PETITE CENTAURÉE
La petite Centaurée , Gentiana centau- Parties usitées. Les sommités fleuries.
rium,, Chironia centaurium, Erytlirasa cen- La petite Centaurée a une saveur fran-
taurium, est une plante de la famille des chement amère. L'analyse y a démontré les
Gentianées, genre Erythrsea. principes suivants :
Caractères génériques. Calice à cinq di- Matière extractive amère, acide libre, ma-
visions linéaires profondes; corolle à cinq tière muqueuse, extractifs, sels.
divisions; anthères roulées en spirale; On ne prescrit que l'infusion, l'extrait, la
ovaire surmonté d'un style bifurqué, por- poudre, lesquels se préparent comme il est
tant deux stigmates distincts; capsule al- dit plus haut pour la gentiane,
longée, uniloculaire, bivalve. La petite Centaurée faitpartie des pspèces
Caractères spécifiques Plante annuelle, amères du Codex, lesquelles sont les feuiltige un peu quadrangulaire de 30 centime- les de germandrée, ou petit chêne (rentres de hauteur, feuilles opposées, sessiles, crium chamxdrys ; les sommités d'absinthe ovales; fleurs roses, disposées en panieule; (Absinthium officinale); les sommités de l'étamine dépassant à peine le tube de la petite Centaurée, que l'on mêle à parties corolle ; ovaire allongé, linéaire. égales.
Les sommités fleuries de petite Centaurée sont utiles dans les cas où les amers sont indiqués. Quant à ses propriétés fébrifuges, nous ne les regardons pas mieux démontrées que celles de la Gentiane. L'infusion et la décoction de Centaurée donnée dans ces fièvres rémittentes vernales qui cèdent spontanément au bout de sept à huit jours, valent mieux que les tisanes féculentes ; c'est là, certes, le seul avantage bien réel qu'elles présentent. On conseille particulièrement la Centaurée dans les mêmes circonstances que le Colombo, le quassia amara, le simarouba et la gentiane. (Voyez plus haut.)
CENTAURÉE. CHARDON BÉNIT, etc. 391
CENTAURÉE. CHARDON BÉNIT. BLUET. CHICORÉE. HOUX. ARTICHAUT. LILAS. BENOITE, etc.
Le genre Centaurea, de la famille des Carduacées, renferme trois espèces employées en médecine : le Chardon bénit;, la Chausse-trape et le Bluet.
Le Chardon bénit, Centaurea benedicta, a joui jadis d'une grande réputation dans le traitement des empoisonnements par les venins animaux et dans celui de la peste. Autrefois il n'était recherché qu'à cause de son amertume, et à ce titre on le regardait seulement comme stomachique. Nativelle en a retiré, en 1837, le cynisin, corps neutre, cristallisable en aiguilles satinées, fusible et non volatil, très-amer, quoique peu soluble dans l'eau. Il se dissout mieux dans l'eau bouillante; soluble en toutes proportions dans l'alcool et l'esprit de bois.
Ce principe paraît exister dans toutes les cynarocéphales amères.- On l'a essayé avec quelques succès dans les fièvres intermittentes, mais il a l'inconvénient de produire des vomissements.
On donne les sommités fleuries de cette plante à la dose de 15 à 30 grammes (1 demi-once à 1 once) en infusion.
La Chausse-trape ou Chardon étoile, Centaurea calcitrappa. Cette plante a été, vers la fin du dernier siècle, vantée comme un fébrifuge indigène aussi puissant que le quinquina. Clouet, en 1787, publia dans le Journal de médecine militaire, t. VI, le résultat de plus de deux mille expériences tentées sur les soldats de la garnison de Verdun, expériences qui prouvent l'efficacité de la Chausse-trape dans le traitement des fièvres intermittentes. L'exagération dans les chiffres de Clouet devait mal faire présumer de l'efficacité de son remède, et les expériences tentées par les médecins de nos jours ont été loin de sanctionner les résultats de notre compatriote, bien que Valentin, Lando et Buchner aient également regardé ce médicament comme capable de guérir la fièvre intermittente.
Aujourd'hui il est employé seulement comme stomachique, au même titre que les amers les moins héroïques.
On emploie toutes les parties de la plante, fleurs, tiges et racines. En poudre, le Chardon bénit se donne à la dose de 8 à 15 grammes (2 à 4 gros). Pour une infusion, on prescrit une quantité beaucoup plus considérable, 60 à 100 grammes (2 ou 3 onces) par exemple.
Centaurea cyanus, Bluet, Casse-Lunette. Cette plante a encore des propriétés moins importantes que les deux dont nous venons de parler. On tait des collyres avec l'infusion de ses fleurs.
392 MÉDICAMENTS TONIQUES NËVROSTHÊNIQUES.
La Chicorée sauvage, Cichorium intybus, de la famille des Chicoraeées, a des feuilles d'une amertume assez agréable. On les mange en salade, et à ce titre elles conviennent assez bien aux personnes dont le ventre est resserré, à cause de leurs propriétés un peu laxatives. En décoction, elles servent à composer une tisane fort bonne dans le cours des fièvres intermittentes vernales et automnales, et qui rétablit assez bien les fonctions digestives. Elle entre dans la composition des sucs d'herbes dépuratifs.
C'est avec la racine de Chicorée torréfiée qu'on prépare le café, dit de Chicorée, qui est un excellent tonique et le meilleur succédané du café administré en infusion.
Le Houx, Ilex aquifolium, Aquifolium officinale, est le type de la famille des Aquifoliacées.
Lés feuilles de Houx, conseillées vaguement comme sudorifiques et comme antiarthritiques- sans doute à cause de leur amertume, n'ont acquis que vers la fin du siècle dernier une importance thérapeutique que nous croyons usurpée.
Durande [Histoire de la Société royale de méd., t. I, p. 342), ayant connu une personne étrangère à la médecine qui prétendait guérir la fièvre intermittente avec de la poudre de feuilles de Houx, voulut soumettre luimême ce médicament à l'expérimentation. D'après les faits qu'il a recueillis, il déclare qu'en donnant avant l'accès L grammes (1 gros) de feuilles de Houx desséchées et pulvérisées, il supprimait plus sûrement les fièvres intermittentes qu'avec le quinquina.
Malgré- ces grands résultats, le Houx était tombé dans l'oubli, quand M. Rousseau, médecin à Paris, essaya de lui rendre sa réputation perdue (Nouv. Journ. de Méd., t. XIV, 1822). Les expériences de M. Rousseau, répétées par M. Saint-Amand, de Meaux, et reprises en 4829 par M. Rousseau lui-même, mais sur une plus grande échelle, amenèrent ces médecins à conclure que les feuilles de Houx étaient aussi efficaces que le quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes. M. Chomel, en 1830, eut le désir de savoir lui-même à quoi s'en tenir sur ces vertus fébrifuges, et il choisit, comme sujet d'expérience, vingt-deux malades atteints de fièvre intermittente. Mais avant de donner la poudre de Houx, il voulut juger quelle serait l'influence de la simple expectation chez ces vingt-deux fébricitants. Dix-neuf guérirent spontanément à l'aide d'un régime émollient ou légèrement antiphlogistique. Les trois autres avaient, l'un une fièvre quarte, deux une fièvre quotidienne. Le Houx leur fut inutilement administré à la dose de 30 grammes (1 once), et même de 90 grammes (3 onces) ; ils guérirent au contraire fort aisément avec la quinine. Si donc, imitant tous les expérimentateurs que nous avons tant de fois cités à propos des prétendus succédanés du quinquina, M. Chomel eut donné d'emblée la poudre de Houx à ses vingtdeux malades, on aurait pu conclure à dix-neuf succès quand tout l'hon-