ACTION TOXIQUE
Quant à l'action toxique du Camphre, nous l'avons décrite en rapportant les expériences du docteur Alexandre, et celle que cite Fréd. Hoffmann. Elle est tout à fait analogue à celle qui appartient aux poisons narcotico-âcres dans laquelle Orfda a très-bien fait de ranger le Camphre. On dirait qu'elle est le produit de la confusion de tous les modes d'action que nous avons admis. Portés à un haut degré, les signes de sursédation vont jusqu'à la syncope, aux sueurs froides; à l'abolition des sens ; puis à ces accidents se joignent ceux d'une réaction impuissante, se manifestant par des efforts sans suite, sans résultat, dans lesquels le système nerveux remplace fâcheusement le système sanguin ; c'est de l'ataxie. Quant aux doses qui constituent l'intoxication par le Camphre, nous pensons qu'elles ont été en général exagérées, et qu'on peut, en une seule fois, en prendre 4 grammes sans risquer des accidents. Ceux-ci ont cela
de remarquable, qu'ils se dissipent très-promptement, sans laisser à leur ouite rien de fâcheux.
La Gazette médicale de Strasbourg (année 1850) cite un empoisonnement de trois anfants, l'un de cinq ans, le second de trois ans, et le dernier de dix-huit mois, produit par une dose de Camphre équivalente à une demi-cuillerée à café pour chacun d'eux, ce qui représente à peu près 2 grammes. Il serait superflu de décrire les symptômes de cet empoisonnement. Le plus jeune de ces enfants a seul succombé après avoir présenté, ainsi que ceux qui ont survécu, tous les accidents produits par l'ingestion des substances narcolico-âcres à doses toxiques.
Gomme toutes les substances contro-stimulantes, et qui ont des propriétés tout à la fois irritantes et sédatives avec une odeur forte et pénétrante, le Camphre a des effets très-peu constants et fort variables suivant les individus. Il en résulte que la susceptibilité de chacun variant beaucoup pour ce médicament, il importe de ne pas débuter dans son administration par de trop fortes doses. On pourrait, en effet, rencontrar des intolérances imprévues et causer de graves accidents.
Nous avons assez peu employé le Camphre. Ce n'est pas que nous ayons été effrayés du titre de remède incendiaire dont l'a qualifié la doctrine physiologique , mais les dissensions des auteurs, l'incertitude des effets, nous ont fait, sinon négliger, au moins nous défier trop sans doute de cet agent peut-être très-utile. Nous allons néanmoins passer en revue les diverses circonstances dans lesquelles on dit l'avoir administré avec succès, en faire connaître et en discuter les indications et les contre-indications, autant d'après nos propres données, qu'appuyés sur nos opinions pathologiques et thérapeutiques.
Phiegniasies. Prenons d'abord deux grands ordres de maladies où le Camphre a été préconisé par le plus grand nombre, rabaissé par quelques autres. Ce sont les fièvres et les inflammations : Quarb in febribus continuis quœ ferè omnes aliquid inflammatorii habent, itemque etiam in inflammationum generibus cœteris, in pleuritidc, phrenitide, anginâ, inflammations uteri, magna cum fructu semper Camphora cum nitro mixla in artis exercitio usus sum,. C'est Hoffmann qui s'exprime ainsi.
Ces assertions sont confirmées par un trop grand nombre de praticiens célèbres pour ne pas inspirer quelque confiance, au moins quant à l'innocuité du Camphre dans les cas en question. L.-B. Tralles assure ne pas connaître dans toute la Matière médicale d'agent plus puissant contre les inflammations. Existe-t-il beaucoup de médicaments, et en général beaucoup de moyens d'enrayer le cours de cet état organique appelé inflammation, lorsqu'il est bien établi, qulim firmiter hœreat, suivant l'cxpres-
sion des anciens? Ce n'est pas là la question. Il s'agit seulement de savoir si, dans les fièvres inflammatoires avec ou sans phlegmasies, le Camphre peut aider à apaiser la violence de la réaction fébrile, etc.. A petites doses, nous le pensons, sans toutefois le conseiller, au moins dans les fièvres inflammatoires aiguës et franches. Nous en dissuadons même 'hautement les praticiens, parce que, pour une sédation douteuse, on risque d'augmenter les accidents d'irritation générale et locale.
Rienne prouve mieux l'inconstance deseffetsdu Camphre que les observations contradictoires rapportées par plusieurs auteurs. C'est ainsi qne Junker, remarquant qu'il est utile dans certaines inflammations, nuisible dans d'autres, fait de subtils efforts pour spécifier les conditions de cette différence : In Us calorem auget, in aliis prœter naturam auctum minuit. •Il finit par en recommander l'usage dans toutes les phlegmasies, après une saignée pratiquée. Dans son gi'and ouvrage de thérapeutique générale, il met moins de restriction à son emploi que dans sa dissertation inaugurale. La néphrite est, suivant lui, la phlegmasie qui en réclame surtout l'usage à cause de la vertu diurétique et sédative des voies urinaires qu'il attribue à ce médicament. L'angine qui survient dans les fièvres continues est de même citée par Junker comme devant être traitée par le Camphre. Il est bon de dire que généralement ce praticien ne l'administrait guère qu'au début des inflammations, si adhuc recens est malum.
L'illustre Werlhofa rempli l^Commercium Narembergense d'observations de phlegmasies aiguës guéries par le Camphre. Il cite surtout beaucoup de pleurésies très -vives par la douleur locale et les phénomènes généraux, dans lesquelles ces symptômes furent apaisés assez peu de temps après l'ingestion du Camphre pour que l'action du remède puisse en revendiquer une part. Des pneumonies, des métrites puerpérales, ont paru bien s'en trouver aussi. Jamais, dit-il, des accidents n'ont suivi cette médication: Sanciè testor nullum plané indè caloris incrementum, sedpotiùs placidiora omnia, etc. Un médecin distingué de cette époque, Bergerus, répéta les essais de Werlhof, et obtint de prodigieux succès : il écrivit à celui-ci qu'il espérait bientôt amener tous les praticiens à cette bonne médication ; on lit dans cette lettre : //>sè illud prœcipuè in pleuriditealiisque internis inflammationibus 7najo7'i etiam dosiquàm quœ abs te commendatur sœpissimè felicissimèque usurpo.
' Joerdens, enhardi par ces exemples, administra le Camphre dans des pleurésies oii il obtint des effets prompts et complets. Alberti le vante aussi dans les mêmes cas, mais il recommande bien de ne le donner qu'au début des inflammations. A cette époque, dit-il, il n'est aucun médicament plus évidemment efficace ; mais il n'en est plus ainsi si l'on attend davantage. Ils sont du reste unanimes dans cette recommandation. Lorsque Werlhorf, Bergerus et Joerdens parlent de pleurésie, il est fort probable que, pour eux, toute cette affection gît dans le point de côté, la fréquence et la difficulté de la respiration, les symptômes fébriles, etc., sans qu'il soit question de l'épanchement; mais nous savons que, d'après la marche
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naturelle de cette maladie, le groupe do symptômes qui à leurs yeux la constitue tout entière, n'existeplus au bout de peu de jours, sans que pour cela la pleurésie puisse être dite guérie. L'épanchement reste, et nous ne pensons pas que le Camphre ait prise sur lui. Il est encore fort possible que' ces médecins n'aient eu affaire qu'cà des pleurodynies, expression rhumatismale qui s'accomode bien des calmants et des diaphorétiques tels que le Camphre. Mertens veut, pour qu'onle donne dans les maladies inflammatoires avec fièvre que le pouls soit dur, nerveux, et qu'on n'observe pas de signe de coction et de crise. Des larges doses de Camphre sont, suivant Pouteau, un moyen des plus héroïques contre les affections érysipélaleuses du bas-ventre qui surviennent dans les fièvres puerpérales.
Nous répéterons ici ce que nous avons dit plus haut, savoir qu'à moins d'indications particulières peu communes, il ne faut pas s'engouer de ces merveilleuses promesses.
Rhuinatisme/Ooiittc. Dans la goutte, et surtout le rhumatisme aigu et chronique, le Camphre s'est jusqu'à nos jours concilié d'assez nombreux suffrages : c'est ainsi que Collin rapporte un grand nombre de rhumatismes chroniques, mais plus encore de névralgies sciatiques, où il eut beaucoup à se louer du Camphre à hautes doses. Werlhof, op. cit., cite un cas de goutte déplacée et fixée sur les viscères, oii de hautes doses de Camphre paraissent avoir été très-efticaces. Les cas analogues sont communs dans les auteurs du dix-huitième siècle. En parlant du musc,, nous avons déjà eu occasion de signaler ces terribles accidents, et de faire sentir combien ils semblent céder heureusement à de fortes doses des remèdes qu'on appelle stimulants diff'usibles.
Depuis le commencement de ce siècle, plusieurs thèses et mémoires ont paru, qui accordent au Camphre une grande puissance curative dans le rhumatisme aigu fébrile ; c'est ainsi, au moins, que plusieurs de ces écrits sont intitulés. Mais les observations sur lesquelles les auteurs ont fondé leurs conclusions sont moins probantes qu'ils ne le pensent. Ainsi, par exemple, la thèse de M. Chèse( Paris, 1808) ne prouve absolument rien de ce qu'annonce le titre; on y voit que des névralgies sciatiques où le Camphre en frictions et en fumigations paraît avoir bien réussi; mais ces affections, bien que reconnaissant souvent une cause rhumatismale, ne sont pas le rhumatisme aigu fébrile.
M. Delormel {Journ. gén. de méd., t. CVII) cite plusieurs cas de rhumatisme chronique et de goutte complètement guéris par la vapeur du Camphre dégagée dans une étuve pendant cinq à six minutes, le malade étant déjà exposé depuis un quart d'heure à l'action de la chaleur sèche. A ces fumigations, on joint des pilules d'aconit et d'opium. Les observations qui ont pour objet les rhumatismes chroniques consécutifs à des rhumatismes aigus nous paraissent assez concluantes. Les dernières, qui appartiennent évidemment à des engorgements goutteux, ne méritent pas la même confiance, au moins comme cure radicale. Notons toujours que
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le gonflement articulaire et les incommodités qui en résultaient ont été détruits, mais n'allons pas en conclure, avec l'auteur du mémoire, qu'il a guéri la goutte; car résoudre un engorgement goutteux n'est pas plus guérir la goutte qu'exciser une excroissance vénérienne n'est guérir la syphilis. Nous voudrions, pour porter un jugement plus assuré sur ces observations, que le traitement eût été dégagé de l'aconit et de l'opium, qu'on sait ne pas être sans efficacité dans les cas dont il s'agit. Callen était si persuadé du caractère réfractaire de la goutte, que, tout en admettant que le Camphre pût dissiper une manifestation locale du principe goutteux, il aimait mieux ne pas l'employer dans les cas où l'éruption goutteuse ayant choisi pour se fixer une partie du corps indilférente à l'entretien delà vie, comme les membres, par exemple, il redoutait en la déplaçant une métastase viscérale ; et il le réservait au contraire pour délivrer ceux-ci aux dépens du retour de la goutte sur des parties moins essentielles.
A en croire M. Dupasquier, dans un mémoire dont on trouve un long extrait dans la Revue médicale, an 1826, t. II, p. 218, le rhumatisme articulaire aigu fébrile aurait trouvé son spécifique dans le Camphre en fumigations.
Voyons si, à l'exemple de Van-Helmont, M. Dupasquier n'est pas allé trop loin, en déclarant indignes de pratiquer l'art de guérir ceux qui ne savent pas tronquer une maladie dans son principe.
Des observations de ce médecin, deux bien caractérisées commerhumatisme fébrile général, sont comptées parmi les cas de guérison, la rémission des accidents ayanteu lieu, pour lapremière, au boutde trois semaines. Une récidive survient après huit jours de cette rémission ; elle est regardée comme un nouveau rhumatisme. Le sujet de la deuxième est dit guéri au bout de quinze jours; le temps est brumeux ; au bout de huit jours, récidive qui ne cesse qu'après trois ou quatre fumigations, et qu'on regarde encore comme une nouvelle attaque.
Lapremière erreur, ici, est de considérer un agent thérapeutique comme efficace dans le rhumatisme lorsque celui-ci ne cède qu'après trois ou quatre semaines ; car c'est là la durée moyenne de la maladie abondonnée à ellemême. La deuxième erreur consiste à compter comme une nouvelle invasion la récidive des douleurs articulaires, après huit jours de rémission de ces douleurs. Combien de fois n'avons-nous pas vu toute douleur, tout engorgement se dissiper alors que la fièvre rhumatismale étant toujours Là pour attester l'existence de la cause, nous prédisions que quelque nouvelle localisation ne tarderait pas à se montrer par les synoviales, l'endocarde ou le péricarde! Ces observations ne prouvent donc ni pour ni contre le Camphre. D'autres cas de rhumatisme musculaire, vague, apyrétique, sont ici sans valeur. Cette espèce n'a aucune durée fixe, et cède le plus souvent d'elle-même. Il n'y a que deux exemples de guérison en cinq jours de rhumatismes vraiment articulaires, aigus et fébriles, ■encore dans l'un d'eux on ne fait pas mention de la fluctuation des articu-
Icitions. Mais qui n'a vu, sans pouvoir s'en rendre compte, des rhumatismes qui, par leur analogie avec les plus réfractaires, semblaient devoir durer quatre à cinq semaines, disparaître au bout de quelques jours sans nulle médication, ou avec des médications insignifiantes? Tant il est vrai que le diagnostic, ce mot étant pris dans toute sa valeur, et la connaissance de la marche naturelle de maladies, sont les plus importantes des études du médecin !
M. Dupasquier pense que le Camphre agit en portant sur la peau une puissante révulsion. Mais le rhumatisme lui-même est une longue révulsion aux téguments externes qui sont brûlants, injectés, couverts d'une sueurprofuse, non critique, plus nuisible que soulageante; et c'est en faisant suer des malheureux, dont la plus grande incommodité est de trop suer, qu'on prétend les guérir! Ces considérations mises àpart, tout ce qui excite la peau, et provoque la diaphorèse, comme les bains tièdes, les bains de vapeur d'eau et aromatique, nous a toujours paru plus désavantageux, qu'utile dans le rhumatisme aigu.
Typhus, Adynamîe «les fièvres. Rien n'égale les éloges prodigués au Camphre dans la peste, les fièvres putrides, pétéchiales, malignes, et les inflammations de même nature, omnes morbi mali moris. C'est à la rapidité avec laquelle il traverse tous les couloirs, à sa faculté d'entraîner en se vaporisant à la surface de la peau, tous les miasmes qui infectent l'économie, ainsi qu'à son action antiputride directe, que les auteurs des deux derniers siècles attribuent sa vertu contre la peste. Pringle, qui a expérimenté ses qualités désinfectantes, en faisait un heureux emploi dans les typhus nosocomiaux, et dans les fièvres des camps à leur deuxième et troisième période. Fréd. Hoffmann nous apprend qu'après une peste meurtrière, Vérone éleva une statue à un médecin nommé Heinisius^ pour les services qu'il rendit dans cette épidémie avec une huile qui a conservé son nom, et dont le camphre constituait la base. Le camphrefut aussi prodigué dans la peste de Marseille. R médium in febribus malignis sine Camphorâ est intar militis sine gladio. C'est ainsi que s'exprime Ettmuller, dans le fanatisme thérapeutique qui, en général, le caractérise. A entendre L. B. Tralles, grâce aux Camphre, le fléau de la peste va laisser reposer le monde : Non tut gibbosa cœmeteria reddit pestis emortuale virus. Mindererus, Rivière, Fernel, Schultz, Hartmann, Wepfer, en parlent avec autant d'enthousiasme pour les services qu'il leur a rendus dans les fièvres malignes, en rapportent de leur propre pratique un grand nombre d'observations, à leurs yeux très-péremptoires, et que nous nous abstiendrons d'analyser, ainsi que la relation que fait Callisen (Acta socictatis regiœ tranniensis, 1. 1, p. 407) d'un typhus des vaisseaux, dans lequel , après avoir vainement tenté toutes sortes de moyens, il eut enfin recours avec succès à la vertu antiseptique et sédative du Camphre.
Ce médicament n'abrégea pas la durée de la maladie, comme on peut s'en convaincre en lisant le rapport de Calbsen : carie typhus qu'il décrit
est bien probablement nne dothinentérie grave et épidémique; mais par son action sédative il exprima très-évidemment beaucoup de symptômes exagérés, et amena d'heureuses terminaisons. De nos jours, où, après de longs débats et des recherches sévères, on a été conduit à renfermer dans un seul genre (fièvres typhoïdes, continues graves, dothinentérie) toutes les fièvres désignées autrefois comme bien distinctes sous les noms de fièvre maligne, putride, adynamique, nerveuse, pestilentielle, on sait combien il faut être réservé, pour prononcer sur les effets bons ou mauvais d'une médication quelconque dans ces sortes d'affections. Tout au plus, peut-on se permettre quelques moyens pour lever les obstacles aux tendances de la nature et dégager sa marche des complications qui l'entravent, telles que les inflammations parenchymateuses, les hémorrhagies non critiques et les phénomènes nerveux. Nous ne voulons donc pas juger les faits des auteurs qui sont favorables au Camphre. Peut-être sur la fin de la maladie, lorsque surviennent les accidents dits putrides et nerveux, comme eschares, hémorrhagies sous-cutanées, soubresauts des tendrons, coma, etc., etc., cet agent n'est-il pas sans avantage....
Il est une fièvre particulière que Rivière a décrite sous le nom de pétéchiale et que nous n'affirmerions pas être une dothinentérie. Le Camphre fut-il aussi utile qu'Hoffmann le déclare? C'est ce qui est fort incertain, car ce médicament était donné vers le milieu du deuxième septénaire, et Rivière dit que lesmalades entraienten convalescence au bout de quelques jours. Cela ressemble bien à la marche naturelle de ce genre d'affection. Il est juste de dire pourtant que dans ses observations et dans celles fort analogues rapportées par Huxham, les accidents menaçants qui étaient la cause ou l'effet des pétéchies s'amendaient bien sous l'influence du Camphre. Ceci rentre dans la question des complications qui, selon nous aussi, doivent être combattues comme nous le conseillons plus haut.
Huxham remplissait deux indications en donnant le Camphre dans les fièvres lentes nerveuses et pétéchiales. D'abord il excitait la diaphorèse sans allumer la fièvre : au contraire, à cet avantage, il joignait celle d'apaiser réréthisme et de produire le sommeil dans les cas où les opiats n'agissaient pas.
Le Camphre a joui d'une grande réputation dans les fièvres éruptives, s'accompagnant de malignité et de putridité, surtout lorsque l'exanthème venant à se supprimer, la vie du malade est compromise parles accidents de tout genre dus à cette rétropulsion. C'est comme alexipharmaque, antiseptique et sudorifique qu'il était prescrit dans ces circonstances.
Haller décrit une épidémie de variole qui régna à Berne en 1735, et dont la gravité était principalement due à des taches noires, des hémorrhagies sous-cutanées qui se montraient entre les pustules. On sait que Sydenham regardait ces taches et le pissement de sang comme des signes certains d'une mort prochaine : Sanguinis mictum et maculas purpurea quœ ità certè mortem prœnunciant. Or Haller réclame contre ce pronostic absolu. Les cas qu'il cite se trouvent dans les mêmes conditions appré-
ciables que ceux de Sydenham. La mortalité était générale : toutes les médications échouaient ; enfin il découvrit un moyen de salut, le Camphre : id verô fuit Campliora. Du moment où il donna ce remède (1 gramme par jour dans une potion), il ne vit plus les taches hémorrhagiques ni les terribles accidents qui les accompagnaient, et si, par l'imprudence des gens qui entouraient le malade, celui-ci prenant des cardiaques, on en voyait paraître quelques-unes, la potion camphrée rendait aussitôt à la variole sa marche bénigne. Cette potion était continui'e jusqu'à la dessiccation. Nous n'avons jamais eu l'occasion de remplir l'indication où Haller fit un si heureux usage du Camphre. Nous n'hésiterions pas à le faire si elle se présentait. L'arrêt de Sydenham nous permettrait de tout essayer en pareil cas. Ses pronostics sur la variole ne nous ont que bien rarement trompés.
L'autorité de Tissot serait encore pour nous d'un grand poids. Comme Haller, il avait recours au Camphre dans les cas que nous avons spécifiés. Il est vrai qu'il y joignait les acides, dont l'action en pareil cas n'est pas douteuse. Faut-il croire que le camphre puisse^ comme l'a dit Rosenstein, énerver le virus variolique et réaliser l'opinion préconçue de Boerhaave sur la possibihté de dompter ce principe ? Faut-il croire que celui-ci inoculé avec une solution de Camphre, l'infection variolique est empêchée ? Ces expériences n'ont aucun titre à notre confiance.
Est-il nécessaire de dire que le Camphre a été préconisé comme souverain dans les fièvres intermittentes ? Tous les agents de la matière médicale n'ont-ils pas été tour à tour investis de cette puissance ? En traitant de la médication antispasmodique, nous signalerons les cas où ces divers moyens peuvent satisfaire à des indications particulières en combattant des éléments pathologiques indépendants de la maladie périodique. Son influence sédative de la circulation l'a fait vanter par Hoffmann en particulier contre les hémorrhagies. Collin paraît être le praticien qui a le plus fait usage du Camphre. Il le portait cà des doses énormes. La collection importante d'observations qu'il a publiées dans VAnnus medicus, sous le titre de Camphoi^œ vires, se compose en grande partie de faits relatifs à des ulcères sordides, réfractaires, à des gangrènes spontanées, des phlegmasies de mauvaise nature, des abcès, des suppurations interminables venues à la suite de varioles, de scarlatines surtout, de fièvres putrides, d'hectiques purulentes symptomatiques de caries, etc. Dans tous les cas, il existe un état d'infection du système dont la cessation sous l'influence du Camphre précède toujours l'amélioration de l'état local. Il y a aussi quelques exemples de leucorrhée et d'hystérie heureusement modifiées par le Camphre. Les faits rapportés par Collin sont de ceux qui nous semblent devoir concilier au Camphre le plus de suffrages. C'est dans des cas analogues que nous craignons le moins de l'employer.
Dysuric. Les maladies des voies urinaires, et parmi elles, celles qui sont accompagnées de dysurie et de stangurie, sont assez sûrement dé-
gagées de ces accidents par l'usage intérieur du Camphre. C'est surtout dans la blennorrhagie compliquée de difflculté et de douleur pour uriner, qu'il a été conseillé. Plusieurs mémoires récents témoignent de son efficacité en pareil cas. On cite des rétentions d'urine oii le Camphre à l'intérieur a pu épargner le cathétérisme aux malades. Les anciens et les modernes sont d'accord sur ce point. Junker dénie néanmoins au Camphre ce mode d'influence, ainsi que Gullen, que de nombreux faits, dit-il, ont amené à cette opinion. Ce genre d'emploi du Camphre sei-a examiné à la fin de l'article, à la question des combinaisons du Camphre, comme correctif de divers agents.
L.-B. Tralles et Fréd. Hoffmann, qui ont porté les vertus du Camphre jusqu'à une exagération ridicule, le prônent comme un excellent anùsyphilitique. Personne, nous présumons, ne sera tenté dans faire l'essai.
iVë-vroses. Si des maladies humorales et des lésions organiques nous passons aux affections nerveuses ou névralgiques, nous les aurons toutes à énumérer à propos du Camphre. Nos lecteurs ne gagneraient rien à ces longueurs. Qu'ils sachent que le Camphre a été loué h l'excès, et quelquefois blâmé dans toutes les névroses imaginables, et principalement dans l'hystérie, l'asthme et les maladies avec Ûatuosités; pour les névralgies, dans celles de la face et des dents. Nous ne nous arrêterons plus qu'cà deux séries de faits, ce sont ceux qui ont rapport au traitement de la manie par le Camphre et à la propriété anaphrodisiaque de ce médicament.
C'est à l'imperfection des connaissances des anciens sur les maladies mentales, à la confusion qui régnait dans le diagnostic de ces affections, à l'absence de distinction établie entre les genres et les espèces de vésanies, à l'ignorance où ils étaient sur leur marche naturelle et leur traitement moral, qu'il faut attribuer la réputation de spécifique dont a presque universellement joui le Camphre dans le traitement de la mélancolie et delà manie avec ou sans délire. Paracelse, Sennert en parlent très-avantageusement dans ce sens. Ettmuller affirme qu'il ne lui a jamais été que fort utile dans les délires mélancoliques avec ou sans fureur préalable.
Werlhof, Bergerus, Joerdens ont cité des faits à l'appui de cette action dans le Comm. Noremh. Kinneir l'a vu réussir quatre fois; Fériar, Laugther l'ont administré plusieurs fois sans aucun effet; Cullen n'en a rien obtenu, mais il cite un cas où il l'a vu manifestement agir.
Pinel ne se prononce pas sur cette question, bien qu'il croie que dans la manie, les antispasmodiques à hautes doses puissent trouver leur indication. Savoir saisir celles-ci dans un genre de maladies de causes diverses, de symptômes et de marche si Ihictuants, si irréguliers, si peu soumis aux efforts salutaires de l'organisme, nous paraît chose bien difficile.
Priapisme. Le signe articulé par Avenbrugger dans son travail qui a pour titre : E xpervnentum nascens de remedio specifico suh signo specifico
in mania virorum, comme indicateur de l'emploi du Camphre dans la manie, lève-t-il ces embarras ? Nous ne saurions le juger, parce que ce point de sémciotique est tombé dans l'oubli sans que nous sachions si cet oubli est justifié par l'infidélité constatée du signe dont il s'agit.
Avenbrugger prétend que le Camphre guérit spécialement la manie chez les mâles lorsqu'elle est accompagnée de la condition suivante : 4» pénis contractus, exilissimus; 2° scrotum corrugatum, vaciium; 3° amùo testiculi ità retracti, ut ad caxwn abdominis propè introducti appareant. Autre condition moins importante : Vulsio manuum ad interiora. L'existence de ce dernier signe permet de présager le premier. Il paraît suffire chez les femmes pour autoriser l'usage du Camphre.
Dans les cas qui réunissaient ces conditions, Avenbrugger commençait par débarrasser le ventre à l'aide de purgatifs antiphlogistiques ; il saignait du pied jusqu'à disparition des signes de pléthore, attachait le maniaque dans son lit, tenait le ventre incessamment recouvert de fomentations chaudes émollientes, et jusqu'à guérison absolue il prescrivait une mixture avec 2 grammes et demi de Camphre pour les vingtquatre heures. Toutes les observations rapportées par Avenbrugger dans son intéressant travail appartiennent à des maniaques avec délire furieux et fièvre, presque tous jetés dans cet état par des causes morales. Il ne tenait pas compte de l'efFroyable excitation qui semblait se développer sous l'influence du Camphre, et avait à cet égard adopté l'axiome suivant : Vis maniaci vi eludenda est, ubi de remediorum externorum et internorum accuratâ administratione agitur.
La diminution des accidents s'observait dans un ordre régulier et toujours annoncé par une réduction successive et proportionnée de l'état spécifique des parties génitales à leur état normal. Après le premier nycthéméron, le pénis s'allonge; à la fin du deuxième, un des testicules est descendu au fond du scrotum qui s'affaisse ; enfin, après soixante-douze heures, l'autre est aussi descendu. A dater de ce moment, la maladie se comporte ainsi : sommeil profond, sueurs abondantes, le malade éveillé n'est pas encore entièrement apyrétique ; interrogé, il ne se plaint que d'une grande fatigue musculaire, d'une faim dévorante et de la gêne de ses liens. Alors on diminue graduellement les doses de Camphre, qu'on poursuit néanmoins longtemps encore après la disparition de tous les symptômc'b.
Certes, voilà qui est précis, non équivoque. Personne n'empêchera Avenbrugger d'avoir vu ce qu'il a vu. Et puis, ce médecin éclairé avait des termes de comparaison. Il avait eu occasion de voir traiter et de traiter lui-même un très-grand nombre de maniaques, d'après la méthode de Nicolaûs Sedana, son maître. Ce traitement consistait en saignées du pied qu'on faisait alterner avec des vomitifs pendant un long temps, et les malades guérissaient moins promptement que lorsqu'on leur donnait le Camphre. Mais il faut bien dire que le traitement préparatoire éner-
gique qu'Avenbnigger faisait subir à ses malades pouvait avoir une grande part dans leur rétablissement.
Ces faits n'en ont pas moins leur intérêt, et si nous nous y sommes arrêtés un peu longuement, c'est pour que les praticiens aient l'attention éveillée sur le point de séméiotique qu'ils tendent à consacrer et sûr sa valeur relative à l'indication du Camphre avec les précautions conseillées par Avenbrugger. Tous les praticiens qui l'ont prescrit dans la manie l'ont porté à hautes doses et avec persévérance. Ils ont attribué les insuccès des autres à la négligence de ces deux conditions de réussite.
Jusqu'à quel point est fondé ce fameux adage de l'école de Salerne : Camphora per nares castrat odore mares?
A cet égard on doit consulter les faits. Si nous les comptons, la majorité confirmera l'action anaphrodisiaque qu'un plus petit nombre tend à infirmer. Les services que ce remède rend dans les dysuries, les maladies des voies urinaires, font encore présumer cette action sédative que nos expériences propres nous ont paru aussi justifier. Mais, comme tous les effets du Camphre, celui-là paraît fort variable. M. Ricordlui attribue en pareil cas une vertu éminente.
Ulcères aiouiques. L'emploi extérieur du Camphre est sujet à moins de diversité dans ses résultats. Dans les ulcères de mauvaise nature, scorbutiques, dartreux, les gangrènes spontanées, la pourriture d'hôpital, il possède réellement une vertu antiputride trop souvent manifestée pour qu'on la révoque en doute. C'est dans ces cas surtout que Collin l'employait, et il le faisait prendre en même temps à l'intérieur, lorsque ces lésions externes paraissaient sous l'influence d'un vice général. On en saupoudre les parties. Dans ces cas, son mélange avec le quinquina en poudre rend la médication plus sûre. On l'emploie sous forme d'huile de camomille camphrée en fomentation dans les météorismesdu ventre qui tiennent à une atonie de la tunique charnue du tube digestif. Dissous dans l'alcool, il est utile dans les entorses légères. Des compresses imbibées de cette eau-de-vie camphrée résolvent les ecchymoses, font disparaître l'engorgement et la douleur des entorses. Sous cette forme, on s'en sert aussi en embrocations dans le rhumatisme et les névralgies chroniques. On le prescrit aussi extérieurement dans tous les engorgements froids, sur les membres affaiblis à la suite de fractures, etc., sur les seins pour faire passer le lait des nouvelles accouchées ; sur le foie dans certaines hypertrophies de cet organe. On en arrose avec avantage les cataplasmes résolutifs. Il nous a souvent réussi de cette manière. Plusieurs auteurs ont conseillé d'en faire dégager la vapeur dans les lieux où sont plusieurs malades affectés de maladies dites putrides et de nature gangreneuse. On l'incorpore à certaines pommades contre la gale, l'eczéma, etc., pour apaiser l'irritation de la peau, empêcher les démangeaisons, eic.
Erysîpèie. M. Malgaigne {Gaz. /^îec?., juillet 1832) a consigné quelques
observations d'emploi du Camphre appliqué sur les érysipèles. Il dit que ni les anciens ni les modernes ne parlent de cette médication. Junker, Pouteau, Murray s'en expliquent pourtant d'une manic're assez claire. Pour juger la valeur réelle d'un agent contre l'érysipèle, il faut bien connaître la marche naturelle de cette affection; alors on voit parfaite ment que, quoi qu'en dise M. Malgaigne, les cas d'érysipèle interne, précédé de fièvre, de celui que nous appellerons érysipèle médical, qu'il rapporte en preuve du bienfait de l'usage du Camphre, ont imperturbablement rampé sur la face et le cuir chevelu en dépit du médicament, et que celui-ci n'a eu d'action véritable que dans les cas d'érysipèle cliirurgical survenu à la suite des lésions externes aux environs de ces lésions. Les conclusions de M. Malgaigne ne sont donc valides que relativement à cette dernière espèce. Cet auteur pense avec raison que par le froid intense qu'il produit sur les parties qu'on en recouvre (entre des compresses mouillées en ayant soin d'arroser de temps en temps les compresses), il pourrait remplacer la glace dans les atfections cérébrales. Les aspersions d'éthor camphré sont le moyen le plus commode d'employer le Camphre localement dans les érysipèles ambulants et dans les érythèmes. De cette manière l'éther se volatilise rapidement au contact de la peau enflammée, et une mince couche de Camphre reste appliquée sur les parties. Nous en faisons ainsi un usage fréquent et heureux. De tout temps on a beaucoup vanté les collyres résolutifs faits avec le Camphre, et nous croyons que c'est à juste titre. Il est peu d'ophthalmies qui répugnent à son emploi.
Substances antagonistes. A l'exemple de Murray, nous avons voulu réunir cà la fin de cet article tous les cas où, combiné à d'autres agents la plupart fort énergiques, le Camphre est considéré comme capable d'en atténuer les effets délétères sans nuire au but de la médication qu'on se propose en administrant ces substances. Ces combinaisons ont surtout eu lieu avec les drastiques, le nitrate de potasse, les cantharides, le mercure, le quinquina et l'opium.
. Suivant quelques-uns, l'action du Camphre, correctrice de celle des cantharides sur les organes génito-urinaires, est spécifique et à peu près infaillible. Nombre de fois nous en avons été témoins. D'autres, et parmi eux surtout Junker, Cullen et M. Barbier, d'Amiens, refusent au Camphre cette faculté, et l'accusent même d'augmenter les accidents qu'on se propose de calmer. Ces divergences prouvent seulement que ce mode d'influence n'est pas constant, et voilà tout. Nous engageons néanmoins les praticiens à ne pas le négliger. Lorsqu'ils seront obligés d'apphquer un large vésicatoire, surtout chez les enfants, ils feront bien de le saupoudrer de Camphre, méthode préférable à l'ingestion par la bouche. Cette propriété du Camphre confirme et est confirmée par celle que' nous lui avons déjà reconnue dans la chaudepisse dite cordée et les rétentions d'urine.
Lorsque le Camphre était fort usité dans le traitement des inflammations et des fièvres, on l'associait presque toujours à l'azotate dépotasse, qui augmentait sa force sédative et prévenait les inconvénients de la stimulation qu'il causait quelquefois. L'utilité de son union avec les drastiques pour en modérer l'action trop irritante nous paraît bien hypothétique. Pris avec les préparations mercurielles, on dit que d'un côté il atténue leur puissance antivénérienne, mais que de l'autre il empêche la salivation. Les faits sur lesquels reposent ces opinions n'ont pas eu de suite dans la science. Lassone et Halle ont attribué à cette subtance le pouvoir de s'opposer aux accidents de narcotisme causés par l'opium. Le raisonnement s'accomode assez bien de cette opinion admise par Murray, rejetée par Cullen et M. Orfila. Le nosologiste anglais pensait que le Camphre était capable d'augmenter l'efficacité antipériodique du quinquina.
Récemment, un chimiste qui a cherché partout la célébrité, M. Raspail, est venu renchérir sur l'enthousiasme des anciens médecins pour le Camphre. Un morceau de cette substance peut remplacer tous les agents de la matière médicale, nous allions presque dire ceux de la médecine opératoire.
• Le nom populaire de l'auteur d'une si merveilleuse découverte nous force malgré nous, en quelque sorte, à la communiquer à nos lecteurs ; et, pour ne pas être accusés d'exagération, nous laisserons parler M. Raspail. Toutefois, avant de lui donner la parole, nous dirons que c'est en vertu d'une théorie pathogénique propre à l'auteur que le Camphre est devenu tout à coup le sauveur du genre humain malade. Toutes les nifiladies ont pour cause la présence d'insectes dans l'économie : or le Camphre est un insecticide puissant. Donc, etc.. Que répondre à cela?
« 1" Soit une tabatière à double fond, dont un compartiment renferme du Camphre réduit en poudre impalpable, et dont l'autre soit destiné à contenir de petites cigarettes de Camphre dont je vais donner la construction, on aura là une petite pharmacie portative pour une foule de cas qui ne sortent pas du cadre de l'hygiène ordinaire, et dont je vais spécifier quelques-uns ci-après. Les cigarettes dont je parle sont de petits tuyaux de paille ou de plume à écrire du plus petit calibre, dans lesquels on a introduit des grumeaux de Camphre, que l'on y contient au moyen de deux tampons de papier Joseph ; on fume ces cigarettes comme une cigarette ordinaire, mais on les fume à froid, c'est-à-dire qu'on se contente de faire passer par leur capacité l'air qu'on aspire; en même temps on a soin d'avaler la salive que la présence de la cigarette provoque. Quant au Camphre en poudre, on le prise comme le tabac à pynser, dont il offr(3 tous les avantages hygiéniques sans posséder aucun de ses inconvénients, car cette poudre n'est presque pas sternutatoire, et ne produit aucun écoulement coloré ou incolore, en sorte qu'on peut en prescrire l'usage aux dames, aux enfants, etc., dans tous les cas où le tabac serait indiqué comme hygiénique ou moyen de distraction.
iU MÈDICAxMENTS ANTISPASMODIQUES.
« 2° Le second appareil consiste dans une compresse en linge, imbibée d'alcool saturé de Camphre, et dans un surtout soit en caoutchouc, soit en parchemin, soit en vessie, soit en linge fortement empesé à la gomme ou à l'amidon, et dont les dimensions soient telles que l'on puisse l'envelopper d'une atmosphère de Camphre. Si le mal avait envahi toute la surface du corps, ce swtout pourrait être remplacé par un sac soit en peau, soit en toile fortement empesée.
« On sera peut-être étonné au premier abord de m'entendre dire qu'au moyen de ces deux catégories d'appareils on parviendra à soulager instantanément, et quelquefois à dissiper comme par enchantement une foule de maux lents à guérir, et même rebelles à tout autre traitement. Je prie MM. les médecins de croire que je ne me suis pas dissimulé l'effet de cette première impression, mais je les prie de passer outre comme moi, et d'expérimenter. Je fais un appel, non à leurs souvenirs, mais à leur conscience, et la conscience du physiologiste est tout entière dans l'expérimentation.
« 3° Dans toutes les affections de poitrine qui peuvent être rangées dans les catégories désignées par les expressions suivantes : toux, rhumes, catarrhes, grippe, étouffements, pituite, coqueluche, croup, que le malade tienne constamment à la bouche une cigarette de Camphre; qu'il n'aspire l'air presque que par ce petit tuyau ; que de temps à autre il prise de la poudre de Camphre, ce dont du reste il peut se dispenser comme d'un accessoire de simple utilité ; les accès diminueront d'intensité et se succéderont avec moins de fréquence, alors qu'ils ne cesseront pas tout à coup. Le malade ne tardera pas à éprouver un sentiment de bien-être, qui est presque subit lorsque les poumons sont simplement engorgés.
« 4" L'analogie me porte à croire que l'usage constant et non inten^ompu des cigarettes de Camphre est capable de dissiper tous les symptômes de la phthisie pulmonaire, au moins à la première période, et dès lors la prudence ferait un devoir de l'indiquer, même dans les cas désespérés de cette maladie.
a 5° 11 est un fait sur lequel je n'élève pas le moindre doute, c'est que les douleurs provenant d'une adhérence pulmonaire, celles que les malades désignent sous le nom de points de côté, se dissipent presque surle-champ par l'emploi de la compresse d'eau-de-vie camphrée joint à l'usage des cigarettes. Je n'oserais pas avancer qu'il en soit de même des affections du cœur autres que l'anévyrsme bien caractérisé; cependant j'ai par devers moi de fortes raisons pour pencher vers l'affirmative : au reste, le remède est si inoffensif, qu'on ne s'exposera à rien par un essai inutile.
(( 6" Dans les affections de l'estomac rebelles aux médicaments antiphlogistiques, on sent le mal disparaître par l'usage seul des cigarettes; et je conseillerais même volontiers à MM. les pharmaciens de faire entrer un centigramme de Camphre par litre dans la composition de leurs sirops de gomme (on sait que le sucre a la nropriété de dissoudre cette
substance). On ne saurait croire d'avance tout l'effet de cette simple addition, presque insignifiante. Les personnes qui souffrent à jeun de l'estomac se soulagent instantanément en aspirant une cigarette, et rien n'est plus hygiénique que de faire un usage habituel de ce moyen. Depuis plus de trois mois j'en ai constamment une à la bouche ; et il me manque quelque chose toutes les fois que je suis forcé d'en départir.
« 7° Dans les maladies qui affectent les viscères que renferme la capacité abdominale, entérites, fièvres intermittentes et typhoïdes, etc., choléra, fièvre jaune, affection du foïe^ de la rate, des reins, de l'utérus, etc., que l'on recouvre toute la surface abdominale de la compresse d'eau-de-vie camphrée, arrosée fréquemment et emprisonnée dans son surtout; qu'on oblige le malade à n'aspirer l'air que par le tuyau d'une cigarette, ou par celui de tout appareil analogue que commandera la position spéciale du malade, et qu'on n'interrompe en aucun cas ce traitement jusqu'à la terminaison de la maladie ; l'effet sera du genre de ceux qui ont fait donner à certains médicaments la désignation ([''héroïques. (J'ai vu des fièvres intermittentes être coupées par la seule application d'un morceau de Camphre sur le creux de l'estomac.)
« 8° 11 en sera de même dans les maladies de la peau ; mais en règle générale, et dans ce cas plus que dans tous les autres, on ne doit jamais avoir recours à L'emploi des compresses sans faire nsage abondamment des cigarettes et du sirop camphré. En d'autres termes, on ne doit jamais envelopper la surface épidermique du corps d'une atmosphère camphrée sans revêtir les surfaces muqueuses de vapeur de Camphre ou d'un liquide légèrement camphré. C'est le moyen de s'opposer aux répercussions, dans les cas oii elles sont à craindre.
« 9° Quiconque soigne une maladie contagieuse de l'homme ou des animaux doit priser ou fumer le Camphre, si toutefois il n'a pas déjà l'habitude du tabac; mais, dans l'un ou l'autre cas, il ne doit interrompre en aucun instant cette médication, et ses vêtements doivent être fortement imprégnés de l'odeur de l'une ou de l'autre substance. Je le répète, toute la puissance du préservatif est dans la constance de son emploi.
« 10° Dans les maladies de la boîte crânienne autres que les inflammations, on enveloppera constamment la tête de la compresse en y joignant l'usage des cigarettes et de la poudre à priser. Le tournis se dissipera peut-être en peu de temps, mais le malade en sera bientôt soulagé.
((Lorsqu'un cheval sera menacé ou attaqué delà morve, qu'on attache à chaque branche du mors un gros sachet de Camphre, de manière que l'air aspiré par les naseaux entraîne dans les cavités nasales une forte dose de vapeur de cette substance, et que le palefrenier fasse usage de la médication ci-dessus. J'ose avancer que les cas de morve seraient moins nombreux en France si l'on avait soin de tenir les écuries dans un plus grand état de propreté, si les murs en étaient mieux crépis, les toiles d'araignées enlevées avec plus de soin, et surtout si l'on avait la précaution d'y faire des fumigations fréquentes de tabac, ou bien enfin si Von
parvenait à haLitucrlo cheval à porter constamment un petit snchet de (lamphre aux naseaux; on aura soin aussi de laver de temps à autre l'orifice des naseaux avec de l'eau-de-vie camphrée.
« 11° Les maux d'oreilles et d'yeux, en général, guérissent en versant de la poudre de Camphre dans le tuyau auditif et l'y maintenant avec du coton, en saupoudrant la conjonctive d'un peu de poudre de Camphre. La petite douleur que la conjonctive éprouve du premier contact de cette poudre est de très-courte durée. Qu'on introduise un grumeau de Camphre dans le creux d'une dent cariée, et qu'on l'y maintienne avec du plomb en feuille ou du papier mâché, la douleur, si aiguë qu'elle soit, se dissipera en quelques instants, et quelquefois le progrès de la carie est arrêté : on recommencera si la douleur se renouvelle et si la carie continue ses progrès.
(( Il ne faut pas attacher une grande importance à la répugnance que certaines personnes éprouvent pour l'odeur du Camphre; cette répugnance est quelquefois imaginaire et de convention ; mais en tout cas elle s'efface au bout de quelques instants, si le malade peut s'astreindre cl ne pas sentir d'autre odeur. Les impressions de nos sens s'émoussent par la constance et l'uniformité. »
Notre but sera rempli, si l'exposition de tant de leurres et de tant de sottises peut préserver le lecteur des séductions d'un empirisme dange- Yvux, et inexplicable si l'amour seul de la vérité l'inspire.
En résumé, le Camphre semble se partager l'action de plusieurs classes de médicaments. Ses effets contro-stimulants le rapprochent beaucoup de ceux de la digitale, de la scille, de l'ellébore, de l'aconit, etc. D'autre part, il possède des propriétés antispasmodiques très-prononcées, et qui l'assimilent surtout au musc, et encore au castoréum ; car les indications spéciales auxquelles satisfait ce dernier médicament sont remplies avec la même sûreté par le Camphre, Comme le musc, il est plutôt efficace contre les symptômes nerveux graves qui marchent avec les maladies aiguës fébriles que contre les symptômes nerveux primitifs et constituant les névroses. Son action stimulante est fort incertaine et accidentelle , elle dépend de trop de conditions impossibles à réunir et à diagnostiquer pour pouvoir utilement servir ; dans les cas où on a cru la mettre à profit, c'est surtout sa vertu antiseptique qui s'est manifestée ; car il paraît avoir dans les maladies dites putrides des avantages qui ne peuvent résulter que de cette vertu. Appliqué topiquemcnt, il jouit de propriétés résolutives incontestables. Ses qualités antiseptiques le recommandent aussi dans ce mode d'administration.
MODES d'administration ET DOSES.
On l'administre souvent en pilules. Pour le réduire en poudre, il faut le triturer avec quelques gouttes d'alcool. Il n'agit jamais plus activement q'U! suspendu ou dissous dans les émulsions do liquides onctueuX;, le
jaune d'œiif, le lait, la crème; dans des potions ordinaires à l'aide de la magnésie, et même de l'amidon, dans l'alcool, l'eau-de-vie, le vinaigre, dans des sirops, des juleps. La dose peut, selon les besoins, s'élever de 50 centigrammes à 1 gramme par jour, en ayant soin de la fractionner. ■ Elle peut môme être portée plus haut avec cette précaution. Son action est très-fugace. Il est impossible de la fixera cause du caractère variable de son intensité d'action. Suspendu dans un jaune d'œuf, il trouve souvent son indication en lavements. L'eau-de-vie et l'huile camphrées sont ■d'un usage vulgaire. Une foule de préparations internes et externes contiennent du Camphre.
ETHERS.
Los anciens chimistes donnaient le nom d'Ellier à la comlDinaison, en certaines proportions, de l'alcool et de l'acide sulfiiriqne. La volatilité de ce liquide, son inflammabilité, son odeur pénétrante et agréable lui avaient valu le nom d'Ether. Plus tard, on put constater que beaucoup d'autres acides jouissaient à cet égard des mêmes propriétés que l'acide sulfurique, €t qu'ils formaient également de l'Etlier avec l'alcool.
Nous ne croyons pas devoir ici entrer dans la théorie des Ethers, et nous renverrons aux ouvrages de chimie organique ■qui en traitent m extenso. Nous nous bornerons à indiquer le mode de préparation des Ethers employés en thérapeutique, et celui de divers médicaments dans la composition desquels ils entrent.
Cependant nous dirons que tous les alcools (alcools de vin, de fécule, de bois, etc.) peuvent donner naissance à trois genres d'Ether. Les Ethers viniques sont seuls employés; nous allons les indiquer :
1" Les Ethers du premier genre peuvent être considérés comme formés d'hydrogène bicarboné et d'un équivalent d'eau C^H^HO ou comme un oxyde d'éthyle = C''H50. L'Ether sulfurique est le seul de ce groupe.
2» Les Ethers du second genre sont composés du même hydrogène carboné et d'un hydracide G4i^CIH, ou comme une combinaison de l'éthyle avec un métalloïde autre que l'oxygène = C^H^CI ; les Ethers chlorhydrique, iodhydrique, sulfhydrique, etc., appartiennent à ce groupe.
30 Ceux du troisième genre renferment les acides qui ont servi à les former, combinés à l'Ether du premier genre ; ainsi l'Ether nitrique serait représeiité par As03, C^'HSQ. Les Ethers nitreux, l'huile douce de vin et tous ceux formés par les acides organiques appartiennent à cette classe.
Les Ethers que l'on emploie en médecine sont l'Ether sulfurique, l'Ether nitreux, l'Ether acétique.
Elher sulfurique, Ether hydraiique , oxyde d'élhyle. L'Ether sulfurique est un liquide incolore, d'une odeur suave, vive et pénétrante. Sa densité est de 0,7L II bout à 38 degrés et se volatilise rapidement à la température ordinaire.
L'Ether se dissout difficilement dans l'eau, en agitant, par exemple, deux volumes égaux d'eau distillée et d'Ether; les deux liquides se séparent par le repos : l'Ether contenant de l'eau en dissolution occupe la partie supérieure du vase ; la couche inférieure est composée d'eau ne contenant qu'un neuvième de son poids d'Ether.
On prépare l'Ether en faisant agir l'alcool sur l'acide sulfurique à l'aide de la chaleur. L'opération consiste dans une distillation.
On rectifie le produit en le distillant avec de la potasse ou de la magnésie; cet Ether doit être neutre aux papiers réactifs; celui du commerce renferme toujoiu's de l'eau et de l'alcool. L'Ether médicinal doit marquer 5G degrés à l'aréomètre de Baume.
L'eau de Rabel, ou alcool sulfurique, formée d'un mélange de trois parties d'alcool à 83 degrés et une partie d'acide sulfurique à 66 degrés, ne doit pas être considérée comme un simple mélange, car elle renferme de l'acide sulfovinique (bisulfate d'oxyde d'cthyle) ; aussi ce produit prend-il à la longue une odeur fortement éthérée ; la coloration rouge qu'il présente est due aux pétales de coquelicot.
Liqueur d'Hoffmann, ou alcool éthéré.
Pr. : Ether sulfurique 1 part.
Alcool à 83 degrés i
Mêlez.
MS
MÉDICAxMENTS ANTISPASMODIQUES.
Eau èthér^e.
ELlier sulfuriquo 1 l'art.
E^u distillée 3
On met clans un flacon bien bouché 'l'eau et l'Etlier, et l'on agite vivement à plusieurs reprises; après vingt-quatre heures, on renverse le flacon, et l'on soutire l'eau sans laisser couler l'Elher en excès qui est à la surface. On estime que l'eau, clans ce cas, dissout le dixième de son poids d'Ether.
Siro^p d'Ether (Sirupus cum Ethere sulfurico).
Sirop de sucre incolore.. . . 800 gram.
Eau distillée 100
Alcool de vin à 80 degrés.. . 50
Etlier sulfurique rectifié.. . . 30
On met le sirop et l'Ether dans un flacon qui porte une tubulure à sa partie inférieure et sur le côté; on adapte ù cette tubulure un bouchon qui est luimême traversé par un bout de tube creux; on bouche l'extrémité du tube avec un ])etit bouchon de liège. On agite le mélange de temps en temps, pendant quatre ou cinq jours, puis on abandonne au repos. Le sirop se trouble d'abord, puis s'éclaircit. On le soutire alors par en bas.
Le Sirop ne dissout pas toute la quantité d'Ether qui a été employée : une partie vient nager à la surface: n' 'is il estnécessaire d'employer un excès d . allier pour qu'il y ait saturation (Soubeiran).
Elher nitrique, Ether nilreux. Ether hyponilreux, nilrile d'oxyde d'éthyle. C'est un liquide . d'un blanc jaunâtre, d'une forte odeur de pomme de reinette, d'une saveur acre et brûlante. Sa densité est de
0,94. Il bout à -H 2(! degrés R. lorsqu'il est pur. Mais celui des pharmacies est toujours mêlé d'alcool.
La facilité de sa volatilisation le rend très-difficile ii conserver; toutefois il peut être employé comme réfrigérant dans lecas de céphalalgie. Il est d'ailleurs inusité.
Elher aci^lique. Il est incolore, et a une odeur suave qui rappelle celle de l'Ether sulfurique et de l'acide acétique. Sa densité est de 0,86. Il bout à 7'. degrés. Pur, il se conserve sans altération; mais, s'il est mêlé à l'eau, il se forme peu à peude l'acide acétique et de l'alcool. Il se mêle à l'alcool en toutes proportions et est soluble dans sept parties d'eau. On suit, pour sa fabrication, le procédé indiqué par M. Thenard.
Alcool ;i Sfi degrés (34 Cart.). 100 part. Acide acétique concentré. . . 63 Acide sulfurique concentré. . 17
On mêle d'abord dans une cornue l'alcool et l'acide acétique; plus tard, ouajoute l'acide sulfurique, et l'on chauffe, pour retirer par la distillation 125 partie* du produit.
L'Ether acétique est rarement employé à l'intérieur; mais on prépare avec cet Ether la mixture suivante :
Baume acétique camphré.
Pr. : Savon animal râpé.. . . 8 gram.
Camphre 8
Ether acétique 60
Huile volatile de thym. 20 goutt.
Faites dissoudre à froid, et conservez:
dans un flacon bien bouché.
ACTrON PHYSIOLOGIQUE.
L'étude des Éthers, que leurs propriétés ordinaires et anciennement connues rangent naturellement dans la classe des antispasmodiques, est complétée par l'étude des propriétés nouvelles que leur absorption par lesvoies respiratoires a manifestées aux observateurs depuis quelques années. Ces propriétés, qu'on a qualifiées d'anesthcsiques, ont été appréciées à la suite des médicaments narcotiques dont les Éthers se rapprochent sous ce rapport. Nous allons achever l'histoire de cesliquidss merveilleux par l'exposition des effets antispasmodiques qu'ils produisent administrés à l'intérieur.
L'Ether a été rangé par tous les auteurs parmi les stimulants difftisibles. On a eu raison jusqu'à un certain point : cette dénomination, qui est bien loin d'annoncer toute l'action thérapeutique de l'Ether, a peutêtre l'inconvénient d'intimider les praticiens trop crédules, et de les empêchor d'être utiles. Exprime-t-elle mieux son action physiologique? Oui, sans doute, moins mal; et pourtant, ici encore, on a enllé les des-
criptions et tiré des conséquences que l'expérience dément chaque jour.
Nous avons pris d'une seule fois un gros et demi d'Éthcr. Il ne faut pas essayer de rendre la sensation qu'on éprouve lorsque le liquide est dans la bouche, et qu'on veut l'avaler. C'est une explosion de suffocation insolite, de chaud et de froid si pénétrants et si intenses, qu'on ne peut analyser ce chaos d'impressions. Ce qui reste, c'est une chaleur assez vive qui, à mesure que le liquide descend (la déglutition en est fort laborieuse), se fait sentir à l'œsophage, puis à l'estomac. Une fois que le goût et l'odorat cessent d'être affectés par la saveur spéciale et l'odeur subtile et suave de l'Éther, les phénomènes consécutifs sont ceux produits par l'alcool, avec cette différence que ces derniers sont plus prononcés, s'étendent bien plus aux organes de la circulation, se dissipent moins promptement et jettent dans une stupeur fatigante, une ivresse crapuleuse; tandis que l'action de l'Éther se borne à exalter un peu, mais subitement, la susceptibilité sensoriale, avec quelques vertiges auxquels succèdent bientôt une certaine obtusion des sens, comme elle serait produite par l'interposition d'une gaze très-fine entre les stimulants extérieurs et toutes les surfaces de relation, en particulier celle de l'œil, de l'oreille, et des instruments du tact et du toucher. Joignez à cela un peu de témulence à la conjonctive, quelques fourmillements erratiques parcourant assez agréablement la peau des extrémités, tout cela s'évanouissant au bout d'une heure, et faisant place à un grand bien-être, à une refocillation fort salutaire et à un appétit extraordinaire. Le pouls et la chaleur ne sont pas sortis de leurs limites physiologiques, les urines n'ont pas été plus abondantes. Voilà très-fidèlement ce que nous avons ressenti. Plusieurs auteurs, et en particulier Schwilgué, avaient déjà, comme nous, énoncé le peu d'influence de l'Éther sur le système vasculaire. L'excessive volatilité de cette liqueur fait qu'une partie seulement est absorbée. Ce qui entre dans les voies de la circulation est rapidement éliminé par la muqueuse pulmonaire.
On voit par cette description, tracée en 1836, combien nous étions près de l'action anesthésique de l'Éther introduit par l'inhalation pulmonaire. Le mot seul manque au compte rendu des effets que nous avons éprouvés. Que nous eussions augmenté la dose ou tenu un peu plus longtemps le flacon sous le nez, l'anesthésie cérébrale pouvait être déterminée et les nouvelles propriétés de l'Éther connues dix ans plus tôt.
C'est à l'Éther sulfurique pris pour type que s'appliquera spécialement tout ce que nous allons dire.
ACTION THÉRAPEUTIQUE
L'Éther nous paraît réunir les propriétés des antispasmodiques à celles des excitants. Il est l'anneau de transition de la première de celte classe de médicaments à l'autre, et si nous l'avons inscrit dans cette catégorie, c'est qu'à coup sûr il retient encore plus de la manière d'agir des pre-
miers que des seconds. Les annales de l'art, nos observations journalières, en font foi. D'ailleurs, en parlant des excitants proprement dits, nous montrerons qu'eux aussi, sont puissamment antispasmodiques, sinon purement, exclusivement, et par eux-mêmes, comme la valériane et les gommes résines, au moins médiatement et en dernier résultat.
Les antispasmodiques ont des propriétés qui leur sont communes, et peuvent se suppléer jusqu'à un certain degré. Chacun d'eux, cependant, a des privilèges d'action qui, pour ne pas lui appartenir à l'exclusion des autres, lui font donner la préférence quand il s'agit de déterminer cette action spéciale. C'est ainsi que l'Éther est particulièrement appliqué à certaines formes des affections nerveuses qu'il réussit mieux à combattre que ses analogues, lesquels, à leur tour, l'emportent sur lui dans d'autres conditions morbides.
. Indiquons de suite que, plus les maladies spasmodiques sont peu profondes, mobiles, récentes, impétueuses et soudaines dans leur apparition, plus aussi l'Éther a de prise sur elles. Développons cette formule générale, en spéciOanl les faits particuliers dont elle est l'expression.
Hystérie. Celui-là aurait une bien fausse idée de l'hystérie, qui ne croirait à son existence qu'alors qu'elle éclaterait avec ses accidents les plus exagérés, et qui aurait besoin, pour la reconnaître, des convulsions, de la suffocation, de la perte de connaissance, etc. Comme la plupart des maladies sans matière, elle est vague, irrégulière, affranchie du rhythrae calculable qui caractérise les affections inflammatoires et les pyrexies. Une chose bien importante à savoir, c'est qu'elle est décojnposable, c'està-dire qu'elle peut apparaître tantôt avec tous ses symptômes, tantôt avec un seul, avec deux, avec trois, sans cesser d'être elle-même. Le bon observateur la devine à quelques bâillements suivis de sanglots et de soupirs entrecoupés et sans cause appréciable ; il la voit dans de simples palpitations de cœur pendant lesquelles la poitrine semble se gonfler chez les jeunes filles, dans une dysphagie passagère, dans un météorisme subit qui se déplace et semble vouloir s'échapper par la partie supérieure du tube digestif oii il opère une sorte d'étranglement, dans un hoquet spasmodique, dans une jactation comme involontaire accompagnée d'impatience et de soupirs profonds, en un mot dans tous ces éléments vaporeux qui, réunis et portés à un haut degré, constituent l'attaque hystérique, et qui, ainsi détachés, cèdent comme par enchantement à quelques gouttes d'Éther, et y cèdent avec d'autant plus de rapidité qu'Us sont plus récents, plus isolés, plus indécis. Quant à leur intensité, e^le n'est pas toujours une contre-indication de l'Éther. On voit souvent des femmes jetées dans le plus grand désordre nerveux par quelques accidents hystériques, éprouver des palpitations considérables, un grand étouffement, etc., être rendues à un calme subit et profond par une cuillerée de sirop d'Éther. Le tableau que nous venons de tracer rappelle la valériane et ses indications. En effet, ces deux agents ont une
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grande analogie, et sont, parmi les antispasmodiques, ceux qui peuvent se suppléer le plus avantageusement. Tous deux ont une action rapide, mais fugace, prompte à s'user. Ils diffèrent des gommes-résines sous d'autres rapports, qui seront indiqués au chapitre Médication antispasmodique.
Si le mot hystérie ne peut convenir h l'homme, étymologiquement parlant, il en est tout autrement par l'état spécial du système nerveux auquel il s'applique. Bien des hommes souffrent tous les accidents spasmodiques que nous avons énumérés plus haut, surtout les flatulences et les palpitations. L'Éther leur réussit fort bien. Certaines personnes nerveuses sont sujettes à des congestions subites et partielles, qui n'ont aucun des caractères de celles qui naissent sous l'influence de la pléthore ; la saignée accroîtrait cette espèce de congestion, car elles sont souvent une suite de pertes de sang excessives ; l'Éther les dissipe dans la plupart des cas. Il en est de même des inégales répartitions de la chaleur chez les mêmes sujets. A lui seul, il suffit pour faire cesser les douleurs atroces de l'iléus spasmodique, de même qu'il est donné avec succès dans la gastrodynie, le vomissement convulsif, la toux nerveuse. On sait qu'il est d'un usage vulgaire dans les convulsions des enfants, surtout celles qui arrivent pendant la dentition.
Il y a peu de temps que, passant la nuit près d'un enfant de deux ans, opéré de la trachéotomie pour un cas de croup, nous eûmes l'occasion de nous convaincre de la vertu antispasmodique de l'Éther. Cet enfant, à l'autopsie duquel nous trouvâmes les deux poumons farcis de pseudomembranes et de mucus plastique jusque dans les bronches capillaires, avait une agitation extraordinaire, une orthopnée effrayante : c'était bien le cas de renoncer aux antispasmodiques en vertu de ce prétendu axiome pathologique : Sublatâ causa, etc. Comment se fait-il pourtant qu'à chaque cuillerée de sirop d'Éther, le malheureux enfant reprit du calme et du sommeil auxquels le retour de la suffocation et des convulsions l'arrachait bientôt, l'action de l'Éther s'usant rapidement et nécessitant fréquemment une nouvelle administration du même remède suivie de la même rémission, et ainsi de suite plus de dix fois jusqu'à la mort, qui eut lieu le matin par les progrès incessants de l'asphyxie et de sa cause? En traitant delà Médication antispasmodique, nous insisterons avec grand soin sur cette question.
Spasmes des viscères. En sa double qualité de stimulant diffusible et d'antispasmodique, l'Éther peut rendre d'immenses services, conjurer une mort prochaine dans le cas de métastase goutteuse et de localisation de ce principe sur le cœur, le cerveau et les centres nerveux splanchniques. On voit des syncopes menaçantes, des cardialgies atroces, des délires, dos apoplexies inopinées dues à la cause que nous venons d'énoncer; on voit ces terribles accidents disparaître en peu d'instants par de hautes doses d'Éther prises tout d'un coup. Toutes les fois qu'une
maladie quelconque s'écarte de sa marche naturelle et se complique de quelques symptômes nerveux, les potions où entre l'Éther peuvent dissiper ces éléments de complication : c'est ce qui se voit surtout dans les exanthèmes irréguliers, les fièvres de mauvais caractère.
Il est des cas où l'organisme, plongé dans une adynamie profonde et directe, demande le secours des toniques, et où ceux-ci, rencontrant un système nerveux trop épuisé pour répondre à leur action, ont besoin, pour être sentis et produire leur effet, d'cti'e associés à un stimulant qui réveille la vitalité des solides, et la monte à un point où alors les toniques ont leur utile influence. L'Éther peut servir ainsi d'adjuvant au quinquina, "etc., quoique moins spécialement que quelques autres stimulants, l'acétate d'ammoniaque, par exemple. On ne peut qu'attribuer à une erreur de diagnostic les cas de guérison radicale du croup que Pinel et Alibert racontent avoir obtenus par l'emploi des iumigations d'Ether. Il suffit de lire leurs observations pour voir que ces deux praticiens ont eu afl'aire à de faux croups, à des angines striduleuses : nous concevons très-bien son efficacité dans cette dernière affection.
Tout le monde connaît l'heureux emploi qu'on fait de l'Éther respiré dans un flacon, contre les syncopes, les défaillances, les pâmoisons, etc. Pinel le recommandait chez les jeunes filles aménorrhéiques par une trop grande mobilité nerveuse, un état spasmodique de l'utérus ; Tissot, pour combattre les pollutions nocturnes dues à une imagination trop vive. Nous ne saurions rien affirmer sur l'utilité de l'Éther tant prônée par Durande, Sœmmering, Richler, dans le traitement des calculs biUaires. Ces praticiens n'auraient-ils pas eu à traiter de simples coliques hépatiques, où les antispasmodiques sont très-bien indiqués? Après tout, comme ce n'est pas la présence seule du calcul qui cause la colique hépatique, mais les spasmes que ce corps étranger détermine, il est fort possible que, sans attaquer le calcul, l'Éther calme la colique, c'est-à-dire l'irritation nerveuse expultrice. Et la preuve qu'il en est ainsi, c'est que la colique cesse, quoique le calcul reste. L'Éther passe pour diurétique, et, en effet, nous l'avons vu déterminer cette action dans un certain nombre de cas. Desbois, de Rochefort, l'administrait avec avantage dans les fièvres intermittentes, lorsque, dit-il, elles étaient réduites à leur plus grand état de simplicité : il suspendait ainsi la périodicité comme pour tout ce qui agit vivement sur le système nerveux. Nous savons qu'uni au quinquina, il peut être fort utile contre quelques symptômes des fièvres intermittentes pernicieuses. Dans presque toutes les formes de ces affections si graves, il est bon de combiner l'action des antispasmodiques diffusibles aux préparations de quinquina.
Tpenîa. Bourdicr a proposé un traitement de tœnia par l'Éther. Voici comment il veut qu'on l'emploie : Prendre le matin, à jeun, 4 grammes d'Éther sulfurique dans un verre de forte décoction de fougère mâle ; une heure après, le ver étant supposé assoupi par l'action anodine de
l'Éther , on avale 2 onces d'huile de ricin pour le chasser hors du 'ventre. Si l'on présume qu'il est dans l'intestin, on l'enferme dans la potion éthérée et un lavement avec 8 grammes du même anthelmin tique, puis on donne le purgatif expulseur. Lorsque le taenia existe dans l'estomac, le succès est certain. Bourdier rapporte quatorze cas où son remède a été mis en usage : sur ce nombre, cinq malades qui avaient le taenia dans le ventricule ont guéri en trois jours. Des neuf autres, trois, chez lesquels le ver était dans les intestins, en ont été délivrés aussi en trois jours; quatre, après deux traitements; deux seulement ont conservé le redoutable entozoaire.
La célèbre liqueur minérale anodine d'Hoffmann n'est autre chose que l'Éther sulfurique adouci par l'addition d'une certaine quantité d'alcool i on a appelé ainsi le dernier produit de la distillation de l'Éther, auquel on conseille môme d'ajouter un peu d'huile douce de vin. Hoffmann exaltait cette fameuse liqueur dans tous les cas où nous avons recommandé l'Éther.
A l'extérieur, l'Éther trouve quelquefois son indication : on a rapporté des cas où tous les moyens de réduction des hernies étranglées ayant échoué, on eut recours à l'application de l'Éther sur la tumeur, qui, tout d'un coup, diminua de volume et rentra dans le ventre. Le moyen est facile, et peut toujours être employé avant d'en venir au tlébridement. Dans les céphalalgies intenses, les migraines, l'Éther appliqué sur le front et les tempes peut soulager par le froid subit qu'il procure. On voit que tout n'est pas nouveau dans l'histoire de ses propriétés anesthésiques locales. En frictions il dissipe les douleurs rhumatismales et névralgiques.
Choléra, Nous avons eu beaucoup à nous louer du sirop d'Éther dans le choléra épidémique, à la dose d'une cuillerée à bouche toutes les heures, administré concurremment avec la glace et une boisson légèrement excitante, l'infusion de menthe, par exemple. Nous en suspendions tout à fait l'emploi dès que se manifestaient un peu de chaleur et de présence du pouls radial. Nous avons dû à cette stimulation simple et modérée des réactions modérées elles-mêmes, exemptes assez souvent de cet état typhoïde comme parsemé de phlegmasies interminables et de mauvais caractère qui emportaient tant de malades.
DOSES ET MODE d' ADMINISTRATION.
A cause de son extrême volatilité, on ne peut pas toujours se flatter de faire ingérer toute la quantité d'Éther qu'on a voulu prescrire. Dans les potions, les juleps , on l'administre depuis quelques gouttes jusqu'à 4 grammes (les flacons doivent être exactement bouchés). H est des cas •où, à cause du serrement des mâchoires et de la dysphagie, on est obligé
in MÉDICAMENTS ANTISPASMODIQUES.
de l'administrer en lavements depuis 2 grammes jusqu'à 8; quelques gouttes sur un morceau de sucre suffisent, dans bien des cas, pour dissiper des symptômes nerveux en apparence formidables. La préparation la plus commode et la plus sûre est la sirop d'Étber, heureuse invention de M. Boullay. Chaque once de sirop contient environ 4 grammes d'Étber. C'est une liqueur fort agréable, et qui peut remplacer toutes les anciennes préparations.
Sous le nom de perles d'Ether, M. le docteur Clertan, de Dijon, a eu l'heureuse idée d'enfermer la liqueur incoercible dans une enveloppe gélatineuse. L'Éther est avalé ainsi très-facilement, et comme une petite pilule; puis, tout à coup, on sent l'estomac comme inondé d'une sensation de fraîcheur agréable, qui annonce la rupture ou la dissolution de l'enveloppe. Nous ne saurions trop recommander ce nouveau mode d'administration.
L'Éther sulfurique renferme souvent de l'acide sulfureux, lorsqu'il a été mal préparé. Son action est alors bien différente et moins efficace. L'Éther entre dans presque toutes les potions antispasmodiques.
L'Éther acétique (découvert en 1739 par le comte de Lauraguais) a été peu employé. C'est à M. Sédillot qu'on doit à peu près tout ce qui est connu sur les propriétés thérapeutiques de cet Éther. Ce médecin commença ses essais en 1784. Comme effets physiologiques, il nota qu'à la dose de 12 à 18 gouttes, il lui causait une propension assez marquée au sommeil, que porté à 2 grammes, il en résultait un calme profond, un besoin presque insurmontable de dormir. Nous n'avons pas été aussi heureux que M. Sédillot; et, sans vouloir attaquer la véracité de ses essais, ou en contredire les conclusions, nous dirons seulement qu'aprèsavoir pris, au moment de nous coucher, 20 à 30 gouttes d'Étber acétique, nous avons passé la nuit entière sans goûter de sommeil, chose qni ne nous arrive presque jamais, et dont l'Éther acétique seul a été la cause, appréciable du moins. Quoi qu'il en soit, M. Sédillot tenta cet Ether dans tous les cas où le sulfurique était indiqué, mais en triplant la dose. Il se convainquit qu'il avait des propriétés antispasmodiques aussi énergiques, et qu'à beaucoup d'égards il lui était préférable; que„ comme ce dernier, il ne portait pas de sécheresse et de chaleur à la gorge ;, que son action était jjIus facile à maîtriser; qu'aussi bien'' que l'opium il combattait diverses affections gastriques, spasmodiques et douloureuses, et que, comme lui, il ne suspendait pas les sécrétions et l'action des organes. Cet auteur ajoute que, sans regarder l'Ether acétique comme un spécifique contre le rhumatisme, il l'avait sur lui-môme employé avec avantage dans ce cas comme précieux palliatif des douleurs, excepté dans les cas où elles reconnaissent pour cause un principe goutteux. 11 l'a vu réussir merveilleusement contre les douleurs laiteuses. Nous avons déjà dit que la dose devait être triple de celle de l'Ether sulfurique.
L'éther nitrique ou, pour mieux dire, nitreux a été conseillé dans tous.