‹ Traité de thérapeutique et de matière médicaleChapitre 45 sur 312 · LAITUE VIREUSE · texte numérisé non relu

LAITUE VIREUSE

Dioscoride (lib. 4, cap. 65) nous apprend que, de son temps, on mêlait le suc de la Laitue vireuse à celui du pavot pour sophistiquer

l'opium. 11 lui attribue d'ailleurs les mômes propriétés que celles qui, de nos jours, ont été accordées à la thridace, savoir : de procurer un engourdissement qui calme les douleurs et invite au sommeil, de modifier heureusement les névroses diverses, l'hydropisie, de diminuer les appétits vénériens, etc., etc.

L'épithète de viveuse donnée à la Laitue semblerait indiquer qu'une vertu très-délétère réside dans cette plante ; mais les expériences faites par OrfUa {Toxicologie, t. 11^ p. 184) démontrent de la manière la plus évidente qu'il faut des doses énormes de cet extrait pour produire une action toxique même sur les chiens de petite taille, de sorte que l'on peut dire du suc de Laitue vireuse ce que tout à l'heure nous disions de la thridace, que l'on doit administrer chaque jour à la dose de 4 à 8 grammes pour obtenir un effet stupéfiant analogue, par exemple, à celui que l'on verrait survenir après l'ingestion de 2 centigrammes et demi à o centigrammes d'opium. Toutefois il est bon de dire que le suc épaissi de Laitue vireuse est, comme la thridace, moins excitant que l'opium.

Dans la dernière moitié du siècle dernier, Durande, qui a préconisé plus de remèdes que de bons remèdes, conseille de l'employer contre une multitude de maladies chroniques. Collin, l'élève et l'ami de Storck, dont le témoignage est si suspect quand il s'agit des propriétés des plantes vireuses, donnait depuis 1 gramme jusqu'à 12 grammes de ce suc, principalement dans certaines obstructions viscérales accompagnées ou non d'hydropisie (Collin, Observ. cire. morb. et Lactuc. sylv. contr. hydrop. vires). Ce simple énoncé suffit pour faire voir qu'on ne peut tirer aucune conclusion de ces faits.

De nos jours, Schellinger, de Francfort, a préconisé le suc de Laitue dans l'angine de poitrine. Il commence par 10 centigrammes chaque jour, et augmente graduellement la dose 'Journal général de médecine, t. XL, p. 232), et Toël unissait ce médicament à la poudre de digitale dans les hydrothorax symptomatiques d'une maladie du cœur [Joia^nal univ. des sciences méd., t. XLVII, p. 127).

MODE D'ADMlNISTrxATION ET DOSES.

Le Lactucarimn se donne à la dose de 10 à 50 centigrammes, en pilules. L'extrait alcoolique de Lactucarium se prescrit à la dose de 10 à 20 centigrammes.

AGONIT.

BIATJÈr.E MÉDICALE.

Aconit (Aconifum, L.), genre de la fa- On les trouve en grande quantité dans

mille des Renonculacées ; polyandrie tri- les montagnes du Jura et dans la Suisse.

gynie de Linné. Les espèces qui lui ap- C'est l'Aconit des montagnes qui est le

partiennent sont célèbres par leurs effets plus actif.

délétères; leur nom d'Aconit vient à.'à.>.ivc,, Caraclères génériques. Calice pétaloïde

rocher, parce que, en général, elles ha- à cinq folioles, dont la supérieure est

bitent les hautes montagnes. concave et en forme de casque; deux pé-

MEDICAMENTS STUPEFIANTS.

taies supérieurs très-grands, onguiculés, éperonnés, conleniis dans la foliole supérieure du calice ; cinq ou six pétales inférieurs très-petits et en forme d'écaillés; étamines nombreuses, trois ou quatre pistils; trois à cinq capsules ovales, droites, aiguës, à une seule valve polysperme.

. L'espèce la plus employée et l'une des plus délétères est l'Aconit napel {Aconituni na]teUus, L.)-

Carartcres spécifiques. Fruit composé de trois capsules ; feuilles vertes luisantes, à découpures profondes, linéaires, élargies supérieurement, marquées d'une ligne.

Cette plante est haute de deux à trois pieds, à tige droite, terminée par un long épi de belles fleurs bleues, solitaires sur leur pédoncule, et dont le casque est obtus : elle habite les lieux couverts et humides des montagnes et se cultive dans nos jardins; sa racine, qui est très-vénéneuse, a la forme d'un petit navet, d'oii le nom de napellus, diminutif de napus.

Les autres espèces diffèrent peu quant à l'usage médical ; cependant leur action toxique, à part celle de l'i-Vconit féroce, est moins prononcée.

Voici leurs noms botaniques : V Aconit à grandes fleurs ( Aconilum cammarum, L.), V Aconit tue-loup {A. li/coclonmn, L.), V Aconit anthore (A. anthora,h., salutiferum officin.], qu'on a prétendu être le contre-poison du thora ou napel , d'où lui est venu son nom ; enfin V Aconit féroce [A. ferox).

On a trouvé aussi dans les Aconits un princii)e actif qui réside dans les feuilles et surtout dans les racines. Brandes le premier l'a signalé. Depuis, MM. Geiger et liesse ont obtenu Y Aconit ine, et sont arrivés à des résultats plus nets.

Aconitine, Aconitina, C6''H"0i'*AZ.

MM. Ilottot et Liégeois l'obtiennent par le procédé suivant :

Faites macérer la racine d'Aconit dans l'alcool à 85 degrés légèrement acidulé par l'acide sull'urique. Après distillation et

évaporation, agitez l'extrait obtenu avec de réther; reprenez par l'eau; précipitez la solution par un excès de magnésie ; agitez le précipité ?i plusieurs reprises avec de l'éther; évaporez; le résidu est de l'Aconitine.

Traitez cette Aconitine par l'acide sulfurique étendu, décolorez au charbon animal, précipitez par l'ammoniaque, filtrez, séchez, dissolvez dans l'éther, évaporez à siccité ; ajoutez une petite quantité d'acide sulfurique étendu, précipitez par l'ammoniaque et séchez.

L'Aconitine ainsi préparée se dépose sous la forme d'une poudre amorphe très ■ blanche.

Elle est beaucoup plus active que celle d'Allemagne etque l'Aconitine cristallisée.

Sa dose est d'un demi-milligramme à 1 ou 2 milligrammes pour l'intérieur, et de 1 à 10 centigrammes pour l'extérieur. On doit rejeter toutes les doses des anciens formulaires, l'Aconitine employée jusqu'alors n'étant pas un produit pur.

Cette substance alcaline ne cristalise pas, elle est inodore ; elle a une saveur amère sans àcreté ; elle n'est pas volatile, peu soluble dans l'eau, très-soluble dana l'éther et surtout dans l'alcool.

Sirop d'Aconit (Codex).

Pr. : Alcoolature d'Aconit. 100 gram. Sirop de sucre. , . . 900 —

Chaque 20 grammes de ce sirop représentent 2 grammes d'alcoolature d'Aconit.

Sirop d'Aconit et de Jusquiame (Delpech).

Sirop do Tolu 45 gram.

Siroj) de fleurs d'oranger 45,00

Eau de laurier-cerise. . . 8,50

Alcoolature d'Aconit. . . 1,25

Alcoolature de jusquiame. » 25

Chaque 20 grammes de ce sirop représentent 25 centigrammes d'alcoolature d'Aconit et 5 centigrammes d'alcoolature de jusquiame.

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