmes accidents, nous employons ou nous éloignons les excitants, suivant qu'ils ont été appliqués à l'organe en trop petite ou en trop grande quantité.

Jusqu'ici nous avons pris comme point de départ l'état de santé parfait; voyons maintenant les modifications qui peuvent naître, le stimulant restant le même et l'état organique changeant seul.

Supposons la peau du corps à 26° R. : une atfusion à 28° donnera une impression de chaleur, excitera. Mais si la peau est à 29°, la même affusion donnera une impression de froid, débilitera. Le calorique n'est donc plus qu'un excitant relatif, puisqu'il est stimulant ou débilitant, en raison de l'état dans lequel il surprend l'économie. De même pour la lumière, stimulant normal de la rétine. Si, depuis longtemps, l'œil est plongé dans une obscurité profonde, la lumière la plus faible permettra de distinguer les objets; et si, depuis plusieurs minutes, l'œil reçoit une vive lumière, ce qui tout à l'heure était suffisant pour l'exercice de la vision ne le sera plus maintenant. Cependant le stimulant est le même, l'état de l'organe a seul changé. Prenons un troisième exemple : soit 50, stimulant normal de l'estomac de l'homme; si cet homme reste longtemps à l'usage des aliments peu stimulants, il éprouvera une vive irritation de l'estomac lorsque tout à coup il reprendra des aliments représentés par 50 comme stimulants; si au contraire il s'est habitué à prendre des aliments fortement excitants, ceux qui tout à l'heure le stimulaient trop vivement seront maintenant incapables de monter l'estomac au ton de l'excitation physiologique nécessaire à l'accomplissement de la fonction.

En est-il de même dans l'ordre pathologique? Brown qui, pas plus que Broussais, n'a fondé une doctrine toute physiologique, a prétendu que les lois que nous venons d'indiquer réglaient également la pathologie; Broussais, qui voulait être physiologiste, a tout simplement nié ces lois , qui sont de la dernière évidence. Broussais a eu tort en niant ces lois; Brown

a eu tort en les appliquant toutes à la pathologie; et, chose singulière, le premier, qui avait la prétention d'édifier une doctrine toute fondée sur la physiologie, a fait abnégation des notions physiologiques les plus vulgaires, et n'a fait de la physiologie qu'avec de la pathologie; et l'autre, qui voulait être pathologique à tout prix, n'a fait de la pathologie qu'avec de la physiologie. Erreur déplorable, parce que l'homme malade n'est pas celui dont les fonctions sont exagérées, mais celui dont les fonctions sont troublées, ce qui n'est pas la même chose à beaucoup près. Les organes malades sans doute se souviennent de l'état physiologique, mais ils n'obéissent plus que très-imparfaitement aux lois qui régissent l'état de santé.

Broussais a dit : Plus un organe est irrité, plus il est irritable.

Brown a dit : Plus un organe est incité, moins il est incitable.

Brown a eu raison dans l'ordre physiologique, et nous l'avons surabondamment démontré dans les exemples que nous av«ns cités plus haut.

Brown a eu quelquefois raison dans l'ordre pathologique, si l'incitation est répétée et qu'elle- reste la même.

Broussais a eu raison dans l'ordre pathologique. Ainsi, de toute évidence, les excitants augmentent l'irritation locale; cette loi ne souffre pas une seule exception.

Mais Brown et Broussais en émettant une proposition absolue ont été au delà de la vérité ; c'est ce que nous allons essayer de démontrer.

Il est clair que les excitants augmentent l'excitation, tant locale que générale; aussi regardons-nous comme parfaitement contraires aux règles de la saine pratique les lois pathologiques de Brown, qui stimule dans toutes les maladies, excepté dans la pneumonie, la variole et le rhumatisme aigu. Nous pensons au contraire, comme Broussais, que presque toutes les phlegmasies doivent être rangées dans la catégorie exceptionnelle de Brown , et que plus vivement une partie est irritée, plus elle est irritable.

Le principe de Broussais est vrai si l'on n'a égard qu'à l'état local, mais il est faux si l'on veut considérer l'état général. Du point de vue du solidisme exclusif, comme l'entend Broussais, et dans l'idée où il est que toujours la fièvre est provoquée par une irritation locale, il est absurde de supposer que jamais l'opportunité de la Médication excitante puisse se rencontrer : mais pour nous qui sommes humoristes quand il faut l'être, qui croyons à la nécessité de l'élimination des principes morbifiques, nous croyons aussi que la fièvre est souvent bonne à quelque chose, et qu'il est des cas où la médecine doit la provoquer. Quand un principe morbitique est introduit dans l'économie, l'alcool par exemple, il va, absorbé par les vaisseaux, se mettre en contact avec tous les tissus qu'il modifie à sa manière; une fièvre s'allume en rapport et avec l'intensité de la cause et avec la susceptibilité idiosyncrasique du malade. Puis bientôt, par l'exhalation pulmonaire, par les sueurs, par les urines, l'alcool s'échappe de l'économie et tout rentre dans l'ordre dès que la cause est éliminée. La fièvre dans ce cas a eu cette incontestable utilité, qu'elle a multiplié les phénon. / 43

mènes intimes de sécrétion et mis l'organisme dans les conditions les plus favorables pour se débarrasser des produits morbides qui le gênaient. Pour nous, comme pour l'école hippocratique, la fièvre est toujours une condition de guérison de ces maladies, la condition sine qua non de la coction morbifique.

On a feint, dans ces derniers temps, de jeter du ridicule sur ce mot de coction hippocratique, que très-probablement on n'a pas compris.

Coction, comme on le sait , était synonyme de digestion, et le père de la médecine désignait par la même expression la digestion des aliments et celle des principes morbifiques. Il pensait, et nous pensons après lui, que le principe morbifique, introduit dans l'économie, suscitait un travail analogue à celui que l'aliment , introduit dans l'estomac, suscite dans cet organe. La différence entre l'aliment et le principe morbifique , c'est que le premier, approprié àla^ substance de l'homme, ne cause qu'une perturbation passagère dont triomphe aisément l'organisme; l'autre, au contraire, étranger à l'économie, révolte et trouble; d'où la fièvre.

La digestion alimentaire est d'abord dans les premières voies, c'est-àdire dans le tube digestif, la cause d'un travail de réaction locale; dans les secondes voies, c'est-à-dire dans les vaisseaux, elle devient l'occasion d'une excitation générale ou d'une fièvre de digestion, fièvre causée par l'excitation générale que l'étrangeté du fluide alimentaire provoque dans tous les tissus de l'économie; car les liquides divers puisés par les vaisseaux à la surface de l'intestin ne sont pas tellement appropriés à nos tissus qu'ils doivent d'emblée et intégralement s'assimiler à notre substance. L'aliment des secondes voies , comme celui des premières, doit subir une épuration; et comme les fèces sont les résidus de la première digestion, les urines, les sueurs, la perspiration pulmonaire, sont les résidus de la seconde. Supposons pour un instant que les molécules organiques ne fussent pas influencées par les liquides alimentaires absorbés, et que ces produits restassent enfermés dans le sang et infiltrés dans les tissus à la nutrition desquels ils doivent servir, tous les phénomènes nutritifs seraient par cela' même arrêtés, et cet état serait incompatible avec la vie. Mais si le médecin, à l'aide des excitants, monte l'organisme au ton nécessaire pour qu'il réponde partout à l'impression des sucs digestifs, nous verrons alors la trame osseuse assimiler les sels calcaires, les muscles s'emparer de la fibrine, et les émonctoires divers livrer passage à tout ce qui ne peut servir à la nutrition. Il était besoin, pour que ce phénomène s'accomplît, il était besoin, disons nous, d'une excitation plus vive, d'une véritable lièvre.

De même pour les causes morbifiques. Si un élément morbide est introduit dans l'économie, il pénétrera avec le sang dans toutes les parties, et suscitera une réaction d'autant plus énergique, qu'il sera par sa nature moins assimilable et plus excitant; cette fièvre, comme tout à l'heure, mettra les émonctoires divers en rapport fonctionnel avec les produits à éliminer, et la nature ainsi se débarrassera des causes morbides. C'est

MEDICATION EXCITANTE. C75

exactement dans ce sens que l'on doit entendre la coction hippocratique des maladies.

Sf l'excitation générale était trop vive, que les centres ou les conducteurs nerveux de la vie intérieure soient modifiés à tel point qu'ils n'envoient plus aux organes l'influx nécessaire à l'accomplissement des fonctions éliminatrices, le devoir du médecin sera de modérer cette excitation par tous les moyens que la pratique lui enseigne; mais si, au contraire, soit à cause de la nature septique du principe morbifique, soit sous l'influence du traitement, l'excitation générale est tombée au-dessous du type normal, et si le système nerveux ganglionnaire qui préside aux sécrétions n'est pas assez énergiquement stimulé, le médecin alors devra, à l'aide des excitants, éveiller la fièvre nécessaire à l'accomplissement de la fonction sécrétoire.

Nous venons de raisonner dans l'hypothèse où le principe morbifique n'a pas causé dans les organes autre chose que ces perturbations passagères dans les actes intimes de la circulation capillaire et de l'innervation, qui ne sont point encore de l'inflammation. C'est de cette façon seulement qu'il peut être assimilé à l'aliment, et que nous lui avons appliqué le grand principe de la coction hippocratique.

Supposons maintenant que ce même principe morbide ait plus particulièrement agi sur le poumon et ait constitué une fluxion de poitrine. Ici la cause sera d'une petite importance, l'effet local occupera une place pathologique bien autrement grande. Nous croyons qu'ici encore la fièvre de réaction, si énergique qu'elle soft, doit être assimilée à celle dont nous parlions tout à l'heure; que les produits morbides fabriqués au point irrité et résorbés, sont une cause de fièvre comme l'ingestion d'un poison, comme le principe morbifique dont nous parlions tout à l'heure. Toute la conduite du médecin se résume en ces termes : modérer la fluxion locale en tempérant l'intensité de la fièvre, favoriser la résolution des produits morbides épanchés et l'élimination des produits morbides résorbés. Le plus ordinairement, loin d'avoir à exciter la fièvre, le médecin s'appliquera à la tempérer, car la cause est énergique et fortement excitante elle-même. Et la coction de ces produits morbides qui circulent en si grande masse dans l'économie, impossible ou du moins très-difficile, ne sera facilitée que par de grandes évacuations sanguines ou humorales, qui agiront ici comme agirait un vomitif pour débarrasser l'estomac surchargé.

Mais ici même, comme dans le cas le plus simple, il peut arriver que le système nerveux fléchisse, que les forces soient insuffisantes pour la digestion des produits morbides et pour la coction finale, et qu'il faille exciter la fièvre pour en finir avec l'élimination définitive des produits morbides résorbés.

Il est bien rare qu'au début des maladies aiguës l'indication des Excitants se présente : la fièvre dans ce cas est plutôt trop énergique que trop faible; mais à la fin des pyrexies et des phlegmasies, quand l'incitabilité de tous les appareils est usée en quelque sorte par l'exercice successif et à chaque instant répété de la digestion morbide, et par les médications débilitantes

que Ton a mises en œuvre, il arrive que chaque élément organique a besoin d'un stimulant nouveau, comme un estomac lassé de la même alimentation, et que les Excitants alors rendent au système nerveux cérébrospinal et ganglionnaire l'aptitude à influencer les autres éléments organiques. C'est donc en général à la fin des maladies aiguës, lorsque la fièvre est tombée et que la résolution s'effectue lentement, qu'il faut employer les Excitants généraux. Nous avons dit, en traitant de la médication irritante, les circonstances dans lesquelles les topiques irritants appliqués au voisinage des parties enflammées augmentent localement le mouvement de la résolution, comme les Excitants généraux favorisent Fassimilation complète, ou du moins l'élimination complète des produits morbides non assimilables.

II est pourtant des maladies aiguës dans lesquelles la cause a agi avec une effroyable intensité en même temps sur le système nerveux qu'elle sidère, et sur certains organes qu'elle congestionne et dans lesquels elle simule une phlegmasie : nous voulons parler du choléra, par exemple. Ici d'emblée le système nerveux est frappé d'une telle impuissance, que l'économie est impropre à toute coction et que l'organisme va succomber opprimé sous la cause morbifique qui le surcharge et qui ne peut être éliminée, comme un estomac gorgé d'aliments devenu inhabile à tout acte de digestion. Cest alors qu'il est besoin des Excitants les plus énergiques, pour redonner à la fibre la vitalité sans laquelle la cause morbifique ne pourra être éliminée.

Le choléra asiatique doit à juste titre être placé au premier rang des maladies dans lesquelles des Excitants peuvent être utiles, comme la pneumonie et le rhumatisme articulaire aigu doivent être placés au dernier; mais intermédiairement il est des affections qui, plus rapprochées ou plus éloignées de ces points extrêmes, réclament l'usage des Excitants ou les repoussent.

Plus longue est une maladie dans l'accomplissement de ses phases, plus il faut à l'économie de forces pour suffire h ces coctions successives et incessantes, nécessitées par l'absorption longtemps continuée de produits morbides nouveaux; aussi dans la fièvre typhoïde, dans la variole confluente, l'emploi des Excitants est-il souvent indiqué, indépendamment de la nature septique de la cause, mais par le seul fait de la lenteur des révolutions morbides; tandis que dans la pneumonie, dans la rougeole, dans la variole discrète, les tempérants sont presque toujours exclusivement indiqués.

La longue durée de la maladie est bien un élément de l'indication des Excitants; mais Cet élément est bien moins important que celui qui se tire de la septicité même de la cause morbide : la peste et le typhus nous en fournissent un exemple frappant.

De tout ce que nous venons de dire, il résulte que l'indication des Excitants se juge moins d'après les symptômes locaux que d'après l'état général. Jamais, quand une fièvre vasculaire se montre avec énergie, que le pouls est plein et que les sécrétions se font régulièrement, jamais il ne

nous viendra à l'esprit de recourir à des Médications excitantes, quand bien même il ne nous serait possible de découvrir aucune lésion locale importante; et, au contraire, nous n'hésiterions jamais à donner des Excitants énergiques si, en même temps que l'auscultation nous permettait de constater une péripneumonie fort étendue, nous voyions le pouls petit et faible, la respiration lente, la peau refroidie et les forces musculaires déprimées. Et dussions-nous augmenter la fluxion de poitrine, nous exciterions encore, parce qu'en définitive on meurt bien rarement par le poumon, mais bien plutôt par la stupéfaction générale qui frappe tous les éléments organiques et qui éteint les aptitudes fonctionnelles des molécules élémentaires, comme celles des tissus et des appareils.

Cette dernière proposition paraîtra peut-être un peu paradoxale aux partisans des nouvelles idées médicales, accoutumés à mesurer graphiquement la gravité d'une maladie par l'étendue des lésions locales; c'est pourquoi nous nous y appesantirons un instant.

Dans la pneumonie, c'est un fait reconnu par tous les cliniciens, l'étendue du mal n'est pas sans importance; mais très-certainement cette étendue plus ou moins grande n'est pas l'élément principal. On voit des gens mourir avec un lobe hépatisé; on en voit d'autres survivre aux fluxions inflammatoires qui envahissent un poumon tout entier. Et contre l'opinion de ceux qui regardent l'état local comme le point de départ exclusif des troubles généraux, il est évident que ces troubles généraux prennent chez l'un une intensité effroyable et chez l'autre une gravité peu notable, ce qui par conséquent n'est nullement expliqué parla considération unique de la lésion du poumon.

Si donc les troubles généraux ou sympathiques, ou symptomatiques, comme on voudra les appeler, constituent le véritable danger, et si le malade va mourir par ces troubles, bien que la respiration soit peu lésée, n'est-il pas évidpnt qu'une médication qui ferait cesser ces troubles, devrait être à tout prix employée, dût-elle aggraver l'état local, qui en définitive n'est pas menaçant, puisque les fonctions de l'organe ne sont pas notablement troublées? Que si aux signes que nous avons donnés plus haut, nous trouvons, dans une pneumonie, l'indication des Excitants, nous n'hésiterons pas à administrer ces héroïques moyens, quand bien même nous devrions pour un instant exagérer la phlegmasie pulmonaire.

Nous ne devons pas dire, comme l'école anatomique le dit souvent, le traitement débilitant convient dans la pneumonie, le traitement excitant convient dans la fièvre typhoïde; mais seulement le traitement excitant ou débilitant est opportun dans tel état de l'économie lié à la pneumonie ou à la fièvre typhoïde.

On ne peut pas dire non plus d'une manière absolue que les Excitants sont indiqués dans la vieillesse, contre-indiqués dans l'enfance et dans l'âge adulte. La réaction, il faut en convenir, est, toutes choses égales d'ailleurs, beaucoup plus énergique dans le jeune âge qu'à une époque de la vie plus avancée; mais si, d'une part, la nature de la maladie peut jeter

678 MEDICATION EXCITANTE.

exceptionnellement l'organisme d'un adolescent dans les conditions où se trouve habituellement celui du vieillard, d'autre part, le vieillard peut conserver dans quelques circonstances assez de juvénilité, qu'on nous permette cette expression, pour réagir à la manière d'un adulte. Le médecin doit donc se tenir pour dûment averti, et se diriger, non d'après l'âge et les signes locaux, mais d'après, l'état fébrile.

Il doit encore tenir grandement compte des habitudes d'excitation auxquelles a été soumis le malade. Car si, sous l'influence des causes excitantes les plus énergiques, l'individu, dans l'état de santé, ne réagit que mollement, lorsque, dans l'état de maladie, à ces causes excitantes ordinaires se substitueront les causes excitantes morbides, celles-ci seront aussi impuissantes à susciter la fièvre, que l'acool l'était depuis longtemps. C'est ce que nous voyons arriver chez les ivrognes. Chez eux l'excitation fébrile causée par un érysipèle, par un phlegmon, par un anthrax et quelquefois même par un rhumatisme articulaire et une pneumonie, est si peu énergique, qu'elle est impuissante à la digestion des produits morbides, et les Excitants deviennent nécessaires, ceux même auxquels l'organisme était accoutumé ; et alors l'excitation alcoolique et l'excitation maladive doivent être réunies et agir de concert. Que si par hasard chez ces mêmes hommes la cause morbifique a un caractère septique, les Excitants alors devront être d'autant plus puissants que l'organisme est depuis plus longtemps blasé contre l'impression des agents stimulants.

Ces états divers de l'économie dans lesquels nous avons trouvé l'indication des Excitants, doivent être rangés sous le titre commun d'asthénie suivant Brown, d'adynamie selon Pinel., Il nous reste à parler de Yataxie dans laquelle les Excitants sont également indiqués.

Pour nous, l'ataxie est caractérisée, non, comme on l'a dit et comme on le répète si faussement de nos jours, par les convulsions, les contractures, le délire, etc., etc. ; mais par les symptômes que nous avons dit appartenir à la malignité, et sur lesquels nous avons insisté avec tant de soin en traitant du Musc ; nous y renverrons donc nos lecteurs, nous contentant d'ajouter ici que les Excitants sont toujours plus ou moins indiqués dans cette complication des maladies aiguës.

Le choix des Excitants est de quelque importance, et cependant à cet égard il est difficile de poser des règles que ne fassent varier à l'infini mille circonstances inappréciées jusqu'ici, et probablement inappréciables et du côté du malade et du côté des médicaments.

Les Excitants simples et généraux, tels que le calorique, les alcools, l'ammoniaque, les vins, les boissons fermentées, les eaux gazeuses, sont plus spécialement indiqués dans cet état de débilité générale, caractérisé par un affaissement uniforme de tout le système de l'économie : les Excitants antispasmodiques, tels que les éthers, les labiées, les ombellifères aromatiques, devront être préférés lorsque les phénomènes de prostration sont accompagnés de symptômes ataxiques et de cette bizarrerie, de cette

désharmonie qui caractérisent l'état nerveux ou spasmodique qui complique les affections aiguës.

Il y a deux manières de concevoir l'action des Excitants spéciaux. Ou ils provoquent une excitation générale avec crise spéciale, ou bien ils exercent une action élective immédiate sur tel appareil organique : dans le premier cas, on peut considérer l'agent médicamenteux comme un élément morbifique qui, après avoir stimulé tous les organes avec lesquels le sang le met en contact, se trouve plus spécialement en rapport d'affinité élective avec tel ou tel émonctoire. Ainsi le virus varioleux peut, dans l'ordre pathologique, être considéré comme un Excitant spécial de la peau, bien qu'il détermine une fièvre générale, et partant une excitation multiple. Dans l'ordre thérapeutique, nous comparerons les sudorifiques aux agents morbides tels que les virus varioleux, morbilleux et scarlatineux. Certains sudorifiques exercent en même temps cette action générale et spéciale ; de ce nombre sont les Excitants les plus purs, le calorique, l'ammoniaque, les alcooliques. D'autres sudorifiques ne semblent pas exercer une action générale, soit que cette action passe inappréciable, soit qu'elle reste sans effet : d'emblée ils rendent plus actives les fonctions sécrétoires de la peau ; ce sont les médicaments que nous avons décrits plus spécialement sous le titre de sudorifiques proprement dits.

L'indication de ces derniers semblerait devoir exister lorsqu'il y a fièvre vive et que les émonctoires restent fermés à l'élimination des produits morbides; si en effet on excitait la transpiration, l'économie se trouverait soulagée d'autant; mais l'expérience démontre que ces Excitants, comme les diurétiques et les emménagogues, deviennent alors de véritables Excitants généraux, et que presque toujours ils perdent, dans ce cas, les qualités spéciales par lesquelles ils se distinguent lorsque l'organisme, en équilibre, n'est pas troublé par la fièvre. C'est surtout dans les maladies chroniques constitutionnelles que l'emploi des sudorifiques est indiqué. La vérole, le rhumatisme, la goutte atonique, la scrofule, la cachexie mercurielle, la diathèse purulente, réclament l'emploi de ces moyens. En favorisant la tendance vers la peau, les sudorifiques présentent à chaque instant le sang et les produits morbides qu'il contient au plus vaste émonc- j toire de l'économie, et chaque jour, à chaque instant, un peu de la cause morbifique est éliminé.

Par cela même que ces médicaments n'épurent que lentement et en détail., ils doivent, surtout dans les maladies chroniques, où la cause est si inhérente et se régénère si facilement, ils doivent, disons-nous, agir longtemps dans le même sens. Aussi, dans les véroles constitutionnelles, dans les rhumatismes, etc., les sudorifiques seront-ils continués pendant trois, six, dix mois, et quelquefois même davantage, en ayant soin d'en interrompre l'usage pendant quelque temps pour y revenir ensuite.

Les sudorifiques qui agissent comme Excitants généraux, le calorique, l'ammoniaque, les alcooliques, ne pourraient pas, comme ceux dont nous venons de parler, être assez longtemps continués pour détruire une cause

morbide fixe : dès qu'ils n'agissent que par une fièvre intermédiaire, il est clair qu'ils exercent sur l'économie une influence analogue à celle que cause un accès de fièvre éphémère, et cette influence ne peut qu'être fâcheuse ; mais quand le principe morbide est de sa nature vague et fixé dans l'économie par des racines peu profondes, les sudorifiques excitants sont au contraire indiqués. Ainsi, dans la vérole constitutionnelle, dans le rhumatisme chronique, dans la goutte atonique, les premiers sont applicables; les autres, au contraire, le sont dans le rhumatisme fibreux, dans la goutte non fébrile, comme le prouve l'utilité incontestable des bains de vapeurs dans ces deux dernières formes de maladie.

Nous n'oserions affirmer que les sudorifiques non excitants n'agissent que par leurs propriétés sudorifiques; probablement, et nous inclinons vers cette opinion, ils possèdent des vertus neutralisantes spéciales en vertu desquelles ils modifient l'agent morbide. Sans doute on ne peut prouver directement une pareille idée; mais n'acquiert-elle pas une certaine probabilité quand on voit ces médicaments ne pas toujours provoquer de crise par les sueurs, et cependant agir, quoique avec plus de lenteur?

Tout ce que nous venons de dire des sudorifiques s'applique aux diurétiques et aux emménagogues. Presque tous les médicaments excitants augmentent en effet la sueur, les urines, le flux menstruel ; mais il existe des agents plus spéciaux, tels sont les sudorifiques, les diurétiques et les emménagogues dont nous avons parlé plus haut.

Pendant la fièvre, alors que les fonctions nerveuses sont employées à l'accomplissement des fonctions nouvelles, il est impossible de diriger leur action vers tel ou tel appareil; aussi les emménagogues, par exemple, ne doivent-ils être employés que lorsque l'orgasme fébrile est entièrement passç.

La plupart des diurétiques sont en même temps des irritants topiques, et, comme tels, ils enflamment souvent la membrane muqueuse digestive avec laquelle on les met en contact. Aussi ne peuvent-ils être administrés de cette manière quand il existe des signes de phlegmasie gastro-intestinale et qu'on a des raisons de craindre l'exacerbation de cette phlegmasie. D'ailleurs, dès que les diurétiques purgent, ils ne sont pas absorbés et ne provoquent que la supersécrétion de la membrane muqueuse du tube digestif. Ainsi quand l'intestin est sain et peu irritable, ils doivent être donnés de manière à ne pas produire d abondantes évacuations alvines; quand l'estomac et les intestins sont malades, une autre voie reste ouverte à l'absorption : cette voie, c'est celle de la peau. Nous obtenons en effet des évacuations urinaires souvent très-abondantes, en recouvrant le ventre de fomentations faites avec un mélange de teintures de scille et de digitale, ou de décoctions de ces mêmes plantes.

Le mode d'action des diurétiques dans les maladies chroniques est parfaitement analogue à celui des sudorifiques ; seulement il est plus énergique, plus rapide, et n'a pas besoin d'être aussi longtemps soutenu. Il est même important de ne pas le soutenir aussi longtemps, car ce ne serait

pas impunément, ni pour le rein qui peut en être irrité, ni pour la membrane muqueuse digestive qui n'en supporterait pas longtemps l'action, si le médicament avait été ingéré.

Les médicaments emménagogues sont bien moins spéciaux encore que ne le sont les sudorifiques et les diurétiques, et on le conçoit aisément si l'on veut comparer la nature des organes d'excrétion. La peau transpire toujours, les reins sécrètent toujours de l'urine, depuis le commencement de la vie extra-utérine jusqu'au terme de l'existence : il y a donc dans ces organes une aptitude fonctionnelle continue qui n'a besoin que de l'occasion la plus légère pour être excitée ; mais il n'en est pas de même pour la menstruation ; la femme n'est réglée que pendant le tiers de sa vie à peu près, et, pendant cette courte période, la sécrétion sanguine n'a lieu que cinquante ou soixante jours dans le cours d'une année. La menstruation est donc une fonction passagère, intermittente, accidentelle; tant de conditions la dérangent que l'on conçoit toutes les difficultés qui embarrassent le thérapeutiste quand il veut l'augmenter ou la régulariser. Aussi pour qu'un médicament emménagogue soit réellement emménagogue, il faut des conditions générales de santé sur lesquelles il est important d'insister ici.

La fonction menstruelle n'est pas tellement essentielle à la constitution de la femme adulte, qu'elle doive s'exercer quand même. Aussi se troublet-elle facilement quand l'harmonie générale \ient elle-même à être gravement troublée. Tant qu'existent ces troubles généraux, c'est vainement qu'avec des emménagogues on voudra rappeler les règles ; la première condition de toutes, c'est de rétablir l'équilibre, et alors l'Excitant spécial de l'utérus devient dans la balance un poids important. Ce n'est pas seulement quand il y a de la fièvre et que des organes éloignés sont atteints d'une phlegmasie antagoniste, que les fonctions utérines tarderont à se rétablir; c'est aussi lorsque, comme dans la chlorose, le sang se trouvera dans de telles conditions qu'il ne sera plus propre à exercer sur la matrice et sur les autres organes la stimulation nécessaire à l'accomplissement de leurs fonctions. Et si, dans cette singulière maladie, nous voyons les fonctions constantes, telles que la calorification, l'innervation, la diurèse, la diaphorèse, si bizarremment et si opiniâtrement perverties, que sera-ce pour une fonction accidentelle comme la menstruation ?

Dans le cas où la fièvre ou une phlegmasie antagoniste s'oppose à la fluxion menstruelle, la médecine devra s'occuper de combattre cette fièvre ou cette phlegmasie ; dans le cas où la pléthore en sera la cause, c'est en diminuant la masse du sang ou en atténuant sa plasticité que les conditions du flux utérin deviendront plus faciles; si au contraire il faut attribuer à la chlorose le dérangement de la fonction, c'est aux toniques, c'est aux martiaux qui reconstituent le sang que devra s'adresser la thérapeutique.

Les moyens propres à combattre la fièvre, la phlegmasie, la pléthore, la chlorose, bien que si opposés entre eux, seront non pas des emménagogues, mais des agents de reconstitution normale, et partant des agents

qui placeront l'économie dans des conditions telles que l'utérus ressentira efficacement l'impression des Excitants spéciaux.

Nous allons maintenant reprendre les considérations générales un peu concises que le lecteur vient de parcourir, et nous développerons davantage quelques-uns des points principaux de la Médication excitante.

L'observation apprend que pour qu'une maladie se termine naturellement et heureusement, l'organisme doit déployer un certain degré d'énergie au-dessus et au-dessous duquel les phénomènes morbides sont trop intenses ou trop lents, excessifs ou insuffisants , funestes dans les deux cas.

Dans le premier, les malades sont conduits à la mort ou par une sorte d'épuisement indirect de la résistance vitale, ou par la désorganisation rapide du tissu de quelque appareil principal, ou par l'altération et la suranimalisation des humeurs, et surtout du sang.

Dans le second cas, le même résultat a lieu, mais d'une autre manière. La langueur des mouvements vitaux laisse le sujet sous l'influence d'une cause morbide, ou d'une diathèse qui consume progressivement la résistance vitale et l'épuisé directement, attaque et détruit sourdement la texture de quelque viscère important, enfin vicie et appauvrit le sang en le dépouillant peu à peu de ses éléments plastiques et vivifiants.

Dans le premier cas, l'organisme périclite et périt par excès; dans l'autre, par défaut.

Dans celui-ci, c'est la maladie qui exténue l'organisation, la vicie et la met hors de service; dans celui-là, c'est l'organisme qui, par l'excès de sa réaction, s'use lui-même, s'épuise et succombe.

Ici, il faut modérer cette réaction ou spolier cette organisation ; là, il est indiqué d'exciter la réaction et de restaurer l'organisme. Pourquoi vouloir faire triompher une de ces méthodes à l'exclusion de l'autre?

Brown et Broussais ne s'entendront jamais, eux ni leurs aveugles partisans, tant qu'avant de se ruer pour ainsi dire sur l'homme malade, l'un avec ses débilitants, l'autre avec ses excitants, ils ne voudront pas voir que dans l'organisme il y a autre chose qu'un dynamisme à stimuler ou à modérer, qu'un impetum faciens à précipiter ou à ralentir, etc..

Telle précisément a été leur erreur; et si effectivement l'animal n'était qu'un mécanisme invariable dans sa composition intime, non organisé, et ne subissant dans l'intimité de sa substance aucune modification; si, en un mot, il ne consistait qu'en des leviers, des récipients, des tubes, des pressoirs, des poulies, des cordes, des pompes, des ressorts, des soupapes, puis des liquides ne variant que par leur densité et leur température, leur couleur et leur quantité, tout cela mû l'un dans l'autre par un agent subtil et impétueux, il devrait suffire (en supposant le mécanisme inaltérable et fixe) de lâcher ou de retenir par des moyens appropriés ce fluide moteur, de le contenir ou de le souffler en quelque sorte, et de faire dans ce système mécanique le calme ou la tempête..,.

Dans cette hypothèse, la Matière médicale se bornerait aussi à deux agents, le chaud et le froid; car tous les Excitants et tous les sédatifs autres que ces deux types de l'agent excitant et de l'agent sédatif, jouissent invariablement de quelques propriétés spécifiques plus ou moins marquées qui compliquent en quelque sorte les propriétés excitantes et sédatives en vertu desquelles ces substances médicinales sont succédanées du chaud et du froid.

Or cette spécificité d'action leur vient de leur nature, c'est-à-dire de leur spécificité de composition intime qui n'est exactement identique chez aucun. .

Dans l'organisme animal aussi, indépendamment du plus et du moins, de la force et de la faiblesse, du chaud et du froid, il y a de nombreuses fonctions, d'infinies spécificités. Ces propriétés spéciales sont en rapport avec la fin de chaque mouvement organique, et non pas avec ce mouvement lui-même, lequel, considéré physiquement et indépendamment de la fonction ou de la fin à l'accomplissement de laquelle il concourt et avec laquelle il s'identifie, n'a par lui-même rien de spécial.

La pierre d'achoppement des solidistes ou des dichotomistes anciens et modernes a toujours été la spécificité. Ce mot irritait Broussais; Brown surtout ne pouvait pas en entendra parler. On le comprend : exciter un organisme n'est point chose difficile. Mais ce n'est pas là la question.

Il est bien peu de maladies (s'il en est) qui ne consistent que dans une asthénie franche, simple, et s'offrant au médecin pour toute indication à remplir. De pareils états sont plutôt des suites de maladies que des maladies proprement dites.

En effet, si l'on en excepte la syncope, qui n'est pas une maladie, mais un accident ou un symptôme, la classe des débilités se borne aux convalescences, aux effets des pertes excessives, des fatigues violentes, des privations prolongées de plusieurs des choses dites non naturelles, etc.. ; et ces états, réduits à eux-mêmes, qu'il soient locaux ou généraux, limités à un organe, à un appareil, ou étendus à tout l'organisme, ces états n'ont rien de spécifique. Aussi est-ce là le triomphe de la Médication excitante.

Voyez une syncope : le système nerveux seul a fléchi. Il n'y a à tenir compte d'aucune diathèse, d'aucun vice d'organisation; il n'y a rien de spécifique, et tout agent capable à' impressionner primitivement et rapidement le système nerveux, va lui rendre son action, et la syncope cessera.

Remarquez que ce résultat peut être obtenu, nous le répétons, à l'aide d'un agent excitant quelconque, pourvu que son influence soit primitive, prompte et pénétrante, circonstance qui éloigne de suite l'idée d'une spécificité. Ainsi, une impression morale aura le même pouvoir, si elle est perçue, qu'un arôme piquant, qu'un cordial diffusible, qu'une douleur produite, qu'une commotion physique, que la projection de quelques gouttes d'eau sur la face, qu'une brûlure, etc., etc.... ; et la preuveque

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ces divers moyens ne sont que des coups de fouet au système nerveux, c'est qu'une manière plus sûre encore pour décider le retour de l'innervation, consiste dans le décubitus horizontal qui facilite la circulation artérielle du cœur au cerveau, etc....

Tel est le type des effets propres à la Médication excitante : c'est ce qu'on nommait autrefois le reconfort des esprits animaux. Ne demandez pas autre chose aux remèdes excitants, à moins toutefois qu'ils ne tiennent de leur nature chimique ou intime quelque propriété spéciale, utile dans tel ou tel cas de débilité spéciale.

Prenons maintenant pour exemple un état asthénique moins simple, et tout de suite nous allons voir que si l'excitation est encore indiquée, seule elle ne suffit plus, et ne joue plus d'autre rôle que celui d'un stimulus chargé de remplir une des indications et de favoriser l'action d'une autre propriété, propriété curative tout à fait distincte de la première.

On administre, et avec raison , les Excitants dans les débilités énumérées tout à l'heure et qui sont consécutives à des maladies aiguës, à des pertes de sang, à des privations d'ingesta ou de circumfusa hygiéniques, etc., etc. Certes, en pareil cas, ils sont légitimement indiqués, et leur succès le prouve.

Mais, qui se bornerait, comme dans la syncope, à la prescription de ces agents thérapeutiques? Et si le médecin n'y joignait des toniques analeptiques, soit alimentaires, soit martiaux , etc.^ qui ne voit que les stimulants ne feraient qu'épuiser la névrosité ou user les forces agissantes, ce qui est la même chose, et qu'il faut concurremment réparer l'organisation ou restaurer les forces radicales, ce qui est la même chose encore?

Or comment remplit-on cette seconde indication ? Par des agents spéciaux, c'est-à-dire par des matières assimilables propres à l'entretien et à l'exercice des fonctions débilitées. On y combine des stimulants, parce que le système nerveux, profondément affaibli, serait quelquefois impuissant à réagir sur ces matériaux spéciaux, à l'élaboration desquels il doit concourir.

Ainsi ces toniques analeptiques, pénétrés, par exemple, d'un certain degré de chaleur, portent avec eux le stimulant général (calorique) qui s'adresse à l'incitabilité générale, et la substance spéciale (matière alibile) qui s'adresse à la fonction spéciale (la digestion). L'un n'est pour ainsi dire que le condiment et le passe-port de l'autre.

Il y a dans cette combinaison du stimulant général et du tonique spécial , tout ce qui est nécessaire pour agir sur les deux conditions de toute fonction organique chez un être pourvu d'un système nerveux : l'un met le système nerveux au niveau des besoins de la fonction; l'autre fournit à la fonction son objet spécial.

On comprend maintenant à quelle somme d'erreurs funestes et de mécomptes grossiers ont dû arriver les dichotomistes. Ils n'ont tenu compte dans l'organisme que de la propriété d'être excité et de se mouvoir, et dans les modificateurs de cet organisme, que des agents de stimulation.

« La vie de l'animal ne s'entretient que par les stimulants extérieurs. » [Brown.)

«Et tout ce qui augmente les phénomènes vitaux est stimulant. » {Broussais.)

Ainsi, pour ces deux célèbres rivaux , la spécificité n'est qu'un mot, la finalité qu'un être de raison ; il leur répugnait que quelque chose pût se faire dans l'organisme sans eux.

Or la spécificité n'est pas notre affaire : c'est celle de la nature ou de cette providence intérieure (quelle inconséquence chez Broussais et dans son système!) que nous pouvons seconder ou détruire, mais à laquelle nous ne pouvons nous substituer jamais, parce qu'il n'est donné à l'homme d'agir que sur les conditions d'existence dont il dispose, mais non sur la loi de leurs rapports qu'il ne peut changer, car ce n'est pas lui qui l'a établie.

Il modifie ces rapports indirectement, c'est-à-dire en agissant sur leurs conditions de manifestation, mais non directement. Il éloigne, rapprocha, augmente ou diminue les causes déterminantes. Il affaiblit ou accroît l'énergie des causes excitantes; mais la cause efficiente est placée hors de son atteinte. Son rôle est de l'étudier, de la reconnaître, de limiter pour ainsi dire, en la plaçant dans les conditions que l'observation lui a appris être les plus favorables à l'exercice normal de la fonction. « Je le pansai; Dieu le guérit. »

Mais en thérapeutique, que de difficultés ! Ces conditions d'existence de la maladie dont nous pourrions disposer, pour les modifier, il faudrait les connaître.... et les connaissant, il faudrait, pour les modifier, que la Matière médicale nous fournît des modificateurs spécifiques. Que le nombre en est petit !

Aussi, quand dans une maladie, l'indication de stimuler se présente, on stimule, mais il faut le dire, on stimule bien souvent dans les ténèbres, on agit dans l'obscurité. Si la nature met à profit notre stimulation , tant mieux ; mais si elle s'en sert contre nos intentions....? Voilà la difficulté et le péril !

Quand il n'est question que de ces états simples mentionnés dans les pages précédentes, tout va de soi, et les instincts du malade sont positifs. On pourrait leur confier le soin de la médication.

Mais on se rappelle que, dans ces cas, il n'y a pas ou il n'y a plus de cause morbide en présence, et par conséquent nul obstacle au retour des forces.

Au contraire, s'il existe une diathèse ou un état nerveux précurseur d'une maladie diathésique ou organique grave, une affection spontanée ou un mélange de ces deux conditions, et qu'en même temps l'affaissement du système nerveux, la débilité de quelque appareil ou de tout l'organisme, présentent un côté, pour ainsi dire, à l'indication de la Médication excitante, que faire?

Ces cas appartiennent tous à la classe des maladies chroniques.

Ce qu'il faut faire? se défier des Excitants sans les repousser. Déférer aux indications de leur emploi, mais avec sobriété, en ayant toujours l'œil sur la langue du malade, le doigt sur son pouls, l'attention fixée sur ses nuits et son sommeil, Il faut surtout, autant que possible, substituer les toniques analeptiques aux Excitants ou les combiner à ceux-ci. Que si l'appareil digestif repousse les premiers, rarement on doit employer les seuls Excitants; car alors on ne sait pas ce qu'on fait.

La Matière médicale offre, pour ces cas, sinon des agents spécifiques, au moins des modificateurs qui joignent à la vertu excitante quelque propriété spéciale plus ou moins accommodée à telle ou telle diathèse, à tel ou tel état morbide.

Ainsi , les eaux de Vichy sont excitantes , mais elles sont autre chose avec cela. Elles paraissent contenir des principes favorables à la digestion. Ceci n'est qu'un exemple. Quand il s'agit de modifier telle ou telle sécrétion, on trouve aussi des Excitants, mais qui, avec cela qu'ils excitent la glande, modifient sa fonction et son produit.

Prenez des alcooliques ou de fortes infusions de plantes labiées ou de stimulants exotiques, vous allez exciter, irriter même l'action des glandes. Voilà tout ce que vous ferez. Vous aurez irrité ces glandes, et souvent même assez pour suspendre plus ou moins leur action, nous voulons dire diminuer la quantité de leurs produits. C'est ce que tous les jours le vin fait sur les glandes salivaires, les cantharides sur les reins, etc....

Mais l'iode, mais le mercure, sont excitants aussi. Ils stimulent l'action des glandes, mais ils joignent à la propriété stimulante qu'ils partagent avec les remèdes ci-dessus, une propriété qui modifie la glande, change, fluidifie ses produits, leur imprime d'autres qualités, et cela encore, chacun à sa manière, l'iode autrement que le mercure, celui-ci autrement que l'or, celui-ci différemment de la potasse, de la baryte, etc....

Toujours donc, nous nous retrouvons en face de nos deux conditions, tant du côté du médicament que du côté de l'organisme.

L'esprit de la Médication excitante ne doit pas être cherché ailleurs que dans cette simple et naturelle considération. Il n'y a là rien de systématique.

La camomille sera plus appropriée à telle dyspepsie que le vin ou que la moutarde, etc., etc. Nous rentrons encore ici dans ce que nous avons dit plus haut touchant l'addition d.'une action spéciale indépendante de l'excitation; et cela est en rapport avec la nature de la maladie asthénique qui non-seulement est telle, mais qui présente en outre des indications que seule ne remplit pas la Médication excitante.

Les maladies liées à la prédominance de la constitution lymphatique nous fourniraient sur ce sujet des exemples très-utiles.

Ces maladies offrent très-certainement un élément de débilité. Mais il est impossible de n'y voir que cela, et de ne considérer en tel cas que cet élément d'indication. Et pourtant, cette indication mérite qu'on s'en

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occupe, mais sans oublier le vice de l'organisation à la nature duquel est subordonné l'élément asthénie.

L'emploi des seuls remèdes chauds, l'action violente, incendiaire et nue de ces remèdes , ne fait qu'irriter de telles organisations. Elle y allume une fièvre plus consomptive que critique , surtout lorsque , comme cela est trop commun, ces sujets sont nerveux et irritables, en même temps que frêles et mous. Alors, en stimulant purement et simplement, vous ne faites que fortifier la diathèse en la livrant à elle-même. Chez cet individu, le tempérament et la constitution ne sont pas en harmonie comme chez celui qui est simultanément scrofuleux et apathique, c'est-à-dire, celui dont le système nerveux est mou et paresseux comme ses tissus, froid comme son sang.

Dans ce cas, en effet, en stimulant le système nerveux , vous enrayez les progrès de la diathèse. Chez l'autre, vous exagérez encore la désharmonie fâcheuse qui existe entre le tempérament et la constitution , entre le système nerveux et les fonctions végétatives.

Nous ne possédons pas, contre cette affreuse maladie , de stimulant spécifique, de médicaments qui modifient également bien les deux conditions de l'affection; car rappelons-nous qu'on trouve bien plus facilement un Excitant du système nerveux qu'un modificateur plastique.

Pourtant, quelques substances approchent plus ou moins de cet effet. Les amers excitants sont de ce nombre. Combinez une habitation dans un pays sec et chaud à une alimentation réparatrice et aux amers en question, secondez ces moyens par l'influencé de la gymnastique, et vous obtiendrez, autant que possible, la simultanéité d'actions que nous cherchons.

Ajoutons à ces remèdes ceux tirés des plantes dites antiscorbustiques de la famille des crucifères.

Nous ne saurions trop recommander l'emploi du vin et du sirop composés avec les racines, etc., de ces végétaux. On y trouve heureusement associés les deux modificateurs que nous désirons. 11 y a là une stimulation modérée et des principes très-appropriés à la spécialité diathésique des scrofules. Les préparations de noyer ont aussi, dans ces cas, une utilité spéciale que nous nous plaisons à louer et à conseiller hautement.

Chez les enfants, que cette maladie atteint- surtout, le sirop antiscorbutique est une précieuse préparation. Les phlegmasies chroniques passant incessamment de cet état à l'état aigu , de celui-ci à celui-là , aux yeux, aux oreilles, à la poitrine, à la peau, aux os, etc., etc., relèvent presque toutes , chez les enfants, du vice scrofuleux. Ces enfants, pleins d'humeurs, trouvent dans les antiscorbutiques une sorte de panacée à tous leurs maux.

Ces états morbides qu'on ne rattache pas toujours assez aux scrofules , parce que celles-ci n'y apparaissent pas toujours avec leurs signes classiques, ces états morbides ne quittent l'enfant que pour le ressaisir adolescent, avec d'autres formes, l'affecter adulte, sous des noms et des

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aspects qui déroutent le praticien; et, vieillard enfin, l'affliger d'infirmités incurables, sinon mortelles, dont la nature et l'origine restent inconnues.

Reconstituez donc l'enfant pendant que s'y prêtent mieux que plus tard les faciles transformations que subit sa matière à travers les phases rapides de son évolution.

Pourquoi lés antiscorbutiques ont-ils vieilli et sont-ils tant dédaignés dans ces cas? Ils ont pourtant une qualité principale : ce sont des simples. Les découvertes de la chimie moderne leur ont substitué des Excitants antiscrofuleux tirés du règne minéral.

Les métaux introduits chimiquement dans le sang doivent être Yultima ratio de la thérapeutique médicale, comme appliqués physiquement au corps, ils sont Yultima ratio de la chirurgie. Pour purger et faire vomir, c'est bien.... ils ne font que passer; mais quand ils doivent rester et ne plus agir seulement sur le système nerveux qui les repousse comme des ennemis et des étrangers, mais modifier l'organisation, il faut toujours y regarder à deux fois, car ils dissolvent et altèrent la matière vivante, dit Sydenham, bien plus encore qu'ils ne révoltent les esprits vitaux.

Le végétal est assimilable; le minéral ne l'est pas.

Nous aimons donc mieux les antiscorbutiques et les végétaux amers et aromatiques, que l'iode, le baryum et leurs préparations , dans le traitement des maladies scrofuleuses. Il ne faudrait pas en induire que nous rejetons ces derniers. Il faut user de tout ce qui peut être utile, mais n'abuser de rien.

Enfin, qu'on se rappelle bien que si tous les antiscrofuleux sont excitants, tous les Excitants ne sont pas antiscrofuleux.

Il y a indication d'exciter la diurèse. Mais toute la maladie n'est pas dans la rareté des urines et dans l'existence d'un épanchement séreux dont on veut obtenir la résorption. Cette insuffisance des urines, cet épanchement, ont leurs causes qui s'opposent quelquefois à la provocation de la diurèse. De plus, il arrive souvent que celle-ci provoquée , le résultat thérapeutique n'est pas atteint.

Tout n'est donc pas dans l'excitation, mais dans le mode d'exciter, et dans le résultat qui ne dépend pas de l'excitation, mais dont bien plutôt l'excitation dépend.

Ce qu'il faut conséquemment chercher, ce sont des excitants spéciaux. Si l'on ne les trouve pas, il faut bien savoir qu'en excitant, on ne touche qu'une des conditions du succès de la méthode curative; et alors on doit s'efforcer d'atteindre l'autre condition parles modificateurs thérapeutiques ou hygiéniques que commande la considération de la nature de la maladie.

Nous dirons pour la diaphorèse ce que nous venons de dire pour la digestion, les sécrétions, la diurèse.

Obtenir par des sudorifiques actifs une diaphorèse inutile, c'est nuire. Il faut d'abord que l'indication d'exciter les fonctions de la peau soit bien jugée, et l'administration du sudorifique parfaitement opportune.

On pousse à. la peau dans les maladies aiguës et dans les maladies chroniques. Dans les premières, on veut opérer une crise péremptoire. On rétablit purement et simplement une fonction supprimée, et ce retour de la peau à ses fonctions, ou cette énorme évacuation, produisent une détente tout à la fois révulsive et dérivative. Le système nerveux se relâche de sa réaction, de sa résistance et de sa roideur d'action; la chaleur du sang se tempère , et la chance des irritations et des phlegmasies est ainsi diminuée de deux manières très-efficaces, et qui pouvaient concourir à les produire par leur effort synergique.

On se sert alors de boissons légèrement stimulantes par elles-mêmes , et plus encore par la température qu'on leur donne.

Dans les maladies chroniques, on emploie d'autres espèces de sudorifiques. Ceux-ci ont des propriétés amères, acres, particulières et altérantes. Ils agissent plus par leurs qualités que par leur température. Ainsi sont le soufre, l'antimoine, le gaïac, la salsepareille, la squine, le sassafras, les bois sudorifiques, etc.

Ainsi toujours : du côté de la maladie , indication d'exciter, mais indication bien plus puissante encore d'introduire un agent spécial. N'agir que sur la réaction organique , ce n'est satisfaire qu'à la moins importante et à la plus facile des indications. Tout, ou presque tout, consiste à agir sur la cause prochaine de la maladie ou sur la diathèse; et nous savons, par les principes généraux établis plus haut , que les stimulants ne répondent pas à ce besoin.

Est-ce comme Excitants qu'agissent les préparations mercurielles dans la syphilis constitutionnelle? car ce sont des Excitants... Si elles n'étaient pas autre chose, elles ne seraient pas des spécifiques. De même, si la maladie vénérienne qui affaiblit, n'était qu'une asthénie, elle ne serait pas une maladie spécifique. C'est qu'elle attaque l'organisation et l'affaiblit en l'altérant , tandis qu'elle ne débilite Je système nerveux que très-indirectement. Si ce système pouvait donner la raison de cette spécificité, il suffirait d'agir sur lui seul. Quand le mercure exerce celte action, c'est plutôt un malheur qu'un avantage. Il vaut mieux que l'influence mercurielle se passe silencieusement etdans l'intimité du travail altérant de la force plastique sur laquelle l'agent morbide a principalement porté son action.

Que dire maintenant des Excitants emménagogues? Ce que nous venons de dire des autres stimulants des fonctions spéciales ne s'applique-t-il pas encore plus exactement, si c'est possible, à ceux-là? Aussi, comptez les emménagogues : ils sont innombrables, et on en découvre tous les jours de nouveaux...

Voici une aménorrhée. Quoi de plus simple? Les emménagogues ne font pas faute. Vous avez la rue, la sabine, l'iode, l'ergot de seigle, pour les cas rebelles, les impérieuses indications; l'armoise, le safran, le castoréum, l'acétate d'ammoniaque, le gaz acide carbonique, pour les petites nécessités, etc.. Qu'on ne s'y lie pas. Rien n'est plus difficile que de provoquer les règles supprimées.

ii. hh

Une foule d'états morbides tiennent cette fonction en échec, et simulent pour ainsi dire à son égard le rôle de la grossesse. Combien de fois n'arrive-t-il pas qu'un médecin inattentif se heurte contre une pareille contreindication!...

Il arrive dans ce cas deux choses : ou bien l'emménagogue réussit ; ou bien l'obstacle morbide résiste à son action. Supposons que l'emménagogue l'emporte; il a forcé, c'est le mot, la contre-indication. Croirez-vous avoir légitimement vaincu? Non. Vous avez produit une hémorrhagie utérine; vous n'avez pas rétabli les règles...

Ce mpt de règles ne dit donc rien à votre esprit? Aucun autre mot ne saurait le remplacer à nos yeux. Il y a dans cette fonction quelque chose de bien spécifique. N'est-ce là qu'une métrorrhagie, qu'une hyperhémie accidentelle, comme serait, par exemple, l'épistaxis?

La femme, pendant toute la période de sa fécondité, perd régulièrement chaque mois quelques onces de sang. C'est bien peu de chose...

Il y en a qui filtrent ce sang, l'analysent, en comptent les globules, en pèsent la fibrine, et sur cette autre docimasie, s'asseyent à l'Institut, pleins d'un immortel contentement. C'est trop juste! Ils ont découvert les lois de la menstruation : le sang des règles contient moins de fibrine que l'autre..,.

Il ne s'agit donc que de mettre la femme en état d'avoir ses règles.

Résulte-t-il de là qu'il n'y ait pas d'emménagogues, et qu'on ne doive jamais essayer de rétablir directement les règles disparues?

Le tout est de s'entendre. Une femme bien portante et habituellement bien réglée éprouve une suppression. Ses règles fluaient en leur temps, et une émotion morale, un refroidissement subit, une chute, etc., les ont arrêtées tout court.

Si le médecin est appelé incontinent, il peut incontinent aussi administrer un emménagogue, tout en administrant concurremment quelques légers antispasmodiques, et agissant favorablement sur le moral de la malade dans le cas où la suppression est due à un effroi, à un chagrin, etc., rétablissant l'expansion vitale à la peau, si celle-ci a été frappée,d'un refroidissement soudain. Dans ce cas, un emménagogue peut rappeler le flux menstruel. Que s'il échoue immédiatement, on aura recours aux mêmes remèdes vers l'époque suivante, pour fluxionner l'utérus par tous les moyens prudents que la médecine peut fournir.

Entre l'écoulement supprimé et l'indication de le rétablir, il n'y a âu- *cune autre indication d'où dépende la première. Il ne faut qu'exciter le jeu d'une fonction dont une des conditions seule a été enrayée, et cette condition est la moins importante; elle n'est qu'adjuvante. C*est donc la plus facile à rétablir. L'autre appartient à la nature et à des circonstances que nous ne connaissons pas assez pour les produire et les seconder.

Quelle fragilité dans cette fonction ! C'est qu'elle n'est pas absolument et immédiatement nécessaire à la vie individuelle de la femme qui vit sans cela, mais qui ne vit pas spécifiquement, c'est-à-dire, pour sa fonction spé-

ciale, et devient dès lors un être déclassé et anormal, quand l'aménorrhée lui est naturelle, ou bien ne vit vraiment pas ou ne vit que pour souffrir, quand cette imperfection est accidentelle, comme dans l'aménorrhée chlorotique récidivante.

Nous prenons cet exemple comme un type des cas où l'action des emménagogues n'est point illusoire et où leur emploi se trouve bien indiqué. Plusieurs autres circonstances rentrent dans cette espèce d'aménorrhée, et on peut leur appliquer ce qui vient d'être dit.

Mais quand l'aménorrhée est, comme on dit, spontanée, et ne fait que signaler quelque dérangement morbide, on retombe dans les cas où nous aurions à répéter ce que plus haut nous avons émis sur les rapports de la grossesse et de la menstruation.

Il est certaines aménorrhées qu'on pourrait appeler essentielles ou primitives. Elles ne sont pas symptomatiques d'un état morbide, non plus que d'un accident extérieur quelconque. Ces cas sont rares et peuvent réclamer l'usage des emménagogues.

L'emploi fréquent de ces remèdes est le signe de l'empirisme. Un grand praticien en fait un rare usage. Les martiaux sont plus qu'emménagogues, et on ne doit pas les assimiler à ceux que nous avons décrits parmi nos remèdes excitants. Ils sont surtout applicables aux aménorrhées que nous venons de nommer idiopathiques ou essentielles.

Les martiaux agissent sur les deux conditions de la menstruation : le sang et le système nerveux; et ce qu'il y a de plus efficace dans leur action, c'est qu'ils n'agissent sur le système nerveux qu'après avoir agi sur le sang. Ils vont au but avant de modifier le moyen, et modifient celui-ci par le premier. Alors tout se coordonne; et la fonction est véritablement reconstituée, surtout si la nature continue l'œuvre de l'art, après s'y être prêtée d'abord.

Les stimulants emménagogues, au contraire, peuvent bien fluxionner la matrice; mais, ou bien ils provoquent des hémorrhagiesqui ne sont pas les règles, ou bien, s'ils réintègrent légitimement la fonction, c'est que la diathèse de cette fonction, qu'on nous permette une telle manière de dire, préexistait, et n'attendait qu'un stimulus auxiliaire.

Et c'est là, pour revenir à la Médication excitante générale, ce qui arrive bien souvent lorsqu'on administre cette Médication dans des maladies asthéniques dominées par quelque état morbide spécial.

L'indication de stimuler se présente sans que le médecin soit gêné par des contre-indications évidentes. Il institue une Médication excitante, et la faiblesse se dissipe, et l'état morbide spécial s'améliore. C'est, encore une fois, que la nature était bien disposée; que la diathèse était épuisée; et que le système nerveux n'avait rien derrière lui pour l'empêcher de s'harmoniser avec l'organisation , d'y puiser de l'énergie d'action , et de rendre ainsi à cet organisme toute la résistance vitale dont il est susceptible.

Nous devons dire que de tels succès sont rarement comptés dans les

maladies chroniques. C'est à la classe des maladies aiguës qu'appartiennent ces sortes de résurrections dues à la Médication excitante.

Dans plusieurs endroits de ce traité, où nous avons développé l'esprit de ce mot d'Hippocrate, Febris spasmos solvit, nous nous sommes assez étendus sur les lois de ce fait général, pour nous dispenser d'y revenir en ce lieu.

On trouvera aux chapitres de la Médication tonique en général; — de la Médication tonique analeptique; — et surtout à celui de la Médication tonique névrosthénique, tout ce que nous ne pourrions que répéter ici.

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