OXYDE DE CARBONE
L'Oxyde de carbone, CO, n'a été obtenu jusqu'à ce jour qu'à l'état gazeux; il est sans couleur, transparent, élastique, insipide, plus léger que l'air. Sa pesanteur spécifique est de 0,9722. Il est sans action sur l'infusion du tournesol.
Lorsqu'on approche une bougie allumée de l'ouverture d'une cloche remplie de ce gaz et exposée à l'air atmosphérique, il en absorbe l'oxygène, brûle avec une llamme bleue et Ae convertit en gaz acide carbonique. Il n'est pas sensiblement soluble dans l'eau. Il a été découvert par Cruikshank en Angleterre, et en France par MM. Clément et Desormes.
Le Gaz oxyde de carbone était resté sans usage en médecine lorsque, dans ces derniers temps, des expériences nombreuses sont venues démontrer l'action anesthésique de ce gaz. On doit les principales expériences au professeur Tourdes, de Strasbourg, et à M. Ozanam.
Ce dernier, prenant pour point de départ ce principe déjà admis assez généralement, et notamment par M. S. Dumoulin, que toute la série des corps carbonés, volatils ou gazeux, est douée du pouvoir anesthésique, arriva, dans les expériences entreprises avec MM. Blondeau et Fabre, à vérifier cette loi sur le Gaz oxyde de carbone. L'action de ce gaz est d'ailleurs à peu près identique à celle du gaz acide carbonique. De même que pour ce dernier, cette action se manifeste, soit généralement, lorsqu'on le donne par inhalation à la manière du chloroforme, soit localement, lorsqu'on le dirige sur un point de la surface de la peau ou des mem-
branes muqueuses. Mais, dans ce cas, il est nécessaire que la peau soit dépouillée de sa couche épidermique et la muqueuse de son épithélium, pour que le gaz puisse alîecter d'une manière notable la sensibilité. {Union médicale, janvier 1857.)
De son côté, M. le professeur Tourdes poursuivait, depuis plusieurs années, des recherches sur l'action anesthésianle des diverses substances carbonées, et, dans un mémoire lu devant l'Académie des sciences en janvier 1857, il prouve que, dès 1854, il avait déjà classé l'Oxyde de carbone parmi les gaz anesthésiques, avec l'hydrogène protocarboné, l'acide carbonique et l'hydrogène bicarboné.
Sous sa direction, .M. M. Coze, agrégé à la Faculté de Strasbourg, se livra à des expériences thérapeutiques sur les propriétés anesthésiques du Gaz oxyde de carbone. La première application qui fut faite publiquement à la clinique eut lieu sur une femme atteinte de cancer ulcéré de la matrice et qui avait été traitée sans succès par l'acide carbonique. A la suite de sept douches successivement appliquées, la malade éprouva quelques vertiges ; mais les douleurs furent calmées momentanément. Quelques mois après, M. Coze communiqua à l'Académie des sciences un certain nombre d'observations tendant à démontrer l'action anesthésique du Gaz oxyde de carbone appliqué localement dans diverses affections douloureuses, tels que rhumatismes, coxalgies, douleurs de matrice chez des hystériques, cancers ulcérés. [Bultelin de L'Académie des sciences, janvier 1857.)
AMYLÈNE.
UAmylène, découvert par M. Balard, en 1844, est un carbure d'hydrogène (Qiojiio) produit de la distillation de l'alcool amylique avec le chlorure de zinc. 11 se présente sous l'aspect d'un liquide clair, incolore; il est très-volatil, il se vaporise de 28 à 35 degrés, et il est d'un poids spécifique très-peu considérable.
Son odeur se rapproche de celle du naphte ; mais s'il n'est pas parfaitement pur, cette odeur est des plus désagréables et rappelle celle de l'urine de chat.
On doit à M. le docteur Snow, de Londres, l'introduction de l'Amylène dans la pratique chirurgicale ; ses premiers essais avaient lieu en novembre 1856. Ces es-
sais, qui avaient donné des résultats satisfaisants, n'avaient pas tardé ù être répétés de toutes parts, tant sur l'homme que sur les animaux ; et, grâce aux nombreuses expérimentations faites en France par MM. Giraldès, Tourdes, Debout et Robert, on fut à même de pouvoir juger la valeur réelle et comparative de ce nouvel agent anesthésique.
L'extrême volatilité de l'Amylène ne lui permet pas de rester en dissolution dans le sang à la température du corps humain. Il faut en faire respirer une grande quantité tout d'abord et à un degré de concentration considérable pour obtenir un résultat; 12 ou 15 granimes
AMYLENE.
sont nécessaires pour produire l'insensi bilité dans l'espace de deux à trois minutes. Il est à remarquer qu'elle ne s'accompagne pas de résolution musculaire. L'action de l'Amylène est à la fois plus rapide et de plus ;ourte durée que celle du chloroforme ; aussi, pour soutenir cette action, est-il nécessaire de renouveler les inhalations, sous peine de voir la sensibilité se rétablir prématurément dans les cas d'opérations un peu longues. Outre cette rapidité d'action, l'Amylène n'a pas l'inconvénient d'exciter la toux, le besoin de cracher et même les vomissements, comme on l'observe si souvent pour le chloroforme. Le pouls reste large, plein et fréquent, les mouvements respiratoires amples, la peau chaude, le visage fortement coloré.
Notons toutefois que pour produire promptement et sûrement ses effets, l'Amylène exige l'emploi d'un appareil, soit l'appareil spécial à inhalation, soit un simple flacon à double tubulure qui peut suffire cl la rigueur.
Ajoutons enfin qu'expérimenté sur les animaux, l'Amylène s'est montré d'une innocuité beaucoup plus grande que le chloroforme et même que l'éther sulfurique. Mais, par malheur, deux cas de mort observés sur l'homme par M. Snow luimême sont venus révéler que cette innocuité n'est pas telle qu'on avait pu l'espérer dans le principe. Ces accidents, en faisant tomber les préventions favorables avec lesquelles il avait été accueilli, durent nuire beaucoup à la popularisation de ce nouvel agent anesthésique.
Il est donc infiniment probable que, en raison de son odeur désagréable, de la fugacité de ses effets, de la difficulté de sa préparation, et peut-être aussi de la nécessité d'un appareil pour son application, l'Amylène, malgré quelques avantages particuliers, n'est pas appelé îi détrôner le chloroforme, mais qu'on se contentera de le léserver pour quelques individus doués d'une susceptibilé exceptionnelle, et surtout pour quelques petites et rapides opérations, tandis que le chloroforme restera dans la pratique comme le moyen le plus généralement employé dans les opérations longues et graves.
HYDRURE D AMYLE.
L'Hydrure d'amyle C»OHi'H a été découvert par M. Frankland, de Manchester, et proposé par M. Simpson, d'Edimbourg, comme anesthésique.
On l'obtient par la réaction de l'iodure d'amyle et du zinc en présence de l'eau. C'est un liquide incolore, transparent, d'une odeur anologue à celle du chloroforme; sa densité n'est que de 0,(>385 il + 14,2. C'est donc le plus léger des liquides connus, il bout à +30 degrés et est encore liquide à — 24 degrés. Il ne se dissont pas dans l'eau, mais il est soluble dans l'alcool et dans l'éther.
ETHYLENE PERCHLORE.
Syn. Prolochlorure de carbone.
Ce corps, découvert en 1821 par Faraday, a été étudié par MM. Reynault et Kobbe; c'est un liquide très-fluide, sa densité est de 1,019 à -i-20 degrés; il bout à 122 degrés, il est insoluble dans l'eau, il se dissout dans l'éther, l'alcool et les huiles, sa formule est C*G1*. Au soleil, il absorbe le ch^lore sec et se transforme en chlorure A'Éthylène perchloré, ou sesquichlorure do carbone, dont nous avons déjà parlé.
Protoxyde d'azote, AzO ou Az^O^.
Le Protoxyde d'azote est un gaz incolore et inodore ; sa densité est de 1,527. Il est décomposé par l'étincelle électrique on par la chaleur rouge ; il rallume les corps en ignition. L'eau en dissout les quatre-cinquièmes de son volume. C'est à Priesley que sa découverte est due. En respirant ce gaz, Davy éprouva un état d'excitation et d'extase qui firent donner à ce corps le nom de gaz hilarant. On l'obtient en décomposant l'azotate d'ammoniaque par la chaleur. On recueille le gaz sous une cuve à eau.
L'esprit de bois ou alcool mélhylique a encore été proposé comme anesthésique.
KEROSOLKNE.
Un nouvel agent anesthésique, la Kérosolène, a été assez récemment découvert à Boston. Selon le professeur Bigelow, ce fluide est fade comme l'eau, volatil et inflammable comme l'éther, quoique brûlant avec une flamme blanche et épaisse. Il a une légère odeur de chloroforme qui, par l'évaporation, se transforme en sel de goudron et disparaît ensuite entièrement, à tel point qu'un linge imbibé de ce liquide n'a plus aucune odeur en quelques minutes, et, dès qu'il est sec, la chambre oii il était n'indique en rien sa présence. La Kérosolène diffère en cela de l'éther et du chloroforme qui laissent, à différents degrés, un arôme fade, persistant et fort après l'évaporation. A ce titre, la Kérosolène serait plus agréable à inhaler. D'après quelques expériences, un petit nombre d'inhalations suffiraient;! produire l'action anesthésique; de plus, son usage ne serait suivi ni de mal de tête, ni de vertiges, ni d'autres symptômes incommodes; et on ajoute que ce nouvel agent serait exempt de tout danger, comme l'éther. Si ces avantages divers étaient bien réels, ils ne tendraient à rien moins qu'à conférer à la Kérosolène la prééminence sur la plupart des agents anesthésiques connus," mais avant de proclamer cette prééminence que les premiers expérimentateurs, dans leur enthousiasme, n'hésitent pas à lui reconnaître, nous croyons qu'il est nécessaire d'attendre des faits plus nombreux et des preuves plus décisives. {Union, sept. 18G1.)
MÉDICAMENTS ANESTHÈSIQUES.
RIIIGOLENE.
Plusieurs produits de la distillation du pétrole ont été trouvés par le professeur Bigelow.
Parmi ces produits, tels que le bauso- R-ne, le kérosène, le kérosolène, le gazolène, qui ne diffèrent entre ctix que par le degré de volatilité, M. Bigelow a surtout appelé l'attention sur le Rliigolène. Ce corps bout à 21 degrés centigrades.
Tout il fait privé d'oxygène, c'est le plus léger dos liquides connus; sa densité est do 0,C2o. Son odeur est très-faible, sa volatilité extrême produit un abaissement de température qui peut congeler la peau en huit ou dix secondes. La chaleur de la main suffît pour évaporer le Rhigolènc du fiacon qui le contient; on peut produire ainsi un abaissement de 13 degrés audessous de zéro. Il doit être conservé bouché avec le plus grand soin. Il est trèsinflammable et est employé comme ancsthésique, surtout pourl'anesthésie locale.