APPLICATION DU CYANURE DE POTASSIUM SUR LE DERME DÉNUDÉ
Le Cyanure de Potassium, appliqué sur le derme dénudé, a été employé chez trois femmes : l'une d'elles était phttiisique à un degré assez avancé ; elle avait une douleur intermittente qui paraissait siéger dans les nerfs lombaires, et que l'on n'avait pu soulager que momentanément par un sel de morphine appliqué sur le vésicatoire. Le Cyanure de Potassium produisit le même effet.
La seconde avait un rhumatisme chronique occupant plusieurs articulations. Les douches de vapeur, le chlorhydrate de morphine sur les vésicatoires, avaient été employés avec quelque succès ; à la suite de l'application du Cyanure de Potassium, l'amélioration fut progressive comme auparavant, sans qu'il fût possible d'apprécier si la marche avait été plus lente ou plus rapide.
Dans le troisième cas, il produisit une guérison étonnante par sa promptitude : une femme de quarante-six ans avait depuis huit jours une sciatique très-douloureuse, qui s'étendait depuis la sortie du nerf jusqu'à la partie externe du pied, rendait la marche extrêmement pénible, et ne permettait aucun sommeil à la malade. Deux vésicatoires ammoniacaux, d'une surface égale à celle d'une pièce de cinquante centimes, furent mis, l'un cala partie externe et moyenne du tarse droit, l'autre au-dessus de la malléole correspondante : le premier fut recouvert de 5 centigrammes de Cyanure de Potassium : le lendemain, le mollet seul était douloureux; le deuxième vésicatoire fut pansé comme le premier l'avait été la veille : dans la journée, toute douleur disparut, les mouvements redevinrent libres, et la guérison fut complète après trente-six heures de traitement.
Ce succès était propre à encourager; mais la possibilité de remplacer par d'autres moyens un médicament si douloureux, et dont l'application est toujours suivie d'une eschare, nous a empêchés de répéter nos essais.
En résumé, il résulte des faits que nous avons cités et des comparaisons établies entre eux, que les céphalalgies apyrétiques coïncidant avec des gastralgies sont soulagées momentanément, et qu'elles peuvent être guéries d'une manière durable, si la gastralgie l'est elle-même; que l'on peut également compter sur la guérison lorsque la douleur de tête, suite d'une suppression des règles, survit à sa propre cause ; que, dans tous les cas où elle dépend d'une affection du cœur, l'on ne peut espérer qu'un succès momentané, si la maladie primitive reste toujours la même ; que probablement le Cyanure de Potassium est nuisible dans les céphalalgies suites d'exostoses syphilitiques ; enfin que celles qui accom-
pagnent les fièvres peuvent être le plus souvent soulagées par cette médication, qui paraît agir quelquefois sur la fièvre elle-même. Un médicament qui compte autant de succès lorsqu'il est convenablement appliqué, doit prendre rang parmi les moyens habituels que la médecine met en usage ; une seule chose peut l'empêcher de prendre l'extension convenable, c'est qu'il s'altère au bout de deux ou trois mois.