VOMITIFS
bronchique; — 2° de violentes contractions de l'estomac, de l'intestin, des muscles abdominaux et du diaphrag-me ; — 3° le rejet parla voie antérieure des matières contenues dans l'estomac et les premières portions de l'intestin grêle ; il y a aussi souvent en même temps des évacuations par la voie rectale ; — 4° une congestion de toute la muqueuse dig-estive ; — 5" une accélération du pouls, une élévation de la tension artérielle et de la température rectale.
Quand les vomissements ont cessé et que le calme est revenu, on constate souvent un ralentissement du pouls et de la respiration et un abaissement de la température rectale.
Emploi thérapeutique. — Quelle que soit la nature du vomitif administré, les efTets ci-dessus se produisent toujours avec une intensité plus ou moins grande. Ces etrets physiologiques communs doivent servir de base aux indications thérapeutiques.
Les vomitifs, produisant V évacuation des matières contenues dans l'estomac, sont indiqués toutes les fois qu'il y a trouble de la digestion gastrique par suite d'excès d'aliments ou par suite de la présence des matières nuisibles. Ils conviennent notamment dans les empoisonnements lorsque la matière toxique est encore • contenue en totalité ou en partie dans la cavité stomacale.
L'effet congestionnel qu'ils déterminent sur la muqueuse gastro-intestinale les fait employer comme substitutifs dans les maladies chroniques des voies digestives; comme décongestionnants et comme dérivatifs dans les maladies des organes respiratoires, dans la pneumonie, la pleurésie, la bronchite, etc. (
L' eïïet /uj persécréto i)^e pvoduil une déplétion du système vascu- '• laire, déplétion qui favorise la résorption des produits morbides . ij-'^et leur élimination par la voie des glandes. Cette propriété hyper- '^ sécrétoire les rend utiles dans toutes les maladies inflammatoires des organes parenchymateux, surtout quand ces maladies sont encore à la période de début. En provoquant l'évacuation de la bile, les vomitifs sont indiqués chez les carnivores et omnivores dans l'ictère et les calculs biliaires.
La dépression consécutive qu'on remarque sur les grandes fonctions étant accompagnée d'un effet antifébrile est très favorable au retour de l'état normal dans les maladies fébriles.
Chez les ruminants, les troubles digestifs connus sous le nom de pica sont favorablement influencés par les vomitifs, quoique le vomissement n'ait pas lieu.
Division des vomitifs. — On peut reconnaître trois sortes de
vomitifs en se basant sur les points où se localise leur action élémentaire : 1° les vomitifs réflexes, qui produisent le vomissement en irritantl'estomac ou les extrémités gastriques des nerfs vagues ; 2° les vomitifs centraux qui n'ag-issent qu'autant qu'ilssont absorbés et transportés par l'intermédiaire dusang-jusqu'au centre vomitif, sur lequel ils agissent directement; 3° les vomitifs mixtes, qui ag-issent par une action mixte, c'est-à-dire qui excitent à la fois les extrémités gastriques des nerfs vagues et le centre vomitif.
Les principaux vomitifs réflexes sont la racine d'ipécacuanha et ses principes actifs la céphaline, l'émétine, le sulfate de cuivre, le sulfate de zinc, etc.
Les vomitifs centraux les mieux connus sont : l'apomorphine et ses sels.
Le principal vomitif mixte est Témétique.
Ipécacuanha annelé.
[Cephœlis Ipécacuanha (Rubiac6es).J
Cette plante croît dans les forêts du Brésil et de la Nouvelle-Grenade et fournit à la matière médicale sa racine vomitive, connue sous le nom d'ipéca. Le mot ipécacuanha est d'origine portug-aise; il est formé dez(petit),joe(au chemin), caa (plante), f7oene(vomitif).
Cette racine contient trois alcaloïdes, la psychotrine, la ■céphaéline et Xémétine\ en outre on y trouve de l'amidon, de la résine, de la cire, de la g-omme, un acide g-allique spécial, appelé -acide ipécacuanhique .
hdi céphaéline est éminemment voniilice; Vémétine est à la fois vomitive et expectorante, et Vacide ipécacuanhique est surtout untidiarrhéique.
La poudre d'ipéca de bonne quaUté ne contient pas moins de 2 p. 100 d'alcaloïdes totaux {Codex, 1908).
'L'émétine C"°H'**Az20* est solide, en poudre blanche, cristalline, inodore, d'une saveur amère, peu soluble dans l'eau (1 p. 1000), facilement soluble dans l'alcool, le chloroforme, l'éther, le sulfure de carbone, les huiles grasses et essentielles. Elle forme des sels : l'azotate n'est soluble dans l'eau qu'à 1 p. 100; le sulfate d'émétine est plus soluble.
Effets physiologiques. — L'ipécacuanha agit localement sur les tissus à la façon d'un irritant. Mise en rapport avec la peau dépouillée de son épiderme, elle suscite une inflammation locale
des plus énerg-iques ; une petite pincée de poudre insufflée dans l'œil d'un chien donne lieu à une phleg-masie oculaire tellement intense que la cornée est quelquefois perforée. Appliquée sur la peau intacte du cheval, sous forme de pommade, elle ne produit qu'une lég-ère vésication.
Introduite dans le tube dig-estif, elle est encore irritante, mais à un degTé moindre qu'à l'extérieur. A très faible dose, l'ipéca ag-it sur la muqueuse digestive de tous les animaux comme un tonique astringent et produit la constipation. 11 n'excite pas sensiblement le péristaltisme du gros intestin et n'augmente pas les sécrétions intestinales; c'est pourquoi il ne purg-e pas.
A dose convenable, la poudre d'ipéca détermine le vomissement chez les carnivores, les omnivores et les oiseaux. Ce vomissement s'établit lentement, mais en revanche il dure plus long-temps que celui produit par le tartre stibié ; il n'est d'ailleurs que rarement accompag-né d'un efîet purgatif.
Chez les herbivores, de fortes doses d'ipécacuanha déterminent de violents efforts de vomissement, un ptyalisme abondant, de la tristesse, de l'abattement, effets qui ne se dissipent qu'au bout de quelques jours. On a constaté une g*rande différence dans l'activité de ce médicament chez les g-rands herbivores, suivant qu'il est administré sous forme solide ou liquide (Tabourin).
A la dose de 50 g-rammes chez le cheval, sous forme de bol, la poudre d'ipéca ne produit qu'un lég-er mouvement fébrile, tandis que la même dose donnée sous forme de breuvag-e produit des efforts de vomissement très violents.
Après leur absorption, les principes actifs de la racine d'ipécacuanha ag-issent fortement sur la sécrétion bronchique, dont le produit devient plus fluide et plus abondant. C'est donc, à faible dose, un expectorant énergique. Elle active également la sécrétion biliaire et passe pour un cholagogue puissant.
Lorsque de fortes doses ont passé à l'absorption par une voie quelconque, on voit apparaître, outre l'effet expectorant, des nausées et le vomissement chez les carnivores. Pour produire le vomissement par l'injection hypodermique, intratrachéale ou intraveineuse, il faut des doses plus fortes que si on administre le médicament par la voie buccale.
Mécanisme de Vaction vomitive. — L'ipécacuanha produit le vomissement parce que son principe actif irrite directement les extrémités nerveuses sensitives qui se distribuent dans la mu-
Vt
queuse stomacale. Le vomissement est réflexe et a pour point de départ l'excitation des extrémités gastriques des fibres des nerfs vagues. Ce mode d'action de la céphaéline et de Véméthie est établi par un grand nombre de faits :
1° Après la section des deux nerfs vagues, ces alcaloïdes ne produisent plus de vomissement, quelle que soit la voie d'administration;
2° Introduits dans l'estomac d'un animai, l'ipécacuanha produit le vomissement plus vite que quand ses principes sont absorbés par une autre voie. Après l'ingestion stomacale, le vomissement apparaît au bout de trois ou quatre minutes, tandis qu'après l'injection intraveineuse il ne se montre qu'au bout de dix minutes ;
3° L'ipécacuanha mis en contact avec la partie postérieure de la muqueuse intestinale, même à forte dose, ne provoque pas de vomissement. On peut attribuer l'absence de vomissement dans ce cas à ce que l'absorption se fait lentement; les doses d'alcaloïdes qui sont éliminées à un moment donné par la muqueuse gastrique restent trop faibles pour exciter suffisamment les nerfs sensitifs de cette muqueuse.
Ces faits démontrent que les principes actifs de l'ipéca n'agissent pas sur le bulbe, mais excitent directement la muqueuse gastrique ; l'excitation transmise au bulbe par la voie des pneumogastriques est, de là, réfléchie et déversée par la moelle et les nerfs moteurs jusqu'à la tunique musculaire de l'estomac et jusqu'aux muscles du vomissement. Le vomissement que produit l'ipécacuanha après l'injection intraveineuse, sous-cutanée ou intratrachéale, s'explique par l'excitation de la muqueuse stomacale au moment de l'élimination des principes actifs par les glandes gastriques.
Emploi thérapeutique. — Gomme vomitif, l'ipécacuanha est indiqué chez les animaux jeunes, faibles, surtout quand il faut éviter un effet purgatif consécutif. La purgation qui suit le vomissement avec certains vomitifs aflaiblit beaucoup les animaux ; or l'ipéca n'ofl're pas cet inconvénient.
Ueffet tonique local que développe la poudre d'ipéca, à faible dose, la recommande dans l'atonie du canal gastro-intestinal, dans les diarrhées épuisantes, les douleurs intestinales, les catarrhes chroniques de l'estomac et la surcharge de la panse chez les ruminants. On l'unit alors généralement à la gomme, à l'amidon, à la quinine, au laudanum, etc. C'est un bon antidiarrhéique.
h'effet expectorant indique l'emploi des préparations d'ipéca à
dose non vomitive dans les maladies chroniques des voies respiratoires, pour rendre le mucus plus tluide, moins adhérent et plus facile à éliminer.
Doses. — 1" Doses votnitires :
Poudre d'ipéca (estomac).
Porc ler.OO à 3s''.50
Chien 0 ,50 3 .00
Cliat 0 ,23 0 ,7.5
On délaye la poudre dans l'eau tiède, et on fait avaler ce breuvage. Si, au bout de dix minutes, les doses ci-dessus n'ont pas produit d'effet suffisant, on fait une nouvelle administration d'une quantité ég-ale.
Êméline [estomac).
Chion 0s'-,023 à Off^lO (Gliouppe).
Homme Os^001 G ,010 (Bûclilieiiu).
2° Doses non votnitives [expectorantes) :
Poudre d'ipéca (estomac).
Porc OffMO à 0e>-,30
Chien 0 ,05 0 ,10
Chat 0 ,01 0 ,05
Grands herbivores 5 13
Petits ruminants 2 4
3° Doses toxiques :
Émétine.
Ciiien 0gr,30 à 0^^,30 (Magendie).
Chat 0 ,02
Poudre d'ipécacuan/ia. Cheval
„ c c environ 100 orramnios.
Bœuf. ' '^
Administration. — Dans les maladies de poitrine, on administre des infusions chaudes dans lesquelles on a fait dissoudre l'ipéca ou rémétine.et on les donne par cuillerées à café, cinq ou six fois dans la journée. L'emploi du sirop d'ipécacuanha est commode et avantag-eux pour les chiens et les chats aux doses de 5 à 10 grammes par jour en plusieurs fois.
Sirop d'ipécacuanlia
Extrait alcoolique d'ipécacuanha. ... 10 grammes.
Alcool à 70° 30 —
Sirop simple 1 000 —
Dissolvez l'extrait dans une petite quantité d'eau et versez dans le sirop.
408 APOMORPHINE.
20 grammes de ce sirop contiennent 20 centigrammes d'extrait d'ipécacuanha.
Apomorphine.
L'apomorphine a été découverte en 1868, par Gee et Pierce, qui l'ont obtenue en faisant agir l'acide chlorhydrique sur la morphine. En 1869, Mathiessen et Wright ont mis en évidence sa remarquable propriété vomitive.
Ce corps se présente sous la forme d'une poudre blanche, amorphe. Exposé au contact de l'air, il se colore rapidement en vert et absorbe de l'oxygène. L'apomorphine est soluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, les solutions alcalines, mais peu soluble dans l'eau (1 : 40). Elle forme des sels, le sulfate et le chlorhydrate d' apomorphine, qui jouissent des mêmes propriétés physiologiques et qui présentent le grand avantage d'être facilement solubles dans l'eau. Les solutions se teintent en vert au bout de quelques minutes. Cette coloration augmente, mais sans influer en rien sur les propriétés physiologiques du produit. Des solutions aqueuses vieilles de deux ans, qui sont d'un vert foncé, ont conservé presque toute leur activité.
Effets physiologiques. — Les effets locaux des sels d'apomorphine sont nuls. Les injections hypodermiques ne sont pas douloureuses et ne produisent habituellement aucun accident local. Par leur absorption., on obtient le vomissement, même à doses faibles, chez les carnivores et les omnivores. Ce vomissement présente les particularités suivantes : 1° il est sûr, quelle que soit la voie d'absorption du médicament; 2» il est très rapide, puisqu'il apparaît de deux à cinq minutes après l'injection intraveineuse, hypodermique ou intratrachéale ; 3° il est abondant et n'affaiblit pas sensiblement les animaux ; 4° il est suivi du retour rapide à l'état normal. Le porc est réfractaire à l'action vomitive de l'apomorphine.
Les très faibles doses ne produisent pas de vomissement, mais seulement des nausées, de la salivation et un peu d'inappétence. En outre, l'apomorphine active la sécrétion bronchique, rend le mucus plus fluide, Vexpectoration plus facile et plus abondante.
Des doses très fortes produisent, outre le vomissement, une excitation générale pendant laquelle l'animal s'agite, se déplace
^0 APOMORPHINE. 409
.«^^ et tourne en manèg-e; puis, survient un affaiblissement du train
postérieur qui traîne sur le sol ; enfin il y a paralysie motrice complète. La mort arrive après une accélération de la respiration et du pouls, une diminutioti considérable de la tension artérielle et un abaissement de la température rectale.
Chez le cheval, l'injection sous-cutanée de chlorhydrate d'apomorphine à la dose de 25 centig-rammes peut produire un véritable empoisonnement qui s'annonce par une très forte excitation g-énérale suivie de faiblesse et de paralysie. La chèvre est très peu sensible à l'apomorphine (Guinard).
Les animaux de l'espèce bovine qui reçoivent de 0='",25 à O^^SO de chlorhydrate d'apomorphine en injection sous-cutanée présentent des phénomènes d'excitation énorme ; ils sont comme furieux, ruent, donnent des coups de cornes, salivent; les yeux pirouettent dans les orbites.
L'élimination de l'apomorphine se fait surtout par la muqueuse g-astro-intestinale, car dix minutes après l'injection intraveineuse on peut retrouver cet alcaloïde dans les matières vomies chez le chien.
3Jode d'action. — L'apomorphine ne produit pas le vomissement par le même mécanisme que la céphaline et l'émétine. Elle n'excite que faiblement l'estomac, mais elle a une action énergique sur le centre vomitif, situé dans le bulbe rachidien. Ce vomissement n'est pas d'orig-ine réflexe, il résulte de l'action directe du médicament sur le centre bulbaire. Après la section des deux pneumog"aslriques, les sels d'apomorphine produisent le vomissement aussi vite que lorsque ces nerfs sont intacts. L'effet vomitif se fait attendre plus long-temps après l'injection de l'apomorphine dans l'estomac qu'après son injection hypodermique.
D'après Bordier, une injection préalable de morphine empêche les effets vomitifs des sels d'apomorphine. L'atropine diminue aussi leur action, mais sans l'arrêter complètement.
Indications thérapeutiques. — L'apomorphine et ses sels tiennent le premier rang parmi les vomitifs. Le vomissement étant toujours très sûr, rapide, abondant et facile, on doit choisir ces médicaments dans tous les cas d'empoisonnement lorsque la substance toxique est encore contenue dans l'estomac. Comme son action se porte sur les centres nerveux et qu'elle n'a presque aucun effet direct sur l'estomac, l'apomorphine est indiquée toutes les fois qu'il faut éviter d'irriter la muqueuse stomacale, comme
410 APOMORPHINE.
cela arrive lorsque le viscère est enflammé. C'est un vomitif excellent chez les animaux jeunes, faibles, débilités, parce que la fatigue consécutive est presque nulle et, dans tous les cas, peu durable. D'après Feser, il n'agit pas comme vomitif sur le porc, même aux doses les plus élevées.
L'apomorphine, comme expectorant, est indiquée dans les maladies catarrhales des voies respiratoires, la maladie du jeune âge chez le chien ; mais alors on emploie des doses non vomitives. On la donnera fractionnées en plusieurs fois dans la journée, soit dans des liquides sucrés et par cuillerées, soit en injections hypodermiques fractionnées.
On en obtient de bons résultats aussi chez les grands ruminants, atteints de pica, de la maladie du lécher, à la dose de 0^',10 à 0«^20 en injection hypodermique. Ce traitement ne réussit pas toujours.
Doses et administration. — Les doses hypodermiques vomitives de chlorhydrate d'apomorphine sont les suivantes :
Gros chien 10 à 50 milligrainmes.
Petit chien K à 8 —
Chat 20 à 50 —
Homme 6à 7 —
Amsi deux chiens f\l ront pas avec la mêi ^^^oses un peu fortes,
Dans chaque espèce, il y a des susceptibilités individuelles. Ainsi deux chiens de même taille et de même poids ne vomiime dose. Il est bon d'employer d'emblée des car il n'y a pas à craindre d'empoisonnement, la dose toxique étant bien au-dessus de la dose thérapeutique ; il en faut environ 2 grammes pour tuer le chien.
Pour les injections hypodermiques, on se sert de solutions aqueuses titrées de chlorhydrate d'apomorphine à 1/100, à 1/200 ou 2/100, etc.
Doses expectorantes.
Clieval et hœuf £0 à 50 miUlgrammes.
Mouton et chèvre 5 10 —
Porc 10 20 —
Ciiien et cliaf 13 —
Ces doses peuvent être administrées plusieurs fois dans la journée.
Les doses suivantes ne doivent jamais être dépassées chez les ruminants auxquels on injecte le chlorhydrate d'apomorphine contre le pica et les indigestions chroniques (Detchevers) :
Gros bœuf 0?^20
Petit bœuf 0 43
Petite vache 0 ,12
Veaux 0 .03
Préparation expectorante.
Chlorliydrate d'apomorphine 1 à 3 centigrammes.
Eau distillée 120 grammes.
Acide chlorltydrique V gouttes.
Sirop simple 30 grammes.
Une cuillerée à bouche toutes les deux heures chez le chien, dans les affections catarrhales des voies respiratoires.
Solution vomitive.
Chlorhydrate d'apomorplyne 1 centigramme.
Eau distillée 1 gramme.
Dissolvez.
Apocodéine.
L'apocodéine est un vomitif moins sur et moins puissant que l'apomorphine ; de plus elle est d'un prix plus élevé. 11 n'y a donc aucun avantag-e à l'employer.
Emétique.
Tartrate de potasse et d'antimoine.
C^H^O'SbK + i^n^o.
Le tartrate double de potasse et d'antimoine ou emétique, tartre stibie\ est un sel formé de cristaux létraédriques ou octaédriques, demi-transparents d'abord, puis devenant opaques en s'effleurissant à l'air, incolores, inodores et d'une saveur acre, désag"réable et nauséeuse. Il est soluble dans 15 parties d'eau froide et dans 3 parties d'eau chaude, insoluble dans l'alcool, l'éther et tous les liquides non miscibles à l'eau. L'émétique est en partie décomposé par les acides, les bases alcalines et leurs carbonates, les sulfures solubles, la plupart des sels métalliques, les savons, les matières tannantes. On doit tenir compte de ces réactions dans les associations de l'émétique avec ces diverses substances. Les solutions aqueuses d'émétique doivent être faites avec l'eau distillée et non l'eau ordinaire; ces solutions d'ailleurs
s'altèrent assez vite par le développement d'une alg-ue, le Sirocrosis stibica.
Effets physiologiques. — L'émétique en poudre, en solution ou en pommade, détermine toujours, sur les tissus où il est appliqué, une limitation plus ou moins intense qui peut varier depuis l'inflammation lég'ère jusqu'à la mortification des parties touchées.
Appliqué sur la peau de l'homme ou des animaux, l'émétique détermine une inflammation pustuleuse pouvant produire la chute des poils, l'ulcération du derme avec persistance de cicatrices indélébiles. Une solution concentrée de tartre stibié, appliquée sur la peau du cheval, fait naitre, dit H. Bouley, « une éruption confluente de petites pustules rougeâtres, acuminées, très denses, qui donnent sous les doig-ts la sensation de g-ranulations tuberculeuses et se couvrent à leur sommet d'une croûte très adhérente, à la dernière période de leur développement ». On obtient un résultat analog^ue sur les bovins. Des frictions répétées, au même point,^ avec la pommade stibiée ou d'Autenrieth, produisent d'abord une ve'sication, puis une escarrification et une ulcérât io7i de la peau. Cette inflammation violente ne se borne pas à la surface du tégument, elle se propag-e aux parties sous-jacentes, les désorg-anise profondément et amène toujours une nécrose des tissus, suivie d'une cicatrisation fort lente.
Dans le tissu conjonctif sous-cutané^ l'action irritante de l'émétique est ég-alement très prononcée, et des sétons animés avec cette substance produisent un eng-org-ement considérable.
Mis en contact avec les muqueuses, l'émétique développe également une inflammation ulcéreuse. Introduite dans l'estomac, sous la forme de poudre ou de solutions concentrées, il produit rapidement une gastrite assez dangereuse, provoque des nausées, des vomissements et de la diarrhée. Pendant son séjour dans l'estomac, le tartre stibié est décomposé en partie par l'acide libre du suc gastrique ; mais une certaine proportion est absorbée en nature. La plus grande proportion de ce corps, en arrivant dans l'intestin, devient insoluble sous l'influence des bicarbonates alcalins de l'intestin, et une faible partie seulement est absorbée par cette voie. Il se développe souvent, avec des doses fortes, une inflammation pustuleuse sur la muqueuse intestinale.
L'émétique absorbé s'élimine lentement par plusieurs voies :
par la sueur, le lait et les sécrétions stomacales. Après l'injection hypodermique ou intraveineuse d'émétique, on peut retrouver cette substance dans l'estomac et dans l'intestin; elle est donc éliminée par ces surfaces. Après l'injection intraveineuse ou hypodermique, le vomissement se produit, mais il faut des doses un peu plus fortes qu'après l'administration interne, parce que les alcalis du sang le décomposent en partie.
11 résulte des recherches de Baum que l'élimination de l'émétique par la mamelle est insignifiante et que le lait provenant de femelles médicamentées avec ce corps peut être consommé sans danger.
L'émétique introduit dans l'estomae, ou absorbé en quantité suffisante par une voie quelconque, détermine le vomissement <;hez les carnivores et les omnivores, animaux qui peuvent vomir, et des coliques, des nausées, chez les animaux herbivores.
Cause du vomissement . — C'est par un double mécanisme que ie tartre stibié produit le vomissement ; il agit à la fois comme irritant de l'estomac et comme excitant direct du centre vomitif. C'est donc un vomitif mixte.
Après la section des deux nerfs pneumogastriques, le vomissement, quoique plus difficile et moins parfait, se produit encore si on fait absorber une quantité suffisante d'émétique. Après l'extirpation de l'estomac, les efforts de vomissement se produisent ■encore par l'injection d'émétique dans les veines (Magendie). Ce sel fait vomir à plus faible dose quand il est introduit dans l'estomac que lorsqu'il est injecté dans les veines. Tous ces faits, parfaitement établis, démontrent que l'émétique a une action double : il irrite directement la muqueuse stomacale et après absorption il agit sur le centre vomitif bulbaire.
Viborg prétend que l'émétique ne détermine jamais de nausées ni d'efforts de vomissement chez les solipèdes et les ruminants. Mes observations démontrent le contraire. Sur un cheval, après une injection intraveineuse del gramme d'émétique, j'ai constaté, au bout de quelques minutes, des efforts de vomissement, une grande inquiétude, une dilatation très forte des naseaux et, de temps en temps, un brusque abaissement de la croupe, comme si l'animal éprouvait de fortes douleurs dans le ventre. ^ Généralement l'émétique détermine, outre le vomissement, une action purgative marquée. Celle-ci est surtout forte chez les herbivores, animaux chez lesquels le vomissement n'a pas
414 TARTRâTE de potasse ET D'ANTIMOINE.
lieu. Cette purg^ation semble être le résultat de l'irritation de la muqueuse, qui devient le sièg-e d'une hypersécrétion de mucus et de suc entérique; le suc pancréatique et la bile sont également déversés en plus g'rande quantité, et les mouvements péristaltiques de l'intestin sont exagérés.
Après le passag-e de l'émétique dans le sang-, on voit apparaître des modifications dans presque toutes les fonctions.
On constate toujours une exagération de la sécrétion muqueuse des voies respiratoires. La toux devient g-rasse, V expectoration est rendue plus facile. A forte dose, il arrive même souvent que le tartre stibié développe sur les voies respiratoires une véritable inflammation catarrhale.
La plupart des auteurs admettent aussi une action diaphorétique marquée sous l'influence de l'émétique. Delafond assure avoir observé, sur les bêtes bovines qu'on tenait couvertes pendant l'action de l'émétique, « une forte chaleur, une douce moiteur s'établir à la peau et celle-ci être humectée bientôt d'une sueur abondante ». Chez les animaux qui transpirent difficilement, on constate une cong-estion de la peau, ce qui doit entraînei" une exag-ération des sécrétions insensibles ou de l'exhalation cutanée. Chez l'homme, de fortes doses déterminent quelquefois une véritable éruption pustuleuse à la surface du tégument.
L'émétique est éliminé principalement parle rein, dont il aug-mente l'activité sécrétoire. Continué pendant un certain temps, il produit l'inflammation du rein et provoque de V albuminurie.
Outre l'aug-mentation des sécrétions intestinale, cutanée et urinaire, on observe, pendant l'action de l'émétique, des modifications remarquables de la circulation, de la respiration et de la calorification.
Circulation. — Chez l'homme, les auteurs sig-nalent une accélération et une faiblesse des battements du cœur à la dose de Og'-,10.
Chez les animaux, on remarque, avec des doses moyennes, une accélération cardiaque, suivie d'une période de ralentissement considérable avec faiblesse des battements. Ces effets semblent être le résultat de l'action de l'émétique sur les g-ang-lions accélérateurs intracardiaques, qui sont d'abord excités, puis paralysés. Le pouls subit les mêmes variations que le jeu du cœur ; il s'affaiblit à tel point ([u'il devient quelquefois presque imperceptible.
D'après tous les auteurs, la tension artérielle s'abaisse notablement pendant Taction del'émétique.
Respiration. — Chez l'homme, on voit que, sous l'influence de l'émétique, la respiration devient petite et qu'elle s'accélère, à la dose de 08', 1. D'après mes propres expériences, l'émétique donné en injections intraveineuses à un chien de 15 kilogrammes, à la dose de 0g'',02, a produit d'abord une accélération passag-ère de la respiration, suivie d'une période de ralentissement. La respiration est devenue surtout abdominale. L'administration prolong-ée de l'émétique entraîne toujours un l'ulentissement considérable de la respiration. Voici comment s'exprime Bouley (1), qui a démontré cetelTet sur le cheval : « Nous avons vu des animaux chez lesquels la respiration était tellement ralentie après l'administration de l'émétique que, dans certains moments, les flancs semblaient comme immobiles et qu'il fallait, au commencement de l'inspiration et de l'expiration, autant d'attention pour voir se produire le mouvement d'élévation et d'abaissement du flanc qu'il en est nécessaire pour suivre la marche de la grande aig-uille d'une horlog-e dans son parcours d'une minute. » Parfois on ne compte que deux et demie et trois respirations par minute chez le cheval ; mais ces cas sont rares et, dans les circonstances ordinaires, les mouvements de la respiration ne sont diminués que d'un tiers ou de la moitié de leur nombre normal. D'après H. Bouley, ce ralentissement de la respiration, quoique assez constant, manque complètement chez certains sujets et peut même, chez quelques autres, être remplacé par un phénomène inverse, sans qu'il soit possible, le plus souvent, d'en dire la cause.
Calorification. — Après un usag'e un peu prolongé, le tartre stibié produit un abaissement marque' de la température rectale; on voit aussi que la peau, les oreilles, les cornes et les extrémités sont plus froides qu'à l'état normal ; la bouche est fraîche si des dérang-ements notables ne sont pas survenus dans le reste de l'appareil dig-estif.
Nutrition. — Le tartre stibié, après un certain temps d'administration, fluidifie le sang- dont le nombre des globules roug-es diminue; la sérosité devient plus abondante et le caillot diffluent (Delafond). En même temps que le sang- s'appauvrit, on voit survenir un amaig-rissement rapide et un affaiblissement musculaire
(1) Recueil de méd. vélérin., 1846, p. 385 et 386.
prononcé. La nutrition est altérée, il se produit une dégénérescence g-raisseuse du foie et des muscles, de l'albuminurie, de la diarrhée, et si cet état se prolong-e, la mort survient. Pendant cet état typhoïde provoqué par Fémétique, l'arrachement des crins est très facile, d'après les remarques de M. G. Spooner.
Effets toxiques. — Les animaux malades sont, en général, plus vivement impressionnés par l'émétique queles animaux sains. Il suffit de doses plus faibles pour produire l'empoisonnement chez les premiers. Les principaux phénomènes qu'on observe après une dose toxique sont : chez les petits animaux, vomissements abondants et répétés ; chez les herbivores, évacuations anales fréquentes et de plus en plus fluides, salivation, tristesse profonde, abattement complet, station peu prolongée, marche incertaine et chancelante, mouvements automatiques, branlement continuel de la têle, appui contre la mang-eoire, coliques violentes, refroidissement de la surface du corps et des parties placées en appendice, prostration des forces, adynamie profonde, parfois paralysie du train postérieur, chute sur le sol, puis mort sans convulsions.
Lésions. — On trouve les veines gorgées de sang- noir et poisseux, les bronches remplies de mucosités sécrétées sous l'influence de l'émétique, des ecchymoses et quelquefois des ulcérations sur la muqueuse gastro-intestinale, des ecchymoses sur le poumon et sur l'endocarde.
Antidotes. — Les mucilagineux, l'albumine de l'œuf, l'huile, le lait, le savon, et les tannâtes ou les matières tannantes (écorcede chêne, quinquina), qui précipitent l'émétique et le rendent insoluble. Le sulfure de fer hydraté, en décomposant entièrement l'émétique, peut aussi être employé avec avantage. Si l'usage trop prolongé de l'émétique a plongé l'économie dans une anémie profonde, il faut employer les amers, les aromatiques, pour relever les forces.
Emploi thérapeutique. — 1° Comme vomitif, l'émétique tient le milieu entre Fipécacuanha et l'apomorphine. Il irrite facilement l'estomac et excite les centres nerveux. On pourra l'employer lorsque ces effets irritants sur l'estomac et les centres nerveux n'offriront aucun inconvénient. Il est indiqué soit comme substitutif, soit comme dérivatif dans les cas d'appétit capricieux et dépravé, de catarrhe gastrique chronique, de fièvre rhumatismale et au début des maladies de l'appareil respiratoire.
Chez les animaux herbivores, on pourrait utiliser Y effet purgatif que produit l'émétique; mais il est généralement plus avantag^eux d'employer un véritable purgatif.
2° Les effets antifébriles de l'émétique peuvent être utilisés, chez tous les animaux, dans les cas de maladies internes aig-uës. Ce médicament convient surtout dans les maladies des voies respiratoires, des plèvres, des méning-es, chez les animaux forts et vig-oureux. Son action, fortement débilitante, doit le faire rejeter dans le traitement des maladies non franchement inflammatoires, surtout chez les sujets faibles, épuisés par les fatigues.
Pour combattre une maladie fébrile aig-uë, il faut donner l'émétique à doses assez fortes et rapprochées ; mais, après cinq ou six doses, il faut suspendre l'administration. Généralement, la fièvre ne s'abaisse sensiblement qu'après deux ou trois jours ; mais alors l'action antifébrile est très marquée, quelquefois même accompagnée de prostration. Quand on veut combattre des maladies catarrhales, il ne faut user que de petites doses, qui ont l'avantage d'activer la sécrétion d'un mucus plus fluide, sans amener up affaiblissement notable.
Chez les ruminants, il réveille la rumination et peut être avantageusement employé toutes les fois que celle-ci est laborieuse.
L'émétique jouit aussi ào. propriétés antiparasitaires, ce qui l'a fait employer à l'intérieur comme vermifuge chez les solipèdes.
L'action irritante cutanée que produit l'émétique à l'extérieur le fait employer comme vésicant ou rubéfiant, lorsque Ton a à craindre l'absorption de la cantharidine. Gomme dérivatif externe, il convient surtout dans l'inflammation des reins, du cerveau, des articulations, etc.
Doses et administration.
Doses vomitives.
Porc 08^20 à 0sr,50
Chien 0s"-,05 à Os'-Jb
Chat 0«r,02 à 0^^,05
Oiseaux de basse-cour Osr,02 à O^r.Ob
Ces doses peuvent être données sous forme de poudre ou de solutions.
Doses antifébriles et expectorantes.
Cheval Oe^u à 2 grammes.
Bœuf 2b'. à 5 —
Porc, mouton O^^IO à 08'-,20
Chien Osf.OOo à 08^,05
Chat 08r,006
Kaufmann. 27
Ces doses conviennent dans toutes les maladies fébriles de moyenne intensité. On peut les doubler quand il s'agit de combattre un état fébrile très intense ou pour réveiller la rumination. A l'intérieur, Témétique est toujours donné en solution étendue sous forme de breuvages ou mieux de boissons. La forme solide doit être proscrite.
Doses toxiques (estomac).
Clieval et bœuf 2.^ granniies.
Mouton et chèvre 4 —
Porc 6 —
Chien 0^^,20
Chez ce dernier animal, rempoisonnement mortel ne survient que quand on lie l'œsophag'e pour empêcher le vomissement.
Une dose de 10 à 15 g-rammes d'émétique administrée en une fois au cheval, à titi'e de vermifuge, peut provoquer un empoisonnement g-rave avec les symptômes de la fourbure aiguë. Il ne faut jamais dépasser la dose de 8 grammes en une fois chez cet animal.
Un cheval a succombé après avoir reçu 24 grammes d'émétique dans ses boissons dans l'espace de deux jours (Kramer). Un poulain est mort après l'ingestion de 12 grammes d'émétique dans un seau d'eau (Luer).
Dans Vascaridiase du cheval, l'émétique administré tous les soirs dans un demi-seau d'eau à la dose de IG grammes par jour pendant plus de trois mois à tous les chevaux d'une écurie n'a pas produit d'intoxication, mais n'a pas non plus guéri les chevaux (Cadéac, Journ. de méd. vétér. et de zoot., 1900, p. 221).
Moller considère l'émétique comme un anthebninthique inefficace et dangereux chez le cheval. Theurer, Fixle, prétendent au contraire que l'émétique administré au cheval à la dose de 12 à 20 grammes dissous dans de l'eau constitue un bon anthelminthique parfaitement bien supporté.
Préparations. — A Cintér leur, or\ emploie les solutionsaqueuses, le vin émétisé et le vinaigre stibié. Ces deux dernières préparations sont étendues d'eau.
Vin émétisé.
Étnétique 2 grajnnies.
Vin blanc • 1/2 litre.
Vinaigre stibié.
Émétiquc 4 grammes.
Vinaigre 1/2 litre.
Pour l'usag-e externe, on emploie des pommades stibiées.
Pommades stibiées.
Émétique 1 1 1
Axonge 2 3 4
Formules vomitives.
Émétique 1 gramme.
Eau distillée 100 grammes.
Dissolvez.
Administrez au chien et au chat une cuillerée à thé tous les quarts d'heure jusqu'à vomissement.
Émétique 1 gramme.
Ipécacuanha 3 grammes.
Miel 1 cuillerée .
Mélangez.
Administrer au porc pour déterminer le vomissement.
Purgatifs et purgation.
On donne le nom de purgatifs à un groupe de médicaments qui agissent spécialement sur le canal intestinal et qui, par suite de cette action, déterminent des évacuations abondantes et fréquentes d'excréments ramollis ou liquides. Ces médicaments provoquent toujours, comme phénomène essentiel, une dian^hée passagère plus ou moins intense. Ils font perdre à l'org-anisme une g-rande quantité de substances fluides dans un temps très court et constituent, par conséquent, un des g-roupes les plus importants de la grande classe des médicaments évacuants.
L'évacuation de matières diarrhéiques, provoquée artificiellement par l'administration des purgatifs, constitue la purgation.
Conditions organiques modifiant la purgation. — Tous les animaux domestiques sont capables d'éprouver les effets des purgatifs : mais la purgation olfre des caractères spéciaux dans chaque espèce animale. Chez les carnivores et les omnivores {chien, chat, porc), la purgation est facile à produire ; elle est
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rapide et généralement peu douloureuse. Chez les herbivores, au contraire, elle apparaît difficilement ; elle se déroule avec lenteur et détermine presque toujours des douleurs plus ou moins violentes.
Chez les carnivores et les omnivores, l'estomac est petit et resserré pendant l'abstinence; il laisse passer rapidement les purgatifs dans l'intestin ; celui-ci est court, ses parois sont lisses, épaisses et capables de contractions énergiques ; sa surface totale est bien inférieure à celle de la peau ; chez ces animaux, la digestion est de courte durée, et, dans l'intervalle de deux digestions, l'estomac et les premières portions de l'intestin, étant à peu près vides, éprouvent rapidement l'action des purgatifs administrés.
Chez les herbivores, la portion abdominale du tube digestif offre une grande complication. Chez les solipèdes, l'estomac est petit et livre un passage facile aux purgatifs ; mais l'intestin grêle est long, les parois sont minces et moins contractiles que chez les carnivores. Arrivés dans le caecum, les purgatifs rencontrent une grande masse d'aliments, même pendant l'abstinence, €t leur activité diminue en proportion de leur dilution. Enfin, en sortant du caecum, ils pénètrent dans le côlon très long, très bosselé, où leur dilution augmente encore. H y a donc, chez les solipèdes, plusieurs causes d'atténuation de l'activité de ces médicaments. Les dispositions anatomiques surtout sont défavorables à la marche rapide des matières. La complication du tube digestif des solipèdes rend bien compte de la lenteur avec laquelle apparaît la purgation et de la difficulté qu'on éprouve pour la provoquer.
Chez les ruminants, l'appareil gastrique est divisé en quatre compartiments distincts. Les médicaments administrés tombent dans la panse et le réseau et là se mélangent à une grande quantité de matières alimentaires En général, ils ne parviennent que tardivement dans l'intestin et sous un grand état de dilution ; les effets des purgatifs sont donc lents à s'établir et restent incertains chez les animaux de cet ordre. Ce qui retarde encore les évacuations, c'est la grande longueur de l'intestin.
Les dispositions anatomiques de l'appareil digestif influent donc d'une façon très marquée sur les caractères de la purgation chez les différentes espèces animales.
Physiologie de la purgation. — Après l'administration d'un
purgatif, on voit apparaître successivement un certain nombre de modifications fonctionnelles, que nous allons passer brièvement en revue :
La plupart des purgatifs concentrent leur action sur Tinteslin. Quelques-unsn'exercentaucune action spéciale, ni sur lamuqueuse buccale, ni sur l'estomac, et ne produisent leurs effets qu après leur arrivée dans le tube intestinal : tels sont la plupart des purgatifs doux (laxatifs et salins). D'autres excitent assez vivement les premières voies digestives et provoquent souvent des vomissements chez les carnivores et les omnivores; tels sont : les purgatifs irritants.
Dans tous les cas, qu'il y ait vomissements ou non, les animaux deviennent tristes, perdent plus ou moins l'appétit et accusent une soif vive.
Chez les solipèdes, on observe des bâillements fréquents, des p
frissons et de l'horripilation passagère. La peau, ordinairement '^<^''*-^)/
sèche, présente des alternatives de froid et de chaud. Le pouls •■*^;^'^q[ j^ est d'abord petit, concentré, inégal et intermittent. Les ^j^*^"^
muqueuses apparentes sont injectées et sèches. Il survient toujours des borborygmes plus ou moins intenses et qui sont entendus parfois à distance ; d'autres fois, il est nécessaire d'ausculter la paroi abdominale pour les percevoir. En même temps, les animaux sont inquiets, ils s'agitent, se déplacent fréquemment, ce qui dénote l'existence de coliques plus ou moins vives. Les animaux se ballonnent souvent un peu; ils regardent leur flanc, se couchent et se relèvent ; en un mot, ils présentent des symptômes de coliques plus ou moins vives. Ils expulsent des vents et relèvent souvent la queue comme pour effectuer la défécation ; l'anus se relâche et se resserre alternativement, ce qui annonce des étreintes vives. Bientôt des excréments sont Cj^i^/^c^<M rendus fréquemment, en quantité plus ou moins considérable; ils présentent d'abord leur consistance et leur aspect ordinaires; mais bientôt ils sont plus mous et chargés de mucosités. La fluidité des matières excrémentitielles augmente de plus en plus, à mesure que les évacuations sont plus nombreuses, et, à un moment donné, les déjections sont complètement liquides; alors elles sont lancées avec une certaine force derrière les animaux. Les matières non seulement se fluidifient, mais elles se modifient dans leur couleur et leur odeur. Les caractères qu'elles prennent varient d'ailleurs avec la nature des purgatifs employés.
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Pendant la purg-ation, il se produit toujours une hiipercrinie à laquelle s'ajoute une diminution dans l'absorption des matières alimentaires. D'après Rabuteau, les purg-atifs salins neutres produisent sur des sujets sains des selles séreuses ne précipitant, après leur filtration, ni par la chaleur ni par l'acide nitrique. Avec beaucoup de purgatifs, les selles diarrhéiques rendues contiennent beaucoup de mucus, des ferments digestifs, des cellules épithéliales altérées, des leucocytes, et sont riches en sels de sodium.
Une fois l'évacuation bien établie, les coliques sont moins vives, la tristesse se maintient et augmente même quelquefois; l'animal s'affaiblit déplus en plus. Pendant ce temps, la peau est froide, ses fonctions sont diminuées, et l'animal est sensible aux variations de température, surtout aux refroidissements. Le pouls devient moins fréquent et prend delà force et de la régularité.
L'évacuation diarrhéique dure un certain temps, puis les défécations deviennent de moins en moins nombreuses, les excréments reprennent une consistance plus ferme et enfin récupèrent leurs caractères normaux.
A mesure que la purg-ation s'épuise, l'animal devient plus calme, les muqueuses pâlissent et s'humectent, la peau reprend sa chaleur et sa souplesse, le ventre devient souple, moins volumineux, et l'appétit reparaît.
Après la purgation, il persiste toujours un affaiblissemenl très notable des forces musculaires; aussi doit-on s'abstenir entièrement de soumettre au travail ordinaire et d'exposer aux intempéries les animaux qui viennent d'être purgés, car ils suent au moindre exercice et par suite sont exposés aux refroidissements. Cet affaiblissement de tout l'org'anisme tient à plusieurs causes, telles que la diète qui précède, accompag-ne et suit la purgation, les pertes humorales faites par le tube digestif, la dépense d'influx nerveux pro.voquée nécessairement par les purgatifs irritants. Les purgatifs, surtout ces derniers, excitent en effet les extrémités des nombreux nerfs intestinaux et produisent une révulsion interne plus ou moins intense qui vient compliquer la purgation.
Les pertes subies par l'organisme sous l'influence de la purgation ont pour effet constant d'amener un amaigrissement plus ou moins prononcé et de produire une suractivité des résorptions interstitielles. Le sang, dépouillé en partie de ses principes aqueux, est devenu plus concentré ; il tend à reprendre sa composition normale en appelant dans les vaisseaux les liqui(Jes
épanchés dans le tissu conjonctif des organes ou dans les cavités splanchniques.
Une autre conséquence de la déshydratation du sang sousTaction de la spoliation purgative, c'est la diminution de toutes les sécrétions qui n'appartiennent pas au tube digestif. Ainsi, après la purgation, il y a constamment diminution des sécrétions cutanées, delà sécrétion urinaire et de la sécrétion lactée. ^ Mécanisme de la purgation. — La purgation résulte toujours d'une action spéciale exercée par les purgatifs sur le canal intestinal. Cette action est généralement complexe et varie avec la nature des substances purgatives administrées. Les résultats fournis par l'observation clinique et l'expérimentation physiologique démontrent que la purgation est due à l'afflux d'une grande quantité de liquide dans la cavité intestinale et au transport rapide des matières versV orifice anal sous r influence de Vexagéi^ation des mouvements péristaltiques.
L'abondance exagérée de liquide dans la cavité intestinale peut avoir pour cause soit une action osmotique, soit une hypersécrétion glandulaire^ soit un catarrhe créé par l'irritation de la muqueuse, soit une congestion simple.
Ces ditlërentes causes interviennent le plus souvent simultanément dans la production de la purgation ; mais il est rare qu'elles contribuent toutes au même degré à ce phénomène. Pour quelques purgatifs, ce sont Vexosmose Qi V hypersécrétion glandulaire qui prédominent; pour d'autres, l'osmose fait défaut et la purgation est surtout le résultat de l'hypersécrétion associée à la congestion, c) i action catarrhale et au péristaltisme intestinal.
Examinons successivement le degré d'importance de chacune de ces actions particulières.
i° Exosmose. — L'opinion qui pendant longtemps a compté le plus de partisans, c'est que certains purgatifs, notamment les purgatifs salins, agissent par osmose. Introduits dans l'intestin, ces médicaments détermineraient un courant exosmotique, se faisant du sang vers la cavité intestinale; de là, la fluidification des matières et par suite leur marche rapide vers l'orifice anal. Poiseuille est le premier qui ait établi un rapport entre l'équivalent endosmotique des substances salines et la purgation. Il a vu que tous les sels à équivalent endosmotique élevé étaient capables de provoquer la purgation, tandis que les sels à équivalent endosmotique faible ne produisaient pas la purgation même à dose
forte. Il a conclu de ces observations que les purgatifs salins agissent surtout par osmose sur les liquides qui circulent dans les nombreux vaisseaux des parois intestinales.
Évidemment, après l'administration des purgatifs salins (sulfate de soude, sulfate de mag-nésie), toutes les conditions d'un courant exosmotique se faisant du sang- vers l'intestin se trouvent réalisées, et il est par conséquent impossible denier cette action purement physique. Ce phénomène, très évident dans un endosmomètre inerte, doit forcément se produire aussi dans l'intestin vivant. La solution saline placée dans la cavité intestinale n'est séparée du sang- et de la lymphe que par des parois très minces. Toutes les conditions physiques d'unendosmomètre très sensible se trouvent donc réalisées, et par suite un double courant osmotique doit se produire entre la substance saline et les principes aqueux du sang-, de la même manière qu'il se produit dans l'endosmomètre inerte dont se servent les physiciens. Voici d'ailleurs quelques faits expérimentaux qui viennent confirmer la conclusion à laquelle conduit le simple raisonnement.
En 1868, Rabuteau, après avoir injecté dans les veines d'un chien 7 grammes de sulfate de soude dissous dans 40 g-rammes d'eau, a remarqué avec surprise que ce médicament, au lieu de purger l'animal, produisait chez lui uneconstipation remarquable. L'expérience a donné le môme résultat chez un autre chien avec 14 g-rammes du même sel. D'autres recherches faites avec le chlorure de magnésium, avec les hyposulfites de soude, de mag-nésie, avec le phosphate, lesulfovinatedesoude,rhyposulfate de mag-nésie, etc., toutes substances qui sont purg-atives après leur introduction dans le tube dig-estif à doses suffisantes, lui prouvèrent que le fait était g-énéral, qu'en un mot ces substances constipaient au lieu de purg-er, lorsqu'elles étaient introduites dans le torrent circulatoire. Il arriva à poser cette règ-le g-énéraleque les purgatifs salins constipent lorsqu'ils sont injectés dans le sang-, et que les effets qu'ils produisent lorsqu'ils sont introduits dans le tube dig-estif sont des effets exosmotiques, c'est-à-dire des effets d'ordre physique.
Cette différence dans les résultats, suivant le mode d'administration des sels purg-atifs, s'explique facilement : lorsque les sels sont introduits dans l'intestin, ils déterminent le passag-e osmotique de la sérosité des vaisseaux sang-uins vers l'intestin, d'où l'eifet purgatif, tandis que, au contraii'e, si la solution pénètre par les
veines, le passag-e se fait en sens inverse, d'où diminution de la fluidité des matières, d'où constipation.
Jolyet et Frémy (1869) sont arrivés aux mêmes résultats que Rabuteau.
En outre, Bucheim, Wagner, Funke et Krug-g ont fait voir que la propriété purg-ative d'un sel est, jusqu'à un certain point, proportionnelle à son pouvoir osmotique. Ainsi le sulfate de soude, qui a un équivalent endosmotique trois fois plus fort que le chlorure de sodium, purge beaucoup plus énergiquement que ce dernier sel.
2° Hypersécrétion glandulaire. — Les purg-atifs mis en contact avec la muqueuse intestinale produisent toujours une hypersécrétion réflexe plus ou moins intense. Sous leur influence, les nombreuses g-landules disséminées dans la muqueuse intestinale et les g'iandes ag-g-lomérées éloignées, telles que le foie et le pancréas, sécrètent avec une plus grande activité. Les produits de sécrétion, déversés en abondance dans la cavité intestinale, aug-mentent la fluidité des matières.
Le produit sécrété par les g-landes suractivées diffère par plusieurs caractères de celui qui résulte d'un simple phénomène osmotique.
Le liquide appelé dans l'intestin par osmose est séreux et ne renferme pas de ferments digestifs. Celui, au contraire, qui est dû à une hypersécrétion g-landulaire réflexe contient les ferments digestifs normaux. Dans l'osmose, c'est l'eau chargée de sels, provenant directement du sang, qui forme le liquide intestinal; dans l'hypersécrétion, au contraire, c'est du suc entérique, du suc pancréatique et de la bile qui s'accumulent dans l'intestin.
Le fait de l'hypersécrétion réflexe est démontré par plusieurs expériences :
1° Expérience de Moreau. — Cet auteur, après avoir isolé par deux hgatures une anse intestinale vidée, a injecté dans la cavité de cette anse une solution de 4 grammes de sulfate de magnésie dans 20 grammes d'eau, c'est-à-dire 24 grammes de liquide. Après vingt-quatre heures, l'anse contenait 130 à 135 grammes de liquide formé de mucus et le suc intestinal. On trouvait aussi toujours dans ce liquide de nombreuses cellules et des leucocytes.
2° Expérience de Jolyet et Vulpian. — Ces auteurs ont montré sur la grenouille, le rat, le chien, que le sulfate de magnésie
fait exsuder des liquides à la surface des muqueuses sur lesquelles on le dépose. On obtient sur la muqueuse intestinale une sécrétion de liquide qui se fait non seulement au point où il y a contact, mais encore dans le voisinag-e de ce point ; cependant l'elfet est beaucoup plus marquéà l'endroit où l'on dépose le sel. L'exsudation de liquide à une certaine distance du point touché directement par le sel démontre qu'il n'y a pas seulement exosmose, mais encore hypersécrétion réflexe.
Radziejewsky a pu retrouver dans les selles diarrhéiques la matière colorante de la bile, de l'urine, de la tyrosine, des peptones, de l'indol, un ferment saccharifiant et pepsiqu.e.
Tous ces faits expérimentaux démontrent clairement que les purgatifs produisent une hypersécrétion glandulaire qui contribue puissamment à la fluidification des matières intestinales.
3° Irritation catarrhale de la muqueuse intestinale . — La plupart des purg-atifs agissent non seulement en provoquant l'exosmose ou l'hypersécrétion glandulaire, mais encore en produisant un véritable catarrhe inflammatoire de l'intestin. Cette irritation a été démontrée par les nombreuses expériences de Vulpian.
« En résumé, dit cet auteur, les purg-atifs introduits dans les voies dig-estives agissent en irritant la membrane muqueuse de ces voies. Cette irritation détermine des modifications de l'épithélium intestinal et une excitation des extrémités périphériques des nerfs intestinaux centripètes. Cette excitation est portée jusqu'aux ganglions nerveux thoraciques inférieurs et intra-abdominaux (g-ang-lions des plexus solaires et mésentériques, ganglions des plexus de Meissner etd'Auerbach) ; puis elle se réfléchit, par les nerfs vaso-moteurs, sur les vaisseaux des parois intestinales et par les nerfs sécréteurs, sur les éléments anatomiques de la membrane muqueuse, entre autres sur ceux des glandes de Lieberkïihn. Il en résulte une congestion plus ou moins vive de la membrane muqueuse intestinale (action réflexe vaso-dilatatrice) ; une desquamation épithéliale, avec production rapide et abondante de mucus, diapédèse ou non de leucocytes, et une sécrétion active du suc intestinal, auquel se mêlent sans doute, dans certains cas, les produits d'une transsudation profuse formés surtout d'eau et de certains sels du sang- et due au travail exagéré et vicié, dont les éléments de la membrane sont le siège.
« C'est là, ce me semble, ce qu'il y a d'essentiel dans le méca-
nisme de l'action des substances purgatives, quelles que soient, d'ailleurs, ces substances.
« Dans un certain nombre de cas, les actions réflexes, dues à Tirritation déterminée par les purgatifs, ne s'effectuent pas uniquement suivant les arcs diastaltiques que je viens d'indiquer : l'excitation peut être assez vive pour être transmise jusqu'à la moelle épinière et pour provoquer des douleurs. Tel est le mode de production des coliques : on voit qu'elles se manifestent plus fréquemment et avec plus d'intensité, lorsqu'on fait usage de certains purgatifs fies drastiques) que lorsqu'on en emploie d'autres (purgatifs salins). »
4° Péristaltisme exagéré. — Un certain nombre de purgatifs ont aussi pour elTet d'accélérer les mouvements péristaltiques.
Quand les mouvements intestinaux deviennent plus énergiques par une cause quelconque, les liquides sont poussés de l'intestin grêle vers le gros intestin, et de celui-ci vers l'anus, sans qu'ils puissent séjourner assez dans la cavité abdominale pour pouvoir être résorbés ; ils sont donc expulsés.
11 est certain que beaucoup de purgatifs ont une action très marquée sur le péristaltisme intestinal. Vulpian a vu des mouvements péristaltiques très nets sur un chien qui avait reçu de la teinture de jalap. Legros et Onimus ont aussi vu ces mouvements exagérés en mettant en contact avec la muqueuse intestinale delà poudre d'ipécacuanha, ou de l'huile de croton; ils n'ont pas constaté une augmentation des mouvements péristaltiques sous l'influence des sels purgatifs.
Ce qui démontre l'exagération des mouvements intestinaux, ce sont les borborygmes bruyants qu'on observe souvent pendant la purgation, ainsi que l'expulsion fréquente de vents.
En résumé, nous arrivons à cette conclusion que la plupart des purgatifs agissent par un mécanisme complexe. Ordinairement la purgation est le résultat des etTets combinés de l'osmose, de l'hypersécrétion, de la congestion catarrhale et enfin de l'exagération des mouvements péristaltiques. Ces quatre actions interviennent le plus souvent simultanément, mais avec une part inégale. Avec les uns (purgatifs salins), ce sont l'exosmose et l'hypersécrétion qui prédominent; avec d'autres (purgatifs, laxatifs et catharliques), on observe surtout de l'hypersécrétion et de la congestion intestinale catarrhale et du péristaltisme exagéré, et enfin, avec quelques-uns, ce sont l'irritation et les
mouvements périslaltiques qui paraissent être les phénomènes essentiels.
Précautions à prendre avant, pendant et après la purgation. — Avant de purger les g-rands animaux, il convient de les soumettre à une diète graduée pendant deux jours et de les laisser en repos. Le jour qui précède la purgation, on leur supprime le foin, et on leur donne exclusivement des barbotag-es et des boissons farineuses. On fait bien aussi de leur administrer quelques lavements. Ces précautions diététiques doivent être prises ég-alement chez les ruminants et les autres animaux.
Dans les cas pathologiques, les animaux ayant perdu Tappélit peuvent recevoir le plus souvent les purg-atifs sans préparation préalable ; souvent même il faut se hâter de les administrer, aussitôt que la maladie qu'il s'ag-it de combattre s'est déclarée.
Pendant la purgation^ les animaux sont très sensibles au froid ; il faut donc les préserver des changements brusques de température durant la purg'ation et les tenir dans un lieu plutôt chaud que froid. On ne doit leur donner aucune nourriture solide. Quand les g-rands animaux ne manifestent aucune agitation, il faut les laisser dans un repos absolu ; mais, dès que les coliquesapparaissent, il est bon de les promener doucement pour faciliter les évacuations.
Après la purgation, le vétérinaire doit veiller encore pendant quelques jours à ce que les malades purgés soient préservés avec soin des intempéries de l'air ; à ce qu'ils soient ramenés graduellement à leur régime habituel ; à ce qu'ils ne soient soumis à aucun travail pénible avant qu'ils aient repris leurs forces.
Quand la purgation a été trop forte, il faut soumettre les sujets à une diète rigoureuse pendant quelques jours, leur administrer des lavements adoucissants et ne les soumettre que graduellement à leur régime habituel.
Influence de l'opium sur la purgation. — Parmi les influences qui contrarient l'action purgative, il faut surtout signaler celle de l'opium ou de la morphine.
De nombreuses recherches prouvent que l'administration simultanée ou préalable de morphine empêche les purgatifs de produire leurs effets chez tous les animaux.
Voies d'administration des purgatifs. — 1" Administration par la voie stomacale. — Les elfets purgatifs se manifestent avec leur maximum d'intensité quand ils sont administrés par la
voie naturelle de l'estomac. Ils arrivent ainsi directement en contact avec la muqueuse intestinale, sur laquelle ils doivent exercer Jeur action spéciale.
Ils impressionnent successivement des parties de plus en plus postérieures pour envahir, après un certain temps, toute l'étendue •de l'intestin. Dans ces conditions, la purg-ation non seulement s'établit g-raduellement, mais encore elle se montre à son maximum.
2° Lavements purgatifs. — Les lavements de liquides purg-atifs non seulementramollissent les matières contenues dans le rectum à la manière des lavements ordinaires, mais ils agissent encore par action réflexe ou après absorption sur des parties intestinales situées en avant et même sur l'intestin grêle. Vulpian, ayant administré à des chiens des lavements purgatifs et les leur ayant fait garder de une heure et demie à deux heures, obtint des selles diarrhéiques, et, l'animal étant sacrifié, on put voir non seulement la muqueuse du gros intestin rouge, mais aussi de la congestion surcelle de l'intestin grêle jusqu'au duodénum; un mucus opaque, jaunâtre, tapissait les parois ; dans le duodénum, il y avait de la bile ; enfin la muqueuse gastrique elle-même paraissait affectée.
Ellenberger a obtenu des défécations molles sur le cheval et le mouton, après l'administration des lavements glycériques d'aloïne au 1 dixième. Avec des lavements de colocynthine pure, cet auteur n'a obtenu aucun effet sur le cheval et le mouton.
3° Applications cutanées. — En applications sur la peau intacte ou dépouillée de son épiderme par un vésicatoire, les purgatifs restent généralement sans action.
4° Injection intraveineuse des purgatifs. — Les purgatifs injectés dans le sang- ne purgent qu'exceptionnellement.
Le professeur Bagge,de l'école de Copenhague, ayant injecté l'infusion de rhubarbe dans la veine jugulaire d'un cheval, a constaté que l'animal ne tardait pas à rendre des excréments d'abord durs, puis de plus en plus ramollis.
d" Injection hypodermique des purgatifs. — La difficulté que l'on éprouve pour administrer les purgatifs aux animaux, l'incertitude d'une purg-ation régulière chez nos herbivores et le temps souvent très long qui s'écoule avant l'apparition de la purgation, lorsque Ton fait l'administration par le tube digestif, sont les raisons qui ont déterminé les vétérinaires à essayer l'administration des purgatifs par la voie hypodermique.
Voici les principaux résultats obtenus :
M. Colin, ayant injecté 2 g-rammes d'huile de croton tiglium sous la peau d'un cheval, n'a vu survenir aucune action purgative. Gsell a fait la même remarque après l'injection hypodermique de i g-ramme de cette huile sur un cheval.
Ce dernier auteur a obtenu la purgalion sur le chien à la suite d'une injection de 2 g-rammes d'une solution aqueuse d'aloès socotrin à 1/10. Les injections d'aloès n'ont aucun mauvais effet local ; il se produit une simple hyperémie passag-ère au point d'injection. haloïne essayée hypodermiquement parEllenberg-er, à la dose de 0s',5à 2 g-rammes chez le chevalet Os%l à 05?'',2 chez le mouton sous forme de solution g-lycérique chaude au 1/10, n'a pas produit lapurgation. Il a observé aux points d'injections des tuméfactions douloureuses, (jui ont cependant disparu à la longue, sans s'ubcéder.
La podophylline injectée sous la peau du cheval à la dose de 1 à 2 grammes en solution alcoolique détermine des coliques, mais sans expulsion d'excréments ramollis. Souvent il se déclare, deux ou trois jours après l'administration, une paralysie du train postérieur, de la vessie et de l'intestin. Les points d'injections deviennent douloureux et œdémateux. La température rectale s'abaisse, le pouls devient petit et accéléré. Dans les expériences d'EUenberger, deux chevaux d'expérience ont succombé après cinq jours, à la suite de ces injections.
hapodophi/llitoxinemieclée à un petit chien à la dose de Os^'iOOl a produit un abaissement considérable de la température, une paralysie, de la diarrhée et la mort.
Les préparations de podophylline et de podophyllitoxine employées en injection sous-cutanée sont donc très toxiques, produisent des tuméfactions locales et ne peuvent pas être employées par cette voie à titre de purgatifs.
La nitropentane n'a produit aucun effet purg-atif chez le cheval ù la dose de Oe^OS à Qg'",!. Elle a déterminé des défécations assez nombreuses chez le chien à la dose de Qs^l à 08^,2. A la dose de 0gr,3, elle produit chez le chien de la salivation, des convulsions, de la diarrhée et une g-rande faiblesse consécutive.
La colocynthine pure, à la dose de 0g'',05 à 0g'',25, reste sans effet chez le cheval. A la dose de 08^,3 à 0g%4, elle détermine une g-rande excitation, un besoin fréquent d'uriner et une diarrhée liquide II se forme aux points d'injection des tuméfactions suivies
PURGATIFS ET PURGaTION. 431
d'abcès. Chez le mouton. Ellenberger a obtenu des résultats analogues avec des doses variant entre 08'",005 et Os^Ol.
Hiller, qui a essayé hypodermiquement Taloïne, la colocynthine, la citrulline, l'extrait de coloquinte, l'éléatérine, l'acide cathartrique, la léplandrine, l'éronymine et la baptisine, conclut de ses expériences qu'il est toujours préférable d'administrer les purgatifs par la bouche et non par la voie sous-cutanée.
D'après quelques auteurs, le podophyllin dissous dans de Teau lég-èrement ammoniacale produirait une purgation régulière. On recommande de l'employer chez le chien à la dose de 0g'",05.
Vulpian et Carville ont obtenu un effet purg-alif réel en injectant à un chien 10 centigrammes de sulfate de mag-nésie sous la peau. Ils attribuent l'effet purgatif à l'élimination du sel de magnésie par la muqueuse intestinale.
Conclusions. — Des faits précédents, il résulte que l'injection hypodermique des purgatifs est rarement avantageuse. Chez les carnivores et les omnivores, la purgation se produit quelquefois, mais elle est rarement aussi régulière, aussi complète et aussi inolTensive que par l'administration à l'intérieur. Les herbivores ne sont purgés que si les doses deviennent toxiques, et de plus on observe souvent des accidents locaux aux points d'injection. La méthode hypodermique ne convient donc pas pour l'administration des purg-atifs ordinaires. Lorsqu'on voudra provoquer des évacuations anales abondantes et que les purgatifs sont contreindiqués, il faudra employer les injections hypodermiques ou intraveineuses de pilocarpine, d'ésérine, d'aréoline ou de chlorure de baryum, substances qui sont douées de propriétés évacuantes énergiques, mais ne sont pas de véritables purgatifs. Ces substances évacuantes sont les seules que l'on doit employer hypodermiquement dans la pratique.
Indications thérapeutiques de la purgation. — Les applications thérapeutiques des purgatifs découlent directement de leurs effets physiologiques. Les purgatifs produisent : l'évacuation des matières contenues dans le tube digestif, la diminution de l'absorption, une spoliation séreuse plus ou moins intense, une congestion intestinale, un catarrhe de la muqueuse digestive, et enfin en général une diminution de la respiration, de la circulation et de la calori fi cation.
A titre de simples évacuants de l'intestin, ils sont indiqués pour débarrasser le tube digestif des matières dures qui y séjour-
nent pendant la constipation, des pelotes et des calculs qui s'y forment si souvent chez les solipèdes, des vers qui obstruent l'intestin, des matières indig-estes étrangères aux aliments avalés parles animaux. En un mot, les purgatifs sont des médicaments propres à débarrasser mécaniquement les voies dig-estives des corps étrangers qui les obstruent ou à vaincre par la violence tout obstacle au cours des matières dans l'intestin.
La propriété qu'ils ont de diminuer l'absorption, tout en hâtant l'expulsion des matières, rend les purgatifs utiles pour combattre l'action de substances toxiques qui n'ont pas encore passé complètement à l'absorption. Chez nos grands herbivores, la purgation peut encore intervenir utilement comme évacuant, plusieurs heures et même deux et trois jours après l'ingestion de substances toxiques peu solubles. En eflet, il est démontré par les expériences de Colin, d'EUenberg-er, etc., que, chez le cheval et le bœuf, les aliments d'une ration mettent au moins trois jours avant d'arriver dans les parties terminales de l'intestin. Donc, malgré une purgation tardive, on aurait encore des chances de provoquer l'expulsion d'une partie du toxique ing-éré, surtout si celui-ci n'agissait qu'avec lenteur.
La spoliatio7i séreuse qui accompagne la purgation rend cette médication utile pour soustraire à l'économie, par la voie de l'intestin, les toxines qui résultent des fermentations digestives ou les poisons (ptomaïnes, leucomaïnes) qui existeraient dans le sang. On sait aujourd'hui que, dans beaucoup de maladies, l'organisme fabrique des substances toxiques qui, lorsqu'elles ne sont pas éliminées ou détruites, peuvent occasionner un empoisonnement mortel.
La purgation, en débarrassant l'intestin des matières en putréfaction et des toxines ?nicrobiennes et en facilitant l'élimination des toxines qui peuvent exister dans le sang, est donc indiquée dans la plupart des maladies infectieuses telles que la fièvre typhoïde. Il s'agit, dans la pratique, de savoir adapter son intensité à la maladie qu'il faut combattre. Le plus souvent, il suffit d'entretenir la liberté du ventre ou de produire un effet laxatif.
La purg-ation, en dépouillant le sang d'une partie de son eau, provoque consécutivement une résorption active qui amène la disparition des épanchemenls pathologiques.
\Seffet hyperémiant sur l'intestin est utile, lorsqu'on peut produire une dérivation du sang d'un organe malade éloigné. C'est ainsi que, dans les maladies de peau rebelles, la purgation frc-