HASCHICH
Murray, dans YApparatus medicaminum, avait déjà bien fait connaître les troubles nerveux singuliers que le Haschich éveille dans l'économie . Les médecins anglais qui exercent dans l'Inde ont publié des mémoires intéressants sur ce sujet. Ce sont surtout les docteurs O'Birest, Raleigh , O'Shauguessy, Esdale , et notre compatriote Léautaud , qui a fait d'intéressantes expériences sur des animaux. M. Moreau, de Tours, a publié en 1845 un ouvrage plein d'intérêt, dans lequel il consigne les résultats des expériences nombreuses qu'il a faites sur lui-même, sur des médecins , sur des gens du monde , et de celles beaucoup plus nombreuses encore dont il a été témoin. pendant son voyage en Orient.
Peu de temps après l'ingestion du Haschich , on tombe dans une sorte de rêverie qui a presque toujours un charme extrême ; on est comme transporté dans un monde idéal; les idées d'espace, de temps, s'effacent de l'esprit. Bientôt survient une sorte d'extase voluptueuse , qui pourtant n'a ordinairement rien de cynique , et qui se traduit par des soupirs , par des cris, par des hurlements, que suit mi abattement plein de langueur et de charmes.
Chez quelques personnes il survient des hallucinations analogues à celles que causent les solanées vireuses : hallucinations qui rappellent à l'esprit des idées horribles ou attrayantes, et qui portent ou au suicide ou à des actes qu'une morale sévère n'autoriserait peut-être pas.
Ces hajlucinations sont en rapport, soit avec les idées habituelles de la personne qui les éprouve, soit avec les pensées qui l'occupaient au moment où les symptômes de l'empoisonnement ont commencé à se manifester, ou avec celles qui l'ont surtout occupée pendant la journée.
Aussi est-on en quelque sorte maître des idées qui vont s'emparer de celui qui prend le Haschich; il suffira pour cela d'avoir fortement agi dans un sens sur son esprit. C'est ainsi, disent les chroniques, que le Vieux de la Montagne agissait sur l'esprit des hommes dont il voulait faire les instruments de son ambition ou de son fanatisme. Il leur faisait croire à la réalité des scènes fantastiques et des voluptés célestes qu'ils avaient rêvées dans leur délire, et il les poussait à tous les crimes comme aux plus héroïques actions par l'espérance d'une participation éternelle aux jouissances dont il leur avait donné l'avant-goût.
Ainsi que nous l'avons dit tout à l'heure , le Haschich n'est encore que bien peu appliqué aux usages médicaux. Il est probable que, dans le traitement de certaines névroses, il rendrait des services que les autres stupéfiants seraient peut-être inhabiles à rendre. C'est à l'expérience clinique de prononcer sur cette question.
M. Moreau, de Tours, a proposé de l'employer, chez certains monomaniaques, dans le but de modifier le délire maladif par un délire communiqué et nécessairement passager.
M. Corrigan a publié dans le London Médical Times un travail plein
d'intérêt sur l'usage de la teinture de Cannabis indica, dans le traitement de la danse de Saint-Guy. Le premier cas est relatif à une jeune tille do dix ans, malade depuis cinq semaines ; elle commença par 5 gouttes de teinture, trois fois par jour, et, après onze jours de traitement, il y avait un amendement considérable : la quantité fut alors portée graduellement jusqu'à trois doses de 25 gouttes, et elle sortit guérie de l'hôpital après y être restée un peu moins de cinq semaines. La seconde malade était atteinte depuis un mois; il lui fallut quarante jours de traitement : la dose de la teinture était aussi de 25 gouttes, trois fois par jour. Enfin une jeune fille de seize ans, malade depuis dix années, fut guérie au bout d'un mois.
Espérons que ces curieuses expériences seront répétées, et que le Haschich deviendra pour la médecine une conquête importante.
LQBELIA INFLATA.
Lobelia, genre de la famille des Campa- juste titre, à peu près banni de la matière
nulacées, dédié à Lobel, célèbre botaniste médicale.
flamand. Ce genre renferme plusieurs es- Le Lobelia inflata croît sans culture dans
pèces dont deux seules sont usitées en mé- les États-Unis de l'Amérique et en Angle-
decine, le Lobelia anîysyphilitica et le Lo- terre, où il a, dit-on, reçu du peuple le
belia inflata. Le Lobelia antisijphilitica, nom significatif d'Asthma-Weed (herbe à
comme son nom l'indique, a joui, dans le 1 asthme). Il est, comme toutes les espèces
dernier siècle, d'une réputation fort peu de ce genre, pourvu d'un suc lactescent,
méritée et fort temporaire dans le traite- acre et vénéneux quand il est administré
ment de la vérole. Aujourd'hui il est, à à hautes doses.
THERAPEUTIQUE.
Le suc de la plante, les feuilles contuses appliquées sur la peau , causent une irritation analogue à celle que déterminent la plupart des plantes de la famille des colchicacées et des renonculacées. La poudre, l'infusion, la décoction, la teinture, administrées à haute dose, causent des vomissements violents, des coliques, de la diarrhée, et quelques phénomènes de stupéfaction , lesquels peuvent aller jusqu'au narcotisme complet si les doses ont été portées trop loin.
Effets thérapeutiques.
Le Lobelia inflata a été donné dans les affections catarrhales aiguës et chroniques comme vomitif, et à des doses moitié moindres comme expectorant, dans les mêmes circonstances que l'ipécacuanha. Mais c'est surtout comme spécifique de l'asthme nerveux qu'il a été conseillé par Gutler, Andrew, Elliotson et Michéa. On le donne en teinture à
LAITUE
la dose de 5 à 25 gouttes, trois ou quatre fois par jour; en infusion , à la dose de 1 à 4 grammes pour un litre d'eau bouillante. On a pu constater que des malades, qui jadis avaient été singulièrement soulagés par le datura ou la belladone, et chez qui ces agents restaient désormais inefficaces, avaient été plus tard également soulagés, et, dit-on, guéris par l'usage du Lobelia. Il est à regretter qu'en France trop peu de médecins en conseillent l'emploi.
LAITUE
Laitue [Lacluca, L.), genre de la famille desSynanthérées, tribu deschicoracées; syngénésie polygamie égale de Linné.
Caractères génériques. Involucre oblong, composé de folioles imbriquées, membraneuses sur les bords; réceptacle nu; aigrette simple, pédicellée; semences nues.
Deux espèces seules sont usitées en médecine : la Laitue commune ou cultivée et la Laitue vireuse.
Laitue commune (Lactuca sativa).
Caractères spécifiques. Feuilles arrondies ; celles de la tige en cœur ; tige corymbifère, non épineuse.
Cette plante, ainsi que celles du même genre, contient un suc propre dont la composition, suivant M. Quevenne, est : 1° un principe amer, soluble dans l'eau et l'alcool, insoluble dans l'éther; 2° de l'albumine; 3° du caoutchouc; 4° delà cire; 5° un acide indéterminé; 6° quelques sels.
On ne sait encore à quel principe rapporter la vertu sédative attribuée au suc de Laitue.
Les diverses préparations faites avec la Laitue cultivée sont :
1° Veau distillée de Laitue (hydrolatum Lacluae) que, suivant le Codex, on prépare ainsi :
Pr.
: Tiges fraîches de
Laitue, Eau commune,
500 gram. (1 livre).
1 ,000 gram. (2 livres).
Pilez les tiges de Laitue, mettez-les avec l'eau dans la cucurbite d'un alambic, et distillez à un feu modéré jusqu'à ce que le produit obtenu soit de 500 gram. (I livre).
Cette eau est le véhicule de beaucoup de potions calmantes.
2° Le sirop de Laitue qu'on prépare avec l'eau de Laitue du Codex.
3° L'extrait de Laitue (extractum Laclucx), désigné par le docteur François sous
le nom de tliridace, du mot 6pt3a^, Laitue; par les Anglais sous celui de lactucarium.
Le meilleur procédé à l'aide duquel on obtient la thridace est le suivant : on prend de la Laitue montée, près de fleurir; on enlève les feuilles qui servent à préparer de l'eau distillée; on pile les tiges dans un mortier; on passe le suc à travers un linge et on le fait évaporer à l'étuve en couches minces dans des assiettes.
L'extrait ainsi obtenu contient, outre le suc laiteux, les autres sucs contenus dans le tissu fie l'écorce.
Le nom de lactucarium est plus particulièrement réservé au suc épaissi qui s'écoule naturellement d'incisions pratiquées à la tige de la Laitue cultivée. Ce dernier produit est plus actif que la thridace.
On prépare d'après la formule suivante, des pilules de lactucarium :
Pr. : Thridace, 4 gram.
Poudre de réglisse, F. s. a. 3G pilules.
;ros).
La thridace est également administrée en pilules et sous forme de sirop.
La Laitue vireuse (Lactuca virosa) est une espèce bisannuelle, vigoureuse, haute de quatre à six pieds, qui croît naturellement dans les champs et sur le bord des haies. Quand elle est en fleurs,' sa tige est remplie d'un suc plus abondant et plus actif que celui de la Laitue composée.
Caractères spécifiques. Feuilles oblongues, dentelées, sessiles, horizontales, aiguillonnées sur le bord et surtout sur la côte du milieu.
On prépare, d'après M. Soubeiran, une alcoolature de Laitue vireuse :
Pr. : Suc de Laitue vireuse, Alcool à 85° (34° Cart.).
Mêlez, et, après quelques jours, filtrez
1 part.
1 part.
Ce médicament serait beaucoup plus efficace si l'on ne se servait que de l'écorce de la plante (Pharm. de Soubeiran),
L'extrait de Laitue vireuse, qui est la tasse, une résine indifférente, ulmate de
préparation la plus usitée, s'obtient par potasse, cérine, myricine, pectine, albu-
l'évaporation du suc des feuilles et de la mine, oxalate acide de potasse, nitrate,
tige. sulfate et chlorhydrate de la même base,
Plusieurs pharmaciens font préparer cet phosphate de chaux et de 'magnésie, oxydes
extrait avec le suc dépuré à chaud ; mais la de fer et de manganèse, silice,
clarification fait toujours perdre au suc des II n'y a pas de caoutchouc d'après M. Au-
végétaux une partie de leurs propriétés. bergier, mais d'autres auteurs y en ont
Lactucarium. Ce produit peut être fourni trouvé.
par des incisions pratiquées sur les tiges La matière amère est le principe actif du
des diverses espèces de Laitues. 11 s'en lactucarium : ce n'est point un alcaloïde,
écoule un suc blanc laiteux qui peu à peu mais un corps neutre pouvant cristalliser
se colore en brun, et prend de la consis- en paillettes nacrées, presque insoluble
tance. dans l'eau, froide, plus soluble à chaud, so-
Le lactucarium a une saveur amère, une lubie dans l'alcool. Les alcalis lui font
odeur vireuse très-prononcée. perdre son amertume sans retour.
M. Aubergier s'est occupé de ce médica- Quant à la forme la plus convenable pour
ment d'une manière toute spéciale; il le administrer le principe actif du lactucarium,
récolte sur le Lactuen altissima qu'il cul- c'est celle de sirop préparé avec l'extrait al-
tive dans ce but. Nous lui empruntons coolique.
l'analyse suivante qu'il a consignée dans ■ Pour obtenir cet extrait, on soumet le
son mémoire: * lactucarium à deux digestions successives
Matière amère cristallisable, mannite, dans l'alcool à 21° seulement (eau-de-vie);
aiparagine, une matière cristallisable co- on distille pour chasser la majeure partie
lorant en vert les persels de fer, une de l'excipient, et l'on achève l'évaporation
résine électro-négative combinée à la po- au bain-marie.
THERAPEUTIQUE.
Deux espèces de Laitue seulement sont usitées en médecine , la Laitue commune (Lactuca sativa) ; la Laitue vireuse (Lactuca virosa).