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ACTION PHYSIOLOGIQUE DE LA GRANDE GIGUE

Quoique l'empoisonnement par la Ciguë fût un supplice assez fréquemment usité dans k Grèce, cependant les médecins ne nous ont rien transmis qui fût relatif aux symptômes éprouvés par les condamnés. Il faut arriver à une époque très-rapprochée de nous pour trouver des histoires d'empoisonnement assez détaillées. Quelques faits cités par Yicat [Histoire des plantes vénéneuses de la Suisse), par Haaf [Journal de méd. de Leroux, t. XXIII, p. 107), par Choquet [ibid., avril 1813), permettent de conclure que les racines, l'extrait et les feuilles de grande Ciguë produisent des accidents d'autant plus redoutables que la plante a crû dans un climat plus chaud.

L'assoupissement, la stupeur, le délire, la syncope, quelquefois l'extrême ralentissement du pouls, la gêne de la respiration, le refroidissement, les nausées, les vomissements, tels ont été les symptômes de l'empoisonnement par la grande Ciguë, symptômes qui peuvent se terminer par la mort.

Chez les animaux, les expériences ont démontré que la conicine ou cicutine produit localement des symptômes d'une assez vive irritation ; une fois absorbée, elle détermine les phénomènes des poisons stupéfiants, avec une intensité presque aussi grande que le fait la nicotine (Geiger, Christison).

Ingérée dans l'estomac, elle cause des nausées, du malaise et des vertiges, et, après l'absorption, l'embarras de la langue et l'anéantissement des forces musculaires. La paralysie atteint d'abord les muscles volontaires, puis les muscles respiratoires, le cœur gauche (Schroff), et enfin le diaphragme; de là, la mort par asphyxie. La paralysie est souvent précédée de convulsions cloniques portant surtout sur les muscles fléchisseurs, à l'inverse de la strychnine, qui porte davantage sur les muscles extenseurs. (Orfîla, Gubler, Ollivier et Bergeron, Nouveau Dictionnaire, t. VII, art. Ciguë.)

Quand la Ciguë est donnée à petites doses, elle ne cause d'abord que quelques légers vertiges, deTobnubilation, de la céphalalgie, de l'anxiété,

des nausées et des défaillances, on éprouve une fatigue extrême. Les sécrétions cutanées ou urinaires sont ordinairement augmentées, mais rarement elles le sont en même temps. La peau est le siège d'une sensation de fourmillement désagréable et quelquefois d'éruptions érythémateuses (Earle et Wight).

Ehrhart, dans sa Dissertation sur la Ciguë, pense que cette plante a été employée par Hippocrate, et désignée par ce grand homme sous le nom de koneion (xcovî'.sv), qui lui a été conservé. Arétée [De Morbis acutis, lib. Il, cap. 11) regardait l'emploi extérieur de la Ciguë comme propre à éteindre les désirs amoureux. Pline (lib. XXVI) prétendait qu'à l'aide de cette plante on pouvait guérir les tumeurs, les ulcères cacoëthes. Avicenne (lib. II, tract. 2) la vantait également dans le traitement des tumeurs des mamelles et des testicules. Plus tard, et de siècle en siècle, il se trouve quelques auteurs pour rappeler les idées de Pline et d'Avicenne, et pour conseiller encore la Ciguë dans les mêmes circonstances oii ceux-ci l'avaient employée.

Cancer. En 1761 , Storck, médecin d'un des hôpitaux de Vienne, contre qui l'illustre de Haen s'est peut-être trop élevé, publia ses fameuses expériences sur plusieurs médicaments vireux, et, entre autres, sur la Ciguë. Ce médecin, à qui la thérapeutique doit quelques bons médicaments, vanta avec exagération les vertus extraordinaires de la Ciguë dans le traitement des cancers. Après lui, vingt médecins se disputèrent l'honneur d'être encore plus enthousiastes que lui, et bientôt les éloges mensongers donnés à la Ciguë ne trouvèrent plus de créance, et le médicament tomba dans un discrédit qu'il ne méritait pas tout à fait ; car la confiance que l'on accordait à la Ciguë se fondait sur quelques faits très-réels. Ces faits, quoique souvent mal interprétés par ceux qui les ont observés, n'en sont pas moins précieux; ils prouvent que des tumeurs diverses, ou du sein ou du testicule, de nature en apparence cancéreuse, ont été les unes amendées, les autres guéries par l'emploi interne ou externe de la Ciguë.

A l'intérieur, Storck donnait l'extrait de la Ciguë, d'abord à la dose de 5 centigrammes matin et soir, et il augmentait graduellement et allait ainsi jusqu'à 4 et 6 grammes par jour. Quelquefois il se servait de la poudre fraîche au lieu de l'extrait. 11 ne l'employait que rarement comme topique ; et, dans ce cas, il se servait des feuilles et de la tige ou de la racine écrasées. La plupart de ceux qui ont imité Storck regardaient comme très-utile d'associer l'usage des purgatifs à celui de la Ciguë, et ils donnaient tous les jours un drastique à leurs malades [Journal de médecine de Vandermonde, t. XV, p. 121.)

Les histoires citées par Marteau de Grandvilliers {Ancien Journal de med., 1771, t. XIV, p. 121), celles de Décotes fils {ibid., 1762, t. XVI,

SrJO MÉDICAMENTS STUPÉFIANTS.

p. 35), de Porte [ibid., 1762, t. XVII, p. 346), de Larranture (ibld., 1764, t. XX, p. 502), de Renard {ibid., 1765, t. XVIII, p. 411), de Masars, de Caselles [ibid., 1760, t. XXXIV, p. 255], de Lemoine {ibid., 1772, t. XXXVII, p. 129), de Buissonnat {ibid., 1787, t. LXX, p. 449), de Gollin [Ann. méd., t. II, p. 84), de plusieurs autres praticiens dont la bonne foi ne peut être suspectée, ne permettent pas de douter que l'usage interne de la poudre de racines et de l'extrait de Ciguë a guéri des tumeurs diverses qui avaient le caractère squirrheux. Mais il y a loin de là à l'engouement de Storck et de Collin, son élève, qui, se fondant sur quelques succès peu nombreux, prétendaient avoir trouvé le moyen de guérir tous les cancers. Toutefois nous devons ici un aveu.

Lorsque, en 1836, nous imprimions la première édition de cet ouvrage, nous étions plus incrédules que nous ne le sommes aujourd'hui sur le compte de la Ciguë ; mais, depuis cette époque, nous avons, cà l'hôpital et dans notre pratique particulière, expérimenté beaucoup ce médicament, et nous devons déclarer qu'il nous a paru un des agents les plus puissants dans le traitement des engorgements chroniques. Par l'emploi longtemps continué des cataplasmes de Ciguë sur le ventre, nous avons vu se guérir des hydropisies ascites, dues, les unes à une péritonite chronique, les autres à la présence de tumeurs nombreuses dans la cavité abdominale. Dans quelques cas, les tumeurs elles-mêmes purent se résoudre entièrement. Dans d'autres circonstances analogues, nous avons obtenu, sinon une guérison complète, du moins un amendement trèsnotable ; mais le plus souvent le remède est resté sans effet. Chez une vieille femme de soixante et onze ans, l'usage des mêmes moyens arrêta les progrès d'une tumeur au sein, dont MM. Cloquet et Bérard avaient constaté le caractère cancéreux et dont l'ulcération leur semblait imminente. Dans tous les cas que nous rajiportons ici;, la Ciguë ne fut pas donnée à l'intérieur, mais appliquée topiquement sous forme de cataplasmes faits avec trois quarts de poudre de Ciguë et un quart de farine de graine de lin. Ces cataplasmes sont encore plus efficaces et beaucoup moins coûteux, quand on se contente de recourir au cataplasme de graine de lin recouvert d'une couche de bouillie faite avec de la poudre de Ciguë et de l'eau de graine de lin très-épaisse. Concurremment on fit sur la partie des frictions, deux fois par jour, avec la pommade d'iodure de plomb, et des lotions avec la teinture d'iode; à l'intérieur, nous prescrivions l'acide arsénieux à la dose de 25 décimilligrammes jusqu'à 1 centigramme. Quoique, dans un traitement aussi complexe, il semble difficile de savoir au juste quelle est la substance qui a le plus utilement agi, nous dirons qu'en variant le traitement accessoire, qui a aussi de l'importance, et en nous contentant de l'emploi extérieur de la Ciguë, nous obtenions des effets évidemment utiles.

Phthisie. Il n'est pas jusqu'à la phthisie pulmonaire que nous n'ayons essayé de traiter par la Ciguë. Nous faisons recouvrir toute la poitrine

avec une espèce de cuirasse de peau enduite d'une couche épaisse d'emplâtre de Ciguë. Cette cuirasse est renouvelée tous les quatre ou cinq jours. Ce moyen si simple calme la toux et rend l'expectoration plus facile, en même temps qu'il tempère les douleurs de poitrine si communes chez les phthisiques. Sous l'influence de cette médication, la fièvre ordinairement se modère ; en un mot, nous avons obtenu chez plusieurs poitrinaires, dont les tubercules étaient peu nombreux et dont la maladie marchait avec quelque lenteur, nous avons, disons-nous, obtenu un amendement et une suspension des accidents, que nous n'aurions eus peut-être par aucune autre médication connue.

Est-ce donc à dire que nous prétendions guérir le cancer et la phthisie, ces maladies qui sont l'écueil de la thérapeutique et le désespoir des praticiens? A Dieu ne plaise qu'on nous suppose une pareille prétention ; mais nous croyons qu'à l'aide de la Ciguë, on peut, dans un certain nombre de cas, modérer le travail inflammatoire intime, qui hâte la dégénérescence des cancers, leur ramollissement, et qui désorganise si rapi dément les poumons de ceux qui n'avaient d'abord qu'un petit nombre de tubercules.

Si, comme il n'est guère permis d'en douter, d'après ce que nous venons de dire, on parvenait à résoudre des tumeurs de nature grave, il était raisonnable d'essayer dans le traitement des scrofules cette même médication, qui d'ailleurs est tout cà fait exempte d'inconvénients.

Scrofule. Les faits rapportés par le judicieux Marteau de Grandvilliers (loc. cit.), par Muteau de Roquemont {ibid., 1764, t. XX, p. 554), par Dupuis de la Porcherie (il/id., 1765, t. XXII, p. 219), par Lemoine [loc. cit.), par Collin {loc. cit.), et ultérieurement par Hufeland {Traité des scrofules^ p. 236), prouvent que, si l'usage interne de la Ciguë ne guérit pas toujours les tumeurs scrofuleuses, dans quelques cas, du moins, il les fait disparaître, et amende sensiblement l'état général. Dans ces derniers temps, Baudelocque, à l'hôpital des Enfants, a aussi obtenu beaucoup de succès par l'emploi de ce médicament.

Il a eu recours, pour l'usage intérieur, à l'extrait alcoolique, qu'il a administré en pilules. Il a commencé par la dose de 10 centigrammes matin et soir, et l'on a augmenté chaque semaine de 20 centigrammes. Sur sept fdles traitées par la Ciguë, il en est cinq chez lesquelles l'extrait a été porté graduellement jusqu'à 3 grammes et demi par jour.

Pour l'usage externe, on fait appliquer sur les tumeurs et sur les ulcères scrofuleux de la Ciguë fraîche préalablement écrasée {Bulletin de r/iérop., 1835, t. IX, 4« livr.).

Disons enfin, comme confirrnation de ces résultats, que M. Bazin, ayant repris les expériences sur la Ciguë, en a obtenu de très-notables avantages dans la première période de la scrofule; dans ces cas, il a l'habitude de l'associer aux préparations d'iode. M. Laboulbène en a obtenu également de bons résultats dans des engorgements chroniques

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mono-articulaires chez des scrofuleux. {Bulletin de Thér., 1862, t. II, p. 289.)

Dartres. On a encore conseillé le même moyen dans quelques maladies de la peau, telles que les dartres, la teigne, etc. {Journal de Vandermonde, 1772, t. XXXVIII, p. 139. — Ibid., 1790, p. ISo.—Journ. gén. de méd , t. XXXVIII, p. 437). Mais les faits cités dans ces journaux par Lecomte de Préval, par Waton, sont loin d'être concluants. Au contraire, les faits curieux rapportés par Fantonetti {Gaz. méd., t. V, p. 226) démontrent que, dans le traitement de dartres sous forme aiguë et chronique, les bains faits avec de l'eau de Ciguë ont une grande efficacité.

L'auteur regarde ces bains et les lotions avec la décoction ou l'infusion de Ciguë comme fort calmants, résolutifs et dessiccatifs; il en a fait l'expérience un assez grand nombre de fois, et rapporte plusieurs observations à l'appui de ce qu'il avance : ce remède agit promptement et ne produit jamais d'accidents quand on sait s'en servir. On prépare le bain de Ciguë en faisant infuser dans de l'eau bouillante, dès la veille, ou bien bouillir, huit à dix poignées de Ciguë sèche ou fraîche, dans huit ou dix litres d'eau, qu'on verse ensuite dans l'eau de la baignoire, chaude de 26 à 27 degrés Réaumur. Le malade doit y rester une heure ou deux; la baignoire doit être bien couverte à l'aide d'une couverture de laine et d'un drap qu'on serre autour du cou du malade, afin que la vapeur ne lui occasionne pas de maux de tête ou des vertiges. D'après l'auteur, la Ciguë agit par le principe alcaloïde qu'elle contient; cela explique, d'après lui, pourquoi la décoction et l'infusion de cette plante sont également efficaces, car ce principe ne s'évapore point comme la partie volatile des plantes aromatiques qu'on emploie au même office. Dans les maladies cutanées les plus incommodes, M. Fantonetti regarde les bains en question comme le remède calmant et contro-stimulant par excellence.

Coqueluche. L'action stupéfiante de la Ciguë a été utilisée contre la coqueluche, par Schlessinger {Bibl. méd., t. LVII, p. 370), et plus tard par Butter et Odier (Morat et de Lens, Dict. de Thér., t. II, p. 389). Le premier faisait dissoudre, dans 60 grammes d'eau , 5 centigrammes d'émétique, y délayait 10 centigrammes d'extrait de Ciguë, et ajoutait 45 grammes de sirop de framboise; il faisait prendre cette dose en deux jours, et le succès en fut aussi prompt qu'efficace. Ici, évidemment, la médication est trop complexe pour qu'on puisse juger ce que pourrait l'action isolée de la Ciguë.

L'inspiration de vapeurs cicutées a été conseillée par Alibert contre la phthisie ; mais il est à craindre que ce thérapeutiste n'ait hasardé ce conseil sans faits qui l'appuyassent. Toutefois c'est un point à revoir.

Chaussier, Duméril, Guersant, prescrivent la Ciguë dans les névralgies. [Dict. des Sciences méd,, t. V, p. 212.)

Saiyriasis. Noiis avons dit plus haut qu'Arétée la considérait comme propre à éteindre les désirs amoureux ; et c'est surtout d'après ce témoignage, et d'après celui de saint Jérôme, qui rapporte que les prêtres égyptiens se réduisaient à l'impuissance en buvant tous les jours un peu de Ciguë, que, de nos jours, on a cru devoir la prescrire pour combattre le satyriasis et la nymphomanie.

Un fait isolé a été rapporté par Masars de Gaselles {Journ. de Vand., 1770, t. XXXIV, p. 235), c'est celui d'un prêtre qui était atteint de la cataracte, et dont l'état fut très-sensiblement amendé par l'usage de la Ciguë. L'auteur qui rapporte ce fait n'a pas lui-môme fait attention à cette particularité, savoir, que la Ciguë, comme presque tous les stupéfiants, dilate la pupille, et qu'en vertu de cette dilatation, le champ de la vision s'élargissant, les rayons lumineux peuvent tomber sur la rétine, sans que d'ailleurs le cristallin lui-même ait subi aucune modification.

MODE d'administration ET DOSES.

La Ciguë se donne, sous forme d'extrait, aux doses que nous avons indiquées plus haut. On donne la poudre de feuilles depuis 3 centigrammes jusqu'à 2 grammes par jour. En décoction, la feuille ou les fruits s'administrent à la dose de 50 centigrammes à 8 grammes pour 500 grammes d'eau, pour l'usage externe.

L'emplâtre de Ciguë est préparé par plusieurs procédés ; mais, de même que pour la belladone, on préfère celui de Planche, qui consiste à mélanger l'extrait de Ciguë avec la cire et la résine élémi. C'est un bon fondant, et il fait partie de l'emplâtre des quatre fondants.

La conicine est employée par quelques médecins de préférence à la Ciguë. Fronmueller, qui a fait sur ce principe immédiat un grand nombre d'expériences cliniques, la regarde comme utile contre la scrofule, et surtout l'ophthalmie scrofuleuse. Elle est spécialement indiquée chez les sujets doués d'une excessive sensibilité, avec prédominance du spasme des paupières, photophobie, écoulement de larmes et vives douleurs.

Dans la plupart de ces cas, Fronmueller a obtenu des succès marqués à l'aide de la conicine ; toutefois il déclare avoir prescrit simultanément un régime approprié, des bains et des moyens locaux.

Voici la formule que ce praticien met habituellement en usage ;

Pr, : Conicine 3 ou 4 gouttes.

Alcool rcclifié 1 gramme.

Eau distillée 20 grammes.

M. et F. dissoudre S. A.

Pour une solution qu'on administre, trois fois par jour, à la dose de 13 à 30 gouttes dans une tasse d'eau convenablement édulcorée. Pour plus de précision, nous dirons que la dose ordinaire de la conicine ne

doit pas dépasser un demi-milligramme au début, puis on arrive à 1 milligramme.

Fronmueller n'a jamais vu survenir d'accidents par suite de l'ingestion de cette substance ; quelquefois seulement les malades ont accusé un peu de mal de tête et des vertiges, bien qu'il ait continué l'emploi du médicament pendant des mois entiers.

La conicine se recommande particulièrement dans la thérapeutique des enfants, par cette circonstance tout à fait précieuse qu'elle n'a point de saveur désagréable. Aussi Fronmueller ne balance-t-il pas à lui prédire avant peu un des premiers rangs parmi les agents de la médication antistrumeuse, et il engage les médecins à multiplier les essais sur cette préparation.

II termine en disant que la conicine lui paraît appelée à rendre aussi d'importants services dans le traitement de la coqueluche ; mais il se hâte d'ajouter qu'il l'a encore trop peu employée contre celte affection pour pouvoir se prononcer avec certitude à cet égard.

Nous devons ici une mention spéciale aux travaux remarquables qui, depuis quelques années, ont été publiés par MM. Devay et Guillermond, de Lyon, sur la valeur relative des diverses préparations de Ciguë. Ces habiles expérimentateurs sont arrivés à démontrer, ce qui déjà avait été remarqué avant eux, que les préparations de Ciguë, tirées de la plante sèche et même fraîche, avaient généralement une action très-irrégulière, et souvent même nulle. Ils ont fait voir que, surtout, ce grave inconvénient tenait, d'une part, à ce que le principe actif de la Ciguë est volatil et très-altérable à l'air, et d'autre part qu'il varie de quantité à chaque phase de la végétation. De plus, ils ont reconnu que les séminales ou fruits de la Ciguë renferment, à l'époque de leur entière maturité, la conicine en plus grande proportion, et que ce principe est contenu dans ces séminules sous un état concret tout particulier, qui le rend pour ainsi dire inaltérable, tandis que dans le reste de la plante, ce même principe, souvent assez abondant, se trouve dans un état qui en facilite l'évaporation et la prompte décomposition, môme par le seul effet de la manipulation pharmaceutique. Dès lors, ils ont été tout naturellement amenés à conclure que ces séminules devraient remplacer presque exclusivement, pour l'usage interne, toutes les autres préparations de cette plante. Toutefois cette substitution ne doit être réalisée qu'cà la condition de s'assurer préalablement de la proportion de conicine que contiennent ces sémiimles. A cet effet, ces expérimentateurs indiquent le procédé à l'aide duquel on peut arriver à déterminer cette proportion d'une manière exacte et rigoureuse. Cette détermination obtenue, ils ont adopté deux formules dans lesquelles la dose des séminules varie suivant leur richesse en alcaloïde, et se trouve combinée de manière à maintenir dans leurs préparations une régularité parfaite ; ainsi les pilules n° 1 contiennent une dose de semences en nature qui équivaut à un demi-mihigramme de conicine, et les pilules n° 2 à un milligramme.

CIGUË. 25o

Grâce à cette préparation, ces deux auteurs ont la contiance d'avoir doté la thérapeutique d'une arme aussi sûre que puissante, dont ils espèrent qu'on devra tirer un grand parti dans le traitement des dermatoses, de la scrofule, dans les indurations de diverses natures, même dans les tumeurs cancéreuses, et généralement dans les affections nombreuses où nous avons vu que la Ciguë, employée sous les anciennes formules, avait produit de bons résultats.

Il importe d'ailleurs d'ajouter que M. Schroff, de Vienne, sans avoir connaissance des études faites par nos savants compatriotes, s'est livré, de son côté, à des expériences nombreuses dans le but de juger la valeur relative des diverses préparations de Ciguë, et qu'il est arrivé à des conclusions à peu près identiques, surtout relativement à la supériorité des semences de Ciguë. Cette confirmation, venant d'un aussi habile expérimentateur, ne peut qu'engager les médecins à prescrire à l'intérieur, d'une manière sinon exclusive, au moins plus spéciale, les semences de Ciguë ; et cette préférence, en assurant les résultats thérapeutiques, aura sans doute pour heureuse conséquence de faire accorder désormais à ce médicament une valeur plus grande que celle qui lui est attribuée aujourd'hui parmi nous.

La CiGUE viREUSE (Cicuta virosa), confondue à tort par Wepfer et par beaucoup d'autres ?L\ec\a.Ciguë aquatique {Cicuta aquatica, Phellandriion aquaficum], est une plante vivace, de la famille des ombellifères, quihabitc le bord des ruisseaux, dans le nord et l'est de la France. On ne la trouve pas dans le Péloponèse et dans la Grèce, ce qui prouve, comme nous l'avons dit plus haut, que cette Ciguë n'était pas celle qui fit périr Socrate.

La Ciguë vireuse est un poison plus énergique que la grande Ciguë, les expériences de Wepfer en font foi [Cicutœ aquaticœ historia et noxœj. Celui-ci fit avaler à beaucoup d'animaux de la racine de Ciguë contusr, ou coupée en petits morceaux, et il en résulta des phénomènes cérébraux divers, tels que de l'assoupissement ou de l'agitation, des tremblements, des convulsions; en même temps, soif, éructations, salivation abondante, vomissements, diarrhée, suppression d'urine, etc. L'activité de la Ciguë vireuse a fait bannir, peut-être à tort, cette plante de la matière médicale.

La plante fraîche a des propriétés vénéneuses fort peu actives, qui se perdent entièrement par la dessiccation.

Phellandrium AQUATiCLM. Lcs fruits de Phellandrium aquaficum sont seuls usités en médecine. On les donne sans aucune préparation, ou bien pulvérisés, à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme, et même 4 grammes et davantage.

C'est dans le catarrhe aigu et chronique, dans la coqueluche, dans la puthisie pulmonaire que ces fruits ont été conseillés. Il est juste de dire que s'ils n'enrayent pas la fonte des tubercules, au moins calment-ils la toux et rendent-ils l'expectoration plus facile et moins abondante. Quant à ses avantages dans le traitement des tumeurs diverses, de la carie des

os, de la fièvre intermittente, ils sont indiqués par un si petit nombre d'observations et reposent sur des faits si peu concluants, que nous n'en parlerons pas.

La PETITE Gigue n'est pas employée en médecine. Son action toxique, beaucoup moins énergique que celle de la grande Ciguë et de la Ciguë vireuse, est d'ailleurs analogue à celle de ces plantes; elle a été souvent constatée par les auteurs. Vicat, Haller, Orfila, en ont démontré les propriétés malfaisantes.

PisciDiA EHYTHRiNA. Syu. Jamaictt Z>o^wooc?(Angl.) Le docteur W. Hamilton, de Plymouth, a signalé cette plante comme jouissant d'un pouvoir narcotique très-grand, capable de produire le sommeil et de calmer la douleur. Aux Indes orientales, les indigènes emploient cette plante pour attraper le poisson, comme on fait chez nous avec la coque du Levant, et en Italie avec le pain de pourceau [Cyclamen Europœum). C'est la teinture de piscidia que le docteur Hamilton emploie : elle est préparée avec une partie d'écorce de cette plante et quatre parties d'alcool; la dose est de 1 à 4 grammes.

Delphine ou Delphinine. La delphine est un principe immédiat qui a été découvert en 1819 par Brandes, dans les graines de la staphysaigre [Delphiniumstaphysagria], de la famille des renoue ulacées. MM. Lassaigne et Feneulle en ont étudié les propriétés ; M. Couerbe en a étudié les réactions et fait connaître un procédé de préparation, M. Orfila en a décrit les propriétés physiologiques, et le docteur Turnbull l'a appliquée à la thérapeutique.

La delphine est une poudre blanche cristalline qui se combine aux acides pour former des sels difficilement cristallisables ; ces sels solubles ont une saveur acre et amère.

C'est surtout contre le tic douloureux et les névralgies de la face que la delphine a été employée ; on la donne en pilules à la dose de 15 à 20 centigrammes par jour, ou en frictions sous forme de pommade.

Rhododendron chrysanthum. Depuis longtemps, on prépare en Piémont, avec le i^hododendron ferrugineux, ou laurier-i^ose des Alpes, une huile connue sous le nom à' huile de marmotte^ qui est employée contre les douleurs articulaires.

Les rhododendrons cultivés dans nos jardins, où ils sont désignés sous le nom de rouages, sont des narcotico-âcres très-puissants.

Le rhododendron chrysanthum est originaire de Sibérie; il croît dans les lieux élevés et montagneux ; ce sont les feuilles que l'on emploie, à la dose de 8 à 10 grammes pour 300 grammes d'eau en infusion. Kopp a préconisé les bains de rhododendron contre la goutte.

Hydrogotyle asiatica. Cette plante, qui appartient à la famille des ombellifères, est employée aux Indes orientales contre un grand nombre d'affections de la peau, et plus spécialement contre la lèpre vulgaire ; c'est à MM. Boileau et Lépine que nous devons de la connaître, elle a été expérimentée par plusieurs médecins, parmi lesquels nous signale-

rons MM. Poupeau, Houbert, Gazenave, Devergie, etc. Ce médicamens possède une action sudorifique et diurétique des plus marquées; et, à ce double titre, il mérite d'être classé parmi nos meilleurs dépuratifs.

M. Devergie a constaté les bons effets de l'hydrocotyle asiatica dans le traitement des eczémas chroniques rebelles, il en a guéri plusieurs ; il emploie de préférence l'extrait hydro-alcoolique, qu'il prescrit à la dose de 25 milligrammes par pilule, et il en fait prendre de 1 à 6 par jour. La plante est aussi donnée en infusion à la dose de 8 grammes par litre d'eau; on en prend trois verres par joui*.

M. Gazenave, médecin de l'hôpital Saint-Louis, a amélioré un cat d'éléphantiasis des Arabes, et il a obtenu des guérisons dans les cas d'éruptions papuleuses (lichen et prurigo).

Nous devons ajouter que ce même médicament a donné de bons résultats dans le rhumatisme chronique, et dans les ulcères chroniques dépendant de la diathèse scrofuleuse.

La vellarine, trouvée par M. Lépine dans l'hydrocotyle, paraît être le principe actif de cette plante; c'est une huile épaisse, jaune pâle, d'une saveur amère, piquante, d'une odeur forte, se volatilisant à 100 degrés, qui s'altère par l'action de la chaleur ; d'oii l'indication de faire à froid les préparations d'hydrocotyle.

CYANOGÈNE.

Le Gyanogène est un corps gazeux, composé d'un volume de vapeur de carbone et d'un volume d'azote condensés en un seul volume. Ce corps entre dans la composition des substances connues jadis sous les dénominations d'acide prussique et de pri^ssiates, et dans les amandes et les feuilles d'un grand nombre de plantes de la famille naturelle des rosacées. Nous étudierons d'abord l'Acide Cyanhydrique, puis nous passerons à l'étude des végétaux qui contiennent du Cyanogène.

L'Acide Cyanhydrique {Âcidnm Cyanhy- doué d'une propriété de contact fort re-

■dricum), acide prussique, acide hydrocya- marquable. Ainsi, par sa seule présence,

nique, découvert par Scheele et Gay en quantité même extrêmement petite, il

Lussac, est un liquide incolore, d'une empêche l'oxygénation de certains com-

odeur très-prononcée d'amandes amères, posés.

d'une saveur légèrement acre. Sa den- Or la respiration consistant essentiel-

sité est de 0,705. Il entre en ébullition lement dans une série de combustions,

à 20 degrés centigrades. II est peu solu- les iatrochimistes se sont demandé si les

ble dans l'eau. effets foudroyants de l'acide prussique ne

Les expériences intéressantes de Millon seraient pas dus à l'anéantissement in-

nous ont fait voir l'Acide Cyanhydrique stantané des phénomènes chimiques qui

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s'accomplissent dans l'économie sous l'intluence de l'oxygène.

Cet acide, suivant le mode de jiréparation, suivant quelques autres circonstances qu'il est souvent difficile d'apprécier, se décompose avec une extrême rapidité, et quelquefois même en quelques heures.

Cette décomposition se fait très-rapidement, surtout sous l'influence de la lumière, et même spontanément lorsque l'acide est renfermé dans un vase clos et complètement à l'abri des rayons solaires. Mélangé à l'eau, il se décompose plus promptement encore, mais la décomposition est encore plus rapide lorsque l'Acide Cyanhydrique est administré dans des tisanes, des looclis, des sirops, ou autres préparations pharmaceutiques.

L'odeur d'amanJes amères peut être assez forte, et cependant l'acide être presque entièrement décomposé : cette altération se constate de la manière la plus simple par le changement de couleur de l'acide, qui prend une teinte bleuâtre.

Mode de préparation :

Pr.: Cyanure de mercure . . 100 gram. Chlorhydrate d'ammoniaque 43 —

Acide chlorhydrique à 1,17 90 —

Réduisez chacun des deux sels en poudre fine, et faites-en un mélange intime que vous introduirez dans une petite cornue de verre tubulée. Adaptez au col de cette cornue un tube de 50 centimètres de longueur sur 15 millimètres de diamètre. Remplissez le premier tiers de ce tube avec des fragments de marbre bien blanc, et les deux autres tiers avec des fragments de chlorure de calcium desséché et fondu. A ce premier tube, disposé horizontalement sur un support, ajoutez-en un deuxième d'un plus petit diamètre, courbé à angle droit, et plongeant par sa branche verticale dans un petit matras à long col destiné à servir de récipient. Ce matras doit être entouré d'un mélange de sel marin et de glace pilée.

L'appareil étant ainsi disposé et les bouchons hermétiquement joints, versez par la tubulure de la cornue l'acide chlorhydrique, et bouchez parfaitement.

Chauffez ensuite graduellement et avec ])récaution pour que la réaction soit lente et successive. L'Acide Cyanhydrique

ne tarde pas à se dégager en abondance et à se condenser dans le tube horizontal. On promène à distance un char bon ardent dans toute la longueur de ce tube, afin d'en chasser cet acide et de le forcer à se rendre dans le récipient.

Lorsque, le liquide de la cornue étant toujours en ébullition, on ne verra plus la moindre trace de vapeur se condenser il la partie postérieure du tube horizontal, on arrêtera l'opération.

Pour éviter l'absorption, qui ne manque pas de se produire, si l'extrémité du tube abducteur plongeait dans le liquide distillé, on a soin que l'extrémité de ce tube arrive aussi bas que possible dans le col du récipient, sans pénétrer dans sa partie renflée, qui doit avoir une capacité d'au moins 50 centimètres cubes.

Le poids de l'Acide Cyanhydrique recueilli dans le matras est de 20s'",5 environ, ce qui représente 95 centièmes de. la quantité théorique. (Codex.)

On prend alors un flacon de verre noir bouché à l'émeri de 290 centimètres cubes environ ; on en fait la tare exactement, et l'on y verse l'acide avec précaution, en ayant soin de boucher immédiatement le flacon pour ne pas respirer la vapeur d'Acide Cyanhydrique pendant la pesée. On connaît ainsi le poids de l'Acide Cyanhydrique obtenu; on y ajoute un poids d'eau neuf fois plus considérable, et l'on agite parfaitement. C'est ce mélange qui constitue l'Acide Cyanhydrique au dixième, ou l'acide prussique médicinal. L'Acide Cyanhydrique est excessivement délétère. Il est très-volatil et très-altérable. On doit le conserver dans des flacons bouchés à l'émeri, et le placer à l'abri de la lumière. Comme, malgré ces précautions, il s'altère assez promptement, il est indispensable d'en vérifier le titre de temps en temps, et de le renouveler dès qu'il n"a plus le degré de force exigé.

Sirop d'Acide Cyanhydrique [Syrupus cum Acido Cyanhydrico).

Pr. : Acide Cyantiydrique médicinal au dixième . . 1 gram.

Sirop de sucre incolore. 199 —

Mêlez très-exactement. Ce sirop ne doit pas être préparé d'avance.

-20 grammes (une cuillerée à bouche) contiennent 10 centigrammes d'Acide Cyanhydrique médicinal, ou 1 centigramme d'acide anhydre.

ACTION PHYSIOLOGIQUE DE l' ACIDE CYANHYDRIQUE.

L'action de l'Acide Cyanhydrique pur est tellement énergique, qu'il suffit d'en respirer la vapeur pour éprouver des accidents nerveux fort graves, tels que vertiges, oppression, céphalalgie, etc., etc. Administré

à l'intérieur et à l'état de pureté, il produit des effets presque aussi rapides que ceux de la foudre. Deux chevaux dans la bouche desquels nous avons placé un morceau de coton imbibé de 6 gouttes d'acide prussique pur, sont tombés comme morts après dix secondes, et pendant une heure ils ont présenté les phénomènes nerveux les plus graves, tels que convulsions, spasmes, vertiges, paralysie, stupeur, etc., etc. Il suffit d'en déposer une goutte sur la langue, sur la conjonctive ou sous la peau d'un chien pour qu'il tombe au bout de quelques secondes, et qu'il périsse peu de minutes après. Nous avons donné un jour à un homme atteint d'hydrophobie 36 gouttes d'acide hydrocyanique de Scheele d'un seul coup. Dix secondes après il parut mort; cependant, il revint graduellement à lui, et, deux heures après, nous lui en redonnâmes 6 gouttes; cette fois, le liquide ne toucha pas plutôt la langue que le malade sembla être frappé de la foudre, et il resta plusieurs minutes avant de recouvrer ses sens.

Nous avons observé chez l'homme trois empoisonnements par l'acide prussique. Il n'y a point de convulsions. Une stupeur profonde et une extinction immédiate et presque complète des phénomènes de la vie animale ont été observées dès l'abord : le pouls était insensible aux artères radiales et temporales, sensible aux carotides, et c'était avec peine qu'on le sentait au pli delà cuisse. La respiration était très-rapide et sans aucun effort, et, de temps en temps, il survenait de grands soupirs. Les pupilles étaient largement dilatées. L'haleine exhalait une odeur évidente d'amandes amères.

Goullon a fait sur lui-même, et avec un courage bien digne d'éloges, des expériences avec l'acide hydrocyanique. Il se servait de l'acide de Scheele, et il en prit successivement 20, 30, 40, 50, 60, 80 et jusqu'à 86 gouttes étendues d'eau. Après avoir pris les dernières, il éprouva quelques petites nausées et une excrétion de salive plus abondante, produite peut-être par la nausée elle-même. Son pouls s'éleva en dix minutes de cinquante-sept à soixante-dix-sept pulsations, et revint au bout d'une heure à son état primitif. Il sentit, pendant quelques minutes, une pesanteur de tête et une légère céphalalgie; enfin, pendant plus de six heures, il éprouva de l'anxiété précordiale.

Nous en avons administré plusieurs fois à nos malades ; et les seuls phénomènes que nous ayons observés ont été de la céphalalgie, de l'abattement, et quelquefois un état incommode d'éréthisme nerveux. Il nous a été impossible de rien constater relativement à l'influence que l'acide prussique exerce soit sur la circulation, soit sur les sécrétions ; il est vrai que nous l'administrions toujours à des doses faibles, 10 ou 12 gouttes d'acide de Scheele dans les vingt-quatre heures.

Dans le travail fort intéressant de M. Becquerel sur l'Acide Cyanhydrique {Mémoire sur les effets physiologiques et thérapeutiques de l'Acide Cyanliydrique, Paris, 1840], les effets physiologiques de cette substance ont été notés avec grand soin, et, en définitive, tant que le médicament

est administré à doses convenables, ces effets sont de peu d'importance, et se réduisent aux suivants : sensation de chaleur dans la région de l'estomac et des intestins, quelquefois un peu de diarrhée ; palpitations de cœur, aucun changement appréciable dans le pouls; élévation delà température de la peau, lorsque la dose est un peu trop élevée ; quelquefois un peu de dyspnée, vertiges, étourdissements, céphalalgie légère, fatigue, tendance au sommeil.

Les accidents produits par l'Acide Cyanhydrique sont tellement prompts, que l'on arrive rarement à temps pour les prévenir, et on doit savoir que lorsque cet agent toxique ne tue pas immédiatement, peu à peu l'économie s'en débarrasse et le calme se rétablit. Les expériences sur les animaux domestiques nous ont prouvé que souvent un animal qui avait semblé devoir périr au bout de quelques secondes, était complètement rétabli deux heures après. Le carbonate d'ammoniaque passe pour l'antidote de l'acide prussique; et M. Dupuy, d'Alfort, a surtout contribué à accréditer cette singulière idée. Or nous avons été témoins de l'expérience de M. Dupuy, qui fat faite, conjointement avec nous, sous les yeux de M. Lassaigne et de M. Bigot, tous deux professeurs à l'école vétérinaire d'Alfort, et en présence de plus de trente élèves de cette école. Un cheval fut amené dans la cour des opérations ; nous lui plaçâmes dans la bouche une éponge imbibée de 36 gouttes d'acide prussique de Scheele, qui nous avait été donné par M. Lassaigne, professeur de chimie. Le cheval tomba au bout de quelques secondes; il resta à terre, pendant dix minutes, agité de mouvements convulsifs, puis il se releva seul, se mit le nez en terre, et tourna en rond toujours du même côté, pendant près d'une demi-heure. Il paraissait aveugle, mais il frémissait et s'agitait violemment lorsqu'on le battait. Enfin, quarante minutes après le début de l'expérience, il s'arrêta d'un air hébété, avec les attitudes d'un animal ivre. On le reconduisit alors à son écurie, qui était à une grande distance, et, une heure après y être revenu, il se mit à manger l'avoine, ne témoignant pas la moindre souffrance.

Le lendemain, à la même heure, nous recommençâmes la même expérience sur le même cheval^ qui était parfaitement bien portant; on plaça sous le tissu cellulaire du flanc une éponge imbibée comme la veille de 36 gouttes du même acide. L'animal éprouva les mêmes accidents, se releva également au bout de dix minutes, recommença à tourner en pivotant sur son nez, comme il avait fait la veille; et, lorsque les accidents étaient sur le point de cesser, et que très- évidemment ils allaient cesser comme le jour précédent, M. Dupuy, malgré nos instances réitérées, injecta dans la veine jugulaire de l'animal 4 grammes de sous-carbonate d'ammoniaque dissous dans de l'eau distillée. Nous devons à la vérité de dire que le cheval fut jeté à terre par cette injection, plus rapidement encore qu'il ne l'avait été par l'Acide Cyanhydrique; qu'il se releva pourtant à grand'peine trois quarts d'heure après, et qu'il resta malade une heure de plus que la veille. Or, le lendemain,, M. Dupuy entretint l'Aca-

demie de médecine de l'heureux effet des sels ammoniacaux dans l'empoisonnement par l'acide prussique; et c'est une telle expérience qui a accrédité cet antidote!

Ajoutons qu'il est certain aujourd'hui qu'on peut faire revivre rapidement un animal empoisonné par l'Acide Cyanhydrique, même lorsqu'il est arrivé à la troisième période des symptômes, au moyen des inhalations de chlore et des aspersions d'eau froide que l'on fait tout le long de l'échiné, surtout au niveau des vertèbres cervicales. Enfln, Smith a proposé un antidote qui agit bien, mais qu'il faudrait préparer au moment du besoin, ce qui toujours serait perdre un temps très-précieux. On obtient ce contre-poison en précipitant un mélange de sulfate de protoxyde et de sulfate de sesquioxyde de fer, par le carbonate de soude; c'est le magma formé de carbonate ferroso-ferrique qu'on administre.

Malgré les dangers extrêmes attachés à l'administration de ce médicament, beaucoup de praticiens ont cherché, dans ce nouveau moyen, une voie de guérison pour la plupart des affections rebelles contre lesquelles l'art a été jusqu'ici impuissant. Ces tentatives n'auraient rien que de louable et de légitime; mais nous ne pouvons également approuver les essais qui ont été faits pour substituer l'acide prussique à d'autres substances dont l'efficacité, dans certaines maladies, n'était contestée par personne.

Maladies des centres nerveux, L'Acide Cyanhydrique a été conseillé dans le tétanos par Bégin, dans l'épilepsie par Ferrus; mais aucun fait n'est cité à l'appui. Nous l'avons nous-mêmes essayé à l'Hôtel-Dieu dans un cas d'hydrophobie, et, si nous avons pu calmer les spasmes convulsifs, il est certain, d'autre part, qu'il ne nous a pas été possible de retarder la mort.

Affections de la peau. Dans les affections de la peau, l'acide prussique a été employé uni à d'autres médicaments. Thompson le conseillait mêlé à deux parties d'alcool et à vingt parties d'eau pour calmer la douleur de l'impétigo. Schneider cite cinq observations qui semblent constater l'efficacité de cet acide dans certaines maladies cutanées. Une femme de cinquante ans, et une autre de quatre-vingt-quatre, qui portaient aux parties génitales externes une dartre ancienne trèsdouloureuse, accompagnée de prurit, furent guéris en quinze jours par des lotions composées ainsi qu'il suit : Acide Hydrocyanique médicinal, 2 grammes; alcool, 150 grammes. On ajoute de l'eau distillée de roses, si ce mélange est trop irritant. Il rapporte encore trois autres cas de guérison obtenue par le même moyen.

Maladies des conducteurs nerveux. NouS l'aVOns appliqué topique-

ment dans les névralgies superficielles de la face, avec beaucoup moins d'avantage que le cyanure de potassium, que les solanées vireuseset que les préparations d'opium.

maladies de l'appareil de la circulation et de la respiration.

Bréra, Macleod, Heincken.. ont dit que l'acide prussique calmait les palpitations du cœur; il est possible que ce résultat s'obtienne quelquefois, mais M. Bally et nous, de notre côté, nous avons fait des expériences qui n'ont pas confirmé celles des médecins que nous venons de citer.

C'est surtout dans les maladies de poitrine, tant aiguës que chroniques, que l'on a préconisé l'Acide Cyanhydrique avec un engouement que rien ne saurait justifier. Borda et Bréra le regardèrent comme un puissant sédatif de la circulation, et, à ce titre, comme très-utile dans les maladies inflammatoires de la plèvre et des poumons, et, à ce sujet, Manzoni cite l'histoire de quelques péripneumonies guéries par l'usage simultané de la saignée et de l'acide prussique, comme s'il était possible de rien conclure de pareils faits.

On conçoit mieux son utilité dans la coqueluche, et les faits rapportés par Fontanelle, Granville, Heincken et Heyward ne permettent pas de nier que les accès spasmodiques de la toux convulsive ne puissent être modifiés par l'Acide Cyanhydrique ; mais ce médicament, conseillé aussi dans l'asthme nerveux par Granville, est beaucoup plus infidèle que les préparations de belladone, de slramoine et d'opium.

Maladies de l'appareil digestif. Elliotson a cité quarante cas de dyspepsie, avec ou sans vomissements, guérie par l'acide prussique; mais qu'a voulu dire Elliotson par dyspepsie avec ou sans vomissements ? C'est ce que nous ne pouvons savoir, et ce n'est point ici une question de mots, attendu que le mot dyspepsie a été détourné de son sens ancien et ne représente plus aujourd'hui ce qu'il représentait jadis. On a encore conseillé l'Acide Prussique comme anthelminthique.

Cancer. Il suffisait que ce médicament fût dangereux pour qu'on l'essayât dans le traitement du cancer; il suffisait qu'il eût été essayé pour qu'on voulût citer quelques cas de guérison. Bréra prétend avoir guéri, par l'usage interne et externe de l'Acide Cyanhydrique, une femme atteinte en même temps d'une maladie syphilitique et d'un cancer de l'utérus ; mais Bréra ne nous dit pas à quels signes il distingue un engorgement syphilitique d'un engorgement carcinomateux du col de la matrice. Berndt dit avoir guéri un squirrhe de l'estomac par des lavements d'Acide Prussique, auxquels plus tard il joignit de la belladone ; mais encore ici les signes diagnostiques manquent de précision. Que maintenant Frick de Nyborg vante ce médicament dans le traitement du cancer comme propre à calmer les douleurs quand on l'applique topique

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