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GALBANUM

Gomme-résine du Selinum galbanum, plante exotique de la famille des Ombellifères.

Selin galbanum , Selinum galbanum (Spreng), Bubon galbanum (L.j.

L'opinion la plus répandue attribue le Galbanum au Bubon gummiferiim (Linn.), ou Ferula galhanifcra (Comm.), dont la patrie est l'Afrique méridionale, et au liubon galbanum' (Linn), Ferula galbanifera (Herm.), espèce peu différente qu'on trouve fréquemment dans nos jardins botaniques.

I^udewig, de son côté, pense que l'on doit regarder le Ferula galbanifvra [hobel), comme fournissant la plus grande partie du Galbanum; une petite partie étant fournie par le Galbanum officinale, qui est très-commun dans le Levant et particulièrement dans la Syrie.

Voici les caractères du ISubon Galbanum.

Caractères génériciues. Involucre et involucelle polyphylles; pétales égaux, cordiformes : fruits ellipsoïdes, comprimés, membraneux sur les bords, et offrant trois côtes saillantes sur chaque moitié. Fleurs jaunes ou blanches.

Caractères spécifiques. Sous-arbrisseau de 120 à IGO centimètres de hauteur, tiges cylindriques, rameuses, glabres; feuilles alternes, trois fois ailées. Fleurs jaunes, formant de grandes ombelles à la partie supérieure des ramifications de la tige. Involucre et involucelle composés d'un grand nombre de folioles simples ou linéaires (Richard).

Parties usitées La gomme-résine.

Mode d'extraction. Le Galbanum suinte de diverses parties de la plante, pendant la saison la plus chaude; mais pour l'obtenir en quantité plus grande, on coupe les tiges près de terre et on recueille le suc condensé qui s'est écoulé du point coupé. Cette gomme-résine est en larmes ou en masses jaunâtres un peu transpa-

:\iusc. :ni

rentes, grenues. Son oJour est forte et les mènies qne celles de l'asa fœtkla.

pénétrante, sa saveur amère. ,

On en connaît deux espèces, le Galba- ^■'' penum.

num mou et le sec : l'un et l'autre peu- EnTui, le Sagapemtm ou gomme séra-

vent être en larmes ou en masse : c'est à phine ou séraphique, qui est un suc rési-

l'huile volatile que l'on doit attribuer les neux, provient d'une plante de la même

propriétés de cette substance; M. Pelle- famille que les précédents. Le ferula per-

tier en a retiré 6,34 pour 100 du Galba- sica n'ayant aucune propriété spéciale, il

num mou. ne diffère qu'à peine de la gomme am-

Les préparations pharmaceutiques sont moniaquc et de l'Opopanax.

L'action physiologique de l'Opopaiiax, du Galbanum et du Sagapenum est de môme nature que celle de l'asa fœlida et de la gomme ammoniaque. Leurs propriétés thérapeutiques ne s'en éloignent pas ; seulement elles sont moins actives : on devra donc les administrer à doses plus élevées. Si nous indiquons ces substances, c'est surtout pour grossir les ressources du praticien dans les cas où les antispasmodiques mentionnés jusqu'ici auraient trompé son attente. C'est un fait dont on ne saurait trop se pénétrer, que l'utilité de certains agents thérapeutiques, alors que ceux pris dans la môme classe et ordinairement efficaces ont complètement échoué, sans qu'il soit possible de fixer à priori ces cas exceptionnels. Murray croit le Galbanum plus actif que la gomme ammoniaque. Il caractérise par la phrase suivante la spécialité de ces deux agents : In nervinis affectibus {Galbanum) cfjicacius; vi resolvente autem ammoniaco cedit. Sous forme de solution acéteuse, il jouit d'une vieille réputation contre les cors aux pieds. Il entre dans la thériaque, la mithridate, l'orviétan, le diascordium, le baume de Fioraventi, les emplâtres diachylum, diabotanum, etc. Depuis une trentaine d'années, et dans plusieurs recueils périodiques, on en a vanté la teinture dans certaines maladies des yeux, ou plutôt dans certains troubles de l'innervation de ces organes et de leur appareil protecteur ; en parlant de la valériane nous avons formulé ces indications communes à la classe de médicaments dont nous nous occupons. Dans les ophthalmies atoniques scrofuleuses, on peut aussi tirer profit de l'action résolutive incontestable du Galbanum.

Le nom d'Opopanax est un témoignage de l'immense réputation dont a joui cette substance.

Le Sagapenum n'est plus employé. Ces deux médicaments font partie des mêmes composés que le Galbanum, et ont été loués dans les mêmes circonstances. Il est inutile de s'y arrêter,

Le Musc est une matière odorante que Le chevrotain porte-musc {Moschux mos

porte le chevrolain porle-musc dans une chiferus, L.), est un animal de l'ordre

bourse placée sous l'abdomen en avant des Piuminants sans cornes, qui habite le

du prépuce. Tibet et la Chine. Il est un peu plus petit

que le chevreuil do nos pays; sou poil est bnin. dur, roidc et cassant. Le mâle porte îi la mâchoire supérieure deux canines qui sortent de la bouche et constituent deux petites défenses. 11 porte sous l'abdomen, au-devant du prépuce, une bourse sébacée dans laquelle se sécrète une humeur concrète qui a reçu le nom de Musc. Le follicule moschifère a environ 5 à 6 centimètres do longueur sur 14 îi 15 de circonférence. Il est tapissé en dedans d'un épiderme sec et lisse; la matière sécrétée a même chez l'animal vivant une consistance analogue à celle du suif.

Le Musc nous est apporté dans la poche même où il a été sécrété et qui a été séparée de l'animal. On en distingue deux espèces, le tonquin et le kabardin.

Le Musc tonquin est le plus estimé; il est renfermé dans une poche dont les poils sont petits et roux. Le Musc kabardin est contenu dans des bourses dont les poils sont blanchâtres.

Le Musc, tel qu'on le retire de la poche où il a été sécrété, est d'un brun noii'â- (re, onctueux, gras au toucher, do consistance et do couleur de sang desséché et mêlé à un corps. Il a une odeur excessivement vive, une saveur un pou acre et amère. Pur, il se dissout presque en totalité dans l'eau chaude; il est également soluble dans l'alcool, l'éthcr, le jaune d'œuf.

L'annlyse y a démontré les principes suivants : ur.jinnnianue, huile volatile, stéarine, oléine, cholesiéi'ne, huile acide unie à l'ammoniaque, gélatine, albuiaiue, fibrine, matière soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool, chlorhydrate d'ammoniaque, sels divers.

Cette aiuilysefait voir combien la composition du Musc est compliquée ; il

éprouve une altération que les marchands

favorisent en le plaçant alternativement dans des lieux humides et dans des vases hermétiquement fermés, il se forme ainsi une sorte de savon ammoniacal ou d'adiporire : il est donc probable qu'un grand nombre des substances que l'analyse donne dans le Musc ne sont que des produits d'altération.

Le prix élevé du Musc est une grande cause de sophistification, et c'est peutêtre à ces fraudes qu'il faut attribuer le dissentiment qui existe entre les auteurs sur l'action thérapeutique de cette substance; on y a mélangé du sable, du plomb, du sang desséché, de l'asphalte, etc. On connaît en Allemagne, sous le nom de Musc artificiel, une résine jaune à odeur de Musc obtenue en traitant de l'iiuile de succin rectifiée par l'acide azotique ; quant au Musc indigène, on a donné ce nom à la fienle de vache desséchée qui a acquis l'odeur du Musc (Bouillon-Lagrange).

Mode d'administration. Le Musc se donne en poudre sous forme pilulaire; en potion, dissous en partie et suspendu dans un véhicule gommeux.

La teinture du Musc est la seule préparation officinale que prescrive le Codex :

Musc 100 part.

Alcool à 80 degrés, 1,000

Faites macérer pendant huit jours ; pTs«ez.

Un certait nn-ribro do substances et notamment le camphre, les amandes amères détruisentl'odeur du Musc. On peut tirer partie en pharmacie de cette singulière propriété.

ACTION PHYSIOLOGIQUE

M. Joerg, qui raépite d'être loué pour les services qu'il a rendus sous un rapport à la matière médicale, et blâmé par la vicieuse application qu'il a faite de ses recherches, raconte ainsi les effets physiologiques du Musc : « Cet excitant ne s'est pas montré aussi diffusible et aussi pénétrant que la plupart des auteurs le représentent. Il offre néanmoins un médicament énergique qui produit des effets excitants sur le canal intestinal, et particulièrement sur le cerveau, comme on doit le conclure des phénomènes qu'il détermine chez l'homme sain, tels qu'éructation, pesanteur dans l'estomac, appétit diminué ou augmenté, sécheresse dans l'œsophage, vertiges, douleurs gravativesde la tête. Les effets secondaires du Musc, qui sont bien plus sensibles sur l'encéphale que sur le tube digestif, sont : bâillements étendus et fréquents, envie de dormir, sommeil long et profond, abattement de tout le corps. Puisque le Musc excite tout le système nerveux, comme cela a lieu chez des sujets très-sensibles, son action se transmet aussi aux muscles et détermine des tremblements,

ou même des convulsions, lorsqu'il a été pris à hautes doses. Il augmente en outre l'activité du système circulatoire en accélérant le pouls et le rendant plus plein. C'est donc avec raison qu'on le range parmi les excitants généraux; mais son action forte sur le cerveau exige qu'on l'emploie avec précaution. » Partant de ces données, M. Joerg institue la thérapeutique du Musc.

Nous avons pris du Musc aux doses indiquées par M. Joerg. Pour être sûrs de la validité du résultat, nous nous sommes assurés de la pureté du médicament. 11 nous a été fourni par M. Blondeau, qui, avec M. Guibourt, a publié sur l'histoire chimique de cette subtance un important travail inséré dans le Journal de pharmacie^ et qui nous a assuré posséder le Musc tonquin le plus vierge qu'il fût possible d'obtenir. Son odeur, qui n'est comparable à rien, se rapproche plus de celle du camphre et de l'éther que de toute autre : c'est une odeur fortement musquée, voilà tout ce qu'on en peut dire. Sa saveur est légèrement amère, désagréable, en partie effacée par l'intensité de l'odeur. Comme effet direct, le Musc nous a produit un léger sentiment de chaleur à l'épigastre, et bientôt dans tout l'abdomen, sans colique ni dévoiement, sans la plus faible nausée, puis bientôt une sensation insolite de faim, un besoin réel de manger.

Après deux ou trois heures, s'est fait sentir un mal de tète occupant surtout les tempes et l'occiput, mal de tête plutôt nerveux que le résultat d'une congestion sanguine ; car le système circulatoire est resté très-calme ; puis quelques vertiges, et enfin un peu plus tard une assez vive excitation des organes génitaux. Nous n'avons éprouvé ni sommeil, ni sueurs, ni aucun des autres phénomènes nerveux et sanguins mentionnés par M. Joerg. Nos excrétions ont exhalé une faible odeur de Musc, et cela indépendamment des circonstances signalées par cet auteur comme pouvant induire en erreur sur ce point.

Les médecins grecs et arabes ne paraissent pas avoir connu le Musc. On lit partout que, le premier, Aëtius en a parlé. Nous voulons bien le croire, parce que cela nous importe peu; mais il ne nous a pas été possible d'en trouver la trace dans le bel et important ouvrage de cet auteur. Au commencement du seizième siècle, l'éloge du Musc fut fait par Salomon Albertus, mais d'une manière si pompeuse, qu'elle met tout de suite en défiance. Qu'on en juge par ce début : Zibetho vero longé prœstabilior [Moschus), ità me hercule necessarius, ut si usarâ ejus medicinam orbaveris, ipsa protinus mitila sit ac deminuta. A côté de fables et d'hypothèses fort curieuses sur l'histoire naturelle de cette substance, on y trouve pourtant quelques détails thérapeutiques qui ne laissent pas que d'intéresser et de servir à rendre plus unanime ce qui peut rester de fondé et d'acceptable sur les propriétés de ce médicament.

Hystérie. C'cst d'abord dans l'hystérie et tout son cortège qu'a été constatée son utilité : Utero imprimis, qui omni tempore spasmis enornubus subjectus, pergratum. C'est dans les ouvrages de Platéarius, de Zacutus et d'Amatus Lusitanus, qu'il faut voir les prodiges opérés par le Musc. Les observations de Lud. Mercatus sont moins concluantes. Elles portent sur des lésions organiques, sur des prolapsus de la matrice ; et il fallait la foi toute fanatique de ces observateurs dans les théories qu'ils avaient reçue? des médecins grecs, pour croire qu'à l'odeur du Musc l'utérus réellement abaissé allait reprendre sa place derrière le pubis. Mais tous ils avaient remarqué ce qui de nos jours est encore observé, savoir qu'à certaines femmes nerveuses le Musc donne des spasmes hystériques : Ab ejusdem odo?'e naribus hausto, fœminas ut pjlurimùm in svffocationem hysteiHcam incidere; circonstance importante et qui rend bien difficile l'emploi de ce remède, car il est impossible de savoir à priori quelles femmes il jettera dans les spasmes, quelles femmes il en délivrera. Quibusdam mulieribus uteri provocationem ad fert, aliis contra hanc mire prodest. Rien de cela n'avait échappé à Junker, qui ne fait pas de difficulté pour le ranger parmi les causes occasionnelles de l'hystérie.

Les auteurs que nous avons cités plus haut l'employaient en emplâtres sur l'hypogastreet au haut des cuisses, enmême temps qu'ils ;ipprochaient des parties supérieures du corps les odeurs les plus fétides : par le premier de ces artifices, ils attiraient ou contenaient à sa place l'utérus séduit par le parfum du Musc, et par le second, ils le forçaient, à cause de son horreur pour les miasmes dont ils l'affectaient, à quitter la poitrine etla gorge, cette ascension constituant suivant eux toute l'hystérie. Utero enim valdè gratuit; quarè empAastriim ex moscho ad retinendum uteriim furentem umbilicoimponere. Quœdumfiunt, çiraveolentiasimulnaribusadmovere, etc., etc. On est étonné de voir le célèbre Rivière professer encore cette opinion, et recommander le Musc dans le même but.

De tous les faits tendant à démontrer l'efficacité du Musc dans l'hystérie, il n'en est pas de plus probants, en apparence, que ceux rapportés par P. Forestus dans son chapitre Demuliey^ummorbis. Je dis qu'ils sont concluants parce qu'à côté de la médication se trouve la diagnostic le plus précis. Ensuite l'effet est si prompt, si complet, si inespéré, que le doute est impossible, si l'on ne tient pas grand compte d'un petit fait que nous exposerons après avoir rapporté les observations merveilleuses de Forestus.

D'abord, c'est une jeune fille chez qui l'hystérie n'est pas méconnaissable aux traits suivants : Audiebat guident, sed non poterat loqui, etlicet non loqiieretur ^subinde plorabat , rursùs ridebat, etc. Qu'on nous permette ici, comme hors-d'œuvre, de faire remarquer dans le passage suivant le germe de la théorie, ou plutôt la théorie tout entière de l'hystérie donné • par Forestus, ce qui n'affaiblit en rien le mérite de l'auteur, M. Dubois (d'Amiens) qui, de nos jours, l'a reproduite et l'a développée de la manière îa plus satisfaisante : Videbatur ipuella) laborare ex tetro vapore sursîm

{ex utero) elato per spinœ membranas et nervos ad cerebrum. L'emploi clns moyens les plus héroïques avait été infructueux, on ne savait plus que faire : pro deploratâ hahebatur ; enfin dit Forestus, coacti fuimus sundere ut aliqua millier digito in hoc liquore immerso (une mixture avec le Musc) vulvam inths confricaret , etc. L'accès fut presque aussitôt calmé. Une autre observation est encore celle d'unejeune fille très-sujette à l'hystérie : Forestus fut appelé, l'attaque durant déjà depuis longtemps : Adeoviolenta, dit-il, ut pro semi-mortuâhaberetur :anhelitum traherenonpoteratfrigidum exsudabat, totumque corpus quasi convellebatar, utero adsuperiora 7'etracto. Forestus eut recours au moyen qui lui avait si bien réussi : Vix digito imposito in vulvam cum confricatione, ad miraculum ad se rediit, et ab orci faucibus quasi erepta est.

Nous avons fait sentir plus haut que ces observations étaient moins péremptoires qu'elles ne le paraissent. En efTet, la médication de Forestus est très complexe. Elle se compose du Musc, mais plus encore, et c'est ce que n'a pas su dégager Forestus, de l'introduction du doigt dans la vulve; introduction complexe elle-même, car elle avait lieu com confricatione. Or cette seule opération est très-propre, comme nous allons le voir, à réveiller une hystérique.

Dans la passion hystérique^ les fonctions cérébrales et le moi ne sont pas abolis; ils ne sont que maîtrisés, subjugués par l'empire de l'utérus, sous l'influence duquel sont alors les foyers de l'innervation locomotrice, ce qui explique l'irrégularité des mouvements musculaires ordinairement soumis à la volonté. Mais qu'une sensation forte de joie, de douleur, d'effroi, de surprise, etc., vienne alors avertir la femme d'un danger qui menace l'économie et fasse appel à des instincts puissants, et de suite la volonté et ses organes reprennent leurs droits, et ce triomphe de la vie intellectuelle amène aussitôt la fin de l'accès. Quiconque se sera philosophiquement rendu compte des phénomènes de l'hystérie et en aura scrupuleusement suivi la filiation, partagera cette théorie déjà clairement entrevue par les médecins du dix-septième et du dix-huitième siècle. Or croit-on que le singulier procédé de Forestus ne soit pas bien capable de provoquer chez une jeune fille la réaction conservatrice dont nous venons de parler, réaction nécessairement liée à un sentiment de pudeur irrésistible que la surprise vient encore fortifier ?

Gomment Forestus ne s'était-il pas expliqué la puissance de cette influence sur les hystériques, lui, qui, dans d'autres observations, rapporte que des femmes ont été guéries de leurs accès par la même manœuvre sans le secours du Musc et par l'arrachement des poils du pubis, procédé que, du reste, il flétrissait avec raison comme plus qu'inconvenant ? Les faits de Forestus, tant invoqués par ceux quj ont préconisé le Musc, sont donc sans la moindre valeur.

On objectera, ce qui du reste paraît prouvé, qu'un tampon de charpie imljibé de laudanum et porté sur le col de la matrice, au fort d'un accès d'hystérie, suspend assez souvent celui-ci. Nous ne le nions pas; mais on

peut faire à cette médication, d'ailleurs fondée en raison, les reproches

que nous venons d'adresser à Forestus.

Qu'on nous pardonne cette discussion et la longueur des citations à cause de l'importance du sujet, et surtout parce que, privés d'expérience personnelle sur les effets du Musc dans l'hystérie, nous avons voulu y suppléer en appréciant celle des autres.

Nous serions désespérés que quelque médecin s'oubliât au point d'abuser de la révélation que nous venons de faire sur l'influence du procédé de Forestus dans l'hystérie, et osât l'appliquer. Nous n'écrivons pas un traité de morale, mais il est pourtant permis, dans l'occasion, d'en rappeler les lois qui dominent tout autre intérêt.

Typhus. Tâchons maintenant d'apprécier la valeur du Musc dans une affection où, sans beaucoup plus de raison, il n'a pas été moins vanté : je veux parler du typhus. Le docteur Marcus, médecin Allemand, ancien sectateur de Brown, converti cà l'organicisme par la lecture de Bichat, et qui a précédé l'auteur des Phlegmasies chroniques dans l'idée de regarder la fièvre comme étant toujours le résultat de l'inflammation, le docteur Marcus, dis-je, s'est beaucoup servi du Musc dans le typhus ; il a publié sur ce sujet un travail ou de nombreuses observations semblent venir à l'appui de ses théories.

Pour lui, le typhus dont il a été témoin est une encéphalite ; mais qu'entend-il par encéphalite ? Tous les cas de guérison qu'il rapporte se sont terminés sans exception (qu'on remarque bien ceci) le septième, le quatorzième, ou le vingt et unième jour par des évacuations critiques. Chez quelques-uns, après le vingt et unième jour, a persisté une flèvre intermittente qui a toujours cédé au quinquina. La marche de la maladie était celle d'une fièvre dothinentérique revêtant la forme inflammatoire et nerveuse, comme cela se voit si souvent. Les individus étaient pris de frissons intenses, de chaleur, de fièvre vive; il s'y joignait bientôt des phénomènes de délire ou de coma, une céphalalgie intense, une grande stupeur, en un mot tout le cortège des affections typhoïdes. On débutait ordinairement par des saignées, puis venaient les antispasmodiques, et au premier rang le Musc. Si la maladie était une dothinentérie bénigne (synoque simple), et qu'on eût donné le Musc le cinquième ou le sixième jour, comme elle se jugeait le septième, on en faisait honneur au traitement. Si, à la fin de ce premier jour, on n'avait que la rémission commune aux dothinentéries qui parcourent deux ou trois septénaires, cette rémission n'en était pas moins regardée comme un effet de la Médication. Nous en dirons autant pour les terminaisons du quatorzième et du vingt et unième jour, qui se sont faites comme elles devaient se faire, suivant les lois qui règlent la marche de cette maladie en dépit de toutes les Médications.

La terminaison par la mort a eu lieu deux fois le onzième jour, malgré

le Musc, la rémission du septième jour ne s'étant pas montrée; une fois le vingt- deuxième jour, une autre au bout d'un mois, toujours malgré le Musc, et parce que les dothinentéries ne peuvent pas tout guérir. Dans tous les cas où l'époque et le mode de la conclusion fa laie infirment encore le diagnostic du docteur Marcus, le ventre n'est pas ouvert, on ne regarde que l'encéphale, qui est toujours trouvé congestionné. Voici l'encéphalite.

Il n'y a, dans ce travail, qu'an seul cas qui soit une affection idiopathique du cerveau ; mais alors, comme on le sait bien, ce n'est pas un typhus. Il appartient à un vieillard de soixante et un ans, qui, après un coup de cruche reçu sur le crâne, eut un érysipèle ambulant auquel il succomba, et l'autopsie fit voir une phlegmasie des méninges qui ne fut pas plus docile au Musc que les dothinentéries avec lesquelles on l'a confondue. L'ouvrage du docteur Marcus ne prouve donc ni pour ni contre l'efficacité du Musc ; seulement, il sert merveilleusement à fortifier nos idées sur la nature de fièvres graves, continues, qui ne sont pas plus une encéphalite qu'une gastro-entérite, qu'une hépatite ou une splénite, mais une maladie sur la nature de laquelle ce n'est pas ici le lieu de disserter, et que le médecin n'est guère plus maître de juguler qu'une variole ou un exanthème grave quelconque.

Les observations de Mertens, qui fit usage du Musc dans la peste de Moscou et dans la fièvre catarrhale épidémique qui précéda, sont plus concluantes que celles de Marcus ; mais c'est que Mertens était un observateur de la grande école hippocratique, un émule de l'illustre Stoll; qu'il ne prétendait pas couper par le milieu une fièvre grave, et se proposait tout simplement de combattre par le Musc les accidents nerveux qui entravent si puissamment la marche des affections typhoïdes. Nous en dirons autant des deux Franck.

Pneumonie. Nous arrivons à un point beaucoup plus important, et où il nous sera permis d'affirmer pour notre propre compte : il est question de l'emploi du Musc dans certaines pneumonies avec délire, de celles que les anciens appelaient ataxiques, malignes. C'est à Récamier qu'on doit les premiers faits de ce genre.

Pour quiconque a bien apprécié ces faits, les antispasmodiques, en général, étaient indiqués, et ici le Musc a plus spécialement réussi. Mais ce point de pratique est sérieux et vaut la peine que nous le discutions avec l'importance qu'il mérite.

L'observation la plus décisive de l'habile praticien que nous venons de nommer, est surtout remarquable par un caractère apparent de diathèse pléthorique et inflammatoire rebelle aux émissions sanguines portées le plus loin possible sans la plus légère modération dans les symptômes qui les avaient motivées. Ces symptômes semblaient, au contraire, s'exaspérer sous l'influence des moyens qui les réduisent ordinairement. Le délire survint avec des signes d'adynamie et d'incohérence nerveuse ; le

i\hisc fut donné, et. au bout de deux jours, la malade (femme enceinte de deux mois) fut exempte de tout danger.

Un autre cas appartient à un vieillard pris tout à coup d'une violente pneumonie. Il parut d'abord bien supporter les émissions sanguines, puis, soudainement, il tomba dans un collapsus extraordinaire avec délire et ataxie. Le Musc prescrit d'abord sans succès, on administra quelques cuillerées de café, qui excitèrent un peu l'organisme ; après quoi, le Musc trouvant son opportunité, le malade, qui semblait voué à une fin prochaine, recouvra promptement la santé.

Dans ces deux cas, les phénomènes locaux de la pneumonie n'ont disparu que plusieurs semaines après la guérison de l'état général qui constituait h lui seul toute la gravité.

Ces observations sont confirmées par trois autres non moins concluantes publiées dans la Bibliothèque médicale (année 1848) par M. Jacquet, sous le patronage de Récamier. Elles ne laissent rien à désirer pour la précision du diagnostic, la spécialité des symptômes généraux dans leurs rapports avec une Médication antispasmodique, et le succès immédiat et incontestable de cette Médication.

Nous pouvons augmenter de plusieurs cas le nombre des succès du Musc dans les pneumonies ataxiques. C'est d'abord un homme pris dans un état d'ivresse d'une pneumonie très-aiguë. Saigné plusieurs fois en ville, il entra délirant à l'Hôtel- Dieu, bien que la gravité des phénomènes nerveux ne fût pas suffisamment expliquée par l'intensité de la lésion locale. Les antimoniaux furent sans aucune prise ; tous les élèves avaient jugé le cas mortel. Le Musc fut prescrit, et le lendemain le malade entrait en convalescence. Quelque temps après, nous eûmes encore l'occasion d'employer le Musc chez une jeune fille qui, affectée d'une pleuro-péripneumonie médiocrement intense comme lésion pulmonaire, avait vu, sous l'influence des antiphlogistiques et des antimoniaux, s'accroître la susceptibilité nerveuse qu'elle présentait déjà à son enlrée à l'hôpital, puis cet état se changer en un délire violent et ataxique dont le Musc triompha rapidement. Nous ne citerons que ces deux exemples de notre pratique.

Nous savons bien que M. le professeur Chomel a voulu en appeler h l'expérience clinique pour infirmer ces résultats ; mais c'est ici le cas de ne pas oublier le principe si sage dont il s'efforçait de pénétrer ses élèves : c'est qu'un résultat thérapeutique n'a de valeur scientifique que celle que lui donne une exacte appréciation de la nature de la maladie Nous ajoutons qu'il ne s'agit pas ici du diagnostic qu'on n'obtient que par le stéthoscope et le plessimètre, et que celte connaissance n'est que peu de chose si elle n'est dominée par celle de l'état de la constitution du sujet.

11 y a près de quatre-vingts ans que Michel Sarcone réprima victorieusement, à l'aide du même moyen, le délire et une excitabilité funeste

qui se développaient chez quelques-uns de ses malades dans la terrible épidémie de Naples, dont il nous a laissé la relation si remarquable à plusieurs égards.

- « Quand il y avait menace de délire, dit-il (t. II, p. 2iO), et qu'il paraissait dans l'ensemble des symptômes une sensibilité manifeste, à laquelle il se joignait de l'insomnie et un trouble extrême dans les affections, les seuls remèdes qui convenaient alors étaient ceux qui pouvaient introduire dans la machine un principe de calme et de repos. Or on ne peut assez louer dans ce cas l'avantage que procurait à nos malades l'emploi des doux calmants et des narcotiques prudemment administrés.

«Tel était surtout le Musc odorant, qui jouissait de la plus grande efficacité pour adoucir et réprimer ce principe de sensibilité convulsive qu'on voyait dominer chez quelques-uns à un degré très-éminent. Ceuxci tombaient d'abord dans un engourdissement agréable et inespéré, puis passaient par degrés au repos, à l'assoupissement, au sommeil ; leur pouls acquérait une certaine ondulation régulière; la respiration devenait moins suspirieuse. S'il arrivait quelquefois qu'on n'eût pu éviter le délire, celui-ci ne fut certainement pas aussi véhément qu'il avait menacé de l'être par l'activité des symptômes réunis, ni ne parvint jamais à ces dangereuses extrémités auxquelles il arrivait chez ceux chez lesquels cette drogue, par je ne sais quelspréjugés malentendus, ne fut jamais employée ou ne le fut que tard. »

Il est important de noter que le délire qui, dans la péripneumonie, cède à l'usage du Musc, n'est pas invariablement le symptôme d'un état de malignité et de tendance fatale insidieuse. 11 arrive quelquefois, dans la pneumonie, qu'un délire apparaisse purement nerveux, comme maniaque, une sorte de frénésie enfin, indépendamment de cette dissociation et de cette ataxie funestes que nous avons signalées plus haut. Le cerveau est dans un violent état d'excitation, les malades s'agitent, veulent se lever, déraisonnent avec une vivacité furieuse, absolument comme s'ils étaient dans la période d'expansion et de réaction de l'inébriation alcoolique. Cette espèce de délire, de transport au cerveau, de fièvre chaude, comme on dit, se développe quelquefois dans le cours de la péripneumonie chez les ivrognes. La résistance vitale ne fléchit pas, on ne peut pas dire qu'il y ait ataxie, et néanmoins la saignée n'apaise pas cette exaltation cérébrale et cette insomnie délirante. Le Musc, au contraire, y réussit bien. Ici ce n'est pas le quinquina, mais l'opium qu'il faut associer au Musc. L'opium seul y est même fort efficace. Ces cas ne sont pas toujours sans gravité.

Sarcone avait aussi observé cela, (c L'opium administré avec sagesse et modération tendait au mcnie but. Toutefois, je dois convenir que quoique je m'en fusse tenu à lui durant les premières semaines de l'épidémie, néanmoins, comme j'avais observé qu'il était extrêmement difficile d'en pouvoir parfois prescrire les doses précises et convenables, et capables d'opérer seulement autant qu'il le fallait, et rien déplus, enfin exactement

386 MIÏDICAMENTS ANTlSPASiMODIQUFS.

conformes aux degrés du besoin, vers la fin d'avril j'en abandonnai l'usage pur, et je me déterminai absolument à l'emploi du Musc odorant, que je trouvai toujours de plus en plus un remMe et plus sur et non moins efiicace. »

« Je crois, dit-il, nécessaire d'avertir ici que, dans cette espèce de délire qui était le produit d'une augmentation de sensibilité, loin que l'on pût regarder comme suspect un remède qui, dans sa propriété de causer le sommeil, paraît receler celle d'emplir et de charger de sangles viscères de la tête, je puis assurer, au contraire, que c'était dans cette classe de vice l'unique moyen capable de produire et d'exciter le sommeil. C'est pour cette raison que nous fûmes souvent obligés d'avoir recours à l'union de l'opium avec le Musc, surtout quand il se joignait à l'excès de sensibilité des veilles fatigantes et opiniâtres.»

Il résulte de ces faits, et de la discussion qu'ils ont provoquée, que certaines péripneumonies dont la marche paraît entravée par un état nerveux grave, se résolvent si, après avoir suffisamment déféré à l'indication de la saignée, on sait lever l'obstacle par le moyen thérapeutique qui se trouve alors dans un rapport électif avec la situation du malade. Ce moyen, ici, c'est le Musc, dont l'administration en pareil cas exige quelques règles indispensables.

On peut en prescrire jusqu'à 1 gramme et plus par jour, mais à doses filées, comme le dit Récamier, c'est-à-dire en distribuant le tout en cinq pilules, dont une est donnée toutes les heures, et en continuant ainsi jusqu'à ce qu'on obtienne une rémission des accidenis, ce qui a lieu ordinairement au bout de huit ou dix heures au plus ; après quoi, d'après Récamier, il ne faut plus compter sur les effets, qui sont prompts ou nuls. Ce profond observateur a eu encore à s'en louer dans d'autres phlegmasies que les péripneumonies, lorsque survenait la même complication ataxique; et cela ne doit pas étonner, puisque le Musc n'a pas d'action spéciale sur les poumons enflammés.

Nous ne nous amuserons pas à discuter sur ce qu'on a dit des avantages du Musc dans l'épilepsie, parce que nous n'y croyons pas, malgré l'autorité de Haller, Van Swieten et Tissot. Quant au fait inséré dans les Transactions philosophiques et tant de fois cité pour prouver la vertu du Musc dans l'hydrophobie, il ne signifie qu'une chose, savoir que la rage résiste à tous les remèdes. 11 a été employé dans le tétanos avec succès, dit-on. Warner, Salomon Albertus ne tarissent pas sur ses propriétéscontre les spasmes, le hoquet, la dysphagie, et toutes les maladies nerveuses. On lit dans les Mémoires de l'Institut de Cologne la relation de quelques faits qui paraissent confirmer ces prétentions, î- Il y a dans l'ancienne Bibliothèque médicale un fait fort curieux de l'heureux emploi du Musc dans une maladie composée d'attaques apopleciiformes, avec hémiplégie du côté droit, lesquelles cessaient, ainsi que la paralysie, pour revenir bientôt, et semblaient devoir, par une aggravation, causer prochainement la mort de Tindividu. M. Alibert

cite un cas de succès dans une fièvre dont les phénomènes, dit-il, étaient nerveux. « Je prétends que le Musc, dit Cullen, est un des plus puissants antispasmodiques que nous connaissions. » Nous voudrions qu'il nous eût été donné de pouvoir administrer ce médicament dans les cas que spécifie le célèbre nosologiste. Il est impossible de ne pas y ajouter une certaine confiance; ces cas sont ceux de goutte déplacée et fixée sur quelque viscère important; or Cullen jugeait h merveille cette maladie^ et ce qu'il en dit est très-favorable au Musc. C'est en pareille occasion que Pringle dit aussi l'avoir trouvé très-efficace. Cabanis, qui en était persuadé, le donna pourtant à de hautes doses à Mirabeau qui lui paraissait succomber à une affection de ce genre portée sur le diaphragme et le péricarde.

Nous n'en finirions pas si nous voulions citer tout ce qui a été dit de plus ou moins intéressant sur le Musc; nous n'ajouterons qu'une chose, c'est qu'à cause de son effrayante cherté, de la persistance étonnante de son odeur désagréable et très-fâcheuse pour certaines personnes, il faut le plus possible en restreindre l'emploi, ne l'administrer qu'alors que les agents de la matière médicale reconnus pour avoir des effets analogues auront été impuissants, et le réserver surtout pour les cas de pneumonie dont nous avons parlé, et encore pour ceux de goutte remontée, comme le veut Cullen. On pourrait peut-être trouver cà utiliser son action aphrodisiaque.

Pour nous résumer, nous dirons que le Musc nous semble surtout rencontrer ses indications dans les accidents nerveux graves qui compliquent d'autres maladies et sont associés à ces maladies, non comme effet direct, comme symptôme, comme élément susceptible d'être attaqué à part. Nous ajoutons que ces maladies sont presque toutes inflammatoires, et que les accidents nerveux qui peuvent s'y lier et que nous regardons comme réclamant l'emploi du Musc, portent presque toujours sur les fonctions encéphaliques, et consistent surtout dans le subdelirium, le coma vigil et ces palpitations musculaires et fibrillaires qui donnent lieu aux soubresauts, à l'agitation des muscles du visage, avec un regard incertain et étonné, rien de tout cela n'existant en proportion des accidents inflammatoires locaux ou fébriles, et ne pouvant se rattacher à une infection générale.

MODE d'administration ET DOSES.

Cullen assure que le Musc est d'autant plus actif qu'il est plus odorant, et recommande de le donner en substance. Les médecins russes et allemands en portent la dose jusqu'à 4 grammes en vingt-quatre heures. Nous croyons qu'on fera bien de l'administrer en pilules de 20 à 25 centigrammes, comme nous l'avons indiqué plus haut, et de porter ces pilules jusqu'à quatre ou cinq dans les vingt-quatre heures. On peut aussi le donner, comme Fulier, enjulep ou en lavement à la môme dose;

il entrait dans les confections d'alkermès et d'hyacinthe, dans la poudre réjouissante de la pharmacie de Paris, ainsi que dans une foule d'autres préparations. (Voyez Pharmacopée univers, de Jourdan.)

Veau distillée se prend à la dose de 30 à GO grammes.

La teinture alcoolique et la teinture ùthérée se prescrivent à la dose de 10 à 20 gouttes dans une potion.

Un grand nombre de plantes possèdent une odeur de Musc très- prononcée, nous citerons la soumboul, racine d'ombellifère dant l'origine certaine est inconnue; le centaurea moschata, le mimulus moscliatus, Vadoxa 7nûschatellina, le malua moschata, etc., etc., mois ces plantes ne paraissent posséder aucune des propriétés du Musc.

CASTORÉUM.

Le Castoréiim est une substance sécrétée par les glandes situées dans les poches préputiales du Castor.

Le Castor, Castor fiber, est un animal de la famille des rongeurs. C'est un animal amphibie, un peu plus gros que le chat domestique. Sa tète est arrondie, obtuse, ses oreilles courtes, ses doigts séparés, sa queue est large, plate, recouverte d'écaillés.

De chaque côté du cloaque, où viennent aboutir l'anus et les organes génitourinaires, sont deux paires de poches glanduleuses, dont la supérieure seule contient le Castoréum. Des glandes placées en dehors de ces poches y versent l'humeur qu'elles sécrètent ; ce sont ces poches qui, séparées de l'animal et remplies de l'humeur qu'elles contiennent, prennent, dans le commerce, le nom de Castoréum.

Le Castoréum du commerce se pr(5sente sous la forme de deux masses piriformes, allongées, un peu comprimées latéralement, se réunissant ensemble par une anse plus étroite, ce qui leur donne quelque ressemblance avec une besace; leur couleur extérieure est d'un brun sale; si l'on coupe une de ces poches en travers, on voit qu'elle forme une masse compacte comme marbrée ; ce sont des plis qui s'élèvent de la surface interne de la poche, et qui, interposés entre l'humeur desséchée et jaunâtre, donnent cette apparence marbrée. Cette humeur desséchée, est quelquefois tout a fait solide et comme résineuse, d'autres fois encore, molle et analogue à la cire, quand elle est plus récente. Sa couleur est jaune et brunâtre ; son odeur est forte, elle tient à la fois de celle du bouc et de celle du musc ; sa saveur est acre et amère (Richard).

On connaît le Castoréum de Sibérie et

celui du Canada; le premier, plus estimé, est celui que nous venons de décrire ; il possède une odeur caractéristique de cuir de Russie que M. Guibourt attribue Il l'écorce de bouleau dont se nourrissent les Castors. Celui du Canada et des autres parties de l'Amérique est contenu dans des poches plus petites, minces, oblongues et très-ridées; il répand une odeur de résine toute particulière attribuée aux écorces de pins et de sapins dont ces animaux font leur nourriture; d'après M. Kohli, le Castoréum du Canada, traité par l'eau distillée et l'ammoniaque, donne un précipité orangé, tandis que celui de Sibérie fournit un précipité blanc.

Le Castor de Sibérie et celui du Canada constituent deux espèces distinctes qui diffèrent aussi de l'espèce que l'on trouve encore quelquefois en France, et qui est connue sous le nom de liiévre.

L'analyse y a démontré :

Huile volatile, castorine, résine, albumine, matière grasse, mucus, carbonate d'ammoniaque, urates, benzoates, sulfates de soude et de potasse.

Brandes prétend que le Castoréum doit ces propriétés à la castorine ; Soubeiran veut au contraire que ce soit à l'huile volatile ; mais dans l'incertitude, il vaut mieux administrer le Castoréum, soit en nature, c'est-à-dire en pilules; ou suspendu dans une potion à laide d'une matière émulsive, ou bien encore en teinture alcoolique ou étliérée, l'alcool et l'éther dissolvant tous les principes actifs du Castoréum. Ces teintures se préparent exactement comme celle du musc.

La teinture du Castoréum, administrée sous forme de potion, doit être émulsionnée dans le sirop, afin d'empêcher la précipitation de la matière résineuse par l'eau.

CASTORÉUM. 389

ACTION PHYSIOLOGIQUE

Pour le Castoréiim comme pour le musc, M. Joerg, avec ses expériences de matière médicale pure sur des sujets sains, a substitué des sophismes thérapeutiques aux résultats cliniques seuls admissibles en pareil cas. Voici l'arrêt qu'il porte contre ce médicament : o Considérant qu'à la dose de 2a 8 décigrammes, leCastoréum n'a produit chez les différents expérimentateurs que des éructations accompagnées de la saveur qui est particulière à cette substance, ce qui prouve seulement qu'il est difficile à digérer, M. Joerg opine pour que le Castoréum soit rayé des matières médicinales et banni des officines comme inutile. » Observons que, d'après les essais de Thouvenel, il ne faut pas moins de 15 grammes de Castoréum administrés à un homme sain pour déterminer quelques symptômes d'excitation, et ajoutons que, même à cette dose, n'éprouvât-on rien, il faudrait bien se garder de préjuger l'action thérapeutique.

Galien, Gelse, Arétée ont employé le Castoréum dans des cas semblables à ceux oîi de nos jours son action est le moins contestée. Pline, Alexandre de Tralles en font aussi mention. Le premier a déjà su réfuter les erreurs accréditées de son temps sur le mode d'origne de cette substance. Toutefois il en a partagé plusieurs. Dioscoride n'a, en très-peu de mots, négligé d'indiquer aucune des circonstances importantes où ce remède est encore en possession de quelque avantage bien constaté. Son commentateur, Mathiole, ne laisse guère à désirer sur l'anatomie du Castor et les propriétés les plus saillantes de la substance sécrétée par ce rongeur. Mais c'est surtout dans Aétius que les indications thérapeutiques qu'il est propre à remplir sont soigneusement spécifiées à côté des cas qui en contre-indiquent l'usage.

Si nous consultons les auteurs moins éloignés de notre époque, nous les verrons adopter sur l'action thérapeutique du Castoréum les opinions les plus contraires ; mais nous ferons grâce à nos lecteurs des détails d'érudition critique toute pure auxquels pourrait nous entraîner cet examen. Ce qu'il faut en retenir se réduit à ce qui suit : employé dans toutes les affections nerveuses et spasmodiques que nous avons plusieurs fois spécifiées dans les articles précédents, le Castoréum a été évidemment utile ; et dans tous ces cas, son action a paru davantage se rapprocher de celle de la valériane et de l'asa fœtida que de celle du musc. Ses propriétés légèrement excitantes aux doses thérapeutiques, l'ont rendu quelquefois nuisible dans des circonstances où l'état du système circulatoire surtout, semblait contre-indiquer son emploi. L'enthousiasme de

r.90 MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES.

certains auteurs qui, comme Krausoldt, se sont plu à réciter la liste de presque toutes les maladies connues pour les guérir ou les soulager par leCastoréum; comme EttmuUer, qui dans toutes les affections nerveuses et en particulier l'hystérie et l'hypochondrie, le nomme anchora sacra; comme Schulz, Hilscher, Tilemann, qui dans leurs travaux particuliers sur cette substance l'ont proclamé le plus puissant des antispasmodiques, cet enthousiasme, disons-nous, mérite le môme blâme que le dénigrement absolu dont l'a frappé le célèbre Stahl, Junker, Rivin, et de nos jours M. Ratier, qui, pour être conséquent, a pu envelopper le Castoréum dans la proscription qu'il a décrétée contre les antispasmodiques. Depuis Dioscoride jusqu'à nous, un fait équivoque a traversé sans attaques cette mêlée d'opinions contradictoires qui accusent bien moins le Castoréum que le défaut d'attention et la mauvaise foi des observateurs : c'est l'utilité bien spécifiée de cet agent dans certaines aménorrhées et certaines coliques.

C'est surtout dans l'aménorrhée s'accompagnant de gonflement douloureux et tympanique du ventre, que nous avons vu le Castoréum remplir l'indication. Il s'agit des cas où l'utérus congestionné ne laisse échapper que quelques gouttes de sang avec douleur, avec une espèce de ténesme utérin. Notre expérience à cet égard est confirmative de l'expérience de nos devanciers qui n'ont jamais loué le Castoréum dans l'aménorrhée sans en caractériser l'espèce. C'est ainsi que Dioscoride dit : // provoque les fleurs aux femmes et est bon contre la colique et les tranchées; ce que sanctionne de sa propre expérience son savant commentateur Mathiole. Aétius s'exprime de la manière suivante : Ad suppi'essos menses ob copiam aut crassifiem sanguinis. Ettmuller n'est pas plus précis, bien qu'il soit plus explicite : Pro usu ciendi menses suppressos cum difficultate et variis abdominis pathematis fluentes.

Nous pourrions invoquer bien d'autres témoignages. Les coliques auxquelles il paraît convenir sont surtout celles qu'on nomme nerveuses et qui semblent avoir leur siège dans l'intestin grêle. Elles s'accompagnent de pâleur, de sueurs froides, de résolution subite des forces comme par une cause qui irait droit au foyer de la vie. Ces coliques sont sans évacuation, arrivent subitement après des émotions vives, le refroidissement de la région abdominale ou des pieds, comme lorsqu'un individu a été exposé longtemps à une pluie froide ; elles constituent une des espèces de la passion iliaque, de la colique appelée par quelques auteurs miserere. Il serait trop long de citer tous les traits sous lesquels les auteurs anciens ont figuré cette indication thérapeutique et les observations qu'ils ont données à l'appui. Qu'il suffise de savoir qu'à cet égard ils sont unanimes et qu'on ne saurait les accuser de s'être copiés mutuellement, car la plupart affirment d'après les observations de leur propre pratique. M. Rricheteau se loue beaucoup de cette substance dans les coliques hépatiques symptomatiques des calculs biliaires. Le Castoréum a joui aussi d'une réputation unanime pour aider le travail de l'accouche-

ment, calmer la violence des tranchées, et faire expulser la délivrance retenue, disent les anciens auteurs, parle spasme douloureux de l'utérus, toutes circonstances qui corroborent ce que nous avons dit de ce médicament dans certaines aménorrhées. Cette réputation de favoriser l'accouchement et l'expulsion du placenta s'est conservée dans le Nord, où Je Castoréum est d'un usage populaire en pareil cas.

L'iracéum proposé pour remplacer le Castoréum et qui paraît jouir des mêmes propriétés, est l'urine desséchée mêlée aux matières fécales du daman du Cap, Hyrax capensis : c'est une matière noire, solide, visqueuse, très-odorante, qui d'ailleurs est peu connue.

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