MODIFICATEURS DE LA NUTRITION
Ils comprennent les toniques et les altérants.
Toniques.
La médication tonique comprend l'ensemble des moyens qu'on peut mettre en œuvre pour relever les forces vitales déprimées et rendre à la nutrition languissante son activité normale.
Elle intervient dans l'atonie, l'anémie, la longueur de la nutrition, la débilité et l'affaiblissement général. Ces états morbides peuvent être la conséquence de la misère physiologique qui se produit sous rintluence de conditions alimentaires et hygiéniques défectueuses ou être le résultat d'une maladie quelconque apportant un trouble important dans la nutrition. Dans tous ces cas, il se produit une rupture d'équilibre entre l'assimilation et la désassimilation; celle-ci l'emporte, l'animal maigrit, perd de son poids et par suite s'alfaiblit.
Pour éviter l'anémie ou pour la combattre efficacement, il faut d'abord guérir la maladie qui la tient sous sa dépendance, puis enrayer la désagrégation organique par une alimentation appropriée, et enfin exciter la puissance d'assimilation en relevant le fonctionnement du système nerveux.
Les moyens hygiéniques sont souvent les plus importants. Ils suffisent généralement^ eux seuls pour faire disparaître l'atonie, la misère physiologique et la faiblesse générale. Il ne faut donc jamais les négliger et se souvenir que même les agents médicamenteux ne peuvent donner de bons résultats curatifs que sur les animaux qui sont placés dans de bonnes conditions hygiéniques et qui reçoivent une nourriture substantielle et abondante.
TONIQUES. 48b
Les malades doivent être placés dans des locaux bien aérés, éclairés, à température modérée, et autant que possible constante. On doit éviter les courants d'air, qui sont très nuisibles, prédisposent aux alTections aig-uës. Si la saison le permet, les animaux débilités seront laissés en liberté dans une prairie, un enclos ou une cour. Là ils peuvent prendre leurs ébats, se livrer à une gymnastique salutaire et éprouver en même temps les bienfaits de Texcitation de l'air et de la lumière.
Le pansag-e doit être bien fait. On sait que les excitations des nerfs cutanés déterminées par l'étrille, la brosse ou le bouchon de paille activent la nutrition g-énérale, favorisent les fonctions sécrétoires de la peau et tonifient par action réflexe le système neuro-musculaire.
Le tondag-e bienfait peut aussi puissamment contribuer à relever l'énergie vitale, en favorisant l'action de l'air sur la peau et en diminuant la sudation, tout en régularisant la transpiration cutanée. Il rend en outre les pansages plus faciles.
Les médicaments toniques agissent par trois procédés principaux. De là leur division en trois groupes : les analeptiques, les eupeptiques et les névrosthéniques.
Les toniques analeptiques sont ceux qui apportent au sang- des principes indispensables à la réparation org-anique, c'est-à-dire de véritables éléments alimentaires, tels que le fer, les phosphates, les sels alcalins.
Ijes toniques eupeptiques améliorent la nutrition non en fournissant des matières capables d'entrer dans la constitution des tissus, mais en exerçant une action favorable sur la digestion et l'absorption des aUments. Ils augmentent l'appétit, favorisent la sécrétion des sucs digestifs, rendent ceux-ci plus actifs et accélèrent les mouvements péristaltiques. Ils peuvent en outre exercer sur le système nerveux une action favorable après leur absorption.
Les toniques névrosthéniques agissent en relevant principalement les fonctions nerveuses. Ces médicaments peuvent avoir aussi une action favorable sur la digestion; mais toujours leur action principale est exercée sur le système nerveux.
Les principaux médicaments toniques sont consignés dans le tableau suivant :
T. ANALEPTIQUES.
Médicaments toniques.
T. EUPEPTIODES.
T. NÉVROSTHÉNIOUES.
Ferrugineux.
Phosphore et pliospliates.
Sels de chaux.
Chh)rure de sodium.
Clilorure de potassium.
Huih^ de foie de morue.
Racine de gentiane.
Fenouil.
Galamus.
Petite centaurée.
Écorce de saule Amers. ^Houblon.
Quassia amara.
Colombo.
Ményanthe.
Charbon bénit.
Pissenlit, etc.
Baies de genièvre.
Anis.
Ame7^s aro- \ Cannelle.
matiques ■ Cascarille.
et épices. f Poivre.
Camomille.
Labiées et ombellifères Quinquina.
Acide arsénieux.
Noix vomique.
Toniques analeptiques.
Ferrugineux.
Le fer fait partie constituante de l'organisme animal et joue un très g-rand rôle dans la nutrition ; il se trouve dans tous les tissus, mais principalement dans le foie et le sang. Dans le sang- il est fixé sur les hématies et leur communique la propriété d'absorber l'oxyg-ène dans les voies respiratoires et de le céder ensuite aux différents tissus de l'organisme. Le sang- est d'autant plus propre à entretenir la nutrition et la vitalité des tissus qu'il est plus riche en hémoglobine, c'est-à-dire en globules rouges. Or ceux-ci ne peuvent pas exister sans fer ; aussitôt que la proportion de fer devient insuffisante, leurnombre diminue, etil en résulte un défaut d'hématose, un ralentissement delà nutrition, une faiblesse générale et Vanémie.
La proportion de fer du sang varie avec lesespèces animales et plusieurs autres circonstances. Le sang- des oiseaux est le plus riche en fer ; vient ensuite celui des carnassiers et enfin celui des herbivores. La totalité du sang d'un homme ne contient pas
3 grammes de fer. Le cadavre d'un homme du poids de 70 kilogrammes contient 7 à 14 grammes de fer; celui dun cheval de taille moyenne, de 15 à 20 grammes. Ce fer, qu'on trouve dans le sang et les tissus des animaux, est naturellement emprunté aux aliments. Voici, d'après Boussingault, la proportion de fer contenue dans les prinpales matières ahmentaires : l'analyse a porté sur 500 grammes de chaque substance :
Bœuf 0s'-,0048
Veau 0s'-.00:28
Poisson Ogr.OOlo à 0^^,0042
Lait de vache 0g^0018
Œuf de poule Os'-.OOo?
Pain blanc uer,0048
Riz Û6'-,Û01o
Haricots 0s^00T4
Lentilles 0sr,0083
Pommes de terre 06^,0016
Avoine 0s^0131
Feuilles vertes de chouï Osr,0039
Les liquides suivants contiennent pour 100 centimètres cubes :
Vin (Beaujolais) 0sr,000iû9
Vin blanc (Alsace) Ob-r, 000076
Bière 06^000040
Boussingault a analysé toutes les sécrétions et tous les produits de déchet expulsés par l'org-anisme animal dans les vingt-quatre heures. Il a trouvé que le fer est éliminé dans les proportions suivantes chez les différentes espèces :
L'homme élimine en 24 heures Os'',0o de fer.
Le chien — 06^,04
Le cheval — Oe<',2Ù
Pour que le sang puisse conserver sa constitution normale et servir constamment à entretenir la vie des organes, il faut que la quantité de fer éliminée soit remplacée par une quantité égale venant des aliments ingérés. Or, si on examine la quantité de fer contenue dans la ration journalière, on trouve que le soldat de l'armée française ingère au minimum tous les jours de O^'^.OôQi à 0g'-,078 de fer, le cheval de i?%1010G, à ls^5612 La quantité de fer ingérée par l'homme et les animaux recevant une ration ordinaire est donc en général plus que suffisante pour réparer les pertes en fer que l'organisme éprouve sous l'influence du mouvement dedésassimilation. Il y a cependant des cas où les aliments
sont pauvres en fer et n'apportent à l'organisme qu'une quantité insufflante, pour les besoins de la nutrition ; il est des cas aussi où le fer contenu dans les aliments s'y trouve sous une forme telle qu'il n'est pas absorbé dans le tube digestif ou qu'il n'est absorbé qu'en trop petite quantité. Dans ces deux cas, le résultat final est le même, le sang- s'appauvrit en fer, ses g-lobules rouges diminuent, la nutrition des tissus s'altère et l'anémie ne tarde pas à apparaître.
Dans toutes les maladies, l'org-anisme s'appauvrit en fer, soit par suite d'une élimination exagérée, soit par- suite d'une ingestion insuffisante. Les analyses suivantes, faites sur le sang- de l'homme sain et de l'homme malade, le démontrent clairement (Becquerel et Rodier).
Fe?' contenu dans 1 000 grammes de sang.
Homme en bonne santé 0,56
Femme — 0,51
Homme atteint de maladies inllammatoires. 0,49
Femme atteinte — — 0,48
Pleurésie 0,4(51
Rhumatisme aigu (4 hommes) 0,452
Anémie (30 individus) 0,366
Chlorose 0,319
On voit aussi, d'après ce tableau, que le sang- de l'homme est, à l'état normal, plus riche en fer que le sang- de la femme. Il est fort probable qu'il en est de même chez les animaux, si on compare le sang- du mâle à celui de la femelle.
Effets physiologiques des ferrugineux. — Je ne décrirai pas ici les etiels locaux produits par les dilVérents composés ferrug'ineux ; ces elïets sont étudiés à propos de chaque substance. On n'envisagera ici que les effets généraux, qui sont la conséquence de l'absorption du fer.
Absorption. — Les ferrugineux ne sont pas absorbés par la peau intacte, mais ils sont faiblement absorbés par les plaies quand ils sont solubles. En injection hypodermique, les sels de fer très solubles, tels que lecitrate de fer, sont absorbables, mais lescomposés insolubles ne passent pas dans le sang. Dans le tissu conjonclif, les sels de fer solubles se transforment en albuminates solubles elabsorbables,et on peut retrouver le fer dans les urines quelques heures plus tard. Les sels très styptiques, par exemple le perchlorure de fer, ne peuvent pas être absorbés par le tissu
conjonctif, parce qu'ils déterminent une destruction locale des tissus en se combinant à leur substance et en formant des composés insolubles.
Dans la bouche, les sels de fer exercent une action astring-ente énerg-ique ; ils ont une saveur métallique, styptique, accusée. Il y a parfois décomposition partielle du sel ferrique sous l'influence de l'acide sulfhydrique qui souvent est contenu dans la salive, et alors il se forme du sulfure de fer qui, en se déposant sur les dents, leur donne une coloration noire.
Dans Testomac, tous les composés ferrugineux, sont rendus solubles. en totalité ou en partie. Le fer métallique entre en combinaison avec les acides du suc g-astrique et produit un dèg-agement g-azeux, cause fréquente d'un ballonnement nuisible. Presque toutes les préparations ferrugineuses sont transformées, dans l'estomac, en chlorure et en lactate de fer, qui restent en dissolution dans le liquide albumineux acide et sont absorbés.
Quand la préparation ferrugineuse est administrée à dose un peu forte, la totalité n'est pas rendue soluble et absorbable dans l'estomac ; une certaine quantité se précipite ou reste insoluble, arrive dans Tintestin, irrite la muqueuse et est expulsée ensuite avec les excréments. Il est donc nécessaire, pour obtenir une absorption sûre non accompagnée de troubles digestifs, de faire prendre les ferrugineux aux animaux à doses très faibles et autant que possible à Tétat organique. Les aliments naturellement riches en fer constituent les meilleurs médicaments ferrugineux, car ils contiennent le fer à Tétat de composé nucléo-albumine fernigineiLT. forme essentiellement absorbable et utilisable par l'organisme animal. Les préparations feri'ugineuses ordinaires sont utiles aussi, car elles protègent le fer organique des aliments contre certaines actions décomposantes dans le tube digestif.
En passant dans l'intestin, le fer se combine en partie avec le soufre de l'acide sulfhydrique pour former du sulfure de fer insoluble qui se précipite sous forme d'une poudre noire et qui communique aux excréments une coloration foncée.
Après son absorption, le fer est fixé par le foie et surtout par les hématies, qui, en augmentant leur hémoglobine, acquièrent un pouvoir respiratoire plus considérable. Après quelques jours d'administration de ce métal, on voit que les globules rouges augmentent de volume Qi que leur nombî'e s'accroît notablement. Cette augmentation du nombre des globules rouges se remarque
déjà sur les animaux sains, mais elle est surtout très remarquable sur les animaux anémiques, chez ceux où le nombre des hématies est au-dessous du chiffre normal. Chez ces derniers, on voit que, sous l'influence du fer, les muqueuses prennent, au bout de peu de temps, une coloration rosée, la peau aussi se vascularise, le pouls et les battements cardiaques prennent plus de force, Toeil devient brillant et vif, la calorification aug-mente, les fonctions se régularisent et la nutrition g-énéralc s'améliore.
D'après les expériences faites dans notre laboratoire sur les animaux sains, on constate que le fer administré pendant quelque temps s'accumuledans le sang, aug-mente le nombre des globules roug-es et en même temps la quantité d'oxyg-ène contenue dans le sang- artériel. Étant plus oxygéné, le sang- constitue un milieu plus favorable pour la resi)iiation et la nutrition des éléments histolog-iques des tissus org-aniques. Dans le foie, le fer joue le rôle d'un transporteur d'oxyg-ène et facilite les combustions, les oxydations lentes dans cet organe (Dastre). On comprend ainsi très bien pourquoi la vigueur aug-mente, pourquoi la calorification et la circulation se relèvent sous l'influence des ferrug-ineux.
Le fer ne reste pas indéfiniment dans le sang- et les tissus ; il est entraîné par le mouvement de désassimilation, comme d'ailleurs tous les autres principes constituants de la matièi'e organique, et est ensuite éliminé.
h'e/uni7iation se fait par toutes les voies, cai* tous les produits de sécrétion renferment du fer, mais en proportions très diflerentes. Les principales voies d'élimination sont la bile et le g-ros intestin. La bile de tous les animaux contient du fer; elle est une voie universelle d'élimination de ce métal. La proportion du fer de la bile est très variable. En moyenne elle est de 0™g,9 pour 100 centimètres cubes de bile (Dastre). Quand on administre du fer, on voit la quantité de ce métal augmenter dans la bile. L'intestin en élimine aussi beaucoup par sa muqueuse, car les matières fécales contiennent une quantité de fer bien supérieure à celle qui est apportée à l'intestin par la bile. De plus le contenu d'une anse intestinale isolée et ne recevant aucun aliment est riche en fer. Une solution de sel de fer injectée dans la jug-ulaire d'un animal |)rovoque une sécrétion intestinale et gastrique riche en fer (Buckheim, Mayer, Cl, Bernard). Le méconium du fœtus contient toujours du fer (Guillemonat). Dans l'urine, on retrouve seize fois moins de fer que dans les fèces (Schmidt).