CHAPITRE XIII
De même que nous avons placé le calorique en tête des stimulants, nous devons placer le Froid en tête des sédatifs.
Ce n'est pas que ces deux influences, qui nous font éprouver des sensations si contraires, et dont les effets sont si opposés, constituent deux principes, deux agents distincts, etc., car il ne faut pas reconnaître dans les impressions si inconciliables et si radicalement opposées que le chaud et le Froid produisent sur nous autre chose que deux états opposés du système nerveux déterminés par l'accumulation ou la soustraction excessives d'un seul et même agent, le calorique. Voilà pourquoi, si un certain degré dans l'action de ce principe sur les corps organisés, constitue le radical des stimulants, la privation de cette même influence constitue le radical des sédatifs. Le chaud, c'est-à-dire l'action sur l'organisme d'une température supérieure à la sienne, est une influence positive; le Froid, ou l'action sur l'organisme d'une température inférieure à la sienne, est une influence négative.
Le calorique soustrait ou le Froid, est, disons-nous, le type des sédatifs. Il s'oppose aux manifestations de l'activité vitale, enchaîne et déprime les phénomènes de réaction de la manière la plus simple et la plus directe, sans atteindre ce résultat par des opérations intermédiaires ; et on le conçoit, puisqu'il n'est autre chose que la suppression plus ou moins considérable de la condition à laquelle la vie se maintient, ou si l'on veut d'une des causes excitantes de la vie les plus prochaines.
Il agit d'abord sur la manifestation initiale de tout acte animal l'impressionnabilité qu'il rend moins susceptible de l'action des stimulus, et qu'il finit par émousser et éteindre complètement. Par elle, il agit sur la contractilité, dont il plonge les instruments dans la torpeur et l'inertie. Nécessairement alors il affaiblit et empêche la caloricilé et suspend les phénomènes de l'affinité vitale ou de la plasticité par la congélation, comme l'accumulation excessive du calorique les avait suspendus par la combustion.
Le médecin a si souvent besoin dans les maladies d'apaiser l'activité
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extraordinaire de certaines manifestations de la sensibilité, de la contractilité, de la caloricilé et de la plasticité, que le caloiique soustrait ou le Froid est un puissant secours. Mais cette Médication, par cela même qu'elle est puissante, ne doit être employée que sur bonnes indications, et peut être nuisible au même degré qu'utile.
Nous avons dit que l'action immédiate du. Froid à un certain degré, était la sédation; mais cette action immédiate est suivie d'une action opposée qu'on appelle réaction. Ce retour abondant de vie, qui succède, dans une partie soumise au Froid, à la sédation produite par celui-ci, n'est autre chose qu'une excitation spontanée de cette partie ; de même que l'abaissement de la température et la sorte d'asthénie qu'on observe dans une partie soumise à une température très-élevée, ne sont autre chose qu'une sédation spontanée. C'est dans l'étude de ce fait de la spontanéité, si peu exploré par les physiologistes, que ceux-ci auraient trouvé pourtant la solution de difficultés que leurs théories insuffisantes de la chaleur animale ne leur ont pas permis de surmonter, difficultés qu'ils ont néanmoins cru vaincre, tandis qu'en vérité elles n'étaient pas même effleurées par ces deux opinions, dont l'une attribue à une absorption plus considérable d'oxygène par les poumons la résistance plus considérable que les animaux opposent au froid de l'hiver, et dont l'autre attribue à l'évaporalion cutanée plus abondante la résistance plus considérable que les animaux opposent à l'extrême chaleur pendant l'été. Pour expliquer ces deux faits si importants et si inexpliqués par les deux hypothèses précédentes, comme nous l'avons démontré ailleurs, il faut de toute nécessité invoquer la spontanéité vitale. On comprend alors comment, en vertu des lois immuables de l'instinct vital conservateur, l'organisme oppose toujours à la chaleur extérieure une sédation spontanée, et au Froid extérieur une excitation spontanée. Cette observation nous montre un des procédés les plus éclatants de ce qu'on appelle la force conservatrice et médicatrice de la nature.
On peut donc, à l'aide du Froid, obtenir une médication tout opposée à la médication sédative ; et ainsi considéré, le Froid est un des agents les plus efficaces de la médication tonique. Nous en avons traité sous ce point de vue dans notre premier volume. Il faut ici ne l'envisager que dans les effets thérapeutiques qu'on peut retirer de son action immédiate ou sédative. Alors il est encore susceptible d'un autre mode d'action qui se joint à l'action sédative et s'obtient par elle, ou plutôt par l'impression brusque que cause sur la peau l'application soudaine du Froid : nous voulons parler de la médication perturbatrice.
L'eau froide et la glace sont les moyens les plus ordinaires que la thérapeutique mette en usage pour produire les effets de la médication sédative. Le plus souvent, c'est sur la peau qu'on agit, soit localement, soit généralement. D'autres fois, c'est par des boissons fraîches ou glacées, par l'ingestion de fragments de glace, par des lavements froids, des injections froides, etc.. Les indications principales qui peuvent être
remplies par cette médication dans les affections locales ont été exposées dans notre premier volume aux articles Plomb, Alun, et dans les généralités de la Médication tonique astringente, oii nous avons discuté l'opportunité elle danger de l'emploi des médicaments de cette classe dans un grand nombre de maladies. Tout ce que nous avons dit alors de ces substances s'applique rigoureusement au Froid. C'est surtout dans le traitement des phlegmasies traumatiques que cet agent doit être employé, de même qu'il faut le bannir du traitement des phlegmasies qui reconnaissent des causes internes, des épines métaphoriques. Telle est la règle la plus générale et la plus importante qu'on puisse donner sur l'usage du Froid dans les irritations et les phlegmasies. Ce principe est aussi vrai et aussi capital, appliqué au traitement des hémorrhagies par le Froid, à moins toutefois qu'une de ces affections, quelle que soit sa cause, ne mette, par son abondance, les jours du malade en danger.
Ce n'est donc pas dans les fonctions pathologiques, dans les maladies avec matière, dans les fièvres essentielles, dans les inflammations du domaine de la clinique interne, que le Froid est indiqué. On l'emploie pourtant dans certaines phlegmasies comme celles du cerveau et des méninges. Nous pensons que, dans ce cas, il peut soulager la céphalalgie souvent si intense et si fixe qui accompagne cette maladie, mais qu'il n'a qu'une bien douteuse action sur la méningite ou l'encéphalite.
Dans les péritonites traumatiques, dans l'iléus, dans les étranglements internes, la colique de plomb, l'application du Froid sur l'abdomen est avantageuse ; mais cela n'infirme pas notre règle générale, puisque ces cas rentrent par leur nature dans le domaine du traumatisme. Dans certaines gastro- entérites très-intenses et même dans celle qui accompagne la fièvre typhoïde, on peut quelquefois prescrire ces applications sur le ventre avec succès.
En pathologie interne, c'est donc surtout dans les maladies sine matériel que l'on utilise l'action sédative du Froid. Mais ici encore, que de circonspection et d'art sont nécessaires, non-seulement pour être utile, mais encore pour ne pas nuire !
C'est moins dans les lésions de la sensibilité que dans celles de la contractilité et de la caloricité que la Médication réfrigérante est opportune. Ainsi, il est rare qu'on emploie le Froid comme topique dans le traitement des névralgies : frigus nei^vis inimicum. Il y a un tact pratique qui fait redouter cet agent contre de telles maladies, d'abord parce que trèssouvent elles sont de nature goutteuse et surtout rhumatismale; ensuite parce que l'expérience a appris qu'il n'était pas toujours prudent de supprimer brusquement ainsi les névralgies. Il n'est pas de praticien qui n'ait vaguement reçu de la tradition et de sa propre expérience le conseil de se défier des douleurs spontanées, et qui ne se conduise empiriquement et à son insu dans leur traitement, d'après notre théorie des affections nerveuses spontanées et dialhésiques que nous considérons
comme étant bien souvent la période d'opportanité des maladies chroniques et organiques.
Dans le traitement des spasmes et des convulsions, on a plus souvent occasion d'employer le Froid, soit en bains, soit en boisson, roit en lavements. Les bains froids sont un puissant moyen dans la chorée. Est-ce comme sédatifs ou comme toniques qu'ils agissent dans ce cas ? Nous pensons que ces deux médications combinées ont chacune part aux bons effets qu'on en retire. La perturbation y est aussi pour quelque chose; car, dans beaucoup de cas, la surprise et l'impression subite de l'immersion ou de l'affusion paraissent être la condition la plus importante du traitement. Sous ce triple rapport, le Froid se recommande donc dans la danse de Saint-Guy.
Dans l'hystérie, il ne faut pas en abuser. La surprise ou la perturbation entrent aussi pour beaucoup dans les succès qu'on en obtient alors.
L'éréthisme du système nerveux et les nombreuses formes de névroses qui s'y rattachent, sont, de toutes les maladies nerveuses, celles qui présentent le plus souvent l'indication de l'emploi du Froid. La sédation qu'il cause est utile ; mais la tonicité spontanée que reprend le système après la eédation n'entre pas pour peu de choses dans les immenses bienfaits de cette médication. Chez les personnes sujettes à l'éréthisme et chez les hypochondriaques, le régime froid, c'est-à-dire la précaution dé faire prendre toutes les boissons et tous les aliments à une température fraîche, réussit souvent assez bien et mieux même que les traitements les plus actifs.
Dans les vomissements incoercibieb, dans le choléra asiatique et sporadique, l'ingestion des boissons glacées et des fragments de glace est fort utile. Daub les gastralgies sans vomissements, il faut en être sobre et accorder plutôt des boissons tempérantes que la glace elle-même.
11 est vrai de dire pourtant que si l'ingestion des petites doses de glace ou de boissons glacées est souvent le seul moyen d'apaiser les gastralgies spasmodiques, d'empêcher les efforts de vomissements et de faire digérer quelques légers aliments, cette indication ne se présente plus dans l'entéralgie spasmodiqueet dans toutes les formes de coliques nerveuses ou autres. Chose singulière, c'est l'application de la chaleur qui icijouit d'une efficacité connue de tout le monde! Ainsi, nous avons trèssouvent vu l'application de la glace sur l'épigastre calmer la gastralgie et les vomissements spasmodiques; tandis que personne ne s'aviserait de recourir à l'application de la glace sur l'abdomen dans les entéralgies, dans les coliques, soit intestinales, soit utérines. Au contraire, les antispasmodiques aromatiques, les eaux distillées de môme nature, les infusions des semences chaudes, l'application externe du calorique, ont alors un succès plus certain encore que l'emploi du Froid dans les gastralgies.
Les spasmes hystériques, les anxiétés épigastriques, les fllatuosités purement nerveuses des femmes sujettes à l'hystérie vaporeuse, les palpitations, les menaces d'attaques convulsives, peuvent fréquemment être
dissipés par les lavements frais ou des lotions sur l'épigastrc et le devant de la poitrine avec une éponge imbibée d'eau fraîche. Dans ce cas aussi, les bains à 22, 20 et 18 degrés Réaumur, pris pendant cinq à dix minutes, sont un des plus sûrs moyens à mettre en usage, concurremment avec l'exercice et toutes les ressources de la gymnastique. Les bains de mer sont alors très-indiqués ; mais à leur vertu sédative immédiate se joint la médication tonique et l'avantage des lieux, puis l'action médicamenteuse que l'eau de mer tient de ses principes salins et autres.
Le Froid, employé sous la forme d'affusions, agit non-seulement comme moyen sédatif, mais aussi comme moyen puissamment perturbateur. De cette manière, il peut trouver son indication dans certaines maladies ataxiques, dans certaines fièvres essentielles cummateriu., dans le cours desquelles l'état fébrile, l'harmonie de la fonction pathologique, sont suspendus et sont remplacés par des phénomènes nerveux, tels que le délire, les convulsions, les soubresauts des tendons, etc., etc. L'afTusion froide peut ramener l'éqiilibre et l'harmonie de la fonction pathologique, ou apaiser des accidents ataxiques qui s'opposaient à l'établissement de la convalescence ; mais il ne faut pas abuser de ce redoutable moyen, et ne le tenter qu'avec bien des précautions. Il faut préalablement, par des lotions fraîches, par l'exposition du malade au frais, sonder pour ainsi dire l'opportunité de cette médication, et n'y arriver que si ces premières tentatives ont paru amender les accidents. En définitive, dans la forme ataxique des fièvres essentielles, des fièvres typhoïdes, par exemple, nous dissuadons les praticiens de l'emploi de ce moyen, que nous avons vu employer et employé dans ces cas un grand nombre de fois sans aucun succès. S'il a réussi dans quelques cas de fièvres éruptives accompagnées d'accidents ataxiques graves, c'est plutôt comme moyen tonique et perturbateur que comme moyen sédatif ; car alors il a dû son efficacité à ce qu'il a rendu à l'organisme une force de réaction plus franche pour accomplir l'éruption empêchée.
On emploie le Froid en affusion avec beaucoup plus de succès dans l'éclampsie des femmes en couche. Il faut commencer par de l'eau tiède et arriver insensiblement à des degrés de température de plus en plus bas, de manière à descendre à 20, 18 et 16 degrés Réaumur, après avoir passé par des degrés supérieurs, depuis 26 degrés, par exemple. La malade est placée nue dans une baignoire vide, et on verse l'eau sur sa tête et sur ses épaules avec un grand vase, de manière qu'elle soit enveloppée dans une nappe d'eau;, on poursuit cette opération pendant cinq à six minutes. D'autres fois on place la malade dans un bain à 23 degrés, puis on lui verse sur la tète de l'eau de 22 à 20 degrés Réaumur. Après ces diverses opérations, on se htâte d'essuyer la malade, ou plutôt de la recevoir dans un drap et de la. porter dans son lit.
Il y a des céphalées opiniâtres, des ophthalmies intenses, qui se trouvent bien de cette dernière manière, c'est-à-dire du bain tempéré avec affusions fraîches sur la tête.
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Mais, nous le répétons, c'est dans léréthisme nerveux des femmes, dans les dyspepsies et les vomissements qui accompatrnent cet état, dans ces mille et une anomalies qui surgissent alors, surtout dans le système nerveux des voies digestives, que le Froid, sous toutes les formes, peut remplir les indications les plus importantes.
Dans les maladies avec matière, dans les phlegmasies, il n'est indiqué qu'en chirurgie, dans les plaies de tète, dans les fractures comminutives, dans les brûlures, dans les grandes plaies par arrachement, etc., etc. On rem])loie efficacement, mais avec précaution, dans les hernies, pour en faciliter la réduction par l'atrophie passagère qu'il cause dans les parties qui forment la hernie, ainsi que dans les invaginations.
11 doit être généralement banni du traitement des phlegmasies de cause interne. Et pourtant, grâce à la puissance des chiffres, il a été employé avec succès dans le traitement de la péripneumonie et de la pleurésie, par un médecin italien, le docteur Campagnano. C'est qu'il n'y a pas d'absurdité, si grossière qu'elle soit, qui ne puisse être consacrée par le numérisme.
En définitive, le médecin qui sera bien pénétré du mode d'action physiologique du Froid et des principes que nous avons développés dans nos médications Antispasmodique, Tonique et Antiphlogistique, ne devra pas craindre d'user intempestivement de l'action sédative ou tonique du Froid. Tous les moyens sont susceptibles de bienfaits précieux entre les mains d'un pathologiste attentif et observateur; tous peuvent nuire entre les mains d'un empirique, a Qui sufficit ad cognoscendum morbum, sufficit quoque ad curandum. » (Hipp.)
M. le docteur Lacorbière a publié un volumineux ouvrage sur cette matière, et qui a pour titre : Traité du Froid ^ de son action et de son emploi, intiis et extra, en hygiène, en médecine et en chirurgie. Paris,
Dans ce traité, inspiré par les plus ardentes convictions et partout empreint du physiologisme le plus franc, les verlus du Froid ont été exaltées avec un enthousiasme qui, nous le craignons, n'attirera pas sur cet agent thérapeutique toute l'attention qu'il mérite. A côté des vérités les plus utiles et les plus incontestables, on y lit des exagérations et des erreurs toujours étayées de faits en apparence irrécusables ; tant les faits sont insignifiants par eux-mêmes et peuvent servir tour à tour les principes les plus opposés! Nous croyons néanmoins devoir recommander cette savante et consciencieuse monographie à ceux qui voudront ne rien ignorer de tout ce que les sciences physiques naturelles et médicales peuvent fournir de données solides sur le Froid envisagé sous tous ses rapports.
L'administration méthodique de l'Eau froide a pris depuis quelques années une très-grande importance sous le nom d'hydrothérapie. L'empirisme a fondé cette méthode curative par les mains d'un paysan de la
Silésie, Priessnitz, dont la réputation est aujourd'hui européenne. Quand on connaît les difficultés intrinsèques et extrinsèques de la médecine, «'est-à-dire le nombre des maladies incurables, mortelles ou non; la rareté des malades raisonnables, et celle non moins grande des médecins ■capables de diriger moralement, politiquement et médicalement tout à la fois la cure d'une maladie chronique, on s'explique la renommée de Priessnitz et l'affluence que cet homme a attirée à Graefenberg. C'est l'histoire de toutes les grandes nouveautés thérapeutiques. L'hydrothérapie réunit tout ce qui est nécessaire pour enthousiasmer les gens du monde. L'Eau et le Froid sont des agents naturels. On ne s'en doute pas. L'Eau purifie le sang, le Froid fortifie les nerfs, etc., enfin des sueurs abondantes, des éruptions furonculaires, etc., font naître l'idée de crise, d'évacuation des humeurs peccantes, etc. En voilcà plus qu'il n'en faut pour séduire le monde et pour persuader à Priessnitz et à ses malades que rien n'est plus simple que la médecine, et que les médecins sont des rêveurs ou des hommes dangereux. Ajoutez à cela des cures réelles, et vous aurez la raison de cet enthousiasme hydriatique qui fait en ce moment le plus grand tort à l'honiœopathie et cédera bientôt la vogue à ■quelque autre système, non toutefois sans avoir laissé un chapitre trèsutile dans les traités de thérapeutique.
Nous ne pouvons donc nous dispenser d'entrer dans quelques développements sur ce nouvel emploi de l'Eau froide, et nous ne saurions mieux le faire qu'ici.
Sans avoir fait un usage soutenu et systématique de l'hydrothérapie, nous l'avons pourtant appliquée quelquefois, et nous en dirons notre avis tout à l'heure d'une manière brève et substantielle. Pour ce qui est de l'exposition des principes de cette méthode de traitement, nous croyons devoir l'emprunter au traité de M. Schédel qui a pour titre : Examen clinique de V hydrothérapie (1843). 11 nous suffira d'extraire quelques pages de l'introduction de ce livre intéressant où l'auteur passe sommairement en revue les principales méthodes de Thydriatrie moderne. Avant d'arriver aux procédés de Priessnitz lui-môme, M. Schédel donne une idée des recherches importantes que Jackson, Currie, Pomme, avaient déjà faites sur l'emploi de TEau froide, cà la fin du siècle dernier. Ces documents historiques compléteront fort à propos notre article.
« Hahn, Jackson et Wright, après avoir employé avec le plus grand succès des affusions froides dans les fièvres graves de nature typhoïde, avaient présenté ce remède au monde médical comme doué d'une merveilleuse efficacité dans le traitement de ces affections ; mais James Currie, lui donnant une extension nouvelle, fit encore un pas, et posa le premier les bases scientifiques de l'hydrothérapie. C'est le thermomètre à la main qu'il démontra que l'accumulation morbide du calorique qui constitue l'élément essentiel de toute pyrexie, se trouvait soustraite de la manière la plus rapide et la plus avantageuse par l'application de l'Eau
froide à la surface du corps. C'est, entouré de toutes les garanties que la science réclame, celles des faits et de l'expérience, que Currie proclame cette soustraction du calorique au moyen de l'Eau froide, comme le remède par excellence dans le traitement des affections fébriles, et comme devant l'emporter même sur les émissions sanguines. Selon ce grand médecin, un seul moyen, le tartre stibié, pouvait quelquefois utilement remplacer ces deux agents énergiques de sédation. L'Eau froide, les émissions sanguines et le tartre stibié, constituaient donc pour Currifr le trépied do l'art dans le traitement de toute affection inflammatoire.
u Currie était cependant fort loin de considérer la fièvre proprement dite comme une simple accumulation de calorique dans l'économie; mais ce phénomène formant le symptôme prédominant de ces maladies, sa soustraction atténuant toujours le danger, et faisant même quelquefois rapidement disparaître tout symptôme morbide sans aucune perte de forces pour le malade, ce médecin s'est cru fondé à considérer cette soustraction comme le moyen de traitement le plus heureux. Néanmoins, et nous appelons très-particulièrement Tattention sur ce point de doctrine, Currie, tout en considérant cet effet comme étant d'une haute importance pratique, ne borne pas là son action sur le corps humain. Il pense aussi que le choc subit, instantané et violent, imprimé par l'Eau froide à l'économie entière, fait cesser un état de spasme morbide du système nerveux, et de celui de l'enveloppe en particulier, et que de cet elfet perturbateur résulte le prompt retour de cette membrane à ses fonctions normales, retour qui s'annonce par des sueurs spontanées, et en quelque sorte critiques, puisqu'elles ont pour résultat d'empêcher que l'accumulation morbide ultérieure du calorique continue de s'effectuer dans l'économie.
«Le docteur Jackson, qui avait contesté avec raison à Currie et à Wright la priorité de l'emploi des affusions froides dans le traitement des affections fébriles, n'admet, lui, que ce dernier effet de l'Eau froide, celui de modifier le système général.
« Currie, au contraire, ainsi que nous venons de le voir, en admet deux qui restent démontrés :
a 1" La soustraction du calorique, effet auquel les autres médecins n'avaient guère fait attention, mais qu'il démontre le thermomètre à la main ;
((2" La modification imprimée à tout le système nerveux, d'où résulte aussi tout un effet particulier entraînant la suppression de l'accumulation ultérieure du calorique, et, par conséquent, de la fièvre. L'hydrothérapie moderne me paraît avoir trop négligé cette dernière conséquence de l'application de l'Eau froide, en ne tenant compte, dans le traitement des affections inflammatoires, que de la simple soustraction du calorique, de l'apparition des sueurs et de l'effet dérivatif des frictions.
(( Une troisième vérité fondamentale, d'une haute importance pratique, a été également établie par Currie, savoir : que l'application du Froid à
l'extérieur et à l'intérieur est d'autant moins dangereuse que la chaleur du corps est plus élevée : axiome directement opposé à la doctrine médicale généralement enseignée, et qui veut que l'application du Froid à l'intérieur et à l'extérieur offre d'autant plus de dangers que la chaleur est plus grande." Giannini, tout en reconnaissant la vérité de cet axiome d'hydriatrie pratique, reproche à Currie d'avoir trop restreint l'action de l'Eau froide sur l'économie, en ne conseillant de l'appliquer que dans le cas 011 la chaleur se trouvait augmentée, tandis que lui, Giannini, s'était trouvé fort bien de son emploi dans les dernières périodes du typhus, lorsque la chaleur animale était plutôt diminuée qu'augmentée {Délia natura délie febhrx). Il est assez singulier que Currie adresse la même observation au docteur Darwin, auquel il reproche de ne tenir compte que de la soustraction du calorique, de ne considérer, en un mot, que l'effet négatif ou sédatif de l'Eau froide, en oubliant que ce même moyen peut aussi développer une forte réaction qui contre-balance efficacement l'effet sédatif du Froid (Currie, vol. I, p. 73). Cette loi, que Currie établit relativement à l'innocuité d'autant plus grande de l'application du Froid que le corps est plus échauffé, se trouve chaque jour confirmée par les diverses pratiques de l'hydrothérapie moderne. La doctrine nouvelle, loin de dérouler toutes les opinions médicales reçues, ne fait donc que confirmer celles qu'enseignait Currie.
« Une quatrième loi de l'hydriatrie moderne se trouve également indiquée par le médecin que nous citons. Il s'agit de ce fait notable, que l'application locale extérieure de l'Eau froide faite d'une certaine manière, loin de produire un effet sédatif, réveille au contraire l'action vitale de ces parties, et produit sur les points éloignés un effet dérivatif. C'est ainsi ■que s'explique la dérivation que l'hydrothérapie obtient dans certains cas au moyen de bains de siège et de bains de pieds d'Eau froide, dérivation que beaucoup de personnes ont considérée comme tout à fait opposée aux lois physiologiques connues.
« Ces divers principes établis par Currie, non hypothétiquemeni, mais sur des faits péremptoires, constituent encore les bases scientifiques de l'hydrothérapie, particulièrement de celle qui s'applique au traitement des affections aiguës. Elles peuvent être résumées en ces termes :
« 1° Soustraction du calorique morbidement accumulé, résultat que l'on obtient, d'après Currie, soit au moyen de l'application directe de l'Eau froide, soit au moyen de l'évaporation qui s'établit cà la surface du corps en pratiquant des ablutions avec de l'eau tiède ;
« 2° Supériorité de l'application de l'Eau froide à cause de l'action particulière qu'elle produit sur le système nerveux, d'où résulte la suspension du mouvement phlogistique;
« 3» Avantages et innocuité d'autant plus grands de l'application do l'Eau froide que la chaleur du corps est plus élevée ;
« 4" Augmentation de la vitalité des parties obtenue au moyen d'ap-
plications locales d'Eau froide, d'où résultent les effets dérivatifs les plus dignes d'attention,
« Currie préférait l'eau salée à l'eau simple pour pratiquer les affusions et les immersions ; cette opinion était fondée sur les succès inattendus que Wright avait obtenus par ce moyen. Il pensait en outre que la réaction devrait cire plus facile, plus assurée, et cela était très-important; car, ne l'oublions pas, la sédation n'était pas le seul but auquel tendaient ses eiforts.
« Les travaux du médecin de Liverpool n'ont pas eu pour but unique d'ériger en principes les corollaires que nous venons d'indiquer, ils ont aussi démontré les avantages de l'Eau froide dans une foule d'affections nerveuses et convulsives. Ici une série de faits des plus importants vient constater la haute efficacité de cet agent dans ces maladies rebelles. Un très-grand nombre d'affections spasmodiques, y compris le tétanos, ont été traitées et guéries par l'Eau froide ; et quoique, dans cette dernière affection, Currie ait cru devoir en général adjoindre aux affiisions et aux immersions, l'usage du vin et de l'opium, il rapporte cependant des cas où les affusions froides avaient réussi seules lorsque ces moyens héroïques s'étaient montrés impuissants. Dans le traitement de ces maladies par l'Eau froide, Currie établit comme loi fondamentale de toujours employer les affusions ou les immersions pendant la durée des attaques convulsives.
« Le même observateur a retiré les plus grands avantages de l'aduiinistration de l'Eau froide à l'intérieur dans une foule de maladies chroniques. Il pense, avec beaucoup de médecins distingués, qu'une grande partie de l'efficacité des eaux minérales provient, soit de la propriété dissolvante de l'eau elle-même, soit de l'effet tonique communiqué à l'estomac par l'eau ingérée, et de là transmis h toute l'économie. L'hystérie, rhypochondrie et les diverses affections chroniques des voies digestives, étaient surtout de^, naladies où il retirait de grands avantages de l'administration infé ieure de l'eau.
(( Les affections aiguës pour lesquelles Currie recommande l'usage extérieur de l'Eau froide, sont les fièvres éruptives, telles que la variole, la rougeole et la scarlatine. La chaleur vive et normale de la peau, jointe à son état de sécheresse, constituent, selon lui, les indications qui en réclament impérieusement l'emploi. Jamais il n'y a eu de recours dans les cas d'infiammations aiguës viscérales; il rapporte cependant des cas oùdes symptômes évidents d'inflammation des poumons, tels que des douleurs thoraciques et des crachements de sang survenus dans le cours de fièvres typhoïdes, avaient cédé, ainsi que les autres symptômes, aux affusions froides.
(( Currie est fort sobre d'explications. La doctrine de John Hunter lui paraît la plus propre à expliquer les avantages de l'Eau froide. Suivant cette doctrine, deux actions morbides ne peuvent pas exister simultanément dans la même constitution, ou dans le même point du corps.
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C'est ainsi que Currie considère l'action particulière produite sur l'ensemble de l'économie par l'application subite de l'Eau froide à la surface du corps, comme incompatible avec l'état morbide préexistant. C'est donc autant à l'action perturbatrice du remède qu'à la soustraction du calorique qu'il attribue ses bons effets. Disons cependant que les nombreuses exceptions qui existent à la loi établie par Tlunter ont beaucoup infirmé cette règle générale.
« La manière dont procède la nature pour se débarrasser de la cbaleur surabondante a également attiré l'attention de Currie, et tout en pensant, avec Franklin, que l'évaporation de la sueur à la surface du corps constitue le principal moyen dont elle se sert pour atteindre ce but, il croit néanmoins que l'action même des organes sécréteurs de la sueur entre pour quelque chose dans ce résultat. Il reconnaît bien que cette action générale qui se passe sur toute la surface du corps, et en vertu de laquelle un fluide aqueux est extrait du sang, devait être accompagnée, comme toute sécrétion, de surexcitation locale ou générale, effet tout contraire à celui qu'il suppose ; aussi ne cherche-t-il pas à résoudre le mystère, mais seulement h exposer ses doutes. En parlant de la méthode sudorinque de l'hydrothérapie moderne, j'aurai occasion de revenir sur ce point intéressant de la physiologie,
« C'est en chiffres que Currie a exprimé les résultais thermométriques de la soustraction du calorique opérée par l'Eau froide, et il a constamment trouvé que l'amélioration était d'autant plus prononcée que cette soustraction était plus marquée au thermomètre. C'est aux aisselles et sous la langue qu'il plaçait cet instrument, qui se terminait en boule aplatie, de manière à permettre un emploi facile. La température la plus élevée qu'il ait trouvée existait dans la scarlatine: elle était de 34 ta 35 degrés Réaumur, tandis que la chaleur normale est de 29 à 30 degrés Réaumur. C'est en effet au moyen du thermomètre qu'il faudra désormais procéder dans les investigations hydrothérapiques, et pour cela les beaux travaux de MM. Becquerel et Breschet, de MM. Andral, Gavarret et Donné, et plus particulièrement encore ceux de M. le docteur Henri Roger, fourniront à l'avenir des secours précieux.
« La soustraction du calorique au moyen de l'Eau froide a-t-elle un terme? Quelques-unes des expériences les plus curieuses de Currie ont pour but de résoudre cette question ; elles prouvent que dans l'état de santé la réaction peut s'établir malgré l'application continue du moyen réfrigérant. Ainsi la soustraction du calorique, qui était de 3 degrés Réaumur après trois minutes de séjour dans de l'eau à 4 degrés Réaumur, n'était que de 1 degré et demi au bout de six minutes, et à dater de ce moment le thermomètre montait graduellement, en sorte qu'après un séjour de vingt minutes à une demi-heure dans l'Eau froide, la diminution de la température indiquée sous la langue n'était pas tout à fait de 1 degré Réaumur. Ces expériences sont-elles concluantes? Je ne le pense pas, car, la tête restant hors de l'eau et le saiig y affluant néces-
sairenient, la chaleur a dû y devenir d'autant plus grande, que la congestion devenait plus considérable.
« Nous venons de rapporter divers principes déduits des expériences de Currie, et qui s'adaptent parfaitement aux faits si curieux de l'hydrothérapie moderne; mais il n'en est pas de même des opinions de ce médecin concernant l'application de l'Eau froide à la surface du corps, celui-ci étant inondé de sueur. Autant l'usage de cet agent thérapeutique, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, lui paraît efficace lorsque la chaleur est supérieure à l'état normal, autant il conseille de s'en abstenir lorsque la transpiration dure depuis quelque temps. Ainsi il pense que l'immersion froide pratiquée pendant ou immédiatement après la sueur pourrait être dangereuse, parce que, la transpiration prolongée ayant déjà beaucoup refroidi l'individu, une nouvelle soustraction de calorique par ce moyen pourrait amener de graves inconvénients. Currie explique les accidents qui ont été observés dans des conditions de ce genre en supposant que, dans ces cas la chaleur du corps se trouvant déjà diminuée par une sueur abondante, un nouveau refroidissement affaiblissait trop l'économie, ne s'opposant à la réaction nécessaire, et pouvait produire une maladie ou la mort. Le danger lui paraissait d'autant plus grand, que la personne, ayant transpiré plus longtemps, se trouvait ainsi plus affaiblie. Les expériences journalières de Grœfenberg prouvent que cette opinion est erronée ; et, en parlant des sueurs provoquées par l'hydrothérapie, j'aurai l'occasion de traiter cette question intéressante avec tous les détails qu'elle mérite.
« Autant tout ce qui est sorti de la plume de Currie se distingue par le respect des convenances et le ton scientifique qui y régnent, autant les écrits d'un autre médecin, grand partisan de l'Eau dans le traitement des maladies, se font remarquer par les défauts opposés. Je parle ici de Pomme, qui a porté plus loin qu'aucun autre praticien l'emploi de ce remède. Il faisait prendre, en effet, à ses malades des bains de six, de huit, de dix, de douze, de dix-huit, de vingt-quatre heures même, et quelquefois ces bains prolongés offraient une température de 8 à 10 degrés lléaimiur seulement, température que l'on maintenait en ajoutant de l'Eau froide ou de la glace à mesure que la chaleur du corps venait à élever celle du bain. Rarement il employait celui-ci à une température au-dessus de 26 degrés Réaumur, ou au-dessous de 10 degrés Réaumur.
« Pomme, dont la pratique a fait aussi époque, se loue extrêmement des avantages qu'il a retirés de l'Eau froide à l'extérieur, sous forme d'immersions, d'affusions, de lotions et de bains; et à l'intérieur, sous celle d'eau de poulet, « faite en laissant bouillir pendant un quart « d'heure, dans 6 pintes d'eau, un jeune poulet de la grosseur du poing. » Quoique ce hardi praticien ait retiré des effets avantageux de l'Eau dans les maladies inflammatoires, et en particulier dans celles du cerveau, cependant elle lui a surtout réussi dans les affections nerveuses, telles que l'hypochondrie, l'hystérie sous toutes ses formes, la chorée et autres ma-
ladies convulsives. Dans certains cas, Pomme prescrivait hardiment les lavements et les bains d'Eau froide pendant la durée môme de l'écoument menstruel^ et il offre en cela un point de conformité remarquable avec la pratique de Priessnitz. Quant à sa théorie du racornissement des nerfs, à laquelle il croyait à la lettre, je n'en fais mention que pour expliquer la durée illimitée des bains dans lesquels il plongeait ses malades afin d'obtenir le relâchement physique, par infiltration aqueuse, des nerfs racornis. A l'exception de la diarrhée qui survenait communément chez les personnes soumises au traitement hydrothérapique de Pomme, je ne trouve rien dans les phénomènes observés chez elles que l'on puisse rapprocher de ceux que développe dans l'économie l'bydriatrie moderne. Le surnagement des malades à la surface de l'eau, ainsi que les éclats bruyants que Pomme assure avoir souvent entendus dans les membres de ceux qui restaient longtemps dans le bain, me paraissent de véritables hallucinations,
(( Ainsi ni la pratique scientifique de Currie, ni l'empirisme extravagant de Pomme, deux hommes qui résument en eux tout ce que leurs prédécesseurs avaient fait sur ce point, ne nous offrent une complète analogie avec la nouvelle doctrine de Priessnitz. C'est à l'énergie et à la persévérance de celui-ci que la science est redevable d'avoir pu recueillir des faits qui ont donné à l'hydrothérapie une extension jusqu'ici inconnue. Les courts détails dans lesquels nous sommes entré relativement h la pratique de Currie et de Pomme prouvent combien est réelle l'efficacité du remède que le hasard a placé entre les mains de Priessnitz ; celui-ci, émerveillé de son propre succès, a marché de surprise en surprise, et, n'ayant aucun autre moyen h employer que l'eau, il l'appliquait hardiment dans une foule de cas où jamais l'homme de l'art ne se fût avisé d'y avoir recours : tant il est vrai que l'absence d'idées préconçues, dont le médecin ne parvient peut-être jamais à s'affranchir, est une condition des plus avantageuses pour l'observateur !
« D'après les renseignements que j'ai pris à Graefenberg auprès de personnes delà famille môme de Priessnitz, il paraît que celui-ci, partageant ses soins entre un mauvais petit cabaret, encore debout à Graefenberg, et quelques morceaux de terre, chétif héritage de ses pères, sut mettre à profit des indications vagues que lui donna un berger nomade sur les vertus curatives de l'Eau. Le berger, il est vrai, ajouta des paroles mystiques; mais Priessnitz fit comme Percy avait fait longtemps avant lui. Ce grand chirurgien raconte qu'un meunier ayant guéri à Strasbourg des blessés avec une eau miraculeuse, il essaya de l'Eau simple et obtint le même succès. Le cabaretier de Graefenberg devina bientôt que l'Eau, et non le charme, produisait la guérison, et employa le remède dans tous les accidents qui arrivaient à lui-môme, cà sa famille, à ses amis et aux bestiaux du voisinage. Il acquit bientôt une grande réputation pour le traitement des foulures, des entorses, des brûlures, puis pour celui des fractures, puisqu'il s'était guéri lui-même d'une fracture de côtes. Il se
bornait à cette époque, qui remonte à 1856, h l'application extérieure d'Eau froide au moyen de compresses et à des ablutions avec de grosses éponges. Prenant confiance dans les- vertus de l'Eau, il se livra exclusivement à ces soins médicaux, et, accompagné d'un sien cousin ayant comme lui pour nom Priessnitz (Gaspard), de qui je tiens ces détails, il traversait, précédé de sa réputation de guérisseur par l'Eau, et ses éponges sur le dos, les montagnes qui séparaient Graefenberg de la Silésie prussienne, où il allait donnant des consultations et employant son remède dans les villages. Les malades se rassem])laient en foule sur les points 011 il se trouvait, et les ablutions et frictions générales avec les éponges trempées dans l'Eau froide étaient pratiquées avec vigueur. La police se mettait-elle en campagne ; les Priessnitz, avertis à temps, remettaient en sacleur léger bagage et, traversant la frontière, regagnaient Graefenberg ou quelque village voisin, où le remède miraculeux opérait de nouveau sur les foulures, les douleurs, les maux de dents et les maux d'aventure des paysans, ainsi que sur les maladies de leurs bestiaux, et plus particulièrement de leurs chevaux boiteux. L'effet éminemment résolutif de l'Eau froide produisait merveilles sur les pieds et jambesengorgés de ces quadrupèdes. Peu à peu beaucoup de malades abandonnés, ou qui avaient plus de confiance dans le paysan que dans les médecins, s'adressèrent à lui, et il commença à administrer son remède à l'intérieur avec un succès toujours croissant. Les malades non-seulement se prêtaient avec enthousiasme à tout ce qu'il exigeait d'eux, mais encore, renchérissant sur ses prescriptions, ils lui ])roposaient eux-mêmes de tenter tel ou tel procédé. Ainsi se succédèrent le grand bain froid, la douche et les transpirations forcées. Ce dernier moyen était employé depuis un temps immémorial dans le pays comme remède populaire et comme jouissant d'une grande efficacité dépurative. Cette croyance dans l'expulsion des humeurs peccantes par les sueurs forcées est en quelque sorte gravée dans l'esprit des populations slaves, parmi lesquelles comptent celles de Grsefenberg et des environs. Les Russes et les Polonais comprennent à merveille l'idiome des paysans de ces contrées, et peuvent s'approvisionner aux marchés sans savoir un mot d'allemand. Le nom de Priessnitz lui-même indique son origine slave; aussi, en s'empressant d'adjoindre l'usage des sueurs forcées à celui de l'Eau froide, qui lui rendait tant de services, ne faisait -il qu'obéir à la doctrine tout humorale de la population ; et lorsque, après avoir provoqué des sueurs abondantes, il plongeait ses malades dans le grand bain froid ou les arrosait d'Eau froide à la sortie immédiate de la couverture de laine, il ne taisait que suivre des coutumes populaires. La réunion bizarre de tous ces procédés perd donc beaucoup de sa singularité si l'on rétléchit qu'une vague idée des vertus curativesde l'Eau froide régnait depuis longtemps dans la Silésie, dont la capitale, Breslau, avait été jadis arrachée par ce remède aux horreurs d'une épidémie dévastatrice. (Halm., Epid. va-na qiiœ Wraiislaviam offlixit anno 1737; Acla German., vol. X, Appendix.)
D'un autre côté, les sueurs forcées, ainsi que les ablutions subséquentes avec l'Eau froide, étaient dans les habitudes du peuple longtemps avant l'invasion de cette maladie. Quant au motif particulier qui aurait conduit Priessnitz h remplacer le bain de vapeurs par l'enveloppement dans les couvertures de laine, le seul renseignement que j'ai pu obtenir, c'est que les paysans étaient dans l'habitude de se faire transpirer ainsi depuis un temps immémorial. Mais les transpirations dans le drap mouillé sont tout à fait de son invention, ou plutôt une conséquence de son esprit éminemment observateur.
« Ce fut donc par degrés que Priessnitz, réunissant en faisceau ces divers moyens, apprit à les appliquer à propos, et bientôt il fit de cette application une méthode générale. Les frictions avec un drap mouillé et avec les mains humectées d'Eau froide remplacèrent les frictions primitives avec les éponges; il imagina d'envelopper, non une partie du corps seulement avec des compresses imbibées d'Eau froide, mais le corps entier dans un drap mouillé. De plus, ayant remarqué que chez certaines personnes il faisait cesser les maux de dents avec de l'eau dégourdie beaucoup mieux qu'avec de l'Eau froide, tandis que chez quelques autres individus il lui arrivait précisément le contraire, il imagina d'étendre cette expérience aux diverses applications d'Eau à la surface du corps, et les suites en furent très-favorables. Evidemment la réunion de tous ces procédés fut le résultat du temps, et presque du hasard, mais hasard dont la s.igacité de Priessnitz sut tirer bon parti, ainsi que des avis d'un ' professeur, Oerlhel, qui, en 1828, vint à connaître les succès populaires de Priessnitz, et lui conseilla de faire boire beaucoup plus d'Eau froide à ses malades. L'enthousiasme du docteur Oerthel pour l'emploi de l'Eau froide fut sans bornes, et imprima un élan extraordinaire à la nouvelle méthode. Il fit paraître le premier ouvrage qui traita de cette méthode, et les louanges exagérées qu'il lui prodigua, produisirent un effet décisif en faveur du traitement de Priessnitz. Selon Oerthel, boire beaucoup d'Eau froide et s'en frotter le corps constituait toute la médecine. Cet ouvrage attira sur la nouvelle doctrine l'attention de toute l'Allemagne, et à dater de ce moment commença pour Priessnitz une nouvelle ère. Déjà, en 1830, il compta cinquante-quatre malades dans sa maison, et le résultat du traitement hydrothérapique paraît avoir été des plus favorables, car le nombre augmenta rapidement, et dépassa bientôt douze cents chaque année. L'enthousiasme de quelques gentilshommes hongrois fit élever par souscription un monument qui consiste en un beau lion en fonte, placé sur la promenade principale. La reconnaissance d'un riche particulier a aussi fait ériger une fontaine en forme d'obélisque, dédiée au génie de l'Eau froide, et une souscription générale des malades a fait entourer convenablement la source centrale de la cour d'honneur.
« Le reste est connu de tout le monde. Chaque 'année vit augmenter le nombre de ceux qui venaient chercher la santé à Gryefenberg. Le vieux
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cabaret fut exhaussé d'un étage ; les masures voisines, y compris les écuries où venaient se loger des personnes des meilleures familles, furent remplacées par d'autres bâtiments beaucoup plus grands et plus commodes. Dans presque tous les pays d'Europe des établissements hydriatiques se formèrent à l'instar de celui de Grœfenberg; les récits les plus exagérés eurent cours, et, de persécutée, la nouvelle méthode devint à son tour persécutrice. Tout médicament fut considéré comme un poison, la saignée comme un véritable assassinat, et les médecins, en attendant mieux, furent jugés dignes du mépris de tous les honnêtes gens.
«La position des médecins des villes et villages voisins de Grrefenberg était d'autant plus difficile, que, d5s le commencement, ils avaient nié Tefficacité de TEau dans une foule de cas où ce remède produisait évidemment les meilleurs effets. Cette faute ne doit pas être attribuée à eux, mais aux écoles dont les chaires étaient restées silencieuses sur les avantages qu'on pouvait retirer de ce remède, et aux cliniques qui depuis longtemps l'avaient répudié. Mais, lorsque faisant saisir les éponges qui servaient à frictionner les malades, il les firent couper dans le but de trouver des substances médicinales qu'on y avait cachées, ils se couvrirent d'un innnense ridicule, et dès lors leur cause fut irrévocablement perdue dans le pays.
« Plusieurs grands de l'Empire, qui avaient été traités avec succès à Graefenberg, les uns pour des affections chroniques de l'estomac, les autres pour des engorgements goutteux des articulations, d'autres enfin pour quelque affection nerveuse, prirent la nouvelle méthode sous leur puissante protection. En Autriche, encore plus qu'ailleurs, les difficultés s'ajilanissent vite pour celui qui est bien en cour. La Commission médicale, présidée par M. le baron Turheim, et chargée par le gouvernement autrichien de lui faire un rapport sur ce traitement, n'y vit qu'une heureuse extension donnée à ce que l'on savait déjà sur les vertus de l'Eau et des bains, jointe h une hygiène bien entendue. Aussi le résultat de son rapport fut l'autorisation accordée à Priessnitz de fonder un établissement, et d'y traiter des malades au moyen de l'Eau seule; mais en môme temps ce privilège portail la défense expresse d'employer aucun autre remède. Il lui fut permis en même temps d'élever un très-grand bâtiment destiné à la réception des personnes qui viendraient se faire traiter à Grœfenberg, et il se passa ici un fait qui montre dans tout son jour le caractère entreprenant et volontaire de Priessnitz. Celui-ci, ne mettant nullement en doute sa capacité de tout exécuter, entreprit de fiiire élever lui-même le bâtiment projeté, sans avoir recours aux lumières d'un architecte ; le gouvernement dut intervenir et lui en imposer un d'autorité, mais seulement lorsque la chute d'une partie de l'édifice, suivie d'accidents graves pour plusieurs, et mortel pour un des ouvriers, vint démontrer que le génie de l'homme n'était pas universel.
« 11 est à regretter que l'immense succès qui a couronné ses efforts n'ait pas amené un changement heureux dans le caractère de Priessnitz,
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et que, devenu millionnaire, tout ce qu'il y a en lui de rude et de revêclie n'ait pas été adouci par le bonheur. La science y aurait assurément gagné ; car tel qu'il est, son caractère aigre, difficile et entier, vous rebute et vous repousse. Les médecins sont donc très-mal vus et très-mal accueillis de lui et des malades. Ne craignant plus les persécutions, il semble avoir contre eux un motif d'animosité plus grave : il craint maintenant la concurrence que pourrait lui susciter le grand nombre d'établissements hydrothérapiques que l'on élève dans divers pays. L'idée qu'on puisse se rendre à Grœfenberg pour y étudier l'hydrothérapie sans vouloir fonder soi-même un établissement de ce genre, ne paraît croyable ni h lui ni aux siens, et toutes mes assurauces à cet égard ne parvinrent nullement à changer leur opinion. Enfin, scientifiquement parlant, on ne trouve rien en Priessnitz de cette franchise d'un homme assuré des faits matériels sur lesquels repose sa conviction, d'un homme qui a poursuivi et mis en lumière une grande vérité nouvelle et renouvelée ; loin de là, quelque chose d'essentiellement faux dans ses regards et dans ses manières vous engage à douter des faits les moins récusables. Le mauvais accueil qu'il fait aux médecins est d'autant plus injuste, que c'est à eux qu'il est réservé de sauver sa méthode de la funeste exagération de ses propres partisans, et de fonder son avenir. Encore quelques années, et le nom de Priessnitz sera oublié de la foule que quelque nouveau hochet attirera, tandis que la médecine consignera ce nom dans ses fastes et le sauvera de l'oubli. Le meilleur moyen que je connaisse, et celui que je recommande à tout médecin qui voudrait visiter Greefenberg, c'est d'adoucir l'humeur revêche de Priessnitz par des cadeaux convenablement offerts.
« Priessnitz n'a rien écrit : le temps, dit-il, lui manque. Cepondant ses idées et sa méthode ont été publiées et mises en pratique en Allemagne, en Angleterre et ailleurs, non -seulement par des personnes étrangères à la médecine, mais encore par beaucoup d'hommes de l'art. Jusqu'ici aucune Université n'a encore jugé conventible de lui consacrer une chaire, ou môme un examen clinique régulier. Les exagérations des partisans de l'hydrothérapie expliquent et justifient cette défiance bien naturelle, et beaucoup de temps s'écoulera sans doute avant que les esprits sérieux, effrayés de cette irruption des barbares dans le sanctuaire de la science, puissent démêler dans leur jargon inintelligible et dans leurs opinions extravagantes, autre chose que des prétentions insoutenables et l'amour de la nouveauté. Esp 'tous que le temps, en faisant justice de ces exagérations ridicules, amènera aussi les hommes de science à examiner mûrement et sans prévention un mode de traitement dont les bases existent déjcà dans la science, et dont les doctrines fondées sur le principe du contraria contrariis curantur, peuvent s'appuyer sur l'autorité d'Hippocrate et d'un grand nombre d'autres médecins du plus grand mérite.
« J'adopterai, pour faciliter l'étude de l'hydrothérapie, les cinq divi-
sions suivantes, fondées sur l'indication que la nouvelle méthode a pour Lut de remplir :
« 1° La méthode hygiénique ou prophylactique ;
« 2° La méthode antiphlogistique;
« 3" La méthode antispasmodique ;
« 4 La méthode altérante;
« 5° La méthode adjuvante ou auxiliaire.
« Les trois premières divisions comprennent beaucoup de choses déjà connues, mais trop négligées des médecins. La quatrième constitue plus particulièrement la méthode de Priessnitz, et la cinquième comprend toute application de l'hydrolhérapie à une maladie qu'elle reconnaît ne pouvoir guérir, mais où son emploi peut avoir lieu utilement dans le but de soulager un ou plusieurs symptômes.
(c 1" De la Méthode Itygiénique ou prophylactique. Ici les modifications apportées aux règles ordinaires de l'hygiène consistent dans un fréquent emploi de l'Eau froide en boisson et dans son application à la surface du corps au moyen des procédés de l'hydrothérapie moderne, dont l'application pratique sera facilement saisie par chaque médecin. Mais comme moyen prophylactique, il devient indispensable d'adjoindre aux moyens purement hygiéniques, d'autres plus énergiques encore, tels que les sueurs forcées, la douche froide et les grands bains froids. On y a aussi recours dans l'intervalle des accès goutteux et chez des personnes qui croient avoir en elles un virus vénérien, ainsi que chez celles qui offrent une tendance aux scrofules, à la phlhisie, etc.
« 2" La Méthode antiphlogistique est celle dont Currie a posé les bases scientifiques. Ici, c'est au moyen de la sédation qui résulte de la soustraction du calorique et de l'effet produit sur le système nerveux par l'application brusque de l'Eau froide, que l'hydrothérapie cherche à faire cesser toute affection fébrile et intlammatoire, résultat auquel vient s'ajouter la dérivation opérée par les sueurs forcées et les frictions énergiques faites à la surface du corps avec de l'Eau plus ou moins dégourdie. Cette méthode s'applique, à l'aide de divers procédés hydriatiques, aux congestions, aux liémorrhagies, aux fièvres essentielles tant légères que graves, aux fièvres éruptives, aux affections rhumatismales aiguës, et à toutes les phlegmasies aiguës tant externes qu'internes ; c'est par cette méthode qu'on dit avoir guéri des encéphalites, des apoplexies, des pneumonies, etc. L'Eau, généralement froide, mais quelquefois dégourdie, est ici l'unique agent thérapeutique. L'application s'en fait au moyen d'enveloppements plus ou moins souvent renouvelés, dans le drap mouillé, mais quelquefois au moyen d'affusions ou d'immersions. L'Eau froide est administrée en même temps en abondance à l'intérieur, et lorsque, par suite de sa sédation énergiquement et constamment appliquée, la diminution du mouvement fébrile général commence à s'opé-
rer, et que la peau offre des signes de moiteur, on cherche à favoriser cette transpiration au moyen de procédés particuliers. Il est bien entendu que cette transpiratiou forcée ne trouve son application dans les maladies aiguës que lorsque la violence de l'inflammation est en grande parlie brisée par l'effet sédatif des moyens mis précédemment en usage.
« 3° La Métliode antispasmodique est employée dans une foule de maladies nerveuses, comprenant depuis les simples malaises nerveux jusqu'à rhypochondrie et les accidents hystériques les plus violents. Nous avons vu combien Currie, à l'exemple de beaucoup d'autres praticiens, avait retiré d'avantages de ce moyen. Nous avons dit que Pomme ne pouvait pas assez se louer des bons effets que l'Eau froide produisait dans ces affections rebelles, et cela, à l'exclusion complète de tout autre moyen pharmaceutique. Dans le traitement de certaines affections nerveuses, telles que la manie, l'épilepsie, les hydropathesonteu peut-être moins à se louer de l'efficacité de l'Eau que les anciens praticiens, parce que trop souvent l'hydrothérapie moderne s'obstine à appliquer aux maladies purement nerveuses un traitement altérant qui ne leur convient pas. Est modus in rébus. Si donc l'hydriatrie a quelquefois paru plutôt nuisible qu'utile dans le traitement du délire maniaque et de l'épilepsie, c'est parce qu'on appliquait à ces maladies des procédés beaucoup trop stimulants. Dans cette méthode on emploie des moyens à la fois calmants et toniques, comme un ou deux enveloppements dans le drap mouillé, l'Eau froide à l'intérieur en abondance, les frictions avec le drap mouillé, et, suivant les circonstances, les affusioiis, les immersions, les ablutions et frictions d'Eau froide faites avec la main mouillée, des douches de courte durée et l'exercice régulier au grand air. L'utilité de cette méthode est évidente dans beaucoup de lésions nerveuses de l'axe cérébrospinal et de la moelle épinière en particulier, dans les crampes, les lésions de la motilité, les affections convulsives, la chorée, etc.; et ses avantages ne paraissent pas moins réels dans quelques états nerveux singuliers de certains organes, tels que l'utérus, les mamelles et les testicules.
« 4" La Méthode altérante ou résolutive. Celte méthode est plus particulièrement celle qui a été imaginée par Priessnitz. Ici l'on emploie dans des degrés d'activité très-divers une foule de procédés qui modifient profondément l'économie : tels sont les transpirations provoquées dans des couvertures de laine sèches, soit dans des draps mouillés, et auxquelles on fait immédiatement succéder ou les immersions dans le grand bain froid, ou bien des frictions dans des bains partiels ; tels sont encore les douches froides de force diverse, les bains de siège plus ou moins froids et plus ou moins prolongés, les frictions énergiques faites avec la main mouillée sur la surface du corps, les applications plus ou moins étendues de compresses àii^'s, excitantes; tous moyens qui, joints
à l'usage intérieur abondant de l'Eau froide, modifient profondément la vitalité et ont pour but de produire des réactions appelées crises. Toutes les affections chroniques sont traitées par ces procédés, auxquels viennent en aide un régime parliculier très-substantiel, l'exercice de tout le système musculaire autant que le malade peut le faire au grand air, et l'abstinence complète de tout moyen pharmaceutique. Quelques affections chroniques de l'encéphale, beaucoup de celles du thorax et toutes celles de l'abdomen, la goutte et le rhumatisme chroniques, les affections hémorroïdales, les symptômes syphilitiques primitifs, secondaires ou tertiaires, les maladies chroniques de la peau, les ulcères chroniques des membres inférieurs, les fistules urinaires, les rétrécissements de l'urètre, les exostoses et autres maladies chroniques des os, les affections scrofuleuses, les tumeurs blanches, etc., etc., sont journellement traitées à Grsefenberg, et quelquefois très-avantageusement, par la méthode altérante que nous signalons.
« (j'est au moyen de la vive et forte réaction, ainsi que de la profonde modification que ce traitement imprime à toutes les fonctions organiques, que l'on peut expliquer la résolution et la disparition de beaucoup d'engorgements chroniques obtenus par l'hydriatrie. C'est par l'élimination de tout ce qu'elle croit étranger et nuisible au corps, qu'elle cherche à produire la guérison : espérant que, quand même l'excitation et la stimulation générales impriaiées à l'économie ne parviendraient pas cà obtenir cette élimination complète, du moins la maladie organique serait arrêtée dans sa marche, et pourrait môme exécuter un mouvement de retour vers la guérison.
(c Les diverses réactions que l'on voit se produire dans l'emploi de la méthode résolutive sont désignées sous le nom de crises^ et considérées comme des efforts de la nature pour opérer l'expulsion de la cause morbifique. C'est d'après ces doctrines humorales que les hydropathes expliquent la résolution et la disparition des engorgements de toute espèce, tant des divers viscères abdominaux que de ceux des articulations. Ils expliquent de la même manière la guérison des maladies que l'on place sous la dépendance du système de la veine porte et des veines variqueuses du rectum. En un mot, on obtient, suivant eux, au moyen de cette méthode, tous les effets que l'on voit survenir après l'emploi des eaux thermales les plus accréditées. La durée du traitement est en général longue, et le courage et la patience du malade sont bien souvent mis à une rude épreuve.
(( 5° La Méthode auxiliaire ou adjuvante est celle qu'on emploie dans les maladies qui ne permettent pas d'espérer une guérison radicale, mais dans lesquelles l'hydriatrie, convenablement appliquée, peut encore rendre des services importants. Dans les maladies du cœur, dans certaines affections pulmonaires chroniques et dans diverses paralysies, le praticien pourrait trouver une ressource précieuse dans l'emploi de cette
méthode de traitement. J'ai vu à Graefenber^ un malade atteint d'une lésion organique grave du cœur, accompagnée de catarrhe pulmonaire chronique et d'asthme, qui, forcé de garder le lit pendant quinze jours par suite de l'augmentation momentanée des accidents catarrheux et asthmatiques, quittait la chambre à l'expiration de ce temps, et grâce à l'hydrothérapie, aussi frais que s'il n'avait passé que vingt-quatre heures ■au lit; aussi ce malade, sans compter sur une guérison radicale, ne pouvait pas assez se louer de ce traitement qui produisait chez lui un effet aussi remarquable, car jusqu'à ce qu'il l'eût mis en usage, il ne sortait de son lit, après y avoir été retenu huit à dix jours par l'augmentation du catarrhe ou de l'asthme, que pâle, affaibli, exténué, et pouvant à peine se traîner. Sans doute les moyens employés, qui paraissent bien simples à GraBfenberg pourraient effrayer à Paris : leur application exige de la part du malade beaucoup de confiance dans le remède. Ainsi, tous les matins, celui dont je parle, un homme de soixante ans, se plaçait à côté de son lit sur un tabouret, et on le frictionnait partout avec un drap mouillé d'Eau froide pendant deux à trois minutes, puis le séchant bien et plaçant des compresses excitantes sur les jambes engorgées, on le remettait au lit ; d'autres fois c'était dans un bain partiel à 12 degrés Réaumur qu'il se plaçait pendant quelques minutes, et dans lequel on le frictionnait partout avec vigueur. Chez les phthisiques sans espoir de guérison, en proie à une fièvre lente qui les mine, tourmentés par des sueurs nocturnes qui les épuisent, l'hydrothérapie, offre un moyen auxiliaire des plus heureux, pourvu toutefois que l'imagination du malade ne s'en effraye point. Dans ces cas, mieux qu'aucun autre remède, des enveloppements répétés dans le drap mouillé calmeront cette fièvre ardente, et rendront à la peau une tonicité que nul autre moyen ne produirait, si ce n'est l'affusion froide. L'hémiplégique et le paraplégique trouveront dans ce traitement un moyen auxiliaire des plus utiles, quand même la gravité du mal défendrait de compter sur une guérison complète. C'est ainsi que nous avons vu à Grsefenberg des paraplégiques, que Priessnitz considérait lui-même comme incurables, employer avec grand avantage, sous sa direction, des frictions avec le drap mouillé faites pendant quelques minutes sur toute la surface du corps, et la stimulation de la douche froide prise partout, excepté sur la colonne vertébrale, pendant une à deux minutes. Grâce à ce moyen, la santé générale si délabrée, était devenue florissante, et, bien que les mouvements des membres inférieurs restassent fort incomplets, le malade n'avait pas renoncé à tout espoir de guérison. Chez la même personne, l'agitation extrême que l'on remarque si souvent chez les malades atteints de ces sortes d'affections, était calmée d'une manière remarquable par quelques enveloppements dans le drap mouillé.
« Les hydropathes considèrent l'hydriatrie comme un moyen auxiliaire dans le traitement du coryza, qui n'offre aucune gravité en luimême, qui n'exige pas de traitement général, et oii le risque de brus-
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quer la maladie n'est compensé par aucun avantage. Dans le traitement des fièvres éruptives, et de la variole en particulier, cette méthode, d'après eux, soutient les efforts de la nature et fnit parcourir à la maladie, en les raccourcissant, ses diverses phases. Mais il est évident que si la fièvre éruptive est légère, on laissera faire la nature ; et que si l'on a recours à l'hydrothérapie, c'est qu'il existera des symptômes qui réclament son secours. Dans ces cas, ainsi que Currie l'a prouvé jusqu'à la dernière évidence, c'est par la soustraction. du calorique et l'effet antispasmodique du remède que l'avantage s'opère, que le calme renaît et que les congestions intérieures se dissipent. L'hydriatrie, dans ces cas, n'est donc pas auxiliaire, mais sédative et antiphlogistique à sa manière.
« Employée dans les convalescences comme moyen adjuvant, l'hydrothérapie appliquée avec discernement peut rendre des services éminents. Des ablutions générales et courtes d'Eau froide ou h une température appropriée, ou bien des frictions pratiquées avec le drap mouillé, concourront, avec l'exercice, à fortifier le malade et à le rendre promptement à la santé. Les mouvements fébriles plus ou moins prononcés, et les agitations nerveuses qui tourmentent tant de convalescents, seront combattus avec un notable succès par l'enveloppement dans le drap mouillé, moyen qui offrira de plus l'immense avantage de ne point affaiblir le malade dans un moment où il importe tant de ménager ses forces.
« Ces divisions, auxquelles on se gardera bien d'attacher trop d'importance, auront du moins l'avantage de permettre à ceux qui ne connaissent pas l'hydrothérapie moderne, de pouvoir considérer dans son ensemble cette branche de la science médicale : de ce coup d'œil résultera la conviction de l'étendue des applications auxquelles on peut employer ce remède. Il n'existe, ens effet, qu'une seule classe d'agents thérapeutiques, celle des purgatifs, dont l'emploi ait jamais été aussi étendu et aussi général. Et ces moyens, dont on a voulu aussi faire une panacée universelle, ont rendu en effet des services signalés tant dans les affections aiguës que dans les diverses maladies chroniques et nerveuses. Le rapprochement des purgatifs et de l'hydrothérapie est d'autant plus exact, que dans les deux cas ceux qui les prônent leur attribuent particulièrement le pouvoir d'évacuer, d'expulser de l'économie les humeurs peccantes ; de tout guérir, en un mot, grâce à leurs vertus dépuratives. Cette doctrine, si elle n'est pas celle du jour, mérite cependant considération ; car le grand Sydenham lui-même, en parlant d'une affection peu humorale en apparence, la chorée, ne nous dit-il pas : « Cum affectus iste (chorea Sancti Yiti) ab humore aliquo in nervos « irruente, quorum istius modi motus praeternaturales producuntur, pence dere mihi videretur. » (Opéra omnia, L. I, p 362). Les purgatifs ne constituent-ils pas la base du traitement ? Aussi doit-on se montrer peu exigeant envers Priessnitz, si pour lui toutes les maladies résultent de la présence dans l'économie d'une humeur qu'il importe d'évacuer. Cette manière d'expliquer l'effet des remèdes, en leur attribuant des vertus
dépuratives, parle beaucoup à l'imagination, non-seulement du vulgaire, mais aussi des classes instruites, et contribue puissamment à rendre populaires les métbodes de traitement qui sont basées sur cette doctrine. Priessnitz opère sa dépuration par l'enveloppe extérieure ; les purgatifs exercent leur action sur la peau intérieure, et chaque parti compte des guérisons nombreuses, avérées et remarquables.
« En réiléchissant au point d'où Priessnitz est parti, celui de quelques données vagues sur les vertus curatives de l'Eau, accompagnées de l'injonction de frotter la partie malade avec de l'Eau froide et d'y poser des compresses mouillées, et en comparant ce point de départ siinOme avec l'application immense et souvent très-avantageuse qu'il a su faire du remède que le hasard avait mis entre ses mains, on ne peut se défendre d'une sorte d'admiration pour sa persévérance et pour son énergie. L'efficacité réelle du remède dans une foule de cas, la hardiesse et le sangfroid de Priessnitz, jointes à l'expérience que les exagérations des malades eux-mêmes lui ont fournie, expliquent ce résultat extraordinaire. Les exagérations de mes malades, lui ai-je entendu dire à plusieurs reprises, m'ont beaucoup appris. En effet, ce qu'il n'osait pas tenter, ses malades l'exécutaient, et le résultat fut pour lui d'accroître sa propre expérience, soit que les suites fussent heureuses ou fâcheuses. Loin de se contenter des résultats obtenus, Priessnitz est toujours préoccupé de quelque idée nouvelle, et abandonne volontiers la voie qu'il s'était tracée dès qu'il s'aperçoit qu'une autre le conduira plus tôt au but qu'il se propose. C'est ainsi qu'il a de lui-même renoncé à faire transpirer sans distinction tout le monde, même deux fois par jour. Les cnveloppemenLs dans le drap mouillé avaient remplacé en quelque sorte les sueurs pendant quelques années; maintenant il montre une extrême prédilection pour les immersions alternatives, d'abord dans un bain partiel d'Eau dégourdie, oii l'on frotte bien le malade pendant quelques minutes et d'où on le retire pour le plonger dans le grand bain froid ; de ce bain le malade retourne au bain partiel et aux frictions, et de là au grand bain froid, et ainsi de suite quelquefois jusqu'fà ce qu'un état de syncope force à le porter au lit : actuellement donc ces bains alternants et l'enveloppement dans le drap mouillé ont le pas sur les transpirations forcées, La modération comparative avec laquelle Priessnitz applique maintenant sa méthode me paraît un aveu tacite de son exagération première; le résultat des fautes commises a été une grande expérience personnelle, et cette expérience, il la prouve, selon moi, en mitigeant la sévérité du traitement primitif. »
Cette exposition attachante que nous n'avons voulu ni interrompre ni abréger, suffira certainement au lecteur pour prendre une juste idée de l'hydrothérapie. Mais bien que d'après cet aperçu général, l'application de l'hydriatrie semble une chose facile, le praticien qui n'aurait que de telles données pour se guider dans l'administration de cette méthode de traitement, ne pourrait remplir toutes les conditions exigées pour le
succès. Il faudrait donc reprendre en détail la description de chacun des procédés et spécifier ses indications particulières. Aussi conseillons-nous à tous les médecins qui voudraient se livrer à la pratique de l'hydrothérapie, d'en étudier les administrations diverses dans l'ouvrage consciencieux que nous venons de mettre à contribution, ainsi que dans celui de M. Scoutetten.
Un ouvrage plus complet et plus scientifique encore a paru sur cette matière depuis notre quatrième édition : nous voulons parler du l'raité pratique et raisonné d'hydrothérapie de M. Fleury.
Ce médecin distingué a créé en quelque sorte l'hydrothérapie méthodique à Paris, el il manie cette héroïque médication avec une habile énergie. Indépendamment des succès qu'il a obtenus dans toutes les maladies clironiques où déjcà l'efficacité de l'hydriatrie était consacrée, il l'a appliquée avec des résultats dignes d'attention aux fièvres intermittentes réfractaires avec engorgement des viscères du ventre, et aux affections utérines. Nous avons des raisons de croire à la supériorité de cette médication sur presque tous les autres traitements ordinaires, dans ces dernières maladies.
Les maladies goutteuses et rhumatismales dans leurs formes articulaires invétérées, chez les sujets robustes, sont encore un des triomphes de l'hydriatrie entre les mains de M. Fleury.
La lecture de cet ouvrage fera tomber bien des préventions et répandra utilement une médication qui est une des conquêtes thérapeutiques les plus sérieuses du dix-neuvième siècle.
Lorsqu'on ne cherche dans l'hydriatrie qu'une médication tonique, nous pensons que les bains de mer peuvent la remplacer avec avantage. Si à l'action tonique on veut adjoindre l'effet altérant ou dépuratif, l'hydrothérapie offre des ressources qu'on ne trouve plus dans le bain de mer. Il n'est guère probable que le passage prolongé d'une immense quantité d'eau à travers l'appareil circulatoire et tous les organes sécréteurs, soit une chose indifférente h. l'économie et ne puisse modifier profondément certains états morbides, comme la goutte, les rhumatismes clu'oniques, les dartres invétérées, etc., affections contre lesquelles le bain de mer a peu de puissance curative.
Il est encore un autre progrès introduit par le paysan de Graifenberg dans la médication par l'Eau froide : ce sont les applications locales variées, ingénieuses et utiles qu'il a faites de ce grand moyen thérapeutique. Ces administrations topiques de l'Eau froide faites avec prudence et précision sont appelées à prendre un rang distingué dans la thérapeutique, soit comme rnoyens sédatifs, soit comme moyens toniques, soit comme moyens résolutifs. L'application doit en être surveillée par un médecin intelligent.
La découverte du chloroforme et de l'éther et de leurs applications anesthésiques a stimulé le génie des physiologistes et des chirurgiens. On a voulu trouver des topiques capables d'éteindre la sensibilité de la
peau des parties qui allaient être soumises à l'action du fer et du feu, sans exposer les patients à des absorptions toxiques dont les dangers ne sont aujourd'hui que trop constatés.
Le plus efficace de ces moyens est sans doute la glace pilée mêlée à parties égales de sel marin, renfermée dans une gaze et appliquée sur la peau qu'on veut rendre insensible. Il suffit de quatre à cinq minutes de contact du mélange réfrigérant pour que l'insensibilité soit produite. On s'en assure de deux manières : d'abord par l'aspect de la peau, qui, sur les points glacés, devient blanchâtre et dure comme par le fait de certaines éruptions à'essera ou de porcelaine, si ce n'est qu'elle est froide comme une peau de cadavre durcie par la gelée.
De plus, on peut y enfoncer impunément une épingle. No«s avons souvent employé ce procédé pour appliquer le feu dans les névralgies, et les malades n'ont jamais ressenti les premières brûlures.
L'anesthésie complète dure plusieurs secondes, et plusieurs secondes incomplète ; elle persiste plus longtemps quand l'opération est pratiquée avec le bistouri, et cela se comprend facilement. (Pour plus de détails, voir au chapitre de la Médication anesihêsigue.)
Les agents thérapeutiques que nous rangeons à la suite du Froid et sou? le même titre que lui, sont pourtant loin de lui être analogues en tous points. On doit même dire qu'aucun d'eux ne possède toutes ses propriétés Ils ouïssent seulement d'actions sédatives spéciales à la manière des substances narcotico-âcres que les médecins de l'école italienne appellent des contro-stimnlants . C'est surtout sur la chaleur animale et les mouvements du cœur qu'ils exercent leur vertu sédative. On peut dire avec vérité, pour légitimer leur rapprochement avec le Froid, qu'ils enchaînent les manifestations d'activité vitale par une action directe et comme ennemie de la vie; mais leur influence n'est pas uniformément dépressive ; et souvent, en même temps qu'ils apaisent une manifestation vitale, ils en excitent une autre ; c'est ce qui se voit surtout lorsqu'ils agissent comme poisons, et qu'ils produisent ces phénomènes ataxiques singuliers qui caractérisent les intoxications par les substances narcoticoâcres. Presque tous aussi sont diurétiques. Leur place se trouve donc mieux ici que partout ailleurs.
La Digitale pourprée (Digitaîis purpu- lement, des feuilles radicales et des se-
rpa) est une plante bisannuelle, indigène, menées.
de la famille des Scrofulariées, didynamie Caractères génériques. Calice persistant
angiospermie de Linné. Elle croît dans à divisions inégales ; corolle en cloche,
les lieux pierreux et sablonneux, et fleurit ventrue ; limbe court, oblique, à quatre
en juin et en juillet. On se sert principa- divisions obtuses, inégales, dont la supé-
l'ieure est souvent échancrée, quatre éta- Passez avec expression à travers une
mines didynames ; un style; capsule toile, laissez déposer, traitez le marc de
ovoïde, loculaire. la même manière, avec le reste de l'eau.
Caractères spécifiques. Folioles calci- concentrez au bain-marie la première in-
nales ovales, aiguës; corolle obtuse, lèvre fusion, ajoutez la seconde après l'avoir
supérieure entière. L'intérieur du ventre amené à l'état sirupeux et évaporez jus-
de la corolle est marqué de taches en qu'en consistance d'extrait du marc
l'orme d'yeux; les feuilles sont rugueuses; (Codex), kl lige est simple, anguleuse, velue; les
feuilles sont oblongues, aiguës, brun vert Extrait alcoolique de Digitale
en dessus blancl.àtres en dessous ; les ^Extraclum Digilalis alcoole paralum). lieurs sont d une couleur purpurnie, ^ "^ f /
attachées le long d'un seul côté de la tige Feuilles sèches de Digitale. . . 1.000
et pendantes. Alcool à 60 degrés 6;000
Le prmcipe actif de la Digitale, que Leroyer, de Genève, croyait être un alca- Pulvérisez les feuilles de Digitale
loïde, paraît avoir été enfin isolé à l'état et introduisez la poudre modérément
de pureté par MM. Homolle et Quévenne. tassée, la quantité d'alcool nécessaire
La digîlahne, obtenue par ces clii- pour qu'elle en soit pénétrée dans toutes
mistes, se présente sous la forme d'une ses parties; fermez alors l'appareil, et
poudre blanche, amorphe, inodore, d'une laissez les deux substances en contact
saveur excessivement amère, sensible pendant douze heures. Au bout de ce
surtout à l'arrière-gorge. temps, rendez l'écoulement libre, et faites
Elle est à peine soluble dans l'eau passer successivement sur la Digitale la
froide, un peu plus soluble dans l'eau totalité de l'alcool prescrit, bouillante, soluble en toutes proportions Distillez la liqueur alcoolique, pour en
dans l'alcool faible ou concentré. retirer toute la partie spiritueuse, et con-
L'éther pur n'en dissout que des traces. centrez au bain-marie jusqu'en con-
La digitaline est un composé ternaire, sistance d'extrait mou (Codex). ne renfermant pas d'azote, parfaitement neutre aux papiers réactifs. Teinture de Digitale
Ebe est également incapable de se com- , Tinctura de Digitale) .
biner avec les acides ou avec les alcalis. ^ " '
Feuilles de Digitale en poudre
Poudre de Digitale. demi-fine 100
Alcool à GO degrés q. s.
Il f:ut, d'après le Codex, pulvériser la Opérez comme pour la teinture de
Digitale en s'arrétant lorsque les trois quinquina (Codex), quarts ont été réduits en poudre.
^ Les feuilles radicales doivent être récol, g^ ^^ Digitale
tees avant la lloraison. On les dessèche a
l'étuve avec soin, et on les enferme dans [Syrupus de Digitale jiurpwcâ).
des flacons bien bouchés. ^^ .^^^^^ j^. ^.^.^^^^^ ^^
Poudre de semence de Digitale. ^''''^ ^"^ ^"^^^ ■l'0«"
,, Ti 1 / 1 T1 \ 1 Prenez 100 grammes de sirop de sucre, M. Brossard (de Rouen) propose de po,.tez-les à l'ébullition ; ajoutez la teinsubstituer les semences aux feuilles, d a- [^^^.^.^ Continuez de faire bouillir, jusqu'à bord parce qu elles sont plus actives, puis p^. j^ ^- g^jj ^^^^^^^ ^^ '■'^■^^^^ ^j^ parce qu elles ont une composition p us ^qq grammes ; mélangez avec le sirop de constante, 1 gramme de semenc(? pilee g^,çj° j j.ggj'^. ° ' contenanl 1 milligramme de digitaline. 20 grammes de ce sirop correspondent [Bull, de Therap., 1857.) ^ 50 centigrammes de teinture de Digi- Tisane de Digitale. ^^'^.^ «u à 33 milligrammes d'extrait al- '^ coolique (Codex).
Pr. : Feuilles sèches de Digitale 25 cent. Digitaline
Eau bouillante 1,000 gr. [Digilalina).
Faites infuser pendant une demi-heure, p^^^^ij^g ^^ ^-^^^^^^^ pourprée en
P^''^*^^- poudre 2,000
Extrait de Digitale Sous-acétate de plomb liquide. . 500
{Extractum Digilalis). Carbonate de sonde 80
Phosphate de soude ammonia-
Feuilles sèches de Digitale. , . 1,000 cal AO
Eau distillée bouillante 8,000 Tannin 80
Litharge 30
Réduisez les feuilles de Digitale en Charbon animal 500
poudre grossière ; faites les infuser pen- Alcool à 90 degrés |
dant douze heures dans C parties d'eau. Eau ) '^
Placez la poudre sèche de feuilles de Digitale dans un appareil à déplacement ot humectez-la avec 3 litres d'eau distillée, ajoutez ensuite peu à peu, et par petites portions, des quantités d'eau suffisantes, pour obtenir 6 litres de liqueur dont la densité soit de 1,050 au minium. Ajoutez à la solution le sous-acétate de plomb ; séparez par le filtre le précipité obtenu. Ajoutez successivement à la liqueur filtrée les solutions de carbonate (le soude et de phosphate de soude ammoniacal, filtrez de nouveau et précipitez la liqueur par dissolution de tannin.
Recueillez le précipité sur un filtre ; mèlez-le avec la lilharge et le charbon animal.
Séchez le mélange, épuisez-le par l'aloool à 90 degrés. Evaporez la solution ?i siccité au bain-marie; épuisez le résidu par l'eau distillée, reprenez-le par l'alcool à 90 degrés; chassez de nouveau l'alcool et épuisez le résidu par le chloroforme.
La solution chloroformique abandonnera par l'évaporation, la digitaline sous forme d'une masse d'apparence résineuse friable, douée d'une odeur aromatique sui generis, et d'une amertume extrême, neutre au papier de Tournesol, soluble en toutes proportions dans l'alcool et dans le chloroforme.
Cette substance se ramollit à 90 degrés, entre en fusion ?i 100, elle n'est point précipitée de ses solutions par les sels de plomb, elle forme avec le tannin un composé insoluble. Au contact de l'acide chlorhydriquc, elle se colore en vert émeraude, propriété qui la caractérise.
La digitaline purifiée par disssolution dans le chloroforme est environ deux fois plus active que le produit qui n'a pas .subi ce traitement.
Granules de digilaline [Granulœ cum digitalinâ)
Digitaline Os^lO
Sucre de lait pulvérisé 4 ,00
Gomme arabique pulvérisée. . . 0 ,90
Sirop de Miel q. s.
Triturez la digitaline dans un mortier de porcelaine avec le sucre de lait, que vous ajouterez par petites portions à la fois, mêlez la gomme arabique, et faites avec le sirop une masse bien homogène.
Divisez cette masse en cent granules que vous argenterez.
Chacun de ces granules contient 1 millicramme de digitaline (Codex).
"C'est en 1841 que MM. liomolle et Quévenne présentèrent à la Société de pharmacie leur premier échantillon de digitaline, et le procédé de préparation de ces messieurs a été accepté par le nouveau Codex de 1866.
La digitaline que nous possédons n'est pas toujours un produit identique à luimême et sa solubilité varie. M. Roussin (TardieUj Emyoisonnemenl] pense que
cela tient ^ ce que, sous l'influence des plus légères réactions, la digitaline peut éprouver des transformations qui modifient et changent ses propriétés physiques et chimiques.
Dans ces derniers tempo cependant un savant belge, M. Nativelle (Acad. de médecine de Belgique, 26 mars 1866) dit a\'oir obtenu de la digitaline crislallisable, blanche, soluble en toutes proportions dans l'alcool, mais à peine soluble dans l'eau, plus un autre produit entièrement soluble dans l'eau qu'il appelle digiloli'ine amorphe, plus un autre produit amorphe soluble dans l'eau et cristallisable qu'il appelle digiloléine cristallisée. {Moniteur scientifique, 15 février 1867.)