MORELLE
La INIorelle noire (So?anwmM/grn/m, L.), tion du baume tranquille, de l'onguent
plante indigène, annuelle, très-voisine de populéum, etc. Une espèce extrêmement
la précédente, mais dont les fleurs sont voisine, qui croît aux Antilles, se mange
blanches et les baies noires à l'époque de en guise d'épinards, ainsi que la Morelle
la maturité, contient, comme la douce- que l'on trouve si abondamment en
amère, de la solanine unie à l'acide ma- France,
lique. Le Solanum fuberosum (la pomme de
La Morelle est un pou usitée comme terre), qui fournit la fécule dont on prémédicament. L'eau qui a servi à l'infu- pare de la gelée, des cataplasmes, et la sion ou à la décoction retient un peu du plupart des autres Solamtm, sont comesprincipe viroux que la Morelle contient. tibles ; nous citerons : le S. lycoperticum Ses préparations sont celles de la douce- (la tomate), le S. melongena (lauberamère. Elle entre aussi dans la composi- gine), etc., etc.
La Morelle noire passe depuis longtemps pour une plante narcotique, et ses baies sont regardées comme très-vénéneuses et comme ayant donné lieu à des empoisonnements chez des enfants qui en avaient mangé, les prenant pour des groseilles. M. Dunal, de Montpellier, pense que dans ce cas ce ne sont pas les baies de Morelle noire qui ont produit ces effets délétères, mais bien les fruits de la belladone.
M. Guillemin {Dictionnaire des Drogues) dit aussi que les fruits et les feuilles de la Morelle noire sont loin de posséder toutes les propriétés narcotiques qui leur étaient attribuées. Cependant M. Desfosses a trouvé dans son suc de la Solanine, ce qui seul doit faire tenir en garde contre elle. Ajoutons à ce fait un travail de M. Bourgogne, médecin à Condé, publié dans le Journal de Chimie médicale, 1827, relatif aux effets délétères de cette plante sur les bêtes à laine.
M. Piban-Dufeyllay a cité plusieurs observations qui tendraient à démontrer les propriétés toxiques de la Morelle. {L'Esculape, 2^ année, 7 mars 1840.)
Deux autres observations d'empoisonnement par la Morelle ont été rapportées par M. Magne (de Souillac). [Gaz. des hôp..^ sept. 1859.) Il s'agit de deux enfants de trois ans et demi qui mangèrent des feuilles de Morelle et eurent du délire avec pâleur de la face et dilatation énorme des pupilles ; ils guérirent le lendemain.
11 est probable qu'il faut, pour produire l'intoxication, des doses assez fortes, car nous ferons remarquer qu'employées comme aliment, à l'instar des chicorées et des épinards, les feuilles de la Morelle et le reste de la plante participent à peine aux propriétés sédatives des autres sola-
nées vireiises. Mais l'eau qui a servi à l'infusion ou à la décoction relient le peu de principe vireux que contient la Morelle, et se donne, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, dans les mêmes circonstances que les infusions ou les décoctions de jusquiame. Ce médicament est si peu actif, qu'on ne l'emploie guère que pour des bains généraux ou des bains de siège ; et comme il peut toujours être aisément suppléé par les autres solanées, en tant que substance calmante, il serait plus convenable de le rayer de la matière médicale.
La Solanine a été découverte en 1821 par M. Desfosses, pharmacien à Besançon, dans les baies de la Morelle {Solarium nigrvtn). M. Legrip et 0. Henry l'ont trouvée dans le 6\ mammosum, M. Morin dans le S. verbacifolium, MM. Chevallier et Payen dans les fruits du S. Lycopersicum, MM. Fodéré et Lecht dans le 5. ferox, MM. Pelletier, Otto et autres, dans les pousses jeunes de la pomme de terre.
C'est d'ailleurs un principe mal défini au point de vue chimique. Magendie, qui l'a expérimentée, a vu qu'elle produisait une salivation abondante, des vomissements violents et ensuite de la somnolence et de l'assoupissement,