MODIFICATEURS DE LA SENSIBILITÉ
Anesthésie et anesthésiques.
L'anesthésie, c'est-à-dire la suppression passagère de la fonction sensitive, peut être générale ou locale.
D'après Cl, Bernard, on appelle anesthésiques généraux (av privatif; ouab-qaiç, sensibilité) les substances qui, étant absorbées suppriment la sensibilité, la faculté d'éprouver de la douleur, qui amènent ainsi la résolution des muscles et par suite l'immobilité de l'homme et des animaux, qu'elles plong-ent dans une sorte de sommeil.
L'anesthésie locale diffère de l'anesthésie générale en ce qu'elle n'amène pas le sommeil et qu'elle ne supprime la sensibilité que dans une partie restreinte du corps, celle qui est le siège de l'excitation douloureuse.
Les chirurgiens trouvent dans les anesthésiques le moyen d'éparg-ner de la douleur aux patients et de les immobiliser pendant les opérations.
Historique. — De tout temps, les chirurgiens s'étaient préoccupés de supprimer la douleur, et dès la plus haute antiquité on avait essayé divers moyens pour atteindre ce but. Les Assyriens comprimaient le cou des enfants qui subissaient la circoncision. Kaufmanx. 37
Les Chinois frottaient, il y a 2000 ans, la partie à anesthésier avec une plante de la famille des Urticées. Chez les Grecs et les Romains, on employait, paraît-il, la pierre de Memphis (carbonate de chaux) broyée dans du vinaigre pour obtenir une certaine insensibilité du membre à opérer. On a utilisé aussi avec plus ou moins de succès l'administration des sucs de certaines plantes narcotiques : opium, morelle, jusquiame, mandragore ou belladone, cig"uë, laitue vireuse, chanvre indien. L'ivresse alcoolique constituait ég-alement un moyen capable de produire Tobtusion des sens. En 1784, un chirurgien ang-lais insensibilisa les membres en comprimant leurs nerfs. En 1837, Liégeard pratiquait une compression circulaire totale du membre à opérer pour en obtenir l'anesthésie.
Mais tous ces moyens étaient insuffisants pour amener une véritable anesthésie ; quelques-uns étaient même fort dangereux.
En 1790, Davy, en respirant du protoxyde d'azote, constata que ce gaz a la propriété de détruire la sensibilité. Le premier pas était fait dans la découverte des agents anesthésiques.
En 1842, un médecin d'Athènes employa le premier l'éther pour supprimer la douleur ; mais ses observations, n'ayant pas reçu une publicité suffisante, passèrent inaperçues. La connaissance définitive des propriétés anesthésiques nous vient d'Amérique.
En 1846, Jackson et Morton ont réalisé l'anesthésie générale sur l'homme par des inhalations d'éther. Cette nouvelle méthode, essayée d'abord dans les hôpitaux américains, a donné des résultats merveilleux ; elle s'est répandue ensuite rapidement en Angleterre, en France et dans tous les pays d'Europe.
Une fois en possession de ce moyen merveilleux pour supprimer la douleur dans les grandes opérations chirurgicales, on s'est mis à la recherche d'autres anesthésiques. En 1847, Flourens essaya le chloroforme sur les animaux et obtint, avec cette nouvelle substance, des effets anesthésiques encore plus rapides et plus énergiques qu'avec l'éther. Simpson, chirurg'ien d'Edimbourg, ayant eu connaissance des expériences de Flourens, employa le premier le chloroforme sur l'homme, et cela avec un plein succès. L'emploi chirurgical du chloroforme se répandit aussitôt, et cette nouvelle découverte excita une sensation presque aussi vive que celle de l'éther. Depuis on a découvert un grand nombre d'autres substances anesthésiques.
ANESTIIÉSIE ET ANESTHÉSIQUES. ÎÎ79
Les principaux anestiiésiques g-énéraux connus actuellement sont les suivants : chloroforme, éther sulfurique, chloral, protoxyde d'azoteau gaz hilarant, bromure d'éthyle (G^H^Br), chlorure de méthyle (C'^H'Gl), chlorure de méthylène (G-H^Gl-), tétrachlorure de carbone (G^H^), chlorure d'éthyle (G*H^G1), chlorure d ethylène (G'-'H'GP), chlorure d'éthylédène (G2H3G12),méthylchloroforme (G^H'GP), chlorure d'éthylédène monochloré (G^H^Gl), acétate d'éthyle ou éther acétique (G'^H^O*), benzoate d'éthyle, amylène (G^H'"), hydrure d'amyle (G*«H"GI), aldéhyde (G^H^O), sulfure de carbone (GS-).
Immédiatement après sa découverte, l'anesthésie chirurgicale a été appliquée avec succès par les vétérinaires à tous les animaux. Mais on ne tarda pas à remarquer que la chair des sujets anesthésiés par l'éther ou le chloroforme conserve toujours un goût insupportable qui empêche d'utiliser la viande pour la boucherie, si l'animal vient à mourir pendant l'opération. On a renoncé très vite, d'une façon absolue, à l'anesthésie du bœuf et du mouton. Aujourd'hui on continue à anesthésier parfois le chien et le cheval. Cependant Xhippophagie étant entrée dans nos mœurs, nous sommes forcés de restreindre beaucoup l'emploi de l'anesthésie générale dans la chirurgie des solipèdes. D'autre part, chez ces animaux, l'emploi des méthodes d'anesthésie générale préconisées présente des inconvénients se manifestant au réveil. Les sujets restent assoupis pendant un certain temps ; ils sont exposés à faire des chutes maladroites et de se blesser pendant les efforts qu'ils font pour se relever.
En vétérinaire, l'anesthésie locale, qu'on réalise si facilement aujourd'hui grâce à la cocaïne et ses succédanés, peut avantageusement remplacer l'anesthésie générale dans un grand nombre de cas. Elle est moins dangereuse et ne modifie pas les qualités alimentaires et marchandes des viandes des animaux opérés; ce sont là deux avantages appréciables.
Propriétés générales des anesthésiques. — Universalité d'action. — L'action des anesthésiques est très générale ; elle s'exerce sur les animaux, sur les plantes et sur tous les éléments vivants. Les anesthésiques arrêtent les mouvements des feuilles chez la sensitive, ceux des anthères de certaines fleurs (épine-vinette) ; ils abolissent les mouvements des cilsvibratiles et rendent inertes les êtres unicellulaires, quels qu'ils soient : amibes, infusoires, microbes, cellules.
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Résistance variable des éléments vivants. — Tous les éléments anatomiques \dvants qui constituent les corps des animaux supérieurs sont atteints par l'action des anesthésiques, mais à des deg-rés divers ; quelques-uns, comme les éléments nerveux, perdent très vite leur vitalité, même avec des doses faibles ; d'autres résistent plus longtemps et ne sont atteints qu'à doses plus fortes.
Nécessité du contact de l'agent anesthésique avec les CELLULES. — Pour que les ag-ents anesthésiques puissent manifester leur action sur des éléments vivants, il faut qu'ils arrivent directement au contact de leur substance. Les cils viliraliles ne perdent leurs mouvements que si les cellules épithéliales ciliées sont imprég-nées par les molécules anesthésiques : les mouvements des feuilles de la sensitive ne sont aboHs qu'à partir du moment où les vapeurs anesthésiques sont transportées par la sève, dans les éléments anatomiques spéciaux qui produisent ces mouvements ; un animal ne devient insensible que lorsque la substance anesthésique sera arrivée au contact des cellules nerveuses de l'axe encéphalo-rachidien qui tiennent sous leur dépendance la sensibilité.
Or, chez les animaux supérieurs et chez l'homme, les molécules anesthésiques ne peuvent parvenir au cerveau, sièg'e des perceptions, que par l'intermédiaire du sang- artériel. Il faudra donc d'abord assurer la dissolution des substances anesthésiques dans le sang- artériel, c'est-à-dire le sang- rouge.
Nécessité de l'absorption par le poumon. — Pour les anesthésiques volatils, tels que l'éther et le chloroforme, les molécules médicamenteuses ne peuvent arriver dans le sangartériel qu'après leur administration par la voie pulmonaire. Si, en effet, ces corps sont confiés à toute autre voie, ils seront d'abord absorbés par les veines et par conséquent arriveront dans le cœur droit. De là, le sang- veineux se rend dans le poumon, où il se dépouille de son acide carbonique ainsi que des autres principes volatils et, par conséquent, des vapeurs anesthésiques d'éther ou de chloroforme qu'il peut contenir. Ces vapeurs s'échappent dans l'air des poumons et des bronches et sont rejetées au dehors . Il en résulte qu'à sa sortie du poumon le sang*, qui est devenu artériel, ne contient plus de vapeurs anesthésiques ou n'en contient plus qu'une petite quantité très faible, insuffisante pour impressionner au deg-ré convenable les éléments nerveux centraux encéphaliques.
ANESTIIÉSIE ET ANESTIIÉSIQUES. 581
La grande volatilité de Téther, du chloroforme, du protoxyde d'azote, etc. , est une condition qui impose leur administration i)ur le poumo7i lui-Jtiême. Les anesthésiques gazeux ou volatils, en pénétrant dans le poumon avec Tair inspiré, se dissolvent dans le sang- comme l'oxygène et sont fatalement entraînés par ce liquide, puis répartis dans tous les points de l'organisme.
Les recherches de Nicloux, de Tissot {Soc. de biol., 1907), montrent que, dès le début de l'inhalation, les vapeurs anesthésiques se dissolvent dans le sang, que la quantité augmente graduellement dans ce liquide, que les tissus, surtout le tissu nerveux, en fixent une certaine proportion, que Tanesthésie se produit lorsque les éléments du centre nerveux ont subi un certain degré d'imprégnation sensiblement fixe pour un anesthésique déterminé.
Lorsque l'administration cesse, les vapeurs anesthésiques s'éliminent rapidement, leur proportion diminue d'abord dans le sang, puis dans les tissus, et le réveil survient quand les éléments du centre nerveux se sont dépouillés d'une quantité suffisante d'anesthésique. Pendant l'établissement de l'anesthésie, le sang po''te les agents anesthésiques au contact des éléments vivants des tissus, et pendant la période de réveil il enlève aux tissus les anesthésiques dont ils sont imprégnés et les transporte dans le poumon, où ils sont éliminés avec l'air expiré.
La surface pulmonaire si étendue et si fine offre une égale perméabilité pour les gaz qui tendent à s'échapper du sang et pour ceux qui tendent à s'y dissoudre. Elle constitue à la fois une excellente voie d'absorption et d'élimination. Elle absorbe les principes volatils qui lui arrivent par l'air inspiré et élimine par l'intermédiaire de l'air expiré ceux qui lui parviennent par l'intermédiaire du sang.
Modifications fonctionnelles produites par les anesthésiques. — Pendant les premiers moments de l'inhalation de vapeurs anesthésiques (éther et chloroforme), les animaux s'agitent, se débattent, crient et gémissent. Cette période de l'action anesthésique, appelée période d'agitation ou d'excitation, dure un temps généralement très court. Après deux à dix minutes, la perception des sensations s'éteint, l'agitation se calme, les mouvements réflexes cessent, et les animaux tombent alors dans un sommeil profond accompagné d'une résolution musculaire complète ; c'est la période d'anesthésie confirmée. A ce moment, les
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fonctions cérébrales et médullaires sont abolies; il n'y a plus ni perception, ni sensation, ni mouvements volontaires, ni mouvements réflexes de la vie animale. La vie de relation est éteinte. L'animal est étendu inerte ; ses membres sont flasques et retombent sans résistance lorsque, après les avoir soulevés, on les abandonne. Les fonctions vég-étatives {circulation et respiratio?i) subsistent seules et entretiennent la vie vég'étative. C'est le moment marqué pour l'intervention chirurg-icale.
Si l'inhalation continue, la vie végétative va bientôt s'éteindre à son tour; le cœur s'arrêtera ainsi que la respiration. Alors c'est V empoisonnement g é7iér al Qi la mort. L'issue fatale arrive d'autant plus vite que la quantité de vapeurs inhalées est plus considérable.
L'action des anesthésiques s'exerce d'abord sur la substance grise du cerveau et de la protubérance, puis sur la moelle et enfin en dernier lieu seulement sur le bulbe racliidien.
L'anesthésie est généralement accompagnée d'une assez forte salivation, de toux, de râles se produisant dans la trachée, quelquefois de nausées, de vomissement chez les carnivores.
1° Période d'excitation. — Au moment de l'inhalation, les vapeurs anesthésiques se trouvent d'abord en contact avec la membrane muqueuse des cavités nasales, du larynx, de la trachée et des bronches.
Cette muqueuse, très riche en terminaisons nerveuses sensitives, est excitée par les vapeurs anesthésiques, il en résulte : 1" des sensations désagréables, auxquels l'animal cherche à se soustraire par des mouvements de défense volontaire ; 2" des actions purement réflexes portant sur la respiration, la circulation, les sécrétions, etc.
Pendant l'agitation défensive à laquelle se livide l'animal dès le début de l'inhalation, on note ordinairement un ralentissement ou un arrêt plus ou moins prolongé des mouvements respiratoires, un ralentissement ou un arrêt plus ou moins durable des battements du cœur, une constriction spasmodique des petits vaisseaux dans toutes les parties de l'organisme. Cette constriction vasculaire réflexe a pour conséquence le maintien de la pression artérielle à son niveau primitif ou même l'augmentation de cette pression malgré le ralentissement ou l'arrêt passager des battements cardiaques.
Le ralentissement réflexe de la respiration et des battements du
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cœur au début de l'inhalation peut aller quelquefois jusqu'à l'arrêt complet et définitif. A ce moment, deux accidents mortels peuvent donc survenir; la syncope respiratoire, appelée syncope larijngo-réflexe ow primitive, et IsiSf/ncope cardiaque primitive. Ces deux formes de syncope sont dues à l'irritation qu'exercent les vapeurs anesthésiques sur les extrémités nerveuses sensitives qui se distribuent dans la muqueuse nasale et laryngienne. En effet, elles ne se produisent plus si on fait inhaler les vapeurs anesthésiques par une ouverture pratiquée à la trachée en évitant de les faire arriver en contact avec la muqueuse des premières voies aériennes (P. Bert),ouen injectant les anesthésiques directement dans les veines (Arloing-), et elles se montrent encore si, par un dispositif approprié, on fait arriver les vapeurs anesthésiques exclusivement sur les muqueuses nasale et laryngienne sans les faire arriver dans la trachée, les bronches et le poumon (Recherches personnelles inédites).
Quand linhalation est bien dirigée et que l'on évite les syncopes respiratoire et cardiaque d'origine réflexe, l'anesthésie s'établit graduellement. Mais, avant d'être complète, il persiste une certaine agitation générale secondaire due à l'excitation directe des éléments nerveux centraux par les molécules anesthésiques qui leur arrivent par l'intermédiaire du sang. Il faut se rappeler, en elfet, que tous les éléments vivants, avant d'être paralysés dans leurs fonctions, présentent une période de surexcitation plus ou mois longue, plus ou moins marquée suivant les circonstances (Cl. Bernard).
L'arrivée des anesthésiques dans les centres nerveux a donc pour premier effet de les surexciter passag'èrement. Cette surexcitation se manifeste chez l'homme par le désordre dans les idées, le délire, les rêves et les hallucinations, que traduit une loquacité excessive. Chez les animaux, elle s'annonce par des cris incohérents, des gémissements, des plaintes, des mouvements désordonnés, etc. De cette surexcitation directe des centres nerveux peut naître un second péril. Si le bulbe rachidien est trop fortement excité, il ralentit les battements du cœur par l'intermédiaire du pneumogastrique et peut même déterminer, dans certains cas, la syncope cardiaque secondaire. Quand cet accident se présente, la respiration continue encore pendant un certain temps.
Cette syncope cardiaque bulbaire secondaire se distingue de
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celle qui arrive dès les premières inhalations. Celle-ci est le résultat d'une action réflexe ; celle-là, d'une action directe de l'anesthésique sur la substance du bulbe. C'est cette forme de syncope qui se produit le plus souvent chez le chien et les autres animaux quand l'inhalation est trop brusque et fait arriver aux centres nerveux un sang- trop riche en principes anesthésiques. Alors l'excitation est rapidement remplacée par la paralysie de la substance du bulbe.
2° Période d'anesthésie confirmée. — Après la phase d'ag-itation, survient l'abolition progressive des fonctions des centres nerveux. Les hémisphères cérébraux sont les premiers centres paralysés. Cette paralysie abolit les phénomènes de conscience, de perception sensorielle et détermine le sommeil et le î^epos.
Le sommeil reconnaît pour cause une modification spéciale des éléments nerveux corticaux par la substance anesthésique qui les imprègne. Quelques auteurs ont voulu faire intervenir une cause de nature vasculaire : la congestion ou l'anémie du cerveau. Mais Cl. Bernard a démontré que ni la congestion ni l'anémie ne sont des conditions suffisantes du sommeil anesthésique. L'un ou l'autre de ces phénomènes vasculaires peut se montrer suivant l'agent anesthésique employé, mais ils no jouent qu'un rôle très secondaire dans la production du sommeil anesthésique.
Toutes les formes de sensibilité ne sont pas éteintes du même coup. C'est la sensibilité générale, la sensibilité à la douleur qui disparait d'abord, puis les dill'érentes formes de la sensibilité tactile, ensuite la vue et l'ouïe.
La disparition de la sensibilité générale n'a pas lieu simultanément partout ; c'est d'abord la peau des membres et du tronc qui devient insensible, puis celle de la face, puis la muqueuse nasale et enfin la conjonctive.
A mesure que l'insensibilité s'accentue, on voit les réflexes devenir moins accusés, et, au moment où la résolution musculaire est établie, ils ne persistent que dans certains points spéciaux.
On peut donc apprécier la marche de l'anesthésie en explorant, au point de vue de la sensibilité et des réactions réflexes, successivement la peau des membres, celle du tronc, les narines, les commissures des lèvres, la conjonctive.
Les derniers mouvements réflexes qu'il est [)0ssible de provoquer pendant l'anesthésie poussée à ses dernières limites sont : le
réflexe oculo-palpéhral^ le réflexe labio-mentoiuiicr ou ultitnuni 7'é/lexe de Dastre.
Lorsque l'attouchement de la cornée ou de la conjonctive recouvrant la sclérotique et les paupières ne donne lieu à aucun mouvement des paupières (suppression du réflexe oculo-palpébral), on juge que Ton a atteint le degré extrême de l'anesthésie qui ne doit pas être dépassé.
Lorsque, après la disparition du réflexe oculo-palpébral, on excite chez le chien la muqueuse de la gencive supérieure au niveau des incisives, on provoque encore souvent un mouvement localisé dans la lèvre inférieure. Cette lèvre est tirée en avant par une secousse brusque, de manière à recouvrir plus complètement la base des incisives inférieures (Dastre).
Pendant la période d'anesthésie confirmée, la circulation et la respiration subissent aussi des modifications importantes.
Circulation. — Le bulbe rachidien, excité d'abord, ralentit le jeu du cœur par Fintermédiaire des pneumogastriques ; plus tard, le centre modérateur cardiaque est paralysé et le cœur s'accélère. A ce moment, les réflexes modérateurs cardiaques ne peuvent plus se produire ; les syncopes par arrêt réflexe du cœur sont devenus impossibles ; les battements cardiaques sont réguliers et énergiques; le pouls est serré et plein, la pression artérielle reste élevée.
Mais, si l'imprégnation anesthésique se poursuit, on voit à un moment les battements du cœur s'affaiblir, le pouls s'accélérer, devenir petit et mou, et la pression artérielle s'abaisser. Ces effets sont dus à la paralysie progressive des éléments nerveux accélérateurs et des nerfs vaso-moteurs. Ils annoncent la mort prochaine par intoxication complète du bulbe. Dans ce cas, l'arrêt respiratoire précède de quelque temps l'arrêt du cœur {syncope tertiaire de Duret).
^ Respiration. — La respiration se ralentit pendant l'anesthésie et devient surtout abdominale. La force expulsive du thorax est diminuée de moitié et même des deux tiers, et V e^ori expiratoire est très notablement atténué (LangloisetRichet). Par contre, l'effort inspiratoire n'est pas sensiblement modifié, l'animal peut donc inspirer à travers une colonne de mercure normale, tandis qu'il ne peut pas expulser l'air dans l'expiration.
Une conséquence pratique découle de ce fait. Il faut éviter le plus léger obstacle à l'expiration. Un obstable imperceptible pour
l'animal normal sera infranchissable pour celui qui est anes- Ihésié.
La respiration peut s'arrêter de trois manières : par l'excitation réflexe du bulbe par la voie nasale et laryng-ienne (arrêt respiratoire, laryngo-réfle\e) ; par l'excitation directe exagérée suivie de paralysie des centres nerveux (syncope secondaire respiratoire), et par l'imprégnation anesthésique lente complète qui amène la paralysie du bulbe (syncope tertiaire ou apnée toxique).
Température. — Pendant le sommeil anesthésique, la température rectale diminue toujours et d'autant plus que le sommeil dure plus longtemps. Il n'est pas rare de voir la température tomber de 1 et 2° ou plus au-dessous de la normale.
Yeux et pupille. — Pendant l'anesthésie confirmée, les yeux sont renversés en haut et en arrière, et ils ont leurs axes diverg-ents {strabisme). La pupille reste généralement contractée et immobile; elle ne se dilate que lorsque l'intoxication mortelle est imminente. La dilatation se fait alors très brusquement. L'anesthésie très prolong-ée s'accompag-ne aussi d'une diminution de la tension du globe oculaire.
lîésumé. — En analysant la manière dont les fonctions diverses s'éteig'nent, on arrive à cette conclusion, à savoir que les anesthésiques exercent une action sur tous les éléments anatomiques, sur tous les tissus, sur tous les organes, mais que cette action ne se fait pas sentir partout avec la même rapidité ni avec la même intensité. Les éléments nerveux sont les premiers afl'ectés, et ils le sont dans l'ordre de leur hiérarchie fonctionnelle. Les phénomènes s'éteig'nent en effet dans l'ordre suivant :
1° Suspension des fonctions des lobes cérébraux. Perte de la volonté et des jjo'ceptions conscientes ;
2° Suspension des fonctions de la moelle et de la protubérance en tant que centres réflexes de la vie animale. Résoh/tio/i musculaire',
3" Suspension des fonctions du bulbe en temps que centre excitateur et régulateur des mouvements respiratoires et cardiaques. Cessation de la respiration, puis de la circulation.
Dans la pratique de l'anesthésie, il importe d'éviter l'apparition de la troisième période; il faut ménager les inhalations de façon à conserver le sommeil et la résolution musculaire sans porter une atteinte grave à la respiration et à la circulation cardiaque.
ANESTHÉSIE ET ANESTIIÉSIQUES. o87
Accidents de l'anesthésie. Moyens de les combattre et de les prévenir. — Les accidents mortels qui peuvent survenir pendant l'anesthésie sont déjà indiqués précédemment. Ce sont : 1° les syncopes primitives (respiratoire et cardiaque) ; 2° les syncopes secondaires (respiratoire et cardiaque) ; 3° la syncope respiratoire ou apnée toxique . Nous avons fait connaître le mécanisme de la production de ces accidents ; il nous reste à indiquer les moyens de les combattre ou de les prévenir.
Quand une syncope respiratoire se produit, il faut immédiatement pratiquer la respiration artificielle en pressant méthodiquement sur les parois thoraciques pour imiter la respiration naturelle. Aussi longtemps que le cœur bat, on a presque la certitude de ranimer le sujet en prolong-eant la respiration artificielle pendant un temps suffisamment long. J'ai souvent fait revivre des chiens qui paraissaient morts, en pratiquant la respiration pendant dix minutes ou un quart d'heure.
Contre les syncopes cardiaques, nous sommes à peu près désarmés ; le seul procédé vraiment rationnel consiste dans l'électrisation du seg-ment cervico-dorsal de la moelle dans le but de ranimer l'action des accélérateurs cardiaques. D'après M''^ Robinovitch, les excitations électriques rythmiques, surtout avec le courant Leduc, la cathode étant appliquée en avant de la région dorsale et l'anode sur les reins, réveillent rapidement la respiration et le jeu du cœur chez le chien en état de syncope respiratoire ou cardiaque causée par le chloroforme ou l'électrocution [Soc. de bioL, 1908). Malheureusement ce moyen n'est pas toujours à la portée du praticien. Quand cet accident se produit, le praticien peut ici encore essayer avec quelque chance de succès la respiration artificielle.
Il est plus rationnel de prévenir ces accidents que de les combattre. Voici quelques règ-les g-énérales qui permettront de les éviter :
1° Faire usage d'anesthésiques purs. Cela s'applique surtout au chloroforme, qui renferme souvent des acides chlorés très irritants ;
2'' Opérer sur des animaux à jeun ;
3° Écarter tout obstacle à la respiration et à la circulation de l'air dans les voies aériennes;
4" Faire arriver dans le poumon non pas l'anesthésique à l'état déconcentration, mais l'anesthésique mélangé à l'air pur;
5° Éviter d'administrer des doses massives. Donner de petites doses à la fois et interrompre l'adminislration de temps en temps;
6" Diminuer l'excitabilité du bulbe et du pneumogastrique ])ar l'injection hypodermique préalable de sulfate d'atropine cl de chlorhydrate de morphine ;
7o Surveiller avec soin la marche de l'anesthésie en exj)lorant le réflexe oculo-palpébral et en surveillant la respiration et la circulation ;
8° Cesser les inhalations aussitôt qu'un arrêt respiratoire ou cardiaque est imminent.
Pratique de l'anesthésie. Éthérisation. Chloroformisation. — En tant qu'anesthésiques, l'éther et le chloroforme ne sont administrés que par la voie pulmonaire, c'est-à-dire par inhalation. L'absorption ainsi que l'action de la vapeur anesthésiante sont rég-Iées par sa tension partielle dans l'atmosphère respirée par l'animal et non par sa quantité absolue. Cette loi, découverte par Paul Bert, a conduit à la méthode des mélanges litiges.
Procédés des mélanges titrés. — Avec un mélange déterminé d'air et de vapeur anesthésiante, l'org-anisme absorbe l'anesthésique jusqu'à ce que la tension de la vapeur dans le sang* soit égale à sa tension dans l'atmosphère offerte. A partir de ce moment, le sang- et les tissus saturés n'empruntent plus rien à l'atmosphère anesthésiante; l'état de saturation ne fait que s'en- Iretenii".
Paul Bert a démontré que, pour le chien, on obtient l'anesthésie tranquille et complète en quatre ou cinq minutes, avec un mélange de 10 grammes de chloroforme dans 100 litres d'air. Ce mélange titré à 10 p. 100 peut être respiré impunément pendant deux heures et entretenir pendant tout ce temps une anesthésie parfaite.
Cette méthode des mélanges titrés donne une anesthésie idéale; celle-ci s'établitrégulièrement, sans excitation, sans complication, sans danger d'accidents de syncope. Malheureusement, elle nécessite l'emploi d'appareils spéciaux encombrants cl coûteux. L'appareil le plus commode est celui imaginé par R. Dubois. On l'emploie dans quelques é(-oles vétérinaires; mais son usage ne pourra guère se généraliser dans la pratique.
Procédé ordinaire. — Les animaux étant convenablement fixés, on place, devant l'ouverture des cavités nasales et de la
bouche, des compresses ou des étoupes imbibées de chloroforme, d'éther ou d'un mélange de ces deux liquides. Il ne faut jamais faire arriver le liquide anesthésique directement en contact avec la muqueuse des voies aériennes, surtout si Ton fait usage du chloroforme, car ce corps exerce une action irritante. On recouvre rextrémité antérieure de la tête d'un ling-e qui concentre les vapeurs ancsthésiques au-devant des voies respiratoires. A l'inspiration, l'air traverse la cavité limitée par le linge et se mélange avec la vapeur anesthésiante avant de pénétrer dans l'appareil respiratoire. On peut aussi faire respirer l'animal dans une sorte de muselière en cuir ou en métal, au fond de laquelle sont w *■ 3 ménagées des ouvertures permettant l'entrée de l'air. Une petite éponge, de l'étoupe ou de l'ouate placée dans la muselière reçoit le liquide anesthésique, qu'on verse goutte à goutte. Pour éviter les accidents, il y a lieu de rappeler qu'il ne faut apporter aucune gêne à la respiration.
Le chien doit pouvoir respirer librement, non seulement par \p les narines, mais encore par la bouche. M. Guinard a remarqué que, si l'on obture la bouche en liant les mâchoires avec une muselière, on a presque toujours des accidents pendant lachloroformisation. L'une des causes les plus fréquentes d'accidents mortels réside dans ce fait que, par suite d'une vieille routine, on lie les mâchoires du chien et qu'on l'empêche ainsi de respirer par la bouche. Aussi conseille-t-il la fixation des mâchoires sur un mors qui les tient écartées et qui permet la respiration librement par la bouche.
Les petits chiens, les chats, les lapins peuvent être anesthésiés par un procédé très simple, qui consiste à les enfermer sous une cloche de verre contenant une petite éponge imbibée de chloroforme ou d'éther. Aussitôt qu'on voit l'animal chanceler, on le retire pour l'opérer rapidement. L'anesthésie obtenue ainsi ne dure que quelques minutes ; on peut cependant l'entretenir plus longtemps par des inhalations ordinaires consécutives. Les chats sont très sensibles au chloroforme, et ils meurent souvent pendant l'anesthésie ordinaire. M. Guinard a obtenu de bons résultats chez cet animal par la méthode mixte, morphine, chloroforme.
Procédé mixte, — L'anesthésie mixte consiste à associer les ancsthésiques à des narcotiques dans le but de rendre l'anesthésie plus rapide, plus régulière et inoffensive.
nOO ANESTHÉSIE ET ANESTHÉSIQUES.
Le procédé de Dastre et Morat : atropine, morphine et chloroforme, donne d'excellents résultats et devrait être préféré à tout autre moyen d'anesthésie chez le chien.
D'après ces auteurs, on procède de la manière suivante : dix minutes avant l'opération, on injecte sous la peau de l'animal un demi-centimètre cube par kilogramme d'animal de la solution suivante ;
Clilorhydrate de morphine 0p>',20
Sulfate d'atropine 0g^020
Eau distillée 10 ffraniines.
Puis on fait respirer le chloroforme; 2 ou 3 grammes de chloroforme suffisent pour une anesthésie parfaite de deux heures de durée.
J'ai essayé ce procédé bien souvent et je n'ai eu qu'à m'en louer. Cependant je trouve les doses de morphine et d'atropine trop élevées.
Je préfère la solution suivante, employée par Aubert chez l'homme :
Chlorhydrate de morphine 10 rcntigraïaines.
Sulfate d'atropine 5 luilligraïunies.
Eau distillée 10 graniines.
De quinze à trente minutes avant l'opération, on injecte 2 centimètres cubes de la solution sur le chien de taille moyenne.
Les avantagées de ce mode d'anesthésie sont les suivants : i° suppression de l'agitation du début à cause de l'action somnifère de la morphine ; 2° suppression des accidents de syncope cardiaque, puisque l'atropine annihile la fonction d'arrêt du pneumog-astrique ; 3" sommeil plus rapide; A" économie de l'anesthésique, puisqu'il faut de ving-t à trente fois moins de chloroforme.
L'anesthésie mixte présente un inconvénient chez le chat; M. Guinard a constaté que la morphine produit chez cet animal une surexcitation énorme. Celle-ci, il est vrai, disparaît pendant l'anesthésie, mais elle se montre de nouveau au réveil ; malg-récet inconvénient, c'est encore le meilleur procédé d'anesthésie chez cet animal.
Remarque. — Le mouton et la chèvre ne doivent jamais être anesthésiés par le chloroforme, parce qu'ils succombent fatalement à une broncho-pneumonie consécutive à l'anesthésie.
Pour les animaux de l'espèce bovine, le meilleur agent anesthésique semble être l'alcool administré à l'intérieur, soit dilué à 40 ou 45°, soit sous forme de rhum, cog-nac, eau-de-vie (Voir Alcool).
Anesthésiques généraux.
Chloroforme.
CHC13.
Le chloroforme est un liquide très limpide, incolore, d'une odeur de pomme de reinette, d'une saveur fraîche, sucrée, peu soluble dans l'eau (1 p. 100), très soluble dans l'alcool et l'éther, bouillant à -|- 61° G., ayant une réaction neutre. Au contact de la lumière et de l'air, le chloroforme pur s'altère facilement ; il devient acide et prend une odeur brûlante, désagréable, par suite de la formation d'oxychlorure de carbone et d'acide chlorhydrique.
Pour empêcher son altération, il faut le conserver dans des flacons bleus complètement pleins et bien bouchés, ou bien v ajouter 1 p. 100 d'alcool, d'éther et de toluène.
Le chloroforme pur est neutre, ne se trouble pas par leau avec laquelle on Tagite ; il ne produit aucune coloration par l'addition d'acide sulfurique concentré, et il ne précipite pas par le nitrate d'argent.
Il dissout un grand nombre de corps, tels que le soufre, le phosphore, l'iode, les corps gras, les résines, beaucoup d'alcaloïdes, le caoutchouc, etc.
Effets physiologiques. — Le chloroforme agit comme un toxique assez énergique sur les être inférieurs; il enraye les fermentations eng-endrées par des ferments figurés et s'oppose à la putréfaction. Il est donc antifermentescible et antiseptique. Il paralyse aussi certains parasites qui vivent sur l'homme ou les animaux et est par conséquent antiparasitaii^e.
Localement ., le chloroforme est irritant. Sur la peau, les plaies et les muqueuses, il produit la vésication, l'inflammation et même la mortification, quand on l'empêche de s'évaporer.
A Vintérieur, il est moins bien supporté que l'éther : à dose forte, il irrite l'estomac, détermine des coliques, des nausées, des vomissements et produit une g-astro-entérite.
Les inhalations de vapeurs de chloroforme produisent d'abord
une excitation générale très énergique, pendant laquelle l'animal crie, se débat avec violence. Après cette période d'excitation, qui est due principalement à l'action irritante qu'exercent les vapeurs de chloroforme sur la muqueuse nasale, buccale, laryngienne et quiduredetrois àdix minutes, survientune perte de rintelUg^ence, des mouvements et de la sensibilité, avec conservation des fonctions vég^étatives : c'est la période (Vanesthésie confirmée. Enfin, si l'anesthésie continue, on voit s'éteindre successivement la respiration^ la circulation ; enfin la mort survient. Le chloroforme agit d'abord sur les cellules nerveuses corticales de l'encéphale, puis sur celles do la moelle qui président aux réflexes et aux actions chimiques; ensuite sur les cellules nerveuses respiratoires du l)ulbe ; puis surles nerfs du cœur ; enfln sur les cellules terminales nerveuses des muscles striés.
Pendant l'excitation initiale, la pupille est dilatée : elle est contractée pendant la période d'anesthésie confirmée, et elle se dilate subitement à l'approche de la mort. L'état de la pupille nous renseig-ne sur les progrès de l'anesthésie ; aussitôt qu'elle commence à se dilater, il faut cesser les inhalations.
La sensibilité se conserve en dernier lieu dans la conjonctive, qui recouvre la sclérotique et les paupières, tandis qu'avec l'éther elle est plus long"temps conservée dans la cornée.
Le chloroforme communique aux battements du cceur une énerg-ie plus grande ; les courbes prises dans le cœur sont plus élevées et plus brusques pendant la période anesthésique ; ce n'est qu'à l'approche de l'empoisonnement complet que les battements ducœur s'affaiblissent. Administré avec précaution, le chloroforme produit souvent, au début, une lég-ère action vaso-dilatatrice et une vive excitation cardiaque. La première, très fug-ace, est bientôt remplacée par une action vaso-constrictive accompagnée de systoles cardiaques plus énergiques.
Le chloroforme expose le moins aux hémorragies en nappes ; c'est un anémiant, un vaso-constricteur. Il faut se rappeler que, pendant la chloroformisation, il peut se produire chez tous les animaux une syncope respiratoire ou cardiaciue mortelle.
A la suite d'une chloroformisation prolongée ou après l'injection sous-cutanée répétée de fortes doses de chloroforme, on voit se produire une dég-énérescence graisseuse dans les org-anes parenchymatcux notamment, dans le cœur, le foie et les muscles du squelette.
Le chloroforme s'élimine en nature; une petite quantité semble cependant se décomposer dans l'organisrae et donner naissance à de l'oxyde de carbone (GO),
Les injections sous-cutanées de chloroforme sont suivies d'une inflammation locale douloureuse, qui se dissipe g'énéralement sans laisser de traces.
L'action du chloroforme se manifeste non seulement sur les animaux, mais encore sur les vég-étaux ; ainsi Cl. Bernard a démontré que, si on fait aljsorberdes vapeurs de chloroforme par une sensitive, elle perd ses mouvements et tombe dans un état anesthésique comme les animaux. Si l'action anesthésique se prolonge, la plante peut même succomber.
Indications thérapeutiques. — Le chloroforme est peu employé à Vin(érieur\ à c^use de son action irritante sur la muqueuse dig-estive. Très dilué dans de l'huile de ricin ou sous forme d'eau choroformée, il peut cependant être utile dans les cas de coliques, dans les affections vermineuscs, dans l'éclampsie de la chienne.
A V extérieur, on n'utilise pas ses propriétés irritantes, parce qu'on a d'autres substances qui agissent mieux.
On s'en sert surtout en inhalations pour produire l'anesthésie ; celle-ci est rapide et plus durable qu'avec l'éther, mais elle est quelquefois plus dangereuse; aussi l'inhalation doit-elle être surveillée soigneusement. ; ,,^ (:^^.6<-c1aM^C\avvca.\Xc -
Le cheval, le chien, le porc et les Tolailles supportent généralement assez bien la chloroformisation ; mais le mouton, la chèvre et le chat succombent ordinairement. Le chloroforme même le mieux purifié produit chez les petits ruminants une bronchopneumonie mortelle. Il ne faut donc jamais les "chloroformer. Quant au chat, il est tellement sensible au chloroforme qu'il succoml)e parfois pendant rinhalation.
Pour éviter les syncopes cardiaques et les syncopes respiratoires, il est toujours bon d'avoir recours à l'anesthésie mixte. Celle-ci consiste à ne faire les inhalations le chloroforme que lorsque l'animal est déjà légèrement hypnotisé par une injection préalable de sulfate d'atropine et de chlorhydrate de morphine. Ces deux substances diminuent l'excitabilité du bulbe et du pneumog'astrique et préviennent les arrêts respiratoires et cardiaques.
L'anesthésie par le chloroforme doit être préférée à celle obtenue
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par l'éther sur les malades qui ont une insuffisance mitrale ou une insuffisance aortique et toutes les fois qu'on veut éviter, pendant les opérations, les hémorragies en nappes.
On obtient ordinairement les meillcar.s résultats en employant un mélange à parties égales de chloroforme et d'éther.
Les inhalations de chloroforme et l'administration interne donnent ordinairement d'excellents résultats dans Véclampsle des chiennes. Sur les chevaux méchants, excitables, difficiles à ferrer, de faibles inhalations de chloroforme faites sur les animaux debout suffisent souvent pour les calmer et les rendre maniables.
Les injections hypodermiques étant irritantes eng-endrent une inflammation substitutive ou dérivative utile dans certaines ne'vra/f/ies; cependant, dans la plupart des cas, les injections hypodermiques de morphine donnent de meilleurs résultats.
Doses.
Doses anesthésiques en inhalation.
Cheval 40 à 100 grainines.
Bœuf 50 à 100 —
Porc 20 à 100 —
Chien 5 à 15 —
Avecl'anesthésie mixte, atropine-morphine, il faut une ([uantité de chloroforme moindre.
Chez le cheval, lachloroformisation, ordinairement inoflénsive, peut parfois être accompagnée ou suivie d'accidents graves. On a observé même avec des doses ordinaires des syncopes mortelles, l'asphyxie, des vomissements, le cornag'e et la pneumonie gangreneuse. On évite généralement ces accidents par une anesthésie peu profonde et peu durable.
Contre les vers, contre les coliques et l'éclampsie, on le donne à l'intérieur., mélang-é à l'huile de ricin ou à l'huile d'olive, à parties ég-ales, aux doses suivantes :
Doses internes de chloroforme.
Cheval et hanif 2o à uO graiiuiies.
Mouton, (.'hèvrc 5 10 —
Cliien Os'-,;) à 4 —
Chai Os',25 à 1 graiiiine.
Dans les douleurs intestinales des petits animaux, on recommande le glycérolé de chloroforme suivant :